mercredi 26 août 2026

Ceux qui partent et ceux qui partent pas. Un été au tiek.

Le temps des vacances se caractérise par son ambiance particulière, qui rompt avec la routine du reste de l'année. L'été, certains prennent la route pour la plage, la montagne ou un de ces "pays imbéciles où jamais il ne pleut". D'autres aimeraient bien mettre les voiles, mais faute de moyens, ils ne partent pas. C'est notamment le cas de ceux qui restent à la cité tout l'été. De nombreux artistes rap ont consacré des morceaux à ce temps suspendu, aux subterfuges trouvés par ceux qui ne partent pas, pour bouleverser leur quotidien, s'affranchir des tours et changer de décor sans bouger.

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Les quartiers de grands ensembles sont sortis de terre au cours des décennies 1950-1960, à l'initiative de l’État aménageur. En comparaison des logements vétustes d'avant-guerre, les nouveaux logements collectifs améliorèrent les conditions de confort pour les familles françaises qui ont la chance de dégotter un appartement. Néanmoins, pour beaucoup de foyers, partir en vacances constitue un luxe qu'ils ne peuvent se permettre. En 1960, Jean Ferrat en fait le constat dans "Ma môme" "On va pas à Saint-Paul de Vence / On pass'tout's nos vacances à Saint-Ouen / Comme famille, on n'a qu'une marraine / Quelque part en Lorraine / Et c'est loin". 

La piètre qualité de construction, le délabrement rapide de quartiers mal raccordés au centre-ville font rapidement de ces zones des repoussoirs. Ceux qui peuvent acquérir ou louer ailleurs le font. Ainsi, ces quartiers, initialement attribués en priorité aux familles françaises, voient ces populations s'installer dans les zones pavillonnaires des couronnes périurbaines. Des familles plus précaires, souvent d'origine immigrées, s'installent dans les logements vacants. On assiste alors à un  recul de la mixité sociale. 

Pour les habitants de ces territoires, il existait néanmoins alors quelques solutions pour voir du pays. Au cours des années 1960 et au début de la décennie suivante, la France connaît en effet une croissance économique forte, portée par une industrie encore puissante et variée. Jamais les ouvriers n'ont été aussi nombreux. Beaucoup d'entre eux habitent dans les logements collectifs des banlieues populaires. C'est le cas du Val Fourré, à Mantes la Jolie, dont de nombreux résidents travaillent dans les usines automobiles alentours (Renault à Flins, Peugeot à Poissy). Or, les comités d'entreprises organisaient alors des sorties, voire des séjours. 

Certains se rendent aussi au centre social pour y participer à des activités récréatives. Les municipalités de gauche, en particulier communistes, ont eu à cœur de développer une éducation populaire, en s'appuyant aussi sur des centres de loisirs ou sociaux qui permettaient aux jeunes de s'occuper, de jouer aux jeux de société. Elles organisaient aussi des colonies de vacances à destination de tous les enfants; des colonies qui représentaient souvent le premier apprentissage de la vie hors de la cité. Dans "Quand je serai grand", Fabe se souvient : "la réalité / C'est qu'on a tous à peu près vécu la même,  fait les mêmes colonies / Les mêmes jeux de rôles avec les mêmes thèmes... / J'm'arrête ici dédicace aux petits en bas d'chez moi, en bas d'chez toi / A ceux qui partent et ceux qui ne partent pas "

La crise économique, l'imposition de politique austéritaire et le triomphe du néolibéralisme, modifient le rapport aux vacances,  avec une vision de plus en plus individualiste de ce temps particulier. Les mairies, qui disposaient de campings ou de villas dans des zones de villégiatures appréciés - ce qui permettaient de proposer un tarif attractif à leurs administrés - doivent s'en séparer pour équilibrer leurs budgets. Désormais, la prise en charge des vacances collectives par la puissance publique se fait rare. Il n'y a plus guère que le tissu associatif qui permet aux plus précaires de partir. 

Pour ceux qui passent l'été au tiek, le système D s'impose. Il faut trouver des idées pour s'occuper, inventer des jeux, découvrir le bonheur des petites choses, faute de bif. Les quelques transports collectifs (bus, trains) ou individuels deviennent des moyens d'évasion. Encore enfant, Abd Al Malik optait pour le vélo, ce qui peut s'avérer dangereux. «C'était pendant les vacances d'été dans la cité (...) / Alors on s'est tous mis en mouvement et on est parti en gueulant / Quelque part entre "la horde sauvage" et "la guerre des boutons" / (...) Ca faisait vraiment classe en ce temps là de faire du vélo / On était plus de cinquante sur la route, t'imagine / Têtes d'enfants déjà cassées et gueules citadines / Je sais plus trop d'où est venue la queue-de-poisson / Un coup de poisse en plein milieu du peloton / Je ne sais ni pourquoi, ni comment mais je suis le seul à être tombé et à avoir roulé, roulé, roulé». ["Dynamo"]

Les jeunes se retrouvent sur les dalles (au Val Fourré, au Val d'Argent) entre potes. Les uns et les autres s'y côtoient, s'y défient, s'y ennuient, s'y séduisent. Plus qu'à d'autres moments de l'année, ces agoras deviennent ainsi des lieux de représentation et de rencontre. Passi en témoigne dans "Il fait chaud". "C'est l'été, c'est bon la température va monter / Voilà les beautés, les décolletés / Les nouvelles modes sexy (hum!)-serrées / Les faits-divers, les Boom-Boom de quartier / Zoom, gros plan de la tête aux pieds / Les petits, les grands veulent peser / Les bruits de bécane se précèdent / Les marques, les sapes se succèdent / Y'a des coupes nettes sur les mecs, en quête / D'un biz ou d'une bonne fête / Aux pieds j'ai mes blanches baskets / En main une fraîche canette"

Des animateurs proposent des activités sportives ou ludiques. Les grands organisent des tournois de foot en fin de journée pour s'occuper. Il y a une ambiance différente en été. Tout le monde est dehors, plus détendu, tout est plus lent et semble tourner au ralenti. Les parents relâchent un peu la surveillance et assouplissent les horaires. Il devient possible de sortir après le dîner. Les vacances constituent donc un moment suspendu. Les potes se retrouvent en soirée, squattent les bancs, à la fraîche, prélude aux discussions qui vous conduisent au bout de la nuit, histoire de refaire le monde. Les soirées barbecue entre amis s'éternisent. Seth Gueko en témoigne dans "Barbeuk (enfin l'été)". "On va rentrer parfumés à la fumée du barbeuk qu'on a crillave l'aprem (...) / Rendez-vous la semaine chaine-pro / Manger les restes des merguez et des chettes-bro / On jouera au ker-po, ambiance bataille d'eau / Le tier-quar t'ouvre les portes de son restau'"

Tease et bedo sont au programme des "chaudes nuits d'été" d'Aelpéacha. Profitant de la chaleur en "Juin-Juillet-Août", le même se fait un peu de caillasse en revendant des canettes à la sauvette. (1Gorah mise sur la bicrave pour pouvoir financer ses vacances. Mauvaise idée, loin de changer d'air, il se retrouve au placard. ["24 août"]

Faute de mer, de rivière où faire trempette - tout le monde ne peut pas habiter le long du canal saint Martin - il faut recourir à la débrouille. Quoi de mieux qu'un petit plouf dans une piscine gonflable installée en bas des tours? Ce n'est pas le Marseillais Dika qui dira le contraire. "J'suis dans le Sud, j'suis à l'aise / Dans le Nord il gèle / Y'a la piscine en bas du bâtiment / C'est l'charbon qui l'a payé pas la mairie / T'es pas un voyou toi pourquoi tu mens? / Roue avant, mais t'inquiète c'est pas l'Amérique. / J'passe l'été au quartier / Petit barbeq, à la place ça sent la crapulerie." (2["Au quartier"]

Les plus vernis, comme Dika ou I am ("le repos , c'est la santé"), peuvent passer du bon temps sur les plages de la cité phocéenne ou fréquenter les calanques à l'instar du Massilia Sound System. "Quand arrive l'été, l'appel des Goudes est le plus fort". [Dimanche aux Goudes ) 

* un été de merde. 

Tout le monde n'a pas la chance d'habiter à Marseille. Pour beaucoup de ceux qui ne partent pas, la belle saison porte mal son nom. Dans les logements, souvent mal isolés, les fortes températures rendent les conditions d'existence très difficiles, transformant les lieux d'habitation en bouilloires thermiques. De nombreux morceaux de rap évoquent la chaleur particulièrement insupportable dans les appartements ou sur les dalles asphaltées. Exemple avec le classique « Un été à la cité » du Ministère Amer. "14 heures, le soleil brûle sa mère. / On pourrait fondre du cobalt, halte / Moi et mes sauces, on grille nos culs de nègres sur l'asphalte / Ceux en galère de femmes ou allergiques à Paname / Restent se faire de l'argent dans la dinam" / Messieurs, mesdames, attendre par ce temps c'est chiant / On se raconte des histoires d'avant, du bon vieux temps, / Comme si on avait 50 ans / Quelques flics s'arrêtent, font du cinéma pour montrer aux Français / Qu'ils peuvent entrer dans les cités / Mais quand il y a du dawa (Vous avez appelé la police? Ne quittez pas.)". 

Le pire ennemi des jeunes habitants de la cité à la belle saison reste l'ennui, qui transforme les minutes en heures, les heures en journée, l'été en "Un été de merde" pour Gorah. Un des rares moyens accessible d'échapper au train train est de tracer, loin du quartier à bord d'un bus ou d'un train justement.  Ce que raconte Java dans "Mona" "Ici le bruit de la mer / La promesse d'un ailleurs / C'était le RER / Le seul espoir de se trouver une Vénus / Était de se barrer dans le premier omnibus". En même temps, la galère rassemble. Les grands jouent avec les petits, les camarades d'infortune deviennent une vraie famille. On écoute la musique à fond avec, chaque été, sa bande originale. En 2000, La Clinique obtient un tube avec "Playa". Le rappeur, dans le coma, fantasme des vacances au soleil, celle qu'il n'a, jusque là, jamais pu se payer. Bref, il n'y a "Pas de vacances pour les vrais gars" (Gorah feat Sheryo). "RDV au QG avec zéro budget / Il y a juste quelques canettes et beaucoup trop de fumée / La bonne humeur est occultée, on cherche des manières de s'occuper / (...) C'est carrément la même merde du Blanc Mesnil à Saint-Ouen / Le ski nautique, la bronzette et tout le reste se passent sans toi / Quand tu es dans le 93, les vraies plages sont si loin qui si tu empruntes un vélib', tu en as pour au moins six mois. / Encore cette année, pas de vacances pour les vrais gars".

Vacances au bled :

Dans les milieux populaires, quand on n'a pas les moyens de partir en vacances, on envoie quand même les enfants chez des membres de la famille, ce qui, même sans que ce soit très loin de chez soi, permet de sortir de la routine, de se retrouver.  Parfois, on part en vacances dans la famille, pour un séjour passé dans le pays natal des parents par les descendants d’immigrés devenus adultes. Le maintien de séjours réguliers apparaît comme le signe d’un attachement particulier à la terre des ancêtres. Ainsi, de nombreuses familles maghrébines s'entassent dans les voitures chargées au ras du sol, destination l'Algérie, le Maroc, la Tunisie. Le 113 évoque ces retours au bled dans trois morceaux : l'Algérie de Rim'K dans « Tonton du bled », la Guadeloupe d'AP avec "Tonton des îles", le Mali de Mokobé dans "Tonton d'Afrique". Originaire de Clichy, Doc Gynéco évoque quant à lui la distance entre sa vie quotidienne dans son quartier du 18 ème (rue de la Chapelle) et sa vision un brin fantasmée de la Guadeloupe, dont sont originaires les parents. ["Né ici".]

Dans "Blessé dans mon ego", Ekoué raconte de façon totalement désenchantée le moment où le rappeur met les pieds au Togo, et découvre sa position de cul entre deux chaises : “un statut de paria ici, d’intrus en cance-va au bled”. Considéré comme un fils d’immigré en France, il n’est pas mieux accepté en Afrique, où il n’est pas forcément bien vu avec “ses sapes et ses manières de petit blanc”.

* "Pas de faux été"

C'est un fait, faute de caillasse, les classes populaires partent moins en vacances. Or, il est toujours un peu bizarre de rester au quartier quand les autres se barrent. Pour mesurer l'ampleur des inégalités sociales, il suffit de confronter la succession de reportages consacrés aux vacanciers dans les JT de la période estivale à son propre quotidien, aux parents qui triment... On le mesure encore en comparant les images du sable fin des plages  paradisiaques à celui crotté du parc de jeux en bas des tours. Tu le saisis enfin quand, à la rentrée, les uns et les autres racontent leurs vacances. La Rumeur en témoigne dans "Pas d'vacances" "Été comme hiver, les vacances sont là / Y a pas le choix, faut que j’ronge mon frein et rester à la casa / Je partirai peut-être plus tard si les moyens l’permettent / En attendant, j'écris afin d’libérer ma tête / En fait, j'en ai un peu marre des récits des autres / Des cartes postales aux photos truquées qui embellissent les côtes"

Si tout le monde se construit des souvenirs, Fabe insiste sur le fait que le monde se divise entre "ceux qui partent et ceux qui ne partent pas". Le rappeur du 18 ème arrondissement parisien évoque dans "Quand j'serai  grand" la période des vacances estivales, se remémorant l'errance et l'ennui des enfants dont les parents n'ont pas les moyens de partir. " Quand j'serai grand j'veux habiter à la mer, avec mon père et ma mère / Marcher dans le sable plus prendre le RER / Ces putains de tours j'veux plus les voir plus tard (pire que ça) / J'veux vivre autre part (mieux que ça), j'ai même une idée si tu veux savoir"

Ne pas partir est un facteur d'exclusion, nourrissant gêne et frustration, même si, les habitants des quartiers ne s'en laissent pas compter. Dans un "Eté au tieks", Dosseh rappe :  "J'suis bien avec mes oubliés d'la société, pas d'sous métiers, pas d'faux été". On ne peut cependant que souhaiter le retour d'un ministère du temps libre et d'une puissance publique qui ne néglige aucun des enfants du pays. 

Notes :

1.Le marchand de glace, dès qu'il passe avec sa petite musique, connaît également un grand succès. ["Le marchand de glace passe / Petits négrillons et bougnoules ne tiennent plus en place" dans "un été à la cité" du Ministère Amer]

2. Dans le quartier de la Gauthière, à Clermont-Ferrand, le mercure atteint les 40° C en ce mardi 23 juin 2026. Les ados de la cité se cotisent pour acheter une piscine autoportante, qu'ils installent en bas de leurs barres HLM. Prévenus par une voisine, les policiers  débarquent en nombre (15) pour la lacérer. Ils récidivent deux jours plus tard. (source : France 3 Auvergne Rhône-Alpes)

Sources:

- "Le guide des vacances du rap français

- "Quand le rap français part en français"

- "Kiffer son été en banlieue à travers le rap français", pop-up urbain, 3/8/2015

- "un été au quartier: a french rap summer mix", playlist signée 22H22

- Top 10 des meilleures punchlines sur l'été dans le rap français.

jeudi 16 juillet 2026

Soro Solo : une discussion enchantée.

A la faveur d'un commentaire laissé sur ce blog, nous avons eu la chance d'entrer en contact avec Souleymane Coulibaly. Si ce nom ne vous dit rien, il y a fort à parier que celui de Soro Solo, son pseudo médiatique, vous parle davantage. Les auditeurs de France Inter se souviennent sans doute de cette voix reconnaissable entre toutes et du duo irrésistible qu'il formait avec Vladimir Cagnolari, chacun se renvoyant la balle en des joutes amicales et enjouées. (1) Pendant quelques années, les deux compères animèrent L'Afrique enchantée, une émission détonante diffusée sur les ondes de la radio publique. 

Le rendez-vous - estival et quotidien, puis dominical et hebdomadaire - fait figure d'ovni dans le paysage radiophonique français. Tambour battant, les notes de Coopération - le tube de Sam Mangwana et de Franco - saisit l'auditeur par surprise, avant que le duo aux manettes n'entrent piste. 

L'émission mêle reportages, témoignages d'artistes, archives et musique. Elle propose une immersion dans les cultures, les sociétés et les imaginaires africains, en assumant un ton chaleureux, complice et souvent humoristique. Pour donner du liant au récit, Cagnolari et Soro Solo ponctuent leur propos de morceaux, savamment sélectionnés pour illustrer l'histoire, les luttes ou les fêtes du continent, insistant sur l'intrication entre musique et politique. Une démarche que, sur l'histgeobox, nous ne pouvons qu'approuver. L'émission a ainsi joué un rôle dans la diffusion et la meilleure connaissance en France de genres musicaux africains aussi variés et essentiels que le mbalax sénégalais, le highlife et l'afrobeat nigérian, la rumba congolaise ou encore le maloya réunionnais. 

Derrière un ton badin, chaque émission dresse les enjeux politiques et sociaux d'un pays, d'une région du continent. Sans passer sous silence les difficultés, les conflits armés, les dissensions régionales, les crises sanitaires, les comparses donnaient aussi à voir  une Afrique vivante et innovante, loin des clichés et stéréotypes éternellement ressassés. Ce faisant, elle a joué un rôle salutaire dans la déconstruction des visions simplistes de l'Afrique. 

Soro Solo a eu la gentillesse de répondre à quelques questions et nous l'en remercions chaudement. 

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Mon nom à l’état civil c’est Souleymane COULIBALY

Mon nom d’usage dans l’espace public c’est SORO SOLO

Je suis né à Korhogo dans le nord e la Côte d’Ivoire.

Après le lycée, je suis rentré à l’Institut des Science et Techniques de la Communication (ISTC) d’Abidjan. Puis je suis venu parachever mes études de journaliste et production radio à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) à Bry-Sur-Marne.

Je suis rentré au pays en 1984, travailler à Radio Côte d’Ivoire, la chaîne nationale de service public.
Suite à la guerre civile déclenchée dans le pays en 2002, j’ai sollicité et obtenu l’asile politique en France en 2002.

Je suis rentré à RFI comme reporter pigiste en 2003 puis l’Eté 2006, mon complice Vladimir Cagnolari et moi avons proposé l’Afrique Enchantée à France Inter. Après trois Eté, l’émission a été installée sur la grille d’hiver… 

Vous avez présenté l'Afrique enchantée, une émission très marquante de France Inter. Comment avez-vous eu l'idée de créer cette émission et qu'elles étaient vos objectifs initiaux?

 A propos de l’Afrique, les média français, parlent plus volontairement de la corruption, des guerres, des dictatures, de la pauvreté et j’en passe… On ne peut pas nier toutes ces problématiques du continent… Mais il n’y a pas que ça…

 En Afrique, il y a comme ailleurs dans le monde, des cerveaux ou des cancres, des artisans, des paysans, des créateurs artistiques etc… A partir de ce constat, nous (Vladimir et moi) voulions raconter les Afriques autrement, leur passé, leur présent ou leur futur rêvé...Voilà pour le fond

 Pour la forme, on a juste repris le modèle des sociétés de ce continent où la musique - horizontalement, verticalement, en circonvolution - est au cœur du corpus social.

Les épopées, les grandes batailles, les légendes, les héros, l’actualité, les prophètes, le quotidien etc… tout est documenté par la musique, notamment par les ‘’Djéli ‘’ (connus sous le nom de Griot) d’Afrique Occidentale, les ‘’Gnawas’’ du Maghreb ou les ‘’Azmaris’’ d’Ethiopie…. D’où notre slogan : « L’Afrique Enchantée raconte les Afriques à travers ses musiques… »

Quel fut la réception de l'émission auprès du public et de la profession?

Les auditeurs de France Inter ont chaleureusement accueilli notre projet. Les confrères de la profession ont été tout aussi enthousiasme.

La quasi-totalité des grands quotidiens ou hebdomadaires nous ont gratifié de sympathiques papiers dans leurs colonnes, notamment Le Monde Afrique, l’Huma, Libé, Marianne, Jeune Afrique pour ne citer que quelques publications…

Nous ne sommes pas peu fier d’avoir été distingué par la profession car  le Jury du « Grand Prix des Radios Francophones Publiques », composé de spécialistes des questions intégrations-immigrations et de journalistes de presse écrite, désignés par Radio-Canada, Radio France, la RSR (Radio Suisse Romande) et RTBF qui a décerné son prix 2009 à notre production ‘’Dans les Pas de Nos Pères’’ et à ‘’Le Journal de moi-même’’ de Delphine Salte.

Quel est votre meilleur souvenir de l'émission (rencontre ou autre)?

Ah là-là, toutes nos émissions sont un énorme plaisir. Tous nos vagabondages de reporters à travers le continent ont tous été énormes…

Mais je retiendrai deux exemples pour faire court.

1 - En 2010 on est allé tous les deux en Afrique du Sud, l’année où le pays organisait la Coupe du Monde… On n’y est pas restés pour la coupe du monde. Mais on a ramené du matériel pour 5 productions... C’était juste jouissif de nous entretenir entre autres avec Johnny Clegg ou Hug Masekela…Voici le lien de l’une d’elles.

2 – En 2013, on a réussi le pari d’aller produire et enregistrer l’intégral de l’émission à Dakar. On n’a jamais pu remettre le couvert ailleurs en Afrique because of restriction de budget de production. A écouter ici

Pour quelles raisons l'émission s'est-elle arrêtée ?

Difficile de vous dire la raison précise de l’arrêt de l’émission…

Disons que nous avons le sentiment que la direction a fini par être agacée par certains sujets sensibles abordé dans l’émission…

Notamment les coups d’états africains puants la France-Afrique, des chefs d’états africains pas démocratiquement élus mais soutenus par  Paris, les dégâts écologiques de AREVA au Niger ou le contrôle des économies africaines à travers le franc CFA à etc…

Que faites-vous depuis la fin de l'émission ? (vous me l'avez indiqué dans votre mail précédent, mais vous voulez peut-être préciser des éléments).

Je me suis recyclé dans le théâtre. J'ai écrit  2 spectacles.

1 - ''La Bal Marmaille'', un ‘’biopic’’ théâtral qui résume mon parcours de vie, de ma petite enfance à Korhogo, ma ville de naissance, à la concrétisation de mon rêve d’enfant qui était de parler un jour à la radio comme le sorcier blanc qui parlait dans cette grosse caisse que mon père avait ramené d’Abidjan, la capitale de la Côte-d’Ivoire…

 2 - ''Le CabaretAfricain''.  

On aborde des thématiques diverses et variées :
- Les régimes autocrates du continent africain et les luttes politiques avec l'arme de la musique, incarnées par le célèbre Nigérian Fela Anikulapo Kuti.- La coopération de dupe (France - Afrique).
- On consacre un tableau au massacre de soldats africains de la 2° guerre mondiale, au camp de Thiaroye au Sénégal le 1° Décembre 1944.
- On fait un focus sur l'exploitation et le pillage des richesses du continent africain par les puissances occidentales et aussi par la Chine le dernier prédateur à débarquer en Afrique.
- On fait un éclairage sur certaines causes objectives de la migration des jeunes africains vers l'Europe.
- On traite le brûlant sujet de la dette extérieure de l'Afrique en exhumant le dernier discours du 29 Juillet 1987 de l'ex président du Burkina Faso, feu Thomas Sankara, à Addis Abeba, lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) à propos de la dette  extérieure de l'Afrique, malicieusement imposée aux africains... Thomas Sankara a été assassiné le 15 Octobre 1987, soit exactement trois mois après son discours emblématique en Ethiopie.

Avez-vous d'autres projets avec Vladmir Cagnolari ?

Vladimir Cagnolari et moi sommes les deux récitants de ''Soundiata, Une Épopée Musicale'' écrit par Vlad seul. Le spectacle revient sur la création du rayonnant Empire du Mali au 13° siècle par Soundiata Kéïta.

Et depuis Avril 2026, je présente la chronique « Une Chanson, Une Histoire » dans Afrique Soir sur Rfi.

Enfin, pourriez-vous nous présenter les cinq morceaux que vous emporteriez sur une île déserte?

« Colonial Mentality » de Fela Anikulapo Kuti

« Strange Fruit » de Billie Holyday

« War » de Bob Marley

« A Luta Continua » Miriam Makeba

 « Dallas » de Youssou N’Dour

Notes:

1. Entre les deux compères s'immisçait également la "nièce", Hortense Volle qui venait délivrer ses coups de cœur littéraires et cinématographiques.

Sources : 

A. Les archives de l'Afrique enchantée.

dimanche 28 juin 2026

Les présidents en chansons : Hollande. Lui président.

Poursuivons notre exploration des présidents de la République en chansons. Après les billets/épisodes consacrés à Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy 1 et 2, il est temps de s'intéresser au mandat de François Hollande, de 2012 à 2017.

François Hollande naît à Rouen en 1954, d'une mère assistante sociale et d'un père médecin ORL. Après un cursus à l'ENA, où il fait la connaissance de Ségolène Royal, il devient magistrat à la cour des comptes et milite au sein du parti socialiste. Envoyé sur les terres corréziennes de Jacques Chirac dans les années 1980, il réussit tant bien que mal à s'y faire un nom, au point d'en devenir député en 1988. Dix ans plus tard, il est nommé premier secrétaire du Parti Socialiste par Lionel Jospin. Un poste qu'il occupera pendant 11 ans. Alors que le PS vient de remporter les municipales et les régionales, en 2005, il ne voit pas venir le non au référendum sur le traité européen. Le parti sort divisé de la séquence. En tant que premier secrétaire, Hollande doit resouder les troupes, et mettre en sourdine ses ambitions politiques. Après une séparation douloureuse avec Ségolène Royal, il rencontre Valérie Trierweiler, une journaliste de Paris Match.     

C'est finalement son ex-femme qui se présente à la présidentielle 2007, où elle échoue au second tour face à Sarkozy. Au congrès du PS, en 2008, Martine Aubry l'emporte de peu devant Royal. Hollande s'éclipse et connaît sa traversée du désert. Il se replie sur ses terres corréziennes, dont il devient le président du conseil général. Il décide alors de changer d'allure et laboure le territoire, comme Jacques Chirac avant lui. Le 31 mars 2011, il annonce sa candidature à la primaire de la gauche en vue de la campagne présidentielle 2012. Il reste encore loin derrière Dominique Strauss Khan dans les sondages. Et puis, patatras, l'inculpation de DSK pour agression sexuelle à l'encontre d'une femme de chambre d'un palace new yorkais, le met hors course. Au second tour de la primaire, Hollande l'emporte finalement face à Martine Aubry. 

EU2016 SK, CC0, via Wikimedia Commons

Le candidat a pour slogan : Le changement, c'est maintenant. Sa campagne est résolument orientée à gauche, comme le suggère sa prise de paroles lors du meeting du Bourget, au cours duquel il lance : "Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu, et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance." A l'issue du premier tour, le candidat socialiste devance de peu Nicolas Sarkozy, et lors du débat opposant les finalistes, profitant d'un rare moment d'apathie de son adversaire, Hollande fait mouche en usant de l'anaphore : "moi président". Pendant trois minutes, ininterrompu, il déroule, traçant l'anti-portrait du président sortant.

François Hollande devient président de la République le 6 mai 2012, avec un peu plus de 51% des voix. Second président socialiste de la Cinquième République, après François Mitterrand, il se présente en président normal. Sa personnalité, ou plutôt l'idée que s'en font les observateurs, lui valent des surnoms peu flatteurs tels que fraise des bois, monsieur petite blague, flanby, le grand méchant mou. Raillé pour sa jovialité et sa bonhommie, il subit des critiques sur sa manière d'incarner la fonction présidentielle. D'aucuns reconnaissent son accessibilité, mais raille un manque d'envergure. Au fond, n'a-t-il pas été choisi par défaut, son meilleur atout restant l'aversion que Nicolas Sarkozy était parvenu à susciter après cinq années d'un mandat brutal. Sa côte de popularité s'effondre vite, jusqu'à atteindre un très bas niveau, dont il peinera à décoller.

L'ex première dame, la chanteuse Carla Bruni-Sarkozy, un brin vexée d'avoir dû déménager de l'Elysée, dresse un portrait au vitriol du nouveau président dépeint sous les traits d'un pingouin. "Il n'a pas des manières de chefs / C’est mal élevé les pingouins faut que je lui donne des cours de maintien / Eh le pingouin ! Si un jour tu recroises mon chemin / Je t’apprendrai le pingouin, je t’apprendrai à faire le baisemain / Tu ravaleras le pingouin oui tu ravaleras ton dédain / Tu m’fais pas peur le pingouin " ["le pingouin" (2013) ]

Très vite, les critiques fusent. En décembre 2012 éclate l'affaire Cahuzac. A grand coup de formule lapidaire, le ministre délégué en charge du budget du gouvernement Ayrault fait de la fraude fiscale son cheval de bataille. Or, Mediapart révèle en décembre 2012, que le Torquemada du Trésor public possède un compte en Suisse. Pendant quatre mois, Cahuzac s'enferre dans le mensonge, avant de devoir avouer. En septembre 2014, le secrétaire d'état au commerce extérieur, Thomas Thévenoud, démissionne, après la révélation de ses retards de déclaration et de paiement au fisc. Il sera condamné pour fraude fiscale. Pour sa défense, il avance souffrir de "phobie administrative". Autrement dit, quand il reçoit un courrier d'un organisme officiel, il ne l'ouvre pas... [Scred Connexion : "Monnaie, monnaie" (0'24)]

La principale mesure de ce mandat présidentiel est sans doute l'adoption de la loi sur le mariage homosexuel, en avril 2013. Le texte est défendu dans l'hémicycle par Christiane Taubira, la garde des sceaux, dont le talent rhétorique réduit au silence les sots. Il faut dire que la loi suscite une forte opposition qui se structure au sein du mouvement de La Manif pour tous, agrégat des milieux conservateurs les plus rances. De grandes manifestations, ont lieu. Dans les cortèges fournis, en dépit des consignes données par les organisateurs, affleurent l'homophobie la plus crasse. Dans les cortèges, les marcheurs entonnent des chansons de circonstance. [Pumpkin & Vin'S da Cuero : "Mauvais genre" (2'13)]

En octobre 2013, l'expulsion d'une collégienne rom vers le Kosovo, suscite une vive émotion. Elève de 3ème dans un collège de Pontarlier, Leonarda est interpellée alors qu'elle participe à une sortie scolaire. Sa famille faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire après avoir été déboutée de ses demandes d'asile. Comme d'habitude, le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, gesticule et prône la fermeté. Finalement, Hollande propose publiquement à l'adolescente de poursuivre sa scolarité en France, mais Leonarda refuse, en direct sur les chaînes d'info en continue. Encore une perte d'aura pour François.

En janvier 2014, face à la stagnation économique et au chômage croissant, Hollande change de cap et adopte une politique plus favorable aux entreprises avec le pacte de responsabilité, l'allégement des cotisations et des baisses de charges pour les entreprises en échange d'hypothétiques créations d’emplois. Le social libéralisme supplante la sociale-démocratie. Trop à droite pour les électeurs de gauche, trop à gauche pour ceux de droite, le président déçoit tout le monde. Dans "La classe ouvrière s'est enfuie" de Michel Cloup Duo, le ton se fait accusatoire à l'encontre d'un pouvoir qui a lâché les plus pauvres. "Cette faillite n'est pas économique, elle est humaine."

L'annonce de ces mesures économiques passe relativement inaperçue, à la différence de la révélation des frasques présidentielles. Le magazine Closer capture en effet une photo du président, casque sur la tête, sur son scooter, en train de se rendre chez l'actrice Julie Gayet. Dans ces conditions, la parole du chef de l'Etat s'avère totalement inaudible. L'épisode inspire à Alonzo "A la Dafpunck". "François Hollande roule en scooter". Katerine, pour sa part enregistre "A l'Elysée" (2016), la description d'un pique nique dans l'atmosphère ouatée du palais présidentielle, quand, hors les murs, la colère gronde. 

Les municipales 2014 virent au fiasco, ce qui convainc le président de se débarrasser de son premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Face à la ligne adoptée par son successeur, Manuel Valls, la grogne grandit au sein du PS où se forme un groupe de frondeurs, dont certains quittent avec fracas le gouvernement en août (Montebourg, Hamon, Filippetti). Au contraire, Emmanuel Macron prend du galon, abandonnant le secrétariat-adjoint de l'Elysée pour le ministère de l'économie. Le loup est entré dans la bergerie.

Bientôt, une dépêche AFP apprend ce que tout le monde savait déjà : la fin de la relation de François Hollande et Valérie Trierweiler. Elle en a gros, ce qui l'incite à publier un livre dévastateur pour l'image du président. Dans Merci pour ce moment, elle dresse un portrait accablant de son ex qu'elle accuse de désigner les Français les plus pauvres comme des "sans-dents". Voilà de quoi nourrir la colère. Feu Chatterton ! ["Ecran total" (1'48)] (1), Ol Zico feat. Souffrance ["Y'A R" 1'21] (2), Freeman ["Le peuple sans dents" (2017)], Jeff le Nerff ["Les sans dents"] (3), Kool Shen ["Océan de couleuvres"] (4), Axiom interpellent le président ["Est-ce que t'entends la colère des sans-dents?" "Sans dents" (2015) (2'38)]


Le 26 octobre 2014, Rémi Fraisse, un militant écologiste, est tué par une grenade tirée par un gendarme, lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens. Une mort qui met en évidence les violences policières, encore accrues par les nouvelles méthodes de "maintien de l'ordre" défendues par le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve. "Dans la forêt, il y a des pleurs qui coulent / Dans la forêt, ils ont fait tomber le frêne [frêne = fraisse en occitan] / Ah maman n'oublions pas le nom du pauvre Rémi Fraisse / Ah maman n'oublions pas le nom d'un jeune sacrifié". "Ai mamà", une chanson écrite par le groupe occitan Uèi, raconte la lutte et la résistance sur la ZAD de Sivens et rend hommage à Rémi Fraisse. 

Hollande fait face à une crise économique persistante, marquée par une stagnation de la croissance. En mars 2015, on compte 3,5 millions de chômeurs de catégorie A. Le président a échoué à inverser la courbe, comme il s'y était engagé. Les tensions sociales grandissent. En octobre 2015, les médias s'apitoient sur le sort de deux cadres d'Air France dont les chemises ont été arrachées par des salariés, furieux à l'annonce d'un plan social dévastateur. 

La présidence Hollande est marquée par une série d'attentats jihadistes : attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo et du magasin Hypercacher en janvier 2015massacres du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis,  assaut meurtrier sur la promenade des Anglais de Nice le 14 juillet 2016. 239 morts au total. Ces événements conduisent Hollande à décréter l'état d'urgence, prolongé jusqu’en 2017, et à renforcer les dispositifs de sécurité intérieure. A l'extérieur, la France procède à des frappes aériennes sur les positions de Daesh en Syrie et en Irak. "Le pigeon du 11 janvier" (2015) de Manu Lods raconte le défilé qui réunit ce jour là de très nombreux Parisiens, mais aussi 44 chefs d'Etat. Alors que François Hollande retrouve les rescapés de Charlie, un pigeon choisit ce moment pour lâcher sa fiente sur le revers de sa veste.

Dans la foulée des attentats, le président envisage d'instaurer une déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux. L'annonce de la mesure suscite la consternation d'une partie de la gauche, et provoque la démission de Christiane Taubira,  garde des Sceaux. Le projet tombe finalement à l'eau. En décembre 2015, la signature de l'accord de Paris sur le climat (la COP 21) voit 195 pays s'engager à lutter contre le réchauffement. L'enthousiasme soulevé sera  malheureusement vite douchée, mais on ne pouvait alors pas le savoir. 

Début 2016, le gouvernement Valls lance la loi travail (2016), dite loi El Khomri, du nom de la ministre envoyé au front pour défendre un dossier surtout élaboré par Macron. Il s'agit pour ses promoteurs d'introduire davantage de flexibilité du travail, un concept cher aux libéraux. La loi prévoit un plafonnement des indemnités prudhommales, un assouplissement des règles de licenciement économique, une modulation du temps de travail selon les secteurs d'activité, la primauté de l'accord d'entreprise sur l'accord de branche. Au total, un chamboulement du code du travail. Le Medef applaudit, la cfdt se prépare à négocier, la cgt et fo s'y oppose fermement. Une pétition hostile à la loi franchit le million de signature. En mars, les manifestations s'organisent et font le plein, mais la loi est adoptée en force, à grands coups de 49.3. Ce faisant, Hollande s'aliène une grande partie de la gauche et des syndicats. L'1consolable dénonce le passage en force du texte et le mépris affiché à l'égard des manifestants. "49.3 (feat. François Hollande)"

La loi entraîne, par ricochet, la création d'un mouvement citoyen et militant :  Nuit debout. Son objectif est de voir converger les luttes pour contrecarrer le libéralisme, donner vie à la démocratie directe. Le groupe Danakil, très actif lors des rassemblements, célèbre cette autre façon de faire de la politique dans le morceau  "32 mars".

Pour se relancer, le président croit avoir la bonne idée de livrer des confidences pour un ouvrage intitulé "un président de devrait pas dire ça". Il s'en prend à Nicolas Sarkozy, ses ministres, tout en fustigeant les juges, "tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux. On n'aime pas le politique." Il  considère aussi "qu'il y a trop d'arrivées, trop d'immigration qui ne devrait pas être là"... Il réussit ainsi à se mettre à dos ses derniers soutiens de gauche. 

Hollande semble attirer la pluie, comme lors de la descente des Champs Elysées le jour de son investiture. En visite sur l'île de Sein, en août 2014, sous des trombes d'eau, sans parapluie, les lunettes embuées, le président tente tant bien que mal de terminer son discours. Dans "François sous la pluie" (2016), le groupe Mickey 3 D immortalise ce moment, dépeignant un président largement dépassé, engoncé dans un costume un peu trop grand pour lui.

Sur le plan extérieur, Hollande continue d’inscrire la France dans une démarche pro-européenne, au moment où l'UE peine à trouver une réponse cohérente à la crise migratoire.  Hollande mène une politique étrangère active, notamment avec l'opération Serval au Mali en 2013, visant à repousser les groupes islamistes dans le nord du pays.

En juillet 2016, la côte de popularité du président est au plus bas, avec 12% d'opinion favorable. "Souffler" (2016) de Tryo prévient : « Président on s’ennuie / Un peu trop normal / Un peu trop endormi / Beaucoup trop libéral / Nous on veut changer la vie », avertissement on ne peut plus clair à Hollande : « Faut faire rêver la foule / Pour se faire réélire ». Il n’a pas fait rêver les foules.

Face à une popularité historiquement basse et aux divisions au sein de son propre camp, François Hollande prend la décision inédite, mais lucide, de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2017, laissant la place à une nouvelle génération politique. Il a mis sur orbite un jeune loup, pour lequel, assurément, le monde de la finance n'est pas ennemi, mais ça c'est une autre histoire, que nous narrerons bientôt. 

Ci-dessous, une playlist de 19 titres autour de la présidence Hollande.

Notes :
1. "Le Grand président / Sanglots de reptile / S'adresse aux sans-dents, ouais"
2. "Je rappe pour les sans-dents qui ont pas l'argent pour les refaire comme Deschamps"
3. "C'est nous les cons, les « sans dents » / Est-ce qu'on nous entend ? / Fuck la condescendance, les condés / Le monde est sanglant / C'est toujours par l'épée que le bonheur se monnaye / Les tirs de LBD tu vois ça d'un bon œil ?"
4. Avec Jeff le Nerff et Furax Barbarossa, il rappe : "Fais-nous croire que tu nous appelles pas les sans-dents / Que c'est pas les élites mais bien le peuple qui créé les tendances / Fais-moi croire qu'on est tous égaux dans ce bordel / Qu'on fout la merde mais que la planète est encore belle"

 Sources: