mercredi 14 octobre 2020

"Dans ma ville on traîne". Visite guidée et habitée de l'aire urbaine de Caen par Orelsan.

Aurélien Cotentin naît en août 1982 à Alençon. A 16 ans, il déménage avec sa famille à Caen. Après des études de management, le jeune homme se lance dans le rap en tant qu'Orelsan. Beaucoup de ses titres insistent sur la dépression et le sentiment de mal-être qui affectent une frange non négligeable de la jeunesse française. 

Avec "Dans ma ville on traîne », le rappeur propose une description de sa ville de Caen. L'intérêt principal du titre est de rappeler qu'un espace géographique, avant d'être un objet d'étude, reste surtout un lieu de vie, que l'on habite. Le rappeur énumère ses souvenirs d'enfant, d'adolescent, d'étudiant. Ce faisant, il raconte SA ville. Il associe chaque action passée au lieu où elle s'est déroulée.  "On a traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares / Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades".

Orelsan propose ici une immersion dans les différents espaces constitutifs de l'aire urbaine caennaise. Sa visite est incarnée, nourrie par ses expériences, ses souvenirs, bons ou mauvais. Dans ce billet, nous lui emboîtons le pas à la découverte de l'aire urbaine caennaise. 

Caen vue par Orelsan. Carte réalisée grâce à umap openstreetmap (version pdf)

* "Dans les rues pavées du centre."

La ville-centre concentre les services (commerces, administrations, loisirs, transports, éducation) et les monuments anciens. Au Moyen-Age, Caen connaît un grand essor, avec la constitution du duché de Normandie. En son centre s'élève le château ducal érigé par Guillaume le Conquérant vers 1060. "Le chateau, ses douves" occupent un vaste espace entre le centre-ville et l'université. Les Caennais s'y promènent volontiers, entretenant les légendes urbaines les plus farfelues. Caen possède un très riche patrimoine architectural qui lui vaut parfois le surnom de "ville aux cent clochers" (comme sa rivale Rouen). Citons, parmi d'autres merveilles, les abbatiales Saint-Etienne (abbaye aux Hommes) et de la Trinité (abbaye aux Dames), les églises Saint-Pierre, Saint-Nicolas, Saint-Sauveur...

Big Pilou / CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)
 "Dans les rues pavées du centre, (...) tous les magasins ferment". Comme dans la plupart des villes françaises, cette vacance commerciale s'explique par les baux exorbitants pratiqués et la concurrence des grandes zones commerciales de la proche banlieue. A l'heure de fermeture des bureaux et des commerces, le centre ville semble se vider. "Après 22 heures, tu ne croises plus de gens." Le trafic, la trépidation sonore des activités diurnes disparaissent soudain. "T'entendras qu'les flics et l'bruit du vent". Pourtant, en dépit des apparences, le centre reste un espace récréatif, un lieu de fêtes. Quand les cols blancs et employés de bureaux regagnent leurs pénates, ils cèdent la place aux "mecs de la fac en troisième mi-temps", qui vont se terminer "dans les quelques bars qui servent encore. / Où y'a des clopes et des Anglais ivre-morts". Le rappeur connaît bien ces heures vides de la nuit où le temps semble se suspendre sous l'effet de l'alcool. Il répète à trois reprises: "J'ai tellement traîné dans les rues d'Caen / Avec une bouteille où tout l'monde a bu dedans / Entre deux mondes en suspens / Criminelle, la façon dont j'tuais l'temps". Dans la chaleur de la nuit, une faune interlope prend possession des lieux. Les "clochards dont tout l'monde connaît les noms", fréquentent l'épicerie de nuit (l'épicerie des Quatrans). Dans "un coin perdu" - la presqu'île entre l'Orne et le canal - "les filles se prostituent au milieu des grues". La visite guidée de Caen par Orelsan ne ressemble décidément pas à celle de l'office du tourisme. Point de Mémorial ici, mais des alcoolos, des clochards célestes et "Gigi" qui s'ouvrent "les veines à coups d'tesson". Dans la ville-centre, l'extrême pauvreté côtoie la richesse car c'est aussi ici que "les bourges font les courses" dans des magasins devant lesquels "les punks mendient".

Service de la ville de Caen / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)
 Malgré le processus de gentrification à l’œuvre, malgré la disparition de nombreux commerces, la ville-centre reste le cœur battant de l'aire urbaine. "J'ai fait des mariages, des enterrements / dans les mosquées, les églises et les temples" se remémore le rappeur. Parce qu'on y trouve une très grande diversité de fonctions et de services, parce qu'elle concentre les emplois et attire la main d’œuvre, elle polarise l'espace. Elle bénéficie d'ailleurs d'une excellente accessibilité grâce à des infrastructures de transports denses et diversifiées. Un aéroport, une gare LGV, des autoroutes assurent la desserte de la ville. Dans son titre, Orelsan mentionne aussi le tramway, le périph', le canal, le port (de plaisance), les bus qui relient Ouistreham où il est possible de prendre un Ferry pour l'Angleterre. 

* "Tu t'réveilleras sur les bords de la ville."

Mondeville 2. Ikmo-ned / CC BY-SA
S'endormir dans le tram et se réveiller au terminus, c'est être aux limites de la ville, en banlieue, là où les zones commerciales sortirent de terre au cours des décennies 1970, 1980. Dans les banlieues se trouvent en effet les activités qui prennent beaucoup de place: les zones commerciales, industrielles, d'activités ou artisanales... Là, en lisière de la ville-centre, juste à côté du périph', "les centres commerciaux sont énormes". Dans les temples de la consommation moderne, "on passait les samedis en famille (...), même quand on avait que dalle à acheter", se souvient Orelsan. Les marges de la ville-centre, la proche banlieue accueillent également une part importante de la population urbaine dans des pavillons ou des logements collectifs. Là,"tu peux voir les grandes tours des quartiers", "où l'architecte a cru faire un truc bien" mais s'est souvent raté. Les Zones Urbaines Sensibles de La Grâce de Dieu, La Guérinière, La Pierre Heuzé, Hérouville Est (Le Val, Le  Grand Parc, Les Belles Portes), les quartiers de Champagne ou du Chemin Vert  concentrent les difficultés sociales. Mal raccordées au centre, ces cités s'apparentent à des espaces de relégation, témoignages de la ségrégation socio-spatiale qui affecte aussi les grandes aires urbaines. "Si j'rappais pas, j'y serais jamais allé / Parce qu'on s'mélange pas tant qu'ça, là d'où j'viens", note ce rejeton de la classe moyenne qu'est Orelsan. 

Roi.dagobert / CC BY-SA
 La banlieue est aussi l'espace d'installation des grandes industries dévoreuses d'espaces.  "Si tu vois d'la fumée (...) / C'est qu'dans les usines pas très loin / On s'calcine, on s'abîme, on fait du carburant pour la machine".  Les principales industries de l'agglomération toujours en activité se situent au nord et à l'est de Caen: usines Renault Trucks ou Renault Véhicules Industrielles à Blainville, sur la presqu'île entre l'Orne et le canal, PSA à Cormelles-le-Royal... Sur cette commune, l'usine Moulinex produisait de petits appareils électro-ménagers. Après une longue bataille judiciaire, elle ferma ses portes en 2001, mettant sur le carreau 3 000 salariés. De 1917 à 1993, à Colombelles, les ouvriers de la Société Métallurgique de Normandie produisaient de l'acier, jusqu'à la délocalisation en Chine. L'ancienne tour réfrigérante (photo ci-contre) témoigne du riche passé industriel de la région, mais aussi de sa désindustrialisation avancée. Le "chaudron" est devenu une friche et ne fume plus.

* "Près des baraques pavillonnaires où les baraques sont les mêmes."
Au delà des grandes tours des quartiers, des usines et des centres commerciaux,
"y'a des champs, y'a plus rien". Rien hormis "des pavillons rectilignes / Où on pense à c'que pense la voisine / Où on passe les dimanches en famille / Où on fabrique du blanc fragile". Le manque de logements adaptés, les prix exorbitants de l'immobilier, le besoin de nature et la révolution des transports ont incité de nombreux citadins à s'installer dans les couronnes périurbaines dont l'extension spatiale se poursuit au gré des opportunités foncières. Cette périurbanisation entraîne donc un phénomène d'étalement urbain. Dans les zones pavillonnaires, les maisons sont construites en série suivant des plans identiques. Bien que parfois relativement éloignées de la ville-centre, les communes de la couronne péri-urbaines restent dépendantes de la ville-centre dans la mesure où au moins 40 % de la population ayant un emploi continue d'y travailler. En journée, les lotissements sont vidés d'une grande partie de leurs habitants partis au boulot "en ville". Le soir, ces derniers rentrent chez eux. Ces migrations pendulaires impriment donc des pulsations bien particulières au sein de l'aire urbaine.

* Métropole Caen la Mer.

La balade touche à sa fin. La concentration des populations et des activités diverses et spécialisées assurent à la métropole caennaise une aire d'influence régionale, contrariée cependant par la proximité de la capitale. Il n'empêche que de nombreux jeunes bas-normands ("les mecs de la fac") poursuivent leurs études à l'université de Caen. Les malades, quant à eux, se font soigner au CHU. "L'hôpital qu'on voit d'partout" est un bâtiment monstrueux de 83 mètres de haut construit avec autant de fantaisie que les immeubles staliniens moscovites de l'après-guerre.  

Caen se situe à quelques kilomètres de la Manche, un littoral touristique très fréquenté. Des "bus (...) t'emmènent à la mer en moins d'vingt minutes". Les Anglais viennent en nombre en raison de la proximité géographique et de la présence de Ferry assurant la traversée. Depuis la côte, "tu vois l'Angleterre derrière la brume"... Enfin à condition de croire aux légendes urbaines. Les grandes et belles plages normandes attirent également de nombreux touristes franciliens dont Orelsan se souvient qu'ils n'étaient guère charitables. "Où les Parisiens nous trouvaient tellement nuls." Caen et sa région ont été durement éprouvées par les combats du débarquement. Le rappeur y fait d'ailleurs référence lorsqu'il décrit le centre-ville vidé de ses habitants. "Après vingt-deux heures, tu croises plus d'gens / Comme si on était encore sous les bombardements."

C°: A l'issue de cette promenade caennaise, on peut constater qu'Orelsan entretient un rapport ambivalent avec sa ville. "Parler du beau temps serait mal regarder le ciel". Orelsan insiste sur l'humidité du climat océanique caennais et son ineffable "crachin normand". Ces ondées drues, mais peu denses font dire à Orelsan que sa ville n'est "même pas foutue d'pleuvoir correctement". Mais dans le même temps, il constate:"J'peux pas la quitter, pourtant, j'passe mon temps à cracher dessus (...)/ J'la déteste autant qu'je l'aime, sûrement parce qu'on est pareils." Le rappeur a usé ses fonds de culottes dans les rues de Caen. Il se souvient des "avions en papier" qu'il jetait du pont avec mamie Jeannine, mais aussi de ses aventures adolescentes. Tous ces souvenirs expliquent sans doute son attachement à la ville. "À chaque fois qu'ils détruisent un bâtiment / Ils effacent une partie d'mon passé". 


Dans ma ville on traîne.

                          Dans ma ville on traîne, entre le béton, les plaines                                                       

Dans les rues pavées du centre où tous les magasins ferment
On passe les weekends dans les zones industrielles
Près des zones pavillonnaires où les baraques sont les mêmes
Ma ville est comme la première copine que j'ai jamais eue
J'peux pas la quitter, pourtant, j'passe mon temps à cracher dessus
Parler du beau temps serait mal regarder le ciel
J'la déteste autant qu'je l'aime, sûrement parce qu'on est pareils
On a traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares
Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades
Traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares
Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades

J'ai tellement traîné dans les rues d'Caen
Avec une bouteille où tout l'monde a bu dedans
Entre deux mondes en suspens
Criminelle, la façon dont j'tuais l'temps (X3)

Après vingt-deux heures, tu croises plus d'gens
Comme si on était encore sous les bombardements
T'entendras qu'les flics et l'bruit du vent
Quelques mecs de la fac en troisième mi-temps
Qui devraient pas trop s'approcher du bord
Quand ils vont s'terminer sur le port
Dans les quelques bars qui servent encore
Où y'a des clopes et des Anglais ivre-morts
Cinq heures du mat'
La queue dans les kebabs en sortie d'boîte
Tu peux prendre une pita ou prendre une droite
Ou alors tu peux prendre le premier tram
Et, si jamais tu t'endors
Tu t'réveilleras sur les bords de la ville
Là où les centres commerciaux sont énormes
Où on passait les samedis en famille
Où j'aimais tellement m'balader
Même quand on avait que dalle à acheter
You-hou, ouais
Le caddie des parents ralentit devant Pizza Del Arte
Pas loin du magasin d'jouets
Où j'tirais des chevaliers
Près du pont où ma grand-mère m'emmenait
Lancer des avions en papier
Où tu peux voir les grandes tours des quartiers
Où l'architecte a cru faire un truc bien
Si j'rappais pas, j'y serais jamais allé
Parce qu'on s'mélange pas tant qu'ça, là d'où j'viens
Après, y'a des champs, y'a plus rien
Si tu vois d'la fumée quand tu reviens
C'est qu'dans les usines pas très loin
On s'calcine, on s'abîme, on fait du carburant pour la machine
À côté des pavillons rectilignes
Où on pense à c'que pense la voisine
Où on passe les dimanches en famille
Où on fabrique du blanc fragile
Longe le canal, prends l'périph'
T'arrives à la salle où j'ai raté des lay-ups décisifs
Pas loin d'un coin perdu
Où les filles se prostituent au milieu des grues
Là où y'a les bus
Qui t'emmènent à la mer en moins d'vingt minutes
Où les Parisiens nous trouvaient tellement nuls
Où tu vois l'Angleterre derrière la brume
Passe devant l'hôpital qu'on voit d'partout
Pour nous rappeler qu'on y passera tous
Et tu seras d'retour en ville
Où les bourges font les courses et les punks mendient
Où y'a des clochards dont tout l'monde connaît les noms
J'ai vu Gigi s'ouvrir les veines à coups d'tesson
Devant l'épicerie, celle qu'est toujours ouverte
Près du château, ses douves et ses légendes urbaines
J'ai fait des mariages, des enterrements
Dans les mosquées, les églises et les temples
Sous un crachin normand
Elle est même pas foutue d'pleuvoir correctement
Ma ville aux cent clochers
À chaque fois qu'ils détruisent un bâtiment
Ils effacent une partie d'mon passé” 


Ci-dessus: le Caen d'Orelsan. 

Sources:

- Le formidable travail réalisé par Denis Sestier avec une de ses classes a été une grande source d'inspiration pour rédiger ce billet. A partir des paroles de la chanson, l'auteur propose ce croquis. . Merci Denis!

- "Orelsan, le rap d'une France en crise

- Le morceau décrypté par Genius.  

- INSEE: "Caen la Mer, une communauté urbaine attractive, notamment pour les jeunes." 

- Claude Boniou, Camille Hurard: "En 50 ans, de profondes mutations sociales et démographiques dans les quartiers de la ville de Caen", site de l'INSEE. 

- "La Normandie et ses territoires", INSEE.

Liens:

- D'autres morceaux consacrés à des villes: "Je viens de là"par Grand Corps Malade.

- "Ce que la géographie nous apprend de l'histoire du rap français", Télérama. 


jeudi 1 octobre 2020

Dans les pas de Demy, visitons le Rochefort des Demoiselles.

Avec le film Lola sorti en 1960, Jacques Demy se fait un nom en tant que réalisateur. Dès l'année suivante, il travaille avec Michel Legrand sur un projet de film entièrement chanté dont l'intrigue se déroulerait sur fond de guerre d'Algérie. Il faudra près de trois ans aux deux amis pour mener à bien leur entreprise. La persévérance paie, les Parapluies de Cherbourg remportent un immense succès dont la Palme d'or 1964. Dès lors, Legrand et Demy s'attellent à la création d'une comédie musicale "à l'américaine". (1) Fort du succès des Parapluies, le réalisateur dispose d'un budget permettant d'embaucher des stars hollywoodiennes. Legrand le convainc de recruter le fondateur Gene Kelly avec lequel il a déjà travaillé pour la série américaine An American in Paris. L'icône des musicals accepte, mais exige de chorégraphier ses pas. Demy recrute également George Chakiris et Grover Dale qui viennent de triompher dans West Side StoryLe chorégraphe irlandais Norman Maen imagine des ballets très influencés par  ceux de Busby Berkeley (Chercheuses d'orPlace au rythme) et Gene Kelly. Catherine Deneuve, Françoise Dorléac, Jacques Perrin, Danièle Darrieux, Michel Piccoli complètent le casting.

* Une comédie musicale française à l'américaine.
Dans les Demoiselles, les clins d’œil aux Musicals sont légions. Juste après son coup de foudre pour Solange, Andy chante sa chanson et joue dans la rue avec des enfants, réminiscence évidente du I got rhythm, chanté et dansé par Gene Kelly pour Un Américain à Paris (1951). De même, les jumelles arborent des robes rouges pailletées en tout point comparables à celles portées par Jane Russel et Marilyn Monroe dans les Hommes préfèrent les blondes (1954) de Howard Hawks.
Le réalisateur a analysé avec minutie la structure de West Side Story. Pour son film, il veille à son tour à faire progresser dialogues et actions par le chant et la danse en duos ou en groupes. "Toute situation quotidienne peut tourner au ballet, et le moindre geste à la chorégraphie." (source E)
L'hommage de Demy à l'âge d'or de la comédie hollywoodienne et de Broadway intervient au moment où les films musicaux deviennent de plus en plus rares aux Etats-Unis.

* Scénario. 
Le film, dont l'action se déroule sur trois jours, ouvre dans la ville de Rochefort une parenthèse enchantée le temps de la "fête de la mer", une kermesse organisée par les forains sur la place centrale. Les jumelles, Delphine (Catherine Deneuve) et Solange (Françoise Dorléac), enseignent la danse et le piano. En quête de l'amour idéal, les deux sœurs se morfondent à Rochefort et rêvent d'une carrière à Paris! Madame Yvonne (Danièle Darrieux), leur mère, tient un café place Colbert. Elle élève seule son jeune fils Boubou dont elle n'a pu se résoudre à épouser le père (Michel Piccoli) en raison de son nom ridicule (monsieur Dame). Prise de remords, elle a cherché à le retrouver, mais a perdu sa trace. 
Les jumelles croisent les forains Bill et Étienne
(George Chakiris, Grover Dale). Subjugués par leur beauté, les deux hommes leur demandent de participer au spectacle qui doit clore la fête.
Chaque protagoniste cherche le grand amour. Finalement, après moult péripéties, trois couples se forment, correspondant à trois types d'amour:
- nostalgique pour Madame Yvonne qui retrouve Simon Dame. Leur amour se construit sur la durée, nourri par la séparation et le temps.
 
- le coup de foudre pour Solange et Andy (Gene Kelly), un compositeur américain rencontré par hasard. 
- enfin l'amour idéal, sublimé, pour Delphine et Maxence (Jacques Perrin). Après s'être croisés sans jamais se voir, ils finissent par monter dans le même véhicule dans l'ultime scène du film.  

Les Demoiselles de Rochefort mettent en scène les destins croisés de personnages prédestinés à s'aimer, mais qui se ratent sans cesse. La rencontre est empêchée, repoussée jusqu'à la fin du film, voire après le générique final. 

Pont transbordeur (photo perso 3/9/2020)

* Le choix de Rochefort.    
Ville fluviale bâtie sur la rive droite de la Charente, Rochefort est née en 1666 de la volonté de Louis XIV d'y établir un arsenal, dans le but de faire de la France une grande puissance maritime.  Une ville nouvelle sort de terre. Trois siècles plus tard, Jacques Demy recherche le cadre idéal pour sa comédie musicale "à la française". A la différence des musicals américaines, Jacques Demy cherche à tourner en décor naturel, non dans des studios. En quête du lieu idéal, le réalisateur sillonne la France, mais les recherches s'avèrent longtemps infructueuses, jusqu'à ce que Rochefort s'impose, comme une évidence.
«  Je voulais d'abord faire Les Demoiselles d'Avignon, (…) mais je n'ai pas pu trouver à Avignon cette fichue place où les forains arrivent et s'installent. D'Avignon, je suis allé à Hyères, car je trouvais que Les Demoiselles d'Hyères faisait un titre fort joli aussi. Même chose, je n'y ai pas trouvé la place (…). Et puis je suis revenu en continuant à chercher : Toulouse, Narbonne, Tarascon, Beaucaire, La Rochelle... et c'est en revenant à Noirmoutier que tout à coup j'ai vu cette place centrale de Rochefort. Et là ça a été le déclic immédiat, je n'avais aucun doute : ce serait Rochefort. Cette architecture militaire très ordonnancée, ça m'a plu beaucoup : il y avait déjà un côté très pictural, architectural, qui convenait bien pour un Musical. J'avais déjà écrit une partie du script et je suis tout de suite rentré pour l'achever. » 
 Lorsque Demy porte son dévolu sur le port, Rochefort n'offre pas un visage très séduisant. Il s'agit alors d'une ville garnison à l'activité plutôt léthargique depuis la fermeture de l'arsenal en 1927. (2) La vase obstrue deux bassins du port. Le long bâtiment de la Corderie royale, ultime vestige du lustre d'antan, est en piteux état. Les façades sont décrépites. Le quartier de la Cabane Carrée possède tous les attributs d'un bidonville.

Mis à part les usines Zodiac et Bois Déroulés (usine de fabrication de contreplaqué), l'économie rochefortaise dépend alors presque exclusivement des activités militaires (base aérienne, centre-école d'aviation, centre d'aérostation maritime, usines Sud Aviation). 

La place Colbert et la mairie de Rochefort. (photos perso prises le 27/5/2020)


* Transformer la ville. 
En dépit, de ce tableau peu engageant, Demy retient la ville comme lieu de tournage. L'aspect très ordonnancé, pictural de Rochefort semble convenir à merveille à l'intrigue du film dans lequel six personnages en quête d'amour se croisent sans se voir. "J'ai eu le coup de foudre pour la place Colbert. Elle est carrée, entourée de bâtiments tirés au cordeau, avec un sol dallé où j'installerai mes danseurs, mon orchestre. On y fera une fête avec baraques, bistrot", explique Demy à un journaliste de France Soir dans l'édition du 2 février 1966.  

Le choix du site tient sans doute aussi aux points communs avec Nantes, la ville d'enfance du réalisateur: un port fluvial proche de l'océan qui vit au rythme de la vie maritime. Le réalisateur ancre son propos, il intègre la ville entière à une histoire qui se passe dans un milieu social simple.

La caserne Martrou et la maison du crime [photos perso prises le 24/6/2020

 Les lieux emblématiques de la cité sont alors investis par le cinéaste et ses comédiens. A quelques encablures de la ville, le pont transbordeur enjambe la Charente. L'édifice permet d'accéder  à Rochefort sans gêner la navigation, remplaçant ainsi avantageusement un système de bac aléatoire. L'ingénieux dispositif de nacelle imaginé par l'architecte Arnodin séduit Demy, qui gardait le souvenir ému du pont transbordeur de Nantes, disparu en 1958. Le film débute ici avec une chorégraphie des forains montés sur la nacelle pour traverser le fleuve. 

 Construite selon un quadrillage composé de rues se coupant à angle droit, la ville abrite un îlot resté vide en son centre, la place Colbert, dont le revêtement est alors composé d'un dallage de couleur rose avec des carrés noirs et blancs à la vénitienne. (3) Les forains y installent leurs stands dès leur arrivée en ville. La place fait office de force centripète vers laquelle convergent tous les danseurs. Hors de ce point central, Rochefort est vue comme une ville labyrinthique dans laquelle les couples vont incessamment se perdre, se croiser et se manquer. La place centrale et son café constituent le cœur du labyrinthe. Sur un des côtés de la place, le café Garnier est construit spécialement par Saint-Gobain. Ultra moderne avec son décor de verre tout en transparence, il fonctionne comme un prisme, un point de rencontre. Le troquet constitue le point nodal de l'intrigue. Tout le monde y passe pour apprendre les nouvelles, se présenter... L'arrivée des forains tire Rochefort de sa torpeur et métamorphose la ville. "Pavoisons à grands coups de soleil / Peignons des éclats de rire, décorons / Enluminons la ville, allumons / Des feux de joie, de plaisir et de sourire", clament-ils. Au fond, ce sont les forains qui révèlent la ville à elle-même. 

Nacelle du pont transbordeur au dessus de la Charente. (photo perso, 3/9/2020)
 
Un peu à la manière de l'arrivée des forains dans le film, Jacques Demy et son équipe transforment le port tristounet en un décor de conte de fées. Le temps du film, le magasin aux vivres de la Marine devient l'entrée de l'école de Boubou. Le magasin de musique de M. Dame est aménagé spécialement dans un coin de la Bourse du commerce.
Pour redonner du lustre à Rochefort, le cinéaste s'adresse à son ami Bernard Evein qui procède à des aménagements afin de transformer l'apparence de la ville portuaire. Le décorateur fait ainsi repeindre en blanc les façades rochefortaises pour les sortir de leur grisaille. Dès le mois d'avril 1966, une armada de peintres badigeonnent la caserne Martrou, la Bourse du commerce, la mairie, les façades de la place Colbert. Volets et portes arborent bientôt des couleurs pastels (bleu, rose, jaune, vert). Même l'eau du bassin de la place Colbert est remplacée par un liquide bleuté plus "photogénique". Evein a également l'idée de repeindre le pont transbordeur en rose, mais compte tenu des 9 tonnes de peintures nécessaires, il doit renoncer à l'entreprise pour se contenter d'une nacelle repeinte en rouge vif et blanc. 
Aux couleurs des façades répondent celles des costumes. Jacqueline Moreau (ancienne condisciple de Demy aux Beaux-Arts de Nantes tout comme Bernard Evein) dessine et fait fabriquer des robes à lignes simples et recherche les accessoires nécessaires aux différentes tenues. Les chapeaux sont créés par Jean Barthet, modiste de renom... 
Dans la rue Chanzy, le magasin aux Vivres devient l'école de Boubou le temps du tournage. (photos perso prises le 27/5/2020)

* "Il ne faut pas prendre la légèreté à la légère."Derrière les couleurs pastels et l'apparente légèreté du propos se cache une réalité plus grave. Madame Yvonne élève seul Boubou. "Nous fûmes élevées par maman / Qui pour nous se priva, travailla vaillamment / Elle voulait faire de nous des érudites / Et pour cela vendit toute sa vie des frites", chantent les jumelles. Courageuse, Yvonne s'affaire dans son café, où elle se dit "séquestrée", "clouéeLe malheureux Boubou insupporte sa mère et ses demi-sœurs. Aller le chercher à l'école semble une corvée pour les trois femmes qui le rabrouent sans cesse. Comme souvent chez Demy, la figure du père est montrée négativement ou absente. Pépé se fait servir ou assemble ses maquettes rivé à sa chaise.
Demy s'intéresse à des gens ordinaires et à leur quotidien. Il aime les marginaux ou les gens peu considérés. Il met en scène des marins, des forains auxquels il fait chanter une ode au nomadisme, des femmes libres et indépendantes qui ne se font pas dicter leur choix par la morale bourgeoise ambiante, osent parler en public du "creux de leurs reins" et de leur nudité. Elles sont libres, audacieuses, insolentes, hédonistes et détonnent dans la société patriarcale d'alors. A fortiori, les jumelles sont des enfants naturels, ce qui reste encore mal vu en 1967.


Le fil conducteur du film est la recherche contrariée d'un bonheur simple, du grand amour. Chacun doit (re)trouver sa chacune, mais la rencontre attendue est sans cesse retardée en vertu d'un principe de contrariété. L'action consiste en une série de chassé-croisé et de ratages amoureux. Les protagonistes se manquent à un quart de seconde près ou croisent les mauvaises personnes. Andy rencontre Delphine alors qu'il aurait dû rencontrer Solange; Maxence fait la connaissance de cette dernière, mais ignore l'existence de sa jumelle, qui correspond pourtant en tout point à l'amante fantasmée. Delphine n'aime que les blonds, mais ne tombe que sur des bruns. Maxence "n'aime que les blondes" et fait la connaissance d'une rousse... Quand un coup de foudre a lieu (Solange et Andy), les amoureux se perdent de vue aussitôt et se cherchent. 
Chaque personnage décrit le portrait de l'homme ou de la femme de ses rêves. Le spectateur connaît donc l'idéal amoureux de chacun et les associe aux personnages du film. Maxence peint la femme idéale sous les traits de Delphine, sans qu'ils ne se soient jamais rencontrés. "Comme ce type doit m'aimer puisqu'il m'a inventé", constate la jeune femme. Ce n'est qu'à l'extrême fin du film que Delphine croise enfin Maxence, et encore cela n'est que suggéré dans le dernier plan du film. "Tous les personnages se cherchent comme dans un film-poursuite. Les rencontres ne sont pas fortuites mais policièrement orchestrées, savamment élaborées, enchevêtrées comme un puzzle", résume Demy.



Les lieux de tournage des Demoiselles à Rochefort.
* Le rôle de la musique. 
Le rapport à l'art s'avère primordial chez Demy. Cinéphile dès le plus jeune âge, le réalisateur peint, photographie, filme... Dans les Demoiselles, il multiplie les références picturales. La galerie Lancien expose ainsi un portrait de Delphine à la manière de Bernard Buffet, un Mobile de Calder ou encore une œuvre proche des Tirs de Niki de Saint-Phalle.
La mise en valeur de couleurs nettes et de motifs simples contribuent à rendre le film très graphique.
Solange compose un concerto, Andy et monsieur Dame sont pianistes, Delphine enseigne la danse, Maxence peint... C'est le film de l'art. Tout le monde est artiste et veut se rendre à Paris, le lieu de centralité. On part, on s'évade et on tente sa chance.

Pour les Demoiselles, Demy écrit un scénario, ainsi que les textes de 27 chansons en alexandrins, sans que les musique ne soient faites. Michel Legrand est au désespoir. "La chose la plus difficile pour moi était de faire de la musique joyeuse. La tristesse est beaucoup plus simple à interpréter, mais Jacques Demy n'en voulait pas une once dans les Demoiselles." Le compositeur s'acquitte à merveille de sa mission en proposant des musiques variées, gaies, tandis que tous les textes, en alexandrins, ont la même rythmique. 
Le réalisateur assigne des fonctions spécifiques aux chansons. Celle des jumelles s'apparente ainsi à une chanson d'exposition. "Elles se présentent, expliquent au spectateur qui elles sont." (source E p11)
Les morceaux servent aussi à se dévoiler. "Face caméra, les personnages chantent (...)[dévoilant] le fond de leur pensée avec une sincérité parfois déroutante." (source E p11) Par exemple, lorsqu'elle rompt avec Guillaume Lancien, Delphine s'épanche sans détour. La musique est alors le moyen d'accéder à l'intériorité du personnage. Quand Andy chante son coup de foudre pour Solange à Simon Dame, ce dernier disparaît de l'écran comme pour mieux signifier que la chanson correspond à ce qu'il y a dans la tête d'Andy (plan bulle). De même, la danse relaie l'expression des sentiments quand les mots ne suffisent pas. La joie des protagonistes contamine par exemple les passants qui se mettent à virevolter dans leur sillage comme lorsque Delphine s'ébroue dans les rues de Rochefort (ci-dessous).


Danses et chansons jouent un rôle primordial dans l'intrigue. Ainsi, "les six protagonistes partagent leurs airs et parfois leurs paroles: les âmes sœurs sont prédestinées puisqu'elles chantent les mêmes notes sans le savoir. (...) Ce rapprochement sonore révèle la proximité de leur état d'esprit, montre qu'ils sont prédestinés à «s'entendre»." (source E p21) [les deux vidéos ci-dessous]
Le chant et la danse permettent de conjurer la pesanteur du quotidien. Lorsque la musique disparaît, une dépression atmosphérique et morale semble s'abattre sur les personnages, comme lors du dîner au café Garnier. Sans airs, le repas devient pénible, les convives s'ennuient, les alexandrins deviennent pesants. Les dialogues le soulignent: "Que ce dîner manque d'attrait!", déplore Yvonne. "Il manque la musique!", répond Solange. "Quant à moi, aujourd'hui, je me sens... quotidienne", constate Delphine.
Tous les acteurs sont doublés pour le chant, à l'exception de Danièle Darrieux, une habituée des comédies musicales d'avant-guerre. Anne Germain, Claude Parent, Jacques Revaux sont les voix de l'ombre de Delphine, Solange et Maxence.

 La chanson de Maxence semble répondre à celle de Delphine.


* Le tournage. 
Le tournage des Demoiselles se déroule du 31 mai au 27 août 1966. Dès le premier clap, Rochefort se met au diapason du film et s'anime. La ville, transformée en un vaste studio à ciel ouvert, se met au service de l'équipe du film pour que tout se passe pour le mieux. En immersion, les acteurs et l'équipe technique partagent la vie des Rochefortais, que le réalisateur cherche à associer au film. Pour faire de la figuration et participer à la grande kermesse finale, il suffit de s'inscrire! Nombre d'habitants (une classe de CM2 de l'école Émile Zola, cinq motards du Moto Club rochefortais...) apparaissent ainsi à l'écran. Tout le monde joue le jeu. Le maire (Francis Gaury) cède par exemple son bureau pour en faire l'appartement/studio de danse des demoiselles. L'équipe du film se restaure au Grand Bacha et se retrouve chaque soir au cinéma l'Alhambra-Colbert pour visionner les rushes.



* Conclusion.

Peu de villes ont la chance de lier leur nom au titre d'un film, l'image de Rochefort est désormais intimement liée au film de Demy. Aujourd'hui encore, les visiteurs cherchent à retrouver les lieux emblématiques du film. L'office du tourisme propose d'ailleurs un circuit "sur les pas des Demoiselles de Rochefort". Le nom de rues de la cité en témoigne. En 1992, l'artère reliant la ville au pont transbordeur est nommée avenue Jacques Demy, l'esplanade située devant la gare est baptisée place Françoise Dorléac . (4) Le conservatoire de musique et de danse de Rochefort devient le conservatoire Michel Legrand peu après la disparition du compositeur et musicien (26 janvier 2019).

Beaucoup de personnes restent hermétiques à l'esthétisme du cinéma de Demy, mais pour les aficionados du réalisateur, les Demoiselles constituent un must, dont l'impact à long terme s'avère considérable. Si une partie du public est décontenancée par le film à sa sortie, la bande originale vaut à Michel Legrand une nomination aux Oscars en 1969. L’œuvre s'impose au fil des ans, jusqu'à faire l'objet d'un véritable culte, une de ces œuvres dont les inconditionnels connaissent les dialogues et les chansons par cœur. Depuis 1967, Les Demoiselles n'ont cessé d'inspirer les musiciens comme le prouvent les reprises en version jazz (Bud Shank, Bill Evans), chanson (Natalie Dessay, Brigitte, Chico et les Gypsies, P.R2B, Clara Luciani, Juliette Abitbol), classique (la harpiste Catherine Michel, Trotter Trio) des compositions de Michel Legrand.
L'objectif déclaré de Demy était de "faire un film dont le sentiment serait joyeux, faire en sorte que le spectateur soit, après la projection, moins maussade qu'il ne l'était avant de rentrer dans la salle." L'objectif est atteint.

Notes:
1. Kelly demande également à ce qu'on lisse le macadam des portions de rue où il danse. 
2. L'envasement constant de la Charente entraîne la fermeture des arsenaux en 1927. 
3. La première chorégraphie pose ainsi le canevas du film. Les forains investissent le cœur de la ville et l'animent. Aux forains, se joignent les mères de familles, les marins et les militaires, dans une ronde folle autour du bassin. 
4. Le 26 juin 1967, Françoise Dorléac est attendue pour la première de la version anglaise du film à Londres. Son avion décolle de l'aéroport de Nice. La comédienne est en retard et roule trop vite; elle perd le contrôle de son véhicule qui vient percuter un panneau de signalisation. La jeune femme de 25 ans meurt brûlée dans la voiture dont elle n'a pu s'extraire à temps. 

 Sources: 
A. Chantal Allès Marçais "Rochefort, la demoiselle de Jacques Demy" (Arte)
B. Les
lieux de tournage des demoiselles.
C. Les
demoiselles de Rochefort ont 50 ans" (INA)
D. "
Tournage des Demoiselles de Rochefort de Demy".
E. Diverses ressources sur les
Demoiselles , avec en particulier le dossier pédagogique dans le cadre du dispositif Lycéens au cinéma.
F. "Les Demoiselles de Rochefort,
le film du bonheur" [les chemins de la philosophie sur France Culture] 
G. Parcours dans les pas des Demoiselles. (pdf)
H. "Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy ont 50 ans" (France Inter)
I. Michel Legrand:"Jacques Demy et moi, nous étions deux frères" (France musique)

D'autres villes charentaises à l'honneur dans l'histgeobox: Jarnac, Saintes, Royan, la citadelle de Saint-Martin-de-Ré.  
La bande originale du film en version anglaise.
- Le script du film.  
- "Quiz: connaissez-vous vraiment le cinéma de Jacques Demy" (Télérama) 
- "Les voix de l'ombre des films de Jacques Demy". Article érudit de Rémi Carémel.