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mercredi 5 mai 2010

207.The White Stripes : "The big three killed my baby"

The White Stripes est un duo composé de Meg White et Jack White (ex-époux qui a pris le nom de sa femme), devenu ces 10 dernières années un des groupes américains majeurs de la scène rock mondiale. Cette reconnaissance méritée est autant due à l'originalité de leur formation se limitant à deux individus (Meg White à la batterie, dont le style est très minimaliste et Jack White qui l'accompagne à la guitare, à la basse ou aux claviers), qu'à la qualité et tout autant la multitude de projets menés par le leader du groupe (Projet parallèles des Raconteurs et des Dead Weather avec d'autres personnalités très en vue de la scène rock actuelle comme la chanteuse Alisson Mosshart des Kills) ou à la curiosité que suscite ces deux personnalités assez atypiques (Meg White est passionnée de taxidermie, ils ne s'habillent qu'en rouge, noir et blanc etc..). A leur actif, une discographie déjà riche de 7 albums (le dernier live en date retraçant leur récente tournée canadienne totalement farfelue  pour commémorer leurs 10 ans de carrière).
Les White Stripes produisent du gros son mais peu de brûlots politiques. Ils se sont spécialisés dans le  garage rock avec de fortes influences Led Zeppeliennes, tout en allant fricoter du côté du blues (voire de la country music J. White a repris "Jolene" de Dolly Parton et accompagné Loretta Lynn sur "Portland, Oregon").
Mais voilà les Stripes sont originaires de Detroit, LA capitale mondiale de l'automobile, aujourd'hui devenue l'ombre d'elle même. Il était donc assez improbable de ne pas voir émerger quelque chose sur "MoTown" (contraction de Motor Town) en explorant leur discographie. Bingo, sur leur premier album éponyme, le titre "The big three killed my baby" nous plonge directement dans l'univers des majors de l'automobile. Cette 3° piste de l'album constituera d'ailleurs leur premier single en 1999. Sur la pochette du vynil on distingue, toujours en rouge/blanc/noir, un moteur d'automobile sur lequel est indiqué "Insert your money here" et à gauche l'arrière train d'un modèle de voiture dessiné par Preston Tucker : la Torpedo dont voici ci dessous l'intégralité.


Detroit, Michigan : du comptoir français à Motown :

C'est en 1701 que nait Detroit, fondé par Antoine Laumet de La Mothe, sieur de Cadillac. La ville se développe en tant que comptoir commercial placé sur les rives de la rivière du même nom, à proximité des Grands Lacs. La ville passe ensuite en 1761 sous contrôle britannique. Elles est dévastée par un gigantesque incendie en 1805 qui détruit son architecture française en quasi totalité.
Mais c'est entre la fin du XIX° siècle et le début du XX° siècle que Detroit, devenue, entre temps la capitale de l'état du Michigan, va prendre son essor et devenir la capitale mondiale de l'industrie automobile. C'est le début de l'histoire des Big 3 qui suivent jusque dans les années 70, un parcours auréolé de succès.

Henry Ford ouvre le feu et les usines de la Ford Motor Company fabriquent la première Ford T, appelée à une immense succès dès 1908. Le nom de Ford reste indissociable de son modèle de production le fordisme ( associant parcellisation des taches sur une chaine, salaires des ouvriers stimulant la consommation et division du travail entre les tâches d'exécution et de conception).
La première chaine est introduite chez Ford en 1912 pour approvisionner en  sable la fonderie. Celle de montage arrivera en 1913. Des millions de Ford T standardisées sortent des usines de Detroit et assurent la fortune du magna de l'automobile : entre 1908 et 1927, 15 millions de Ford T. sont produites (ci dessus Henry Ford devant la Ford T. en 1921). En 1913, Ford détient déjà 45% du marché automobile intérieur. En reconversion durant les deux guerres mondiales pour participer à l'effort de guerre national, Ford ne cessera de proposer des modèles souvent modifiés à la marge mais permettant de renouveler suffisamment  l'offre sur le marché. Après guerre la possession d'une automobile incarne un des incontournables de l'american way of life.

Ci contre le complexe Ford River Rouge photographié par Robert Franck en 1955, c'est le cœur de la FMC à Dearbourn.











Chaine d'assemblage à Detroit, Robert Franck,1955.

1908 est vraiment une année clé puisqu'elle voit simultanément naitre la Ford T et sa principale concurrente la firme General Motors. GMC (General Motors Company) qui absorbe des marques comme Buick, Pontiac, Cadillac ou encore Chevrolet. A la fin des années 20, GMC est le plus grand producteur mondial d'automobiles (dépassant Ford en 1926). Pour avoir une idée de ce que ce géant de l'automobile standardisée peut réaliser, il produit déjà en 1929 2 100 000 véhicules. Durant la deuxième guerre mondiale le groupe s'investit  comme son concurrent  dans l'effort de guerre des États-Unis. Sa puissance est telle au sortir du deuxième conflit mondial que Charles Wilson, PDG du groupe, pouvait s'enorgueillir et déclarer en 1953 que "ce qui est bon pour l'Amérique est bon pour General Motors et vice versa".


Chrysler est le dernier membre du trio constituant les Big three de Detroit. Née plus tardivement en 1924, la firme se fait connaitre en exposant son premier modèle, la Six, dans le hall de l'Hotel Commodore à New York. 3 ans plus tard Chrysler fabrique sa première décapotable promue par la publicité en couleur : l'imperial.
Avec la deuxième guerre mondiale l'entreprise se réoriente vers la production militaire : moteurs, chars Pershing etc... Une soixantaine de projets sortent des usines Chrysler.
Au cours de la décennie suivante, Chrysler affine son image de marque avec des publicités l'associant à l'élégance faite automobile, ajoute des innovations techniques importantes (un début de direction assistée ou d'auto radio par exemple) et produit la voiture la plus puissante du marché mondial : la Chrysler C-300 (1955). Sur les photos ci-dessous on voit (à gauche) le siège de l'entreprise Chrysler à Highland Park Michigan en 1942,  implantation historique de l'entreprise, à l'endroit même où la Ford Company possède une de ses usines en activité jusqu'en 1950.(photo de droite).

 


Détroit : les big three vs Preston Tucker.

C'est en 1948 que Preston Tucker va venir troubler les trio dominant de l'industrie automobile américaine et mondiale. Il n'est pas un inconnu pour les Big 3 puisqu'il a dejà travaillé sur des moteurs pour le fils d'Henry Ford, Edsel. (Sur la photo ci contre Preston Tucker, au centre  et Henry Ford à sa gauche en 1932 à Indianapolis) Au début de la guerre il récupère auprès du gouvernement les locaux de l'ancienne usine d'aviation Dodge de Chicago contre l'engagement de produire 50 véhicules. Il lève des sommes considérables et se lance dans le projet de construction d'une voiture révolutionnaire la Tucker 48 connue sous le nom de Torpedo, "the car of tomorrow today". 
La Torpedo est une voiture réellement innovante aussi bien du coté conception qu'en matière de sécurité. Elle intègre un pare brise feuilleté et éjectable, des ceintures de sécurité à l'avant et à l'arrière, un phare central mobile bougeant avec le volant (cyclope) ou encore un tablier rembourré de mousse. Sa ligne est racée.  Mais Tucker est  victime d'enquêtes répétées de commissions boursières. Il a du mal à mener à bien son projet et dénonce une campagne en sous main des Big 3 pour lui mettre des batons dans les roues par du lobbying politique ou en l'empechant de s'approvisionner en acier.  
Accusé de malversations financières,il perd la direction de son entreprise et doit renoncer à la production de la Torpedo. Ses démêlées avec la justice le contraignent donc à abandonner  ses rêves automobiles. Il est acquitté en 1950 à l'issue du procès en prouvant qu'il a rempli sa partie du contrat : il aligne 50 rutilantes Torpedo devant le palais de justice. Mais les Big 3 ont la part belle car Tucker est ruiné et son usine fermée.
Preston Tucker meurt en 1956.

The White Stripes : "The big three kills my baby".

The big three killed my baby
Les 3 grands ont tué mon bébé
no money in my hand again
je suis ruiné
the big three killed my baby 
Les 3 grands ont tué mon bébé
nobody's coming home again 
Plus personne ne vient à la maison
Their ideas made me want to spit
leurs idées me donnent envie de gerber
a hundred dollars goes down the pit 
une centaine de dollar engloutie dans le gouffre
30,000 wheels are rollin'
30000 roues tournent
and my stick shift hands are swollen 
et mes doigts collants de travailleurs à la chaine sont enflés
everything involved is shady
tout ce qui entoure [cette afaire] est obscur
the big three killed my baby
Les 3 grands ont tué mon bébé
The big three killed my baby
Les 3 grands ont tué mon bébé
no money in my hand again
je suis ruiné
the big three killed my baby
les 3 grands ont tué mon bébé
nobody's coming home again
plus personne ne vient à la maison
Why dont you take the day off and try to repair ?
Pourquoi ne fais tu pas un break pour essayer de te remettre?
a billion others dont seem to care
un milliard de personnes s'en moquent
better ideas are stuck in the mud
les meilleures idées sont engluées dans la boue
the motors runnin' on tuckers blood
les moteurs carburent au sang de Tucker
dont let them tell you the future's electric
qu'ils ne te disent pas que le future est electrique
cause gasolines not measured in metric
parce que l'essence ne se mesure pas
30,000 wheels are spinnin'
30 000 roues tournent
and oil company faces are grinnin'
et les compagnies pétrolières affichent un sourire carnassier
now my hands are turnin' red
Maintenant mes mains rougissent
and i found out my baby is dead
et j'ai découvert que mon bébé est mort
The big three killed my baby
les 3 grands ont tué mon bébé
no money in my hand again
je n'ai de nouveau plus d'argent
the big three killed my baby
les 3 grands ont tué mon bébé
nobody's coming home again
plus personne ne vient à la maison
Well i've said it now, nothings changed
Je l'avais bien dit, rien n'a changé
people are burnin for pocket change
les gens se damnent pour de l'argent de poche
and creative minds are lazy
les esprits créatifs tournent au ralenti
and the big three killed my baby
et les 3 grands ont tué mon bébé
And my baby's my common sense
et mon bébé est mon bon sens
so dont feed me planned obsolescence
ne me gave pas obsloscence planifiée
yeah my baby's my common sense
oui mon bébé est mon bon sens
so dont feed me planned obsolescence
alors ne ma gave pas obsolescence planifiée
i'm about to have another blowout
je vais de nouveau péter les plombs 
i'm about to have another blowout
je vais de nouveau péter les plombs

(NB : Merci de votre indulgence pour la traduction du texte qui respecte plus l'esprit que les mots de son auteur. Il était difficile de transposer certaines parties assez imagées et à ce titre je remercie ma collègue et amie Blandine Aglossi pour l'aide précieuse qu'elle a apporté à la traduction de la chanson)

mardi 8 septembre 2009

181. Walter Roland :"T Model Blues" (1933)

La Ford T est sans aucun doute la voiture la plus importante et la plus connue de la première moitié du XXème siècle. Celle que les bluesmen surnommaient affectueusement Lizzie s'est vendue à plusieurs dizaines de millions d'exemplaires. Essayons d'en savoir plus grâce au blues...

De Taylor à Ford

Lors de la deuxième industrialisation, l'ingénieur Frederick W. Taylor (1856-1915, en photo ci-contre) propose une organisation scientifique du travail (O.S.T.). Originaire de Philadelphie (Pennsylvanie), il travaille d'abord en atelier dans la Midvale Steel Company avant de gravir les échelons et de devenir ingénieur. Tout en poursuivant sa formation et ses observations, il entre en 1890 à la Bethlehem Steel (près d'Allentown) puis devient indépendant et écrit des publications. Il établit les règles de son OST : spécialisation des tâches qui sont répétées, chronométrage systématique, séparation de la conception et de l'exécution. C'est la fin de l'ouvrier expérimenté et polyvalent au profit de l'ouvrier "spécialisé". Ses travaux suscitent des réactions de la part des syndicats. Taylor meurt en 1915 sans avoir véritablement vu ses principes se généraliser. Les gains de productivité réalisés par ceux qui les appliquent sont considérables.

Ingénieur et inventeur de plusieurs prototypes, Henry Ford (1863-1947) participe à la création en 1903 de la Ford Motor Company. Il est celui qui va systématiser les principes de Taylor en y apportant ses propres réflexions. L'idée du travail à la chaîne n'est probablement pas de Ford lui-même, même si c'est bien dans ses usines qu'elle a été mise en place. Un employé de Ford, William Klann, aurait eu l'idée en visitant un abattoir de Chicago (Armour) où chaque employé avait une tâche précise sur les animaux à dépecer qui se déplaçaient sur un tapis roulant.
D'une industrie de luxe, l'assemblage d'une automobile, Henry Ford va faire une industrie de masse symbole de l'essor des pays industrialisés.

[Henry Ford posant à côté d'une modèle T en 1921; source]


La "Model T", naissance d'un symbole

En 1908, la première Ford modèle T est lancée sur le marché. Elle est la première à avoir le volant à gauche, ce qui sera ensuite la règle. La voiture est stable grâce à son châssis placé sur des roues écartées. Cet écartement est celui des voies de chemin de fer que la voiture peut emprunter. De bonnes suspensions et un moteur enfermé permettent au véhicule de parcourir les routes les moins bonnes. L'écartement des roues permet d'ailleurs de rouler dans les ornières laissées par les charettes. Mais la véritable révolution est celle du prix : 825 $ soit moins de la moitié de la moyenne de l'époque (ci-contre, publicité de 1908). De plus, son entretien est peu coûteux. A partir de 1913, la mise en place de la chaîne de production permet d'abaisser encore plus le prix de la voiture. Il passe à 360 $ en 1916 et 260 $ en 1921. Ford conquiert ainsi les classes moyennes en dominant ses concurrents (Buick sur ce créneau). Pour baisser ses prix, il est contraint à de fortes économies d'échelles rendues possibles par la standardisation des pièces et à l'amélioration des méthodes de production. La Ford T devient l'unique modèle de la firme, produite dans l'usine de Piquette près de Detroit, puis à Highland Park à partir de 1910 pour avoir plus de place. La production se fera également dans l'usine de River Rouge. Cette même année, 120 000 Ford T sortent des usines Ford. Au cours de l'année 1913, les ingénieurs organisent une chaine de fonderie, puis pour le montage des châssis. Les résultats sont tout de suite spectaculaires.
Dès l'année 1914 et grâce à la chaine, il ne faut plus que 93 minutes par homme pour assembler le châssis alors qu'il en fallait 840 l'année précédente. En un an, les 18 usines Ford ont produit près de 250 000 voitures. Le prix a baissé et les marges avec. Mais en vendant davantage de modèle, Ford gagne plus d'argent. Il contrôle alors près de la moitié du marché américain.
Même s'il y eut des modèles de différentes couleurs, la réplique bien connue de Ford illustre la volonté de standardiser la production : « un client peut demander cette voiture en n'importe quelle couleur, du moment que c'est noir. »
Au début des années 1920, les ventes dépassent le million chaque année. Finalement, la Ford T est vendue à 27 millions d'exemplaires entre 1908 et 1927.
Peu soucieux d'améliorer ou de changer son modèle, Ford, malgré les pressions de son fils Edsel qui gère la companie à partir de 1918, refuse toute nouvelle gamme ce qui conduit progressivement à l'essouflement des ventes. Ce n'est qu'en 1927, que le modèle T est remplacé par le modèle A, un peu plus séduisant.
[Photo : Les usines Ford à Dearborn en 1928. Probablement le modèle A]

Travailler chez Ford : avantages et inconvénients

L'autre aspect fondamental du fordisme, c'est la politique des salaires élevés. Ford déclare ainsi : « Un ouvrier bien payé est un excellent client. » Même si cette politique le rend populaire (y compris en URSS...), Ford n' a rien d'un socialiste ou d'un altruiste. Il y voit tout simplement le moyen de fidéliser ses ouvriers et d'en attirer d'autres en leur offrant une bonne rémunération en plus de la semaine de 40 heures. C'est un moyen de lutter contre l'absentéisme et le turnover des ouvriers. Aussi en 1914 propose-t-il un salaire journalier à 5$ (Five dollars a day) soit plus du double de la concurrence. Même si ce salaire n'augmente pas beaucoup par la suite, cette politique est un succès. En utilisant massivement la publicité et le crédit et en créant dans tout le pays des franchises autorisées à vendre la Ford T, la compagnie Ford connaît ainsi un succès énorme.


La part sombre de ce succès, ce sont les conditions de travail des ouvriers, mieux payés mais soumis à des cadences infernales et à des gestes répétitifs. La monotonie du travail expliquait en effet le fort turnover. L'ouvrier n'est pas là pour s'épanouir, on ne lui demande d'ailleurs pas de penser puisque d'autres s'en chargent pour lui. L'ouvrier spécialisé, symbole du fordisme, semble être devenu une machine comme l'a si bien montré Charles Chaplin dans Les Temps Modernes (voyez des extraits et l'article de Julien Blottière ici).

"Les investigations les plus consciencieuses n'ont pas mis au jour un sel cas de déformation de l'intelligence par la monotonie du travail"
Henry Ford, 1922

"Quelque chose m'a poussé à parler de la standardisation de la vie, à dire ce que je pensais des hommes devenus machines"
Charles Chaplin, 1936

Évoquons pour finir sur ce point les conceptions plus ambigües de Ford sur la question raciale et son antisémitisme notoire.

Et la musique dans tout ça ?

Non, rassurez-vous, je ne l'ai pas oubliée... La place de Ford et de ses automobiles dans la société américaine en fait également un sujet abordé dans de nombreuses chansons. C'est le cas dans le blues qui devient dans ces années 1910 un genre musical à part entière. La population noire, qui quitte massivement les Etats ségrégationnistes du Sud pour les grandes villes industrielles du Nord dont Detroit, a plutôt une bonne image du personnage.

Le prix de la modèle T fait le bonheur des moins fortunés. Sleepy John Estes (photo ci-contre) le chante dans son "Poor's Man Friend" de 1935 :
"Well well the Model T Ford Et bien la Ford modèle T
I say is the poor man's friend Je dis que c'est l'amie du pauvre
Well well it will get you there Elle t'emmènera
Hey when you're money is spend" Hé, quant tu seras fauché

Blind Blake dans son "Detroit Bound Blues" de 1928 loue les mérites de la politique salariale pratiquée par Ford :
"I'm gonna get me a job Je vais aller chercher un travail
Up in Mr Ford's place Là haut chez M. Ford
Stop these meatless days" Cesser ces jours sans viande

La solidité de la voiture est l'objet de nombreuses louanges et de nombreuses métaphores en rapport avec le corps humain, ses qualités, ses défauts, ses mouvements.
Ainsi Cleo Gibson dans son "I've Got Ford Movements In My Hips" de 1929 :
"I got Ford movement in my hips J'ai les mouvements Ford dans mes hanches
Ten thousand miles guarantee Dix mille miles garantis
A Ford is a car everybody wants to ride Une Ford est une voiture que tout le monde veut conduire
Jump in, you will see Monte, tu verras
You can all have a Rolls Royce Tu peux avoir une Rolls Royce
A Packard and such Une Packard ou d'autres pareilles
Take a Ford engine boys Prenez une Ford les gars
To do your stuff" Pour faire vos affaires

Evidemment, comme souvent dans le blues, en chantant les louanges de la voiture, on pense à la femme et à son corps. Cela est encore plus explicite dans la chanson que j'ai choisie pour vous. Il s'agit du "T Model Blues" de Walter Roland (1933), pianiste et guitariste originaire de l'Alabama :

These here women what called theirselves a Cadillac Ces femmes qui se font appeler Cadillac
Ought to be a T Model Ford Devraient plutôt être des Ford modèle T
You know they got the shape all right Tu sais, elles ont une forme convenable
But they can't carry no heavy load" Mais elles sont incapables de porter de lourdes charges

La comparaison avec Cadillac est intéressante. Avant de devenir la marque de luxe du groupe General Motors, la firme Cadillac a vu passer le jeune ingénieur Henry Ford quelques semaines. Fondée en 1899 sous le nom de Detroit Motor Company, elle s'appelle Ford Motor Company en 1901 avant d'adopter le nom du fondateur de la ville en 1701, le Français Antoine de Lamothe-Cadillac (1658-1730). Sous l'impulsion de l'ingénieur Leland, Cadillac lance son premier modèle, la "Little Hercules" et entre dans le giron de General Motors en 1909.

Certains vantent les mérites de leur vieille Lizzie comme Blind John Davis dans "My Old Lizzie"

Mais ne vous inquiétez pas, si votre vieille Lizzie est en panne au fond d'une grange, Big Bill Broonzy est capable de la réparer "I Can Fix It" (1946).


Découvrez la playlist Ford T avec Sleepy John Estes


Puisqu'il faut en terminer, signalons que d'autres s'enthousiasment pour le modèle qui a succédé à la Ford T, le modèle A, comme dans cette chanson très jazz des années 1920 : "Henry's Made A Lady Out Of Lizzie". La vieille Lizzie a été transformée pour devenir une dame qui attire l'attention de ses messieurs...






Retrouvez notre dossier sur les pionniers du blues avec de nombreux portraits.

Sources :
Cet article n'aurait pas vu le jour sans l'extraordinaire mine d'or que constitue le livre de Jean-Paul Levet : Talkin'That Talk. Le langage du blues et du jazz paru aux éditions Kargo en 2003. J'ai également utilisé Wikipedia et le Hors-Série n°36 d'Alternatives Economiques sur les grandes dates de l'histoire économique.