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vendredi 21 octobre 2022

Une plongée dans l'univers musical de Fela Kuti.

Fela Kuti est la figure fondatrice de l'Afrobeat, un genre musical né de la fusion d'éléments puisés dans la culture yoruba, le highlife ghanéen, le funk et la soul américaine. Le très riche répertoire de l'artiste permet une plongée musicale dans l'histoire du Nigéria, ce géant démographique africain dont les riches ressources ont été captées par la puissance coloniale britannique, puis par une oligarchie financière et militaire.

***

Fela grandit au sein d'une famille bourgeoise influente, dont les membres sont de très fortes personnalités. Le grand-père paternel, J.J. Ransome Kuti, est pasteur. Au début du XXème siècle, il entreprend avec succès des campagnes d'évangélisation dans la province de l'Egbaland. Pour convaincre ses futurs ouailles, il accompagne ses prêches à la guitare et devient le "pasteur chantant". (1) Le père, Israël Oludotun Ransome Kuti, dit "Daodu", est un enseignant influent. A la tête de l'Abeokuta Grammar School, il impose des méthodes rigoureuses à ses étudiants auxquels il assène parfois des coups de chicotte. Sa mère, Funimulayo Ransome Kuti (FRK) est une personnalité exceptionnelle. Institutrice, elle développe très tôt une conscience civique aiguisée. A la tête d'un groupe de femmes issues de la bonne société d'Abeokuta, elle considère l'alphabétisation comme une priorité et l'arme indispensable à toute mobilisation. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, elle s'oppose aux taxes iniques imposées aux commerçantes par l'Akalé, le roi yoruba à la solde des colonisateurs britanniques. Les manifestations massives organisées par son groupe de femmes réussissent à faire abdiquer le satrape. Pour Fela, elle sera un modèle, une mère courageuse, indépendante, soucieuse de transmettre à sa progéniture des valeurs de résistance.

Portrait photographique de la famille Kuti, au début des années 1940. [Public domain]

Pas facile pour Fela de grandir dans l'ombre d'une famille si prestigieuse. Dans un premier temps, le jeune homme vit en dilettante, indifférent à la situation sociale et politique de son pays. Il suit ses cours en touriste et ne se passionne vraiment que pour la musique. En 1958, il se rend à Londres pour apprendre la trompette classique au Trinity College of Music. Avec son ami Jimo Kombi Braimah et des musiciens venus des Antilles anglophones, il forme un orchestre baptisé Koola Lobitos. La formation tente de créer une musique jazz mâtinée de highlife, un genre élaboré à Accra dans les années 1920. Lors de ce séjour anglais, Fela rencontre Remi Taylor, une jeune métisse qu'il épouse et avec laquelle il a rapidement deux enfants.

Indépendant depuis 1960, le Nigeria dispose d'atouts certains. Premier producteur d'huile de palme mondial, il est aussi un riche exportateur d'arachides et de cacao. La découverte de gisement de pétrole en 1956, laisse entrevoir de belles perspectives économiques dans le secteur des hydrocarbures. La constitution fait du pays un État fédéral, structuré autour de régions dominées par une ethnie majoritaire: Hausas et Fulanis au nord, igbos à l'est , Yorubas à l'ouest. De vives tensions intercommunautaires éclatent très vite, empêchant l'instauration d'un régime politique stable. En 1966, un groupe d'officier igbos, mécontents des résultats électoraux, renversent le gouvernement et placent l'un entre eux à la tête de l’État. Ce putsch n'est que le premier d'une longue série de coups de force perpétrés par les militaires. A peine arrivé au pouvoir, le général Johnson Aguiyi-Ironsi est assassiné et remplacé par le général Gowon. (2)

Revenons à Fela. En 1963, il rentre à Lagos et s'installe dans une maison que possède sa mère dans le quartier de Mushin. Le musicien se fait embaucher par la Nigeria Broadcasting Corporation, ce qui lui permet de bénéficier d'un accès illimité à la discothèque de la radio nationale. Le jeune homme parfait ainsi sa connaissance musicale, au détriment de son implication professionnelle. Le non renouvellement de son contrat, en 1965, contraint Fela à s'engager davantage dans la musique, dont il espère vivre. A cette fin, il reforme Koola Lobitos en y intégrant des musiciens aguerris comme Tony Allen à la batterie, Tunde Williams à la trompette, Christopher Awaifor au saxo ténor, Henry Coffi aux congas, Lekan Animashaun au saxo baryton... La formation se produit au club de Kakadu dans le quartier de Yaba. Le groupe peine encore à s'imposer et souffre de la comparaison avec les prestations explosives de Geraldo Pino au Stadium Hotel. Dépité, Fela se sent dans l'impasse. Pour prendre du recul, il se rend au Ghana et y trouve un nom pour la musique qu'il rêve de créer: l'Afrobeat, le tempo de l'Afrique. De retour au Nigeria, le musicien se voit confier la gestion du club du Kakadu Hotel, rebaptisé Afro Spot. Koola Lobitos y enregistre l'album Afro Beat on Stage... Recorded live at the Afro Spot. Sur deux titres (Waka Waka et Ako),  on y entend les prémisses du style Fela. 

En 1969, Fela s'envole avec quelques uns de ses musiciens pour New York. L'accueil est glacial et le groupe peine à trouver des engagements. La troupe tente alors sa chance en Californie. Fela y rencontre Sandra Smith. Membre du Black Panther Party, la jeune femme lui fait découvrir Malcolm X et Eldridge Cleaver. "Comme beaucoup d'Afro-américains à cette époque, Sandra Smith est fascinée par une Afrique mythique, magique, dont elle trouve l'écho à travers le personnage et la musique de Fela. Mais elle reste frustrée de le voir si peu conscient des ravages de la colonisation et de la nécessité pour toutes les jeunes nations africaines, nouvellement indépendantes, de reconquérir leur propre identité culturelle, enracinée dans la richesse ancestrale du vieux continent." (source A p 55-57) C'est donc paradoxalement à des milliers de kilomètres du Nigeria que Fela se découvre une conscience africaniste. Il perçoit avec plus d'acuité les maux qui ronge son pays. Dès lors, le musicien prône un retour à des valeurs africaines (la pratique animiste des orishas). Sur le plan musical, le séjour américain semble également bénéfique.

Lorsque Fela rentre au Nigeria début 1970, la guerre du Biafra vient de s'achever. (3) Un vent de changement souffle sur Lagos. La manne pétrolière entraîne la prolifération des chantiers de constructions. Les viaducs de béton enjambent désormais la lagune, dont les rives se hérissent de hauts immeubles. La ville reste néanmoins une anomalie brutale, une mégapole poussée de manière anarchique, sans planification urbanistique aucune; une cité portuaire tentaculaire, ville de violence et d'excès où se côtoient nababs de l'industrie pétrolière et migrants ruraux fraîchement installés dans d'immenses ghettos aux baraques et étals délabrées. 

Fela s'installe dans une maison située dans le quartier de Moshalasi Mushin. Il y dirige une sorte de communauté, au sein de laquelle il se comporte en gourou ou en monarque semi-éclairé. Toute une faune interlope composée de dealers de marijuana, de prostituées, se greffe bientôt autour de son quartier général. Le groupe investit le Club de l'Hôtel Empire qui prend le nom d'Africa Shrine, un "Temple" dont Fela devient le "Grand Prêtre".  Le public de Koola Lobitos rassemble non seulement les étudiants, mais aussi les populations nouvellement urbanisées. A cette époque, Fela abandonne le nom de Ransome - un patronyme britannique adopté par son grand père - et devient Anikulapo, "celui qui a la mort dans son carquois".

C'est dans ces années que Fela et ses musiciens donnent naissance à l'Afrobeat. Sur scène, l'orchestre rassemble de quinze à trente musiciens, tous placés sous la férule de l'omnipotent grand maître. D'opulentes sections de cuivres se mêlent aux guitares, aux orgues et percussions multiples (dont les maracas shekere). Les musiciens se relaient durant des concerts marathons, mais ne jouent jamais d'un seul bloc sur scène.  Les morceaux se développent sur des formats longs, correspondant à ce que peut contenir une face de 33 tours. Les titres prennent la forme de développements rythmiques lancinants, propices à la transe. Fela chante et psalmodie des textes incendiaires, traversés de solos d'orgue électrique ou de saxo alto. Par sa puissance de feu, le genre contamine immédiatement les pays voisins. 

En 1971, Koola Libitos devient Africa 70. La formation compte désormais 2 trompettes, 3 saxos, 3 guitares électriques, 4 percussionnistes, auxquels il convient d'ajouter Tony Allen à la batterie et la direction de l'orchestre, ainsi que six chanteuses assurant les chœurs. Cette année là sort l'album Shakara, fruit de l'association avec J.K. Braimah. Les textes de Fela, désormais rédigés en "pidgin english", (4) abordent les thèmes touchant l'ensemble de la société nigériane: les pratiques concussionnaires de l’État, la soldatesque nigériane ou la morgue de la bourgeoise africaine... "Go slow" dénonce par exemple les embouteillages monstres de Lagos, les comparant à la façon dont le pays est géré. "Gentleman" s'en prend aux Africains qui s'habillent à l'Occidentale. Dans "Je' nwi temi", le musicien affirme que personne ne pourra le faire taire. "Même si la vérité est parfois difficile à entendre, elle reste ce qu'elle est: la vérité." "Why black man dey suffer", toujours en 1971, dénonce les affres du colonialisme. Cette nouvelle liberté de ton agace les autorités. Le 30 avril 1974, une cinquantaine de policiers débarquent chez l'artiste en quête de produits stupéfiants dont la détention entraîne de longues peines de prison. De l'herbe est saisie et Fela emprisonné dans la cellule "Kalakuta" ("vaurien") de la prison  d'Alagbon Close. Pour mieux railler ses geôliers, le musicien rebaptise son fief "République de Kalakuta" et compose "Expensive shit", un morceau dans lequel il raconte comment il a avalé l'herbe apportée par les pandores pour le confondre. Demandant à observer la pièce à conviction, il l'ingère. Les policiers n'auront plus qu'à attendre la fin du transit pour tenter de retrouver la drogue dans l'étron fumant. Entre temps, Fela est parvenu à troquer sa crotte avec un codétenu. L'histoire aurait pu en rester là, mais le musicien en fait une chanson et elle est loin d'être merdique. (5) 


En novembre 1974, la police met à sac le fief de Fela, ce qui inspire à ce dernier l'album Kalakuta show. Plus la police frappe, plus il crée, plus la répression s'abat, plus elle l'inspire! Entre 1975 et 1977, Fela enregistre 23 albums remplis de chefs d’œuvre comme Yellow fever, Zombie, No agreement, Shuffering and Smiling, Sorrow Tears and Blood, Water get no enemy. Les paroles ciblent les déviances de la société nigériane postcoloniale (Colonial mentality), l'oppression insupportable qu'exerce le pouvoir militaire sur le peuple, la corruption des gouvernants (Monkey banana, Unnecessary Begging), la trahison des élites africaines soucieuses de vivre à l'occidentale en tournant le dos à leur identité africaine (J.D.D. = Johnny Just Drop).

En juillet 1975, deux généraux putschistes, Muhammad et Obasanjo, renversent le régime du général Gowon. La nouvelle junte met en œuvre des réformes populaires et promet de redonner le pouvoir aux civils à l'horizon 1979. Pour des questions de prestige, et pour restaurer l'image dégradée du pays après la guerre du Biafra, les gouvernants nigérians décident d'organiser un grand événement culturel international: le deuxième FESTAC (Festival mondial des Arts Noirs et Africains). Des stars internationales tels qu'Isaac Hayes, Stevie Wonder, Sun Ra, Gilberto Gil, Miriam Makeba se rendent à Lagos. Sollicité, Fela pose des exigences que les autorités ne peuvent accepter. L'artiste fustige ce qu'il considère comme une "pure escroquerie". Pour l'occasion, et afin d'impressionner les visiteurs étrangers, le gouvernement a mis en place une circulation alternée dans Lagos, ordonné le ramassage des ordures qui jonchent habituellement les rues, fait disperser les étals des commerçants ambulants. Fela, qui a décidé de se lancer en politique, annonce la tenue d'un "contre-festac" au Shrine. Dans la foulée, il publie le morceau "Zombie", une violente charge contre la brutalité de soldats assimilés à des morts-vivants. Habitué "à obéir sans réfléchir","Zombie ne pense pas, à moins que tu lui dises de penser." Obasanjo ne tolère plus ces provocations. Prétextant une rixe entre les soldats et des boys de Fela, le dictateur envoie l'armée détruire Kalakuta, le 18 février 1977. C'est à une mise à sac méthodique de la maison que procèdent les militaires. Non contents de détruire les véhicules et les instruments de musique, la troupe frappe, viole les femmes présentes, puis défenestre la mère de Fela. (6) Alors que le saxophoniste est emprisonné pendant un mois, le gouvernement décline toute responsabilité. Officiellement, l'attaque sanglante est attribuée à des "soldats inconnus". Le drame inspire aussitôt à Fela Sorrow, Tears and Blood et Unknown soldier. Dans la première, il dénonce la police et l'armée qui laissent derrière elles "la douleur, les larmes et le sang, leurs marques de fabrique." Sa maison brûlée, ses biens pillés, Fela est également contraint à l'exil au Ghana pour quelques mois. De retour à Lagos, le musicien réinstalle la Kalakuta Republik à Ikeja, reconstruit un nouveau Shrine et annonce la création du Movement of the People en vue des élections d'octobre 1979. Sa candidature sera finalement invalidée en mars. Cette même année, Tony Allen décide de quitter le groupe. 


En 1979, le second choc pétrolier provoque une nouvelle flambée des cours du brut. Pourtant, la manne pétrolière nigériane ne profite qu'à la petite caste au pouvoir. La corruption, qui tient lieu de mode de gouvernement, engraisse une poignée de richissimes potentats. La grande majorité des Nigérians ne bénéficieront jamais des retombées de l'exploitation de l'or noir, dont les cours s'effondrent à partir de 1981.

S.aderogba, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Fela et ses musiciens accèdent à la notoriété internationale au cours de la décennie 1980. L'orchestre tourne désormais très souvent en Europe (Allemagne, Italie, France, Belgique). Africa 70 a cédé la place à Egypt 80 qui se produit trois soirs par semaine au nouveau Shrine. Fela, le visage marqué de blanc, officie devant un autel consacré aux divinités africaines. Il ne jure plus que par le Professeur Hindu, un gourou magicien qui défend les thèses africanistes. Sous son influence, Fela s'enfonce toujours plus dans une paranoïa entretenue par le harcèlement policier. Le 11 décembre 1981, les forces spéciales opèrent une nouvelle descente dans le quartier général de Fela. Battu comme plâtre, blessé, il est incarcéré quinze jours sous l'accusation de vol à main armée. A sa sortie de prison, l'artiste compose Look and Laugh. "Obasanjo a passé la main au gouvernement de Shagari / Le gouvernement de Shagari a mené une politique sans queue ni tête pendant quatre ans / Pas plus d'eau que d'électricité avec Shagari / On dit que l'économie du pays s'effondre (...) / Que n'ai-je pas chanté sur ce pays / Chanté et rechanté / Jusqu'à ce qu'ils viennent / m'arrêter pour attaque à main armée / Je vois ça et je me marre, bien obligé (...) / Que n'ai-je pas chanté sur ce pays / Chanté et rechanté / Jusqu'à ce qu'ils viennent brûler ma maison / Toutes mes propriétés / En faire un grand feu / Me battre et me faire frapper / Tuer ma mère / Je vois ça et je me marre, bien obligé. (...)"

Les coups d'état succèdent aux coups d'état, mais quel que soit le nom du dictateur, la répression reste de mise. (7) Avec l'instauration d'un couvre-feu, les fêtes cessent, les clubs ferment, la musique se tait. Seul le Shrine continue ses activités. Le 4 septembre 1984 à l'aéroport de Lagos, alors qu'il s'apprête à embarquer pour la tournée américaine d'Egypt 80, Fela est pris en flagrant délit d'exportation de devises. Retour à la case prison pour une peine de 5 ans. L'annonce de la détention suscite un vaste mouvement de mobilisation. Amnesty International réclame la libération du "prisonnier d'opinion". En France, le groupe Jéricho, composé d'artistes réputés tels que Mory Kanté, Ray Lema, joue pour "faire tomber les murs qui enferment Fela." Finalement, le 24 avril 1986, après vingt mois de détention, l'artiste quitte sa geôle. Barclay publie alors un double 33-tours regroupant les morceaux Teacher don't teach me nonsense et Look and Laugh. Fela et sa troupe peuvent reprendre les tournées. Trois derniers albums sortiront encore (Beasts of no Nation en 1989, Overtake, don't overtake, overtake en 1990 et Underground system en 1992). Enfermé dans sa parano, Fela ne quitte plus sa maison. Son inspiration se tarit. Malade du sida, l'homme est emporté en quelques semaines. Il meurt le 2 août 1997. Ses obsèques suscitent une immense émotion.


* Un héritage immense. 

 Il faut attendre les années 2000, avec la réédition de ses disques, pour que l'héritage musical de Fela ne soit perçu à sa juste valeur hors d'Afrique. L’œuvre est fascinante, éminemment personnelle, chaque album liant le parcours du musicien avec la situation économique et sociale du Nigeria. Pléthorique, elle possède une incroyable cohérence stylistique, au point que la pulsation si particulière de sa musique est identifiable dès les premières secondes. Architecte des masses sonores, génie de l'arrangement pour vents, le saxophoniste apprécie la puissance de sections de  cuivres hyper compactes. Par sa musique, l'artiste cherche à provoquer l'effet de transe des rituels animistes. L'afrobeat ingère la culture occidentale pour mieux développer une culture autonome, un procédé qui n'est pas sans évoquer le cannibalisme culturel défendu par Oswaldo de Andrade dans son Manifeste anthropophage de 1928.

Le message politique et revendicatif des chansons de Fela - la dénonciation de l'exploitation des ressources nationales par de grandes firmes transnationales, du népotisme, des violences policières... - reste plus que jamais d'actualité au Nigeria ou pour les afro-descendants aux Etats-Unis. L'Afrobeat ne disparaît pas avec son créateur, loin s'en faut. Plusieurs générations d'instrumentistes prennent la relève de Fela. Deux de ses enfants, Femi et Seun, entretiennent l'héritage paternel. D'anciens musiciens de Fela continuent à entretenir la flamme à l'instar du batteur Tony Allen ou du guitariste Ogene Kologbo. La France, les Etats-Unis sont devenus des terres d'accueil du genre avec des formations telles que Ghetto Blaster, Fanga, SoulJazz Orchestra, Budos Band, Antibalas Afrobeat Orchestra...  Longtemps méprisée ou ignorée, l’œuvre de Fela est redécouverte et honorée comme le prouve la grande exposition que lui consacre la Cité de la musique à Paris.

Notes:

1. Au cours de sa croisade en faveur du retour aux valeurs culturelles et traditionnelles de l'Afrique ancestrale, Fela s'opposera violemment à l'héritage grand-paternel. 

 2. En 1975, après neuf ans au sommet de l'Etat, ce dernier est destitué. Son successeur, Murtala Ramat Mohammed, est tué six mois plus tard. En 1979, le chef d’état-major Olusegun Obasanjo finit par remettre le pouvoir à un civil après quatre ans de règne, mais le chef d'État élu, Shehu Shagari, est renversé en 1983 par le général Muhammadu Buhari. Deux ans plus tard, ce dernier est à son tour évincé...

3. Le colonel Ojukwu proclame la sécession de la région orientale du Biafra, ce qui déclenche une guerre civile particulièrement meurtrière, de 1967 à 1970.

4. la langue d'échange populaire commune à toutes les ethnies du Nigeria.

5. Ils utilisent ta merde pour te mettre en prison / Ils prennent ma merde parce qu'elle vaut cher / Ils montrent ma merde,  faut pas la perdre / C'était de la bonne dope / Wey Alagbon!

6. Le 13 avril 1977, à 77 ans, Funmilayo Kuti succombe aux blessures infligées par sa défenestration.

7. Lors du nouvel an 1984, le général Muhammadu Buhari organise un nouveau coup d'état et met en place un régime d'une violence extrême. La junte invente la "Guerre contre l'Indiscipline", s'arrogeant le droit de détenir en prison tout suspect, indéfiniment et sans procès. Le dictateur est renversé à son tour le 27 août 1987 par ses collègues du Conseil militaire suprême sous la direction du général Ibrahim Babangida. Ce dernier sera à son tour remplacé par le général Abacha, avant que ne revienne au sommet de l'Etat Obasanjo en 1999. 

Sources: 

A. François Besignor:"Fela Kuti, le génie de l'Afrobeat", Éditions Demi-Lune, collection Voix du monde, 2012. 

B. "Lagos et le Nigeria de Fela Kuti", dans l'émission Jukebox sur France Culture.

C. "Petit atlas des musiques urbaines", Editions de l'Oeuvre, 2010.

D. Lamoureux David, « Comprendre l’organisation spatiale de Lagos, 1955-2015 », Hérodote, 2015/4 (n° 159), p. 112-125.

E. "Fela Kuti (1938-1997), la musique est un sport de combat" (Une vie une œuvre sur France Culture)

F. Elodie Descamps: "Nigeria: Funmilayo Ransome-Kuti, la mère des droits des femmes", in Jeune Afrique, 7 mars 2018. 

G. François Bensignor: « Les origines de l’afrobeat », Hommes & migrations [En ligne], 1279 | 2009, mis en ligne le 29 mai 2013

H. "Histoires de Fela: Confusion Break bone" (Pan African Music)

I. «Fela Kuti: retour sur la vie et le combat du "Black president" en dix dates.» 

Liens:

"Flight010: Fela ci, Fela ça" (Radio Krimi) Merci Pierre Raingeard.

mercredi 6 juillet 2022

"Mwen domi dewo". Des Français venus d'Outre-mer.

En 1946, La Guadeloupe, la Martinique deviennent départements français. Dans un contexte de forte pression démographique, le gouvernement français y opte, durant vingt ans, pour une politique de transferts sociaux à grande échelle. En parallèle, il incite au déplacement des individus vers l'hexagone. Des années 1960 aux années 1980, des dizaines de milliers de Français, originaires de Martinique et de Guadeloupe, quittent leur île natale pour l'hexagone. Cette migration intérieure, décidée au plus haut sommet de l’État, ne dure que vingt ans, mais représente néanmoins l'une des plus importantes qu'ait connu la France. Elle contribuera à accréditer l'idée que pour les DOM le salut se trouve toujours loin de la terre natale. Une attitude assez comparable au mépris dans lequel l'industrie musicale hexagonale a longtemps tenu les musiques guadeloupéenne et martiniquaise véritables. Cette condescendance coloniale a empêché tous ceux qui chantaient en créole de se faire connaître dans l'hexagone.

Entreprise de "déportation" pour Aimé Césaire, le Bumidom sera synonyme de déracinement pour de nombreux Domiens, sans véritable intégration à l'arrivée dans l'hexagone.   

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Les guerres de libération menées dans les dernières colonies françaises portent un rude coup au prestige international de la France. Pour conjurer ce que d'aucuns considèrent comme une forme de déclin, de Gaulle s'emploie à recentrer les frontières  de la France sur celles de l’État-nation, sans renoncer pour autant aux derniers confettis de l'Empire ultramarin. En 1964, le président de la République se rend en Martinique pour tenter d'apaiser le climat de révolte latent. "Mon Dieu, comme vous êtes Français!", s'exclame-t-il lors de sa visite à Fort-de-France. Devant un parterre d'écoliers agitant de petits drapeaux français, le chef de l'Etat lance: "La Martinique est un témoins, un lien, un point où la France doit rayonner, et ce sera une de vos tâches mes enfants." Pour contrer les mouvements indépendantistes, le gouvernement considère que l'urgence est démographique: il faut limiter les naissances, et pousser à la migration une partie de la jeunesse. La première idée est de favoriser la migration vers la Guyane, dont la population est très réduite. Compte tenu des perspectives économiques très limitées, les jeunes Antillais préfèrent la métropole, désormais accessible grâce aux billets préférentiels mis en place sur la liaison aérienne. A l'initiative de Michel Debré, l'ancien premier ministre devenu député de la Réunion, le gouvernement décide alors de créer le BUMIDOM, un organisme censé régler les problèmes de chômage, de surpopulation, tout en étouffant les velléités indépendantistes. Le Bureau pour le développement des Migrations Intéressant des Départements d'Outre-Mer ouvre ses portes en 1963. "Sa tâche principale est de sélectionner de jeunes hommes et femmes des DOM, de les faire venir en métropole et de les former, le tout dans une perspective politique mêlant interventionnisme étatique et paternalisme colonial." (source D p 57)



L'organisme d’État propose aux volontaires de partir en métropole en échange d'un emploi dans la fonction publique. La misère remplit les avions ou les bateaux, d'autant que l'hexagone est présenté comme un pays de cocagne par les campagnes de communication. La plupart des candidats au départ n'ont rien à perdre, le Bumidom représente pour eux une opportunité à saisir. Comme le rappelle Édouard Glissant dans Le Discours Antillais, "La terre de France vers laquelle ils voguaient leur avait été suggérée dès l'enfance comme le lieu suprême où tout s'accomplit." Avant le départ, les postulants passent une visite médicale et des tests d'évaluation scolaire. Il n'y a bien sûr pas de recalés. La plupart des volontaires ont entre 18 et 25 ans. Sans diplômes, ils sont souvent les aînés de familles nombreuses et pauvres. Tous les mercredis, un boeing 747 bondé de jeunes Martiniquais et Guadeloupéens décolle pour Paris. Sous l’œil ému des parents, les migrants partent pour l'inconnu, sans savoir quand et si ils reviendront. L'ancien empire colonial qui avait déporté quatre cents ans auparavant des millions d'Africains vers les "îles à sucre", déplaçait désormais leurs descendants vers l'Europe.

A l'arrivée à Paris, pour tous, c'est un choc, un dépaysement total. La ville est grise, enveloppée dans le brouillard et la fumée. Le froid transit. Le paysage n'a rien de ceux des cartes postales. A peine ont-ils foulé les tarmacs ou les quais, qu'hommes et femmes sont séparés. Les premiers sont envoyés dans des centres de formation en province, les secondes à Crouilly sur Ourcq en Seine et Marne où se trouve un centre spécialement conçu pour elles. La formation des stagiaires se réduit à sa plus simple expression dans cette "Sorbonne du balais-brosse" où l'on "apprend" à éplucher les pommes de terre, à nettoyer, à repasser. La déception est d'autant plus grande qu'il y a eu mensonge. La formation professionnelle se réduit souvent à sa plus simple expression. Loin des métiers espérés, ce sont des postes subalternes de femmes de ménage, de domestiques qui sont à pourvoir, et non des postes à responsabilité comme le laissaient entendre les employés de l'organisme d’État. La situation est d'autant plus difficile qu'aucun retour n'est prévu, le Bumidom ne finançant qu'un billet simple pour la métropole. (1)

Les conditions de recrutement se révèlent parfois très humiliantes. A Crouilly, "pendant que les jeunes filles défilaient, il y avait le public employeur qui était là [et qui] choisissait. Cela m’avait fortement marqué parce que je venais de lire, quelques jours plus tôt, comment on présentait les esclaves. Et c’était exactement la même façon. Cette image me reste encore toujours", témoigne Aimé Techer, un Réunionnais venu s'installer en métropole. Une fois sortis du centre d'apprentissage, les jeunes gens doivent se débrouiller seuls. Compte tenu de la faiblesse des salaires, et en dépit des promesses d'aides au logement, la recherche d'un toit relève souvent de la gageure. 

Les syndicats et l'extrême-gauche pointent du doigt le caractère néo-colonial du dispositif. Aux yeux de ses détracteurs, il s'agit moins d'enrayer la pauvreté et le chômage que d'étouffer les contestations sociales, d'empêcher les révoltes populaires et d'entraver l'émergence de mouvements nationalistes et indépendantistes. En 1968, les locaux parisiens du Bumidon subissent un saccage en règle, plusieurs graffitis dénonçant l'ambiguïté du dispositif. "A bas l'impérialisme français et ses valets. Vive les Antilles libres", "A bas, le colonialisme aux Antilles", "A bas la traite des négriers", "Non, au Bumidom", "Nous voulons retourner chez nous", peut-on lire sur les murs. La presse réagit, critique le Bumidom, dénonçant notamment les inégalités sociales dont sont victimes les Français d'outre-mer. Rien n'y fait, le Bumidom continue son œuvre.

Après l'installation d'une première génération de Domiens dans l'hexagone, le Bumidom intensifie son action et encourage les regroupements familiaux. L'implantation durable de familles participe à l'accumulation des foyers modestes dans les grands ensembles de banlieues, souvent construits d'ailleurs par les nouveaux venus eux-mêmes. Le sentiment d'abandon, d'isolement, de relégation, le mal du pays  provoquent chez certains des dépressions. Or, aucun suivi psychologique n'a été prévu pour évoquer les difficultés rencontrées. Le racisme est très présent à l'encontre de ces Français venus d'ailleurs. On les confond avec les travailleurs immigrés arrivés eux aussi dans les années 1960 et 1970. Aux problèmes identitaires s'ajoutent donc les violences du déracinement. Les discriminations sont légions. "L'émigré antillais en France est ambigu, il mène la vie de l'émigré mais il a le statut de citoyen. Il est à même d'être fonctionnaire: infirmière ou fille de salle, employé des postes ou poinçonneur du métro, douanier à Orly ou agent de police. Il se sent français, mais il subit des formes latentes ou déclarées de racisme tout comme un Arabe ou un Portugais", constate Glissant dans Le Discours Antillais.  

Pour adoucir le quotidien, surmonter la distance avec les proches restés au pays, les nouveaux venus fréquentent les fêtes organisées par les association d'Antillais de l'hexagone. Pour tous, la musique joue un rôle primordial, d'autant que le répertoire des groupes martiniquais et guadeloupéens d'alors porte un message identitaire et politique dans lequel se retrouvent de nombreux auditeurs. Nous nous intéressons ici plus particulièrement à trois groupes particulièrement représentatifs. Le Super Combo et les Vikings sont deux formations musicales guadeloupéennes fondées respectivement à Pointe Noire et dans le quartier de Carénage à Pointe-à-Pitre. La Perfecta est un groupe martiniquais créé en 1970 à La Trinité. 

 

* Super Combo, Vikings de la Guadeloupe et la Perfecta. 

Au cours des années 1960-1970, une nouvelle alchimie musicale naît aux Antilles de la fusion des rythmiques caribéennes (salsa, cha-cha-cha, calypso, cadence, compas, biguine), latinos (son, rumba) et nord américaines (jazz, soul, pop). Les groupes cherchent alors à faire entendre la voix de populations marginalisées. Influencés par le mouvement des droits civiques, ils n'hésitent pas à s'approprier l'imagerie du Black Power, comme le poing noir levé brandissant une note de musique sur la pochette d'un 33 tours des Vikings. Les paroles des chansons abordent l'identité créole, le passé esclavagiste et colonial, le chômage, la pauvreté... Prenons quelques exemples. 

Le titre Mwen domi dewo écrit par le trompettiste Elie Bianay, est enregistré par le Super Combo dans les studios Debs en 1975. Sur un air de cadence rampa, fortement inspirée du Kompa haïtien, le morceau dénonce avec humour et ironie les difficiles conditions d'installation des participants au phénomène Bumidom. En 1978, "A Youskous Pa Fè Fou" de la Perfecta dépeint sans détour la situation économique désastreuse de la Martinique. " Ti commerçants fèmé boutique, ti artisans à la faillite, situation critique / la Martinique pays magique, pa ni travail pou téni fric, vive la vie aux tropiques". Les Vikings, quant à eux, décrivent les difficultés liées à une vie sans travail dans le somptueux: "Ka Nou Pè Fé".

En 1970, les Vikings se produisent deux soirs au Pavillon des Halles de Paris devant vingt mille personnes. Sans autre promotion que le bouche à oreilles, le chiffre est colossal. La musique des Vikings, de la Perfecta, du Super Combo constituent un formidable exutoire pour les populations d'outre-mer établies à Paris. Animé par la nostalgie du pays natal, le besoin de se ressourcer, de se retrouver et surtout d'écouter de la bonne musique, le public se compose presque exclusivement des populations antillaises installées dans l'hexagone.

 

Malgré la qualité indéniable de ces musiques, les groupes antillais ont longtemps souffert d'un grand manque de considération et furent ignorés du paysage culturel français. Les médias hexagonaux se font une toute autre idée de la musique antillaise, une musique festive, exotique, celle de David Martial, de la Compagnie Créole ou de Francky Vincent. En plus de conforter une partie de la population dans ses stéréotypes paternalistes résumant les Antilles aux soleil, aux filles dénudées et aux colliers à fleur, ce doudouisme musical dissimule l'effervescence créatrice des groupes ultramarins. Avec leur musique innovante, militante, chantée en créole, la Perfecta, les Vikings ou Super Combo n'avaient aucune chance. Dès lors, la musique des "îles à sucre" subit une ghettoïsation. 

* Quel bilan tirer de trente ans de Bumidom?

Le choix de la départementalisation en 1946 impliquait des promesses d'égalité (2), avec une extension progressive des droits économiques et sociaux. Or, l'accroissement du chômage à la fin des années 1970 remet sérieusement en cause l'utilité même du Bumidom. L'Etat ralentit la migration et en 1982, François Mitterrand supprime définitivement l'organisme. En moins de vingt ans, 160 000 Antillais et Réunionnais ont quitté leur île natale. Même si un grand nombre d'entre eux a réussi son enracinement dans l'hexagone, l'espoir de retour reste fort chez beaucoup. Le fossé entre l'espoir suscité et la réalité vécue est ressentie comme une violence. L'impression d'avoir été trompé persiste. Aussi, de nombreux migrants du bumidom refusent d'évoquer leur histoire , car ce serait reconnaître que l'on était pauvre, sans diplôme, sans formation et que l'on a été le jouet d'une politique coloniale qui ne disait pas son nom.

La situation économique et sociale de la Martinique et de la Guadeloupe de 2022 rappelle par bien des points celle des années 1960. En dépit des promesses, le Bumidom n'a rien changé. le taux de chômage chez les jeunes oscille toujours autour de 40 et 50 % dans les îles. Impossible dans ces conditions de travailler au pays, quand une petite caste continue à posséder la plupart des ressources. Aujourd'hui, les DROM connaissent toujours une situation inquiétante. L'économie artificielle de "non-production" favorise le clientélisme. Alors que le revenu moyen par habitant est sensiblement inférieur à celui de la métropole, le taux de chômage reste en revanche nettement supérieur à la moyenne française. En outre, l'ampleur de la migration vers l'hexagone a provoqué une véritable hémorragie démographique au point qu'aujourd'hui en Guadeloupe et en Martinique, la population diminue et vieillit. 

 Comme dans les années 1960, le mécontentement grandit et la colère éclate à intervalle réguliers comme en janvier 2009 ou en novembre 2021. Les grèves à répétition et les manifestations sont le révélateur des mauvaises relations que la France continue d'entretenir avec ce qui reste de son ancien empire. Alors que les migrants Martiniquais et Guadeloupéens se rendent en Europe, des fonctionnaires métropolitains traversent l'Atlantique en sens inverse pour occuper des postes à responsabilités. Un chassé-croisé migratoire qu'Aimé Césaire dénonçait déjà devant l'Assemblée nationale en 1977. « L’aspect le plus connu des Antilles-Guyane est sans doute celui de terres d’émigration, mais elles deviennent en même temps et parallèlement des terres d’immigration. Les nouveaux venus (…) autrement organisés, autrement pourvus, autrement dominateurs aussi et sûrs d’eux-mêmes, qui auront tôt fait d’imposer à nos populations la dure loi du colon. Je redoute autant la recolonisation sournoise que le génocide rampant. »


Notes:

1. Compte tenu du prix exorbitant des prix des billets d'avion (7500 francs pour se rendre à La Réunion), le salaire moyen de 400 francs par mois touché par les nouveaux venus empêche ceux qui le souhaiteraient de rentrer chez eux. Pour compenser les sacrifices, l’État met en place les congés bonifiés. Un billet d'avion offert tous les trois ans permet ainsi aux fonctionnaires de passer deux mois de vacances avec leur famille restée au pays. Les vacanciers "métro-caribéens" cherchent à se montrer à leur avantage, en soignant leur tenue vestimentaire, ce qui entretient parfois une sorte d'illusion sur la douceur de la vie dans l'hexagone. Un fossé se creuse. D'aucuns reprochent aux exilés d'être partis.

2. Pour Césaire, il s'agit de "passer d'une citoyenneté mutilée à la citoyenneté tout court."

 Sources: 

A. Bumidom, des Français venus d'outre-mer, de Jackie Bastide, de Temps noir Productions / France 2 (Infrarouge), 2010, 53 min

B. "La politique migratoire du Bumidom", [Les hommes aux semelles de vent sur France Culture] 

C. Sylvain Pattieu: « Un traitement spécifique des migrations d’outre-mer : le BUMIDOM (1963-1982) et ses ambiguïtés », Politix, 2016/4 (n° 116), p. 81-113. 

D. Sylvain Pattieu: "Années 1960-1970. La grande migration antillaise.", in L'Histoire n°457, mars 2019. 

E. "Spéciale Vikings de la Guadeloupe" [Couleurs tropicales sur RFI]

F. "Kassav', Vikings, Kalash, pourquoi la métropole n'a jamais rien compris à la musique antillaise". [Les Inrocks]

G. « La Perfecta et les Vikings de la Guadeloupe : Une Histoire musicale Française » un documentaire de David Commeillas. 

H. "Une certaine histoire de la musique française: Kadans kreyol", un documentaire de David Commeillas. 

I. "Les oublié-e-s des Outre-mer" avec Jessica Oublié et Audrey Célestine [Programme B]  

J. «Tropical Tuesdays: La Perfecta - "A Youskous Pas Fè Fou"» 

K. Michelle Zancarini-Fourne: "Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours", Zones, La Découverte, 2016.

L. "Jazz créole, plongée ultramarine" (Libération)

M. "Martinik Muzik. Chassol dévoile les trésors des Caraïbes", un documentaire de David Commeillas sur Arte Radio.

N. Cédric Audebert, « Les Antilles françaises à la croisée des chemins: de nouveaux enjeux de développement pour des sociétés en crise », Les Cahiers d’Outre-Mer, 256 | 2011, 523-549.

Gentil lecteur, je compte sur ton indulgence. La traduction qui suit souffre de nombreuses maladresses ou erreurs, elle ne demande qu'à être améliorée. N'hésite pas à apporter des corrections en commentaire. 

Mwen domi dewo                                                          J'ai dormi dehors

Mwen té konprann lavi-Pari                                  Je croyais que la vie parisienne   

Sété « Pigalle », sété « Barbès ».                                C'était Pigalle, c'était Barbès.

Mwen rèsté pri douvan on gran          Quelle ne fut pas ma déception en arrivant

désèpsyon.                                             

Mwen fè yon bon vwayaj an avyon.                       j'ai fait un bon voyage en avion

Mwen vrè sinéma,                                                         J'ai apprécié le cinéma

Mwen manjé, mwen byen brè,                                   J'ai bien mangé, j'ai bien bu

Mwen dòmi, mwen lévé                                              J'ai bien dormi, je me suis réveillé

Abò sété fransè,                                                            A bord, c'était français

Mwen té ka palé,                                                          Moi je parlais

Mè, lè mwen rivé a Pari                                              Mais, quand je suis arrivé à Paris...

 

Refrain: Mwen dòmi déwò, mwe                              J'ai dormi dehors,(2X)

Mwen dòmi an dalo                                                     J'ai dormi dans la misère

Mwen dòmi déwò,                                                        J'ai dormi dehors

Mwen dòmi an tou-a-métwo,                               J'ai dormi dans une station de métro

 

Ay, ka fè fwèt                                                                Aie! Aie! Il fait froid

Fwèt kon adan on frijidè                                            Froid comme dans un réfrigérateur

Mwen pa menm tin on vyé pilovè                            Je n'ai même pas un vieux pull

Mwen vini isi vrè mizè                                               Je suis venu ici, une vraie misère

Mwen té aka on zanbèl                                               ?

Lè i vwè sa akòz dè frik                                               Faute de fric,

I mété-mwen déhò                                                      Ils m'ont mis dehors

Sa ki pli bèl ankò                                                         Mais le plus beau

Mwen ja ka fè klòch                                                    C'est que je suis devenu cloche

Mi on sitiyason fòlflorik                                             Ma situation était folklorique

 

Refrain

 

Olé, Olé, Olé , Olé, Olé, Olé, Olé

 

(...)

 

Mwen subi on désèpsyon                         J'ai subi la dépression

Ki té manké tchouyé mwen                     Qui a failli me tuer

Mwen subi on désèpsyon                         J'ai subi une dépression

Ki arété keur an-mwen                             Qui a arrêté mon cœur

Mwen subi on désèpsyon                         J'ai subi la dépression

Ki té ka dérayé-mwen                               Qui m'a fait déraillé

Mwen subi on désèpsyon                         J'ai connu la déception

Ki anki chouboulé-mwen                         Qui m'a chamboulé.

 

Ayayay-yayay-yayay,                                  Aïe, aïe, aïe

Mwen dòmi déhò                                        J'ai dormi dehors

 

(...)                            

 

Ayayay-yayay-yayay,                                  Aïe, aïe, aïe

Viv lavi-zanbélit                                          Vive la belle vie 

Avèk lè Sipèw Konmbo                              Avec le Super Combo