samedi 1 septembre 2018

354. "Y a du soleil et des nanas (Darla dirladada)". Le Club Méditerranée et l'explosion du tourisme de masse.

Avec l'instauration des congés payés par le Front populaire en juin 1936, de nombreux Français font leurs premiers pas  sur la route des vacances. Grâce aux billets de trains à prix spéciaux, certains quittent leur région pour profiter des joies du bord de mer le temps d'un week-end. Faute de moyens pour partir, beaucoup font l'apprentissage des loisirs et des vacances près de chez eux, profitant d'un pique nique au bord de la rivière, d'une balade à vélo, ou encore de danses à la guinguette. Dans ce contexte, le ministre des loisirs Léo Lagrange fonde la première auberge de jeunesse à Paris, en 1937.
Les loisirs sont alors souvent encadrés par des structures religieuses ou politiques telles les patronages sportifs catholiques ou les colonies de vacances communistes. Les auberges de jeunesse, inscrites dans un mouvement laïc et anticonformiste, développent au contraire une vision hédoniste des loisirs promouvant l'indépendance des jeunes à l'égard des adultes, loin de tout embrigadement idéologique.
"Plusieurs aspects des clubs de vacances des années 1950 sont déjà présents au sein des Auberges. Les tenues vestimentaires ajistes s'opposent aux attributs de la bourgeoisie conservatrice (costume, chapeau, etc.). S'y affirme une volonté de dépasser les clivages sociaux, nationaux et sexuels (la mixité est de mise), de développer un esprit communautaire de camaraderie (le tutoiement est spontané dans les Auberges), l'amour de la nature et du voyage (marche à pied, cyclotourisme, auto-stop), le pacifisme. Le chant, la veillée et les jeux constituent les prémices de l'animation développée dans les clubs de vacances." (source C: Bertrand Réau p69)
Ce modèle d'épicurisme inspire également les "Ours blanc", un club de natation pour Russes blancs immigrés en France. En 1935, Dimitri Philippov, un de ses membres du club,  décide d'installer à Calvi un campement rudimentaire pour jeunes adultes en quête de plaisirs, dans un esprit de camaraderie s'affranchissant des clivages sociaux.

* Le Club Med. 
La seconde guerre mondiale suspend l'initiation au plaisir des vacances. Aussi à la Libération, les Français veulent plus que jamais s'amuser, s'évader. Pendant que les autorités cherchent à faciliter l'accès des classes moyennes et populaires aux vacances - ce qu'on appelle "le tourisme social" - , des particuliers imaginent de nouvelles formules de vacances.
Dimitri Philippov des "Ours blanc" poursuit ses expériences d'avant-guerre. En 1948, il crée le club olympique, un village de vacances composé de tentes, d'un bar, d'une piste de danse. Dans cette formule "tout inclus", les vacanciers pratiquent des activités sportives en pleine nature avant de faire la fête chaque soir.  Dans ce sillage, d'autres clubs voient le jour à l'instar du Village magique crée par Paul Morihien (1) pour les Lazareff, fondateurs du nouveau magazine Elle
Les promoteurs et clients de ces premiers clubs n'appartiennent pas à la bourgeoisie traditionnelle. Jeunes, souvent d'origine étrangère (Russes, Belges, Arméniens...), issus de la bourgeoisie économique, tous possèdent de solides capacités sportives. Gérard Blitz est l'un d'eux. Fils d'un diamantaire flamand d'Anvers, le jeune homme est élevé dans le culte du sport et devient un champion de water-polo en Belgique. Au cours de la seconde guerre mondiale, Blitz s'engage dans la Résistance. A la Libération, les autorités belges le chargent de travailler à la réinsertion des survivants des camps de concentration. Pour mener à bien sa mission, il réquisitionne un hôtel transformé en une sorte de sas où les anciens concentrationnaires "réapprennent à vivre". Blitz tirera de nombreux enseignements de cette expérience bouleversante.
Au cours de l'été 1949, le jeune homme fréquente le Club olympique de Philippov à Calvi, un espace dévolu au sport, à la convivialité et la mixité. Conquis, Blitz rêve d'offrir au plus grand nombre de nouveaux espaces d'évasion débarrassés des barrières sociales. Dans cette optique, il crée sa propre structure. Le 27 avril 1950, Gérard Blitz fonde le Club Med sous la forme d'une association loi 1901. Issu d'une famille aisée, détaché des nécessités matérielles, le fondateur n'attend pas un rendement économique immédiat. Sans chercher à faire du tourisme social, Blitz entend proposer une forme de vacances axée sur la vie en plein air, le sport, le dépaysement, la rencontre, le plaisir, dans le cadre de séjours "mettant en œuvre une conception hédoniste des loisirs fondée sur le jeu comme finalité."(source C: p68) 

Train spécial à destination d'un club Med de Cefalu (1960) [Wiki C]

* "Tout quitter et devenir un autre pendant deux semaines."  
Le contexte semble favorable à la réussite de l'entreprise. La France vient d'abandonner les tickets de rationnement (en 1949), un salaire minimum a été instauré par le gouvernement Bidault en 1950; le pays entre alors lentement dans la société de consommation.
Pour mener à bien son projet, Blitz se met en contact avec la famille Trigano,  des commerçants originaires d'Algérie spécialisés dans la fabrication de stores, puis dans le camping et la vente de tentes. (2) Les Trigano fournissent le matériel nécessaire au séjour des vacanciers (250 tentes et 1000 lits). Blitz peut enfin lancer son concept.
   
A l'été 1950, le Club Méditerranée organise ses quatre premiers séjours de deux semaines dans un village de pêcheurs situé à Alcudia, au nord-est de l'île de Majorque. Les premiers clients se recrutent parmi l'entourage du fondateur: journalistes à L'équipe, anciens résistants, champions de natations, intellectuels. Pour 16 800 francs les quinze jours (le smic de l'époque), Blitz promet "une formule de vacances neuve et sympathique. Un village de toiles confortables. Les plus beaux sites de la Méditerranée. Un personnel nombreux et dévoué. Tous les sports méditerranéens. Voyage rapide et confortable. Distractions de qualité." Dans les faits, le club ressemble plus à un cantonnement militaire qu'à un village de vacances. Il se compose de tentes dénichées dans un surplus américain et de lits de camps branlants. La formule séduit néanmoins une clientèle d'étudiants, de jeunes actifs issus de milieux privilégiés conquis par ces vacances "à la dure" placées sous le sceau de la nouveauté, de l'aventure, de l'exotisme, aux antipodes des vacances guindées de leurs parents. La vie en commun s'organise autour des repas, des baignades, des spectacles. Un peu colonie de vacances, un peu kibboutz, la formule du village-club, inédite à cette échelle, convainc immédiatement.
A l'issue du séjour, l'athlète et journaliste Marcel Hansenne écrit dans L’Équipe: "Partir, tout quitter, ranger souliers cirés et les cols glacés. Ne plus ouvrir un journal. Ne plus écouter la radio. Dire adieu aux pesantes conventions. Tout laisser et devenir un autre pendant deux semaines, loin des autres et près de ceux qui ont aussi senti l'irrésistible envie d'un doux exil, d'une profonde bouffée d'air. Aujourd'hui, presque trois mois ont passé depuis l'arrivée des premiers membres du Club Méditerranée devant la baie d'Alcudia. (...) Le Club Méditerranée est né et sa vie sera longue."
En dépit de l'afflux de clients, la situation financière du Club s'avère vite critique. Idéaliste et mauvais gestionnaire, Blitz peine à payer ses fournisseurs, au premier rang desquels figurent les Trigano. Gilbert, le fils aîné, croit pourtant beaucoup au concept du Club. Persuasif, il convainc son père d'investir dans une affaire dont il devient le pdg. Dès lors le Club Med change de dimension pour devenir une société anonyme à capital variable. Pour stopper l'hémorragie financière, le nouveau patron décide d'augmenter le tarif des séjours et d'approcher Edmond de Rothschild qui devient alors le principal actionnaire du Club. L'arrivée de ce grand nom du capitalisme de l'époque met un terme à l'improvisation des premières années. Le confort des villages s'améliore. Les tentes laissent la place à des cases avant d'être remplacées à leur tour par un habitat en dur. 

Carte postale du village du Club Med de Cefalu en 1961. Par Arroser [CC BY-SA 3.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia Commons

* "Le club. La plus belle idée du bonheur". [selon un slogan de 1976]
La reprise en main des Trigano est efficace. Le Club connait un développement exceptionnel au cours des années 1960. Corfou en Grèce, Cefalu en Sicile, Djerba en Tunisie, Lézinnes en Suisse, Tahiti en Polynésie (3), les villages de vacances se multiplient. Quelque soit le lieu, la formule est toujours la même: des séjours longs (deux semaines minimum), des sports nautiques (rares à l'époque), des sites géographiques d'exception et une formule "tout compris".
L'esprit club est la clef de voûte d'un système bien huilé. On ne parle pas de clients, mais de Gentils Membres (GM), pas d'animateurs mais de Gentils Organisateurs (GO). Sportifs, charismatiques et dotés d'une vraie gouaille, ces derniers incarnent l'esprit club, s'imposant comme une des clefs du succès des villages. Chaque soir, ils sont mis à contribution dans d'incroyables spectacles qui font la renommée du Club.
Ancien grand reporter à L'Humanité et membre du parti communiste français Gilbert Trigano entend abolir les différences sociales le temps du séjour. Ainsi, le GM doit-il laisser son métier et son appartenance sociale à l'entrée du Club. Pour les clients, le séjour doit marquer une rupture avec le monde extérieur. Après un accueil très chaleureux, le GM se défait de ses oripeaux, troque le smoking, l'attaché case pour un maillot de bain et un collier à fleur. Comme le proclame une publicité du groupe, "l'argent est invisible dans un village, il est remplacé par des boules multicolores réunies en collier." Le tutoiement est de rigueur. 




 A y regarder de plus près, le Club contribue surtout à définir "un entre-soi, une manière de vivre avec ses semblables. Au Club, les vacanciers issus des catégories supérieures  entretiennent et renouvellent,  à travers les rencontres, leur capital social, créent de nouveaux réseaux." (source B: S. Pattieu p 39)
Les nouveaux dirigeants insistent sur les valeurs du club:
- l'exercice physique avec la pratique de sports considérés alors comme extrêmes,
- l'opulence comme le prouvent les fameux buffets à volonté ou les petits déjeuners pantagruéliques,
-la libération de la femme... Un spot publicitaire télévisé affirme ainsi que "le club est partisan de lalibération de la femme. Elle n'est pas en vacances pour faire la vaisselle ou laver le linge. Elle doit pouvoir disposer de son temps selon sa fantaisie, pour s'occuper de sa beauté dont maintes opérations sont le prix.
- La prise en charge des enfants et des tâches domestiques ordinaires par les intervenants du Club Med libère de ce fait les individus, en particulier les femmes. - Les vacances en club marquent une coupure complète avec le temps ordinaire. Dans les villages, "la rupture concerne aussi la sociabilité, avec une proximité dans un espace réduit, un relâchement des contrôles, la possibilité accrue et accélérée  de rencontres, amicales ou amoureuses. Les jeux, les spectacles et les animations des soirées visent à instaurer cette proximité et faciliter ces rencontres en cassant les barrières qui d'ordinaire entravent les relations sociales." (source B: p 39) Ce que Jean-Claude Dusse exprime à sa manière dans la bande annonce du film les Bronzés "Les contacts humains sont plus faciles, parce que les gens sont plus disponibles. On dit que le Club c'est la mort du couple, alors comme je suis célibataire... 

Village de cases du Club Med de Corfou en 1960. Par Arroser [CC BY-SA 3.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia Commons

 * L'explosion du tourisme de masse. 
"Dans une France en pleine croissance économique, la réussite du Club témoigne également d'un accès favorisé aux loisirs avec l'allongement en 1956 des congés payés de deux à trois semaines et la hausse sans précédent des salaires. Pour un grand nombre de Français, le projet de vacances devient essentiel.






sormais, mêmes les milieux populaires accèdent à la pratique des vacances. Des associations - souvent liées aux confédérations syndicales - cherchent à développer le tourisme social à l'instar de Tourisme et Travail dans le sillage de la CGT, des Villages Vacances Famille issus du syndicalisme chrétien ou encore les CE de certaines grosses entreprises telles la Caisse centrale des activités sociales d'EDF.Dans le secteur privé, les agences de tourisme proposent désormais des formules "all included" sur le modèle du Club Med.

* Crise et critiques.
Sous la direction de Gilbert Trigano, le groupe entre de plein pied dans la mondialisation, poursuivant son développement tous azimuts avec la multiplication du nombre de villages partout dans le monde, si possible en des lieux ignorés par la concurrence (Djerba, Agadir, Papeete). L'objectif est désormais d'attirer une clientèle internationale, en particulier asiatique. Pour contrer la concurrence, le patron diversifie l'offre en multipliant les options : bungalow, excursions, croisières, "affaires", golf. A la fin des années 1980, le Club est devenu une énorme multinationale  cotée à la bourse de New York. Le club semble à son apogée. A y regarder de près pourtant, le modèle s'essouffle, peinant à répondre à la concurrence des tour-opérateurs et aux nouvelles pratiques touristiques. 

De nombreuses critiques s'élèvent  désormais à l'encontre du Club. D'aucuns fustigent l'exploitation honteuse des employés des villages installés dans des pays de main d'oeuvre à bas coût, ou encore le pressurage des GO dont le statut social est incertain et la rémunération faible. En outre, si l'installation d'un village du Club participe au développement économique d'un territoire, il crée aussi une enclave de richesses et d'occidentalité dont ne tirent finalement pas vraiment parti les autochtones. Pour certains, loin de contribuer à la découverte des populations et de leurs territoires, les formules découvertes du Club entretiennent avant tout mythes et stéréotypes. Enfin, les prix de plus en plus élevés des séjours contredisent la stratégie marketing d'un Club qui s'est longtemps targué de démocratiser les vacances. 
Au fond, les dirigeants n'ont pas su anticiper les profonds changement des mentalités. Tout ce qui faisait l'originalité du club semble alors remis en cause. Face à l'alternative des vacances individuelles et compte tenu de la démocratisation des activités sportives et nautiques, le modèle du centre de vacances clos subit une certaine désaffection. Les villages du Club ne séduisent plus, la formule tout compris ne rapporte plus, les pertes s'accumulent.

En 1992, un drame finit de fragiliser l'entreprise lorsqu'un avion affrété par le Club s'écrase au Sénégal entraînant la mort de 30 passagers. (4) Lorsque Serge Trigano remplace son père à la tête de l'entreprise un an plus tard, le Club se trouve dans une situation très délicate en raison du crash aérien, de la guerre du Golfe qui ralentit l'activité touristique et de la concurrence grandissante. Le rejeton de la famille Trigano doit céder sa place à Philippe Bourguignon en 1997. Ancien pdg d'Eurodisney, ce dernier entend renouer avec les bénéfices, mais les attentats du World Trade Center en 2001 mettent un coup d'arrêt au tourisme de masse, fragilisant encore la situation du club. Sur la volonté des actionnaires, son bras droit Henri Giscard d'Estaing est catapulté pdg en 2002. Dès sa prise de fonction, le nouveau patron fait basculer le Club dans l'hôtellerie très haut de gamme. A rebours de la tendance de l'époque, la nouvelle direction refuse le low cost, augmente les prix et se tourne vers la clientèle internationale, en particulier les fortunes russes, brésiliennes et chinoises. Ce repositionnement spectaculaire contribue à brouiller l'image d'une entreprise qui n'a plus de Club que le nom. L'utopie sociale des débuts - si tant est qu'elle ait jamais existé (5) - n'est plus. 

* Bienvenue à Galaswinda. 
Impossible d'évoquer le Club Méditerranée sans penser aux Bronzés, le film culte sorti sur les écrans de cinéma en 1978 et réalisé par Patrice Leconte. A l'origine du projet se trouve l'équipe du Splendid, une bande de jeunes humoristes dont certains se sont déjà produits dans les villages du Club. Cette connaissance des lieux permet aux comédiens de viser juste. 



La satire cinglante met en scène les personnages typiques des villages (6): le flambeur, le tombeur, le pauvre type. Dans cette peinture très ironique de la vie en village, les Gentils membres sont des beaufs et les gentils organisateurs des obsédés sexuels. Loin de l'harmonie sociale vendue par le club, la zizanie s'insinue partout.
Affligés par les références permanentes au sexe, les Trigano fulminent, d'autant que la sortie du film correspond au lancement d'une campagne publicitaire basée sur des verbes à l'infinitif censés définir le Club Med: "Manger", "Créer", "Admirer". Après avoir vu les Bronzés, le spectateur songe surtout au verbe "Baiser". Pour l'image de l'entreprise le coup est rude. Les réservations connaissent d'ailleurs un net recul dans les mois qui suivent.  

Une des forces du film repose aussi sur la reconstitution des spectacles proposés par le Club. Les GO embrasent la scène et font reprendre en chœur aux GM "darla dirladada", l'hymne du village de Galaswinda. Sur un air du folklore grec, le titre est le détournement d'un ancien succès de Dalida  ("Darla dirladada" en 1969). Les paroles originelles de Boris Bergman étaient sinistres, mais chez les Bronzés, le morceau se transforme en une ode régressive à la fête. (7)







Darla dirladada (Les Bronzés)
Viens nous voir à Galaswinda (Darla dirladada)
Y a du soleil et des nanas (Darla dirladada)
On va s'en fourrer jusque là (Darla dirladada)
Pousse la banane et mouds l'kawa (Darla dirladada)
Tous les soirs on f'ra la java (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)

Notes:
1. Champion de water-polo, il deviendra ensuite le secrétaire particulier de Jean Cocteau.
2. Avec la mise en place des congés payés, les Trigano reconvertissent la petite entreprise familiale de stores en une fabrique de tentes de camping. La guerre, puis la débâcle précipitent la famille dans la tourmente. De sensibilité communiste, juifs, les Trigano sont sans cesse traqués, pourchassés. Réfugiés dans le sud de la France, Gilbert et André s'engagent dans la résistance. A la libération, la famille est ruinée, mais croit toujours dur comme fer à l'essor du tourisme. Aussi, les Trigano récupèrent-ils des surplus de l'armée américaine pour en faire des tentes et relancent ainsi l'entreprise familiale de camping.
3.  C'est grâce à Claudine Blitz, sa seconde épouse, que Gérard Blitz découvre Tahiti. "Claudine a bien connu Tahiti sans touristes. C'est elle qui a enthousiasmé mon père avec ce côté détente, fantaisie, cette douceur de vivre. Elle était en contact avec tous les Tahitiens de l'époque qui venaient étudier à Paris. D'où les idées de paréo, de guitare, etc.", se souvient Hélène Perry-Blitz, la fille de Gérard et belle-fille de Claudine. (source C: p 84)
4. En 2000, Gilbert Trigano et son fils Serge sont condamnés à 8 mois de prison avec sursis pour "homicides involontaires". Il leur est reproché de ne pas avoir tout mis en œuvre pour assurer la sécurité de leurs clients.  
5. Dès les origines, le club  a toujours accueilli davantage de professions libérales que d'ouvriers. 
6. Le tournage se déroule dans l'ancien club Med d'Assinie en Côte d'Ivoire. 
7. En 1993, le groupe "Go-Culture" propose une interprétation au goût du jour de la version de l'équipe du Splendid. C'est un tube.  


Sources:
Source A. L'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouel sur France Inter: "Club Med: liberté, égalité, cocotiers", 7 juin 2018. 
Source B. Sylvain Pattieu: "L'entre-soi des clubs", in Sciences Humaine n° 305, juillet 2018.
Source C. Bertrand Réau: "S'inventer un autre monde. Le Club Méditerranée et la genèse des clubs de vacances en France (1930-1950)", Actes de la recherche en sciences sociales 2007/5 (n° 170), p. 66-87.
Source D. Les échos.fr: "La saga Club Med"
Source E. Collierbar.fr:"Il était une fois le Club Méditerranée".  
Source F. Complément d'enquête: "Vacances, la révolution Club Med".
Liens:
- Bide et musique: "Darladirladada" (Les Bronzés) /  "Darla dirladada" (Dalida)
- Ces chansons qui font l'histoire: "Darla Dirlada"

mercredi 22 août 2018

353. "Respect" ou comment transformer une chanson machiste en un hymne féministe.

Né dans une famille de métayer du Mississippi, le jeune révérend Clarence Lavaughn Franklin devient à force de ténacité et d'études un pasteur baptiste influent. Il gravit la hiérarchie symbolique de l'Eglise par la seule puissance de son verbe et ses sermons enflammés. Maître du tempo fracassant, volcanique, répétitif, le révérend fait partie de ces pasteurs qui pratiquent le whoop, cette envolée spectaculaire entre râle, chant et cri susceptible d'emporter l'audience jusqu'à l'extase. Pour prolonger la transe musicale et spirituelle, la New Bethel Baptist Church de Detroit où le pasteur officie, dispose de l'une des meilleures chorales gospel du pays.
Dans les années 1950, les enregistrements de ses sermons distribués par Chess records connaissent un succès considérable. (1) Dès lors, le révérend multiplie les tournées pastorales et sillonne les Etats-Unis à la tête d'un show impressionnant. Parmi les autres chanteurs gospels qui composent la troupe du pasteur, "une voix s'affirmait chaque semaine davantage parmi la multitudes des talents (...); celle d'Aretha, la fille du pasteur, dont le talent était si évident que nul ne s'étonnait de l'entendre chanter en solo à 14 ans devant la foule des fidèles de son père. (...) Au milieu de cette assemblée dont elle était la petite princesse. Ils la regardaient, ils l'écoutaient avec admiration lorsque sa voix s'élevait entre les murs de l'immense bâtisse, lorsqu'elle emplissait l'espace et immobilisait le temps d'un cantique, d'une supplique à Dieu chantée sous les encouragements des hommes et les cris des femmes." [P. Evil: p120]
Subjuguée enfant par les solistes invités par son paternel - Clara Ward, Dinah Washington, Mahalia Jackson ou Sam Cooke - la jeune fille a bénéficié d'une solide éducation musicale. Sa voix adolescente figure sur un enregistrement réalisé par Joe Von Battle en  1956. La future reine de la soul y chante quelques classiques du gospel comme Precious Lord, interprété avec une puissance charnelle et une maîtrise stupéfiante pour une artiste de son âge. 

 
By Atlantic Records (Billboard, page 9, 15 July 1967) [Public domain], via Wikimedia Commons



En 1960, le découvreur de talent John Hammond recrute la jeune femme pour Columbia Records. Sur son premier album, simplement intitulé Aretha, la jeune femme délaisse le gospel pour un répertoire profane, au grand dam des gardiens du temple. (2) "Les envolées imprévisibles de la voix de la chanteuse étaient, d'un bout à l'autre du disque, à couper le souffle." [Guralnick p385] Pour le compte du label new-yorkais, Aretha enregistrera au total neuf albums en six ans dans un répertoire trop souvent constitué de chansons pop médiocres ou de jazz stylisé. Les arrangements tape-à-l’œil choisis par les producteurs successifs ne permettent alors pas de sublimer cette voix sublime.
En 1966, la chanteuse débarque finalement chez Atlantic records et y trouve enfin les conditions propices à l'explosion de son talent. "J'ai voulu la ramener dans le giron de l'église, l'asseoir au piano et lui demander d'être elle-même", se souvient Jerry Wexler, le producteur en chef d'Atlantic. Sitôt le contrat signé, ce dernier emmène Aretha enregistrer aux studios Fame de Muscle Shoals. Le brio des musiciens du cru offre enfin l'écrin instrumental à la hauteur de cette voix d'exception. Dan Penn se souvient de leur première réaction: "Quand elle est arrivée, qu'elle s'est assise au piano et qu'elle a plaqué ce premier accord, ils avaient tous l'air d'abeilles se pressant autour de leur reine." [Guralnick p 388] La chanteuse grave I nerver loved a man (the way I love you), un titre merveilleux qui permet à la chanteuse de s'imposer enfin dans un registre qui lui correspond. Le succès est immédiat. Dès lors et pour sept années successives, les hits - devenus classiques - s'enchaînent: Since you've been gone, Chain of fools, Until you come back to me, Think... Aretha Franklin est désormais considérée comme la "Queen of Soul". A l'été 1968, la chanteuse fait la une de Time, une première pour une femme noire américaine. La couverture la présente comme la figure de proue radieuse de la soul, cette "musique forte, belle, jamais entendue", mais l'article, caricatural, déterre ses problèmes conjugaux et familiaux. (3)

By Atlantic Records / Columbia Records / Screen Gems (http://www.45cat.com/record/452441) [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons

* De la chanson machiste à l'hymne féministe et noir. 
Sur l'album I never loved a man figure une reprise du titre Respect composé et enregistré par Otis Redding en 1965. A cette date, Big O est devenu la superstar du label Stax. Sans cesse en tournée, le chanteur a l'impression que sa famille lui échappe et qu'il perd de son autorité de mari. Son batteur Al Jackson le rassure: "Tout ce que tu peux espérer chez toi, c'est un peu de respect." De cette discussion naît l'histoire de ce musicien qui rentre chez lui et réclame le respect dû - selon lui - au pater familias. "Tout ce que je te demande ma chérie / c'est un petit peu de respect quand je rentre à la maison." (4) La mélodie survitaminée et l'interprétation toute en puissance font oublier le texte machiste.
Le 14 février 1967, Aretha enregistre à New York sa version de Respect. Secondée brillamment par la section rythmique de Muscle Shoals, le saxophone de King Curtis, les chœurs assurés par ses soeurs Carolyn et Erma, la chanteuse délivre une déclaration d'indépendance soul à la puissance phénoménale. Mieux qu'une reprise, il s'agit bien d'une recréation. 
La chanteuse place les paroles de Redding dans la bouche d'une femme. A l'homme demandant du respect lorsqu'il rentre chez lui, elle exige le même respect. Ici, le changement de pronom change tout. Au "Tout ce que je demande c'est un peu de respect quand je rentre à la maison", elle substitue "Tout ce que je demande c'est un peu de respect quand tu rentres à la maison".
 Dans sa version de la chanson, Aretha semble répondre à Otis. "Tu peux me tromper, si tu veux / Tu peux me tromper, chérie, pendant que je suis parti" chante ce dernier, "Je ne te tromperai pas, pendant que tu seras parti / Je ne te tromperai pas, parce que je ne le veux pas", rétorque-t-elle. Quand Otis lance: "Hey, petite fille, tu es plus douce que le miel / Et je vais te donner tout mon argent / Tout ce que je veux en échange c'est un peu de respect quand je rentre à la maison ", Aretha répond du tac au tac: "je vais te donner tout mon argent / et tout ce que je veux en échange, chéri / c'est que tu me donnes ce que je mérite quand tu rentres à la maison."



La chanteuse ajoute également des paroles au texte d'Otis qu'elle truffe d'expressions issues du ghetto. A la fin du morceau par exemple, les chœurs répètent à l'envi "sock it to me". Dans le contexte du morceau cela peut signifier "donne moi du respect". Ensuite Aretha demande de "Take care T.C.B.!" (Taking Care of Business signifie en argot noir américain "prends les affaires en main"). Ces expressions à double sens confèrent également une impérieuse dimension sexuelle au titre. 
Le talent prodigieux d'Aretha réside autant dans ces paroles revisitées avec humour que dans la manière dont elle les chante. (5) Le refrain incantatoire ou sa façon d'épeler R-E-S-P-E-C-T laissent peu de place à la négociation. « (...) Sa version est si profonde et si remplie d’angoisse, de détermination, de ténacité et de toutes ces émotions contradictoires que c’en est devenu un hymne » note David Ritz, biographe de la Queen of soul.
Au total, la version d'Aretha Franklin subvertit le sens initial du morceau. (6) "La chanson en elle-même est passée d'une revendication de droits conjugaux à un vibrant appel à la liberté. Alors qu'Otis parle spécifiquement de questions domestiques, Aretha en appelle ni plus ni moins à la transcendance extatique de l'imagination", note Peter Guralnick. [source H: p 380]

* "Retha, Rap and Revolt"
Pour comprendre l'impact considérable du morceau, il faut le replacer dans son contexte. Alors que le magazine Ebony présente les mois chauds de l'année 1967 comme "l'été de Retha, Rap et de la Révolte" (7), le chant et les paroles de Respect font mouche. Le morceau se répand aussitôt dans les foyers de la culture noire des quartiers pauvres. "Cette chanson répondait aux besoins du pays, au besoin de l'homme et la femme de la rue, l'homme d'affaires, la mère de famille, le pompier, le professeur - tout le monde aspire au respect. La chanson a pris une signification monumentale. Elle est devenue l'incarnation du 'respect' que les femmes attendent des hommes et les hommes des femmes, le droit inhérent de tous les êtres humains", explique a posteriori la chanteuse dans son autobiographie.
"Lorsque Aretha réclame davantage de considération, tout le monde comprend qu'elle réclame l'égalité des droits non seulement pour les Afro-américains, mais aussi et peut-être, surtout pour la femme en cette période de montée du féminisme." [Danchin p 219]
Alors que le revenu moyen de la femme afro-américaine est trois fois inférieur à celui d'un homme blanc et deux fois inférieur à celui d'un homme noir, où une Afro-américaine sur trois élève seule ses enfants, où la femme noire a trois fois plus de risques de mourir en couches que ses concitoyennes, la chanson devient une puissante dénonciation des dérives machistes et misogynes, l'hymne d'une prise de conscience des problématiques du féminisme. 
En 1967, la lutte des Afro-américains pour l'obtention des droits civiques bat son plein. Si la ségrégation raciale est devenue illégale dans le Sud, cela n'empêche pas la persistance des violences racistes. (8) Les conditions d'existence sordides dans les grandes métropoles américaines provoquent d'ailleurs une série d'émeutes raciales d'une ampleur considérable au cours de l'été (le "Long Hot Summer"). L'attente de respect n'en est que plus forte. Dès la sortie du disque, les auditeurs noirs se reconnaissent dans cette voix prodigieuse dont l'influence culturelle devient considérable. "On entendait Aretha trois ou quatre fois par jour. On n'entendait Martin Luther King qu'au journal télévisé", se souvient l'humoriste Dick Gregory. [Delmas, Gancel: p182] Désormais, aux yeux de tous, Lady soul "incarne avec constance l'intransigeante dignité des femmes et des Afro-américains" et devient l'éminente représentante de la soul, terme qui "transcende progressivement sa signification musicale pour devenir synonyme de blackness (négritude) et de fierté des Noirs." (Delmas, Gancel: p181)

Aretha Franklin. By Jerry Schatzberg/CORBIS. (CC. BY 2.0)


Respect (version Otis Redding). 1965
What you want, honey, you got it                       Ce que tu veux, chérie, tu l'as
And what you nedd, baby, you've got it             Et ce dont tu as besoin, chérie, tu l'as
All I'm asking, is for a little respect                    Tout ce que je demande c'est un peu de respect
When I come home, hey now                              Quand je rentre à la maison, hey maintenant

Do me wrong, honey, if you wanna to               Tu peux me tromper, chéri, si tu veux
You can do me wrong, honey,                             Tu peux me tromper, chéri
 while I'm gone                                                       Pendant que je suis parti
But all I'm asking                                                   Mais tout ce que je demande en échange
Is for a little respect when I come home,          C'est un peu de respect quand je rentre
Oh, yeah now                                                         Oh, oui maintenant
Hey hey hey, yeah now                                        Hey hey hey, oui maintenant


Hey hey hey, yeah now                                         Hey hey hey, oui, maintenant
Hey little girl, you're so sweeter than honey    Hey petite fille, tu es plus douce que le miel
And I'm about to give you all of my money      Et je suis sur le point de te donner tout 
                                                                                   mon argent
All I'm asking hey, is a little respect                  Tout ce que je demande c'est un peu de respect
When I come home, hey hey                              Quand je rentre à la maison, hey maintenant
Hey hey hey, yeah, now                                      Hey hey hey oui, maintenant

...
Respect is what I want from you                      Du respect, c'est ce que j'exige de toi
Respect…                                                                Du respect...


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Respect (version Aretha Franklin). 1967
What you want Baby, I got it                            Ce que tu veux baby, je l'ai
What you need cause you know I got it         Et aussi ce dont tu as besoin car tu sais que je l'ai
All I'm askin' is for a little respect                  Tout ce que je demande c'est un peu de respect
When you get home (just a little bit)             Quand tu rentres à la maison (juste un petit peu)
Hey baby (just a little bit) when you             Hey baby (juste un petit peu) quand tu
get home                                                             rentres à la maison
(just a little bit) mister (just a little bit)       (juste un petit peu) monsieur (juste un petit peu)

I ain't gonna do you wrong while                 Je ne te tromperai pas pendant
you're gone                                                       tu seras parti
Ain't gonna do you wrong 'cause                 Je ne te tromperai pas parce

 I don't wanna                                                  que je ne le veux pas
All I'm askin' is for a little respect               
Tout ce que je demande c'est un peu de respect
when you come home (just a little bit)        Quand tu rentres à la maison (juste un petit peu)
Baby (just a little bit)                                      Chéri (juste un petit peu)

when you get home (just a little bit)           Quand tu rentres (juste un petit peu)
Yeah (just a little bit)                                     Ouais (juste un petit peu)

I'm about to give you all of my money         je suis sur le point de te donner tout mon argent
And all I'm askin' in return, honey               Et tout ce que je demande en retour, chéri
Is to give me my propers                                C'est que tu me donnes ce que je mérite
When you get home (just a 4x)                     Quand tu rentres (juste un 4x)
Yeah baby (just a 4x)                                      Ouais chéri (juste un 4x)
When you get home (just a little bit)           Quand tu rentres (juste un petit peu)
Yeah (just a little bit)                                      Ouais (juste un petit peu)

pont instrumental

Ooo, your kisses  sweeter than honey        Oh, tes baisers sont plus doux que le miel
And guess what? So is my money               Et devine quoi? Mon argent aussi

All I want you to do for me                           Alors tout ce que je veux que tu fasses pour moi
Is give it to me                                                 C'est de me le donner

when you get home (re, re, re, re)               Quand tu rentres à la maison (re, re, re ,re)
Yeah baby (re, re, re ,re)                               Ouais chéri (re, re, re, re)
Whip it to me (respect, just a little bit)     Rends le moi (respect, juste un petit peu)
When you get home, now                            Quand tu rentres à la maison

(just a little bit)                                             (Juste un petit peu)

R-E-S-P-E-C-T                                              R-E-S-P-E-C-T
Find out what it means to me                    Trouves ce que cela signifie pour moi
R-E-S-P-E-C-T                                             
R-E-S-P-E-C-T 
Take care, TCB                                              Prends soin, maîtrise la situation


Oh (sock it to me 4x)                                  Oh (montre moi ce que tu sais faire 4x)
A little respect (sock it to me 4x)             Un peu de respect
(montre moi ce que tu sais faire) Whoa, babe (just a little bit)                     Whaou, chéri (juste un petit peu)
A little respect (just a little bit)                Un peu de respect (juste un petit peu)
I get tired (just a little bit)                        J'en ai assez (juste un petit peu)
Keep on tryin' (just a little bit)                Essaie encore (juste un petit peu)
You're runnin' out of foolin'                    Tu cours en faisant l'imbécile

(just a little bit)                                           (juste un petit peu)
And I ain't lyin' (just a little bit)             Et je ne mens pas (juste un petit peu)
(re, re, re, re) 'spect                                   Du (re, re, re, re) respect
When you come home (re, re, re ,re)     Quand tu rentres (re, re, re, re)
Or you might walk in                                Ou tu pourrais courir les rues

 (respect, just a little bit)                         (respect, juste un petit peu)
And find out I'm gone                              Et découvrir que je suis partie

(just a little bit)                                         (juste un petit peu)
I got to have (just a little bit)                   Je dois avoir (juste un petit peu)
A little respect (just a little bit)              Un peu de respect (juste un petit peu)


Notes:
1. Il fréquente les stars, enchaîne les tournées qui le conduisent loin de chez lui et de sa famille. Lassée de ses infidélités, sa femme Barbara Siggers, quitte le foyer alors qu'Aretha n'a que 6 ans.
2. Chez les Franklin, "la musique profane n'a jamais été interdite, et les aspirations commerciales n'étaient pas non plus découragées. (...) Au milieu des années cinquante, les sermons de Clarence Franklin en font une star de Chess sur le marché gospel."
3. La perte d'amis chers (Sam Cooke, Dina Washington, King Curtis), un divorce très difficile avec Ted White, des hospitalisations pour "surmenage", des accouchements précoces (14 ans pour son fils Clarence, 17 pour Edward). Le reportage contribuait à "la stigmatiser comme une 'victime' et une femme battue, ce qui renforça à jamais sa crainte quasi-inébranlable des interviews et de la publicité." [Guralnick: p 394]
4. Johnny Hallyday en donne une version franchouillarde en 1966.
5. Aretha Franklin définit ainsi la soul music: "Pour moi, la soul, c'est une sensation, beaucoup de profondeur et la capacité de ramener à la surface ce qui se passe à l'intérieur, de donner une image claire. La chanson n'a pas d'importance... C'est seulement l'émotion, la façon dont elle touche d'autres personnes."
6. "Lui [Otis] se rend compte de combien on peut donner du sens aux mots. Il voit bien que la chanson marche mieux, qu'elle a plus de sens portée par Aretha, et ce n'est pas juste l'arrangement très réussi par Aretha et ses musiciens, c'est aussi le sens qui est projeté par le public sur la chanson", note avec justesse Frédéric Adrian. (source B) "J'ai perdu ma chanson, cette fille me l'a prise" concédera Redding. En 1967, alors qu'il s'apprête à interpréter Respect au festival de Monterey, il lance goguenard: « La prochaine chanson est une chanson qu’une fille a emmenée loin de moi. Une bonne amie, cette fille, elle m’a juste pris la chanson. Mais je vais quand même la jouer. »
Dror précise d'ailleurs que "finalement il copie la version d’Aretha dans une émission à la télévision la veille sa mort (émission Upbeat de Don Webster, Cleveland, 9 décembre 1967).
7. Retha pour Aretha. Revolt pour les émeutes qui ravagent Detroit le 23 juillet. Rap pour le Black Panther H. Rap Brown. 
8. Dans les années 1950, alors qu'elle accompagnait son père dans ses tournées pastorales, Aretha avait pu mesurer l'ampleur du racisme qui sévissait alors dans le pays. Aussi célèbres et riche soit-il, Clarence Franklin - et sa troupe - ne pouvait manger dans les restaurants réservés aux Blancs ou dormir dans les hôtels ségrégués.
 
Sources: 
Source A. Pierre Evil:"Detroit sampler", Ollendorff & Desseins, 2014. 
Source B. "Respect: il y a cinquante ans, Aretha Franklin en faisait un hymne féministe."
Source C. "Comment Aretha Franklin a transformé Respect d'Otis Redding en un manifeste féministe et politique", in Le Monde du 16/8/2018. 
Source D. Dorian Lynskey: "33 révolutions par minute" (vol. 1), éditions Payot et Rivages, 2012.
Source E. Gerri Hirshey: "Nowhere to run. Étoiles de la soul music et du rythm and blues", éditions Payot et Rivages, 2013.
Source F. Comparaison des deux versions de Respect et la traduction de l'interview pour Time Magazine en juin 1968 par Dror. 
Source G. Yves Delmas, Charles Gancel: "Protest song. La chanson contestataire dans l'Amérique des sixties", Textuel, 2005. 
Source H. Peter Guralnick: "Sweet soul music", éditions Allia, 2003.


Liens:
- "I never loved a man the wai I love you", le premier disque pour Atlantic, est un chef d'oeuvre absolu. "Aretha ne s'éloignait pas vraiment de la norme, mais son génie, précisément, redéfinissait cette norme. Son succès balaya tout sur son passage (...); les anciens critères d'excellence furent tous brusquement revus à la hausse face à un talent aussi unique. L'inspiration dont tmoignait l'art d'Aretha renvoyait tous les autres artistes au statut de nains. Rien n'est perdu aujourd'hui du frisson qui vous parcourait l'échine quand (...) vous vous empariez de ce premier album pour Atlantic (...). [...] C'est une musique qui vous saute au visage, qui réclame votre attention, un instant artistique éternellement jeune, éternellement frais", écrit Peter Guralnick dans son indispensable "Sweet soul music". [source H p394-395]
- "My song" / "Ain't no way" / "Rough lover" / "The weight" / "One step ahead" / "Until you come back to me" / "You'll lose a good thing" / "Chain of fools" / "I'm trying to overcome"
- Un peu de Sweet soul music sur l'histgeobox: "Dancing in the Streets", "Quand la northern soul galvanisait la jeunesse anglaise", "A Muscle Shoals, seul le groove comptait,  "Respect yourself". 
- NPR: "Respect wasn't a feminist anthem until Aretha Franklin made it one"

Bonus: 
En 1980, dans une brève scène du film The Blues Brothers, Aretha joue la propriétaire d'un restaurant soul food de Chicago. Au moment où les Blues Brothers essayent d'enrôler son guitariste d'amant en le convaincant d'abandonner sa spatule et de rejoindre le groupe, Aretha et ses "filles" - jouant les clientes - leur tiennent tête avec une version intense de "Think", son tube de 1968. Dans ce qui constitue sans doute la meilleure séquence du film, "Aretha arpente le sol carrelé et cendreux avec des mules blanches, menace du doigt, fait claquer son tablier et agite les bras. Gainée dans un collant rose de circonstance, elle est un concentré explosif de la femme bafouée et blessée." (Source E p299)

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