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mardi 30 mars 2010

205. Gaston Montéhus: "Gloire au 17ième" (1907).

Depuis 1900, le vin du Midi souffre d'une terrible mévente. Face à l'effondrement des cours, les vignerons sont confrontés à la misère. Le caractère de monoculture de la vigne dans la région aggrave la crise. Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés:
- la surproduction chronique,
- la concurrence et les importations de vins d'Algérie,
- les vins fabriqués frauduleusement, grâce au mouillage et au sucrage, pratiques introduites pendant la crise phylloxérique pour pallier l'insuffisance des récoltes (au cours des années 1880).


Marcellin Albert, meneur initial des vignerons en révolte. Il sera appelé  tour à tour, et selon les points de vue: l'apôtre, le rédempteur, Lou Cigal ("tête folle").

La fraude constitue le principal danger aux yeux des vignerons et non la surproduction. Depuis 1900, ils voient leurs revenus s'effondrer, tandis que leurs impôts restent élevés. Le nombre des chômeurs explose et les ouvriers agricoles ne conservent leurs emplois qu'au prix de pertes de salaires importantes. Plusieurs communes de l'Hérault doivent même organiser des ateliers de charité.
Les vignerons se trouvent alors un porte-parole décidé en la personne de Marcellin Albert, cafetier et vigneron du village d'Argeliers (dans l'Aude). Arpentant marchés et foires, il n'a de cesse de dénoncer les fraudeurs qui ruinent la profession en concoctant à moindre coût un breuvage artificiel à base de sucre et de produits chimiques.
Pour lui, en dehors de toute considération religieuse ou politique, le vin doit être un produit naturel issu de la fermentation du vin de raisin frais. Son implication et sa gouaille font le reste et il s'impose rapidement aux avants postes de ce mouvement populaire.




En février 1907, Marcellin Albert fédère le groupe des « 87 d’Argeliers » et fonde dans chaque ville et village des comités viticoles ayant pour mission de défendre une profession menacée.
Il utilise diverses formes d'actions pacifiques pour faire progresser la cause viticole: pétition, menace de grève fiscale et de démission des conseils municipaux, organisation de manifestations tous les dimanches dans les villes de la région.
Il fonde en outre un journal à même de relayer les revendications: « Le Tocsin, organe de lutte viticole » qui s'impose comme un vecteur d’informations et de mobilisation crucial. Le pharmacien d'Argeliers, Louis Blanc, principal rédacteur, y publie le manifeste des Gueux: "Propriétaires, ouvriers, royalistes, républicains... nous sommes ceux qui crèvent de faim."

Fort de cette logistique bien huilée, Albert et son groupe peuvent désormais livrer bataille.
Le 11 mars 1907, ils se rendent à Narbonne où siège une commission d’enquête parlementaire envoyée pour étudier la crise de mévente des vins du sud-ouest.


Marcellin Albert en Don Quichotte.


Le mouvement prend rapidement une très grande ampleur. Du 24 mars au 9 juin, chaque dimanche, les vignerons se rassemblent toujours plus nombreux. Ils sont 500 à Bize-Minervois le 31 mars, 1 000 le 7 avril à Ouveillan, 8 000 le 14 à Coursan, 12 000 à Capestang le 21, 20 000 à Lezignan-Corbières le 28 avril. Le 5 mai, à Narbonne, sous une pluie battante, 40 000 manifestants défilent. Les vignerons y bénéficient d'un relais politique local en la personne du très populaire Ernest Ferroul, maire socialiste de Narbonne. Celui qui, deux ans plus tôt, couvrait Albert de ses sarcasmes, soutient désormais ouvertement le mouvement. Ensemble, ils prononcent devant une foule enthousiaste le "serment des fédérés" qui clôturera désormais tous les meetings viticoles:
"Nous jurons tous de nous unir pour la défense viticole... Celui ou ceux qui, par intérêt particulier, par ambition ou par esprit politique, nous porteraient préjudice [...] seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante."
Ferroul harangue la foule en mai 1907. 

Le 12 mai, à Béziers, Ferroul adresse au président du conseil, Georges Clemenceau, un ultimatum en deux temps: "Si à la date du 10 juin, le gouvernement n'a pas mis fin à la crise viticole, le Midi fera la grève de l'impôt. Si le 13 juin le Midi n'a toujours pas de satisfaction, toutes les municipalités démissionneront".

Les manifestations s’enchaînent et l'agitation ne fait que grandir : 180 000 individus à Perpignan le 19 mai, 250 000 à Carcassonne le 25 mai. Et si les rangs semblent plus clairsemés à Nîmes le 2 juin, c'est qu'Albert demande aux vignerons de "garder leurs forces" pour la grande manifestation de Montpellier du 9 juin.
500 000 personnes s'y rassemblent!!! Albert est porté en triomphe au milieu d'une forêt de pancartes menaçantes. On peut y lire notamment le petit placard suivant:

" Chambre des députés =
- Séance du 7 juin 1907 discussion sur la crise viticole. Députés présents: 25. (pas de solution).
- Séance du 22 novembre 1906. Augmentation du traitement des députés (15 000 francs). Députés présents: 530! (augmentation votée immédiatement!)."

Ferroul, devenu le véritable chef du mouvement, annonce la fermeture de l'hôtel de ville pour le lendemain et sa démission. Faucilhon, l'adjoint au maire de Carcassonne jette même son écharpe tricolore à terre, que les manifestants s'empressent de déchirer. Dans les quatre départements viticoles, les démissions de maires pleuvent (331 le 13 juin).



L'ampleur et le ton des manifestations ne laissent pas d'inquiéter le gouvernement, jusque là attentiste. Il s'emploie désormais à enrayer un mouvement qui risque de se transformer en véritable révolte.
Dans le même temps, à la Chambre, sans distinction de partis, députés et sénateurs de l'Aude, du Gard, de l'Hérault et des Pyrénées Orientales, organisés en un groupe de défense viticole, adjurent Clemenceau de révoquer Dautresme, le préfet des Pyrénées Orientales, accusé par les vignerons de fermer les yeux sur les fraudes. En guise de réponse, le président du Conseil envoie dans le Midi viticole plusieurs régiments d'infanterie, de cuirassiers et ordonne l'arrestation des chefs des "gueux", notamment Ferroul et les membres du comité d'Argeliers.
Le Docteur Ferroul en bas à droite au premier plan.

Le 17 juin, les Narbonnais pillent le chantier de construction des magasins aux Dames de France pour ériger des barricades devant l'Hôtel de ville. Il faut toute la force de conviction du maire pour convaincre la foule de démolir ce chétif rempart. La popularité de Ferroul est alors à son comble, mais la situation devient incontrôlable. L'occupation militaire de la région est très mal ressentie auprès d'une population énervée. Les incidents violents et les échauffourées se multiplient.

Le 19 juin, à Narbonne, deux généraux échappent de peu au lynchage. A la fin de cette même journée, une cinquantaine de manifestants tentent d'incendier la porte de la sous-préfecture. Dans un moment de panique, un soldat du 10è régiment de cuirassiers appelé à la rescousse, tire une balle qui tue un ouvrier installé dans un café voisin.
Le lendemain matin, les magasins sont fermés en signe de deuil. La troupe patrouille sous les huées. En début d'après-midi, l'inspecteur Grossot, qui a participé la veille à l'arrestation de Ferroul, est reconnu et lynché. Jeté dans le canal du Midi, il parvient à sortir de l'eau et fuit alors en direction de l'hôtel de ville gardé par une section du 139è d'infanterie. Les soldats, rendus très nerveux par l'atmosphère délétère qui règne dans la ville, voient déferler Grossot suivi d'une foule déchaînée. Quelques soldats affolés tirent. La fusillade ne dure que quelques instants, mais elle fait 5 morts et des dizaines de blessés.


Les Narbonnais, stupéfaits, ramassent leurs morts. Le couvre-feu est décrété. Narbonne connaît alors un véritable état de siège.
A la nouvelle des émeutes de Narbonne, à Perpignan, des émeutiers se ruent à la préfecture (le préfet Dautresme est un personnage abhorré de nombreux vignerons) qu'ils tentent d'incendier.

A Paris, le 21 juin, la Chambre se saisit en urgence du dossier. Beaucoup prévoient la chute du gouvernement Clemenceau, d'autant plus qu'une annonce fracassante intervient au milieu des débats: celle de la mutinerie de l'armée dans le sud-ouest. La veille au soir, deux bataillons du 17ème régiment d'infanterie cantonnés dans une caserne d'Agde n'obéissent plus.
Ces jeunes hommes, arrivés la veille de Béziers et donc originaires de la région, connaissent les difficultés d'existence des vignerons et éprouvent de la sympathie pour les manifestants qu'ils rechignent à réprimer. Alors que les rumeurs les plus folles circulent sur les déprédations commises par les troupes dans le Midi, les soldats décident de quitter leur caserne pour rejoindre leur ville de Béziers pour s'assurer que la situation y est normale. Ils campent sur l'allée Paul Riquet, s'emparent d'une poudrière et
n'acceptent de regagner leurs quartiers qu'après de vagues promesses d’indulgence.

L'épisode n'aura duré que quelques heures sans provoquer de violences. La reddition des soldats marque aussi l'apaisement de la crise dans son ensemble. Clemenceau, dont le gouvernement semblait sur la sellette, reprend la main et sort renforcé de l'épisode (inaugurant bientôt un nouveau surnom, celui de "briseur de grève").
Les mutins de 17e sont transférés à Gap, puis à Gafsa, dans le sud tunisien. Ils y resteront jusqu'en mai 1908.


1907. A Béziers, le 17ème régiment met crosse en l'air face aux viticulteurs.

La piteuse sortie de scène de l'inénarrable Marcellin Albert contribue sans doute aussi au retour au calme.
Seul chef des frondeurs à échapper à la vigilance des forces de l'ordre, il s'est réfugié dans le clocher de l'église d'Argeliers avec la connivence du curé.
Il sort finalement de sa cachette le 19 juin, afin de rallier discrètement Paris où il souhaite rencontrer le président du conseil qui se targue alors d'être le "premier flic de France".
L'entrevue a d'ailleurs lieu au ministère de l'Intérieur le 23 juin. Le "rédempteur"(un des nombreux surnoms d'Albert) ne fait pas le poids face à un interlocuteur de la trempe de Clemenceau .
A l'issue de l'entrevue, le roué président du conseil glisse au meneur vigneron sans le sou un billet de 100 francs lui permettant de payer le train pour rentrer dans le Languedoc. Sitôt Albert parti, Clemenceau s'empresse de révéler l'information aux journalistes. Discrédité, Albert se constitue prisonnier à Montpellier où ses anciens compagnons refusent de lui adresser la parole.


Quel bilan?


Dans l'immédiat, le législateur adopte deux lois (le 29 juin et le 15 juillet 1907) qui encadrent plus sévèrement la production et le marché des vins en France. Elles imposent la déclaration des récoltes et réglemente le sucrage afin d'empêcher les fraudes.
Le gouvernement renonce en outre à exiger des vignerons le paiement des arriérés d'impôts et libère les chefs "des gueux" le 2 août.
Les mesures d'apaisement gouvernementales contribuent à ramener momentanément le calme dans la région.
Les municipalités retirent leurs démissions.
L'autre grande conséquence immédiate de la révolte est la création de la confédération générale des vignerons à Narbonne, le 22 septembre 1907, sous la présidence de Ferroul.

Les Mutins du 17è installés devant le théâtre de Béziers.

Cette grave crise tint en haleine l'opinion publique fascinée par la durée, l'ampleur d'un mouvement unanimement suivi. Elle constitue aussi la dernière grande révolte paysanne en France qui contribue en outre au glissement politique vers la gauche de la région lors des scrutins de 1908 et 1914. Cependant, contrairement à ce qu'affirme une légende tenace, la révolte du Midi n'est ni un mouvement de classe ni un mouvement régionaliste occitan. Il s'agit avant tout d'un mouvement de désespoir lié à la surproduction et à l'effondrement des cours du vin, qui conserve un aspect « républicain » tant par ses participants, ses modes d’action et son issue.
Dans l'ouvrage co-écrit avec Jules Maurin, Rémy Pech déconstruit la légende qui reste attachée à la mutinerie du 17e contribuant à transfigurer profondément la révolte.
L'ordre de tirer sur le peuple (qui ne fut jamais donné) aurait entraîné le soulèvement des soldats.
La dureté de la punition, qui se limitait en fait à un éloignement temporaire, fut très exagérée et prolongée par l’idée d'une exposition privilégiée du 17e au danger lors de la grande guerre.



Rémy Pech dans sa belle synthèse (voir sources) revient sur la portée de l'événement:

" Par ses méthodes modernes : fixation des objectifs, propagation des mots d’ordre par la presse, pancartes, discours, interventions parlementaires, il illustre la démocratie participative. Par ses résultats qui inaugurent une intervention permanente de l’État dans la régulation d’un secteur économique, il modifie profondément l’économie française. Enfin, il institue des préoccupations écologiques et éthiques, avec la défense du vin naturel, et politiques, avec la référence affirmée au Midi occitan, la volonté de défendre l’emploi et la prise en compte des spécificités régionales dans la conduite des affaires publiques.
"



Les nombreuses et massives manifestations qui ponctuent le mouvement se déroulent en chansons dont certaines sont créées ou réactivées pour l'occasion. Ainsi La Vigneronne, qui tient à la fois de la Marseillaise et de l'Internationale, rythme les cortèges:

" Guerre aux bandits narguant notre misère et sans merci guerre aux fraudeurs, oui, guerre à mort aux exploiteurs sans nul merci, guerre aux fraudeurs, et guerre à mort aux exploiteurs, Oui."


Mais c'est surtout la chanson"Gloire au 17ième", écrite par Gaston Montéhus aux lendemains des manifestations, qui connaîtra un succès populaire durable. Le parolier exalte l'action des "braves soldats du 17ième" qui, par leur désobéissance, sauve la République.





Gloire au 17eme par poirierbouchot

Né à Paris le 9 juillet 1872, Gaston Montéhus (de son vrai nom Gaston Brunschwig) se fait connaître par ses chansons engagées. Il y défend des positions pacifistes, dénonce l'exploitation capitaliste qui conduit tant d'ouvriers à la misère. Habitué des cafés-concert, Montéhus est l'auteur de très nombreuses chansons dont plusieurs rencontreront un grand succès (notamment "Gloire au 17e"). Au cours de la grande guerre, il verse dans une veine cocardière et chauvine, aux antipodes de ses morceaux pacifistes d'antan ("La grève des mères", "Le Père la révolte"). Après une longue traversée du désert, il soutient les avancées sociales du front populaire ("Vas-y Léon") et milite à la SFIO. Décoré de la légion d'honneur en 1947, il meurt à Paris fin 1952.

Gloire au 17ième

Légitime était votre colère,
Le refus était en grande foi.
On ne doit pas tuer ses père et mère,
Pour les grands qui sont au pouvoir.
Soldats, votre conscience est nette,
On ne se tue pas entre français;
Refusant de rougir vos baïonnettes
Petits soldats, oui, vous avez bien fait.

Refrain
Salut, salut à vous,
Braves soldats du 17e !
Salut, braves pioupious,
Chacun vous admire et vous aime !
Salut, salut à vous,
A votre geste magnifique !
Vous auriez, en tirant sur nous,
Assassiné la République.

Comme les autres, vous aimez la France,
J'en suis sûr; même vous l'aimez bien;
Mais sous votre pantalon garance
Vous êtes restés des citoyens.
La patrie c'est d'abord sa mère,
Celle qui vous a donné le sein;
Il vaut mieux même aller aux galères
Que d'accepter d'être son assassin.

Espérons qu'un jour viendra en France,
Où la paix, la concorde règnera !
Ayons tous au coeur cette espérance,
Que bientôt ce grand jour viendra !
Vous avez jeté la première graine
Dans le sillon de l'humanité;
La récolte sera prochaine;
Et ce jour-là, vous serez tous fêtés.

Sources:
- Georgette Elgey: "Lou Cigal Marcelin Albert" in Gilbert Guilleminault: "le roman vrai de la IIIè et de la IVè République", Robert Laffont, 1991.
- Une synthèse de Rémy Pech: "la révolte des vignerons du Languedoc et du Roussillon".

Liens:
- Série de photos sur les événements de 1907.
- Jean Sagnes: "La révolte de 1907 dans la chanson d'hier et d'aujourd'hui" (fichier PDF).

* A lire sur le sujet:
Rémy Pech, Jules Maurin, "1907, les mutins de la République. La révolte du Midi viticole."
Préface de Maurice Agulhon. Toulouse, Privat, 1907, 330 p.
- "1907, les mutins de la République".

dimanche 28 mars 2010

Sur la platine: mars 2010.





1. The Tindersticks: "Peanuts".
Depuis le refuge creusois de leur leader, Stuart Staple, les Tindersticks ont enregistré un nouvel album sublime. Chaudement recommandé.

http://www.ramdam.com/wordpress/wp-content/uploads/2010/01/tindersticks.jpg

2. Cumbias En Moog: "Cumbia Del Sal".
Pour en savoir plus sur cette cumbia psychédélique. Allez donc faire un tour sur cet audioblog très réussi.

3. Occidental Brothers Dance Band International:"Circle Circle Circle".

4. Nino Rota: "O' Venezia Venaga Venusia".
En 1976, Fellini propose sa version du célèbre mythe de Casanova. Le film passe un peu inaperçu, mais pas la musique composée par Nino Rota qui signe ici un de ses plus beaux thèmes.
.

5. Massive Attack: "teardrop".
Un grand classique du groupe de trip hop de Bristol qui repose sur une rythmique cardiaque glané chez Les McCann.

6. Buari: "Advice from Father".
Un vieux morceau de funk ghanéen très dansant.


7. Ali Farka Toure & Toumani Diabate: "Kala Djula".
Extrait du sublime dernier album enregistré par Ali Farka Touré (il meurt quelques mois plus tard en 2006) avec Toumani Diabaté, virtuose de la kora.

8. Glen Brown & King Tubby: "dubs lives".
Un classique du dub présent sur un album réédité il y a quelques années par feu Blood and Fire.

samedi 20 mars 2010

204. Tropical fiesta : « Révérence à nos souverains »

Elevé par les missionnaires de l'Oubangui-Chari (cette colonie française est alors intégrée à l'AEF), après le décès de ses parents, Jean-Bedel Bokassa s'engage dans l'Armée française à l'âge de 18 ans, en 1939, et participe, au sein des Forces françaises libres, au débarquement en Provence et à la bataille du Rhin. Il sert ensuite en Indochine et ne rentre qu'en 1964 dans son pays d'origine, devenu indépendant sous le nom de République centrafricaine. Son cousin, David Dacko est à la tête de l'État depuis 1959 et la disparition de Barthélémy Boganda dans un accident d'avion. Cousin de Dacko, Boganda était favorable à la création d'États-Unis d'Afrique et aspirait au maintien d'une fédération rassemblant les pays de l'Afrique Équatoriale française. Les nombreux particularismes locaux auront raison de cette ambition, avant même sa disparition.


bokassa[1] par guisso2
Jean Bedel Bokassa en tenue militaire.




Dacko n'hésite pas à faire de Jean-Bedel Bokassa son Chef d'état-major et l'élève au grade de colonel. Ce poste clef lui permet de réorganiser l'Armée et de nouer des contacts qui s'avéreront cruciaux quelques mois plus tard. Fin 1965, il contre la tentative de Putsch du chef de la gendarmerie , mais conserve le pouvoir à son profit, destituant, de fait, Dacko, le 31 Décembre 1965 (on parlera ainsi du « coup d'Etat de la Saint-Sylvestre »).

Très vite, Bokassa fait savoir qu'il entend maintenir son pays dans le pré-carré français, ce qui rassure de Gaulle et Foccart, le monsieur Afrique de l'Élysée. Le président français respecte aussi le passé militaire de Bokassa qui lui donne du "papa" (ce qui irrite au plus haut point de Gaulle). La Centrafrique demeure en tout cas dans la dépendance complète de l'ancienne métropole et c'est avec l'assentiment de la France que Bokassa assoit son pouvoir de façon brutale.
Le dictateur jouit dans un premier temps d'une certaine popularité grâce à de grandes idées de retour à la terre, de réforme agraire regroupées sous le nom "d'opération Bokassa". Ce volontarisme économique connaîtra quelques succès (de meilleures récoltes)assurant une croissance économique au pays. A l'époque Bangui se dote de nombreuses constructions qui lui valent le surnom de "coquette", tandis que des progrès notables sont à signaler dans le domaine éducatif.


Sur le plan politique, le pays est mené d'une main de fer. Les opposants croupissent en prison. Pour un oui ou un non, le dictateur donne l'ordre de torturer ou d'exécuter, détournant à son profit les aides financières accordées à son pays dans le cadre de la coopération. Grâce à de telles pratiques concussionnaires, il se trouve bientôt à la tête d'un important patrimoine immobilier (château en Sologne, villas dans le midi de la France).



Bokassa sombre dans la mégalomanie. Grisé par le pouvoir absolu, il s'autoproclame "président à vie" en 1972, puis Maréchal en 1974. Président omniscient, il dirige tout, accapare les postes à responsabilité. Le cumule des mandats ne le concerne pas puisque, tout en restant président, il s'arroge dans le même temps dix ministères. Évidemment, il contrôle l'information et les médias, transformant ainsi la radio nationale (La voix de la Centrafrique) en organe de propagande. Admirateur inconditionnel de Napoléon, il organise, le 4 décembre 1977, une fastueuse cérémonie au cours de laquelle il se couronne lui-même empereur. Ce sacre coûtera une fortune au pays, dont l'économie est pourtant exsangue. La couronne, le sceptre sont sertis de pierres précieuses d'une très grande valeur. Pour l'occasion, Bokassa Ier arbore le même costume que le Maréchal Ney lors du sacre de Napoléon (il trouve son inspiration dans le tableau que David réalise pour le sacre de Napoléon). La cérémonie se déroule dans un gymnase omnisports construit quelques années auparavant.
Mais, parmi les 5.000 invités, aucun Chef d'Etat n'a fait le déplacement. L'empereur de Centrafrique n'en reste pas moins soutenu, financé pendant toute la durée de son sinistre règne (13 années) par la France qui y voit un moyen de perpétuer sa présence en Afrique centrale et d'assurer la prospérité des expatriés européens sur place . Elle s'abstient donc de tout commentaire sur le régime.

Timbre commémorant le sacre du premier empereur centrafricain.

Les rapports de Bokassa avec les successeurs de de Gaulle restent plutôt bons et le dictateur parle de Valéry Giscard d'Estaing comme de son « cher parent ». Du côté français, le comportement de plus en plus extravagant du protégé devient embarrassant. Bokassa peut par exemple décider en se levant d'augmenter les salaires des fonctionnaires de 25% sans avoir pour autant les moyens de les payer. Dans ce cas là, il se tourne vers les autorités françaises. Lorsque celles-ci renâclent, il n'hésite pas à menacer son "tuteur" d'aller demander secours à l'URSS ou la Chine. En ces temps de guerre froide, cette méthode s'avère souvent très efficace. Il n'hésitera pas non plus à se convertir à l'islam afin d'être plus convaincant auprès de Khadafi auprès duquel il prend l'habitude de réclamer des subsides.

http://formaementis.files.wordpress.com/2008/09/bokassa.jpg

En janvier 1979, le ministre de l'éducation impose l'uniforme à l'école. Cette mesure suscite la colère de nombreuses familles déjà à genoux. Aussi, écoliers et étudiants descendent dans la rue pour tenter de faire reculer le pouvoir. Bokassa engage au contraire une terrible répression qui se solde par une centaine de morts. C'est cet événement qui précipite son éviction du pouvoir. Désormais en disgrâce à Paris, Bokassa 1er est contraint d'accueillir une commission de juristes sénégalais chargés d'enquêter sur cette tuerie. De nombreux observateurs accusent directement l'empereur qui se serait impliqué personnellement dans la répression des manifestations. Le verdict de la Commission confirme l'implication de Bokassa dans ce drame. Esseulé, ce dernier cherche alors des appuis. Dans cette optique, il se rend en Libye auprès de son vieil ami Kadhafi. Alors qu'il se trouve dans l'avion pour Tripoli, les autorités françaises décident d'une opération commando. L' « Opération Barracuda » aboutit à la destitution du dictateur, remplacé par le docile David Dacko. A cette occasion, les militaires se rendent aussi dans le palais de l'empereur déchu pour y récupérer les archives, sans doute trop compromettantes pour certaines personnalités françaises. Persona non grata en France, Bokassa prend le chemin de l'exil qui le conduit en Côte d'Ivoire, où il rumine sa vengeance à l'égard de son "cher parent" Giscard d'Estaing, qui vient de le lâcher.
Les deux hommes se connaissent bien et partagent une passion commune, la chasse au gros gibier, qui conduit à plusieurs reprises VGE en Centrafrique. Bokassa, de son côté, possède une propriété en Sologne où il s'adonne à son passe-temps favori.

En janvier 1979, le Canard Enchaîné publie un fac-similé d'une lettre de 1973, signée de la main de Bokassa lui-même, autorisant le don d'une plaquette de diamants de 30 carats au profit de VGE, alors ministre des finances. Difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire, en tout cas l'affaire tombe au pire moment pour le président qui ne va pas tarder à briguer un second mandat présidentiel. Giscard oppose un silence méprisant aux allégations de la presse (« Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison » déclare-t-il). Loin de convaincre l'opinion, son mutisme tend au contraire à attiser les soupçons. En mai 1981, Mitterrand l'emporte. Le président sortant attribue sa défaite électorale de 1981 à l'affaire des diamants (ce à quoi il faudrait sans doute ajouter sa campagne électorale; son bilan politique et économique; les peaux de bananes glissées par son ancien premier ministre devenu rival, Jacques Chirac; et enfin la volonté d'alternance des Français...).

Chassé d'Abidjan, Bokassa se réfugie en France où il demeure jusqu'en 1986, date à laquelle il rentre en Centrafrique afin d'y être jugé. Lors de précédents procès, il avait été condamné à mort par contumace. Il écope alors de la même peine, commuée en prison à vie. En 1993, il bénéficie d'une grâce présidentielle et s'éteint trois ans plus tard des suites d'un arrêt cardiaque, à 75 ans. Il laisse derrière lui une très grande famille (7 femmes officielles et 27 enfants reconnus).

Il ne faudrait pas se laisser abuser à la lecture du règne ubuesque de ce roitelet africain. Bokassa doit aussi être envisagé comme une figure typique du néo-colonialisme. En l'espèce, il convient de ne pas négliger les responsabilités de l'ancienne puissance coloniale.
Comme le rappellent Géraldine Faes et Stephen Smith, auteurs de la biographie de référence "Bokassa: un empereur français", si le dictateur reste " indéfendable ", il n’est ni plus ni moins que " l’archétype de toute une génération de dirigeants dans les anciennes colonies françaises du continent ", " un satrape assez ordinaire de la Françafrique (...) ".


Constatons, au travers de cet exemple, que les intérêts de la France conduisirent ses présidents successifs à appuyer une dictature africaine jusque dans ses aberrations les plus flagrantes. Or, il ne s'agit malheureusement pas d'une exception...



Comme tout autocrate qui se respecte, Bokassa s'attache les services des artistes. A l'occasion du sacre, il convoque les formations musicales centrafricaines afin qu'elles exaltent son impériale personne. Certains morceaux seront réunis sur un album au titre évocateur: "Hit parade spécial couronnement: 4 décembre 1977". Le morceau "révérence à nos souverains" (premier titre ci-dessous) du groupe Tropical Fiesta rappelle que le nouvel empereur centrafricain vient d'intégrer le cercle très fermé des empereurs en exercice, soit Hiro Hito (Japon) et le Shah d'Iran (depuis trois ans Haïlé Sélassié manque à l'appel).

Le deuxième morceau constitue un véritable ovni musical, assurément pas du meilleur goût. Cette comptine sortie l'année même du sacre évoque l'empereur. Nestor, spécialiste des chansons parodiques ne fait ici qu'un plagiat de l'équipe de "la lorgnette", l'émission que Jacques Martin anime alors sur Antenne 2. En quête d'un hymne digne de son rang, Bokassa avait lancé un appel aux compositeurs du monde entier. Les humoristes proposèrent donc une version iconoclaste dont les paroles sont les suivantes:

Il est bo bo bo
Il est ka ka ka
Il est bo ka ka
Il est bo ka quoi
Il est bo ka ssa

Refrain : il est bo ka ssa …

http://www.bide-et-musique.com/images/thumb150/5957.jpg

Nestor ajoute quelques aménagements et apporte surtout sa touche personnelle avec une musique qu'on ne qualifiera pas (attention cependant à ne pas écouter le morceau plus d'une minute au risque de l'avoir dans tête toute la journée).
Les anthropophages sur la pochette font sans doute référence aux rumeurs de cannibalisme qui coururent à une époque sur Bokassa (sans doute liées à la répression des manifestations étudiantes de 1979, au cours desquels l'empereur auraient joué un rôle actif).

Nestor: "Bokaka" (1977).

Bobo Boka Bokassa
Bobo Boka Bokassa
Bobo Boka Bokassa (Oaaaaaaaaaaaaa….)
…aaaaaaaaaaaaaaaaah! Qu'il est beau !

(2 fois)
Il est beau beau beau
Kassa !
Il est cacaca
Comme ça !
Il est bokaka
Kassa !
Il est bokaquoi
Caca !
Il est Bokassa, Bokassa !

Avec tes gros sabots
Quand tu imites Napoléon
Tu fais bien rire les enfants
De Bastia et d'Ajaccio
Avec ta Joséphine
T'as fait une sacrée rumba
Le monde entier s'est bien marré
Et Martin va me foutre une fessée



Sources et liens:
- L'émission l'Afrique enchantée du dimanche 28 février 2010: "Bokassa Ier ... le dernier empereur".
- La "Françafrique" sur l'Histgeobox.
- "Bokassa s'autoproclame empreur de Centrafique" (article de Marc Teynier pour Jeune Afrique, 1er décembre 2003).
- La chute de Bokassa. Reportage de la Télévision Suisse Romande en Centrafrique.
- "Comment meurent les dictateurs: le cas Bokassa".
- Un dossier sur l'excellent site de Florian Nicolas: "Jean Bedel Bokassa, le Napoléon de Centrafrique" (PDF).
- Bokassa grotraka.

dimanche 14 mars 2010

203. Quand un fantôme inspire Springsteen : "The ghost of Tom Joad"


En 1995, Bruce Springsteen publiait son 11° album et sortait un single éponyme pour l'accompagner : "the Ghost of Tom Joad". Cette chanson est dédiée aux laissés pour compte des Etats-Unis, aux recalés du système, aux homeless, aux travailleurs pauvres, aux pauvres tout court, dont le nombre est estimé à l'époque à plus de 36 millions, ce qui représente 14% de la population totale du pays d'alors.
Ces personnes vivent en dessous de ce que l'on appelle le seuil de pauvreté. Aux Etats-Unis, il est défini par le gouvernement fédéral en conditions de vie, en fonction d'estimations de besoins de revenu. Par exemple, une personne seule est considérée comme vivant en dessous du seuil de pauvreté lorsqu'elle dispose de moins de 9800 dollars de revenus annuels.

La chanson de Springsteen est donc une évocation de cette grande misère dans le pays le plus riche du monde. En effet, cette dernière décennie du XX° siècle sera dans le pays ,et au delà dans l'ensemble du monde occidental, celle du creusement des inégalités : les riches sont de plus en plus riches, les pauvres, eux s'appauvrissent.

Springsteen, en musique et en paroles, nous renvoie à des images très familières et assez honteuses de nos sociétés occidentales, marquées, par ailleurs par l'opulence, le gâchis parfois, et un luxe tapageur totalement indécent. Il décrit les dessous d'autoroutes urbaines devenus le refuge des sans-abris, les braseros et les cartons pour seuls remparts, la dure quête de justice et d'emploi décent, les violences de "l'autre société" qui ne les regarde plus autrement que comme des marginaux dans l'illégalité; les chassant du peu de territoire qui est encore le leur, de leur "oreiller de pierre".

Voici ce qu'il dit :

Men walkin' 'long the railroad tracks Un homme marche le long des rails de chemin de fer
Goin' someplace there's no goin' back allant vers un endroit dont il ne pourra revenirHighway patrol choppers comin' up over the bridge une patrouille de police arrive au dessus du pontHot soup on a campfire under the bridge Une soupe chaude autour du feu de camp sous le pontShelter line stretchin' round the corner Une ligne d'abris précaires s'étend au coin de la rueWelcome to the new world order Bienvenue dans le nouvel ordre mondialFamilies sleepin' in their cars in the southwest Des familles dorment dans leurs voitures dans le Sud OuestNo home no job no peace no rest Pas de maison, pas de travail, pas de paix, pas de répit.The highway is alive tonight La route est animée ce soirBut nobody's kiddin' nobody about where it goes Mais personne ne plaisante sur l'endroit où elle mèneI'm sittin' down here in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de campSearchin' for the ghost of Tom Joad Cherchant le fantôme de Tom JoadHe pulls prayer book out of his sleeping bag Il sort un livre de prière de son sac de couchagePreacher lights up a butt and takes a drag Le prêcheur allume une clope et tire une bouffée
Waitin' for when the last shall be first and the first shall be last En attendant que le dernier soit le premier et le premier soit le dernierIn a cardboard box 'neath the underpass Dans un carton du passage souterrainGot a one-way ticket to the promised land Tu as un aller simple pour la terre promiseYou got a hole in your belly and gun in your hand Tu as un trou au ventre et un flingue dans la mainSleeping on a pillow of solid rock Dormant sur un oreiller de pierre Bathin' in the city aqueduct Baignant dans le conduit d'eau de la ville
The highway is alive tonight
La route est animée ce soirBut where it's headed everybody knows Chacun sait où elle commenceI'm sittin' down here in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de campWaitin' on the ghost of Tom Joad Attendant le fantôme de Tom JoadNow Tom said "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy Maintenant Tom dit "Maman, partout où il y a un flic qui tabasse un typeWherever a hungry newborn baby cries Partout où un nouveu né affamé pleureWhere there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air Où il y a une bagarre contre le sang et la haine dans l'airLook for me Mom I'll be there Appelle moi, Maman, je serai làWherever there's somebody fightin' for a place to stand Partout où quelqu'un se bat pour un endroit où vivreOr decent job or a helpin' hand Ou un travail décent, ou un coup de mainWherever somebody's strugglin' to be free Partout où l'on se bat pour la liberté
Look in their eyes Mom you'll see me." Regarde dans leurs yeux, Maman, et tu me verras"
The highway is alive tonight La route est animée ce soir
But nobody's kiddin' nobody about where it goes Mais personne ne plaisante sur l'endroit où elle mène
I'm sittin' downhere in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de camp
With the ghost of old Tom Joad Attendant le fantôme de Tom Joad

Voici comment il le chante et l'évoque par une mise en image puissante du texte. Parmi les plans qui renvoient à la grande pauvreté et à l'anéantissement du rêve américain une bannière étoilée délavée, des chaussures en bout de courses, des caravanes, des maisons vendues après la ruine de leurs propriétaires endettés, des barbelés qui empêchent de passer la frontière, des noirs, des prostituées, des personnes désœuvrées assises sur les trottoirs, des usines fantômes. Mais aussi les images du rêve : les grands espaces mythiques de l'ouest, la Californie et sa route 66, ses énormes trucks, ses promesses divines qui sont loin d'être réalisées pour tous.



Et puis, dans cette grande fresque du mirage américain revient un personnage dont le nom est scandé à chaque fin de refrain. C'est le fantôme qui hante le texte de Springsteen : Tom Joad.

Héros du roman de John Steinbeck "The grapes of wrath" ("les raisons de la colère") publié en 1939, et du film qu'en tira John Ford dans une adaptation cinématographique l'année suivante, Tom Joad est une figure classique de l'homme qui , bien qu'épris de justice, est broyé par le système économique et contraint à la marginalité.
En 1929, le krach boursier plonge les Etats-Unis dans une crise économique profonde qui atteindra son paroxysme en 1932 : la Grande dépression sert de toile de fond à l'histoire de cette famille de fermiers de l'Oklahoma. Ruinés et endettés, ils sont chassés de leurs terres devenues infertiles en raison des dust bowls (les tempêtes de sable). Ils décident de tout quitter pour aller vers l'ouest, en Californie, où les attend une vie meilleure, ils partagent cette certitude avec des milliers d'autres de leurs concitoyens réduits à la misère. Tom Joad a déjà fait de la prison, un pasteur accompagne la famille dans son voyage sur la route 66 parsemée de campements de fortune, peuplés des victimes de la crise.
Arrivés en Californie, ils déchantent. Trop de pauvres agriculteurs jetés sur les routes cherchent à se faire employer sur les fermes. Les salaires sont misérables, les Joad intègrent une Hooverville (ville-campement rebaptisée du nom du président Hoover qui nia l'existence de la crise). Utilisés comme briseurs de grève, la famille finit d'imploser sous le poids du malheur : Tom Joad venge le meurtre de son ami le pasteur et est contraint à la fuite promettant à sa mère de continuer à se battre contre l'injustice.


Une fois posé ce parallèle : le fantôme ne hante plus le texte du Springsteen, il l'éclaire. Tom Joad existe encore en 1995, car la crise n'a pas disparu, l'injustice encore moins. Le nouvel ordre mondial n'est pas si nouveau, les victimes du système capitaliste dans ce qu'il a de plus débridé sont encore jetées sur les routes.

"The Gost of Tom Joad" est donc une sépulcrale mise en abîme du chef d'oeuvre de John Steinbeck dans une chanson de la fin du XX°siècle. Parfois, il faut croire que l'histoire se repète et que la fiction la rattrape.

dimanche 7 mars 2010

Révisez les chefs d'oeuvre de la peinture en musique...

La boîte de production l'Ogre a réalisé un clip particulièrement réussi et original. Il propose une galerie de chefs d'oeuvre de la peinture, de Vinci à Warhol, revus et corrigés par les membre du groupe parisien Hold Your Horses ! qui incarnent les protagonistes de ces tableaux.



70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.


Voilà un excellent moyen de réviser ses classiques! Chiche? Nous vous proposions il y a quelques jours d'identifier ces tableaux et leurs auteurs. Comme promis, voici les solutions ...

... à lire sur Samarra.