lundi 6 décembre 2010

Loca Virosque Cano (7) Brixton, "Guns of Brixton", The Clash (1979)



De "The Clash" à "Combat rock" : la musique comme vecteur de révolte.


The Clash est un groupe anglais composé de Joe Strummer (guitare, chant), Paul Simonon (basse), Mick Jones (guitare et chant) Topper Headon (batterie, il rejoint le groupe à partir du 2ème album) formé en 1976. Deux de ses membres, Mick Jones et Paul Simmonon, sont natifs de Brixton, ce dernier est le compositeur de la chanson "Guns of Brixton" qu'il interprète également.

Les Clash se sont faits connaître en assurant la première partie des Sex Pistols sur une tournée baptisée "Anarchy Tour" ce qui leur a permis de signer chez CBS pour leur premier single "White Riot" en 1977 et premier album, intitulé "The Clash". Ils tournent avec des groupes majeurs de la fin des années 70 : The Jam de Paul Weller, groupe emblématique du revival mods (1) mais aussi the Buzzcocks, fer de lance de la scène punk mancunienne. En 1978, ils sortent leur deuxième album Give'em Enough Rope et s'egagent de plus en plus dans l'activisme politique participant, par exemple, au concert "Rock against the racism" à Victoria Park, en avril 78, à l'initiative de l'Anti-nazi League.

Puis, en décembre 1979, The Clash sort un double album destiné à marquer définitivement l'histoire du rock : London Calling. Toujours associé au mouvement punk, le groupe suit pourtant une route fort différente de celle empruntée par Johnny Rotten et Sid Vicious. En effet, les Clash sont davantage tournés vers le rock mais capables de l'enrichir de sonorité ska, reggae, dub, etc., ce qu'ils réalisent à merveille sur ce double album. La pochette, inspirée de celle du premier LP d'Elvis Presley, datant de 1956, fait aujourd'hui partie de l'imagier du rock. On y voit Paul Simonon détruire dans une geste rageur sa guitare, geste qui résume à la fois l'énergie du groupe mais aussi la révolte qui irrigua toute sa discographie.












Celle-ci se clot en 1982 (à la sortie de l'album Cut The crap édité 3 ans plus tard, le groupe ne comprend plus ni Topper Headon, ni Mick Jones). Au final, les Clash laissent 5 albums, dont un double (London Calling) et un triple (Sandinista dont nous avait parlé Blot), et une multitude de titres témoins de leur engagement, à l'image de celui de leur dernière production intitulée "Combat Rock".



"Guns of Brixton" : une chanson visionnaire.


Angleterre, 1978, la crise est installée depuis le début de la décennie. Choc pétrolier, désindustrialisation faisant plonger les pays noirs de la première révolution industrielle dans le marasme, 1 million de chômeurs et une inflation qui culmine à 18%. Les élections générales sont, comme souvent, placées sous la bannière du bipartisme et se résument à un face à face entre le Labour party et les Tories. A la tête de la formation des conservateurs, Margaret Thatcher, dont certains disent qu'elle pourrait être la première femme premier ministre du Royaume-Uni à l'issue du scrutin de mai 79 qui approche.

Lors de la campagne, la question de l'immigration fait irruption dans les débats. Pour M. Thatcher, récupérer les voix des partisans du National Front est une option à ne pas négliger. Le pays compte alors 54 millions d'habitants dont 1.9 million de personnes qualifiées de "coloured". La fer de lance (sans mauvais jeu de mot) du parti Tory, prononce une série de phrases dans la presse qui laissent planer peu de doutes sur son positionnement et ses vélléités de récupérer des voix sur sa droite; ainsi elle annonce vouloir mettre un terme à l'immigration ("clear end to immigration") ouverte alors au rapprochement familial, et ajoute "people are really rather afraid that this country might be swamped by people of a different culture".("Les gens sont plutôt inquiets de voir ce pays submergé par des gens d'une autre culture").

Bien qu'ayant vu naître des personnalités aussi éclectiques qu'Harold Macmillan (2), John Major (3) ou encore David Bowie, le quartier de Brixton, situé das l'arrondissement de Lambeth au sud-ouest de Londres, n'en est pas moins fortement marqué par son identité caribéenne et jamaïcaine (ou "West Indies" qui comprend aussi Trinidad et Tobago ou encore la Barbade). 1 habitant de Brixton sur 3 vient de cette région du monde (jusqu'à 70% dans certaines parties du secteur) tant et si bien que le quartier fut surnommé le Harlem londonien. Selon les études menées dans les années 80 (4) c'est un faubourg marqué par de lourds problèmes de logements (beaucoup de squatts, une longue liste d'attente pour obtenir un logement), une criminalité galopante liée à un trafic de drogue important, avec un tissu social en décomposition du fait de l'importante monoparentalité et du chômage. Même si les chiffes sont postérieurs aux années 70 (5) ils en disent long ; en 1985, 13% de la population active britannique est au chômage, le taux s'élève à 23% chez les minorités pouvant culminer chez les jeunes noirs à 55% voire à 67% pour ceux du quartier.


Les relations avec la police sont difficiles dans le quartier depuis plusieurs années lorque Paul Simonon écrit "Guns of Brixton". D'une part, la population reproche à la police métropolitaine son manque d'entrain à résoudre les affaires dont les populations immigrées du quartier sont victimes. Ainsi, la disparition de deux jeunes garçons de la communauté noire dans l'incendie d'un immeuble reste irrésolue. D'autre part, la population se plaint du harcèlement de la MPS (Metropolitan Police Service) qui a la possibilté d'effectuer des contrôles sur la simple suspicion. Ceux-ci sont vécus par la population comme des contrôles au faciès, souvent injustifiés et stigmatisants, ce qui rend l'atmosphère de plus en plus irrespirrable. C'est sur cette thématique que Paul Simonon construit son titre comme on peut le lire et l'écouter ci après :




When they kick out your front door
Quand ils vont défoncer ta porte
How you gonna come?
Comment vas tu réagir?
With your hands on your head
en mettant tes mains sur la tête
Or on the trigger of your gun
Ou ton doigt sur la gachette?

When the law break in
Quand la police débarquera
How you gonna go?
Comment finiras-tu?
Shot down on the pavement
Abattu sur le trottoir
Or waiting in death row
Ou à attendre dans le couloir de la mort

You can crush us
Vous pouvez nous écraser
You can bruise us
vous pouvez nous frapper
But you'll have to answer to
mais vous aurez à en répondre
Oh, Guns of Brixton
Oh, les flingues de Brixton

The money feels good
Tu as assez d'argent
And your life you like it well
et tu aimes bien ta vie
But surely your time will come
mais bientôt ton heure viendra
As in heaven, as in hell
Aussi bien au paradis, qu'en enfer


You see, he feels like Ivan
Tu vois, il a l'impression d'être Ivan
BORN under the Brixton sun
Né sous le soleil de Brixton
His game is called survivin'
Son jeu s'appelle survivre
At the end of the harder they come
A la fin plus dure sera la chute

You know, it means no mercy
Tu sais que cela veut dire pas de pitié
They caught him with a gun
Ils l'ont attrapé avec un flingue
No need for the Black Maria
Pas besoin de fourgon noir (6)
Goodbye to the Brixton sun
Adieu le soleil de Brixton

You can crush us
Vous pouvez nous écraser
You can bruise us
Vous pouvez nous frapper
But you'll have to answer to
Mais vous aurez à en répondre
Oh-the guns of Brixton
Oh- les flingues de Brixton.


When they kick out your front door
Quand ils défonceront ta porte
How you gonna come?
Comment réagiras tu?
With your hands on your head
En mettant les mains sur la tête
Or on the trigger of your gun
Ou ton doigt sur la gachette

You can crush us
Vous pouvez nous écraser
You can bruise us
Vous pouvez nous frapper
And even shoot us
Et même nous tuer
But oh- the guns of Brixton
Mais Oh- Les flingues de Brixton


Shot down on the pavement
Abattu sur le trottoir
Waiting in death row
Dans le couloir de la mort
His game was survivin'
Son jeu était de survivre
As in heaven as in hell
Aussi bien en enfer qu'au paradis.


You can crush us
Vous pouvez nous écraser
You can bruise us
Vous pouvez nous frapper
But you'll have to answer to
Mais vous devrez en répondre
Oh, the guns of Brixton
Oh, les flingues de Brixton
Oh, the guns of Brixton
Oh, les flingues de Brixton
Oh, the guns of Brixton
Oh, les flingues de Brixton
Oh, the guns of Brixton
Oh, les flingues de Brixton








"Guns of Brixton" : de l'art d'être clairvoyant en terrain propice à l'émeute.

Début avril 81, ce que décrit Paul Simonon se transforme en une terrible réalité. La température s'élève dangereusement dans le quartier jamaïcain de Londres. La police est plus que jamais présente ; elle se livre à un contrôle systématique et très agressif des populations du faubourg dans le cadre de l'opération baptisée "Swamp 1981". 50% des personnes contrôlées sont issues de la communauté des West Indies, et les 2/3 d'entre elles ont moins de 21 ans. (6)


Dans la nuit du 10 avril, un jeune homme est blessé à coup de couteaux. Deux policiers s'approchant de lui, la foule alentour, à tort ou à raison, y voit un nouveau signe d'agression envers un habitant du quartier. Elle s'amasse rapidement et la situation dégénère. Les cocktails molotovs pleuvent, les scènes d'émeutes et d'affrontement avec la police se multiplient. Le quartier est en flamme, en particulier la zone dite de la "frontline" sur Raintail road. De nombreuses constructions sont incendiées dont une école, des magasins, des pubs dont certains sont connus pour réserver le plus mauvais accueil à la population de couleur.
Le bilan est accablant : 360 blessés, 83 locaux sont détruits par le feu, une centaine de véhicules, dont la moitié appartenant à la police, sont endommagés ou brulés. 82 personnes sont arrêtées. Les dégâts se chiffrent à 7.5 millions de livres.




Margaret Thatcher n'en conclue pas moins que ces émeutes sont injustifiables. Toutefois, Lord Scarman est nommé pour faire un rapport qui portera son nom et sera publié en 1985. Ses conclusions ne vont pas tout fait dans le même sens. Il reconnait de façon claire qu'il y a une véritable discrimination non légale, mais réelle et ressentie par la population de couleur du quartier qui se retrouve désavantagée. Il préconise alors une politique de discrimination positive, passant notamment par l'embauche de personnes issues des communautés caribéennes dans les forces de police. A l'issue du rapport Scarman, il faut aussi noter que le Vagrancy Act qui rendait possible les arrestations et contrôles abusifs de la police sur simple suspicion devient caduc.


Cette même année, de nouvelles émeutes éclatent en Angleterre à Brixton, à Toxteth (Liverpool) ou Peckham mais les Clash ne sont plus là pour les anticiper ou les chanter.


Et aujourd'hui ?


Brixton est, comme Harlem, un quartier en voie de revivification. Il a gardé son caractère coloré et cosmopolite et est devenu célèbre aussi bien pour son marché quotidien que pour sa scène culturelle animée autour de la Brixton Academy. Comme souvent, la rénovation du quartier s'accompagne d'une gentrification de sa population.


[Brixton, Electric avenue, Le marché en 2011.
photo V. Servat]
[Brixton, le marché, entre boutiques et petits restos bios,
le maintien d'une identité afro carabéenne dans le quartier.
Photo V. servat]
























Notes :
(1) Le groupe s'ancre à la fois dans le mouvement punk rock et celui des mods qui était incarné par les Who.
(2)-(3) Premiers ministres conservateurs britanniques respectivement de 1957 à 1953, et de 1990 à 1997.
(4) Les chiffres sont tirés du rapport de Lord Scarman publié en 1985.
(5) Les chiffres sont également tirés du rapport de Lord Scarman publié en 1985.
(6) Les fourgons noirs de la police, équivalent de nos "paniers à salade", sont surnommés les Black Maria dans le langage familier.
(7) Jean-Claude Monet "Polices et violences urbaines : la loi et le désordre dans les villes anglo-saxonnes".


Pistes bibliographiques :

Dans la presse :
Articles de Time magazine :

Articles de la BBC :
  • http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/april/11/newsid_2523000/2523907.stm
  • http://news.bbc.co.uk/onthisday/hi/dates/stories/november/25/newsid_2546000/2546233.stm

Dans des revues :

Sur le web :
  • http://www.nickelinthemachine.com/2008/08/brixton-and-the-riots-in-1981/
  • http://www.urban75.org/brixton/history/riot.html

vendredi 19 novembre 2010

226. "La chanson de Craonne."


La chanson de Craonne est aujourd'hui le morceau le plus connu et le plus enregistré de tous ceux nés de la Grande Guerre. Grâce aux travaux des historiens, et en particulier Guy Marival, nous en savons désormais davantage sur la genèse de cette chanson.

Article mis à jour en cliquant ici.

dimanche 14 novembre 2010

Loca Virosque Cano (6) : Ellis Island, Bruce Springsteen , "American Land", (2006) .


Springsteen, ses deux tantes (aux
extrémités) et sa mère à sa droite
lors de la remise de l'award, à Ellis
Island le 22/10/2010.
Le 22 avril 2010, Bruce Springsteen se tenait dans le grand hall du musée d'Ellis Island avec sa mère et ses tantes afin de recevoir un award récompensant un descendant d'immigrant ayant contribué de manière manifeste à l'histoire américaine (Ellis Island Family Heritage Award). Bien que né aux U.S.A, ce qui ne fut pas sans lui causer quelques déboires avec le parti républicain (1), Bruce Springsteen descend d'une arrière grand mère italienne (Rafaella Zerilli, citée d'ailleurs au début du 4° couplet) originaire de Vico Enquense, petit bourg situé à mi chemin entre Castellammare Di Stabia et Sorrento, dans cette jolie péninsule au sud de Naples. Elle arriva à Ellis Island le 3 octobre 1900 avec rien moins que ses 5 enfants.

"I dock at Ellis Island in a city of lights and spires"(2) dit Springsteen dans "American Land" qui porte, dans son texte, un bon lot de clichés sur l'imaginaire des immigrants vis à vis du nouveau monde.


Cette chanson est issue d'un album de reprises intitulé "We Shall Overcome- The Pete Seeger Sessions". On le devine aisément, le disque est une compilation de reprises de chansons folks interprétées ou écrites par Pete Seeger. Pour cet album, le Boss s'est séparé de son E-Street band et a fait appel à des musiciens de New York et du New Jersey pour l'enregistrement des morceaux. Au fil du temps, le groupe devint le "Sessions Band". Dans l'édition dite "American Land Bonus Tracks" apparaît en 18ème morceau cette chanson, qui fait exception puisqu'elle est signée Bruce Springsteen.

Ellis Island : une des portes ouvrant sur la terre promise.

Ellis Island ne fut pas toujours la porte d'entrée vers l'Amérique et son rêve. Les autres sites qui tinrent le même rôle sont toutefois fort peu éloignés de l'île au large de Manhattan.


Castel garden Centre d'immigration de l'état de New
York de 1855 à 1890.


Ellis Island, île située à l'ouest de la pointe sud de Manhattan et proche de Liberty Island sur laquelle se trouve la statue du même nom, n'avait aucunement vocation à servir de porte d'entrée vers les Etats-Unis. En effet, en 1880, y est construit Fort Gibson et le site est utilisé, à l'origine, pour la surveillance côtière. Rappelons d'autre part, que tous les immigrants qui accostèrent avant 1886, ne virent pas Lady Liberty, bien qu'elle soit, tout comme Ellis Island, emblématique de la mémoire de l'immigration aux Etats-Unis. De 1855 à 1890, alors que les Irlandais déferlent vers le nouveau monde, c'est sur le site de Castle Garden (aujourd'hui Castle Clinton), ancien opéra, à la pointe sud de Manhattan, dans Battery Park, que s'établit la nouvelle plateforme destinée à réceptionner les arrivants. A cette époque la quarantaine, en cas de maladie, s'effectue à Staten Island.




Le site d'Ellis Island en 1892.
Ce n'est qu'en 1892 que le centre d'Ellis Island ouvre ses portes, précisément le 17 décembre. Il fonctionnera jusqu'en 1954 ; son ouverture marque l'ère du contrôle fédéral de l'immigration, auparavant pris en charge par les états du pays.




En 1897, une partie des bâtiments est ravagée par un feu venu des cuisines. En 1898, une nouvelle structure sort de terre. Elle comporte le célèbre grand hall (qui arrive en 1900 à faire passer 6500 immigrants à la journée), des dortoirs, et un hôpital réalisé en récupérant les matériaux d'excavation de Grand Central (la gare de New York). En 1905 une troisième île sera ajoutée suivant les mêmes méthodes. La nouvelle station d'accueil des immigrants avec ses dortoirs, ses salles de bagages, son hôpital, ses cuisines, sa station électrique, sa salle de bains, fait travailler un personnel nombreux celui de l'immigration, mais aussi des interprètes, employés, gardes, personnels de maintenance, docteurs, infirmières et même un coiffeur !



Ellis Island : 12 millions d'immigrants.




Le hall du musée de l'immigration de
nos jours rappelle, au dessus d'une
de bagages ayant appartenu aux im-
migrants que 12 millions de personnes
sont entrées aux Etats-Unis par Ellis
Island (photo vservat)
Lorsque le centre d'Ellis Island ouvre ses portes en 1892, l'immigration vers les Etats-Unis en provenance du vieux monde (le continent européen), n'en est pas à ses balbutiements. Le XIXème siècle états-unien est celui de l'immigration de masse en premier lieu parce que la population de l'Europe passe entre 1750 et 1845 de 140 à 250 millions d'habitants.
Cette croissance démographique pèse lourdement sur les successions paysannes soit en faisant baisser la taille des parcelles soit en laissant les puinés sans héritage, favorisant ainsi la migration.


Avec la Grande Famine irlandaise du milieu du XIXème siècle , 1.2 millions d'irlandais partent vers le nouveau Monde s'ajoutant au 850 000 partis depuis les années 1820. (Se reporter sur l'histgeobox aux articles de Blot sur l'émigration irlandaise et leur devenir professionnel aux Etats-Unis). Ces Irlandais se distinguent par leur religion notamment, de la vague des immigrants "invisibles" (3) constituée des anglais, écossais et gallois qui ne sont pas moins de 2.7 millions à quitter le Royaume Uni entre 1820 et 1890.


Outre les causes économiques, on trouve aux origines des départs vers l'Outre Atlantique les troubles politiques qui affectent le vieux continent, tout autant que les persécutions religieuses qui affectent certaines communautés en particulier les populations juives de Russie.






Musée d'Ellis Island : sur cette représentation
graphique, on distinge que ce sont sur les vingt
années qui précèdent et suivent le tournant du
siècle que l'immigration fut la plus forte. (photo
vservat)
Entre 1892 et 1924 12 millions de personnes entrent aux Etats-Unis par Ellis Island et le port de New York.
Parmi les autres communautés européennes qui passent la porte d'or d'Ellis Island, on citera les populations germanophones et scandinaves. Beaucoup d'entre leurs membres ne s'arrêtent pourtant pas à New York et poussent jusqu'au Middle West.




New York, à l'entrée de Mulberry
Street, Little Italy. (photo vservat)






Les Italiens qui leur emboitent le pas (dont Mme Zerilli, grand mère de Bruce Springsteen) ne peuvent donc plus accéder aux terres déjà distribuées. Ils s'installent donc dans les villes, participant à leur développement en se faisant employer dans l'industrie du bâtiment ou des moyens de transport. Les femmes se font embaucher comme employées, en particulier dans l'industrie textile en plein décollage. Aujourd'hui, il reste encore à NewYork, sur une portion de Mulberry Street, une partie visible du quartier de Little Italy, peuplé de ces migrants du sud de l'Italie immortalisés par les cinéastes.





Dernières communautés à affluer vers le nouveau monde, celles en provenance d'Europe de l'est. On pense immédiatement aux populations juives persécutées par les pogroms en Russie. Il faut y ajouter les polonais qui se transforment, à la faveur de leur passage de l'autre côté de l'Atlantique de main d'oeuvre agricole en composante déterminante du prolétariat industriel urbain.




Mur des passeports,
musée d'Ellis Island.(vservat)
Au final selon l'historienne Nancy Green entre 1899 et 1924 3.8 millions d'italiens, 1.8 million de Juifs, 1.5 million de polonais, 1.3 million d'allemands, 1 million de britanniques, autant de scandinaves et tout juste un peu moins d'irlandais (800 000) sont venus transfigurer la population des Etats-Unis.


















Ellis Island : un parcours réglementé vers le rêve américain.


Musée d'Ellis Island, résumé
du parcours de

l'arrivant. (photo vservat)
A la sortie du ferry qui les dépose sur Ellis Island, après un voyage qui ne fut souvent pas de tout repos, les migrants européens ne sont pas encore au bout de leurs peines. Un parcours balisé et réglementé les attend dans ce lieu transformé en une véritable tour de Babel tant y résonnent toutes les langues du continent européen.


Les migrants sont dirigés vers les services de la santé publique qui seront les premiers à les examiner. Les médecins prirent assez vite le coup de main pour identifier les migrants malades et affaiblis tant et si bien qu'ils s'alignèrent sur le "6 seconds physical" (un examen express de 6 secondes, dans lequel l'examen des yeux est un moment crucial pour détecter le trachome, maladie occulaire contagieuse). Peu d'arrivants sont recalés à l'examen médical (on estime leur proportion à 2%). Pour ceux que cela concerne toutefois, le marquage est de rigueur ; une coche à la craie est appliquée sur leur vêtement à hauteur de la poitrine et ils sont ensuite redirigés vers les services médicaux pour examen complémentaire. Une écrasante majorité arrive néanmoins dans le grand hall du bâtiment principal d'Ellis Island. Là, les arrivants rencontrent, au terme de leur attente, un employé de l'USIS (United States Immigration Service) qui les questionne et parfois américanise leur patronyme.(4) .Cette ultime étape est celle qui permet d'obtenir le sésame vers la terre ferme et New york.


Le grand hall d'Ellis Island.
(photo de photo du musée, vservat)


A certaines périodes, bien sûr, les lois sur l'immigration modifièrent quelque peu ce parcours. A partir de 1917 un "Litteracy Test" est mis en place, et à partir de 1921, des quotas limitant l'entrée aux Etats-Unis par New York sont établis (3% puis 2% des communautés déjà présentes sont autorisées à passer, les quotas s'appuyant respectivement sur les recensement de 1910, et de 1890). Ce durcissement législatif aboutit à un forte chute du nombre d'entrées sur le sol des Etats-Unis.




Ellis Island : un long silence puis la résurrection de la tour de Babel du nouveau monde.


La seconde guerre mondiale transforme le centre d'Ellis Island en lieu de détention pour les ennemis des Etats-Unis (en 1946, environ 7 000 allemands, italiens et japonais étaient détenus à Ellis Island) et aussi en centre d'entrainement pour les gardes côtes. Le site est définitivement fermé en 1954 et entre en sommeil. Il se dégrade rapidement comme on peut le voir sur les photos ci dessous.


Le débarcadère en ruine, 1974.
(P. Buelher).
Le réfectoire, 1974.
(P. Buelher)









En 1965, Ellis Isalnd devient monument national en étant intégré au parc de la Statue de la liberté. A partir de 1984, une énorme opération de rénovation débute. Elle redonne vie aux lieux pour les transformer en ce musée que l'on visite aujourd'hui. Elle résuscite aussi les vies de ceux qui traversèrent l'océan et surent laisser, sur un mur, la trace émouvante de leur passage vers une nouvelle vie, en terre Américaine.


Dessin d'un bateau gravé sur un des murs du site d'Ellis
Island par un migrant anonyme mis à jour à la faveur de la rénovation du site.
(photo vservat)




Notes :
(1) Voir l'article de Aug sur l'histgeobox
(2) "J'ai accosté à Ellis Island dans une ville de lumière et de flèches"
(3) L'expression est de N. Green, elle l'emploie pour les migrants anglophones qui se sont fondus rapidement dans le creuset, sans différence de langue.
(4) On en trouve un exemple romancé dans "Moon palace" de P. Auster, écrivain New Yorkais : "Plus tard, oncle Victor m'a raconté qu'à l'origine le nom de son père était Fogelman, et que quelqu'un, à Ellis Island, dans les bureaux de l'immigration, l'avait réduit à Fog, avec un g, ce qui avait tenu lieu de nom américain à la famille jusqu'à l'ajout du second g, en 1907. Fogel veut dire oiseau, m'expliquait mon oncle, et j'aimais l'idée qu'une telle créature fît partie de mes fondements. Je m'imaginais un valeureux ancêtre qui, un jour, avait réellement été capable de voler. Un oiseau volant dans le brouillard, me figurais-je, un oiseau géant qui traversait l'Océan sans se reposer avant d'avoir atteint l'Amérique".


Bibliographie / sitographie :


A. Kaspi, "Les américains" Tome 1, points seuil, 1986.
N. Green, "Et ils peulèrent l'Amérique", découverte gallimard, 1994
J. Rainhorn, "L'appel de l'Amérique", l'Histoire, 04/2007.
P. Rygiel, "Quand l'Europe était une terre d'émigration", les collections de l'Histoire, 01/2010




et maintenant place à la musique :





American Land
What is this land America so many travel there
Quelle est cette terre d'Amérique vers laquelle tant voyagent
I'm going now while I'm still young my darling meet me there

Je m'y rends désormais tant que je suis jeune, ma chérie, retrouve moi là bas
Wish me luck my lovely I'll send for you when I can

Souhaite moi bonne chance mon aimée, je t'écrirais dès que possible
And we'll make our home in the American land

et nous fonderons notre foyer en terre Américaine.

Over there all the woman wear silk and satin to their knees

Là bas toutes les femmes portent soie et satin jusqu'aux genoux
And children dear, the sweets, I hear, are growing on the trees

Et leurs chers enfants, si doux, ai-je entendu, poussent sur les arbres
Gold comes rushing out the rivers straight into your hands

L'or surgit des rivières directement dans tes mains
When you make your home in the American Land

Quand tu vis en terre Américaine.

There's diamonds in the sidewalk the's gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.

I docked at Ellis Island in a city of light and spires

J'ai accosté à Ellis Island dans une ville de lumière et de flèches
She met me in the valley of red-hot steel and fire
Elle m'a rencontré dans la vallée de l'acier en fusion et du feu
We made the steel that built the cities with our sweat and two hands

Nous avons fait l'acier qui a servi à construire ces villes avec notre sueur et deux mains
And we made our home in the American Land
Et nous avons établi notre foyer en terre Américaine.


There's diamonds in the sidewalk the's gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.

The McNicholas, the Posalski's, the Smiths, Zerillis, too

Les McNicholas, les Posalski, Les Smith, les Zerilli aussi
The Blacks, the Irish, Italians, the Germans and the Jews

Les Noirs, les Irlandais, Les Allemands, et les Juifs
Come across the water a thousand miles from home

Traversèrent la mer, des centaines de miles de chez eux
With nothin in their bellies but the fire down below

Avec leurs ventres vides mai le feu à leurs trousses

They died building the railroads worked to bones and skin

Ils mourrurent en construisant les de chemin de fer se tuant au travail
They died in the fields and factories names scattered in the wind

Ils mourrurent dans les champs et les usines
They died to get here a hundred years ago they're still dyin now

Ils mourrurent pour arriver jusqu'ici il y a cent ans de cela et ils y meurent encore
The hands that built the country were always trying to keep down

Les mains qui édifièrent ce pays ont toujours éssayé de ne as se montrer



There's diamonds in the sidewalk the gutters lined in song

Il ya des diamants sur les trottoirs, des caniveaux doublés de chansons
Dear I hear that beer flows through the faucets all night long

Chérie j'ai entendu la bière couler des tireuses toute la nuit
There's treasure for the taking, for any hard working man

Il y a des trésors à prendre, pour tout homme capable de travailler dur
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.
Who will make his home in the American Land

Qui s'établira en terre Américaine.



American Land