Poursuivons notre exploration des présidents de la République en chansons. Après les billets/épisodes consacrés à Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy 1 et 2, il est temps de s'intéresser au mandat de François Hollande, de 2012 à 2017.
François Hollande naît à Rouen en 1954, d'une mère assistante sociale et d'un père médecin ORL. Après un cursus à l'ENA, où il fait la connaissance de Ségolène Royal, il devient magistrat à la cour des comptes et milite au sein du parti socialiste. Envoyé sur les terres corréziennes de Jacques Chirac dans les années 1980, il réussit tant bien que mal à s'y faire un nom, au point d'en devenir député en 1988. Dix ans plus tard, il est nommé premier secrétaire du Parti Socialiste par Lionel Jospin. Un poste qu'il occupera pendant 11 ans. Alors que le PS vient de remporter les municipales et les régionales, en 2005, il ne voit pas venir le non au référendum sur le traité européen. Le parti sort divisé de la séquence. En tant que premier secrétaire, Hollande doit resouder les troupes, et mettre en sourdine ses ambitions politiques. Après une séparation douloureuse avec Ségolène Royal, il rencontre Valérie Trierweiler, une journaliste de Paris Match.
C'est finalement son ex-femme qui se présente à la présidentielle 2007, où elle échoue au second tour face à Sarkozy. Au congrès du PS, en 2008, Martine Aubry l'emporte de peu devant Royal. Hollande s'éclipse et connaît sa traversée du désert. Il se replie sur ses terres corréziennes, dont il devient le président du conseil général. Il décide alors de changer d'allure et laboure le territoire, comme Jacques Chirac avant lui. Le 31 mars 2011, il annonce sa candidature à la primaire de la gauche en vue de la campagne présidentielle 2012. Il reste encore loin derrière Dominique Strauss Khan dans les sondages. Et puis, patatras, l'inculpation de DSK pour agression sexuelle à l'encontre d'une femme de chambre d'un palace new yorkais, le met hors course. Au second tour de la primaire, Hollande l'emporte finalement face à Martine Aubry.
| EU2016 SK, CC0, via Wikimedia Commons |
Le candidat a pour slogan : Le changement, c'est maintenant. Sa campagne est résolument orientée à gauche, comme le suggère sa prise de paroles lors du meeting du Bourget, au cours duquel il lance : "Je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature. Il ne sera donc pas élu, et pourtant, il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance." A l'issue du premier tour, le candidat socialiste devance de peu Nicolas Sarkozy, et lors du débat opposant les finalistes, profitant d'un rare moment d'apathie de son adversaire, Hollande fait mouche en usant de l'anaphore : "moi président". Pendant trois minutes, ininterrompu, il déroule, traçant l'anti-portrait du président sortant.
François Hollande devient président de la République le 6 mai 2012, avec un peu plus de 51% des voix. Second président socialiste de la Cinquième République, après François Mitterrand, il se présente en président normal. Sa personnalité, ou plutôt l'idée que s'en font les observateurs, lui valent des surnoms peu flatteurs tels que fraise des bois, monsieur petite blague, flanby, le grand méchant mou. Raillé pour sa jovialité et sa bonhommie, il subit des critiques sur sa manière d'incarner la fonction présidentielle. D'aucuns reconnaissent son accessibilité, mais raille un manque d'envergure. Au fond, n'a-t-il pas été choisi par défaut, son meilleur atout restant l'aversion que Nicolas Sarkozy était parvenu à susciter après cinq années d'un mandat brutal. Sa côte de popularité s'effondre vite, jusqu'à atteindre un très bas niveau, dont il peinera à décoller.
L'ex première dame, la chanteuse Carla Bruni-Sarkozy, un brin vexée d'avoir dû déménager de l'Elysée, dresse un portrait au vitriol du nouveau président dépeint sous les traits d'un pingouin. "Il n'a pas des manières de chefs / C’est mal élevé les pingouins faut que je lui donne des cours de maintien / Eh le pingouin ! Si un jour tu recroises mon chemin / Je t’apprendrai le pingouin, je t’apprendrai à faire le baisemain / Tu ravaleras le pingouin oui tu ravaleras ton dédain / Tu m’fais pas peur le pingouin " ["le pingouin" (2013) ]
Très vite, les critiques fusent. En décembre 2012 éclate l'affaire Cahuzac. A grand coup de formule lapidaire, le ministre délégué en charge du budget du gouvernement Ayrault fait de la fraude fiscale son cheval de bataille. Or, Mediapart révèle en décembre 2012, que le Torquemada du Trésor public possède un compte en Suisse. Pendant quatre mois, Cahuzac s'enferre dans le mensonge, avant de devoir avouer. En septembre 2014, le secrétaire d'état au commerce extérieur, Thomas Thévenoud, démissionne, après la révélation de ses retards de déclaration et de paiement au fisc. Il sera condamné pour fraude fiscale. Pour sa défense, il avance souffrir de "phobie administrative". Autrement dit, quand il reçoit un courrier d'un organisme officiel, il ne l'ouvre pas... [Scred Connexion : "Monnaie, monnaie" (0'24)]
La principale mesure de ce mandat présidentiel est sans doute l'adoption de la loi sur le mariage homosexuel, en avril 2013. Le texte est défendu dans l'hémicycle par Christiane Taubira, la garde des sceaux, dont le talent rhétorique réduit au silence les sots. Il faut dire que la loi suscite une forte opposition qui se structure au sein du mouvement de La Manif pour tous, agrégat des milieux conservateurs les plus rances. De grandes manifestations, ont lieu. Dans les cortèges fournis, en dépit des consignes données par les organisateurs, affleurent l'homophobie la plus crasse. Dans les cortèges, les marcheurs entonnent des chansons de circonstance. [Pumpkin & Vin'S da Cuero : "Mauvais genre" (2'13)]
En octobre 2013, l'expulsion d'une collégienne rom vers le Kosovo, suscite une vive émotion. Elève de 3ème dans un collège de Pontarlier, Leonarda est interpellée alors qu'elle participe à une sortie scolaire. Sa famille faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire après avoir été déboutée de ses demandes d'asile. Comme d'habitude, le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, gesticule et prône la fermeté. Finalement, Hollande propose publiquement à l'adolescente de poursuivre sa scolarité en France, mais Leonarda refuse, en direct sur les chaînes d'info en continue. Encore une perte d'aura pour François.
En janvier 2014, face à la stagnation économique et au chômage croissant, Hollande change de cap et adopte une politique plus favorable aux entreprises avec le pacte de responsabilité, l'allégement des cotisations et des baisses de charges pour les entreprises en échange d'hypothétiques créations d’emplois. Le social libéralisme supplante la sociale-démocratie. Trop à droite pour les électeurs de gauche, trop à gauche pour ceux de droite, le président déçoit tout le monde. Dans "La classe ouvrière s'est enfuie" de Michel Cloup Duo, le ton se fait accusatoire à l'encontre d'un pouvoir qui a lâché les plus pauvres. "Cette faillite n'est pas économique, elle est humaine."
L'annonce de ces mesures économiques passe relativement inaperçue, à la différence de la révélation des frasques présidentielles. Le magazine Closer capture en effet une photo du président, casque sur la tête, sur son scooter, en train de se rendre chez l'actrice Julie Gayet. Dans ces conditions, la parole du chef de l'Etat s'avère totalement inaudible. L'épisode inspire à Alonzo "A la Dafpunck". "François Hollande roule en scooter". Katerine, pour sa part enregistre "A l'Elysée" (2016), la description d'un pique nique dans l'atmosphère ouatée du palais présidentielle, quand, hors les murs, la colère gronde.
Les municipales 2014 virent au fiasco, ce qui convainc le président de se débarrasser de son premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Face à la ligne adoptée par son successeur, Manuel Valls, la grogne grandit au sein du PS où se forme un groupe de frondeurs, dont certains quittent avec fracas le gouvernement en août (Montebourg, Hamon, Filippetti). Au contraire, Emmanuel Macron prend du galon, abandonnant le secrétariat-adjoint de l'Elysée pour le ministère de l'économie. Le loup est entré dans la bergerie.
Bientôt, une dépêche AFP apprend ce que tout le monde savait déjà : la fin de la relation de François Hollande et Valérie Trierweiler. Elle en a gros, ce qui l'incite à publier un livre dévastateur pour l'image du président. Dans Merci pour ce moment, elle dresse un portrait accablant de son ex qu'elle accuse de désigner les Français les plus pauvres comme des "sans-dents". Voilà de quoi nourrir la colère. Feu Chatterton ! ["Ecran total" (1'48)] (1), Ol Zico feat. Souffrance ["Y'A R" 1'21] (2), Freeman ["Le peuple sans dents" (2017)], Jeff le Nerff ["Les sans dents"] (3), Kool Shen ["Océan de couleuvres"] (4), Axiom interpellent le président ["Est-ce que t'entends la colère des sans-dents?" "Sans dents" (2015) (2'38)]
Hollande fait face à une crise économique persistante, marquée par une stagnation de la croissance. En mars 2015, on compte 3,5 millions de chômeurs de catégorie A. Le président a échoué à inverser la courbe, comme il s'y était engagé. Les tensions sociales grandissent. En octobre 2015, les médias s'apitoient sur le sort de deux cadres d'Air France dont les chemises ont été arrachées par des salariés, furieux à l'annonce d'un plan social dévastateur.
La présidence Hollande est marquée par une série d'attentats jihadistes : attaques contre la rédaction de Charlie Hebdo et du magasin Hypercacher en janvier 2015, massacres du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, assaut meurtrier sur la promenade des Anglais de Nice le 14 juillet 2016. 239 morts au total. Ces événements conduisent Hollande à décréter l'état d'urgence, prolongé jusqu’en 2017, et à renforcer les dispositifs de sécurité intérieure. A l'extérieur, la France procède à des frappes aériennes sur les positions de Daesh en Syrie et en Irak. "Le pigeon du 11 janvier" (2015) de Manu Lods raconte le défilé qui réunit ce jour là de très nombreux Parisiens, mais aussi 44 chefs d'Etat. Alors que François Hollande retrouve les rescapés de Charlie, un pigeon choisit ce moment pour lâcher sa fiente sur le revers de sa veste.
Dans la foulée des attentats, le président envisage d'instaurer une déchéance de nationalité pour les terroristes binationaux. L'annonce de la mesure suscite la consternation d'une partie de la gauche, et provoque la démission de Christiane Taubira, garde des Sceaux. Le projet tombe finalement à l'eau. En décembre 2015, la signature de l'accord de Paris sur le climat (la COP 21) voit 195 pays s'engager à lutter contre le réchauffement. L'enthousiasme soulevé sera malheureusement vite douchée, mais on ne pouvait alors pas le savoir.
Début 2016, le gouvernement Valls lance la loi travail (2016), dite loi El Khomri, du nom de la ministre envoyé au front pour défendre un dossier surtout élaboré par Macron. Il s'agit pour ses promoteurs d'introduire davantage de flexibilité du travail, un concept cher aux libéraux. La loi prévoit un plafonnement des indemnités prudhommales, un assouplissement des règles de licenciement économique, une modulation du temps de travail selon les secteurs d'activité, la primauté de l'accord d'entreprise sur l'accord de branche. Au total, un chamboulement du code du travail. Le Medef applaudit, la cfdt se prépare à négocier, la cgt et fo s'y oppose fermement. Une pétition hostile à la loi franchit le million de signature. En mars, les manifestations s'organisent et font le plein, mais la loi est adoptée en force, à grands coups de 49.3. Ce faisant, Hollande s'aliène une grande partie de la gauche et des syndicats. L'1consolable dénonce le passage en force du texte et le mépris affiché à l'égard des manifestants. "49.3 (feat. François Hollande)"
La loi entraîne, par ricochet, la création d'un mouvement citoyen et militant : Nuit debout. Son objectif est de voir converger les luttes pour contrecarrer le libéralisme, donner vie à la démocratie directe. Le groupe Danakil, très actif lors des rassemblements, célèbre cette autre façon de faire de la politique dans le morceau "32 mars".
Pour se relancer, le président croit avoir la bonne idée de livrer des confidences pour un ouvrage intitulé "un président de devrait pas dire ça". Il s'en prend à Nicolas Sarkozy, ses ministres, tout en fustigeant les juges, "tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux. On n'aime pas le politique." Il considère aussi "qu'il y a trop d'arrivées, trop d'immigration qui ne devrait pas être là"... Il réussit ainsi à se mettre à dos ses derniers soutiens de gauche.
Hollande semble attirer la pluie, comme lors de la descente des Champs Elysées le jour de son investiture. En visite sur l'île de Sein, en août 2014, sous des trombes d'eau, sans parapluie, les lunettes embuées, le président tente tant bien que mal de terminer son discours. Dans "François sous la pluie" (2016), le groupe Mickey 3 D immortalise ce moment, dépeignant un président largement dépassé, engoncé dans un costume un peu trop grand pour lui.
Sur le plan extérieur, Hollande continue d’inscrire la France dans une démarche pro-européenne, au moment où l'UE peine à trouver une réponse cohérente à la crise migratoire. Hollande mène une politique étrangère active, notamment avec l'opération Serval au Mali en 2013, visant à repousser les groupes islamistes dans le nord du pays.
En juillet 2016, la côte de popularité du président est au plus bas, avec 12% d'opinion favorable. "Souffler" (2016) de Tryo prévient : « Président on s’ennuie / Un peu trop normal / Un peu trop endormi / Beaucoup trop libéral / Nous on veut changer la vie », avertissement on ne peut plus clair à Hollande : « Faut faire rêver la foule / Pour se faire réélire ». Il n’a pas fait rêver les foules.
Face à une popularité historiquement basse et aux divisions au sein de son propre camp, François Hollande prend la décision inédite, mais lucide, de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de 2017, laissant la place à une nouvelle génération politique. Il a mis sur orbite un jeune loup, pour lequel, assurément, le monde de la finance n'est pas ennemi, mais ça c'est une autre histoire, que nous narrerons bientôt.
Ci-dessous, une playlist de 19 titres autour de la présidence Hollande.