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samedi 18 avril 2026

Présidents en chansons: Sarkozy 2. De l'Elysée à la Santé.

Pour ceux qui l'auraient raté, nous avons consacré le précédent billet à l'ascension politique de Nicolas Sarkozy jusqu'à l'Elysée. Il est maintenant temps de nous consacrer au mandat présidentiel et ses suites, toujours à travers les chansons.  

World Economic Forum, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Une fois élu, Sarkozy nomme François Fillon à Matignon, un premier ministre falot qui lui sert, en cas de difficultés, de paratonnerre, pour ne pas dire de paillasson. Dans le domaine économique, en conformité avec son slogan "travaillez plus pour gagner plus", le président adopte non seulement des mesures libérales, permettant aux salariés de travailler au-delà des 35 heures, mais aussi des mesures fiscales pour favoriser les hauts revenus et les entreprises. Il concrétise sa promesse de bouclier fiscal, dont on comprend très vite qu'il ne protège que les plus riches. La grave crise financière mondiale de 2008 (dite des subprimes) provoque récession et chômage. Pour y faire face, le président met sur pied un plan de relance économique et de sauvetage des banques. Puis, à partir de 2010, il impose la rigueur budgétaire pour tenter de contrôler les déficits publics. Cette même année, il engage une réforme des retraites qui repousse l'âge légal de départ de 60 à 62 ans, une mesure qui provoque de grandes manifestations dans le pays. 

En 2007, la loi d'autonomie des universités (loi LRU ou Pécresse) marque les prémisses d'un désengagement de l'Etat dans la gestion des établissements, encourageant en parallèle le développement de financements privés. La logique de mise en concurrence prolonge l'idée d'une privation progressive de l'enseignement supérieur. Le 23 février 2008, dans le cadre d'une visite au Salon de l'Agriculture, le président, incapable de se contenir, lance à un visiteur qui refuse de le saluer : "Casse toi alors pov' con". Un président ne devrait pas dire ça, ce que laisse entendre Michel Delpech, dans une de ses dernières chansons : "Comme on se traite". 

Tout au long du mandat, Sarkozy se livre à une surenchère droitière, comme le prouve la création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale en 2009. Il cherche à prendre de vitesse le FN. Pour y parvenir, il prend conseil auprès de Patrick Buisson, ancien de l'Action française et rédacteur en chef de Minute, grand nostalgique de la France de Vichy. Il contribue ainsi à banaliser les idées de l'extrême droite au sein de l'électorat de la droite parlementaire. Sur ce thème, les Fatals Picards décrivent "La France du petit Nicolas", en insistant bien sur le fait qu'elle discrimine et malmène les populations immigrés ou les sans papiers ; une politique qui contribue à stigmatiser, discriminer, humilier, jeter en pâture des populations vulnérables. Exploitant le moindre fait divers, le chef de l'Etat détourne le mécontentement grandissant dans l'opinion publique à l'égard de sa politique, en désignant des boucs émissaires. Par exemple, ses déclarations font l'amalgame entre les Roms et la délinquance.  Mais comme le rappelle avec humour les Roumains de Vama dans leur morceau "Sarkozy versus Gypsy", "si tous les Roms étaient des voleurs, alors la tour Eiffel disparaîtrait".

Les groupes de rap conscient constituent une des autres cibles favorites de Nicolas Sarkozy. Ainsi, en 2002, le groupe La Rumeur publie un fanzine, dans lequel se trouve un texte de Hamé dénonçant l'impunité policière. Il écrit ainsi : "les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété." Alors ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy assigne le groupe à comparaître pour "diffamation publique envers la Police nationale". Après huit ans de procédure et cinq procès, La Rumeur est définitivement relaxée en 2010. 

En 2003, Nadine Morano, puis Nicolas Sarkozy, attentifs aux cris d'orfraie de la fachosphère, accusent le groupe Sniper de racisme et d'antisémitisme, reprochant au groupe le refrain du morceau "La France", ainsi que les paroles du titre "Jeteur de pierre". Le ministre de la Justice, qui porte plainte pour "incitation à blesser et tuer les fonctionnaires de police et représentants de l'Etat", sera finalement débouté. Tunisiaso, leader du groupe, reviendra sur ces déboires judiciaires dans son morceau "La France, itinéraire d'une polémique".

Sur la scène internationale, Sarkozy adopte une politique interventionniste. En 2009, la France revient dans le commandement militaire intégré de l'OTAN, marquant une rupture avec la politique gaulliste d'indépendance stratégique. En 2011, sous l'égide de l'organisation, il soutient l’intervention militaire en Libye contre celui qu'il avait pourtant reçu en grande pompe peu avant : Mouammar Kadhafi. Dans la foulée, lors d'un déplacement à Dakar, Sarkozy lance :  "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire." Le discours est reçu comme un véritable crachat au visage par l'auditoire ; une réaction que résume Kery James sans son morceau "Musique nègre".

En 2012, le président échoue à se faire réélire, battu par le socialiste François Hollande. L'écart entre les deux finalistes n'a toutefois cessé de se réduire au cours d'une campagne marquée par une surenchère sécuritaire et xénophobe, pendant laquelle le président sortant aura joué sur les peurs.

En 2016, il échoue piteusement aux primaires de la droite, mais continue à jouer les conseillers occultes auprès des responsables politiques, en particulier le président Macron. Il donne des conférences grassement rémunérées, prend des places de choix dans des conseils d'administration, écrit des livres. Heureusement, il sait pouvoir trouver du réconfort auprès de Carlita qui dresse les lauriers de son mari dans "Mon Raymond" (2013). "Et bien qu'il porte une cravate, mon Raymond est un pirate". 

A l'issue de son mandat, Nicolas Sarkozy doit aussi rendre des comptes à la justice. Ainsi, une avalanche de procédures s'abattent sur l'ancien chef de l'Etat. L'immunité présidentielle l'empêche d'être inquiété dans l'affaire des sondages de l'Elysée, mais ses proches trinquent (Guéant). Il est en revanche condamné à trois ans de prison dont un ferme - sous surveillance électronique - dans l'affaire des écoutes. Dans le cadre de l'affaire Bygmalion, il est de nouveau condamné à un an de prison ferme, peine exécutée à domicile à l'aide d'un bracelet électronique, un point commun avec certains rappeurs, précédemment condamnées. "On refait la cité avec des "si" / Même les mains liées, demande aux autres / j'avais le bracelet comme Sarkozy". [Panama d'Uzi]

Dans le cadre de l'affaire Kadafi (2), il écope de cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteur en vue de la préparation du délit de corruption. Un appel est en cours. Quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy prend un sacré karma. Les rappeurs ont beau jeu de se gausser de celui que la justice reconnaît comme un délinquant multirécidiviste. Voilà Neg Lyrical exaucé lui qui voulait voir "Sarkozy en prison". Ces déboires judiciaires font que Sarkozy se voit retirer la légion d'honneur, comme Pétain avant lui, ils constituent également une source d'inspiration presque intarissables pour les parodies musicales, créées par IA ou pas. Exemple avec le  " de "Mafieux en costard (Don Sarko)".

Sarkozy est, de loin, le président auquel on a consacré le plus de morceaux, dans leur écrasante majorité à charge. Cela s'explique sans doute par une personnalité et une politique délibérément clivantes. Par ailleurs, comme nous avons pu le constater, l'ex-président a souvent fourni le bâton pour se faire battre, par ses déclarations provocatrices, ses turpitudes politiques ou parce qu'il a été rattrapé par ce qu'il dénonçait. Citons, par mi beaucoup d'autres deux exemples de chansons hostiles. En 2008, Rodolphe Burger enregistre "Ensemble". Il y fait part de son aversion totale, viscérale, à l'égard du président. "On n'a pas bourré les prisons ensemble / On n'a pas rempli les avions ensemble / Je ne suis pas ton complice tu fais erreur / Ton regard moite, sous ta peau lisse me font horreur". En février 2006, en Martinique, une des chansons phares du carnaval moquait la non-venue de celui qui n'était encore que le ministre de l'intérieur, mais déjà très en froid avec Aimé Césaire, notamment à cause de la loi sur le "rôle (prétenduement) positif de la colonisation". "Sarko on t'a attendu, mais tu n'es pas venu / Promenons nous à Fort-de-France / Pendant que Sarko n'y est pas / Si Sarko était là / Nou té ké karchérizé" [Sarko Kayé]

Après la condamnation dans l'affaire des financements libyens, l'ancien président est incarcéré du 21 octobre au 10 novembre 2025 à la prison de la Santé. Il en profite pour écrire un livre, "Le journal d'un prisonnier", dans lequel il se lamente sur ses conditions d'incarcération et se compare à Alfred Dreyfus. Oui, Alfred Dreyfus! Après les trois semaines d'emprisonnement, il appelle la droite à faire cause commune avec l'extrême droite. Là réside, selon lui, la clef du succès, mais on peut aussi lire cette déclaration comme un constat d'échec, car en s'appropriant les idées de l'extrême droite, celui qui se targuait d'avoir siphonné les voix du FN en 2007, a surtout permis au RN de phagocyter la droite républicaine. 

Notes :

1. En retard dans les sondages, Nicolas Sarkozy multiplie les meetings, ce qui fait crever le plafond autorisé des comptes de campagne. Un système de fausses factures est alors mis en place pour dissimuler le subterfuge.

2. Nicolas Sarkozy aurait touché des financements libyens dans le cadre de la campagne présidentielle de 2007 en échange de contreparties diplomatiques favorables au dictateur libyen.

 Sources:
- Thomas Renard : "Quand les politiques s'en prennent au rap", Booska-P
- Karim Hammou : "La pénalisation politique du rap en France", Les mots sont importants.

jeudi 19 mars 2026

Présidents en chansons. Sarko 1 : les années Karcher.

Continuons notre exploration des présidents en chansons avec aujourd'hui Nicolas Sarkozy.    

Polémix et la voix Off : "Sarko skanking" 

א (Aleph), CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

(en version podcast)

Nicolas Sarkozy naît en 1955 à Paris. Peu passionné par les études, il hésite entre une carrière de journaliste ou d'avocat. Après une maîtrise en droit privé, il entre à l'institut d'études politiques, mais en sort non diplômé au début des années 1980. Il n'est pas un héritier, n'appartient pas au sérail politique, mais il intègre tout jeune les mouvements de jeunesses à droite, au sein de l'UDR (l'ancêtre du RPR, de l'UMP, puis des Républicains). Culotté et ambitieux, il tape dans l'oeil de Jacques Chirac, désireux de rajeunir l'électorat vieillissant de son parti. En 1983, Achille Peretti, maire de Neuilly, meurt en cours de mandat. Sarkozy lui succède, après avoir doublé Charles Pasqua, pourtant pressenti comme le successeur de l'édile défunt. L'homme prend du galon, au point de devenir le grand organisateur de la campagne de Chirac lors de la présidentielle 1988. Face au président sortant, ce dernier échoue largement, ce qui convainc son poulain de passer à la concurrence, de trahir son mentor, misant désormais sur celui que l'on appelle pas encore Doudou : Edouard Balladur. 

Avec "Chicken manager", Alexis HK imagine le combat de coq entre Sarkozy et Chirac. Ce dernier gardera une dent contre son poulain. A son entourage, il lancera ainsi "Sarkozy, il faut marcher dessus, et du pied gauche, ça porte bonheur." "Puissant, rapide, fluide et léger / Nick est un véritable enfoiré / Attaquer l'ennemi à terre, par derrière / Fait partie de ses coups de vice préférés"

 En 1993, devenu premier ministre à la faveur d'une deuxième cohabitation, Balladur nomme le jeune ambitieux au ministère du budget. Sarkozy met à profit son nouveau poste pour remplir son carnet d'adresses. La cotte de Balladur est au plus haut, alors que Chirac peine à exister. Cette même année, dans sa ville de Neuilly, il apparaît en héros médiatique après une prise d'otage dans une maternelle. Patatras, lors de la présidentielle de 1995, l'ancien maire de Paris devance son rival au premier tour, avant de l'emporter devant Jospin. Sarko a misé sur le mauvais cheval. Le coup est dur à encaisser. Pour ne rien arranger, aux européennes de 1999, la liste menée par Sarkozy subit un échec cinglant. Or, loin de jouer la carte de la repentance, il assume avoir trahi Chichi et adopte un discours frontal et blessant à l'égard de ses adversaires. 

Nommé ministre de l'intérieur par Chirac en 2002. Premier flic de France, il accourt à la suite des drames. VRP du fait divers, il s'empresse de recevoir les familles et n'hésite pas à commenter à chaud ce qui vient de se produire, quitte à bafouer la présomption d'innocence ou à marcher sur les platebandes de la justice. Il se complaît dans l'urgence médiatique imposée par les nouvelles chaînes d'infos en continu, use et abuse des petites phrases. Le 20 juin 2005, à la Courneuve, alors qu'il se rend au chevet d'une famille dont le fils vient d'être tué en marge d'un règlement de comptes, il promet de "nettoyer au karcher la cité des 4000". Les mots blessent et inspirent de nombreux artistes qui se proposent de retourner le nettoyeur à haute pression en direction du ministre. Voilà l'arroseur arrosé. 

Le 25 octobre 2005, en déplacement sur la dalle d'Argenteuil, il lance à une riveraine qui vient de le saluer: "vous en avez assez, hein ? Vous en avez assez de cette bande de racailles? Ben, on va vous en débarrasser." La encore, les artistes retournent l'insulte. C'est le cas du "Racailles" de Kery James.

Trois jours après avoir insulté les jeunes des quartiers populaires, le ministre de l'intérieur donne une version mensongère au lendemain de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents de Clichy sous Bois électrocutés dans un transformateur EDF, le 27 octobre 2005. Non seulement il accuse les victimes d'avoir voulu commettre un vol, mais il dément également toute course poursuite avec la police. Deux mensonges démontés par l'enquête, mais fidèle à sa stratégie de saturation de l'espace médiatique, Sarkozy n'en a cure. Par ses déclarations, il fait d'une pierre deux coups : couvrir la police - quitte à l'entretenir dans une culture de l'impunité - et flatter les courants les plus réactionnaires de l'opinion publique, pour lesquels ces jeunes l'auraient bien cherché. Sniper propose son bilan de cette séquence dans leur titre "Brûle". "Oui les reufs ont réagi face aux propos outranciers / Un crime impuni d'la gazeuse dans une mosquée / Du Mirail au Bosquet, engrenage dramatique / Effet boule de neige photo-matraquage médiatique / Il parle de Karcher, divise la France en 2 / Sarko t'offre un lavage à l'éléphant Bleu, Mais ce qui est malheureux c'est que l'on brûle le peu qu'on a / Alors qu'il suffirait de voter pour incendier ces connards."

Après deux ans place Beauvau et un passage éclair à l'Economie, Sarkozy prend la tête de l'UMP, qu'il entend mettre en ordre de marche dans l'optique de la présidentielle 2007. Rappelé à l'intérieur, il s'emploie à savonner la planche du premier ministre Dominique de Villepin. Pour le Bhale Bacce Crew, par sa rhétorique brutale et humiliante, le "Petit homme" ne contribue pas à attiser les tensions. "T'as tout faux, tes raisonnements son mauvais, décalés, t'as pas le niveau / T'as pas le niveau Sarko / T'es pas bien grand, c'est pas nouveau / Droite de la droite, on connaissait, mais là c'est trop / Tu alimentes la haine avec tes mots / Alors donne ton Karcher à toutes les âmes offensées"

Le sarkozysme n'a pas de colonne vertébrale idéologique. S'il est bien de droite dans son approche sociétale et économique, sa pensée est surtout faite d'opportunisme, de sondages, de coups médiatiques, de slogans ou de postulats manichéens. On se souvient du "travailler plus, pour gagner plus", du "vous êtes avec moi ou contre moi", de "la France tu l'aimes ou tu la quittes" ou encore de "La France qui se lève tôt".

Dans son objectif de conquête du pouvoir, le candidat Sarkozy n'hésite pas à marcher sur les platebandes de l'extrême droite. De fait, lors de la campagne présidentielle de 2007, il réussit à "siphonner" les voix du FN, saturant l'espace médiatique, imposant son agenda et dictant les sujets. Le 16 mai 2007, Nicolas Sarkozy, candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), est élu président de la République avec 53 % des voix, face à la socialiste Ségolène Royal. Pour célébrer la victoire, une grande fête a lieu place de la Concorde. Les soutiens musicaux de l'impétueux Nicolas louent les mérites de leur champion. "Toi Sarko, je suis bien dans tes bras" répète Enrico Macias. Mireille Matthieu lâche les "Mille colombes", en même temps que les roulements de rrrrr. Faudel, le petit prince du raï, ne sait pas encore qu'en ralliant Sarkozy, il plombe une carrière prometteuse.

Devant une foule en liesse, le vainqueur prononce un discours qu'Arman Méliès met en musique, sous le titre de "Mes chers amis". Diffusé en 2012, peu avant la nouvelle élection, me morceau fait office de piqure de rappel pour tous ceux que le mandat présidentiel a hérissé, comme une sorte d'antidote ou de contre poison. "Chacun aura sa chance / Mais cette chance il faudra qu'il la mérite / par son travail, par son engagement personnel / par ce en quoi il croit"

Après la place de la Concorde, Sarkozy se rend au Fouquet's avec ses happy few, membres du show bizz (Clavier, Halliday) et grands patrons (Arnault, Bolloré, Bouygues). Quelques semaines plus tard, le nouveau président kiffe la life sur un yacht prêté  par Bolloré. Il devient alors le président bling bling, dont les premiers actes sont autant de faux pas, qui lui colleront aux basques. 

On mesure alors que ce qui plaît au nouveau chef de l'Etat, c'est la conquête du pouvoir. Une fois à l'Elysée, Sarkozy peine à exercer la fonction présidentielle, se comportant en candidat en campagne permanente, avec tout ce que cela implique de propos violents pour s'imposer, coûte que coûte. Il met en avant sa vie privée, son couple avec Cécilia, puis Carla Bruni. Ce faisant il accentue la tendance à la peopolisation de la vie politique. La Rumeur feat Anfalsh pointe ce travers dans "De la Soufrière à la Montagne Pelée" "Des abus sociaux, des dessous d’table / Président lunettes Rayban, pour un footing pittoresque / Une chanteuse aux poésies fécales et tout le reste / Balade en yacht, et voilà le paquet fiscal / Pour le pauvre, ça fait mal comme une hernie discale"

Parmi les présidents de la cinquième République, Nicolas Sarkozy détient un record : il est le préz auquel ont été consacrées le plus de chansons commercialisées. L'immense majorité d'entre elles sont à charge, au point qu'après les mazarinades, on pourrait presque parler de sarkozynade, comme le propose Michel Kemper. L'auteur de "Si Sarkozy m'était chanté" dénombre plus de deux cents morceaux. Autant en profiter, en scindant ce billet en deux parties. Le prochain s'intéressera donc au mandat présidentiel et ses lendemains carcéraux.  

 Sources:
- Thomas Renard : "Quand les politiques s'en prennent au rap", Booska-P
- Karim Hammou : "La pénalisation politique du rap en France", Les mots sont importants.

vendredi 24 octobre 2025

« Siamo Tutti antifascisti. Chantons contre l'oppression. »

Les excellentes Éditions du Détour viennent de publier "Siamo Tutti Antifascisti. Chantons contre l'oppression". Nous y analysons 24 chants de résistance aux autoritarismes.


Extrait de l'introduction. 

" Les chansons ont contribué à fédérer les oppositions aux régimes personnels et autoritaires depuis l'époque de la Révolution française. Leurs compositeurs et leurs interprètes se sont élevés contre les idéologies qui sous-tendaient ces régimes : le conservatisme, le néolibéralisme, le nationalisme, le racisme et l'antisémitisme, sur la droite et l'extrême droite de nos échiquiers politiques actuels.

Sous la férule des monarques, empereurs, dictateurs et de leurs séides, le chant et la musique ont bien souvent été un moyen particulièrement propice à la contestation tant la structure des chants (alternance de couplets et d'un refrain), leur mémorisation et leur mise en partage pour une pratique chorale permettent de sortir de l'isolement, de faire bloc dans l'adversité, de conjurer les difficultés quotidiennes imposées par les oppressions. Chanter apporte réconfort, solidarité, résilience, donne du courage et galvanise, favorise la formation d'une communauté soudée et militante. D'une certaine manière, c'est un outil pour affronter la peur et la répression. Aussi, certains militants se voient catapultés chanteurs, presque par hasard ou malgré eux, comme le Syrien Ibrahim Qachouch ou l'Egyptien Ramy Essam, dans le contexte des révolutions arabes. "

Ci-dessous : la table des matières avec la liste des morceaux abordés :


Un flashcode permet également d'accéder une playlist rassemblant les chansons du livre.

Des extraits et la table des matières sont consultables sur le site des éditions du Détour.

Le livre est disponible dans de nombreuses librairies et peut être commandé en ligne.

mardi 14 mai 2024

Chansons contre le Rassemblement national et Marine Le Pen.

Nous avons consacré un précédent billet à la création et à l'essor du Front national, sous l'égide de Jean-Marie Le Pen. Dans celui-ci, nous nous intéressons à l'affirmation du Rassemblement national de Marine Le Pen au sein de la vie politique française avec, comme toujours, la chanson comme fil directeur. 
 


Le 1er mai 1995, entre les deux tours de la présidentielle, en marge du défilé organisé par le Front National, un groupe de skinheads pousse un jeune marocain dans la Seine. Brahim Bouarram se noie; un crime raciste de plus à mettre à l'actif de l'extrême droite. Diziz la Peste s'insurge de l'indifférence dans laquelle s'est déroulé ce meurtre : « Ca m'fout la rage de faire comme si c'était pas grave / Lorsque le FN pousse à la Seine un arabe ». ("C'est ça la France")
 
Aux élections présidentielles de 1995, Jean-Marie Le Pen obtient 15% des voix. "Un jour en France" du groupe Noir Désir décrit avec amertume la fascisation rampante des esprits, dans une société française fracturée et de plus en plus oublieuse des valeurs contenues dans sa devise. "FN, souffrance / Qu'on est bien en France / C'est l'heure de changer la monnaie / On devra encore imprimer le rêve de l'égalité / On n'devra jamais supprimer celui de la fraternité / Restent des pointillés..."

Lors des municipales de 1995, le Front National s'empare d'Orange, Marignane, Toulon, trois villes du Sud -Est. En février 1997, une quatrième ville complète la progression du lepénisme municipal avec la victoire de Catherine Mégret à Vitrolles. Les nouveaux élus entendent toutefois s'affranchir du chef Le Pen, lequel, en retour, refuse toute parole autonome au sein du parti. Le 30 mai 1997, en visite à Mantes la Jolie pour y soutenir sa fille Marie-Caroline, l'homme de la Trinité agresse la candidate socialiste et invective des manifestants anti-FN. Protégé par son service d'ordre, il insulte, hurle, menace. Ce déchaînement de violences lui aliène pour un temps une partie de son électorat et lui vaut une condamnation à deux ans d'inéligibilité.

Dans "la bête (JMLP)", les Toulousains de Zebda retournent contre le tribun breton les amalgames et raccourcis dont il est passé maître. "Il est dangereux / Il a toutes les dents pointues / Il a pas de molaires / Il a que des canines / Les commères disent de lui / Qu'il est né par le cul / J'ai vérifié l'info, il a pas de racines".

Le Pen hors-jeu, Mégret entend profiter de l'aubaine. L'élu des Bouches-du-Rhône quitte le FN avec les cadres, deux tiers des militants et le programme pour fonder son propre parti, le Mouvement National Républicain. Le Pen semble fini, dépassé, trop vieux, isolé. Entre 1999 et 2002, Mégret insiste sur sa conception ethniciste et s'emploie à faire campagne contre l'islam. Il parle d'invasion et de "colonisation à rebours", développant les thèses ethno-différentialistes de la Nouvelle Droite, antithèse parfaite de l'universalisme. "La preuve par 3" du Saïan Supa Crew donne à entendre, pour mieux la pourfendre, la rhétorique de ces islamophobes. "Pour savoir qui me vole qui m'agresse / Ce sont toujours ces maghrébins / L'économie de la France est maigre, " eh ben " / C'est de la faute de ces bougnouls / Cet été au camping j'ai mis l'grapin sur un d'ces " oufs " qu'allait / Prendre mon grille-pain / On est barge hein ? / On en héberge un / Et c'est toute la famille qui se ramène / Avec des moutons qu'ils égorgent / Un matin je voudrais me lever sans qu'il y ait tous ces boutons, / Histoire d'être seul ici / C'est pour cela que je sollicite le national front / Pour nettoyer ce que salissent ces hystériques qui n'ont pas mon teint / BLEU, BLANC, ROUGE , moi de mon temps , de mon temps / Y'avait moins d' Cheb Khaled et beaucoup plus d'Yves Montand"

Une image de radical se dessine pour Mégret, au moment où Le Pen part fumer la chicha sous l’œil des caméras. Le leader frontiste, qui cherche à se dédiaboliser, se drape dans une image de notable, tout en accusant son adversaire d'être racialiste. La situation se décante très vite. Le Pen se moque du "pu-putsch" de Mégret, dont l'influence décline rapidement. Les attentats perpétrés par Al Qaida contre les tours jumelles du World Trade Center, le 11 septembre 2001, permettent au leader frontiste de laisser libre court à son inclination raciste. Dès lors, il amalgame islam, terrorisme islamiste et immigration, prophétisant une guerre entre islam et occident. Dans"Ah les salauds!", Ridan revient sur l'obsession identitaire à l'oeuvre chez le "père cyclope", puis sa fille, sous l'oeil bienvillant des médias.  "On l'a vu venir même d'un seul œil / L'enfant maudit du Père Cyclope / En s'écriant "vivement dimanche" / Tournant les pages des livres / Le petit livre blanc / Y'a trop d'arabes dans mon pays / Trop d'musulmans, trop d'pratiquants / Pas assez d'blancs, de bons chrétiens / Pour ramasser nos p'tites poubelles / On aime le vin, le saucisson / Les vraies valeurs de la nation / Que l'on marine dans la potion / Pour faire pâlir l'Islam / Pour faire pâlir l'Islam"

Peu à peu, les thématiques identitaires et sécuritaires, sujets de prédilection de l'extrême droite, s'imposent, comme lors de la présidentielle de 2002. Au soir du 21 avril, profitant de l'éparpillement des candidatures à gauche et de la campagne brouillonne de Lionel Jospin, de l'omniprésence de la thématique sécuritaire, Le Pen devançant le candidat socialiste dans les urnes et se qualifie pour le second tour face à Jacques Chirac. Pour la gauche, le traumatisme est immense, d'autant qu'une frange importante de l'électorat populaire et ouvrier vote désormais pour l'extrême droite. 

Dans "Front contre front", Svinkels s'interroge et avance une série d'explications au succès du vote FN:" Quel est cet électorat du troisième type nostalgique du troisième Reich / Qui donne au FN 30% des voix à Trifouillis-les-Oies / Là où y'a que des Français de souche à la noix ? / On a légalisé le FN dans le sud / Comme Charles, faut qu'on le martèle à Poitiers c'est sûr / Face à ce nationalisme moi je vois peu d'civisme / Exemple à Toulon aux élections y'a 50% d'abstentionnisme / Une politique gauche, une droite qui vire vers l'extrême / Voilà les responsables et ils récoltent c'qu'ils sèment / Une classe politique pourrie fait naître un parti qui se nourrit d'un climat moisi / Et qui nous ramène tout droit vers Vichy".

Le 1er mai 2002, près d'un million de Français protestent dans les rues contre la présence de Le Pen au second tour. Le FN et ses idées continuent à faire peur et à représenter une menace contre la démocratie. Jacques Chirac est réélu président avec 82% des suffrages. Désormais cependant, rien ne sera plus comme avant le 21 avril, ressenti comme un véritable séisme politique. Sur le front musical, les réactions ne se font pas attendre : 

> Quelques heures après l'annonce des résultats, Damien Saez compose et enregistre "Fils de France", qui témoigne de la sidération provoquée chez de nombreux électeurs au lendemain du premier tour. « J'ai vu les larmes aux yeux, les nouvelles ce matin / 20% pour l'horreur, 20% pour la peur / Ivre d'inconscience, tous Fils de France / Au pays des Lumières, amnésie suicidaire »

> "21/04" d'IAM est un pamphlet contre le Front National et ses électeurs. ["La voix du peuple, la voix maudite, celle qui tue l'humanité / L'expression, la diversité, ce que sont nos cités / La voix de ceux qui veulent que la paix meurt / Qu'on se divise pour nos couleurs, pour que revive le Führer / Faut croire que vous êtes lâches, en plus, tous autant que vous êtes / Ceux qui pensent que le mal se résout par le mal peut-être / Là il y a plus de peut-être, ils ont voté pour un facho / C'est pas un vote contestataire quand on connaît Dachau".]

> Deux ans après le choc du 21 avril, regrettant la passivité ayant conduit Le Pen au second tour, No One is Innocent s'interroge avec "Où étions-nous?". Fort de ce précédent fâcheux, peu avant les régionales 2015, le groupe enregistre un appel à la mobilisation intitulé "Putain, si ça revient". « Retour de flamme, avis de tempête / Le pyromane tient l'allumette / Retour de flamme sur le bulletin et 2002 n'est pas si loin »

Pour Le Pen, 2002 n'est qu'un demi échec, dans la mesure où Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur sous le second mandat de Chirac, fait siennes les thématiques frontistes, plaçant l'identité nationale au centre des débats. Ce faisant, il parvient à siphonner une partie de l'électorat frontiste. En 2007, il remporte la présidentielle, quand Le Pen est relégué en quatrième position. La défaite électorale est cuisante, mais pour le candidat d'extrême droite, la victoire idéologique est totale, car Sarkozy et son ministre Besson engagent un débat sur l'identité nationale.

L'âge avançant, Le Pen finit par passer la main après presque quarante ans à la tête du FN. Sa fille Marine prend les rênes du parti en 2011 après avoir devancé dans les urnes Bruno Gollnisch. Le FN reste une entreprise familiale, mais les relations se tendent entre le père et la fille. Le premier s'emploie à saboter consciencieusement par ses provocations verbales la stratégie de dédiabolisation de la seconde. (1) Le vieux chef reproche à l'héritière d'être trop modérée et d'aseptiser le message de l'extrême-droite. L'affrontement porte avant tout sur la forme, car Marine ne revient en aucune façon sur le fonds de commerce de l'extrême-droite. Si les expressions de préférence ou de priorité nationale s'imposent, elles restent toujours synonymes de discrimination raciale et de xénophobie.  

Derrière son air loufoque, le "20-04-2005"de Katerine souligne les dangers liés à la passation de pouvoir à la tête du FN. Alors que le père était agressif, provocateur, la fille joue la carte de la respectabilité, remisant au placard la rhétorique ouvertement raciste; au risque de séduire un nouvel électorat, un peu comme l'on peut être séduit par une personne que l'on ne verrait que de dos.   

En 2006, alors que Marine Le Pen n'est encore que la vice-présidente du FN, la rappeuse Diam's l'interpelle dans "Marine": "Marine t'as un prénom si tendre, / Un vrai visage d'ange, / Mais dis-moi ce qui te prend. / Marine, on ne sera jamais amies / Parce que ma mère est française / Mais que je ne suis pas née ici. Marine, regarde-nous, / On est beau. / On vient des quatres coins du monde / Mais pour toi on est trop."

Lors de la présidentielle 2012, la candidate frontiste rassemble 18% des voix, soit davantage que son père dix ans plus tôt. Avec "Marine est là", Tryo invite l'auditeur à la prudence et à aller au delà d'une apparence trompeuse. Si le discours semble moins brutal, le contenu reste toujours aussi dangereux. "Main de fer pour gant de velours, / Tout en sourire, coeur sur la main, / C'est la haine qui parle d'amour, / C'est le rosier dans le purin. (...) Que cette fille a l'air sympathique, / C'est le portrait de son papa, / C'est qu'le bagout c'est génétique / Et les chiens ne font pas des chats."

Au fil des élections, l'extrême-droite renforce ses positions et triomphe sans être encore arrivée au pouvoir, car la stigmatisation des immigrés, l'obsession sécuritaire et identitaire font désormais consensus au sein d'une grande partie du personnel politique. Au prétexte que pour lutter efficacement contre le FN/RN il faut l'affronter sur son terrain, les partis traditionnels se lancent dans une surrenchère droitrière suicidaire. Le parti des Le Pen profite également du sentiment de trahison de nombreux anciens électeurs de droite et de gauche qui s'abstiennent de voter, quand ils ne rallient pas carrément le RN. "Mort aux cons" de Tagada Jones témoigne de cette désaffection/trahison.  "Aujourd'hui c'est la débandade, les camarades ont foutu le camp / Les extrémistes fanfaronnent, objectif : le gouvernement / Les miliciens sont pleins d'espoir, ils arrivent aux portes du pouvoir / Loin du temps où l'on chantait « Plus jamais de 20% »!" 

Séverin fait part de son désepoir et de sa honte dans son titre "France". "Toi tout ça ne te ressemble pas / Toi mon pays en capitale / Que j'ai foulé de mes premiers pas / Toi, tu sais comme j'ai honte parfois / De l'image que tu donnes à voir / Des idées qui battent ton trottoir / Vois, toi qui fais tant partie de moi / Comme je voudrais mettre les voiles"

 

Les hymnes anti-FN directs se raréfient dans la production musicale. Les références aux turpitudes de l'extrême-droite prennent désormais davantage la forme de métaphore que de messages frontaux.  Plusieurs morceaux comparent ainsi l'essor de l'extrême-droite à une créature cruelle et malfaisante ou à un animal (la hyène chez No one is innocent, le porc chez les rappeurs). Citons quelques exemples de morceaux "la bête" par la Tordue, "la bête est revenue" de Pierre Perret, "la bête immonde" de Michel Fugain, "La bête JMLP" de Zebda...

Les dirigeants du Front, puis du rassemblement national, quant à eux, repensent leurs liens avec l'industrie musicale. Jean-Marie Le Pen, dont le magasin de disques mettaient surtout à l'honneur les chants de légionnaires, abhorre largement le rock et totalement le rap, considéré comme une "attaque barbare", une "excroissance pathogène". A sa suite, de nombreux élus frontistes s'emploient à priver les acteurs du rap de subventions publiques ou s'élèvent contre la venue d'artistes dans des municipalités frontistes. En parrallèle, une dizaine de groupes (dont Fraction Hexagone, Ile de France, Vae Victis) se réunissent sous la bannière du rock identitaire dont le répertoire reprend à son compte les thématiques favorites de l'extrême droite. Une scène rap s'affirme même avec Amalek, Goldofaf, Millésime K ou Kroc Blanc. Tous se targuent de s'adresser aux "patriotes", aux "français de souche", victimes du "racisme anti-blanc" des "racailles" dans des raps aux titres évocateurs : "génération faf", "honneur et patrie", "steak haché cassoulet", "pute à juifs", "casseur de pédés", quand il ne loue pas les mérites de Le Pen ("JMLP"). Espérons que nos lecteurs ne nous en voudrons pas, mais nous préférons mettre à l'honneur "Que de l'amour" de Sidi Wacho. 

En juin 2018, le Front national est rebaptisé Rassemblement national. Ce toilettage terminologique n'implique aucun changement idéologique notable. La pensée binaire défendue par l'extrême droite reste la même. Les patriotes s'opposent aux mondialistes, les français d'origine aux immigrés. Marine Le Pen et sa clique attisent les craintes liées à la mondialisation et à la globalisation culturelle, défendant un nationalisme restreint, de replis identitaire, agitant la hantise du déclassement et du grand remplacement, ce concept fallacieux et complotiste. Dans le même temps, elle s'emploie à subvertir les principes et valeurs républicaine: la laïcité est vue comme un outil de lutte contre l'islam, la liberté se confond avec la sécurité, quand à la fraternité, elle ne vaut que pour ceux qu'elle nomme les "Français de souche". 

Avec "Basique", Orelsan s'emploie à dénoncer la supercherie consistant à faire passer le loup pour l'agneau. "Les mecs du FN ont la même tête que les méchants dans les films (simple) / Entre avoir des principes et être un sale con, la ligne est très fine (basique) / Hugo Boss habillait des Nazis, le style a son importance (simple) / Les dauphins sont des violeurs, ouais, méfie-toi des apparences (basique)"

Vingt ans après le séisme du 20 avril 2002, Marine Le Pen échoue à son tour, mais non sans avoir obtenu 45 % des suffrages exprimés. A l'issue des législatives, 89 députés du RN entrent au palais Bourbon. Plus que jamais, l'extrême-droite est aux portes du pouvoir et personne ne pourra dire que nous n'avons pas été prévenus.

Notes:

1. En 2015, il prend la défense de Pétain dans les colonnes de Rivarol, réitère ses propos sur les chambres à gaz comme un "point de détail" de la guerre. Ces propos entraînent l'exclusion de Le Pen du FN dont il a pourtant été le chef pendant presque 40 ans.  

Sources:

 A. Baptiste Vignol : "Cette chanson qui emmerde le Front national", Tournon, 2007

B. "Jean-Marie Le Pen, l'obsession nationale", série de 7 émissions de Philippe Collin diffusée sur France Inter, en 2023 

C. Valérie Igounet : "Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées.", Le Seuil, 2014

mardi 23 avril 2024

Chansons contre le FHaine et Jean-Marie Le Pen.

Nous nous intéressons ici à la résistible ascension de l'extrême-droite en France, avec, comme fil directeur, les chansons contre le Fhaine.

 
L'extrême droite française sort exsangue de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle elle a collaboré avec l'Allemagne nazie et mené une politique xénophobe et antisémite. Pendant une dizaine d'années, ses partisans font figure de parias.  

En 1988, les Rita Mitsouko enregistrent « Le petit train ». Sur une musique enjouée et des paroles en apparence légères, ils décrivent le processus de déportation et l'extermination des Juifs d’Europe perpétrée par les nazis et leurs alliés au cours de la Seconde Guerre mondiale. A l’heure où les négationnistes s’emploient à nier l’existence des chambres à gaz, les paroles laissent poindre une inquiétude diffuse. "Reverra-t-on une autre fois / Passer des trains comme autrefois? / C'est pas moi qui répondra / Personne ne sait / Ce qui s'y fait / Personne ne croit / Il faut qu'il voit / Mais moi je suis quand même là / Petit train / Où t'en vas-tu? / Train de la mort / Mais que fais-tu? Le referas-tu encore?"    


Une fois la Libération et l'épuration terminées, les anciens caciques vichyssois connaissent un retour en grâce à la faveur de l'adoption de lois d'amnistie. Au mitan des années 1950, Pierre Poujade, papetier du Lot, se fait un nom autour d'un programme antifiscal, antiparlementaire, anticommuniste, xénophobe et nationaliste. Son électorat se recrute chez les petits propriétaires, commerçants et artisans. Parmi les députés poujadistes accédant au Palais Bourbon en 1956 figure Jean-Marie Le Pen, 27 ans. (1) L’homme est ambitieux, bon orateur, dénué de scrupules, profondément anti-communiste et attaché à l'empire colonial. En mars 1956, Guy Mollet engage le contingent en Algérie. Le Pen décide de quitter l'hémicycle en octobre pour rejoindre le 1er régiment de parachutistes. L'Algérie française cimente alors toutes les droites radicales, convaincues que seule la préservation de l'Empire colonial assurera le rayonnement mondial de la France. Sur place, le Breton pratique et justifie la torture. 

Sarcastique, Maxime Le Forestier dresse le portrait d'un "Parachutiste", qui pourrait être le lieutenant Le Pen. "Tu torturais en spécialiste / Parachutiste / Alors sont venus les honneurs / Les décorations, les médailles / Pour chaque balle au fond d'un cœur, pour chaque entaille / Pour chaque croix noire sur ta liste / Parachutiste". Bérurier noir imagine dans "Hé hop" que "Le Pen se prend un coup'd'gégène" et Bigeard "20 ans de mitard". 


 
Au printemps 1957, le député para rentre à Paris, alors que le phénomène poujadiste périclite. Le putsch d'Alger précipite la fin de la IV° République et le retour au pouvoir de De Gaulle en juin 1958. Lors des premières législatives de la V° République, Le Pen est élu député à Paris sous l'étiquette du Centre national des indépendants et paysans, le grand parti de la droite parlementaire. Il semble alors en voie de notabilisation. Toutefois, Le Pen reste un partisan acharné de l'Algérie française; une cause perdue, mais un outil idéologique puissant pour la droite nationaliste. Comme beaucoup d'autres partisans de l'Algérie française, il voue désormais une haine inextinguible à l'encontre de De Gaulle. A ses yeux, en bradant l'Empire, ce dernier est devenu le fossoyeur de la nation. Le Pen se complaît désormais dans le ressentiment et prophétise une colonisation à rebours. "Si vous ne faites pas l'Algérie française, vous aurait la France algérienne."
L'extrême droite a perdu son combat. Les revers électoraux s'enchaînent. En 1962, Le Pen perd son siège de député. Lors de la présidentielle de 1965, il est le directeur de campagne de Jean-louis Tixier-Vignancour, l'ancien ministre de Pétain, puis avocat des collaborateurs et des membres de l'OAS. Le Breton anime les meetings et s'impose comme un orateur redoutable. Sans grand succès pour autant, puisque Tixier n'obtient que 5% des voix. Le Pen connaît alors une traversée du désert politique, mais ne néglige cependant pas d'entretenir avec soin son carnet d'adresses, ses réseaux parmi les néo-nazis et les nostalgiques de la France de Vichy. Pour vivre, il fonde la Serp, une société d’édition de disques militants dont le catalogue comprend discours de dictateurs, musique militaire et chants nazis. Les affaires ne semblent guère florissantes, mais la boutique devient le point de ralliement des diverses composantes de l’extrême droite française: cathos intégristes, nostalgiques de l'Algérie française, nationalistes, identitaires. Aux élections législatives de 1967, les différentes listes d'extrême droite réunissent moins d'un pour cent des voix.

A l'automne 1972, le mouvement Ordre nouveau se dote d’une vitrine légale, un parti politique : le Front national, présenté comme le rassemblement de "la droite sociale, populaire et nationale". Jean-Marie Le Pen est appelé à la tête de la jeune formation. L'homme a une expérience politique et possède un énorme carnet d'adresses. C'est un tribun et un militant déterminé. Ainsi, il parvient à unifier sous la bannière du Front national, et derrière son nom, la quasi-totalité de la droite nationaliste française. Il s'impose comme le leader incontesté de la droite radicale, xénophobe, se présentant comme la seule véritable opposition aux parlementaires corrompus. Il convoque le mythe d'une France éternelle qui s'inscrirait dans une continuité historique, invitant les jeunes générations à se glisser dans les pas des ancêtres, une rhétorique excluant de fait tout nouveau venu. Le parti emprunte le logo du parti néo-fasciste italien (MSI): une flamme tricolore.

En 1998, avec "la flamme", Sinsemilia en appelle à la résistance face à la progression des idées lepénistes. Le titre du morceau se réfère bien sûr au logo du Front national.

À la présidentielle de 1974, Le Pen ne réunit encore que 0,74 % des suffrages (environ 200 000 voix). Le résultat est ridicule, mais désormais l'homme devient, aux yeux de sa famille politique, le chef incontesté de l'extrême-droite. La campagne lui permet de se faire connaître. Il comprend la nécessité de soigner son look, ce qui l'incite à troquer le bandeau noir pour l’œil de verre. En 1976, il bénéficie alors d'une manne financière considérable en héritant de Hubert Lambert, richissime homme d'affaires et sympathisant d'extrême droite. La famille du défunt accuse le leader du FN de captation d'héritage. Quoi qu'il en soit, Le Pen reçoit le domaine de Montretout, situé sur les hauteurs de Saint-Cloud.

Le choc pétrolier, et la crise économique qui point constituent une aubaine pour Le Pen, qui ne cesse d'opposer les petits aux élites, les vrais Français aux "cosmopolites". Il troque désormais la question coloniale pour la question sociale. Les mutations de la société française sont exploitées à des fins nationalistes. Lors des législatives de 1978, déjà, Le Pen entend éradiquer le chômage par la réduction de l'immigration. Il use de formules chocs, simplistes et démagogiques. Le slogan d'une affiche du Front national proclame qu'"un million de chômeurs, c'est un million d'immigrés en trop." (2)

Avec "Voilà" Rachid Taha déplore la résurgence des idées racistes, qui font des immigrés, encore et toujours, les responsables de tous les maux. "Dehors, dehors les étrangers. / C'est le remède des hommes civilisés. / Prenons garde ils propsèrent, / pendant que l'on regarde ailleurs."

Faute d'avoir obtenu les 500 parrainages nécessaires, Le Pen ne participe pas à l'élection présidentielles de 1981, mais la fin de la censure audiovisuelle voulue par le nouveau président Mitterrand, permet au leader frontiste d'obtenir des passages télé. Les propos scandaleux (3) distillés à intervalle régulier, la complaisance médiatique à l'égard de son bon client, font que la verve empoisonné fait mouche. Le cordon sanitaire, qui retenait jusque là la droite dite républicaine de pactiser avec le FN, finit par céder. En 1983, l'UDF, le RPR et le FN  font liste commune lors du second tour d'une élection municipale partielle à Dreux. Une dizaine de frontistes accèdent au conseil municipal. Prolongeant cette dynamique, le parti recueille 11,4% des suffrages aux élections européennes de 1984 .

En 1985, ces succès électoraux inspirent « Anne ma sœur Anne » à Louis Chedid. « Elle ressort de sa tanière, la nazi-nostalgie : / Croix gammée, bottes à clous, et toute la panoplie. Elle a pignon sur rue, des adeptes, un parti… / La voilà revenue, l’historique hystérie. / Anne, ma sœur Anne, / Si tu savais c’que j’entends (…) les mêmes discours, les mêmes slogans, / Les mêmes aboiements ! » Alors que l'extrême-droite obtient un succès croissant. Chédid s’emploie à rafraîchir la mémoire de ses auditeurs en convoquant « un passé qui ne passe pas », ainsi que le fantôme d’Anne Frank. Au moment où les idées du Front National se banalisent, le chanteur fustige la complaisance à l’égard de la « nazi-nostalgie».

Aux élections législatives de 1986, le FN rassemble 9,6% des voix. A la faveur de l'adoption du scrutin proportionnel, trente cinq députés d'extrême-droite font leur entrée au Palais Bourbon. Pour regagner les électeurs partis au FN, la droite traditionnelle reprend à son compte le discours lepéniste. En 1991, lors d'une réunion, Jacques Chirac chasse sur les terres du Front national, en s'inscrivant dans une surenchère xénophobe. Ce faisant, il tombe dans le piège tendu par François Duprat, théoricien de l'extrême-droite, qui mène une bataille culturelle consistant à imposer le vocabulaire et les thèmes frontiste à droite. La stratégie fonctionne au seul bénéfice du FN car,  comme le serine à longueur d'interview Le Pen, "L'électeur préfère toujours l'original à la copie." "Je constate que Jacques Chirac arrive à tenir le même discours que le Front national, tout en continuant à affirmer que la FN est extrémiste et à le diaboliser. Il y a là une contradiction qu'il faudra bien lever, ou qu'à défaut, les électeurs lèveront pour lui", tacle le leader frontiste

Le morceau ""le bruit et l'odeur" du groupe toulousain Zebda intègre les mots de Chirac, pour mieux pointer les contradictions de ceux qui n'envisagent les immigrés que comme un poids, oubliant le rôle économique crucial et indispensable qu'ils jouent dans le pays.

Le Pen est un populiste qui prétend redonner la parole au peuple par l'intermédiaire des référendums. Sauveur de la nation, il fustige les élites corrompues, qui conduiraient selon lui la France au chaos. Par le slogan "Le Pen, le peuple", le tribun prétend représenter, mieux que tout autre, les aspirations populaires. Mais dans sa bouche, le peuple est défini ethniquement, par les origines et la biologie. Il défend l'idée d'un déterminisme de l'ADN et des origines familiales (un peu comme le volk allemand) qui aboutiraient à forger une "nation de chair", dont seraient exclus tous les immigrés. Afin de récupérer un électorat ouvrier déçu par les partis républicains traditionnels, Le Pen colore sa définition d'une dimension sociale, purement opportuniste. 

La sémantique joue un rôle central. Pour Le Pen, le chômage est un "cancer social", les malades du sida des "lépreux modernes". Le leader frontiste a une conception organique de la société. Le corps se définit par la filiation, le respect dû aux ancêtres. Cet organicisme fait qu'on ne peut pas accueillir de corps étrangers qui menaceraient la pureté du corps social. Dans l'optique frontiste, les chômeurs, les immigrés deviennent des dangers... Dans cette conception, inutile de mettre en place des droits sociaux ou de réguler le marché de l'emploi.  

Raggasonic dénonce le discours chauvin des obsédés du "Bleu blanc rouge". De même, à l'aide d'une punchline savoureuse, Fabe fait savoir à Jean-Marie tout le bien qu'il pense de lui. "Si Jean-Marie courait aussi vite que je l'emmerde, il serait tellement loin. / Avant je les détestais, mais aujourd'hui je les aime tellement moins. / C'est physique, biologique, au bleu, blanc, rouge, je suis allergique."

L’échec de la politique de relance mitterrandienne qu’entérine le virage de la rigueur, puis les politiques libérales de la droite détournent de nombreux électeurs des partis politiques traditionnels. Le déclin du militantisme politique et syndical, l’absence de perspectives collectives, la dégradation des conditions de vie contribuent également à la progression de l’extrême droite qui parvient à exploiter à son profit un contexte socioéconomique difficile. Le parti connaît sa fulgurante ascension alors que désindustrialisation, chômage de masse et peur du déclassement frappent durement. Cet essor du FN suscite des réactions d'inquiétudes et d'hostilité. 

Sur scène, au moment où le parti à la flamme connaît ses premiers succès électoraux, le Bérurier noir interprète son titre Porcherie, une violente charge contre Le Pen et ses idées. Chauffé par son public, le groupe ajoute un mini-couplet rageur, dont la phrase conclusive devient un slogan fédérateur: « La jeunesse emmerde le Front national ». Le titre "On vous aura prévenu" des Frères misèresmet en garde l'auditeur : "Dans un pays d'extrême-droite / on se torche avec les doigts / y'a plus de journaux pour ça / Dans un pays d'extrême-droite / On s'inscrit pas aux syndicats / Parce que des synicats y'a en a pas".


Au printemps 1987, alors que se déroule le procès Barbie, Le Pen affirme lors d'un entretien diffusé sur RTL que les chambres à gaz ne sont qu'un point de détail de la Seconde guerre mondiale. Ces propos antisémites provoquent l'ostracisme temporaire du leader frontiste, mais lui permettent également de séduire de nouveaux électeurs. D'aucuns plébiscitent un soit-disant "parler vrai", sans tabou, qui trancherait avec la langue de bois du reste de la classe politique. Le Pen peut désormais se victimiser à loisir, affirmant à qui veut l'entendre que les médias cherchent à le faire taire.

Avec "Un bon Français", la maison Tellier donne à entendre le monologue pitoyable d'un salaud ordinaire. L'ignorance, la peur, la méchanceté le conduisent à dénoncer son voisin parce qu'étranger ou différent. La référence au corbeau peut être vue comme un clin d’œil au film de Clouzot et au célèbre Chant des partisans.

Figure désormais connue de tous, le leader frontiste ne voit plus la nécessité de prendre des précautions oratoires, provoque et adore ça. Financé par la secte Moon, Le Pen arrive en quatrième position de la présidentielle 1988, recueillant un peu plus de 14% des suffrages. Au début des années 1990, Le Pen se présente en candidat anti système. En 1992, la liste frontiste aux régionales en PACA obtient 23% des suffrages, après avoir développé un discours violemment anti-immigrés. Le "Poulailler's song" de Souchon fustige la bêtise raciste. La chanson date de 1977, mais reste malheureusement toujours autant d'actualité.

Aux élections présidentielles de 1995, Le Pen stagne à 15 %. C'est alors que Bruno Mégret, un haut fonctionnaire, croit voir son heure sonnée. Libéral en économie, il adopte une conception ethnique de la société. Après avoir été membre du RPR de Chirac, Mégret rallie le FN où il place ses fidèles. En 1995, Toulon, Marignane et Orange sont gagnées par le Front national. C'est la première fois qu'il revient au pouvoir depuis Vichy, non sans créer de vives tensions et susciter l'indignation des artistes.

Dans « Tout semble si», Zebda appelle à la vigilance. "N'attends pas qu'ils reviennent / Même s'ils n'ont pas d'armes tu vois / N'attends pas qu'ils reviennent / Ils ont pris quatre villes déjà / N'attends pas qu'ils nous tiennent". Le Massilia Sound System déplore, quant à lui, la montée de l'intolérance dans la cité phocéenne ("Ma ville est malade). Enfin,  le Suprême NTM déplore que dans sa ville, St-Denis, "le borgne sénile s'amuse à faire un score de 25%". ( Plus jamais ça")

Notes:

1. Jean-Marie Le Pen naît en 1928 à la Trinité sur Mer, sur le littoral breton. Son père est marin pêcheur et ancien combattant. Sa mère est d'abord femme au foyer, puis couturière une fois son époux décédé. Fils unique, le garçon est d'abord confié à des sœurs, puis il fréquente l'école laïque, avant d'entrer au collège de jésuites Saint-François Xavier de Vannes. Le père nourrit des ambitions d'ascension sociale pour son fils unique, dont il rêve de faire un officier de marine. En 1942, Jean Le Pen meurt en remontant une mine dans se filets. Désormais pupille de la nation, son fils quitte la Bretagne pour Paris, où il multiplie les petits boulots pour financer ses études de droits. Chahuteur, il dirige la "corpo" de droit, située au quartier latin. Aux législatives de 1951, il prête main forte à Jacques Isorni, l'ancien avocat de Pétain. Le Pen est profondément anticommuniste et attaché à l'empire colonial. En 1953, son diplôme d'avocat en poche, il rejoint l'école des officiers de réserve qui le conduit l'année suivante en Indochine, alors que la guerre vient de s'achever.

2. L'auteur du slogan est François Duprat. Co-fondateur du FN, ce professeur d'histoire-géo n'en est pas moins antisémite et négationniste. La formule s'inspire du discours du conservateur Enoch Powell. Opposé à l'immigration non-blanche en Grande-Bretagne, le populiste prononce en 1969 le discours "des fleuves de sang". Comme Powell, Duprat entend développer la dénonciation sociale de l'immigration pour attirer le vote populaire.  

3. Le Pen est invité en 1984 sur le plateau de l'Heure de vérité, l'émission phare de la télévision française d'alors. L'invité joue les cabots, réclamant une minute de silence en l'honneur des victimes du communisme dans le monde. Dans les semaines qui suivent l'entretien, le FN voit le nombre d'adhérents s'infléchir de façon très nette.

Sources:

 A. Baptiste Vignol : "Cette chanson qui emmerde le Front national", Tournon, 2007

B. "Jean-Marie Le Pen, l'obsession nationale", série de 7 émissions de Philippe Collin diffusée sur France Inter, en 2023 

C. Valérie Igounet : "Le Front national de 1972 à nos jours. Le parti, les hommes, les idées.", Le Seuil, 2014