« Je chante simplement ce que j’ai sur le cœur ». Calme et puissant à la fois, le gospel viral d'un ado américain de 12 ans montre combien ce genre musical naviguant des plantations aux églises en passant par le web 2.0 a traversé l'histoire, révélant des injustices toujours tenaces. De ce cri du cœur tristement contemporain au gospel de Barack Obama entonnant en 2015 Amazing grace l'hymne fondateur du genre, retour en trois dates sur des incantations pour un monde meilleur.
2020 : I just want to live, le gospel de Keedron Bryant
Le 27 mai 2020, deux jours après le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis, c'est par un gospel que le jeune Keedron Bryant répond à la brutalité et à l'ignominie. Ce
natif de Jacksonville (Floride) n'est pas complètement inconnu au yeux du
public. Ses gospels ont déjà fait sensation lors de l'émission
de télécrochet Little Big shots mais les cinquante secondes d'I just want to live vont se propager avec la même viralité que la vidéo de l'arrestation filmée de Georges Floyd tournant en boucle sur nos écrans. Portant a capella dix lignes écrites par sa mère, Keedron Bryant prend aux tripes les habitants du village planétaire, effarés par la mort en direct d'un homme arrêté car soupçonné d'avoir écoulé un faux billet de 20 dollars. Menotté, plaqué à terre, George Floyd va pendant 8 minutes 46 secondes être asphyxié, sous le regard de trois collègues, par le policier Derek Chauvin. I cant' breathe dira t-il en vain, écho terrible aux derniers mots d'Eric Garner lui aussi plaqué au sol et étranglé par un policier en juillet 2014 à New-York.
L'agent de police comprimant le cou d'un suspect avec sa jambe ou son bras est une technique d'immobilisation courante à Minneapolis qui a, d'après NBC
News,
provoqué l’évanouissement de 44 personnes dans la ville depuis cinq ans.
Cette méthode est qualifiée aux États-Unis de neck restraints. Si dans la grande majorité des services de police, cette technique d'immobilisation semble très limitée ou simplement interdite, NBC News rapporte que le manuel du département de police de Minneapolis autorise le
recours à l'étranglement dans des cas précis auxquels l'interpellation de George Floyd ne correspond pas.
#JusticePourAdama
En France, ce fait de violence policière est venu téléscoper l'affaire Adama Traoré, relancée par une contre-expertise réalisée à la demande de la famille de la victime affirmant que la mort en 2016 de ce jeune homme de 24 ans serait dûe à un "plaquage ventral" effectué par les gendarmes lors de son interpellation.
Drapé de dignité dans son t-shirt Black intelligence, Keedron Bryant dénonce d'une voix nette l'histoire sans fin qui enferme sempiternellement des Noirs Américains dans la peur et la colère avec l’impression qu'un racisme endémique est ancré pour toujours aux États-Unis. Mais il chante aussi pour d'autres victimes dont la mort n'a pas été filmée en direct.
"I’m a young black man /Je suis un jeune homme noir,
Doing all that I can to stand /Qui fait tout son possible pour rester debout
Oh but when I look around /Oh, mais partout où je regarde
And I see what’s being done to my kind /Et que je vois comment les miens sont traités
Every day, I’m being hunted as prey /Chaque jour, je suis chassé comme une proie
My people don’t want no trouble /les miens ne veulent pas d’histoires
We’ve had enough struggle /Nous avons déjà assez lutté
I just want to live /Je veux seulement vivre
God protect me /Dieu, protège moi
I just want to live /Je veux seulement vivre"
La prière du jeune homme s'est élevée jusqu'aux hautes sphères puisque Barack Obama a repris et popularisé I just want to live dans un tweet de réaction au meurtre de George Floyd.
L'ancien président américain relaie l'émotion portée par la voix puissante de Keedron Bryant, reliant par la même occasion deux drames du racisme aux États-Unis : la mort de George Floyd et la tuerie de Charleston.
2015 : Amazing grace, quand le président entonne un standard du gospel
L’histoire des negro spirituals et du gospel plonge ses racines dans les moments les plus troubles et difficiles du peuple afro-américain. Des siècles d'esclavage où la brutalité et le racisme ont été combattus par une résistance à l'oppression portant l'espérance qu'un monde meilleur était possible. La reconnaissance des droits de chacun, le combat pour la dignité et la liberté sont bien des luttes permanentes. L’accession à la Maison blanche de Barack Obama en 2008 montre qu'une élection fortement symbolique et un double mandat ne suffisent pas à changer la donne durablement. Dans un article du Monde de 2017, Nicole Bacharan revenait sur les inégalités qui avaient fortement augmenté pendant les huit années de sa présidence :
"L’Amérique est incontestablement plus
divisée aujourd’hui. Barack Obama a créé la déception chez les Noirs
américains, parce qu’il a mis beaucoup de temps à se saisir de la
question raciale. N’empêche qu’actuellement je vous assure qu’on pleure
chez les Afro- Américains !
Une
partie de l’Amérique n’a pas supporté d’avoir un président noir, et
Donald Trump a attisé toutes ces rancœurs, les a encouragées et
justifiées. On n’a jamais connu une élection pareille. Et aujourd’hui,
beaucoup d’Américains ont peur de ce qu’il va se passer.
Qu’arrivera-t-il s’il y a de nouvelles bavures, des émeutes raciales ?'
En juin 2015, c'est en hommage aux neuf victimes du meurtrier suprémaciste blanc Dylann Roof qu'il chante Amazing grace, un standard du gospel. Considérant les Noirs comme des êtres
inférieurs, Dylann Roof avait choisi un
lieu de culte fréquenté par une population noire comme cible de son attaque et vidé son chargeur de 70 coups de feu abattant notamment Susie Jackson, une femme de 87 ans qui a reçu à elle seule plus de dix balles. Peu après son arrestation, il avait déclaré aux policiers qu’il voulait par son geste déclencher « une guerre entre les races ».
Ce chant religieux lancé par Barack Obama et repris en chœur porte le souffle d'une rédemption toujours possible. Le président le chante a capella après l'éloge funèbre du pasteur Clementa Pinckney, assassiné dans son église le 17 juin avec huit autres personnes.
Pour le Washington Post, ce moment donne à Obama l'occasion «de plonger profondément dans ses racines personnelles»
en rappelant la place des églises pour la communauté noire
américaine, de la période de l'esclavage à celle du mouvement pour les
droits civiques avec le gospel comme porte-voix :
«Notre peine est d'autant plus grande que cela s'est produit dans
une église. L'église est et a toujours été au centre de la vie
afro-américaine, un endroit pour retrouver les nôtres dans un monde trop
souvent hostile, un sanctuaire contre tant de douleurs.»
Amazing grace how sweet the sound
Incroyable miséricorde ! Qu’elle est douce la voix
That saved a wretch like me
Qui sauva le pauvre type que j’étais
I once was lost but now I’m found
J’étais perdu et maintenant je suis sauvé
Was blind but now I see
J’étais aveugle et maintenant je vois
T’was grace that taught my heart to fear
Cette miséricorde qui m’avais appris à avoir peur
And grace my fear relieved
M’a libéré de mes peurs
How precious did that grace appear
Ce pardon m’est apparu si précieux
The hour I first believed
Le jour où j’ai cru pour la première fois
When we’ve been there ten thousand years,
Alors que nous avons été là 10000 ans
Bright shining as the sun ;
Illuminés par le soleil
We ‘ve no less days to sing God’s praise,
Nous avons toujours autant de jours pour chanter la gloire de Dieu
Than when we first begun
Que le jour où nous avons commencé
Hymne chrétien composé au18ème siècle par un négrier anglais repenti, Amazing grace est devenue une des chansons les
plus populaires du répertoire américain éclaire. Retour sur sa genèse.
1772 : l'histoire d'Amazing grace, le cantique d'un repenti
L'histoire du gospel est indissociable dela traite transatlantique, de l'économie de plantation et de l'évangélisation des esclaves. Désocialisés, privés de leur liberté, les esclaves retrouvent une dignité à travers un patrimoine immatériel composé de spiritualité, de danse et de
musique. Dans les champs, les esclaves chantent a capella des work songspour tenir et peu à peu leurs paroles s'anglicisent. Le gospel est ainsi né aux États-Unis dans la lignée des Negro Spirituals adaptés des hymnes baptistes et méthodistes.
Comme l'explique Sébastien
Fath, historien et chercheur au CNRS, c'est "au moment de
l'indépendance des États-Unis, déclarée en 1776, que l'anglicanisme officiel
laisse place à un nouveau type de spiritualité chrétienne : le
protestantisme évangélique, porté par les Églises baptistes et
méthodistes. "Une des particularité de ce protestantisme c'est qu'il est très populaire."
C'est dans les black churches réservées aux esclaves que la rencontre se fait entre les working songs et le référentiel chrétien. En particulier l'Ancien Testament, l'émancipation du peuple hébreux et la sortie d'Égypte vers la terre promise. "Les Afro-Américains vont se reconnaître dans cette odyssée : les premiers chants qu'on appelle spirituals vont mettre en avant cette thématique de libération qu'on trouve dans le Livre de l'Exode."
Pour les esclaves, il s'agit de se projeter dans vers futur qui n'est
pas encore là : "On est dans cette tension prophétique", explique
Sébastien Fath. "Laisse partir mon peuple" a donné l'un des
plus célèbres negro-spirituals, "Go Down Moses".
Julien écrivait en 2009 à propos de Go down Moses, chanson qui"raconte l'histoire de Moïse délivrant les Hébreux de l'esclavage en Égypte", que "ce negro spiritual représente donc une allégorie du rêve de liberté des esclaves noirs américains. Toutes les références bibliques peuvent ainsi être transposées dans les Etats-Unis du début XIX°.
L'Egypte évoque le Sud, Israël représente les esclaves africains
d'Amérique, le pharaon les maîtres esclavagistes. La référence au
Jourdain, dans une autre version du morceau évoque l'Ohio ou encore la
frontière canadienne, synonymes de liberté.".
Et de poursuivre sur le langage métaphorique utilisé dans le gospel : "afin
de s’exprimer sans risques, les esclaves noirs américains se dotent, au
début du XIXème siècle, de tout un jargon de métaphores,
incompréhensibles des maîtres blancs. De nombreuses chansons,
hermétiques pour ces derniers, circulent de plantations en plantations.
Le terme qui désigne le système mis en place afin d'organiser la fuite
des esclaves est ainsi très représentatif de ce phénomène, on parle en
effet d' underground railroad, ou chemin de fer souterrain".
Le gospel s’enracinera dans le Sud des États-Unis alimentant ensuite les grands
genres de musique populaire comme le jazz, le blues, la country, la soul jusqu'au R&B
d'aujourd'hui. Rythmant les services religieux américains depuis des décennies, le gospel est à la fois chant d'émancipation et d'exaltation spirituelle.
Parmi les standards du gospel, il y a évidemment Amazing grace dont l'histoire est contée par cette émission de France musique Le Gospel ou le chant de l'espoir. Son compositeur est l'anglais Jonh Newton. Il est né à Londres le
24 juillet 1725. À 7 ans, il perd sa mère et son père l’inscrit dans une école privée où son caractère obstiné et frondeur lui coûte le renvoi. Il embarque alors à 11 ans à bord d'un voilier marchand commandé par son père où il apprend le métier de
marin. Il s’engage ensuite dans la marine
militaire mais il désertera et s’engagera dans la traite négrière.
La vie de l'athéiste Newton bascule une nouvelle fois en 1748. D'après le site de l'ensemble vocal Arbolesco gospel, "ses bons états de service lui valent alors d’être nommé capitaine et de
prendre le commandement d’un navire négrier en 1748. Le 10 mai,
pris dans une violente tempête sur le chemin du retour, il croit sa fin
arrivée." Pendant cette tempête, les esclaves chantent et impressionnent Newton tout autant que l'issue miraculeuse qui les attend. L'homme se tourne alors vers Dieu abandonnant le trafic d'êtres humains pour entrer dans l'église anglicane et défendre l'abolition de
l'esclavage. En 1772, il composera les paroles d'un cantique voué à illustrer un sermon et à passer à la postérité. Il évoque la rédemption à travers son parcours de négrier repenti devenu pasteur et toujours habité par les chants poignants des esclaves qu'il transportait naguère. Un article du Figaro relatant l'histoire d'Amazing grace "assure qu'il en existe plus de 1100 enregistrements". Il faudra attendre 1835 pour qu'une mélodie accompagne
les paroles de Newton, ce sera celle de New Britain, un air sans doute inspiré du folklore écossais ou
irlandais. Amazing Grace donnera aussi son nom à l’album de gospel le plus vendu au monde, celui d'Aretha Franklin en 1972
Dans La musique en colère (2008, Éditions Science Po), Christophe Traïni note cependant qu'il ne faut pas surestimer la dimension protestataire des premiers negro spirituals. "Pour cela, il faudra attendre que le travail militant de plusieurs générations d'activistes ait enfin produit ses effets. (…) Aux États-Unis, le mouvement en faveur de l'égalité et des droits civiques des Noirs qui se développe à partir de la moitié du 20ème siècle est rythmé par ces chants gospels, l'émergence de la soul ou bien encore le soutien des chanteurs protestataires de l'Amérique blanche". En 2020, c'est encore le gospel d'un gamin de 12 ans qui touche au cœur et cristallise l'indignation du monde entier.
Harriet Tubman née en 1820 et morte en 1913 fut parmi les grands noms de
l'Underground Railroad : ce réseau de maisons, tunnels et routes
élaboré par les abolitionnistes facilitait l'accès des esclaves à la
liberté. (…) En 2020, son visage devait orner un des côtés des billets de 20 dollars
aux Etats-Unis. Au dernier moment, Donald Trump a dit non…
L'immense Canada (10Millions de km²) est une confédération composée de 10 provinces. Celle du Québec compte 8 millions d'habitants (sur une population totale de 34 M) , dont 80% de francophones. (1) Cette province se distingue par la persistance de l'usage du français, alors que dès 1763 elle devient, comme le reste du Canada, une possession de la Grande Bretagne. Comment expliquer cette curiosité dans un continent nord-américain dominé par la culture anglo-saxonne?
Carte de la Nouvelle France vers 1750 (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Elle s'étire alors sur un tiers de l'Amérique du Nord, du golfe du Saint-Laurent à celui du Mexique. Le peuplement se concentre autour de l'île royale (Acadie), de la vallée du saint-Laurent et de la Nouvelle-Orléans. A l'intérieur du continent, la colonisation s'avère très extensive et repose sur le commerce des fourrures. * La Nouvelle France. L'incursion au Labrador et à Terre Neuve du navigateur John Cabot pour le compte des Britanniques en 1497, ouvre le bal d'une série de voyages exploratoires. Dès lors, les marins européens fréquentent les bancs de Terre-Neuve et exploitent les eaux poissonneuses du Saint-Laurent. Les explorations de Jacques Cartier de 1534, 1535/36 et 1541 permettent l'installation des premiers colons français en Acadie, puis dans la vallée du Saint-Laurent. Samuel de Champlain y fonde en 1608 la ville de Québec, avant que Montréal ne le soit en 1642. Acadie et rives du saint-Laurent composent ce que l'on nomme désormais la « Nouvelle France » (bientôt étendue aux territoires figurant sur la carte ci-dessus). Dans le sillage des explorateurs, des Jésuites se chargent d'évangéliser les peuples autochtones (Amérindiens et Inuits) venus d'Asie via le détroit de Béring 30 000 ans plus tôt. Les Français pratique avec les Amérindiens la traite des fourrures. En échange d'objets européens tels que des chaudrons de cuivre, des perles de verre, de l'alcool, ces derniers procurent peaux de castors, de martres et de loutres alors très prisées sur le vieux continent. Le commerce transatlantique des fourrures s'impose comme la principale activité économique et entraîne l'implantation d'un vaste réseau de comptoir de traite sur les rives du saint-Laurent. Richelieu fonde et réserve le monopole du commerce de la fourrure à la Compagnie de la Nouvelle France, ou des Cent-Associés, avec pour charge d'attirer les migrants susceptibles de peupler ces vastes territoires. (2) Cependant, l'implantation française au Canada reste avant tout perçue par les volontaires comme une opération commerciale ou évangélisatrice, non une entreprise de peuplement durable. Cette première tentative de peuplement échoue et conduit Colbert à réintégrer la Nouvelle-France dans le domaine royal.
Couple d'indiens algonquins. Compte tenu de l'immensité des territoires, les colons français doivent traiter avec les Indiens qui leurs livrent également les peaux. Un système d'alliance se met donc en place avec plusieurs groupes autochtones tels que les Micmacs, les Algonquins ou encore les Hurons. La survie de la colonie canadienne repose sur cette collaboration militaire et économique avec les Amérindiens. Des rivalités se font alors jour avec l'Angleterre. Solidement implantée sur la côte atlantique (treize colonies) et dans la baie d’Hudson, elle fonde ses revendications territoriales sur l'antériorité de la découverte de John Cabot et entend bien tirer parti de son écrasante domination démographique. (3)Les affrontements opposant les deux puissances européennes se soldent par une série de revers de la France. A la suite du Traité d’Utrecht en 1713, cette dernière cède l’Acadie, les territoires de la baie d'Hudson et Terre Neuve à l’Angleterre. Le refus de nombreux Acadiens de prêter allégeance à la Couronne britannique entraîne l'embarquement de force de la moitié de la population, contrainte de s'installer dans les autres colonies du littoral. Ce "grand Dérangement" entraîne la reprise des hostilités. Les habitants de la vallée du saint-Laurent, galvanisées par les autorités françaises, prennent les armes. Mais, la bataille décisive des plaines d’Abraham (1759) se solde par une défaite du général de Montcalm et par la perte de contrôle du Saint-Laurent. Le gouverneur François-Pierre Rigaud de Vaudreuil signe la capitulation de Montréal en 1760. Après trois années d'occupation militaire, le sort de la colonie est scellé par le traité de Paris de 1763. La France renonce à la totalité de ses possessions en Amérique du Nord (mis à part St-Pierre et Miquelon).
En conséquence, les habitants de la Nouvelle-France, francophones et catholiques, principalement installés dans la vallée du Saint Laurent, passent sous souveraineté britannique.
La bataille des plaines d'Abraham. Gravure d'après une peinture d'Hervey Smith, 1797. * Quel sort les Britanniques réserveront-ils aux populations conquises? La proclamation royale de 1763 créée la province du Québec englobant les deux rives du Saint-Laurent en aval de Montréal. Les autorités britanniques incitent les immigrants britanniques et colons anglo-américains à s'implanter dans la province afin de rendre minoritaire la population francophone et catholique. Le premier gouverneur britannique Murray s'emploie en outre à imposer les institutions britanniques et à favoriser l'assimilation et la conversion des Canadiens. Cependant, derrière ce discours de fermeté, le gouverneur, pragmatique, fait preuve d'une certaine souplesse à l'égard du clergé et des seigneurs, considérés comme de possibles garants de la paix sociale. Il est vrai également qu'à l'heure où les 13 colonies américaines (4) entrent en rébellion, le contexte politique incite à ces compromis. Aussi, pour s'assurer leur loyauté, la Grande-Bretagne reconnaît aux francophones le droit de conserver leur langue et leur religion (l'Acte du Québec de 1774). Au Québec, l'immigration britannique tant attendue s'avère décevante, tandis que les francophones doublent leur nombre entre 1765 et 1790 en raison d'un fort dynamisme démographique. L'arrivée de réfugiés britanniques "loyalistes" au terme de la Révolution américaine incitent la métropole à réorganiser ses dernières colonies d'Amérique du Nord. Pour contrecarrer l'influence des francophones, l'Acte constitutionnel de
1791 institue un gouvernement représentatif et partage le Québec en
deux provinces, le Haut-Canada (l'Ontario qui compte 95% d'anglophones) tandis qu'au Bas-Canada (Québec) les francophones constituent 90% de la population. Dans ce dernier, l'épineuse question linguistique se pose aussitôt à l'assemblée législative élue. Si le bilinguisme est reconnu, l'anglais s'impose toutefois comme la langue officielle du Bas-Canada, alors que le français n'est admis que comme "langue de traduction." Promptes à déceler des complots insurrectionnels partout,les autorités coloniales placent sous surveillance rapprochée les francophones aux lendemains de la Révolution française. Le "règne de la terreur" du gouverneur francophobe Craig (1807-1811) accentue encore la volonté d'angliciser en profondeur la société du Bas-Canada. La "mentalité de garnison" adoptée attise davantage encore les tensions ethniques, alors que l'assujettissement politique et économique contribue au malaise grandissant des francophones.
Dans ces conditions, une nouvelle formation politique, le Parti canadien, réformiste et très influencé par les idées libérales, connaît un succès croissant au cours des années 1830. Ses dirigeants, en particulier Louis-Joseph Papineau, réclament une meilleure représentation politique, une forme de souveraineté et envisagent même une amorce de laïcisation des fabriques et des écoles au grand dam du puissant clergé catholique. Mais les autorités britanniques refusent toute concession. Cette fermeté entraîne le soulèvement de nombreux francophones du Bas-Canada. La« révolte des Patriotes » de l'automne 1837 est rapidement écrasée. Le clergé catholique, resté loyal à la couronne britannique, sort de cette crise renforcée, alors que l'élite laïque est décapitée (Papineau par exemple est contraint de s'exiler). Dépêché sur place par Londres afin d'enquêter sur les origines de cet embrasement, Lord Durham souligne le caractère national de la rébellion dans le Bas-Canada: "Je trouvai deux nations en guerre au sein d'un même Etat; je trouvai une lute non des principes, mais des races." A ses yeux, les francophones, "peuple ignare, apathique et rétrograde [...] sans histoire et sans littérature" doivent être anglicisés d'urgence. Pour ce faire, l'envoyé recommande de placer les Canadiens français en minorité en réunissant Haut et Bas-Canada. Ainsi, en 1840, l'Acte d'union unifie sous un seul gouvernement le pays. Pour autant, les Anglais, divisés entre conservateurs et libéraux, doivent s'appuyer sur les Canadiens francophones pour gouverner. La langue française est reconnue au Parlement et dans les Lois, tandis qu'un régime bicéphale, dirigé conjointement par un anglophone et un francophone, est mis en placé à partir de 1848 avec l'instauration d'un gouvernement responsable. En 1867, le Canada devient une confédération. Le Québec n'est alors plus qu'une des provinces qui composent le territoire, la seule à majorité francophone. Les provinces littorales progressivement intégrées au Canada, renforcent d'ailleurs fortement le poids des anglophones à l'échelle du Canada. Au niveau provincial toutefois, le parlement obtient des pouvoirs exclusifs, notamment dans les domaines touchant sa culture spécifique comme l'éducation et le droit civil. * La mainmise de l’Église sur la société québécoise. A partie des années 1840, l'Eglise catholique accroît sa mainmise sur l'ensemble de la société québécoise. Elle tend à instaurer une "théocratie". Le très antilibéral évêque de Montréal Mgr Bourget, dans la droite ligne de l'ultramontanisme pontifical, affirme ainsi la subordination de la politique à la religion. S'affranchissant de la tutelle de l'Etat, et profitant de la quasi-inexistence de la fonction publique, l’Église fait main basse sur l'éducation et les services sociaux, désormais gérés par les communautés religieuses. Réfractaire à l'égard de toute nouveauté, les évêques exaltent l'utopie d'une société catholique, française et rurale, isolée des menaces extérieures. Ils prônent la natalité pour contrecarrer l'afflux d'immigrants du monde britannique et incitent au repli identitaire de la société québécoise. De fait, les populations francophones restent jusqu'au début du vingtième siècle majoritairement rurale, ce qui contribue à la faiblesse des contacts avec les anglophones. Cet isolement relatif contribue à la permanence de la langue française. L'Eglise ne peut cependant pas enrayer l'industrialisation naissante et l'exode vers les villes qu'elle implique. L'essor de la culture urbaine et la prolétarisation de la société québécoise entraîne la remise en question progressive de la tutelle sclérosante et conservatrice de l'Eglise catholique. (5) Le repli identitaire prôné est également voué à l'échec. Entre 1840 et 1940, des dizaines de milliers de francophones, main d’œuvre bon
marché et peu qualifiée, trouvent à s'employer dans les firmes anglo-canadiennes, quand ils n'émigrent pas aux États-Unis. Ces migrations engendrent de profondes mutations, politique, économique, culturelle contribuant, entre autres, à l'anglicisation du français
au Canada.
Jean Lesage célèbre la victoire du Parti libéral du Québec en juin 1960. * De la "grande noirceur" à la "Révolution tranquille". A contretemps de ces mutations, le régime conservateur de Maurice Duplessis, au pouvoir de 1936 à 1939 et de 1944 à 1959, semble sourd aux transformations que connaît alors la société québécoise. Connu sous le nom de "grande noirceur", il se caractérise par l'absence de réformes et le triomphe d'une idéologie clérico-conservatrice qui assure le maintien du contrôle religieux sur l'éducation et les services de santé. Cependant, les structures traditionnelles se lézardent. La victoire du parti libéral de Jean Lesage (1960-1966) et son "équipe du tonnerre" débouchent sur une "Révolution tranquille" qui transforme et modernise le Québec. La province connaît alors de profonds changements avec la laïcisation de la société et l'instauration d'un véritable Etat-providence. Les autorités provinciales appuient l'accession aux postes de responsabilité économique des francophones et engagent la nationalisation du réseau d'électricité (la société Hydro Québec). Dans le même temps, elles prennent en main la défense de la langue et de la civilisation québécoise. Cette période se caractérise d'ailleurs par une intense effervescence culturelle. Une nouvelle culture québécoise francophone s'affirme alors par l'intermédiaire d'artistes qui peuvent s'exprimer plus librement (Pauline Julien). Les militants du Front de libération du Québec (FLQ, voir ci-dessous) se trouvent à la pointe sur ce front culturel en organisant notamment le spectacle "Poèmes et chansons de la résistance".
Une bombe du FLQ explose à Westmount. Créée en 1962, le Front de libération du Québec vise à accélérer l'accession du Québec à l'indépendance. Largement inspiré par le FLN, les guérillas guévaristes, le mouvement propose d'ailleurs une analyse anticolonialiste de la situation du Québec. Dans cette optique, les Canadiens français sont des "nègres blancs", méprisés, exploités et privés de leur autonomie politique, économique et culturelle au profit du Canada et des États-Unis. Adeptes de la lutte armée, les militants du FLQ, posent des centaines de bombes visant les symboles du pouvoir canadien anglais et des usines d'armements (destinées aux troupes américaines au Vietnam) entre 1963 et octobre 1970 . A cette date, des cellules de l'organisation prennent en otage un ministre du gouvernement du Québec ainsi qu'un attaché commercial du consulat britannique à Montréal, réclamant en échange la libération des prisonniers politiques. Les autorités montent le ton, arrêtent des centaines de personnes plus ou moins associées à l'extrême gauche, suspendent les libertés fondamentales. Le corps du ministre est retrouvé dans le coffre d'une voiture. Cette issue dramatique précipite l'effondrement du FLQ par ailleurs largement infiltré par les forces de police.
"La Révolution tranquille" sonne aussi le glas du nationalisme canadien-français
traditionnel, fondé sur les valeurs religieuses et replié sur lui-même. Léquipe libérale s'emploie dès la victoire acquise à redonner le contrôle de la province aux francophones. Se considérant comme injustement marginalisés, ils adoptent pour slogan en 1962: « Maîtres chez nous ».
L'affirmation du nationalisme québécois se fonde donc sur la question de la langue. Toutefois, au nationalisme
conservateur favorable au statu quo succède un nouveau nationalisme
résolument moderne qui vise à faire du Québec l’État national des
Canadiens français. Le Parti québécois
fondé en 1968 par René Levesque attire ceux qui luttent pour la
souveraineté de la province. La formation, qui accède au pouvoir en 1976, revendique une francisation accrue du Québec. Cette exigence se
concrétise avec l'adoption de lois linguistiques, en particulier la charte de la langue française de 1977 (loi 101) qui assure au français son statut de langue officielle. Une lutte s'engage en outre au sujet des immigrants. Un amendement les oblige finalement à scolariser leurs enfants dans le réseau francophone. Si cette consécration de la prééminence et de la pérennité du français au Québec satisfait bon nombre d'habitants, mais demeure insuffisante pour d'autres. Quand certains revendiquent désormais une décentralisation et une plus grande autonomie au profit des provinces dans le cadre du fédéralisme, les autres réclament l'indépendance. Deux référendums organisés en 1980 et 1995 se soldent par l'échec des souverainistes.
Aujourd’hui, la consécration de la domination du français et l'absence d'écarts de niveaux de vie significatifs entre anglophones et francophones expliquent que la question de la langue soit devenue moins prégnante. En ce début de XXIème siècle, la société québécoise, bien que farouchement attachée à ses spécificités culturelles, a su s'ouvrir à la diversité et au multiculturalisme.
Bien que n'étant pas un État indépendant, le Québec dispose de bureaux de représentations dans différents pays ainsi que d'un siège dans plusieurs organisations internationales telles que l'Organisation Internationale de la Francophonie ou l’UNESCO.
* "Quand tu jases, moi je cause" « Mots dits français » relate avec humour l’arrivée d’un Français au Québec et la difficile communication avec les autochtones. La multiplication de contresens ouvre la voie à une multitude de quiproquos savoureux. Pour le visiteur, le dépaysement s'avère total. La chanson met en évidence, qu'au delà d'un fond linguistique commun, le français parlé au Québec et dans l'ancienne métropole, divergent profondément. Plusieurs facteurs expliquent cette situation: - En émigrant, la langue a été plus ou moins coupée du pays d'origine, ce qui explique la conservation au Québec de mots et de tournures syntaxiques disparus ou peu usités de ce côté de l'Atlantique. (6) - D'autre part, le français du Québec a évolué, s'est enrichi au contact des populations autochtones, puis britanniques qui lui ont légué de nombreux mots. De même, les toponymes
québécois illustrent cette richesse avec la coexistence de noms de lieux
autochtones (Québec:"rétrécissement des eaux", Chicoutimi: "Jusqu'ici,
c'est profond"), français (Montréal en hommage au monarque), anglais
(New Liverpool, Buckingham). L'assimilation de nombreux anglicismes (ci-dessous "joke", smoke" ...) à la syntaxe française donne d'ailleurs naissance à un langage truculent: le joual. R.Wan, chanteur de Java prend ici un malin plaisir à imiter l’accent et enchaîne les expressions typiquement québécoises. Le morceau se clôt par un hommage appuyé à la "belle province" et emprunte le« quand j’aime une fois, j’aime pour toujours » au chanteur Richard Desjardins. Notes: 1. Partout ailleurs, les francophones restent très minoritaires même si il constitue le tiers de la population du Nouveau-Brunswick. 2. Ce monopole n'empêche d'ailleurs pas un certain nombre d'individus (les "coureurs de bois") d'aller traiter directement avec les Amérindiens, sans la permission des autorités. 3. Selon les périodes, les colons britanniques sont de 20 à 50 fois plus nombreux que les Français en Amérique du nord!Ainsi, en 1760, on ne dénombre que 90 000 colons français contre 1,6 millions de Britanniques. 4. la guerre d’indépendance
qui éclate en 1775 dans ses 13 colonies, aboutit à la naissance des
États-Unis d’Amérique. 5. L'institution était restée fidèle aux autorités britanniques lors de la révolte des Patriotes pour maintenir son influence. 6. Jusqu'à l'adoption de la
loi 101 qui fixe les normes d'affichage assurant la francisation du
travail, c'est l'anglais qui domine dans l'industrie, le commerce et
l'administration. Après la conquête britannique, le français ne demeure
la langue véhiculaire qu'au sein de la famille et de l’Église. 7. Le poids de la tradition
catholique explique d'ailleurs que de nombreux jurons employés au Québec
aient une connotation religieuse et se réfèrent aux objets liturgiques
("calice", "tabernacle", "hostie" dans la chanson). Java:"Mots dits français". Les ajouts en rose expliquent ou précisent des termes québécois. Quand j’ai pris mes quartiers sous Jack dans l’nouveau monde Il faisait déjà moins six, on était au mois d’novembre. Mon pote Daniel m’attendait sur l’tarmac J’lui dis «J’suis gelé» [désigne une personne sous l'effet de la drogue] y’m’fait «T’as fumé, tabernacle?» (7) «On va prendre mon char [voiture] pour rejoindre Montréal» J’me suis vu en compagnie d’Ben Hur derrière un cheval. Puis y m’dit «Faudra qu’on s’arrête au dépanneur» [petite épicerie] J’fais «Ah bon ? T’entends un bruit bizarre dans l’moteur ?» J’lui dis qu’j’ai la dalle, il m’dit «dalle de ciment ?» Il finit par comprendre, on s’arrête au restaurant. Y’m’fait «Ici ils font des bons burger et des guédilles michigan.» [un pain de hot dog garni] «Ah ? Bah on va faire simple, j’vais prendre c’que tu prends.» En r’gardant mes frites en sauce j’ai fait grise mine Y’m’fait «Bin quoi, y a un tchètchène dans ta poutine?» [un mets typique fait de frites, de sauce et de fromage] «Non c’est très bon, mais c’est un peu écoeurant» [= super] Y’m’réponds «j’étais sur qu’t’allais trouver ça trippant» [prendre beaucoup de plaisir] (Maudits français) Disent pas tous la même chose (Maudits français) ça dépend d’quel côté on s’pose (Maudits français) C’est pas toujours la même prose (Maudits français) Quand tu jases [parler], moi je cause Puis y’m’présente un pote, il était vert fluo. J’ai vu des ours blancs et des orignaux. [une espèce de cervidé] On rentre dans un bar, y’m’fait «qu’est-ce tu veux, y a waiter ?» [cet anglicisme désigne le serveur et non les WC] «J’ai pas envie d’pisser, appelles plutôt l’serveur» On m’sert deux bière avec Charlebois sur l’étiquette J’aurais rêvé d’avoir Gainsbourg sur mon anisette. Puis j’croise le regard d’une fille à côté Y’m’dit «va cruiser [draguer] la blonde, sois pas gêné» J’finis par l’accoster elle me dit «Qu’est-ce tu veux hostie ?» [un juron. Au Québec, le mot "sacre" désigne d'ailleurs un juron] J’réponds «J’suis pas baptisé, non merci» J’propose de sortir fumer elle me dit «T’as une smoke?» [cigarette et non smoking] «J’suis plutôt jean basket» elle me dit «C’est quoi, c’est une joke ?» [blague] «C’est bizarre comme tu jases, fais un break !» [une pause] «Oh tu sais moi j’suis plutôt dans l’rap-musette» (Maudits français) Disent pas tous la même chose (Maudits français) ça dépend d’quel côté on s’pose (Maudits français) C’est pas toujours la même prose (Maudits français) Quand tu jases, moi je cause Dans la rue, j’ai eu des élans romantiques Mais y avait pas d’fleuristes alors j’ai improvisé J’lui ramasse deux jolies feuilles d’érable, elle dit: «J’m’en calisse [s'en foutre], J’aurais préféré un joli bouquet d’fleurs de lys»[référence au drapeau québécois tandis que l'érable renvoie à celui du Canada] Viens chez moi mais j’te préviens, j’ai un chum» [un mec, prononcé «atchoum»] «Bah c’est normal avec ce froid, d’attraper un rhume» Arrivé chez elle, elle m’dit «Tires toi une bûche [s'asseoir], tu capotes ?» [tu vas bien ?] J’sors un préservatif. «Espèce de quétaine [ringard], ranges ton bébelle [objet inutile], salaud» «J’comprends pas, c’est pas moi qu’aie demandé !» «C’est donc comme ça qu’tu m’aimes-tu ?» «C’est plutôt sans capote !» Elle m’a jeté à la rue. (Maudits français) Disent pas tous la même chose (Maudits français) ça dépend d’quel côté on s’pose (Maudits français) C’est pas toujours la même prose (Maudits français) Quand tu jases, moi je cause Malgré ces quiproquos, j’ai trippé comme un dingue De Québec-Ville jusqu’à l’Abitibi-Témiscamingue [région administrative de l'ouest du Québec] J’ai rencontré dans c’pays des résistants Qui pratiquent avec finesse le langage-ment La belle province [une périphrase utilisée pour désigner le Québec], j’suis en amour, Et comme dit Richard [Desjardins] «Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours !» Sources: - "Pourquoi le français a résisté?", John Diclinson dans Les Collections de l'Histoire n°40, 07/2008. - Articles consacrés au Canada et au Québec dans le "petit Mourre, dictionnaire d'histoire universelle, Bordas. - Le dessous des cartes consacré au Québec. - Gilles Havard: "L'aventure oubliée de la Nouvelle France, dans les Collections de l'Histoire n°54, janvier 2012. - "Québec", collection Guides Gallimard, 1995. - Francis Dupuis-Déri: "Le Front de libération du Québec: la révolte des "nègres blancs" , in "68. Une histoire collective", La Découverte, 2008. - Un dictionnaire québécois en ligne. Liens: - Banque d'images sur l'histoire du Québec. - Histoire du français au Québec. - "La révolution tranquille" dans les riches archives de Radio-Canada.
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.