mercredi 14 octobre 2026

Zyed et Bouna : le rap se souvient.

Le 27 octobre 2005, deux jeunes ados, Zyed Benna (17 ans) et Bouna Traoré ( 15 ans) meurent à Clichy-sous-Bois, après s'être réfugiés dans un transformateur EDF pour échapper à un contrôle de police. Dans les quartiers populaires, ce drame a suscité une explosion de colère et une immense émotion, dont témoignent les dizaines de morceaux de rap, consacrés aux disparus.

Pour bien comprendre l'ampleur de l'exaspération ressentie par les habitants des banlieues populaires, il faut remonter le temps. Au cours des années 1950, la France doit faire face à une grave pénurie de logement, qui s'explique à la fois par la faiblesse de la construction d'avant-guerre, par l'ampleur des destructions et des dégâts au cours du conflit, mais aussi par l'exode rural, associé à un accroissement démographique soutenu (baby boom). Ces facteurs combinés créent une crise du logement. Mis au pied du mur, l'Etat interventionniste incite alors à la production massive de logement social sous la forme de barres et de tours. Cette ère des grands ensembles correspond à la période allant de 1953 à la fin des années 1970. Dans un premier temps, les nouvelles constructions améliorent incontestablement les conditions de vie. Plus propres et plus vastes, les nouveaux appartements remplacent avantageusement les logements populaires vétustes des centres-villes, rendant accessibles à leurs habitants le confort moderne avec des sanitaires et un chauffage central. Rapidement toutefois, les défauts de conception apparaissent. Par delà leur grande diversité beaucoup de ces quartiers pâtissent de difficultés sérieuses : des bâtiments vite délabrés, un isolement lié à la rareté des moyens de transports collectifs, l'absence d'équipements urbains... Très vite, les locataires qui le peuvent quittent ces lieux. Les quartiers de grands ensembles connaissent alors un phénomène de white flight. Les "blancs" quittent ces quartiers. Compte tenu de la vacance locative, les offices HLM, qui refusaient jusque-là l’accès à ces logements aux populations noires et arabes, décident de cantonner ces dernières dans certaines barres, souvent les plus dégradées. Ces quartiers, identifiés au départ comme des lieux de promotion ouvrière, deviennent des zones concentrant les plus pauvres, souvent d'origines immigrées.

Le titre « Enfants de la patrie » (2006) de Rost présente cet habitat comme un lieu de relégation. « Rebeus et renois, c'est ici qu'on nous a parqués / Dans des ghettos qu'ils ont appelés cités et quartiers / Des grands ensembles qui ressemblent à rien / Où ils s'sont dit "on va mettre les Arabes et puis les Africains" / Un terrain d'foot et une MJC / Un mode de vie tout pourri qui donne envie d'braquer l'épicier / À l'Élysée, tout ça ils s'en foutent / Y a pas d'avenir pour nous, on pouvait pas tous percer dans l'foot / Paraît qu'on traîne en bande sur les places et bancs publics / Et qu'on n'est pas vraiment des enfants d'la République / Paraît qu'on gêne et qu'ils se foutent de notre avis / Vu qu'on n'est pas vraiment des enfants de la patrie »

Ces quartiers concentrent rapidement les difficultés sociales, particulièrement lorsque la conjoncture économique s'obscurcit, comme au lendemain des chocs pétroliers. Le chômage y atteint des sommets, la pauvreté s'accroît, renforçant le sentiment d'exclusion et de marginalisation de populations par ailleurs victimes du racisme. Au sein des quartiers, les interactions entre les habitants et la police sont souvent très dégradées, notamment aux lendemains d'homicides provoqués par des interventions policières. Le 6 octobre 1990, Thomas Claudio, dont la moto est percutée par la police au Mas du Taureau à Vaulx en Velin, meurt. En juin 1991, deux jeunes et une policière décèdent à Mantes la Jolie. Furieux, les jeunes habitants brûlent des voitures et des bâtiments, pillent des magasins, affrontent la police. Le pouvoir de l'époque crée alors le ministère de la Ville chargé de mettre en place une politique urbaine anti-ghetto et, dans le même temps, fonde la Brigade Anti Criminalité (BAC). Tout au long de la décennie 1990, la fracture sociale se creuse. Plusieurs autres jeunes meurent après des confrontations avec la police : Nouredine Benomari à la cité des Fontenelles de Nanterre en 1995, Habib Ould Mohamed au Mirail à Toulouse en 1998, Ali Rezgui un jeune de la Grande Borne à Grigny en 2000. "6 avril 93" de Georgio revient sur la mort de Makomé M'Bowolé, tué à bout portant par un inspecteur de police dans le commissariat des Grandes Carrières, dans le 18ème arrondissement parisien, le 6 avril 1993. 

Des révoltes sociales éclatent dans les quartiers populaires, contestant l'ordre policier, ainsi que le traitement infériorisant des politiques publiques à l'égard des habitants, systématiquement dénigrés. Les populations témoignent pourtant avant tout d'un désir d'égalité républicaine. Dans les grands médias, ces lieux font l'objet d'une intense stigmatisation. Décrits comme des "quartiers sensibles" ou "à problèmes", ils deviennent les "territoires perdus de la République", des "zones de non-droit", bref une "anti-France" passée sous la coupe des islamistes. Raccourcis et amalgames attribuent les révoltes urbaines à l'immigration, la polygamie, la culture urbaine, le rap... "La jeunesse de banlieue" est l'objet d'un discours médiatico-politique dépréciatif à l'attention des personnes qui n'habitent pas dans les quartiers populaires. En 2005, Kery James enregistre « Les miens ». Il y fustige ce traitement médiatique humiliant. « Tandis que les médias nous salissent, que certains nous trahissent / Complotent, rêvent en secret que la France nous bannisse / Dans leur bouche, avant, on était tous des voleurs / Maintenant, dans leurs reportages, on est tous des violeurs / On violerait nos sœurs à plusieurs / On y verrait une justice, une fierté, un honneur / Tu sais ce qu’ils se disent, normal pour des extrémistes en puissance / La haine succède à la peur et eux veulent faire flipper la France »

De fait, au cours de la décennie 1990, la culture populaire s'intéresse au sort réservé aux banlieues. Les acteurs du rap français s'imposent comme les porte-voix du malaise grandissant. "Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu?" s'interroge NTM en 1996. Le groupe enregistre également "police", une critique ouverte des abus policiers et du traitement injuste réservé aux jeunes des banlieues par les forces de l'ordre. Les films "La Haine" réalisé par Mathieu  Kassovitz en 1995 et "Ma 6-T va crack-er" par Jean-François Richet en 1997 témoignent du quotidien "des jeunes de cités" et des violences subies à la suite d'interventions policières.

Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national se qualifie au second tour de la présidentielle. L'un de ses thèmes de campagne principaux a été celui de l'insécurité, aussitôt liée à l'immigration. Jacques Chirac, finalement élu, nomme Nicolas Sarkozy ministre de l'intérieur. Juché sur ses talonnettes, arrogant, l'homme prône la tolérance zéro. Il use et abuse d'une rhétorique dépréciative lorsqu'il désigne les jeunes des quartiers populaires. Succès garanti dans l'électorat.

Dans sa "Lettre à la République", Kery James dénonce le mépris dans lequel certains politiciens tiennent les habitants des banlieues. 

En 2003, Sarkozy enterre la police de proximité, qui tentait depuis quelques années à la fois de mieux connaître les habitants des quartiers populaires, mais aussi d'instaurer un dialogue avec les associations locales. Il lance lors d'un déplacement dans un commissariat : "Le travail de prévention que vous faites est très utile, mais vous n'êtes pas des travailleurs sociaux. (...) La mission première de la police? L'investigation, l'interpellation, la lutte contre la délinquance." L'heure est venue de la police dite de projection, privilégiant une logique d'affrontement et de déploiement en force. Désormais, il faut faire du chiffre. En se privant d'une bonne connaissance du terrain, les raids policiers interpellent de manière indifférenciée les jeunes garçons qui se trouvent dans l'espace public. Ainsi, des personnes qui n'ont rien à se reprocher sont confrontées de manière très fréquentes à la police, ce qui amène beaucoup d'entre eux à courir pour éviter un énième contrôle d'identité. Les nouvelles méthodes s'imposent, sans être remise en cause par les successeurs de Sarkozy (comme le prouve l'adoption de loi Cazeneuve en 2017). (1)

Le 29 juin 2005, à la Courneuve, Sarkozy promet de "nettoyer les banlieues au Karcher". Le 25 octobre, lors d'une visite médiatique et nocturne sur la dalle du Val d'Argenteuil, le ministre de l'intérieur, est pris à parti par des habitants. Lors d'un dialogue avec une dame, il lance : "vous en avez assez de cette bande racailles? Et bien, on va vous en débarrasser!" Des mots qui passent mal et lui reviennent en boomerang. Sniper ("Babylone brûle"), Kery James ("Racailles"), Kenny Arkana ("Nettoyage au Kärcher"), parmi beaucoup d'autres, retournent dans leurs morceaux l'insulte au pompier pyromane. 

C'est dans ce contexte explosif qu'intervient, deux jours après la sortie sur les "racailles", un événement qui met le feu aux poudres accumulées au fil des années. Le 27 octobre 2005, au retour d'une partie de foot sur le terrain de la commune voisine de Livry Gargan, un petit groupe d'adolescents de Clichy sous Bois rentrent chez eux avant le coucher du soleil, afin de rompre le jeûne avec leur famille, en ce mois de ramadan. Un employé du funérarium de la ville voit des garçons s'engager sur un chantier pour y récupérer leur balle. Il appelle la police, craignant que ces derniers ne se blessent. Une voiture de la BAC arrive rapidement, toutes sirènes hurlantes. Les gamins s'enfuient en courant. Six sont interpellés, mais trois autres continuent leur course. Beaucoup d'observateurs se sont demandés pourquoi les adolescents s'étaient enfuis à l'approche de la police. Démunis de pièces d'identité, ils redoutaient sans doute d'être conduits au poste, obligeant leurs parents à venir les y chercher. Ainsi, même s'ils n'ont rien à se reprocher, ils courent à la vue des uniformes policiers. Dans "Bouna et Zyed", le rappeur MOH se met tour à tour dans la peau de Bouna, puis Zyed. "Et on est coursé par la BAC, 833 / Pourquoi on court ? / Même moi je ne sais pas ".

A leur trousse, les policiers mobilisent des renforts. Les ados empruntent des chemins de traverse et se retrouvent devant l'enceinte du transformateur EDF. Dans le feu de l'action, en dépit des mises en garde inscrites ("Stop! L'électricité, c'est plus fort que toi."), ils s'introduisent sur le site. Les fonctionnaires cernent les lieux. Les échanges radios enregistrés prouvent qu'ils sont conscients du danger que courent les enfants, puisqu'un des policiers déclare : "s'ils entrent sur le site edf, je ne donne pas cher de leurs peaux." Les adolescents restent introuvables, les agents quittent les lieux. Zyed Benna et  Bouna Traoré meurent électrocutés, alors qu'ils s'étaient cachés dans le transformateur. Muhittim Altun, très gravement blessé, parvient à sortir du site et à donner l'alerte dans son quartier du Chêne pointu. Mais il est trop tard. Dans le quartier, la colère explose. Très vite, un affrontement à distance oppose les jeunes à la police. Les premiers utilisent pierres et cocktails molotov, quand les seconds répondent à coup de flashball et de gaz lacrymogène. La Fouine évoque cette situation dans "Lettre à Zyed et Bouna". "j'arrête pas d'me demander que s'raient devenus ces mômes / On a manifesté, j'ai brandi l'étendard / Mais ils nous ont tiré d'ssus comme sur un filtre ton-car / Un peu partout dans le pays, on s'est soulevés / Et le lendemain à 6 heures, ils venaient nous soulever"

Après une nuit de combats, les dégâts sont très nombreux : voitures brûlées, abribus détruits, un centre postal incendié et une école vandalisée. La colère suscitée par la mort des deux adolescents doit s'épancher, c'est en tout cas ce que suggère "Eloquence" d'Apôtre H. " On n'oubliera pas Cachan / On n'oubliera pas Zyed et Bouna donc brûlons brûlons / La République jusqu'à ce qu'elle pleure car nous pleurons vraiment / Des larmes de sang, des larmes de plomb"

Poste électrique Clichy sous Bois. Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

* Mise en place d'un récit médiatique.

Dans un premier temps, mis à part ce qu'en disent les amis de Zyed et Bouna, on sait peu de chose des circonstances de la mort des deux jeunes. Pourtant, dès le lendemain du drame, Nicolas Sarkozy sert une version très différente de celle des jeunes. D'emblée, il affirme que ces derniers fuyaient la police à la suite d'un vol. En outre, il nie toute course poursuite, ce qui revient à exonérer les policiers de toute responsabilité. Il n'a pas un mot pour les victimes, qu'il blâme et tient pour responsables de leur sort. Ces déclarations, colportant des éléments erronés, jetant l'opprobre sur les adolescents, constituent une nouvelle forme de violences, exacerbant les tensions et la colère. La plupart des médias reprennent la parole ministérielle sans ciller. La colère ne retombe pas et les nuits qui suivent sont marquées par de nombreuses altercations. La colère est bien sûr liée à la mort scandaleuse des deux adolescents, mais s'alimente à un très fort sentiment d'injustice, provoqué par la perpétuation de politiques sécuritaires, des discriminations structurelles subies et d'une impunité policière ancrée. La mort de Zyed et Bouna fait écho à des situations malheureusement très communes. Contrôle après contrôle, humiliation après humiliation, un très fort ressentiment s'est crée à l'encontre des forces de police.

Le 30 octobre 2005, nuit du destin pour les musulmans, alors que 700 personnes se retrouvent pour prier à la mosquée Bilal de Clichy sous Bois, une grenade lacrymogène touche le lieu de culte. Là encore, Sarkozy, responsable du Bureau des cultes en tant que ministre de l'intérieur, louvoie. La colère s'amplifie et se propage au reste de la Seine Saint-Denis, puis de proche en proche, au reste des quartiers populaires du pays. Chaque nuit des dizaines de véhicules partent en fumée, mais aussi parfois des écoles, des bibliothèques, des dépôts de bus... Aux dévastations répondent des interpellations (5 200 sur toute la période) et une surveillance constante, notamment à l'aide d'hélicoptères, qui tournent autour des tours d'habitation. Chaque matin, les habitants des quartiers, désemparés, constatent l'ampleur des dégâts. En réponse à un journaliste, le propriétaire d'un véhicule incendié résume bien l'absurdité de la situation. "Moi, j'ai eu ma voiture éclatée, les quatre pneus brûlés, avec un texte « Nique ta mère Sarkozy ! » Mais ce n'est pas Sarkozy qu'on a niqué, c'est moi."

Les médiateurs sociaux, les éducateurs s'organisent, prennent la parole et tentent d'apaiser les tensions. Ils insistent sur la situation économique et sociale, les dérives de la police. La sphère politique semble désemparée face à des individus en colère. Des divisions apparaissent au sein du gouvernement sur la conduite à tenir face aux événements, entre le ministre de l'intérieur et le premier ministre (Dominique de Villepin), tous deux candidats potentiels de la droite à la présidentielle 2007. Azouz Begag, ministre délégué à l'égalité des chances, appelle à l'apaisement. Le 6 novembre, au plus fort des révoltes, le président Chirac sort enfin du silence. "Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles que, quel que soit leur origine, ils sont tous les fils et les filles de la République", déclare -t-il. Pour autant, le surlendemain, le gouvernement décrète l'état d'urgence, avec l'instauration d'un couvre-feu, dont la dernière application remontait à la guerre d'Algérie. Sarkozy maintient sa ligne, faite de rodomontades et de coups de mentons. Pour lui, ces violences sont le fait de bandes délinquantes structurées et organisées. Le laxisme les aurait laissé prospérer, il faut donc s'attaquer aux racines. A Toulouse, le 9 novembre, il pérore : "Alors c'est assez simple : soit les bandes gagnent, soit la République l'emporte." Le "Double discours" de Médine semble adressé directement au cow-boy de la place Beauvau. 

Les images des véhicules en feu, des monuments calcinés et des altercations violentes tournent en boucle dans les médias hexagonaux et étrangers. Certains parlent déjà d'une guerre civile dans un pays à feu et à sang. Les violences collectives sont dépeintes comme des comportements déviants, motivés par le goût du désordre et le plaisir de casser. Ce discours contribue à occulter les causes structurelles de ces violences : les discriminations et injustices sociales subies. "Ce qui était un mouvement d'émeute, c'est-à-dire une action collective violente déclenchée par un événement insupportable, mais sans projet politique de transformation, se meut en révolte sociale avec des personnes qui s'organisent et portent des revendications claires en terme de justice et d'égalité", note le sociologue Manuel Boucher.

La mort des jeunes Clichois constitue l'étincelle, mais pour qu'il y ait explosion, il faut une situation, un carburant. Or la banlieue est une poudrière, un volcan prêt à entrer en éruption. De fait, comme le rappelle Manuel Boucher, les révoltes éclatent "sur le terreau de la ségrégation et de la ghettoïsation, caractérisé par un processus d'enfermement social et territorial, articulé par des critères sociaux ethniques, la pauvreté, le chômage, le sous-investissement des services publics et un hypercontrôle policier." "Si la mèche des révoltes est souvent une bavure policière, la poudre, ce sont les humiliations et le harcèlement des forces de l'ordre." 

Lentement les tensions s'atténuent, aux alentours de la mi-novembre 2005. Reste qu'à l'issue des trois semaines, le bilan est lourd : plus de 5 000 interpellations au total, 600 personnes toujours emprisonnées. Les compagnies d'assurance chiffrent l'ensemble des dégâts matériels à 250 millions d'euros. Pendant ce temps, Sarkozy renforce sa position, gagnant près de 11 points dans les sondages d'opinion. Un rapport des RG vient pourtant invalider ses affirmations initiales. Il ne s'agissait pas de bandes organisées, mais de mouvements sporadiques diffus, sans réelles revendications ethniques ou géographique, mais bien l'expression d'un sentiment d'exclusion sociale. Quelle surprise! Quelle "Evidence" aurait pu dire Fabe.

Une fois le calme revenu, on assiste à des mobilisations originales, avec un objectif principal : la politisation de l'événement. L'effort porte ainsi sur le choix des mots utilisés pour désigner la séquence. D'aucuns souhaitent remplacer le terme "émeutes" par celui de "révoltes". En effet, parler d'émeute contribue à dépolitiser les accès de colère qui surviennent après la mort d'un jeune sous les balles de la police, en les classant à la rubrique faits divers. Une myriade d'initiatives associatives émerge dans les quartiers populaires avec notamment la floraison d'un tissu associatif dynamique, dont le collectif AClefeu (pour Association collectif liberté, égalité, fraternité, ensemble, unis) constitue l'un des fleurons. Il s'agit aussi de porter un regard différent sur les quartiers populaires, de reprendre la main sur un récit médiatique souvent dépréciatif à l'endroit des banlieues pauvres. C'est ainsi que le Bondy Blog est crée en novembre 2005. Dans ce même état d'esprit, des titres comme "Les Princes de la ville" du 113 ou bien "Jeune de banlieue" de Disiz la Peste, parmi beaucoup d'autres, incitent l'auditeur à redresser la tête et bomber le torse.

Quelles furent les suites judiciaires données à la mort de Zyed et Bouna? En 2007, deux des policiers qui étaient intervenus à Clichy sont mis en examen pour "non assistance à personne en danger". Leur procès, qui se tient en 2015, soit dix ans après les faits, se solde par la relaxe des deux policiers, le juge estimant que les fonctionnaires n'avaient pas une "conscience claire d'un péril grave et imminent". Lors des débats, la parole de Muhittin, seul survivant, a été de peu de poids face à celle des policiers. Sans surprendre, le verdict n'en suscite pas moins l'indignation, notamment chez les rappeurs. Ainsi, Keny Arkana s'insurge dans "La vérité fait mal" "Toujours acquitté par un tribunal (...) Relaxé comme les assaillants de Zyed et Bouna / (l'Etat assassine paix à toutes les victimes)." 

Dans "Outro", Niro rappe "2005, Zyed et Bouna sont morts / On a mis les pieds dehors pour caillasser les porcs / Ils ont été acquittés quand ils ont quitté le banc / Venez pas nous dire ici qu'on a dépassé les bornes. / Dix piges après j'regrette pas d'avoir tout niqué" Pour Despo Rutti, la police, qui devrait protéger, tue.  "J'me ferais tuer pendant la pause-café du chef brigadier / Superman est bien en bleu / Mais Bouna et Zyed, il était censé les protéger : ils les a tués ! / Alors on confie notre sécurité à nos couilles et à Dieu" ["Légitime défense"] Kaaris dénonce l'amnésie dont ont fait preuve les policiers lors du procès. "Aide-moi, tue-moi" "Zyed, Bouna, gravés, demeurent / Dans nos têtes, nos coeurs / Et le commissaire, officier, îlotier meurent... d'Alzheimer". "Dans l'air du temps" de Doums pointe la responsabilité de la police. "Y'a pas qu'aux USA que la police tue les jeunes /Adama, Zyed et Bouna ne sont pas les seuls / Des quartiers nord à GGN on roule le même seum". C'est aussi le cas de "FQSB" par Maes ou de Yazou et ses "Débordements".

Le drame a attiré sur Clichy (2) l'œil du politique et des médias, ce qui contribue à transformer une ville qui, en 2005 cumulait les difficultés. Isolée, sans transports, dépourvue d'équipements publics, la commune concentre à la fois une extrême jeunesse et une extrême pauvreté. Depuis, une vaste campagne de rénovation urbaine (3) s'est traduite par l'obtention d'équipements : un commissariat, un pôle emploi, une piscine, un tramway. L'arrivée de ce dernier permet enfin de désenclaver le territoire. En dépit des transformations, le taux de pauvreté de la commune atteint 42 % en 2024, ce qui en fait la troisième commune de France hexagonale la plus pauvre (27% en Seine-Saint-Denis, 14% à l'échelle nationale). En 2022, le taux de chômage s'élève à 19,4%. Le sentiment de relégation domine toujours, tandis que la mixité sociale reste un vœu pieux.  

* Vingt ans après.

Alors que la classe politique et une partie de l'opinion publique ne s'intéressent aux banlieues pauvres que sous un angle répressif, la culture populaire des quartiers s'emploie au contraire à appuyer là ou ça fait mal. L'objectif est ainsi d'inscrire la centralité du sujet des violences policières, de dénoncer le climat de stigmatisation qui frappe les habitants des quartiers populaires, tout en entretenant la mémoire des deux jeunes victimes. Médine pose ainsi dans "Grand Paris" une question importante. Comment expliquer que si peu de villes aient choisi de nommer une rue en hommage à Zyed et Bouna? "Dès que le cœur d'un grand homme s'arrête, Paris donne son nom à une artère / Moi j'suis pour qu'l boulevard de la Villette soit rebaptisé Bouna et Zyed"

Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Chaque 27 octobre, de nombreux hommages ont lieu sur les réseaux sociaux, où circule la photo de classe en noir et blanc des deux adolescents, symbole de l'innocence assassinée, une photo à laquelle se réfère Sakè dans son morceau "Patte de grizzly". "Y a que le temps qui cicatrise les grosses balafres / Et si tu vois de quoi je te parle, laisse pas traîner tes gosses par là / H24 sur le terrain, on est contraint toute l'année d'y être / Je représente la France d'en bas comme une photo de Bouna et Zyed"

Les artistes s'identifient d'autant plus facilement aux deux victimes qu'ils sont souvent eux-mêmes originaires des quartiers populaires et ont eu à subir le harcèlement policier. En 2007, l'album collectif "Morts pour rien", consacré aux disparus, réunit des pointures du rap (Akhenaton, Diam's ou Rim K). Loin de s'inscrire dans une logique de faits divers, les artistes replacent les deux victimes dans la longue et interminable liste des bavures policières. C'est encore le cas d'Alpha 5.20 et son "chemin des martyrs". "Pensées éternelles pour les frérots partis / Bouna & Zyed, Mouhsin et Laramy / C'est la même souffrance de Villiers à Clichy / Seigneur pitié, qu'ils reposent en paix / Partir si jeunes en martyrs de cité". Dans "Hiro", Soprano imagine pouvoir remonter le temps. "J'aurais été à Clichy-sous-Bois / Débrancher le transfo EDF avant que Zyed et Bouna arrivent". Ninho se souvient : "J'me rappelle de Zyed, j'me rappelle de Bouna / Quand ça brûlait l'Ile-de-France toute la soirée". ["OG"] Dans "Judas", Dinos est partagé entre le besoin de se souvenir et la volonté de se venger. "C'est mort, on ne tournera pas la page / Zyed et Bouna, Adama, j'en passe / J'ai un genou à terre, j'ai la rage / Fuck la censure et tiens, mort aux vaches". "Costa Del Mal" de Mister You se fait menaçant. "Les poulets on va les rôtir pour Zyed et Bouna / Ensuite on va fêter ça à La Mamounia". Kery James avec "PDM", Dosseh et son "Blue lights" évoquent l'internationale des violences policières dont sont victimes, en premier lieu, les populations racisées. 

Conclusion :

En 20 ans, la logique de maintien de l'ordre en banlieue s'est considérablement durcie avec, depuis 2023, le recours à des unités d'élite comme le Raid ou la BRI, l'utilisation d'armes dites "non létales" (LBD 40, gaz lacrymogènes, drones de surveillance, grenades de désencerclement...). Cette logique de confrontation n'a fait qu'accroître la défiance des populations des quartiers populaires, défiance  renforcée par les discriminations systémiques dont elles font l'objet. En juin 2025, la Cour européenne des droits de l'homme condamna d'ailleurs la France pour des contrôle d'identité jugés discriminatoires. (4) "13'12 contre les violences policières" (2'34) Sticky Snake : "Je dissèque l'opprobre, du kissedé au proc / ça veut briser nos blocs, remixer le 17 octobre! / Visez le pogrom: leur ostracisme est colossal, / police, milice d'un ordre raciste et colonial, / je parle de rôle social, peu importe qu'il y en ait des gentils, / l'Etat les fera tirer pour protéger les nantis, / puis les fera acquitter! T'espères transformer les flics? / Ma naïveté m'a quitté près d'un transfo électrique!"

En 2023, lors d'un contrôle routier, Nahel Merzouk meurt après le tir d'un policier. De nouveau, les quartiers s'embrasent. Cela signifie-t-il que rien n'a changé? Indéniablement, les mêmes causes produisent les mêmes effets. 

Notes :

1. Le ressenti des jeunes vis-à-vis de la police est un ressenti de peur, d'adversité, de méfiance, avec le constat qu'aucun échange n'est possible, autre que la fuite ou l'affrontement.

2. En 2005, Clichy sous Bois compte 28 000 habitants, dont 50% ont moins de 25 ans. Le taux de chômage s'y élève à 25%. Il s'agit d'une ville pauvre, désertée par les cadres et classes moyennes. 

3. En particulier pour le quartier du Chêne pointu, dont étaient originaires Zyed et Bouna, avec la destruction de 1500 logements, remplacés par la construction de 1500 logements.  

4. Lors des interactions des jeunes avec la police, la parole des premiers pèse de peu de poids face à celle des seconds, en l'absence d'enregistrements audios ou vidéos probants. En 2005, les enregistrements prouvent que les policiers se rendent compte de ce qui est en train de se passer

Sources : 

A. "Emeutes de 2005 : quand les banlieues s'embrasent", Affaires sensibles.

B. "Vingt ans après la mort de Zyed et Bouna, quel héritage pour les jeunes de Clichy-sous-Bois"

C. "Emeutes de 2025 : vingt ans après la mort de Zyed et Bouna, la colère est -elle retombée", L'invité(e) des matins de France Culture.

D. Chronologie : 1973-2006. [Le monde diplomatique]

E. "Le rap alerte sur la police depuis 30 ans" [l'Atelier Galita]

F. Hacène Belmessous : "Petite histoire politique des banlieues populaires", Syllepse, 2022

G. "2005, état d'urgence", remarquable série documentaire en trois épisodes.

jeudi 17 septembre 2026

Les présidents en chansons : Macron 1. Parce que c'est son projet.

Suite de notre série consacrée aux présidents en chansons. Après de Gaulle, Pompidou, VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy 1 et 2, Hollande, voici le tour venu de Macron.

Kremlin.ru, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Emmanuel Macron naît à Amiens en 1977. Après une terminale au lycée Henri IV, il est admis en prépa littéraire, puis échoue à trois reprises à intégrer l'Ecole normale supérieure. Il se rabat sur Science-Po et un master de philosophie, avant de réussir l'ENA et d'intégrer l'inspection générale des finances, puis la commission Attali, voulue par Nicolas Sarkozy, pour "libérer la croissance française". Ce faisant, il s'ouvre les portes du capitalisme français et noircit les pages de son carnet d'adresses. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de la présidence de la République, repère le jeune énarque et glisse son nom à Hollande, qui le nomme secrétaire général adjoint de l'Elysée. 

Pour se relancer après un début de mandat poussif, le président Hollande compose un nouveau gouvernement à la fin de l'été 2014. Il se débarrasse alors des représentants de l'aile gauche du PS, tandis qu'il propulse Emmanuel Macron au ministère de l'économie, de l'industrie et du numérique. Inconnu du grand public, ce dernier devient, à 36 ans, le plus jeune ministre de la cinquième République. Avec cette nomination, le "président normal", qui se disait l'"ennemi de la finance", donne un coup de barre à droite et prend un virage libéral. Dès lors, les médias dépeignent avec gourmandise l'ascension fulgurante du copilote qu'il a choisi, un surdoué, un "Mozart de la finance", ancien banquier d'affaires de la banque Rothschild, assistant du philosophe Paul Ricoeur, à qui rien ne semble devoir résister. 

 

En poste depuis seulement trois semaines, l'impétrant fustige déjà les "ouvrières illettrées" de Gad. Lui, ce qui l'intéresse, c'est de transformer la France en "start-up nation". Pour y parvenir, en 2015, il élabore la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, dite loi Macron. Il s'agit d'une réforme fourre-tout concernant différents secteurs : les transports en autocar, le permis de conduire, la justice prud'hommale, les professions du droit, le travail dominical. Problème, au sein du gouvernement, des ministres "frondeurs" regimbent et il faut dégainer le 49'3.

En avril 2016, en sa bonne ville d'Amiens, Emmanuel Macron lance son mouvement politique, En Marche, qui reprend, en toute humilité, ses initiales; un mouvement présenté comme transpartisan, "ni de droite ni de gauche", "ouvert", censé dépasser des clivages considérés comme désormais obsolètes. Le 20 août, au Puy du Fou, chez Philippe de Villiers, le souverainiste d'extrême droite, Macron déclare : "l'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste." On avait remarqué... Le 31 août, il franchit enfin le Rubicon et démissionne. Hollande ne peut que constater : "il m'a trahi avec méthode." Le 16 novembre 2016, à Bobigny, Macron se lance officiellement dans la course à l'Elysée. Cette stratégie divise. Pour les uns, il est un nouveau Judas, pour les autres, un fin tacticien.

Dans les sondages, il est encore très loin derrière François Fillon et Marine Le Pen. Or, Macron bénéficie d'un concours de circonstance très favorable: Hollande, trop impopulaire renonce à se présenter, tandis que le Penelope gate plombe la candidature Fillon. Ainsi, le candidat, qui s'est lancé dans la course électorale sans parti politique, sans jamais avoir été élu, semble en passe de remporter son pari. Tout au long de la campagne, il profite du soutien tacite des grands médias, qui le dédouanent de toute responsabilité dans le piteux bilan de la présidence Hollande, alors même qu'il avait été la cheville ouvrière de sa politique économique. Le 10 décembre, porte de Versailles, Macron éructe et cela inspire Khaled Freak, le remixeur de talent des saillies politiques. (1)

 

Au soir du premier tour, le 23 avril 2017, Macron se qualifie pour le duel final avec 23,7% des suffrages, devançant de peu Marine Le Pen. Lors du débat d'entre-deux tours, les Français mesurent aisément la nullité argumentative de la candidate. Approximative, agressive, elle se torpille toute seule, sans que son adversaire n'ait particulièrement brillé. 

Le 3 mai, Macron l'emporte sans gloire, rassemblant 65% de voix, alors que douze millions de Français se sont abstenus, 3 ayant voté blancs et un nul. Quoi qu'il en soit, la victoire est célébrée au Louvres le 7 mai 2017. La cérémonie tient du sacre. Alors que l'ode à la joie retentit, le nouveau président de 39 ans traverse seul la cour pour se hisser sur une estrade située devant la pyramide. Difficile de faire plus pompeux et compassé; le ton est donné. En conclusion de son discours, il lance : "Je respecterai chacune et chacun, dans ce qu'il pense et dans ce qu'il défend. Je rassemblerai et je réconcilierai, car je veux l'unité de notre peuple et de notre pays. Et enfin, mes amis, je vous servirai avec humilité, je vous servirai avec amour." Un discours qui a, il faut bien le dire, plutôt mal vieilli. 

Aux législatives 2017, le nouveau président obtient une large majorité avec l'élection de 308 députés de La République En Marche. Pour la plupart, il s'agit de leur premier mandat politique. Un renouvellement en trompe l'œil, dans la mesure où trois quarts d'entre eux occupaient des fonctions de cadre dans le monde de l'entreprise. Lors de ce scrutin, l'abstention atteint des records. Ainsi, 57,36% des inscrits ne se sont pas rendus aux urnes. 

Le nouveau président nomme un premier ministre de droite Edouard Philippe, et place aux postes ministériels clefs d'anciens du parti socialiste (Christophe Castaner, Richard Ferrand) ou de nouvelles têtes fraîchement élues. Il n'y a pas de temps à perdre, le président se veut réformateur. En complément de la loi El Khomri, il décide de réformer le code du travail qui accorde notamment la primauté des accords d'entreprise sur ceux de branches. Le gouvernement légifère par ordonnances, afin de contourner le Parlement. La suppression de l'Impôt sur la fortune, remplacé par un Impôt sur la Fortune Immobilière, beaucoup plus avantageux pour les plus riches, transforme Macron en "président des riches". Pour justifier ses choix, ce dernier invoque sa "théorie du ruissellement", selon laquelle les revenus des plus riches seraient réinjectés dans l'économie, créant ainsi de la croissance et de l'emploi, ce qui au bout du compte bénéficierait à tous, y compris au dernier de cordée. Un des premiers textes adoptés porte sur la moralisation de la vie politique. A posteriori et à l'issue de dix années de présidence, le moins que l'on puisse dire et qu'il n'a pas eu d'effets significatifs sur la corruption de notre personnel politique. Le président engage ensuite une réforme de la SNCF qui prévoit l'ouverture à la concurrence, la fin du statut de cheminot pour les futures embauches et le changement de statut de l'entreprise. Malgré la forte résistance syndicale, la réforme est adoptée en juin 2018. 

Plusieurs propos distillés par Macron lors de ses mandats dressent de lui le portrait d'un individu orgueilleux, méprisant, incapable de reconnaître ses torts. Pour ses détracteurs,  il devient Jupiter, isolés dans sa tour d'ivoire, où plutôt en son palais, faubourg saint Honoré. 

Revenons sur quelques unes des ces petites phrases. Dans les jardins de l'Elysée, à l'occasion des journées du patrimoine 2018, Macron tance un jeune visiteur en recherche d'emploi, qui faisait part au président  de sa difficulté à se faire embaucher. Pour toute réponse, le chef d'Etat lui assène : "Je traverse la rue, et je vous trouve [un emploi]. Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler". Ces propos passent mal. Cette saillie inspire : "Traverser la rue" à L'1consolable.

Lors de l'inauguration de la Station F, un incubateur de start-up, le président lance : "Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien." La formule, qui suinte le mépris de classe, ne passe pas.  Avec "ça va Manu?", Agnès Bilh interpelle le chef de l'Etat. 

A l'Elysée, dans le cadre d'une discussion avec ses conseillers, Macron prononce la phrase suivante : "On met un pognon de dingue dans des minimas sociaux, les gens ils sont quand même pauvres". Mis bout à bout, ces propos dressent le portrait d'un dirigeant condescendant et brutal. Le Bhale Bacce Crew en propose un condensé dans "La République en miettes".

L'annonce de l'augmentation de la taxe carbone sur les hydrocarbures, dont les prix atteignent déjà des sommets, met le feu aux cuves. Des chauffeurs routiers appellent à des blocages sur les réseaux sociaux. A partir du 17 novembre 2018, chaque week-end, les "gilets jaunes" bloquent les ronds-points. Le mouvement prend une très grande ampleur, mettant en évidence la déconnexion entre les élites dirigeantes et des populations précaires, victimes collatérales de la politique fiscale menée depuis un an. Le pouvoir, dépassé, mobilise les forces de l'ordre. Les manifestations se soldent par de nombreuses violences. Les blessés se comptent par centaines. Le nouvel attirail policier provoque des mutilations. La crise met ainsi à jour un tournant sécuritaire (qui aboutira bientôt à des lois sur la Sécurité globale et contre le séparatisme). Mais, qu'on se rassure, en vertu de la logique du "en même temps", les macronistes proclament leur attachement aux libertés publiques. 

Le mouvement des Gilets jaunes finit par s'essouffler, sans dissiper la défiance. La taxe initialement prévue ne sera finalement pas appliquée. Le pouvoir a eu peur, ce qui contraint l'exécutif à mettre en pause ses ambitions réformatrices. Pour donner l'illusion du dialogue social en feignant de tisser un lien avec les citoyens, Macron lance le Grand débat, invitant ceux qui le souhaitent à rédiger des cahiers de doléances. Ils prendront bientôt la poussière sur les étagères des archives départementales. 

Pendant 27 jours, à compter de Noël 2019, les syndicats de la RATP et la SNCF mènent une grève pour protester contre la réforme des retraites portée par le gouvernement qui entend en finir avec les régimes spéciaux. Au début de l'année 2020, dans les cortèges contre le projet de réforme des retraites porté par Edouard Philippe, des groupes de femmes arborant bleu de travail, fichu rouge et gants ménagers en latex jaune en hommage à Rosie la Riveteuse - allégorie des femmes travaillant pour l'industrie de guerre étatsunienne au cours de la Seconde guerre mondiale - reprennent à gorge déployé "A cause de Macron, c'est la chute des pensions pour Fatou et Marion" (une adaptation du tube A cause des garçons). Regroupée sous la bannière d'Attac, elle conteste l'affirmation ministérielle selon laquelle les femmes seraient les grandes gagnantes de la réforme. 

En mars 2020, la pandémie de Covid-19 touche l'hexagone. L'exécutif tarde à mesurer la gravité de la situation sanitaire. L'ampleur des décès et des admissions en réanimation convainquent les autorités de limiter les déplacements, de fermer les établissements scolaires, bref de confiner. Pour le président, "nous sommes en guerre". L'absence de masques et les débuts poussifs de la vaccination suscitent de vives tensions. La persistance et le retour du covid conduisent à l'instauration d'un pass sanitaire en 2021, puis du pass vaccinal en 2022 dans les lieux de publics. Des manifestations anti-vaccins ont lieu ponctuellement. La pandémie révèle les difficultés d'un système de santé largement éprouvé par les purges austéritaires successives. En mettant le pays à l'arrêt, la maladie oblige l'exécutif à placer l'économie sous perfusion avec des dispositifs comme le "quoi qu'il en coûte". De même, le Covid enterre pour un temps les projets de réforme des retraites et de l'assurance-chômage. "Danser encore" (2020) de HK et les Saltimbanks s'imposent alors comme un tube anti confinement, fustigeant la posture monarchique du président.  

Sur le front social, le président ne désarme pas. En décembre 2021, avec la réforme de l'assurance-chômage, on assiste à un durcissement dans l'accès aux indemnisations. Il faut désormais avoir travaillé 6 mois, et non 4 comme auparavant, pour percevoir une indemnité. 

Le projet initial défendu par Macron promettait un équilibre politique entre des mesures de gauche et de droite. Dans les faits, seules ces dernières ont vu le jour. 

  

Notes :

1. Le 2 décembre 2016, conscient de son impopularité et après avoir conduit son parti dans le mur, Hollande annonce qu'il ne briguera pas un second mandat. Le 2 février 2017, le Pénélope gate coule la candidature Fillon. Encore une aubaine pour Macron, d'autant que le centriste Bayrou le rallie. 

2. En juillet de cette année éclate l'affaire Benalla. Ce chargé de mission à l'Elysée est surpris dans les cortèges de manifestants du 1er mai en train de tabasser un manifestant avec une matraque. Reconnu, il est suspendu seulement deux semaines, tout en gardant son rond de serviette au palais. Il sera finalement condamné par la justice en 2019. 

Sources : 

Affaires sensibles : "Le traître méthodique" "le chaos de l'Elysée", "L'Elysée K.O."

Les tubes de Rosies en kit vol. 1.

jeudi 3 septembre 2026

A la découverte du rock anatolien

Nous nous intéressons aujourd'hui à une musique hybride apparue en Turquie au cours des années 1960. Le rock anatolien mêle les gammes musicales et les instruments traditionnels d'Anatolie aux codes du rock occidental. Le style est porté par des artistes comme Baris Manço, Cem Karaca, Selda Bagcan, Erkin Koray. 

Ce billet existe aussi en forme podcast , pour l'écouter, il suffit de cliquer ici. 

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Sur les ruines de l'Empire ottoman disparu, au cours des années 1920-1930, la Turquie moderne se construit dans le cadre des réformes opérées par Mustafa Kamal Atatürk. Le "victorieux" comme on le surnomme réduit le poids de la religion, étend le droit de vote des femmes, ouvre le pays au reste du monde, tout en entravant le multipartisme, qui ne sera instauré qu'à sa mort en 1938. Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les dérives autoritaires des gouvernements successifs s'accompagnent d'un très fort contrôle des médias, ainsi que de la répression des oppositions. En 1960, le premier ministre Menderes semble vouloir céder aux ultras conservateurs, partisans d'une réislamisation de la société. Cette évolution décide l'armée à perpétrer un coup d'état en 1960. Un an et demi plus tard, le général Cemal Gürsel remet le pouvoir au civil. Cette Révolution blanche s'accompagne de l'adoption d'une nouvelle constitution accordant de nouveaux droits (de grève, de se syndiquer, l'autonomie des universités). Par ailleurs, elle ouvre véritablement la culture turque au monde, tout en restant attachée aux traditions nationales. 

Dans le domaine musical, les autorités culturelles entreprennent le collectage des musiques traditionnelles et folkloriques dans le cadre de sections de conservatoire. On enregistre alors l'immense répertoire des ashiqs, sortes de poètes itinérants dont on trouve déjà des traces au XIe siècle. Tout au long de leurs périples, qui les conduisaient de village en village, ces sortes de troubadours modernes interprétaient leurs propres compositions ou des chants traditionnels appelés turküler. Ils s'accompagnent d'un bağlama (ou saz), une sorte de luth à quatre cordes doté d'un manche très long. Au XX° siècle, le plus fameux de ces musiciens se nomme l'Aşık Veysel. Ecoutons "Uzun Ince Bir Yoldayım", un titre qui signifie "J'emprunte une route longue mais étroite", une référence à la vie d'itinérance du ashiq. 

Le coup d'état militaire de 1960, puis la libéralisation qui s'ensuit, atténuent la censure. Les artistes s'engouffrent dans ces nouveaux espaces de libertés, à l'instar de Tülay German. Née en 1935, l'adolescente suit une formation de chanteuse classique. Elle prend bientôt l'habitude de quitter en douce le domicile parental pour se produire dans des clubs de jazz d'Ankara. Une nuit, son père la grille. Il s'oppose à ce que sa fille se lance dans la musique populaire et, par précaution, l'envoie à Istanbul, un choix peu judicieux tant la ville regorge d'opportunités pour les jeunes musiciens. Tülay s'intéresse alors aux poètes turcs, aux aşıks, au türküler. En 1964, elle enregistre une série de chansons traditionnelles auxquelles elle adjoint des arrangements pop. A ce titre, elle peut être considérée comme la précurseuse d'un genre promis à un grand avenir : l'Anadolu pop. Exemple avec le morceau Burçak Tarlasi, un manifeste féministe narrant la rébellion d'une jeune mariée, en guerre contre la place assignée aux femmes au sein de la famille. 

German fréquente les cercles communistes et privilégie un répertoire engagé. Dès 1966, elle doit quitter son  pays pour la France. Un destin qui entre en résonance avec un de ses enregistrements, le morceau Tombalacık Halimen ("Ma douce Halim") qui narre l'histoire d'un exilé implorant son amour (Halim) de le suivre. 

Au cours des années 1960, comme dans de nombreuses parties du monde, le rock et la pop occidentale séduisent la jeunesse. Les Beatles font des émules et incitent les jeunes Turcs à créer leurs propres groupes. L'épicentre de ce renouveau culturel se trouve sur la rive orientale du Bosphore, dans le quartier de kadiköy, qui accueillait de nombreux bars et clubs où l'on jouait de la musique, repère d'une jeunesse stambouliote en quête d'émancipation. Dans cette atmosphère bohême émerge de nouveaux sons, de nouveaux répertoires, de nouvelles modes. Les jeunes arborent pantalons à pattes d'éph', hauts talons, robes à paillettes, cheveux longs, bottes de cuir. Au sein de la maison associative du quartier de Kadiköy naît ainsi une fusion unique, même si dans un premier temps, les artistes chantent surtout en anglais. 

En 1965, le journal Hürriyet organise un concours de chansons intitulé Altın Mikrofon (le microphone d'or), dont les règles incitent à écrire ou à reprendre des chansons en turc, sur des mélodies à sonorités orientales, mais jouées avec des  arrangements et instruments occidentaux (guitare, basse, batterie). L'événement joue un rôle central dans l'affirmation du rock anatolien, permettant de révéler des artistes amateurs talentueux tels que Cem Karaka, Erkin Koray, les groupes Siluetter, Mavi Işıklar, TPAO Batman Orchestra (pour "Société anonyme du pétrole turc Batman"), un groupe originaire de la ville pétrolière de Batman, dans le sud-est du pays ( Kara Toprak).

Cem Karaca et son groupe Apaslar terminent deuxième du concours en 1967 avec l'adaptation folk d'un poème local : "Emrah" Le chanteur, très engagé, enregistre "Parka" (1976), une dénonciation des violences politiques subies par la jeunesse turque. "Ils l'ont trouvé couché, tué dans sa parka / Touché par quatre balles traîtres".

En 1968, Moğollar arrive à la troisième place. Ce collectif de musiciens, adeptes d'expérimentations sonores audacieuses, utilise les orgues Hammond, ainsi que l'effet fuzz de guitares acérées, associés à des percussions anatoliennes et des flûtes. Ils posent ainsi les jalons de l'Anadolu pop, mélangeant le rock progressif aux gammes orientales turques.  En 1971, le disque "Danses et rythmes de la Turquie d'hier à aujourd'hui", enregistré en France, remporte un grand succès critique. Ecoutons "Haliç'te Gün Batışı" ("coucher de soleil sur la Corne d'Or"), hommage à la ville d'Istanbul. Désormais, le turc supplante l'anglais chez les chanteurs. Certains s'imposent comme de véritables bêtes de scènes à l'instar de Erol Büyükburç dont nous pouvons écouter Jel Jiyar Koyuma.

Une autre immense vedette du genre a pour nom Erkin Koray. Guitariste, il introduit le rock en Turquie à l'occasion d'un concert organisé dans son lycée en 1957. Il y reprend Elvis Presley. En 1962, il enregistre Bir Eylül Aksami, savant mélange de rock et de mélodies traditionnelles. Les Rolling Stones ont sans doute apprécié le titre, tant l'intro semble avoir servi de source d'inspiration à Paint it black, sorti 4 ans plus tard. 

Koray imagine un baglama électrique, le luth traditionnel, qu'il bidouille. Son deuxième album, Elektronik Türküler, sorti en 1974, constitue un des fleurons de l'Anadolu pop. Il y combine rock progressif et psychédélique à partir d'éléments de la musique traditionnelle turque. Cemalim raconte l'histoire d'un homme qui quitte sa ville natale, car les habitants veulent le tuer. Il s'enfuit sur un cheval. Le refrain lance un appel à Cemalim lui demandant de vivre, quoi qu'il advienne. Il s'agit donc d'une ode à l'espoir et au courage. "Karlı Dağlar" offre une description poétique des montagnes enneigées.

Les nouveaux sons racontent l'histoire des paysans qui migrent vers la grande ville, les difficultés d'existence des travailleurs, ruraux comme ouvriers, le désir d'émancipation des femmes. Les artistes réinterprètent des vieux chants et poèmes de résistance issus du monde des campagnes en les adaptant au goût du jour. Ils deviennent ainsi les fers de lance d'une musique engagée, capable de mettre des mots sur des maux, prônant l'émancipation des plus faibles et des opprimés. La bande son qui se crée alors accompagne l'essor des partis de gauche à travers le pays. On assiste comme ailleurs, au cours de l'année 1968, à une radicalisation de la jeunesse et du monde ouvrier, qui se traduit par l'occupation des universités, des usines, donnant lieu à des affrontements violents avec la police, puis l'armée. En 1971, la dénonciation de l'impérialisme étatsunien s'accompagne de l'enlèvement de 4 soldats américains. L'armée crie au complot communiste. De nouveau, les militaires fomentent un putsch, le 12 mars, avec instauration de la loi martiale, interdiction des grèves, dissolutions des organisations syndicales, gel des salaires.

En 1972, Mustafa Özkent, arrangeur et musicien de studio, enregistre l'album instrumental  Gençlik ile Elele, sur lequel il mêle les influences funk et soul aux musiques traditionnelles turques. Çarşamba Esir Aldı (mercredi a été emporté par l'inondation). 

 Fils de la bourgeoisie intellectuelle d'Istanbul, Bariş Manço explore les musiques, d'où qu'elles viennent. Subjugué par le concert que donne dans son lycée Erkin Koray, il se passionne pour le twist, le rock'n'roll. En 1963, il s'installe en Belgique, y signe un contrat avec Henri Salvador, puis multiplie les voyages et les collaborations artistiques. Il écume les scènes et devient le plus populaire des chanteurs anatoliens, notamment parce qu'il n'hésite pas à jouer dans les zones très reculées de Turquie, sur de toutes petites scènes. En 1970, il enregistre Daglar daglar, ode à la montagne comme lieu de refuge et immense succès. Il s'intéresse désormais au rock psychédélique, comme le prouve ses titres phares tels "Halhal" ou "Dönence". Sur scène, le chanteur arbore une énorme moustache, une cape de soie, des bagouses à tous les doigts, tandis qu'il chante son amour de la paix et du dialogue. 

En 1975, dans son deuxième album, intitulé "2023", il se projette dans l'avenir (en 2023, une année qui correspond au centenaire de la République turque). Il y reprend Çay Elinden Öteye ("Arrache la dot de sa main"), la description du mariage imposé à une jeune femme avec un vieil homme. Les paroles invitent le spectateur à arracher la dot pour libérer la jeune femme. Le groupe qui accompagne Barış Manço sur scène, le Kurtalan Express, enregistre à son tour deux albums. On peut y entendre l'influence de groupes de rock progressif tels que Yes, Genesis ou King Crimson. 

3 Hürel, un groupe constitué par trois frères produit un acid-rock abrasif mêlé à des orchestrations typiquement turques aux percussions agressives et au saz électrifié. 

 

Au cours des années 1970, le pays connaît une grande instabilité politique. Droite et gauche s'opposent dans de violents affrontements qui poussent la Turquie au bord de la guerre civile. En 1971, un nouveau coup d'état a lieu, illustration de l'extrême polarisation de la société, avec des mouvements étudiants et ouvriers très structurés opposés aux populations rurales, aux élites urbaines et à des milices islamistes très conservatrices. Le pays connaît une très forte répression étatique, avec des interventions fréquentes des forces de police au sein des universités, des assassinats d'opposants et de syndicalistes par des milices à la solde du patronat et des autorités. 

Une chanteuse s'insurge contre cette violence politique. Elle s'appelle Selda Bağcan. Dans ses compositions, elle dénonce les dérives autoritaires du pouvoir, les injustices d'une société inégalitaire, défend la cause ouvrière. Déterminée, elle fait exploser le carcan musical qui cantonnait les jeunes femmes à leur genre pour en faire de simples objets de fantasmes. Pour conserver son autonomie, elle crée son propre label. Rebelle dans l'âme, elle fréquente des militants d'extrême gauche ou communistes, des poètes. En 1974, elle enregistre Yaz Gazeteci Yaz, ("Écris, journaliste, écris"), qui s'impose comme un hymne de résistance politique, une ode à la liberté de la presse. 

Passant du folk traditionnel au rock psychédélique, Selda possède une voix forte et mélodieuse. En collaboration avec Mogollar, elle enregistre "Ince Ince Bir Yar Yagar" (1974). Les paroles exigent d'un seigneur local qu'il prenne soin des populations pauvres, en redistribuant les terres et en ouvrant des écoles. "Une fine neige tombe sur les pauvres. / Pourquoi le destin ne croit-il pas à leur parole? / Nous avons brûlé, brûlé notre école, notre route, notre vie / Nous avons brûlé, nous sommes morts / Sans une gorgée d'eau".

Il faut dire qu'alors en Turquie, la situation ne cesse de se tendre. Les manifestations du 1er mai 1977 se soldent par la mort de 37 personnes sur la place Taksim à Istanbul. En décembre 1978, le massacre de près de 1 000 civils à Maraş, perpétré par une milice ultranationaliste, marque un tournant. Les tensions politiques atteignent des sommets et les affrontements gagnent les rues. En 1980, l'armée fomente un nouveau coup d'État, ce qui lui permet d'imposer une constitution très éloignée des principes kémalistes, actant le retour en force de l'influence religieuse en matière politique et culturelle. Dans le même temps, la junte procède à des arrestations massives. Dans ce contexte, les musiciens qui continuent d'affirmer sur scène leurs idéaux, de porter des costumes extravagants, des cheveux longs, horripilent les conservateurs. Ainsi, les paroles séditieuses de Selda Bağcan entraînent son arrestation, ainsi que la confiscation de son passeport. Libérée sous la pression d'une mobilisation internationale portée par Peter Gabriel, la chanteuse peut enfin prendre la clef des champs. De son côté, Cem Karaca doit s'exiler en RFA, tandis qu'il est dénaturalisé par les autorités turques en 1983. 

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L'Anadolu Pop connaît aujourd'hui une seconde jeunesse, notamment au sein de la diaspora turque, dont les rangs ont grossis à la faveur des crises économiques et affrontements politiques. De jeunes générations, passionnées par les groupes psychédéliques des années 1970, s'inspirent de ces influences pour créer leur propre style. C'est le cas du groupe néerlandais Altın Gün, figure de proue de ce revival du rock anatolien ("Yüce Dağ Başında"). 

Citons aussi la chanteuse et joueuse de saz germano-turque  Derya Yıldırım et son Grup Şimşek ("Bal"). En Turquie même - qu'Erdogan  dirige d'une main de fer depuis 2003 -  la censure et la répression s'accentuent sur les groupes engagés qui, faute de relais médiatiques, peinent à vivre de leur musique. Certains  groupes underground (tels Baba Zula) entretiennent néanmoins l'esprit frondeur de leurs vaillants aïeux. 

Thorsten Krienke from Detmold, Germany, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Sources :

A. "Istanbul 1965-1980 : la vague rock du Bosphore", épisode de l'émission Métronomique diffusé sur France Culture.

B. "A Istanbul, le rock anatolien chante la liberté", reportage diffusé dans l'émission l'Invitation au voyage sur Arte.

C. Musikistan : émission consacrée au rock anatolien.

D. "L'Anadolu Pop : la fusion du folk turc et de la pop des 60's", sur le site de Radio Nova.

E. "Il y a plus de 100 ans, le poète s'attaquait aux riches", sur le site Kedistan

F. "Une histoire musicale de la Turquie moderne"

G. "La génération sans frontières qui revitalise la musique turque", dans la BO du monde sur France Inter.