mardi 30 septembre 2008

98. Prince Buster:"Al Capone".

Al Capone alias Scarface.

Au cours des années 1920, la prohibition est mise en place aux Etats-Unis. La production, la vente, le transport, l'importation, l'exportation et la consommation d'alcool sont alors interdits sur l'ensemble du territoire américain. La prohibition favorise aussitôt le développement de la Mafia. Des gangs rivaux s'affrontent alors dans les grandes villes afin de s'assurer le contrôle du trafic d'alcool. Quelques unes des grandes figures de la pègre se font alors un nom comme Al Capone, Dutch Schultz, Meyer Lansky, Lucky Luciano.

Le plus célèbre de ces truands reste Al Capone, surnommé "Scarface". Ce fils d'immigrés italiens naît à Brooklyn, en 1899. En 1925, il s'affirme comme un des pontes du commerce d'alcool à Chicago. Les gangs rivaux s'affrontent alors dans cette métropole. Le 14 février 1929, sept hommes d'une bande rivale d'Al Capone sont exécutés. Les autorités accusent aussitôt ce dernier d'être le commanditaire du "massacre de la saint-Valentin".

Capone est arrêté le 17 mai 1929 pour port d'arme prohibée. Après une année passée en prison, il est libéré. En juin 1931, accusé de fraude fiscale et d'infraction aux lois sur la prohibition, il écope de 11 ans de prison. Après 7 années d'incarcération à Atlanta, puis Alcatraz, il est libéré. Il meurt chez lui, en Floride, en 1947.

 

De son vivant déjà, Capone devient une figure de la mafia et rapidement il est élevé au rang de mythe. Son aura dépasse très vite les frontières des Etats-Unis. En Jamaïque, la fascination pour tout ce qui peut remettre en cause l'ordre établi et rendre la vie impossible aux forces de l'ordre soulève la sympathie. Prince Buster interprète ici un ska à la gloire de Capone. Les paroles, faciles à retenir sont les suivantes: "Don't call me scarface, my name is Capone. C*A*P*O*N*E."

Prince Buster.

Buster est une figure quelque peu oublié de la musique jamaïcaine, beaucoup moins célébrée que Bob Marley, Jimmy Cliff ou Burning Spear, pourtant son rôle dans la genèse du ska n'est pas à négliger.
Solide boxeur, il fut d'abord enrôlé par Coxsone Dodd pour assurer la sécurité de son sound system. Très vite, il grave quelques unes des faces les plus mémorables de l'ère ska dont ce savoureux Al Capone au son brut et agressif. La reprise de certains de ses morceaux par les groupes de ska anglais dans les années 1980 lui assureront une certaine notoriété de ce côté de l'Atlantique (la reprise du fameux One step beyond par Madness).

97. Renaud:"Miss maggie".


Cette chanson de Renaud, composée en 1985, rencontre très vite un immense succès et suscite tout aussi vite la polémique. En effet, les paroles de la chanson constituent une ode aux femmes, auxquelles il oppose ce qui marque, selon lui, le pire de la masculinité. Le chanteur fustige la violence des Hommes, notamment leur agressivité dès qu'ils sont derrière un volant, les tueries gratuites des chasseurs ou encore le fanatisme des supporters de football.


En effet, le 29 mai 1985, soit quelques semaines avant l'écriture du morceau, a eu lieu le drame du Heysel. Ce stade bruxellois accueille alors la finale de la coupe d'Europe de football entre Liverpool et la Juventus de Turin. Les violences entre hooligans anglais et tiffosi italiens entraînent un mouvement de panique qui provoque la mort de 40 personnes. Les autorités sportives estiment que ce bilan ne doit pas empêcher la tenue du match qui a donc lieu!!!!!!!!




La tragédie du Heysel.


Reste que c'est avant tout l'évocation de Margareth Thatcher, premier ministre britannique, qui rend le morceau célèbre. En effet, Renaud multiplie les attaques, souvent violentes contre la dame de fer, dont il fait une exception au sein de la gent féminine.





Margareth Thatcher prend les rênes du parti conservateur en 1975 et accède au 10 downing street en remportant les élections de mai 1979. Aussitôt, elle développe une politique ultralibérale faite de privatisations, réduction des dépenses publiques. En politique intérieure, elle remporte son bras de fer engagé avec les syndicats, après l'échec de la grand grève des mineurs de 1985. Les syndicats connaissent alors une terrible hémorragie de leurs effectifs, avec une perte de 3 millions d'adhérents.
En 1985, elle signe un accord avec l'Eire à propos de l'Ulster, restreignant considérablement les possibilités tactiques de l'Irish Republican Army (IRA), après avoir laissé mourir 9 Républicains irlandais en grèves de la faim (en 1981).


En 1983, elle remporte de nouveau la victoire électorale, après avoir fait vibrer la fibre nationaliste au cours de la guerre des Malouines en 1982, remportée face à l'Argentine qui entendait mettre la main sur les îles Fakland.


Dans ses relations avec ses partenaires européens, Thatcher défend âprement les intérêts britanniques en obtenant une ristourne spéciale pour le Royaume uni dans ses contributions au budget communautaire ("I want my money back").


Si, l'exploitation des ressources pétrolières de la mer du nord permit un temps de relancer l'économie britannique, le bilan économique et social de l'ère Thatcher (1979-1989) reste mauvais avec un chômage persistant, une balance commercial déficitaire, une inflation galopante. Surtout, la casse sociale entreprise par la dame de fer frappe de plein fouet des régions entières (notamment les régions minières).


Bien sûr, la chanson de Renaud fit un véritable scandale en Grande Bretagne. Les tabloïds anglais purent alors reprendre leurs traditionnels refrains francophobes.


"Miss Magie". Renaud (1985)


Femme du monde ou bien putain
Qui bien souvent êtes les mêmes
Femme normale, star ou boudin,
Femelles en tout genre je vous aime
Même à la dernière des connes,
Je veux dédier ces quelques vers
Issus de mon dégoût des hommes
Et de leur morale guerrière
Car aucune femme sur la planète
N' s'ra jamais plus con que son frère
Ni plus fière, ni plus malhonnête
A part peut-être Madame Thatcher

Femme je t'aime parce que
Lorsque le sport devient la guerre
Y a pas de gonzesse ou si peu
Dans les hordes de supporters
Ces fanatiques, fous-furieux
Abreuvés de haines et de bières
Déifiant les crétins en bleu,
Insultant les salauds en vert
Y a pas de gonzesse hooligan,
Imbécile et meurtrière
Y'en a pas même en grande Bretagne
A part bien sûr Madame Thatcher

Femme je t'aime parce que
Une bagnole entre les pognes
Tu n' deviens pas aussi con que
Ces pauvres tarés qui se cognent
Pour un phare un peu amoché
Ou pour un doigt tendu bien haut
Y'en a qui vont jusqu'à flinguer
Pour sauver leur autoradio
Le bras d'honneur de ces cons-là
Aucune femme n'est assez vulgaire
Pour l'employer à tour de bras
A part peut être Madame Thatcher

Femme je t'aime parce que
Tu vas pas mourir à la guerre
Parc' que la vue d'une arme à feu
Fait pas frissonner tes ovaires
Parc' que dans les rangs des chasseurs
Qui dégomment la tourterelle
Et occasionnellement les Beurs,
J'ai jamais vu une femelle
Pas une femme n'est assez minable
Pour astiquer un revolver
Et se sentir invulnérable
A part bien sûr Madame Thatcher

C'est pas d'un cerveau féminin
Qu'est sortie la bombe atomique
Et pas une femme n'a sur les mains
Le sang des indiens d'Amérique
Palestiniens et arméniens
Témoignent du fond de leurs tombeaux
Qu'un génocide c'est masculin
Comme un SS, un torero
Dans cette putain d'humanité
Les assassins sont tous des frères
Pas une femme pour rivaliser
A part peut être Madame Thatcher

Femme je t'aime surtout enfin
Pour ta faiblesse et pour tes yeux
Quand la force de l'homme ne tient
Que dans son flingue ou dans sa queue
Et quand viendra l'heure dernière,
L'enfer s'ra peuplé de crétins
Jouant au foot ou à la guerre,
A celui qui pisse le plus loin
Moi je me changerai en chien si je peux rester sur la Terre
Et comme réverbère quotidien
Je m'offrirai Madame Thatcher

samedi 27 septembre 2008

96. The fugs: "kill for peace."

Tuli Kupferberg a 43 ans lorsqu'il fonde les Fugs avec son camarade Ed Sanders. Ancien du Communist Front Student Organisation, Kupfenberg se fait connaître comme un poète réputé. Plus jeune, Sanders écrit lui aussi des poèmes. Il ouvre une librairie dans l'East village. Tous deux gravitent autour de la galaxie folk qui s'épanouit alors à New York. Leurs thèmes de prédilection les rapprochent aussi beaucoup de la Beat generation.




Les deux hommes participent alors à de nombreuses manifestations en faveur des droits civiques dans le Sud.

Piètres musiciens, ils répètent dans la librairie que tient Sanders, qui devient vite un point de ralliement pour les acteurs de la contre culture alors en gestation. Les deux hommes s'adjoignent bientôt les services de vrais musiciens et ils enregistrent leur premier album en 1965. D'emblée, ils donnent le ton avec des textes volontairement provocateurs. Libres penseurs, pacifistes, tenants de la liberté sexuelle et adeptes des drogues douces, ils fustigent, non sans humour, le système, qu'ils exècrent.

Leur deuxième album, sobrement intitulé The Fugs, remporte un succès inespéré pour une production d'un label indépendant. Allen Ginsberg signe les notes de pochette et pousse la chansonnette sur certains titres. La verve du groupe est intact, comme sur le titre Kill for peace, petit chef d'oeuvre d'humour noir qui se clôt dans un vacarme d'obus et de balles.

Les Fugs mélangent politique, musique, théâtralité. A l'image des Diggers de la côte ouest, leur objectif premier reste de choquer, déranger l'auditoire. Sur scène, ils multiplient les saynètes dans lesquelles ils dénoncent l'intervention américaine (déguisés en soldats américains, ils se transforment bientôt en SS...). Cette provocation permanente intéresse bientôt les services de sécurité américain, notamment le FBI. Ainsi, Sanders aura la confirmation de cette surveillance en consultant son dossier au cours des 1970's.


Bannis de la plupart des ondes, chassés de nombreux clubs, les Fugs n'en poursuivent pas moins leurs activités militantes. Ils enregistrent d'autres titres teintés de cette ironie mordante qui reste leur marque de fabrique. Les titres des morceaux parlent d'eux-même: CIA man, Coca Cola douche, War song.

"Kill for peace" The Fugs.



(...)

If you don't like the people
or the way that they talk
If you don't like their manners
or they way that they walk,
Kill, kill, kill for peace
Kill, kill, kill for peace

If you don't kill them
then the Chinese will
If you don't want America
to play second fiddle,
Kill, kill, kill for peace
Kill, kill, kill for peace

If you let them live
they might support the Russians
If you let them live
they might love the Russians
Kill, kill, kill for peace
Kill, kill, kill for peace

(spoken) Kill 'em, kill 'em, strafe those gook creeps!
The only gook an
American can trust
Is a gook that's got
his yellow head bust.
Kill, kill, kill for peace
Kill, kill, kill for peace

(...)

___________

(...)

Si tu n'aimes pas ces gens
ou leurs façons de parler
Si tu n'aimes pas leurs manières
ou leurs démarches
tue tue tue pour la paix (2X)

Si tu ne les tues pas
les Chinois le feront
si tu ne veux pas que l'Amérique joue les seconds couteaux
tue, tue, tue pour la paix (2X)

Si tu leurs laisses la vie sauve
ils pourraient soutenir les Russes
si tu leurs laisses la vie sauve
ils pourraient aimer les Russes
tue, tue, tue pour la paix (2X)

[parlé] Tue-les, tue-les
mitraille ces connards de niakoués
le seul niakoué auquel un Américain puisse faire confiance
est celui dont la tête jaune
a été dégommée
tue, tue, tue pour la paix

(...)

Liens:
- Site des Fugs.

jeudi 25 septembre 2008

95. West Side Story :"America"

Créee en 1957, par Arthur Laurents (parole) et Leonard Bernstein (Musique) cette comédie musicale qui transpose Roméo et Juliette dans les quartiers pauvres de New York connaît un succès considérable sur les planches de Broadway puis en tournée à travers les Etats-Unis. En 1961, elle est adaptée au cinéma par le réalisateur Robert Wise, rafle une flopée d’oscar et reçoit un accueil enthousiaste dans le monde entier.

A New York, dans le quartier pauvre du Manhattan West Side, deux bandes rivales, les Jets et les Sharks s’affrontent pour le contrôle du quartier. Les premiers sont des américains blancs, descendants d’anciens migrants irlandais et polonais. Les Sharks sont eux des portoricains, venus d’une petite île hispanophone des Caraïbes, Porto Rico (appelé de nos jours Puerto Rico), possession des Etats-Unis. A cette époque de nombreux portoricains ont quitté leur île pour tenter leur chance aux Etats-Unis et notamment New York, où ils forment une communauté importante.

Tony, l’un des Jets, tombe amoureux de Maria jeune immigrante fraîchement arrivée à New York et sœur du chef des Sharks. Evidemment comme dans la pièce de Shakespeare dont elle s’inspire cette histoire d’amour va se heurter à la rivalité des deux "familles" qui se disputent le quartier et forcément mal se terminer.

La pièce et surtout le film vont marquer les esprits grâce à une esthétique qui utilise en les stylisant les décors urbains des quartiers populaires de New York avec ses immeubles où courent des escaliers métalliques, ses terrains vagues entourés de grillages. Les danses de groupes permettent de simuler les affrontements violents entre les bandes rivales. Des danses après lesquelles, parfois, un corps ne se relève pas.
L’une des chansons du film, au titre évocateur "America", revient sur la fascination des migrants du monde entier pour le modèle américain. Mais un modèle qui n’est pas toujours facile à vivre, où, lorsqu’on n’est pas de la bonne couleur de peau, l’american dream est plus difficile à réaliser.

Dans cette chanson les Sharks s’opposent à leurs petites amies sur ce rêve américain. Si les filles sont plutôt enthousiastes et célébrent l’Amérique de la consommation et de la réussite, les garçons eux sont beaucoup plus réservés, célébrant la nostalgie de leur petite île lointaine et la difficulté à s’intégrer dans un pays où un accent trop marqué leur ferme les portes .

ANITA
Puerto Rico
My heart's devotion
Let it sink back in the ocean
Always the hurricanes blowing
Always the population growing
And the money owing
And the sunlight streaming
And the natives steaming
I like the island Manhattan
Smoke on your pipe
And put that in!

GIRLS
I like to be in America
Okay by me in America
Everything free in America

BERNARDO
For a small fee in America

ANITA
Buying on credit is so nice

BERNARDO
One look at us and they charge twice

ROSALIA
I'll have my own washing machine

INDIO
What will you have though to keep clean?

ANITA
Skyscrapers bloom in America

ROSALIA
Cadillacs zoom in America

TERESITA
Industry boom in America

BOYS
Twelve in a room in America

ANITA
Lots of new housing with more space

BERNARDO
Lots of doors slaming in our face

ANITA
I'll get a terrace apartment

BERNARDO
Better get rid of your accent

ANITA
Life can be bright in America

BOYS
If you can fight in America

GIRLS
Life is all right in America

BOYS
If you're all white in America

GIRLS
Here you are free and you have pride

BOYS
Long as you stay on your own side

GIRLS
Free to be anything you choose

BOYS
Free to wait tables and shine shoes

BERNARDO
Everywhere grime in America
Organized crime in America
Terrible time in America

ANITA
You forget I'm in America

BERNARDO
I think I'll go back to San Juan

ANITA
I know what boat you can get on

BERNARDO
Everyone there will give big cheers

ANITA
Everyone there will have moved here



ANITA
Puerto Rico
Dévotion de mon coeur
Peut bien sombrer dans l' océan
Toujours l' ouragan souffle
Toujours la population grandit
Et l' argent se raréfie
Et le soleil accable
Et les habitants s’épuisent
J’aime l' île de Manhattan
Si ça ne te plait pas tant pis
Mets toi ça bien dans le crâne...

LES FILLES
J' aime être en Amérique
Tout me convient en Amérique
Tout est libre en Amérique

BERNARDO
Mais tout pour un petit prix en Amérique

ANITA
Acheter à crédit c’est si bien

BERNARDO
On nous regarde et on double le prix

ROSALIA
Je l' aurais ma propre machine à laver

INDIO
Mais auras tu encore quelque chose à laver ?

ANITA
Les gratte-ciel fleurissent en Amérique

ROSALIA
Les Cadillacs filent en Amérique

TERESITA
L' industrie explose en Amérique

LES GARCONS
12 dans une pièce en Amérique

ANITA
Beaucoup de nouvelles maisons avec plus d' espace

BERNARDO
Beaucoup de portes qui vous claquent au nez

ANITAJ’aurai un appartement avec terrasse

BERNARDO
Quand tu auras perdu ton accent

ANITA
La vie peut être épatante en Amérique

LES GARCONS
Si tu sais te battre en Amérique

LES FILLES

La vie est parfaite en Amérique

LES GARCONS
Si vous êtes blanc en Amérique

LES FILLES
Ici vous avez la liberté et la fierté

LES GARCONS
Tant que l' on reste parmi les siens

LES FILLES
Libre d’être tous ce que tu choisis

LES GARCONS
Libre de débarrasser des tables ou de cirer les chaussures

BERNARDO
Tout est crasseux en Amérique
Crime organisé en Amérique
Temps terrible en Amérique

ANITA
Tu oublies que j' y suis en Amérique

BERNARDO
Je pense que je vais rentrer a San Juan

ANITA
Je peux t' indiquer quel bateau tu peux prendre

BERNARDO
Tous m' acclameront au pays

ANITA
Tous sont venus ici




Vision critique du rêve américain, ( ces paroles ont déjà été utilisées il y a quelques années pour un sujet du bac) West Side Story reste un chef d’œuvre intemporel, d’ailleurs la pièce continue toujours régulièrement à être remontée et réinterprétée cinquante ans après.


mercredi 24 septembre 2008

94. Grandmaster Flash & The Furious Five : "The Message" (1982)

Lorsque le rap émerge du Bronx à la fin des années 1970 et au début des années 1980, c'est d'abord la musique qui permet au breakdancers de faire la fête et de s'éclater sur le break que le DJ fait tourner en boucle. A ce petit jeu, Sugar Hill Gang, les Funky 4+1 More, les Cash Crew, les Treacherous Three ou West Street Mob sont les plus doués. Les grands labels ne produisent pas encore de rap au contraire de labels indépendants comme Enjoy Records ou Sugarhill Records, dirigé par Sylvia Robinson (celle qui a lancé "Rapper's Delight"). Les pionniers du rap comme Grandmaster Flash, au départ réticents, finissent par signer eux aussi des contrats. Avec ses Furious Five, Flash signe chez Sugarhill. Mais les labels, en enregistrant du rap, vont consacrer la suprématie du MC sur le DJ en essayant de faire du premier l'équivalent du chanteur d'un groupe de rock. Aussi, si le titre dont je vous parle est bien un maxi de Grandmaster Flash et des Furious Five, Flash n'apparaît quasiment pas sur le morceau (il quitte le label peu de temps après) et des cinq rappeurs, seul Mel Melle déverse son "baratin" (les quatre autres, Rahiem, Scorpio, Cowboy et Kidd Creole ne font qu'une apparition). L'autre rappeur que l'on y entend est donc Duke Botee. Côté musique, le Sugarhill Band assure un fond sonore (contrairement à l'usage auparavant) qui s'éloigne du son très funky des premiers morceaux enregistrés. Ce morceau est donc plein de paradoxe, mais il va marquer un tournant capital dans l'histoire du rap.

Nous sommes en 1982, les Etats-Unis se sont donnés pour Président l'ancien acteur et gouverneur républicain de Californie Ronald Reagan. Elu avec plus de 8 millions de voix d'avance face au président démocrate sortant, Jimmy Carter, il incarne une Amérique sûre d'elle-même ("America is back"), notamment face à l'URSS qualifiée d'Empire du Mal. Sur le plan intérieur, Reagan mène une politique de désengagement de l'Etat et de réduction des impôts inspirée notamment par Laffer ("Trop d'impôt tue l'impôt") et Margaret Thatcher au pouvoir au Royaume-Uni. Cette relance par l'offre agit comme un traitement de choc. L'économie redémarre après le marasme des années 1970, mais les inégalités flambent et la pauvreté gagne du terrain, notamment dans certains quartiers comme le Bronx.

Le 18 février 1981, lors du discours sur l'état de l'Union (celui où il prononce la fameuse phrase : "The government is not the solution, government is the problem"), Reagan annonce une diminution de 41 milliards de $ dans le budget de l'Etat et une réduction de 10% des impôts pendant 3 ans. Le déficit se creuse et les dépenses sociales sont réduites. Dès l'été 1982, le taux de pauvreté atteint 14% de la population (il est fixé à 8414$ pour un foyer de 4 personnes), chiffre en augmentation de 7,4% par rapport à 1980 et le plus élevé depuis 1967. La population noire est la plus exposée à cette politique d'abandon de l'Etat, déjà constatée dans le Bronx pendant les années 1970. Un noir a alors deux fois et demie plus de "chance" de se retrouver au chômage qu'un blanc. Les noirs représentent la moitié des prisonniers pour 6% de la population. Pour un noir de 15 à 24 ans, la cause principale de mortalité dans les grandes villes est l'homicide (48% contre 8% pour un blanc). La violence est en effet omniprésente, le plus souvent par des noirs eux-mêmes, ce qui est dénoncé par de nombreuses chansons (thème du Black on black crime). Le sida et la drogue font des ravages, le crack arrive en masse à partir de 1983.


C'est cette situation qui sert de décor à "The Message". Quelques rappeurs ont déjà évoqué les inégalités dont sont victimes les ghettos des inner cities. Citons par exemple Brother D. en 1980 avec son "How we Gonna Make the Black Nation Rise ?" dénonçant notamment le racisme et la peristance du KKK; Captain Rapp dans le titre "Bad Times (I can't Stand it)", The Rake dans "Street Justice" et Kurtis Blow dans "Hard Times" ou "The Breaks". Mais le succès de "The Message" fait entrer le rap dans l'ère de la revendication sociale, malgré le peu de goût de Mel Melle pour ce type d'engagement. L'univers décrit dans le titre ressemble beaucoup à un enfer où règne la drogue, la prostitution, la misère, l'ennui rythmé par la télévision, la violence, l'injustice.

Vous pouvez retrouvez la petite histoire du rap en cours avec des podcasts à télécharger et beaucoup d'autres choses (bibliographie, carte interactive, lexique, playlists).



Une autre chanson de 1982 dans un autre genre musical, "Allentown" de Billy Joel, évoque la situation économique et sociale désastreuse de certaines parties du territoire américain à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Kery James sample "The Message" dans "Relève la tête" en 2004 (Feat Lino, A.P., Blacko, Kool Shen, Leeroy, Passi, Le Rat Luciano, Matt Houston, etc...) . Le rappeur de Chicago Common reprend le refrain dans son "Book Of Life" en 1994. Voici également un morceau récent de Psy4 de la Rime qui me fait un peu penser à "The Message".
Et voici les paroles en anglais puis en français :

Broken glass everywhere
People pissing on the stairs, you know they just don’t care
I can't take the smell, I can't take the noise no more
Got no money to move out, I guess I got no choice
Rats in the front room, roaches in the back
Junkie's in the alley with a baseball bat
I tried to get away, but I couldn't get far
'Cause a man with a tow-truck repossessed my car

It's like a jungle sometimes it makes me wonder
How I keep from going under
It's like a jungle sometimes it makes me wonder
How I keep from going under
Chorus:
Don't push me cause I'm close to the edge
I'm trying not to lose my head, ah huh-huh-huh
[2nd and 5th: ah huh-huh-huh]
[4th: say what?]
It's like a jungle sometimes it makes me wonder
How I keep from going under
It's like a jungle sometimes it makes me wonder
How I keep from going under

Standing on the front stoop, hangin' out the window
Watching all the cars go by, roaring as the breezes blow
Crazy lady livin' in a bag
Eatin' out of garbage pails, she used to be a fag-hag
Said she danced the tango, skipped the light fandango
The Zircon Princess seemed to lost her senses
Down at the peepshow, watching all the creeps
So she can tell the stories to the girls back home
She went to the city and got Social Security
She had to get a pimp, she couldn't make it on her own

[2nd Chorus]

My brother's doing bad on my mother's TV
Says she watches too much, it’s just not healthy
“All My Children” in the daytime, “Dallas” at night
Can't even see the game or the Sugar Ray fight
The bill collectors they ring my phone
And scare my wife when I'm not home
Got a bum education, double-digit inflation
Can't take the train to the job, there's a strike at the station
Neon King Kong standin' on my back
Can't stop to turn around, broke my sacroiliac
A mid-range migraine, cancered membrane
Sometimes I think I'm going insane, I swear I might hijack a plane

[3rd Chorus]

My son said: ”Daddy, I don't wanna go to school
Cause the teacher's a jerk, he must think I'm a fool
And all the kids smoke reefer, I think it'd be cheaper
If I just got a job, learned to be a street sweeper
I’d dance to the beat, shuffle my feet
Wear a shirt and tie and run with the creeps
Cause it's all about money, ain't a damn thing funny
You got to have a con in this land of milk and honey"
They pushed that girl in front of the train
Took her to the doctor, sewed her arm on again
Stabbed that man right in his heart
Gave him a transplant for a brand new start
I can't walk through the park, cause it's crazy after dark
Keep my hand on my gun, cause they got me on the run
I feel like a outlaw, broke my last glass jaw
Hear them say: “You want some more?" livin' on a seesaw

[4th Chorus]

A child is born with no state of mind
Blind to the ways of mankind
God is smiling on you but he's frowning too
Because only God knows what you’ll go through
You’ll grow in the ghetto, living second rate
And your eyes will sing a song of deep hate
The places you play and where you stay
Looks like one great big alley way
You'll admire all the number book takers
Thugs, pimps, pushers and the big money makers
Driving big cars, spending twenties and tens
And you wanna grow up to be just like them, huh,
Smugglers, scramblers, burglars, gamblers
Pickpockets, peddlers even panhandlers
You say: “I'm cool, I'm no fool!”
But then you wind up dropping out of high school
Now you're unemployed, all non-void
Walking ‘round like you're Pretty Boy Floyd
Turned stickup kid, look what you’ve done did
Got sent up for a eight year bid
Now your manhood is took and you're a Maytag
Spent the next two years as a undercover fag
Being used and abused to serve like hell
'Til one day you was found hung dead in your cell
It was plain to see that your life was lost
You was cold and your body swung back and forth
But now your eyes sing the sad, sad song
Of how you lived so fast and died so young

[5th Chorus]


Partout du verre brisé,
Des gens qui pissent dans l'escalier mais je sais qu'ils s'en foutent,
Ras le bol de cette odeur. J'peux plus supporter cette fureur,
J'ai pas d'argent pour m'en sortir et je suppose que je n'ai pas le choix.
Les indics guettent devant, les dealers zonent derrière
Et ces junkies qui glandent avec une batte de base-ball.
J'ai essayé de me barrer, mais ça n'a pas marché,
Les flics m'ont enlevé ma tire j'suis obligé de rester

Refrain
C'est comme une jungle parfois et j'me demande
Comment je fais pour ne pas sombrer
Ne me poussez pas plus loin, je sens que je suis à bout, c'que je voulais
pas surtout, c'est devenir cinglé
Posé sur le rebord extérieur de la fenêtre
Je regarde toutes ces voitures circuler avec fracas comme un vent soufflant
Cette femme folle, vivant dans un carton
Mangeant dans les poubelles, c’est une ancienne Fag hag [Femme préférant la compagnie d'homosexuels]
Elle dit qu'elle dansait le tango, sautait sur le ‘'light fandango'' [Rituel de séduction espagnole sous forme de danse très sensuelle]
La princesse en Zirconium semblait avoir perdu sa tête
En bas près du peep-show, regardant tout ces sales types
Alors elle peut raconter ses histoires aux filles en retournant à la maison
Elle alla en ville et elle obtint la sécurité sociale
Elle devait se trouver un mac, elle ne pouvait pas être à son compte

Refrain
Mon frère a mal tourné, à ma mère il a piqué la télé,
Disant qu'elle mar­chait trop qu'c'est pas bon pour le cerveau,
"All my children" l'après-midi, "Dallas" la nuit, [séries télévisées]
Il pouvait jamais voir le match ou le combat de "Sugar Ray", le roi noir.
Au téléphone, toujours des créanciers,
A ma femme, ils viennent casser les pieds quand je pars me balader.
Pour l'éducation je regarde juste galoper l'inflation
Pour pouvoir aller chercher un boulot faudrait p'tre qu'ai pas de grève dans le métro.
J'arrê­te pas de tourner en rond traqué par les pubs au néon. J’ai cassé mon sacro-illiaque
Ah cette barre dans la tête! Ce cancer qui me guette
Dès fois je pense que je vais devenir fou Je jure que je pourrais détourner un avion

Refrain

Mon fils m'a dit papa à l'école j'irai pas,
Le prof est un enflé, il croit que j'suis taré.
Là-bas tous les mômes fument de l'herbe, ça serait mieux pour moi
De trouver un boulot même à nettoyer les caniveaux.
Le soir j'irai danser pour m'réchauffer les pieds,
J'pourrais me fringuer et aller dra­guer.
Tout est question d'argent, c'est vraiment pas marrant,
C'est tout le temps un souci dans ce pays « où coule le lait et le miel ».
Cette fille poussée sous le métro puis emmenée à l'hosto,
On lui recolle les morceaux.
Ce type planté en plein cœur
Par une simple transplantation est en route pour un nouveau bonheur.
J'ose plus traverser le parc, la nuit y'a des raisons d'avoir le trac.
La main sur le flingue on peut toujours tomber sur des dingues.
J'me sens comme un hors-la-loi, y peuvent me casser la gueule,
Ecoute les dire : « T’en veux encore ? » en vivant sur une bascule
Refrain

Un enfant né sans état d'esprit
Aveugle aux voies de l'humanité
Dieu te sourit mais Il fronce les sourcils aussi
Car seul Dieu sait directement ce que tu vas vivre
Tu vas grandir dans le ghetto, vivre médiocrement
Et tes yeux vont chanter une chanson de haine profonde
Les endroits où tu joues et où tu vis
Ressemblent à une grande ruelle
Tu vas admirer tous ceux qui comptent dans l’annuaire
Les voyous, les macs et les dealers et les grands faiseurs d'argent
Conduisant des grosse voitures, dépensant des mille et des cent
Et tu voudras grandir pour être comme eux
Les contrebandiers, les brûtes, les cambrioleurs, les parieurs
Les pickpockets, les colporteurs même les mendiants
Tu dis « Je suis cool, je ne suis pas bête »
Mais tu as déjà abandonné le lycée
Maintenant tu es au chômage, tout dépourvu
Tournant en rond comme si tu étais Pretty Boy Floyd [braqueur de banques des années 1920 ayant fait l'objet d'une chanson de Woodie Guthrie]
Transformé en enfant dépassé, regarde ce que tu as fais
Ridiculisé pour une tentative de huit ans
Maintenant que tu es devenu un adulte et que tu es une Maytag [marque de machines à laver]
Passe les deux prochaines années comme un pédé caché
A être utilisé et abusé, pour purger comme l'enfer
Jusqu'à ce que tu sois un jour retrouvé pendu dans ta cellule
C'était brutal de voir que ta vie a été gâchée
Tu étais froid et ton corps se balançait en arrière et en avant
Mais maintenant tes yeux chantent la triste, triste chanson
De comment tu a vécut si vite et de comment tu es mort si jeune


[sources principales : les ouvrages d'Olivier Cachin et de Jeff Chang, les références complètes ici. Pour la traduction, j'ai repris en partie celle de Manuel Boucher qui a pris le parti de restituer le sens global plus que le mot à mot. Lorsque cela me paraît trop éloigné du sens premier où pour les parties qu'il n'a pas traduites, je vous ai bricolé une traduction qui est loin d'être parfaite, n'hésitez pas à me suggérer des améliorations !]

Sur la platine: septembre 2008.


Horace Andy.


Sur la platine ce mois-ci:



- la soul engagée d'Elaine Brown, très proche des Black Panthers lorsqu'elles rugissaient encore.

- Un instrumental signé Tommy McCook et les Skatalites, soit la fine fleur des musiciens jamaïcains des années soixante naissantes (nous vous en reparlerons très vite sur Lire-Ecouter-Voir avec une histoire de la musique jamaïcaine).

- Un reggae irrésistible d'Horace "Sleepy" Andy et sa voix reconnaissable entre toutes sur un de ses enregistrements des années 1970 pour le compte de Studio 1.

- Une comète de la musique jamaïcaine, Jacob Miller, disparu précocement dans un accident de voiture, sur une de ses galettes les plus précieuses: tenement yard. A l'écoute du morceau, il est presque impossible de ne pas danser.

- L'Angolais Bonga sur un de ses gros succès au titre imprononçable: Mona Ngi Xica.

- Le glamrock de T.Rex et son cosmic dancer. Le morceau se trouve sur la merveilleuse bande son de Billy Elliott.

- Un dub ensorcelant signé Rico.

- La regrettée Dona Rosa chante ici avec une voix cabossée un air particulièrement poignant.


Liens: - Pour en savoir plus sur Dona Rosa.

mardi 23 septembre 2008

93. Evariste: "la révolution".






Joël Sternheimer, docteur en physique théorique de 23 ans, occupe voit un poste d’assistant à Princeton lorsque les frais de la guerre du Vietnam entraîne la suppression de son son poste, en 1966.


De retour en France, il suit l'exemple du chanteur Antoine, lequel doté d'un diplôme d'ingénieur fait figure d'ovni dans le petit monde de la variété française d'alors. Il passe donc avec succès une audition chez Disc'AZ et enregistre en 1967, sous le pseudonyme d'Evariste (en référence à Evariste Galois), un disque au contenu surprenant puisqu'il s'agit d'un dialogue surréaliste entre un oiseau de nuit et un saurien:"Connais tu l'animal qui inventa le calcul intégral?". Le titre remporte un honorable succès.


En mai 1968, le chanteur enregistre, en autogestion avec l'accord de Lucien Morisse, le patron des disc'AZ, un disque aux accents politiques: « Si j’suis tombé par terre / C’est la faute à Nanterre / Le nez dans le ruisseau / C’est la faute à Grimaud… »
Il côtoie bientôt la bande d’Hara-Kiri, notamment Georges Wolinski qui illustre certaines pochettes d'Evariste.


Par la suite, Joël Sternheimer se consacre avant tout à ses recherches, en tant que chercheur indépendant, car ses disques lui ont donné une certaine autonomie financière. Toujours aussi surprenant, il s'intéresse aussi aux relations possibles entre la croissance des plantes et leur exposition à des séquences musicales.
Le titre "Révolution" date de 1969.


LA RÉVOLUTION


Le père Legrand dit à son p'tit gars
- Mais enfin bon sang qu'est-ce qu'y a
Qu'est-ce que tu vas faire dans la rue fiston?
- J'vais aller faire la révolution


- Mais sapristi bon sang d'bon sang
J'te donne pourtant ben assez d'argent
- Contre la société d'consommation
J'veux aller faire la révolution


La Révolution! La Révolution!


- Mais enfin j't'a payé l'école
C'est pourtant pas des fariboles
-On n'nous apprend qu'des insanités
Et on nous empêche de contester


- Ah si tu travailles comme ça j'ai peur
Qu'tu passes pas dans la classe supérieure
- Les différences de classe nous les supprimerons
C'est pour ça qu'on fait la révolution






La Révolution! La Révolution!


- Enfin tu vas pas sortir maintenant
Regarde dehors c'est plein d'agents !
- Non papa c'est des CRS
Et j m'en vas leur botter les fesses


- Mais voyons fiston n'vois-tu pas
Que c'est les Rouges qui sont derrière tout ça
- Oh papa j't'en prie, tu déconnes
Laisse la peur du rouge aux bêtes à cornes


C'est la Révolution! La Révolution!


- Mais enfin explique-moi mon p'tit
Qu'est-ce qu'y raconte ce Cohn-Bendit
- Y m'a fait comprendre que t'étais con
Et moi j'veux faire la révolution


La Révolution ! La Révolution




Lien:



vendredi 19 septembre 2008

92. Pierre Perret:"Lily".

La France est une vieille terre d'immigration. La proportion d'étrangers par rapport à la population totale y a d'ailleurs assez peu varié entre 1900 et aujourd'hui: 3,5% à la Belle Epoque, 6,5% au milieu des années 1930, 4,2% en 1955 et 6,5% en 1975. Jusqu'aux années 1950, les immigrés sont très largement d'origine européenne (Italiens, Belges, Polonais, Espagnols). L'origine des immigrés se diversifie au lendemain de la guerre: Maghrébins, Africains, Portugais, Espagnols, Italiens contribuent à la reconstruction de la France.


Ces immigrés ont souvent fui leur pays pour des raisons économiques. Ils tentent leur chance dans un pays qui manque de main d'œuvre. Or, ils restent souvent cantonnés dans les emplois les plus difficiles ("dans un bateau plein d'émigrés / qui venaient tous de leur plein gré / vider les poubelles à Paris") et lorsque les trente glorieuses (1949-1975) s'achèvent et que la crise pointe le bout de son nez, avec l'apparition d'un chômage de masse, ces populations immigrées sont souvent rejetées et accusées de tous les maux.

Le Front national utilise jusqu'à la nausée les vieilles rengaines stupides et scandaleuses affirmant que les étrangers viennent voler le pain des Français, oubliant au passage à quel point cette main d'œuvre immigrée était vitale pour le pays dans un contexte de croissance.

Cette chanson très célèbre de Pierre Perret sort en 1977, alors que les "vingt piteuses", les deux décennies de crise économique, qui succèdent aux trente glorieuses, pointent le bout de leur nez. La désindustrialisation massive entraîne le licenciement de nombreux ouvriers. Le chômage devient bientôt un phénomène de masse. Le chanteur nous livre ici une chronique du racisme ordinaire. Lily, originaire des Somalies, subit la bêtise des racistes ("quand on l'appelait Blache-Neige"), le rejet de sa "future ex" belle famille ("
Mais la belle-famille lui dit nous / ne sommes pas racistes pour deux sous / mais on veut pas de ça chez nous"). Bref, loin de l'accueil attendu dans un pays qui se prétend celui des Droits de l'Homme ("Elle croyait qu'on était égaux Lily / au pays de Voltaire et d'Hugo Lily").

Lily, dépitée, tente sa chance aux Etat-Unis où elle est confrontée, là encore au racisme. En effet, l'auteur fait référence à la ségrégation qui continue de sévir dans le sud du pays ("au milieu de tous ces gugus / qui foutent le feu aux autobus / interdits aux gens de couleur". Sur ce thème, voir le titre "Freedom riders" de Phil Ochs).


Angela Davis

Elle trouve du réconfort auprès de ceux qui se battent pour faire rendre gorge aux racistes. Il fait ainsi référence à Angela Davis. Dans les années 1970, cette Afro-américaine symbolise la rébellion face à un système raciste et injuste. Communiste, cette féministe, assume avec fierté sa "négritude" dans le cadre plus large du Black power. Cette sympathisante du Black Panther Party brandit ainsi souvent le poing en signe de ralliement la cause des Afro-américains.
Perret termine tout de même sur une note d'espoir: "Mais dans ton combat quotidien Lily / tu connaîtras un type bien Lily / et l'enfant qui naîtra un jour / aura la couleur de l'amour / contre laquelle on ne peut rien".




"Lily" Pierre Perret (1977).


On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris
Elle croyait qu'on était égaux Lily
Au pays de Voltaire et d'Hugo Lily
Mais pour Debussy en revanche
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo
Elle aimait tant la liberté Lily
Elle rêvait de fraternité Lily
Un hôtelier rue Secrétan
Lui a précisé en arrivant
Qu'on ne recevait que des Blancs

Elle a déchargé des cageots Lily
Elle s'est tapé les sales boulots Lily
Elle crie pour vendre des choux-fleurs
Dans la rue ses frères de couleur
L'accompagnent au marteau-piqueur
Et quand on l'appelait Blanche-Neige Lily
Elle se laissait plus prendre au piège Lily
Elle trouvait ça très amusant
Même s'il fallait serrer les dents
Ils auraient été trop contents
Elle aima un beau blond frisé Lily
Qui était tout prêt à l'épouser Lily
Mais la belle-famille lui dit nous
Ne sommes pas racistes pour deux sous
Mais on veut pas de ça chez nous

Elle a essayé l'Amérique Lily
Ce grand pays démocratique Lily
Elle aurait pas cru sans le voir
Que la couleur du désespoir
Là-bas aussi ce fût le noir
Mais dans un meeting à Memphis Lily
Elle a vu Angela Davis Lily
Qui lui dit viens ma petite sœur
En s'unissant on a moins peur
Des loups qui guettent le trappeur
Et c'est pour conjurer sa peur Lily
Qu'elle lève aussi un poing rageur Lily
Au milieu de tous ces gugus
Qui foutent le feu aux autobus
Interdits aux gens de couleur

Mais dans ton combat quotidien Lily
Tu connaîtras un type bien Lily
Et l'enfant qui naîtra un jour
Aura la couleur de l'amour
Contre laquelle on ne peut rien
On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris.

Liens:
- Sur le même thème: "Mamadou m'a dit" de François Béranger.
- ou encore le "bruit et l'odeur" par Zebda.

mercredi 17 septembre 2008

91. Akhenaton : "La Cosca"

Je ne vous présente pas Akhenaton, membre du groupe de rap IAM, qui mène en parallèle une carrière solo plutôt réussie comme en témoigne l'album Métèque et Mat sorti en 1996 dont est issue ce titre. Akhenaton nous raconte la vie d'un membre de la Mafia. En le suivant, nous découvrons l'histoire de cette organisation.

Pour tout ce qui concerne la Mafia, le doute a longtemps été plus fort que les certitudes. Depuis les années 1980 et le témoignage des premiers repentis d'importance (Tommaso Buscetta notamment), le voile s'est en partie levé sur le fonctionnement de "l'honorable société". Les procès lancés par les juges Falcone et Borsellino (ils y ont laissé la vie en 1992 et 1993) ont été des premiers pas dans une lutte jamais finie contre une organisation qui n'aime rien tant que l'on ne parle plus d'elle...

Apparue autour de Palerme dans la deuxième moitié du XIXème siècle, Cosa Nostra ("Notre chose" ou "Ce qui est à nous", c'est ainsi que les mafieux appellent leur organisation) a su prospérer et s'adapter aux changements du monde moderne. L'historien John Dickie écrit sur ses origines : "En supplantant le féodalisme, l'Etat moderne était supposé avoir le monopole de la violence, c'est-à-dire le pouvoir de faire la guerre et de punir ceux qui enfreignaient les lois."Mais dès le départ, l'État italien naissant ne semble pas capable d'atteindre cet idéal en Sicile, laissant la place à d'autres types d'organisations. Les gouvernants ne parviennent d'ailleurs pas à cerner convenablement le phénomène mafieux. Plus grave, ils ne dédaignent pas de s'en servir comme un "instrument de gouvernement local", y compris la gauche au pouvoir à partir de 1876.

[Plan de Palerme, 1893]

Au départ, Cosa Nostra s'intéresse à la richesse générée par les citronniers de la Conque d'or (Conca d'oro), ce riche terroir agricole qui entoure Palerme, défiguré par l'urbanisation lors du "sac de Palerme", permis par l'organisation dans les années 1960. Les chefs mafieux font d'ailleurs pression sur les propriétaires des grands domaines (les latifondio) pour obtenir les places de régisseurs. Ce n'est donc pas de la misère qu'est née la mafia, mais plutôt de la volonté de captation des richesses. Par le racket de protection notamment.
Cosa Nostra s'enracine donc durablement en Sicile, essaime aux Etats-Unis avec l'émigration au début du XXème siècle. Les choses changent avec le fascisme.
En 1925, Mussolini nomme Cesare Mori préfet de Sicile. Celui-ci a pourtant réprimé les chemises noires alors qu'il était en poste à Bologne, mais se fond remarquablement dans les pratiques du régime. Son action, basée sur des coups de main spectaculaires comme le siège de Gangi en 1926, sur des discours fermes et violents, allait marquer un certain déclin de la Mafia et lui valoir le surnom de "préfet de fer".

La guerre allait modifier cette situation et le débarquement américain de 1943 devait redonner un rôle important à la Mafia. Il semble que les liens existant entre la Cosa Nostra américaine et sa "grande soeur" aient de nouveau facilité l'utilisation de la Mafia comme "instrument de gouvernement local", contribuant à la remettre en selle. Cette situation allait perdurer dans l'après-guerre avec l'arrivée au pouvoir de la Démocratie chrétienne (la D.C. à la tête de tous les gouvernements de l'après-guerre jusque dans les années 1980) dont les chefs locaux (Gioia, Ciancimino et Lima) se sont avérés de fidèles serviteurs de la Mafia.
Avec ses "voisins", la Mafia s'assure des bonnes relations, par exemple en aidant la 'Ndrangetha calabraise à se structurer en "Familles" après-guerre ou en adoubant Cutolo à la tête de la Camorra napolitaine en 1970 pour mieux s'assurer l'approvisionnement en drogue, marché très juteux en grande partie contrôlé par la Mafia. Les relations avec la Sacra Corona Unita des Pouilles, à cause de la distance géographique, semblent moins importantes. On mesure l'implantation de ces différents groupes par le paiement du pizzo, cette rémunération demandée aux entrepreneurs contre une "protection" qui s'apparente à du racket. Le patronat italien a dressé l'an dernier une carte d'Italie du pizzo.
L'arrestation régulière de ses chefs (comme celle de Bernardo Provenzano dit "le Tracteur" en 2006) ne semble que décapiter l'organisation qui aurait, selon le mot de Jean-François Gayraud, davantage besoin d'être déracinée.

La chanson d'Akhenaton évoque d'une certaine manière l'impossible réinsertion des mafieux dans la vie normale, qu'ils tentent de se faire oublier où qu'ils collaborent avec la justice. A partir du moment où le mafieux est initié dans cette société secrète, il ne doit plus en sortir, sinon mort. C'est au rite d'initiation que fait référence la chanson "Le jour où mon sang coula sur un fil je fus perdu". L'apprenti-mafieux se fait en effet piquer le doigt avec une épingle, son sang coulant sur une image sainte qui est ensuite brûlée. Il fait dorénavant partie d'une cosca. C'est le terme sicilien désignant un clan. La cosca (pl. cosche) est donc une "Famille" qui forme avec d'autres cosche la Mafia. Celle de Corleone, dont parle Akhenaton, s'est imposée très brutalement au sein de Cosa Nostra à partir des années 1970, exerçant, sous la direction de Luciano Leggio puis de Toto Riina, une véritable dictature conduisant à la "seconde guerre mafieuse" du début des années 1980.

Sur Samarra, retrouvez des livres, une BD et un film pour en apprendre plus sur la mafia à l'heure de la mondialisation.




free music

Akhenaton - La Cosca
(album "Métèque Et Mat", 1996 )

Ma famille est sept fois séculaire, ancienne et insulaire

Entourée de mystères, et comme le Saint-Suaire

A l'aube de troisième millénaire encore on dit

La légende des trois cavaliers espagnols qui débarquèrent

Au large de Trapani, les usages d'une secte

Dans leurs têtes et leurs bagages amenés de Tolède

Et tout ceci n'est pas mythe, fou l'ignores-tu?

Le jour où mon sang a coulé sur un fil, je fus perdu

Je suis né en 1903

Au milieu des Vendettas, dans les environs de Caltanissetta

Où seuls l'honneur et la famille décident

Les bancs de mon école s'appelaient racket et homicide

J'étais un pauvre paysan, gardien d'un Latifondo

Pour la criminalité, oui la Sicile a bon dos

Mais quand même, comment expliquer

Que des culs-terreux ont régit l'économie d'un pays entier

J'ai envoyé des tas de types au caveau

Ainsi je fut soldat dans la puissante Cosca des Salvo

Puis j'ai loué mes services un peu plus au Nord

En 22, j'étais à Bagheria dans la Conque d'Or

Pour rappeler à l'ordre ceux qui ne payaient rien

Et taxer leurs biens aux propriétaires terriens

On peut trouver ça monstrueux

Mais tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour être heureux


REFRAIN:

Tu appartiens à la Cosca

Ton
sang appartient à la Cosca


Puis
les fascistes sont arrivés au pouvoir,

Pour les deux décennies noires

Avec le désir d'envoyer au placard

Les membres de l'honorable société

Les hommes de ma tradition furent chassés, arrêtés et enfermés

J'ai vite décidé de m'exiler en Tunisie

Pour fuir la répression de préfet Cesare Mori

A Tunis, il y avait déjà beaucoup d'Italiens

Donc venu sans rien, j'ai dû m'accaparer des biens

Les familles s'étaient reconstituées

Les clandestins de Sicile réclamaient des pécadilles pour tuer

J'ai vite eu sous mes ordres une armée

Mes affaires ont prospéré jusqu'à ce que le gouvernement français

Eut signé mon acte d'extradition de Tunis

J'ai fuit, vers Le Havre puis les États-Unis

Là-bas en 43, j'ai lutté

Contre les sabotages des agents philo-nazis

On a collaboré avec le gouvernement

Pendant quelques années jusqu'au jour du débarquement

Ils nous ont renvoyé l'ascenseur après quelques mois

En installant dans les mairies des gens de Cosa Nostra

La collusion entre Mafia et partis politiques

Était à son comble, pire c'était une logique

Ceci marqua d'une pierre blanche ainsi

50 ans d'emprise totale de la Mafia sur l'Italie


REFRAIN


Grâce à mes relations, dans les sphères de l'État

Je fus acquitté, pour un contrat, par un certain magistrat

En 57, j'étais incarcéré à l'«Ucciardone» [prison de Palerme]

Mi-58, je travaillais dehors à Corleone

Les naïfs, comprennent-ils qu'en un an de prison

Ou dix ans de liberté on a les mêmes connections

C'est dans ces années-là que l'économie a changé

L'honorable société s'est vite adaptée

D'abord le trafic de drogue, l'assassinat de femmes

Aujourd'hui il vendent même des organes

Et comme pour liguer tous les délits impunis

En 70, la criminalité s'est réunie

Il y avais là, des types de Campanie, de la Camorra

Et
ces putains de balafreurs cruels de la 'Ndranghetta

De
Bari, le Sacra Corona Unita

Et je faisais partie des gars venus de Cosa Nostra

Peu à peu, se creusait un vide entre

Eux, leurs objectifs et moi et mes principes

Cinq mois après j'avais tout raccroché

M'étais barré dans la montagne pour me cacher

Et voilà donc vingt ans qui sont passés

Je suis resté discret et n'ai jamais balancé

J'ai quatre-vingt dix piges et des nouveaux changements politiques

Me font comprendre que mon âge est critique

Dehors, cette moto m'inquiète

Ce soit-disant postier porte des lettres. Il guette

Ils ont encore moins de respect que je pensais

Peut-être des nouveaux gars de l'organisation appelée Stidde [organisation criminelle du Sud de la Sicile]

C'est terminé, alors pourquoi ne pas en rire

Sortir cette tête qui vaut 600.000 lires

C'est dérisoire, à dix mètres se tapit

Une armée de Guappi [caïds], tout ça afin d'éliminer un papi

Dernier mot, dernière lueur dans mes yeux

Je me suis trompé, je n'ai jamais été heureux, je dois sortir


Beaucoup d'autres articles dans notre dossier sur l'histoire et la géographie du Rap


90. Bob Dylan: "masters of war".

Masters of war est une condamnation particulièrement virulente des profiteurs de la guerre. Le texte, frontal et agressif, parle de lui-même et n'appelle guère de commentaires.
Toutefois, alors que la plupart des auditeurs voient dans ce morceau une chanson pacifiste, Dylan rectifie dans une interview accordée en septembre 2001: "Chaque fois que je la chante, quelqu'un écrit que c'est une chanson anti-guerre. Mais cette chanson ne contient aucun sentiment anti-guerre. Je ne suis pas un pacifiste. Je ne pense pas l'avoir jamais été. Si vous examinez attentivement cette chanson, elle parle de ce que Eisenhower disait sur les dangers du complexe militaro-industriel dans ce pays. Je crois fermement que chacun a le droit de se défendre par tous les moyens nécessaires".




Le morceau se trouve sur son second album, The freewheelin' Bob Dylan, qui lui apporte la notoriété grâce à des morceaux incontournables: Blowin' in the wind, Oxford town et Hard rain's a gonna fall sur le thème de la destruction nucléaire. Sa plume corrosive séduit la jeune génération qui en fait une sorte de guide spirituelle.
Judy Collins reprendra à son tour la chanson, dont elle supprima le dernier couplet, le jugeant trop "dur".

"Masters of war" Bob Dylan (1963).

Come you masters of war
You that build all the guns
You that build the death planes
You that build the big bombs
You that hide behind walls
You that hide behind desks
I just want you to know
I can see through your masks

You that never done nothin'
But build to destroy
You play with my world
Like it's your little toy
You put a gun in my hand
And you hide from my eyes
And you turn and run farther
When the fast bullets fly

Like Judas of old
You lie and deceive
A world war can be won
You want me to believe
But I see through your eyes
And I see through your brain
Like I see through the water
That runs down my drain

You fasten the triggers
For the others to fire
Then you set back and watch
When the death count gets higher
You hide in your mansion
As young people's blood
Flows out of their bodies
And is buried in the mud

You've thrown the worst fear
That can ever be hurled
Fear to bring children
Into the world
For threatening my baby
Unborn and unnamed
You ain't worth the blood
That runs in your veins

How much do I know
To talk out of turn
You might say that I'm young
You might say I'm unlearned
But there's one thing I know
Though I'm younger than you
Even Jesus would never
Forgive what you do

Let me ask you one question
Is your money that good
Will it buy you forgiveness
Do you think that it could
I think you will find
When your death takes its toll
All the money you made
Will never buy back your soul

And I hope that you die
And your death'll come soon
I will follow your casket
In the pale afternoon
And I'll watch while you're lowered
Down to your deathbed
And I'll stand o'er your grave
'Til I'm sure that you're dead


__________________

Vous, maîtres de la guerre
Qui fabriquez toutes ces armes,
Construisez les avions de la mort
Et fabriquez ces grosses bombes
Qui vous cachez derrière des murs,
Vous abritez derrière des bureaux
Je veux que vous sachiez
Que je vois au travers de vos masques

Vous qui n'avez jamais fait
Que construire pour démolir
Vous jouez avec le monde
Comme si c'était votre petit jouet
Vous nous procurez des armes
Et puis disparaissez de notre vue
Pour vous éloigner et vous cacher
Quand les balles sifflent

Comme Judas autrefois
Vous mentez et trompez
Vous voulez nous faire croire
Qu’une guerre mondiale peut se gagner
Mais je vois à travers vos yeux
Et je vois à travers vos cerveaux
Comme je vois à travers les eaux
Qui s'écoulent dans nos égouts

Vous tendez la gâchette
Pour que les autres tirent
Puis vous vous retirez et regardez
Alors que le nombre de morts empire
Vous vous cachez dans vos demeures
Alors que le sang des jeunes
S'écoule de leur corps
Et se fond à la boue

Vous avez jeté la plus terrible peur
Qui puisse exister
Celle de mettre des enfants
Au monde
Parce que vous menacez mon enfant
Qui n'est pas encore né et n'a pas encore de nom
Vous ne méritez pas le sang
Qui coule dans vos veines

En sais-je assez
Pour prendre ainsi la parole
Vous pouvez dire que je suis jeune
Vous pouvez dire que je manque d'expérience
Il y a cependant une chose dont je suis sûr
Bien que je sois plus jeune que vous
C'est que même Jésus ne voudra
Jamais pardonner ce que vous faîtes

Permettez-moi de vous poser une question
Votre argent sera-t-il suffisant
Pour acheter votre pardon
Le pensez-vous réellement
Je crois que vous constaterez
Quand l’heure de votre mort sonnera
Que tout le fric que vous avez amassé
Ne pourra jamais racheter votre âme

Et j'espère que vous mourrez
Et que votre mort sera proche
Je suivrai votre cercueil
Dans la pâleur du jour
Et je serai là, quand on vous abaissera
Sur votre lit de mort
Et resterai auprès de votre tombe
Jusqu'à ce que je sois sûr que vous n’êtes plus de ce monde.

Liens:

* Le site français de référence sur Dylan.

* Dylan sur L'Histgeobox:

- Oxford town

- The time they're a changin'

- Blowin' in the wind

mardi 16 septembre 2008

89. Chant révolutionnaire : "la guillotine permanente"

Ce chant révolutionnaire (qui n'est pas un sommet de la culture française, il faut bien l'avouer), est interprété ici par Marc Ogeret.


Marc Ogeret - La guillotine permanente

En France comme à l'étranger, la guillotine est un symbole de la Révolution française. En effet, même si quelques machines avaient déjà été mises au point en Europe pour les condamnations à mort, c'est pendant la Révolution que la guillotine est inventée et surtout qu'elle devient l'unique moyen d'exécution.

Le 1er décembre 1789, le député Joseph-Ignace Guillotin [1738-1814] propose que l'Assemblée Nationale (la France est alors une monarchie parlementaire depuis juillet 1789) accepte une résolution, dont voici deux articles :

"-Article 1 : Les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peine, quels que soient le rang et l'état du coupable.

-Article 6 : Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le même, quelle que soit la nature du délit dont il se sera rendu coupable. Le criminel sera décapité : il le sera par l'effet d'une simple mécanique. [...] M. le Président [de l'Assemblée] suppliera le Roi de donner des ordres pour que le mode actuel de décapitation soit changé et qu'à l'avenir elle soit exécutée par l'effet d'une simple mécanique."

Sous l'Ancien régime, les nobles "bénéficiaient" d'un régime de faveur puisqu'ils étaient décapités à l'épée (ou à la hache), ce qui, malgré certains cas qui ont nécessité plusieurs coups, était moins douloureux que les autres formes d'exécutions en vigueur (la pendaison, l'écartellement, la roue, etc).

Le texte de Guillotin (qui n'est pas encore une loi) est finalement accepté le 21 janvier 1790. Au grand regret du médecin député, son nom restera attaché à l'objet qui devait rendre l'exécution égalitaire et la plus indolore possible. Contrairement aux dires d'une légende tenace, le docteur Guillotin n'est pas le concepteur de la machine (c'est le chirurgien Louis [1732-1792]), et n'a pas été victime de "sa" machine, mais est mort d'un anthrax à l'épaule gauche, en 1814.

C'est le 3 juin
1791 que, sur proposition du député Le Pelletier Saint-Fargeau, l'article 3 du code civil stipule que "tout condamné à mort aura la tête tranchée". Cette disposition est finalement intégrée dans le code pénal le 6 octobre 1791.



Exécution à Remiremont, 8 février 1899


Utilisée pour la première fois le 25 avril 1792, la guillotine est mal acceptée par le public, apparemment déçu de la rapidité de l'exécution et du manque de spectacle (par la suite la guillotine fut surélevée sur un échafaud pour permettre à la foule de mieux voir).Pendant la Terreur, de septembre 1793 à juillet 1794, près de 50 guillotines sont installées en France et quelques 20 000 personnes sont exécutées.

La guillotine sera le seul moyen d'exécution civil jusqu'à la dernière exécution en France, le 10 septembre 1977, dans la prison des Baumettes à Marseille (depuis 1939 les exécutions n'étaient plus publiques).

La guillotine permanente

Le début des Guillotins
dans la baie de Cine
très expert et très malin
fit une machine
pour purger le corps français
de tous les gens à projets

C'est la guillotine gaie,
c'est la guillotine

Pour punir la trahison
la honte rabine
ces amateurs de blasons
ces gens qu'on devine
voilà pour qui l'on a fait
ce donc on connaît les faits

C'est la guillotine gaie,
c'est la guillotine

A force de comploter
la horde mutine
a gagné sans y penser
migraine maline
pour guérir ces messieurs-là
un jour on les mènera

à la guillotine gaie
à la guillotine

Dans la France on a chassé
la noble vermine
on a tout rasé, cassé
les maisons ruines
mais de noble on a gardé
de mourir le cou tranché

par la guillotine gaie
par la guillotine