Dans le billet précédent, nous avons pu mesurer à quel point les artistes brésiliens ont trouvé des oreilles et un public réceptif en France, dès le début du XX° siècle. Ici, nous nous concentrons plus particulièrement sur les grands passeurs français de cette musique.
En 1965, Pierre Barouh est
un comédien débutant, aperçu dans le premier film de Claude Lelouch. Il
se rend alors au Brésil et y sympathise avec Baden Powell, auquel il
emprunte la "Samba de Benção". Le
guitariste l'accompagne également sur l'enregistrement. De retour en
France, pour le tournage d'Un homme et une femme, Pierre Barouh fait
écouter le titre à Lelouch. Enthousiaste, ce dernier l'incorpore à la
bande originale. Problème, il n'a pas d'éditeur. Qu'à cela ne tienne,
Barouh crée une maison de production, Saravah, qui prend en charge la
musique du film, sur laquelle figure "Comme nos voix, chabada bada". Un
homme et une femme obtient la palme d'or, ce qui contribue au triomphe
de "Samba Saravah".
Barouh conserve la musique, l'esprit, la construction de l'original. Il
y énumère les grands sambistes, tout en éliminant les références au
candomblé.
La
chanson devient un marqueur essentiel des relations culturelles entre
la France et le Brésil. Elle constitue une porte d'entrée aux rythmes
cariocas pour de nombreux jeunes Français.
Introduit à la culture brésilienne et ses grands musiciens par Pierre Barouh,
Georges Moustaki se rend également au Brésil au début des années 1970.
Il y sympathise avec Jorge Amado, ainsi qu'avec le duo Vinicius de Moraes, Antonio Carlos Jobim, dont il adapte plusieurs morceaux (Quotidien, Je suis une guitare), dont la comptine Agua de março rebaptisée Les eaux de mars. De retour dans l'hexagone, il n'aura de cesse de multiplier les clins d'œil en direction du Brésil : "La philosophie Batucada".
Claude Nougaro, qui avait rencontré Baden Powell et Vinicius de Moraes
par l'intermédiaire de Pierre Barouh, se rend en 1963 au Brésil. Il s'y
marie avec une Brésilienne dont il a un enfant (Pedro). Dès lors, il
enregistrera plusieurs morceaux en lien avec le Brésil: en 1966, Bidonvilleest une reprise musicale de Berimbau (une
calebasse reliée à un fil métallique sur laquelle on fait teinter une
baguette) par Baden Powell et Vinicius de Moraes. Le morceau original
évoque le candomblé, Nougaro, lui, décrit la misère urbaine. Avec Brésilien, reprise du Viramundo de Gilberto Gil, il déclare son amour à la culture et au peuple brésilien. En 1978, il enregistre Tu verras, adaptation du merveilleux Que sera, une chanson de 1976 écrite par Chico Buarque sur une musique de Francis Hime. Le titre est composé pour le film Dona Flor et ses deux maris. Le Français ralentit le tempo et écrit des paroles sans rapport avec l'original. Estate de Joao Gilberto devient Un été.
Sans être des passeurs culturels comme les trois précédents, certains musiciens composent à la brésilienne, souvent pour un très beau résultat, en tout cas pour les artistes qui sont suffisamment familiers des styles qui les inspirent. A cet égard, Ces petits riens, délicate bossa gainsbourienne, constitue un bon exmemple. L'homme à la tête de chou imagine également les Sambassadeurs, une lecture personnelle de la samba. En 1969 , Nino Ferrer chante La rua Madureira, le récit d'une histoire d'amour naissante interrompue par l'accident d'avion qui tue la petite amie brésilienne du narrateur. Le chanteur décrit un Rio fantasmé, "que je n'oublierai jamais; pourtant je n'y suis jamais allé". D'ailleurs, renseignement pris, il n'existe pas de rua Madureira à Rio. De cette bossa triste se dégage en tout cas une profonde saudade. Avec Comme un mendiant à Rio , Jean-Louis Murat propose quant à lui une très jolie bossa triste en hommage à "Antonio (Carlos Jobim) mon patron".
La découverte de la bossa s'accompagne d'un nouveau mode "d'appropriation de la musique latino-américaine en introduisant un critère d'authenticité", avec un plus grand souci de l'original et une attention nouvelle portée aux traductions. Ainsi, des chanteurs comme Moustaki "s'emploient à restituer l'esprit sinon la lettre des chansons brésiliennes qu'ils interprétaient." (source A) Ce souci de l'original se traduit parfois aussi par le fait de chanter directement en portugais, comme le Maria Ninguém chanté par Brigitte Bardot ou encore le Canto de Ossanha de Baden Powell et Vincius de Moraes, interprété par Marie Laforêt. Dans le même esprit, les collaborations entre musiciens français et brésiliens se multiplient : Powell accompagne Nougaro sur Bidonvilles, Barouh sur Samba Saravah.
A compter des années 1960, l'entrée dans l'ère de la culture de masse contribue à la diffusion des musique et culture brésiliennes, via le cinéma avec des films comme L'homme de Rio ou Un homme et une Femme, via la radio, la télévision, notamment grâce au Sacha Show, une émission présentée par Sacha Distel, dans laquelle il reçoit et joue avec le gratin de la musique brésilienne. Avec la tenue de grands festivals de musique organisés à Rio et São Paulo dans la deuxième moitié des années 1960, des artistes français invités rencontrent leurs homologues latino-américains et leurs créations. Ce fut le cas de Nicoletta, Moustaki, Françoise Hardy.
L'organisation d'événements comparables en France, à l'instar du MIDEM, accentue encore le phénomène.
L'afflux d'exilés politiques au début des années 1970, dont plusieurs musiciens (Chico Buarque, Nara Leão, Gilberto Gil, Caetano Veloso), au temps de la dictature militaire, fit aussi de ces migrants des passeurs. Paradoxalement, la diplomatie brésilienne des généraux apportât son soutien à la promotion internationale de musiciens pourtant considérés comme des ennemis du régime (ceux cités précédemment par exemple).
Comme le rappelle Anaïs Fléchet, "Le désir croissant d'authenticité donna naissance à une nouvelle manière de jouer brésilien, qui allait bien au delà de l'introduction de percussions exotiques et supposait un réel apprentissage de la part des musiciens français." (source A p 277) Ainsi, de passage à Rio, Sacha Distel apprit les bases rythmiques de la bossa nova auprès de Baden Powell. Fort de ce nouveau savoir, de retour au bercail, il interprétera de nombreux morceaux brésiliens tels que "Chanson sur une seule note" (reprise de la "Samba de uma nota so",) "Loin de toi" ("Recado" de Maysa), "Desafinado", "Dindi", "L'incendie à Rio".
Une nouvelle génération de musiciens français se tournent vers le Brésil. C'est notamment le cas de Bernard Lavilliers. A 19 ans, il s'y rend, soi-disant pour fuir le service militaire. Dès lors, les rythmes découverts sur place traverseront fréquemment son oeuvre. En 1972, Brazil se moque de ses compatriotes qui prétendent aimer la musique brésilienne sans y comprendre rien. Pour l'album O gringo en 1980, le chanteur stéphanois compose Sertão. Sur des rythmes empruntés au forro et au maracatu, il y évoque cette région très pauvre du nordeste brésilien, patrie des cangaceiros et Lampião. En 2004, sur son album Carnet de bord se trouve Messageries maritimes, une délicate bossa.
La pratique amateur des musiques brésiliennes se développe en France à compter des années 1970 avec l'apparition des premières écoles de samba dans l'hexagone, mais aussi l'essor de cours de percussions et batucadas ou la création de salles (Discophage Sarava) consacrées aux rythmes brésiliens. Bientôt, une nouvelle génération d'artistes paie son tribut aux rythmes brésiliens. Philippe Katerine met ainsi beaucoup de bossa dans ses chansons comme dans le "Jardin botanique". C'est aussi le cas de Séverin, dans des morceaux tels que "Contrôle ta samba", "En vacances". L'amusant "France-Brasil" témoigne du dialogue impossible au sein d'un couple franco-brésilien entre une jeune femme lusophone et son petit ami franchouillard. A dire vrai, la liste est longue, mais on peut aussi citer Les escrocs et leur titre Assedic, Julien Baer avec "Le monde s'écroule". Des groupes tels que Java ("Samba do Jerusalem"), les Zoufri Maracas introduisent aussi parfois des éléments brésiliens à leurs compositions.
Parfois, les emprunts musicaux brésiliens tiennent davantage du pillage que de l'hommage. C'est le cas du groupe Polo Pan qui sample abondamment des titres brésiliens, vaguement remixés au goût du jour, dans une démarche relevant surtout de l'appropriation culturelle. (exemple avec Nana, décalque très faiblarde du merveilleux Cordeiro de Nanã d'Os Tincoas).
Au contraire, les Fabulous Trobadors, un groupe toulousain, tissent des liens féconds entre leurs racines occitanes et un genre musical emblématique du Nordeste : l'embolada. Les migrants de cette région pauvre venus s'installer à São Paulo ou Rio avaient pour habitude d'improviser des rimes en musique. Ces poètes de la rue s'accompagnaient souvent d'un pandeiro, le tambourin brésilien. Ils interpellaient les passants sur un thème à partir d'une métrique donnée. Ces improvisations donnèrent lieu à des duels de rimes, de véritables joutes verbales opposant un "chanteur" à ses partenaires de circonstance. Les Fabulous s'inspire de cette tradition, qui n'est pas sans rappeler les battles des artistes hip hop. Grâce au pandeiro, ils se renvoient la balle comme sur Il nous ment. Les Bombes 2 Bal, un autre groupe de Toulouse, transportent le forro nordestin sur les rives de la Garonne. "On adore le forro", "Tu m'embêtes"
C° : Ce parcours témoigne, incontestablement, d'une passion des musiciens français et de leurs auditeurs pour les rythmes et cultures brésiliens, même passés au crible d'un tamis de forme hexagonale.
Notes :
1. Le choro naît de la fusion de styles musicaux européens (polka, valse, mazurka) avec des rythmes africains comme le lundu. Cela donne une musique riche en syncopes et contrepoints.
2. Fruit du métissage culturel combinant les rythmes africains apportés par les esclaves noirs et les influences musicales portugaises, la samba naît dans les communautés afro-brésiliennes de Bahia, où elles faisaient partie des rites du Candomblé. Elle se diffuse ensuite au reste du Brésil. Dans les quartiers populaires de Rio de Janeiro, des innovations rythmiques et mélodiques apparaissent. Elles s'imposent dans les années 1930 comme un symbole national avec notamment l'institutionnalisation du Carnaval carioca.
3. Une légende urbaine voudrait qu'Henri
Salvador, né en Guyane d'une mère amérindienne, soit un des pères inspirateurs de la bossa nova, pour avoir composé Dans mon île. Problème, il s'agit d'un bolero. Salvador a certes interprété ou écrit des titres de bossas, mais bien après les créateurs du genre. "Tu sais je vais t'aimer" est une reprise d'"Eu sei que vou te amar"
d'Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes. En 2000, l'album "Jardin
d'hiver" compte plusieurs titres sous inspiration brésilienne, en
particulier la chanson éponyme.
Sources:
A.Anaïs Fléchet, « Si tu vas à Rio... ». La musique populaire brésilienne en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin/Recherches, 2013.
B.Panagiota Anagnostou, « Anaïs Fléchet, « Si tu vas à Rio… » La musique populaire brésilienne en France au xxe siècle », Volume !
De très fortes relations musicales lient la France au Brésil. La découverte de ces rythmes suscite dans l'hexagone un très fort engouement dès le début du XX° siècle.
A la toute fin du XIX° siècle, au Brésil, le Matchiche fait fureur. Ce savant mélange de polka et de syncopes typiquement cariocas, parfois désigné comme le "tango brésilien", est la danse lascive des bas-fonds de Rio de Janeiro. Le genre devient la première forme d'importation musicale brésilienne en France. La venue du danseur mondain Duque introduit le matchiche, ainsi que la samba, dans les dancings parisiens. Le public français est aussitôt fasciné par ces rythmes perçus comme sauvages et ancestraux.Ainsi, dès 1905, Félix Mayol interprète et francise La Matchiche à laquelle il donne une intonation hispanisante. L'adoption du genre par
les Parisiens initie une longue série de transferts culturels.
Le succès rencontré incite de prestigieux musiciens brésiliens à se rendre en France, à l'instar de Donga et Pixinguinha, le grand maître du choro, un genre musical instrumental carioca apparu à la fin du XIX° siècle. (1) Pendant six mois de l'année 1922, les deux artistes se produisent dans l'hexagone avec le groupe Os Batutas. C'est un triomphe, au grand dam d'une partie de la presse brésilienne qui déplore que le pays soit représenté par des noirs des bas-fonds de Rio.
Si la musique populaire séduit, la musique savante n'est pas en reste avec l'attrait pour le primitivisme et l'exotisme du folklore latino-américain (qui donnera naissance à ce qu'on a appelé l'art nègre). En marge de son travail de secrétaire de l'ambassade de France, Darius Milhaud découvre les rythmes du carnaval qui lui inspirent "le Boeuf sur le toit" (du nom d'une samba). Le ballet, co-écrit avec Cocteau en 1920, fusionne musique savante et mouvement puisé dans les airs traditionnels.Heitor Villa-Lobos, qui cherche lui aussi à faire une synthèse musicale du Brésil en intégrant des éléments du folklore, associe musiques savante et populaire. Le jeune autodidacte a appris la musique dans la rue, avant de bénéficier d'une formation académique. Ses deux longs séjours parisiens (entre 1923 et 1924, puis de 1927 à 1930) font de lui un passeur culturel, cherchant à faire connaître et à diffuser les rythmes de son pays. Beaucoup joué, il acquiert une grande notoriété en France.
De nouveaux genres
musicaux apparaissent tels la samba (2) et le choro, tandis que s’institutionnalise
progressivement le carnaval carioca. En traversant l'Atlantique, les rythmes brésiliens subissent des transformations, même si la syncope caractéristique est conservée. L'orchestre de Ray Ventura et ses collégiens, si populaire pour ses chansons à sketchs au cours des années 1930, participe à leur diffusion dans l'hexagone. En novembre 1941, Ray Ventura, qui est juif, parvient à fuir in extremis en Amérique latine avec une partie de ses musiciens, dont le jeune Henri Salvador. Pendant trois ans, l'orchestre joue dans les casinos, les théâtres. De retour en France, ils interprètent "Tico tico no fuba", un classique du chorino de 1917 (enregistré pour la première fois en 1931 par l'Orquestra Colbaz).
* Samba.
Au lendemain de la SGM et jusqu'à la fin des années 1950, la société française se passionne pour les danses latines, souvent introduites par le biais de l'industrie cinématographique nord-américaine. L'immense popularité de Carmen Miranda à Hollywood contribue ainsi à faire connaître dans l'hexagone une samba très américanisée et calibrée. Les échanges sont rendus possibles par la massification de la production et de la consommation musicale. Côté français, l'apparition du microsillon, l'essor de la radio, la vitalité des salles parisiennes et le succès des comédies musicales au cinéma contribuent à la diffusion des rythmes exotiques. Au Brésil, sous l'impulsion de Getulio Vargas, les pouvoirs publics institutionnalisent la musique populaire. Ainsi, la samba, musique des bas-fonds afro-brésiliens de Rio, trouve enfin droit de citer. Le genre connaît une vogue sans précédent en France avec la reprise de standards de la chanson brésilienne traduites en français ou avec la création de morceaux composés à la brésilienne. Le succès est au rendez-vous. Ainsi, l'adaptation de sambas devient un produit de consommation de masse dans la France des années 1950.
Le nombre d'interprètes français de titres empruntés ou inspirés des rythmes brésiliens croît considérablement, preuve de l'attrait culturel du pays latino-américain.Les paroliers français de ces morceaux contribuent à véhiculer une image du Brésil très éloignée des réalités du pays. Faute de parler portugais, les versions françaises s'apparentent davantage à des recréations qu'à des traductions. Seuls quelques mots sont conservés, histoire de faire couleur locale. Sa musique inspire des rengaines tropicales comme Maria de Bahia ou Si tu vas à Rio (1958). Cet engouement forge chez nous de
nouveaux stéréotypes sur la culture populaire brésilienne, souvent associée à un exotisme en toc, des corps érotisés, les plaisirs de la fête, la sensualité de
la femme métisse et du latin lover, la fièvre du carnaval, etc...
Ce sont d'abord les orchestres de music-hall - de Raymond Legrand ou Ray Ventura - qui s'emparent de la samba, traduite ou adaptée à la française, avec des intentions comiques. Fernandel enregistre ainsi "Il jouait des maracas". "Si tu vas à Rio" en 1958 est la reprise d'un tube de samba (Madureira chorou) que découvrent les Compagnons de la chanson lors de leur tournée au Brésil. La version française joue à fond la carte d'un exotisme de pacotille (Copacabana, Rio de Janeiro, Corcovado). Le morceau est ensuite repris par le chanteur d'opérette Dario Moreno.
Les chanteurs de charme à succès, comme Tino Rossi ou Jean Sablon offrent une vision romantique de la samba, tandis que Gloria Lasso (Natal) joue la carte du charme exotique. La diffusion massive du genre n'a pas pour conséquence une meilleure connaissance de ces rythmes dans l'hexagone, puisque le choix de tempos est beaucoup plus rapide qu'en version originale. Ainsi les sambas à la françaises d'alors ne ressemblent pas vraiment à des sambas.
* Vague bossa.
Le répertoire brésilien diffusé en France se diversifie progressivement avec, dans un premier temps, le succès de la bossa nova. En 1959, Orfeu Negro, un film de Marcel Camus, remporte la palme d'or au festival de Cannes.
L'œuvre est une adaptation d'une pièce de théâtre de Vinicius de
Moraes, elle-même inspirée du mythe d'Orphée et Eurydice transposé dans
la vie quotidienne des Afro-brésiliens des quartiers pauvres de Rio. Une grande
mélancolie émane du film, autour de l'histoire d'un conducteur de tram
carioca. ("la tristesse n'a pas de fin / mais le bonheur en a une"). L'accueil enthousiaste en salle popularise la bossa nova hors des frontières brésiliennes, par le biais également des jazzmen américains. En France, elle suscite une immense passion musicale chez des musiciens tels que Pierre Barouh, Georges Moustaki, Sacha Distel, tandis que les orchestres latino-américains de Paris s'emparent du rythme.
Première modalité: l'interprétation de morceaux brésiliens. Au cours des années 1960, les tubes brésiliens, tous genres confondus, font l'objet de reprises quasi immédiates par les chanteurs français. Il s'agit tantôt d'hommages sincères tantôt de pillage musical pur et simple. La
version française des bossas – enregistrée en français et jouée par des
musiciens français – devient une pratique courante à laquelle s’essayent
des artistes d'horizons très divers. Avec Pas tant d'chichi ponpon, Jean Constantin adapte la Samba da minha terra de João Gilberto. En 1965, Brigitte Bardot reprend le Maria ninguém, de Carlos Lyra (964). En 1971, Pierre Barouh, dont nous reparlerons plus tard, transforme l'Agua de beber de Jobim et Moraes en Ce n’est que de l’eau.
Tout comme les bossas, les adaptations de samba sont légion. En 1969, Marcel Zanini, truculent musicien de jazz, se fait connaître du grand public avec Tu veux ou tu veux pas, une samba revisitée de Carlos Imperial interprétée en 1967 parWilson Simonal, grande vedette d'alors, dont l'étoile pâlira en raison de sa proximité la décennie suivante avec la junte au pouvoir. Les paroles de la version française sont une ode au consentement, et sont donc plutôt en avance sur leur temps, à une époque où beaucoup de maris réclament de leurs épouses qu'elles remplissent un pseudo devoir conjugal. La chanson remporte un grand succès, qui convainc BB de reprendre à son tour, note pour note, Nem vem que nao tem. En 1979, Zanini récidive avec le Mas que nada de Jorge Ben, rebaptisé en A quoi tu joues? En 1972, laBamboula de Carlos, reprend une samba de Zuzuca intitulée Festa para um Rei Negro(1971 ).
Chico Buarque est un des artistes de la MPB les plus repris par les chanteurs hexagonaux, généralement pour le pire. Chantée par France Gall dans la langue de Goethe, A banda perd beaucoup de son charme mélodique, et ce n'est guère mieux, dans la version cabaret proposée par Dalida. Pierre Vassiliu récupère Partido alto pour en faire Qui c'est celui là? Le titre original a un contenu social puisqu'il évoque un jeune va nu pied d'une favela de Rio, espiègle et débrouillard, une dimension totalement évacuée par son adaptation française, qui dépeint un blaireau. La palme de l'outrage revient à Sheila qui interprète en 1967Oh mon dieu qu'elle est mignonne, reprise sacrilège du Funeral de um lavrador, qui narrait dans sa version originale les funérailles d'un misérable ouvrier agricole. Sur la pochette du disque de Sheila, Buarque est bien crédité, mais comme l'auteur de Funérailles d'un labrador!!! La version de Frida Boccara, intitulée "Funérailles d'un laboureur brésilien", reste beaucoup plus fidèle à l'original. Noite dos mascarados devient La nuit des masques chez Pierre Barouh, en duo avec Elis Regina. On pourrait poursuivre la liste encore longtemps avec par exemple Nicole Croisille : Tout ce qui deviendra / O Que Seráou Georges Moustaki : Portugal / Fado tropical.
Certaines de ces reprises françaises de musique populaire brésilienne deviennent des tubes. Ainsi Michel Fugain et son Big Bazar obtiennent un immense succès avec Fais comme l'oiseau, reprise du Voce abusou d'Antonio Carlos et Jocafi. Les paroles de la reprise n'ont rien à voir avec celles de l'original. En 1973, Nicoletta interprète "Fio maravilla", une reprise de Jorge Ben qui célébrait l'année précédente le but d'anthologie marqué par Fio Maravilha, un joueur de futebol du Flamengo de Rio de Janeiro : Fio la merveille. Rendu célèbre par la composition, le sportif réclamera des droits d'auteurs à Jorge Ben. Chez Nicoletta, Fio est un gamin des favelas.
Nana Mouskouri fait subir un traitement de choc à Canta canta minha gente, merveilleuse samba de Martino da Vila, rebaptisée pour l'occasionQuand tu chantes ça va. Dans les deux cas, le succès est au rendez-vous.
* Thématiques et stéréotypes.
La
liste de morceaux mentionnés ici est loin d'être exhaustive, mais
permet néanmoins de tirer quelques enseignements. Lorsque les chansons
françaises évoquent le Brésil, il s'agit dans la grande majorité des cas
des zones littorales ou de Rio de Janeiro. São Paulo et l'intérieur des
terres ne le sont que rarement. Quelques exceptions existent
néanmoins. A la fin des années 1950, Charles Aznavour découvre le Brésil, il en revient avec "Rendez-vous à Brasilia", composée en 1960, alors que l'on inaugure la nouvelle capitale. ["La baraka" (1974)] Lavilliers dresse le portrait du Sertão(1980), une zone géographique du Nord-est brésilien au climat semi-aride.
Des
mots clinquants, considérés comme exotiques de ce côté de l'Atlantique
reviennent très souvent dans les morceaux: Corcovado, Copacabana,
samba. Les favelas et leurs bidonvilles sont fréquemment mobilisés pour faire pittoresque ("Fio maravilla", "Bidonville").
Le
thème de la danse, de la fête, du carnaval est omniprésent, un peu
comme si les Brésiliens étaient tous atteints de la danse de Saint-Guy
et arboraient des déguisements à longueur de temps ("Mon truc en plumes", "Tata yoyo"). Les paroles dépeignent un pays continuellement en transe dans lequel les habitants
s'amusent et exultent en permanence, toujours joyeux. Même en cas de sinistre, la bonne humeur est de mise ("L'incendie à Rio"). Le terme samba est répété ad nauseam (Samba fantastique, L'enfant samba). Le Brésil sert aussi de cadre propice aux relations amoureuses (Quelle histoire) ou sexuelles (Mon truc en plumes) ou à l'évocation de la saudade (Rua madeira, Samba Saravah)
Dans sa chanson Qu'est-ce que tu connais à la samba?, Nicolas Peyrac insiste sur la perpétuation des stéréotypes et clichés véhiculés par les musiciens français, ces "images d'Epinal pour voyageurs / cartes postales parsemées de couleurs / Brésil en fleurs".
Dans un prochain billet, nous nous intéresserons aux grands passeurs de la musique brésilienne en France. Pour ceux que le sujet intéresse, nous ne saurions trop vous recommander la lecture d'un livre d'Anaïs Fléchet, intitulé "« Si tu vas à Rio... ». La musique populaire brésilienne en France au XXe siècle", sorti en 2013 chez Armand Colin.
Notes :
1. Le choro naît de la fusion de styles musicaux européens (polka, valse, mazurka) avec des rythmes africains comme le lundu. Cela donne une musique riche en syncopes et contrepoints.
2. Fruit du métissage culturel combinant les rythmes africains apportés par les esclaves noirs et les influences musicales portugaises, la samba naît dans les communautés afro-brésiliennes de Bahia, où elles faisaient partie des rites du Candomblé. Elle se diffuse ensuite au reste du Brésil. Dans les quartiers populaires de Rio de Janeiro, des innovations rythmiques et mélodiques apparaissent. Elles s'imposent dans les années 1930 comme un symbole national avec notamment l'institutionnalisation du Carnaval carioca.
3. Une légende urbaine voudrait qu'Henri
Salvador, né en Guyane d'une mère amérindienne, soit un des pères inspirateurs de la bossa nova, pour avoir composé Dans mon île. Problème, il s'agit d'un bolero. Salvador a certes interprété ou écrit des titres de bossas, mais bien après les créateurs du genre. "Tu sais je vais t'aimer" est une reprise d'"Eu sei que vou te amar"
d'Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes. En 2000, l'album Jardin
d'hiver compte plusieurs titres sous inspiration brésilienne, en
particulier la chanson éponyme.
Sources:
A.Anaïs Fléchet, « Si tu vas à Rio... ». La musique populaire brésilienne en France au XXe siècle, Paris, Armand Colin/Recherches, 2013.
B.Panagiota Anagnostou, « Anaïs Fléchet, « Si tu vas à Rio… » La musique populaire brésilienne en France au xxe siècle », Volume !
Après nous être intéressés à Marcus Garvey, focalisons nous sur le message des rastas, dont les groupes et chanteurs reggae furent les hérauts les plus écoutés. Loin de l'imagerie cool, détendue, souvent associée au genre, le reggae annonce surtout l'apocalypse et le Jugement dernier.
*****************
Outre la pensée de Garvey, le rastafarisme puise à plusieurs sources, en particulier le mouvement de renaissance religieuse (Great revival) que connaît la Jamaïque à la fin du XIXe siècle. Il repose aussi sur l'exaltation d'épisodes historiques fameux comme la bataille d'Adoua, qui voit en 1896 la victoire des soldats de l'empereur éthiopien Ménélik II sur les troupes coloniales italiennes. L'événement suscite aussitôt un grand espoir en Jamaïque et confère à la monarchie éthiopienne un immense prestige auprès des populations noires du monde entier. En 1927, Garvey annonce le couronnement à venir d'un roi noir. Trois ans plus tard, l'accession au trône impérial du chef d'une tribu éthiopienne sous le titre de Ras Tafari Makonnen constitue pour les adeptes de la nouvelle croyance la réalisation de la prophétie. Avec l'avènement du reggae, à la fin des années 1960, les musiciens truffent leurs enregistrements de référence au Ras Tafari, dont ils égrènent la titulature alambiquée dans leurs morceaux. Wayne Wade chante ainsi "King of Kings" (1975). "Jah est le Roi des Rois, Seigneur des Seigneurs, Le Lion conquérant de Judah / Il est la lumière du monde / Le créateur / Le lion conquérant de Judah"
Tafari prend bientôt le nom de Haile Selassie, ce qui signifie "Pouvoir de la Sainte Trinité". Il se présente comme le descendant d'une dynastie née de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba. Très vite, les prédicateurs pentecôtistes de Kingston adressent leurs prières au nouvel empereur en tant que Dieu vivant et personnification de la Rédemption africaine. L'empereur n'a rien demandé, mais ses adorateurs prennent alors le nom de Rastafaris (association du titre de noblesse amharique ras et du prénom Tafari qui signifie "tu es craint"). Pour les rastamen le sacre déclenchera le jugement dernier et le retour sur terre du Christ, noir.
Un des principaux leaders jamaïcains du mouvement rasta, Leonard Howell, s'installe avec ses disciples en 1940 au Pinnacle, une grande propriété à une trentaine de km de Kingston. La communauté, qui cherche à se démarquer du reste du corp social, adopte un certain nombre de signes distinctifs. Ainsi, Ils portent leurs cheveux longs (en vertu d'un passage de l'Ancien testament selon lequel "aucune lame ne doit toucher la tête du juste"). Dès lors, ils arborent des nattes souples inspirées de la coiffure des guerriers masaï, les fameuses dreadlocks, qu'il ne faut surtout pas couper pour le chanteur Linval Thompson ("Don't cut off your dreadlocks")
Eddie Mallin, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Du point de vue alimentaire, les adeptes préfèrent la nourriture dite naturelle (I-tal) aux produits transformés. Beaucoup de rastas sont, par ailleurs, végétariens et rejettent la consommation d'alcool. En outre, ils justifient l'usage rituel de la ganja par un recours aux Ecritures ("il s'élevait de la fumée de ses narines.", Psaumes 18,9), fumer facilitant pour les rastas la communion avec Dieu. On ne compte plus les titres reggae célébrant la consommation de ganja, sinsemilia, collie weed ou marijuana. Citons entre autres "Collie weed" de Barrington Levy, "I love marijuana" de Linval Thompson, "Joker smoker" de Triston Palmer.
Jusqu'à la fin des années 1950, les rastas restent très peu nombreux, confinés dans de petites communautés isolées. Or, en 1954, la police organise un raid sur le Pinnacle, conduisant ses habitants à se réfugier dans les ghettos de la capitale. Cette installation coïncide avec une dégradation de la situation économique et sociale, alimentant la violence. Avec la promulgation de lois restreignant l'immigration aux Etats-Unis en 1954, puis au Royaume-Uni en 1962, la soupape de sécurité que représentait pour la Jamaïque l'émigration se bloque. Les tensions sociales atteignent un point de non retour au sein des ghettos de Kingston, dont la population explose à la faveur d'un exode rural massif. Les sordides conditions d'existence alimentent un fort sentiment de dépréciation de soi. On comprend dans ces conditions que le message rasta d'exaltation de la fierté noire et de dénonciation de l'aliénation culturelle à l'œuvre ait trouvé un écho chez de nombreux habitants du ghetto.
Dans "Chant down babylon", Yabby You se réfère à l'Apocalypse. "Babylone est la mère des prostituées et des abominations sur Terre / Elle doit monter de l'abîme et aller à la perdition / Chante la chute de Babylone". En 1977, le groupe Culture enregistre "Two sevens clash", dont les paroles envisagent la survenue de l'apocalypse pour le 7 juillet 1977, le jour où les 7 se rencontrent. "Que restera-t-il après que les 7 ce soient heurtés?"
Comme chez Garvey, le message rasta exalte la fierté d'un militantisme noir résolument tourné vers l'Afrique, identifiée à la terre des ancêtres. De très nombreux morceaux de reggae évoquent ainsi le continent, Zion, la "Terre promise du peuple noir". Dennis Brown (Repatriation, "Africa (we want to go)") Al and The Vibrators (Going back home), Hugh Mundell ("Africa must be free"). La visite d'Haile Selassié en Jamaïque en 1966 suscite un immense espoir. Plus que jamais, aux yeux des rastas, l'empereur d'Ethiopie est Jah, une contraction de Jehovah, le Dieu vivant.
"Jah live" pour Bob Marley. "Dieu vit! Les enfants, ouais / Que Dieu se lève / Maintenant que les ennemis sont dispersés"
Les paroles des titres de reggae roots reflètent les aspirations des rastas, en particulier la dénonciation d'un héritage culturel encore profondément imprégné d'esclavagisme et de colonialisme, mais aussi la destruction de tous les vestiges de la suprématie blanche. Le rastafarisme puise dans la Bible (notamment l'Ancien Testament) ses références et sa spiritualité, mais une Bible interprétée selon un point de vue afrocentriste, "à travers les lunettes de l'Ethiopie" comme le déclarait Garvey. De fait, dans la traduction en anglais de la King James Bible, les nombreuses références à l'Ethiopie désignent les populations noires. Dès le XVIIIe siècle, les pasteurs des Eglises méthodistes et baptistes exploitent tout particulièrement certains passages. L'esclavage des Hébreux en Egypte et leur libération par l'entremise de Moïse entrent ainsi en résonance avec le sort subi par les esclaves, puis les d'affranchis christianisés, populations noires, pauvres et marginalisées, arrachées à l'Afrique et déportées aux Amériques. A leur tour, les rastas s'identifient aux Hébreux du livre de l'Exode, avec une Terre promise, synonyme de rédemption, située en Afrique, généralement nommée Ethiopie. Ils exaltent le mythe d'un âge d'or, celui de l'Ethiopie / Afrique avant l'invasion européenne, proposant donc une réinterprétation des Ecritures saintes, sous la forme d'un christianisme adapté, avec un rôle central joué par des messies noirs. Ainsi, les paroles des morceaux de reggae abondent de références à l'histoire des Hébreux et au récit biblique. C'est le cas du "Ethiopians Kings" par Rod Taylor. "Le roi David était un homme noir / le roi Salomon était un homme noir / Le roi Moïse était un homme noir / d'Afrique, oh oui! / Ils combattaient pour des droits égaux et la justice pour le peuple / montant la lumière aux gens / Mais, partout, ils crucifient / Ils les tuent, ouais! / De nombreux prophètes s'élèvent en Afrique"
Les rastas fustigent le système corrompu et oppressif occidental, identifié à Babylone, la ville de l'exil forcé des Hébreux après la destruction du premier Temple par le roi Nabuchodonosor. Ils assimilent leur sort aux tribus perdues d'Israël. Desmond Dekker enregistre "Israelites", Horace Andy "Children of Israel". Ainsi, les références bibliques, à l'Egypte et la Palestine antique abondent dans les paroles des titres de reggae. Sugar Minott chante ainsi "River Jordan". "Rivière Jourdain, roule rivière Jourdain / Elle nous appelle à la maison / Nous devons retourner à la maison, retourner en Afrique / le Mont Sion, là où nous voulons aller / Si longtemps nous sommes restés en esclavage / Et bien, maintenant, ils ne nous restent plus qu'à être libres / Oui, nous voulons être libres." Max Romeo décrit le jugement dernier en train de se produire dans la "Valley of Josaphat". Bob Marley implore "Exode ! Envoie nous un autre frère Moïse! Depuis l'autre bout de la mer rouge".
A l'instar des Hébreux, les rastas se considèrent comme en exil, en diaspora. Ils cherchent à se libérer de l'oppression et aspirent à gagner, comme les enfants d'Israël, la Terre promise. Les Melodians reprennent ainsi des psaumes tirés de la Bible dans leur fameux "Rivers of Babylon". "Sur les bords des fleuves de Babylone, / nous étions assis et nous pleurions / En nous souvenant de Sion". Dans "Zion gate", Horace Andy chante "Je ne veux pas être dehors, quand la porte de Sion se fermera / Oui, je veux juste être à l'intérieur; / Quand la porte de Sion se fermera / Parce que le monde est dans le péché, des millions sont perdus / Certains recherchent le pouvoir mondial, / d'autres, par vanité, ne se souviennent pas de Jah / Sodome, iniquité, prostitution / Trop de méfaits aux yeux de Jah". Les Abyssinians enregistrent en 1969 "Satta Amassa Ganah" et lancent "Il y a une terre très très lointaine / Où il ne fait jamais nuit / Il fait seulement jour / Regarde dans la Bible / Et tu verras qu'il y a une terre très très lointaine (...) / Le Roi des Rois et le Seigneur des Seigneurs / S'assied sur son trône et il règne sur nous / Regarde dans la Bible / Et tu verras qu'il y a une terre".
Avec le retour de Jah, le trône de Babylone - c'est-à-dire dans le contexte de la Jamaïque post-coloniale, le pouvoir représenté par le gouvernement, la police, l'Eglise, le monde blanc en général - s'écroulera dans le feu et le sang comme le chantent, parmi beaucoup d'autres, Willie Williams et son "Armagedeon time", Johnny Clarke avec "None shall escape the judgmenent" ou Wayne Jarrett avec le menaçant "Brimstone and fire". "Jah a envoyé Moïse en Egypte pour demander au Pharaon de libérer son peuple / Celui-ci a désobéi et a eu à en payer le prix / Alors s'abattirent le soufre et le feu / Il n'avait pas foi en Dieu, oh non / Il n'avait pas confiance en Jah / Alors quand l'eau se transforma en sang / Un terrible flux déferla"
De tels propos ne pouvaient qu'avoir une très forte résonance dans un territoire comme la Jamaïque, dans lequel la population était imprégnée de millénarisme et de mysticisme.
Le reggae a ainsi contribué à la propagation du mouvement rastafarien, lui permettant de pénétrer dans les circuits de diffusion de masse, en sortant du ghetto. De nombreux morceaux reprennent ainsi les grandes thématiques rasta, qu'il s'agisse de louanges à Jah, d'appel au rapatriement vers la Terre promise, d'une exaltation de la black pride, de la dénonciation de Babylone et des maux sociaux liés à l'exploitation économique, enfin la condamnation du racisme, en particulier du système d'apartheid sud-africain.
Sources:
A. Caroline Rolland Diamond: "Black America. Une histoire des luttes pour l'égalité et la justice (XIX°-XXI° siècle)", La Découverte, 2016.
B. Eric Doumerc: "Le reggae dans le texte. (1967-1988)", Camion Blanc, 2014.
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.