Ancien économiste de plateaux télé, Javier Milei, préside aux destinées de l'Argentine depuis décembre 2023, date à laquelle il impose sa politique néolibérale de manière autoritaire. En deux ans, le miracle promis n'a pas eu lieu. L'inflation galopante à son arrivée au pouvoir, n'a été que jugulée, mais reste élevée. Surtout, l'homme politique d'ultradroite a pratiqué des coupes sombres dans toutes les dépenses sociales, hormis les allocations familiales, afin de maintenir de nombreux foyers des classes populaires juste au dessus du seuil de pauvreté et pour éviter une explosion de colères. S'il jouit encore d'une cote de popularité certaine, du soutien de Trump et de l'establishment argentin (l'agrobusiness, le secteur énergétique) qui profitent de la déréglementation économique et écologique, des critiques de plus en plus nombreuses se font entendre, en particulier parmi les victimes collatérales de la purge budgétaire :les femmes, les personnes LGTBQUIA+, les étudiants, les retraités.
Argentina.gob.ar, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Dans le cadre de sa grande entreprise de désossage en règle de l'Etat, le président ultralibéral s'en prend au monde de la culture, notamment la musique, qui se retrouve dans l'œil du cyclone enclenché par le libertarien. Un petit tour d'horizon s'impose.
Lors de la campagne présidentielle de 2023 qui le verra triompher, Milei mobilise la musique à son profit. Entre deux provocations, il n'hésite alors pas à pousser la chansonnette, en particulier en reprenant Panic Show du groupe La Renga, au grand dam de ses membres. Il éructe plus qu'il ne chante : "Salut à tous, je suis le lion, la bête a rugi sur l'avenue, tout le monde s'est mis à courir, sans rien comprendre..." On confirme.
Il a ensuite repris à son compte un titre de Bersuit : Se viene el estallido (l'explosion arrive) dans un clip de campagne, là encore sans l'accord des membres du groupe. Cette appropriation culturelle n'a rien d'anodin dans un pays resté très attaché à "el rock nacional" et aux figures de résistances musicales (voir le podcast et le billet que nous y avons consacrés).
Face aux critiques du monde musical, Milei accuse les artistes de vivre des subsides publics, de soutenir l'opposition péroniste, de n'être que "des gauchistes de merde". Il s'engage alors à supprimer toute forme de subvention à la culture, "une dépense qui n'apporte rien" selon lui. Dès son accession au pouvoir, il s'empresse également de supprimer le ministère de la culture, pour n'en faire qu'un secrétariat d'Etat.
L'hostilité aux musiciens qui ne le rallient pas débute avant même son accession au pouvoir. Ainsi, après le premier tour de la présidentielle 2023, qui voit Milei virer en tête, Lali Esposito, une chanteuse extrêmement populaire en Argentine, fait part sur X de sa consternation. "Quel danger, quelle tristesse !" Le candidat, bientôt élu, voit rouge. "Je ne sais pas qui elle est, j'écoute les Rolling Stones." Dès lors, il poursuit de sa vindicte la chanteuse, à laquelle il consacre une multitude de tweets haineux et messages orduriers, lâchant à ses trousses une horde de trolls fanatiques, révulsés par les positions féministes et pro-lgbt d'Esposito. Milei accuse bientôt la chanteuse de n'être qu'un "parasite" vivant aux crochets de l'Etat. Lors de ses prises de paroles, le président ne cesse de stigmatiser l'artiste qu'il renomme Lali Deposito ("dépôt"). Mais qui s'y frotte s'y pique. La chanteuse relève le gant et riposte en chansons. Sorti en septembre 2024, le titre Fanático s'adresse directement à Milei.
"Tu aimes prétendre que tu n'as aucune idée de qui je suis /
Je sais que tu as un poster de moi dans ta chambre /
Tu prétends être le méchant, mais tu manques d'affection /
Mais viens ici, viens plus près, je signerai ta photo."
Tout au long du morceau, elle multiplie les allusions aux passes d'armes échangées par médias interposés. L'impétueux président est réduit au statut de fan énamouré d'une star qui semble l'obséder. La chanson figure sur un album au titre bien senti: "Inutile de répondre quand le diable vous interpelle". Le clip de la chanson se déroule dans une sorte d'entrepôt, un lieu lugubre qui pourrait être un clin d'œil au surnom infamant dont l'avait affublé Milei. La chanteuse met les rieurs de son côté et en quelques heures, le titre devient tube (la vidéo totalise 20 millions de vues fin octobre 2025 !) et se mue en un hymne de l'opposition, repris dans toutes les manifestations anti Milei. Loin de briser la carrière de la chanteuse, les attaques haineuses du camp présidentiel à son encontre, la transforment en icône de l'opposition de gauche.
En cette fin d'année 2025, la situation se corse pour le président libertarien. La situation économique reste fragile. Les coupes sociales ont accru encore les inégalités d'une société fragmentée et paupérisée. Or, celui qui vitupère sans cesse contre les politiciens "chorros" (voleurs), semble rattrapé par les scandales de corruption. Sa soeur, Karina Milei,une ancienne vendeuse de tartes sur Instagram, propulsée secrétaire générale de la présidence (1) en vertu des pratiques népotiques tolérées par son frère, est accusée d'avoir reçu des pots-de-vin, à hauteur de 3% sur l'achat de médicaments par l'agence national du Handicap. (2) Ainsi, ce scandale frappe durement celui qui se présentait comme le président "anticaste".
Dans ses concerts, Lali Esposito souligne les contradictions de l'homme à la tronçonneuse. Le 6 septembre, au lendemain de la déroute électorale subie par le camp présidentiel dans la région de Buenos Aires, des milliers de fan de la chanteuse se mettent à chanter à l'unisson : "celui qui ne saute pas a voté Milei ! ". Sur scène l'artiste interprète Fanático. Au cours du morceau, elle fait le geste trois avec ses mains, une allusion évidente aux pots-de-vins reprochés à Karina Milei et au parti La Liberté avance. La chanteuse imite ensuite une des poses favorites de Milei, levant ses deux pouces en l'air. Tout cela sous l'œil hilare d'un public considérable.
Bientôt, sur les réseaux sociaux, un refrain vise Karina Milei : "une sacrée ripou, la meuf est une sacrée ripou..." En quelques heures, le morceau, pastiche du standard cubain Guantanamera, se trouve sur toutes les lèvres des Argentins anti-Milei, y compris celles des députés de l'opposition au Congrès. "Le quotidien est très dur en Argentine et cette chanson, c'est un peu l'ironie du désespoir, analyse Maria Paula Godoy, la musicienne à l'origine d'Une sacrée ripou. En tant qu'artiste, on cherche toujours à ce que la musique soit un pont pour aider à exprimer ce que l'on sent collectivement. Une sacrée ripou me confirme que l'art possède cette force." (source F) Le titre s'impose aussitôt comme l'hymne de la campagne électorale pour la province de Buenos Aires, en septembre 2025 (élections perdues par le camp présidentiel). Le succès du refrain témoigne indubitablement des signes de l'érosion de la popularité de Milei.
Pour autant, les scandales ne font pas taire le président, bien au contraire. Début octobre 2025, dans le cadre d'une tournée promotionnelle pour vendre son nouveau livre et en vue des élections de la fin du mois, Milei, accompagné de certains de ses ministres, donnent un concertdans une grande salle de Buenos Aires. Au moment même où le président fait l'objet d'une défiance croissante en raison de son bilan économique et social contesté, et alors même qu'il doit répondre des accusations de corruption visant son entourage, la scène semble surréaliste. (jugez plutôt grâce à la vidéo ci-dessous)
Milei conserve néanmoins des soutiens importants dans le pays, et à l'étranger, comme le prouve la victoire de son parti aux élections de mi-mandat du 26 octobre 2025. Ce résultat devrait lui permettre, pour les deux années de présidence restantes, d'accentuer encore les dérégulations, avec le soutien de Trump.
Conclusion : Fort d'une longue histoire de lutte forgée en particulier au temps de la dictature, le monde de la culture entre en résistance contre les solutions individualistes, néolibérales et libertariennes promues par Milei. Il se bat au nom de la solidarité, du coopérativisme. En s'en prenant à Milei et ses politiques liberticides, chanteurs et chanteuses lui prouvent que, contrairement à ses assertions, ils ne servent pas à rien.
Notes :
1. Elle a joué un rôle important dans l'organisation du parti au pouvoir, la Liberté avance.
2. «"C'est le comble de la cruauté et du cynisme, voler aux plus fragiles alors que l'agence pour le handicap est définancée par le gouvernement, que les familles et les institutions ont la tête sous l'eau, totalement abandonnées par l'Etat", dénonce Pablo Ramblo, père d'une petite fille électro dépendante en raison d'une maladie orpheline, et dont les soins ont cessé d'être pris en charge.» (source F)
Au cours des années 1960 et 1970, dans les pays du cône sud, Chili, Argentine, Uruguay, la musique porte une parole militante fondée sur la contestation d'un système politique et économique profondément inégalitaire. Au cours de ces années, les artistes de laNueva Cancion, souvent membres ou proches du parti communiste, se retrouvent autour de valeurs communes: la lutte contre l'impérialisme économique et culturel américain, la dénonciation des violences de l'Etat et des inégalités sociales profondes. La "nouvelle chanson" se veut donc sociale et engagée, soucieuse de puiser dans les racines folkloriques des pays.
Le courant des "folkloristes" sud-américains, voyageurs infatigables, exaltent l'identité et les cultures des populations amérindiennes, éternelles laissées pour compte depuis la conquête espagnole et premières victimes des régimes autoritaires. En ce domaine, citons le rôle pionner joué par Atahualpa Yupanqui et Violeta Parra. D'ascendance quechua par son père, basque par sa mère, le premier doit son nom à Altahualpa, le dernier chef inca, assassiné par les conquistadores de Pizarre. (1) En quête d'authenticité culturelle, il voyage et collecte une partie du patrimoine musical de son pays, comme la fameuse berceuse Duerme Negrito. Yupanqui entend, dans ses chansons, contribuer à la revalorisation des racines populaires de la musique argentine. Exemple avec "Camino del indio" (le chemin de l'indien). "Petit chemin de l'Indien qui unit les vallées aux étoiles / Petit chemin que parcourut du Sud jusqu'au Nord mon vieux peuple / Avant que dans la montagne / s'assombrisse la Pachamana". Sous la dictature de Juan Peron, interdit de scène, censuré, emprisonné pour son adhésion au parti communiste, Yupanqui est finalement contraint à l'exil en 1949.
Le billet est aussi écoutable, en version podcast:
Violeta Parra, quant à elle, naît en 1917 dans une modeste famille, vraisemblablement d'origine mapuche. A partir de 1952, elle parcourt le Chili avec un magnétophone et une guitare, dans le but de répertorier la richesse folklorique du pays. Elle compose et interprète également ses propres chansons. Tout comme Yupanqui, elle utilise dans ses enregistrements les instruments traditionnels indiens : quenas, zamponas, charango. La valorisation de ces instruments porte le témoignage de la singularité de cette musique dans un monde dominé par la culture nord américaine. Elle laisse de très belles chansons sublimées par sa voix très particulière. On se rappelle plus particulièrement sa chanson «Gracias a la vida», dont voici les derniers vers: «Merci à la vie qui m’a tant donné/Elle m’a donné le rire, elle m’a donné les pleurs/Ainsi, je distingue le bonheur du désespoir/Ces deux éléments qui forment mon chant,/Et votre chant qui est le même chant,/Et le chant de tous qui est encore mon chant".
Dans le sillage de ces deux pionniers, une nouvelle génération d'artistes émergent. Citons parmi d'autres Victor Jara, Quilapayun, Inti Illimani, Mercedes Sosa, Daniel Viglietti, Alfredo Zitarrossa... Une des thématiques importantes de leurs compositions est l'aspiration à une vraie justice sociale dans un continent qui se distingue par des écarts de richesses extraordinaires. Les artistes décrivent les dures conditions d'existence d'une masse de paysans devant se contenter de micro-exploitations, quand ils ne sont pas exploités par de très grands propriétaires à la tête de latifundia; une situation qui remonte à la période coloniale. Victor Jara, né en 1932 au sein d'une modeste famille de paysans du centre du Chili, connaît le dur travail agricole. (2) Beaucoup de ses compositions témoignent de son amour pour le Chili et son peuple. Ainsi, dans son album LaPoblación, il narre la vie des laissés-pour-compte, qu'ils soient paysans ("Plegaria a un labrador"), mineurs (Cancion del minero) (3) ou ouvriers. Yupanqui enregistre, de son côté, "Campesino". " Quand tu t'en iras aux champs / ne t'écarte pas du chemin / ne marche pas sur le sommeil / des ancêtres endormis / Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!"
Afin de contrer, l'appropriation des terres entre quelques mains; les musiciens appellent de leurs vœux une ample réforme agraire, à l'instar d'Inti Illimani (Canción de la reforma agraria). "A desalambrar" ("A bas les clôtures") de l'Uruguayen Viglietti dresse un réquisitoire contre la mainmise sur la terre d'une poignée de propriétaires terriens absentéistes. "Je demande à ceux qui sont présents / S'ils n'ont jamais pensé / Que cette terre est à nous / Et non à celui qui a déjà tout..."
Jara n'hésite pas à incorporer à ses morceaux des enregistrements réalisés sur le terrain (un babillage en ouverture de "Luchin", un coq qui chante dans "Marcha de los Pobladores"). Dans le sillage de Violeta Parra, il accorde également une grande attention au répertoire de la musique populaire rurale, en particulier autochtone. En 1969, il compose par exemple Angelita Huenumán, en hommage à une tisserande mapuche.A l'opposé de ce petit peuple souffrant, Jara décrit l'existence dorée des enfants des fils et filles de bonnes familles dans Las Casitas del barrio alto ("les petites maisons du quartier haut") une chanson ironique et mordante. "Les gens des hauts quartiers / Se sourient et se visitent / Vont ensemble au supermarché / Et possèdent tous une télévision."
En 1963 est signé en Argentine le manifeste de la Nueva Cancion qui cherche à revaloriser le legs culturel des racines musicales populaires, tout en les adaptant au contexte nouveau de l'époque. Parmi les signataires se trouve Mercedes Sosa, grande interprète à la voix exceptionnelle ("Cancion con todos").
Les artistes de la Nouvelle Chanson dénoncela mainmise des Etats-Unis sur l'Amérique latine, qui considèrent, depuis au moins le XIX° siècle et sa fameuse doctrine Monroe, que le sous-continent est sa chasse gardée. "Le Yankee vit dans un palace, / Je vis dans une baraque! Comment est-il possible que / Le Yankee vive mieux que moi? Assez! Assez! Assez que le Yankee commande!", chante l'Argentin Yupanqui (Basta Ya).
Au contraire, les artistes du mouvement célèbrent l'identité latino-américaine et l'unité des peuples opprimés. C'est le cas de "Somos Americanos" de Violeta Parra ("Quand viendra ce jour (...) où l'Amérique sera un seul et même pilier? / Un seul pilier, oh oui, et un drapeau, / que cessent les conflits aux frontières pour un lopin de terre, / je ne veux pas la guerre!") ou de "Si somos Americanos", un morceau du groupe Inti-Illimani. "Si nous sommes Américains, / nous sommes frères, messieurs / nous avons les mêmes fleurs, / nous avons les mêmes mains." C'est encore le cas de "Canción con todos" de Mercedes Sosa.
Les chanteurs dénoncent également la cruauté de régimes politiques qui, pour assurer la perpétuation au pouvoir d'une oligarchie, s'appuient sur l'armée et l'Eglise. En 1965, Violeta Parra enregistre "Que dirá en el Santo Padre", une violente charge contre le pape et l'Eglise. En contradiction avec le message évangélique, les ecclésiastiques négligent le petit peuple pour se placer toujours du côté des puissants et des oppresseurs.
Les chanteurs de la Nueva Cancion, communistes ou très engagés à gauche, subissent les foudres des régimes qui utilisent la violence pour faire taire toute voix dissidente. En dépit des risques encourus, les musicien dénoncent les exactions dans leurs compositions. Ainsi, en 1968, "Te recuerdo Amanda"de Victor Jara raconte l'histoire d'un couple, Amanda et Manuel, qui avaient pour habitude de se retrouver aux portes de l'usine. Parti rejoindre un mouvement révolutionnaire dans la sierra, l'homme est abattu: "Tu avais rendez-vous avec lui,/ qui partit dans les montagnesqui jamais ne fit de mal, / qui partit dans les montagnes, / et en cinq minutesfut mis en pièces. / Sonne la sirènede retour au travail, / beaucoup ne sont pas revenus, / Manuel non plus." Avec sa chanson "Preguntas por Puerto Montt", Jara s'en prend ouvertement au ministre de l'intérieur Pérez Zujovic, responsable du massacre de Puerto Montt. Le 9 mars 1969, 250 policiers font irruption dans un camp de fortune habité par 90 familles occupant illégalement des terres laissées à l'abandon par un grand propriétaire terrien de la région. "Il est mort sans savoir pourquoi (...) / Vous devez répondre / Senor Perez Zujovic".
L'engagement des artistes prend des formes parfois très concrètes, en particulier au Chili. A l'orée des années 1960, l'électorat est très polarisé, divisé en trois camps : la gauche, la droite et le centre démocrate-chrétien. En 1958, Jorge Alessandri, candidat de droite, l'emporte devant le sénateur Allende, à la tête du Front d'action populaire (FRAP). Ce dernier échoue de nouveau en 1964, face au démocrate-chrétien Eduardo Frei. Ce dernier, qui initie des réformes économiques et sociales d'importance, se distingue par un fort anticommunisme. Dans l'optique de la présidentielle 1970, Allende s'associe aux radicaux et communistes au sein de l'Unité populaire. Il se réclame désormais du marxisme-léninisme et gauchit ses positions. L'homme envisage une "voie chilienne d'accession au socialisme", respectueuse de la démocratie. Le candidat envisage la musique comme un vecteur puissant de mobilisation politique et de conscientisation sociale. De fait, les chansons jouent un rôle crucial au cours des rassemblements politiques, d'autant que les musiciens amis de la Nueva Cancion s'engagent à fond dans la campagne aux côtés de l'Unité populaire. Le morceau "Venceremos " ("Nous vaincrons"), composé par Sergio Ortega sur un texte de Claudio Iturra résonne dans les manifestations. "Voici venir tout le peuple du Chili / Voici venir l'Unité Populaire / Paysan, étudiant et ouvrier / Camarades de notre chant (...) / Nous vaincrons, nous vaincrons, / Avec Allende, nous vaincrons en septembre / Nous vaincrons, nous vaincrons, / L'Unité Populaire au pouvoir".
Victor Jara, membre du parti communiste, s'investit pleinement de la campagne. Il joue aux côtés de diverses formations, telles que Cucumen ou Quilapayún. La campagne est ponctuée de nombreux chants promis à un grand avenir. C'est le cas d'El pueblo unido jamás será vencido("le peuple uni ne sera jamais vaincu").
En 1970, Allende l'emporte, au grand dam de Washington, qui craint plus que toutune victoire du marxisme et une propagation de la révolution cubaine dans ce qu'il considère comme son pré-carré. Le nouveau président adopte tout un train de réformes : nationalisation des ressources naturelles du pays (cuivre, fer, salpêtre) et des secteurs économiques clefs (banques, sidérurgie, chimie, électricité...), hausse des salaires dans l'espoir de relancer la consommation et, par ricochet, la production. Ce choix se heurte au mur de l'inflation. Par ailleurs, le président chilien se rapproche de Cuba, de la Chine. Sur cette ligne, Victor Jara compose en 1969 "El derecho de vivir en paz", un titre dédié à Hô Chi Minh et aux Vietnamiens. Au-delà du message anti-impérialiste, les paroles revendiquent le droit à vivre en paix, décemment.
Minoritaire au congrès, Allende use de son veto. La tension grandit au sein d'une société chilienne de plus en plus déchirée. Aux Etats-Unis, cette situation ne laisse pas d'inquiéter. Par anticommunisme bien sûr, mais aussi parce que le régime d'Allende menace les intérêts économiques des grandes firmes américaines, Washington préférerait le remplacer par une régime autoritaire conciliant. Pour Henry Kissinger, le conseiller à la sécurité nationale, puis secrétaire d'Etat de Richard Nixon et de Gerald Ford, le communisme ne peut s'imposer que par la force. C'est pourquoi l'instauration du socialisme par les urnes, comme l'a réalisé Allende, constitue, à ses yeux, un très mauvais exemple pour l'Europe. Ainsi, dans l'ombre, la CIA multiplie les tentatives de déstabilisation, finançant des campagnes de dénigrement ou la grande grève des camionneurs qui paralyse le pays en octobre 1972. Des produits de première nécessité deviennent inaccessibles. Le Chili se trouve au bord de la guerre civile et semble ingouvernable. Si lors des législatives de 1973, l'Unité populaire limite la casse, cela ne met pas un terme à la violence latente. En juin, la tentative de putsch n'échoue que grâce à la loyauté du général Carlos Prats, ministre de l'intérieur. La persistance des manifestation hostiles contraignent Allende à le remplacer par le général Augusto Pinochet.
Dans "Manifiesto", Jara lançait :"Je ne chante pas pour chanter / ni parce que j'ai une belle voix / mais parce que ma guitare a des sentiments et une raison d'être". De fait, l'engagement de l'artiste ne pouvait que le conduire aux côtés d'Allende, dont il partage le projet de société de réduction des inégalités sociales. Au total, ses odes aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), son attachement aux plus déshérités, sa dénonciation des ravages du capitalisme ne pouvaient que susciter l'ire des forces de la réaction. En devenant le compagnon de route du nouveau président, celui que l'on prend l'habitude de désigner comme "le poète de la révolution", devient un homme à abattre.
Dans la nuit du 10 au 11 septembre 1973, Augusto Pinochet trahit. Enclenché à Valparaiso, le coup d'état gagne l'ensemble du pays. Le palais présidentiel de la Moneda est assiégé, bombardé. Acculé, sans espoir, après une dernière allocution radiodiffusée adressée à la population, le président se suicide. Le putsch porte au pouvoir Pinochet. Une répression sanglante s'abat aussitôt sur les opposants, et sur tous ceux qui, sans être nécessairement des militants communistes, tentent de protester.Dans les heures qui suivent le coup d'état, Jara est raflé avec des milliers d'autres personnes, et conduit à l'Estadio National de Santiago. Il y est battu, torturé, les doigts écrasés. [4] Son corps, criblé de balles, est abandonné dans la rue. Le 18 septembre 1973, Jara est enterré en catimini . [5] L'assassinat confère au chanteur des pauvres l'aura du martyr, contribuant aussi à forger la légende des mains ou des doigts tranchées à la la hache par les bourreaux. [6]
Pendant 17 années, Pinochet règne d'une main de fer sur le Chili. Partis politiques et syndicats sont interdits, tandis que le Parlement, devenu inutile, est dissous. Les libertés fondamentales disparaissent. Pour échapper à la répression et pouvoir continuer à vivre, près d'un million de Chiliens sont contraints à l'exil, notamment les artistes. (7) Les enfants de Violeta, Angel, Isabel, continuateurs et fidèles gardiens de l'œuvre maternelle au sein de la Peña de los Parra, un lieu de rencontre pour tous les artistes du mouvement, doivent fuir. Quand survient le putsch, Quilapayun et Inti Illimani se trouvent en tournée en Europe; ils y restent. Loin de faire taire les voix de la dissidence, la répression contribue, bien involontairement, à la diffusion du répertoire engagé des artistes de la Nueva Cancion. C'est ainsi qu'"El pueblo unido jamás será vencido" devient un incontournable de toute manifestation de gauche qui se respecte.
En Argentine, la junte militaire, qui s'empare du pouvoir en 1976, dresse une liste noire des artistes. La censure s'abat sur toute l'œuvre de Mercedes Sosa. En 1979, lors d'un concert donné à La Plata, la chanteuse et le public sont arrêtés. Elle n'a d'autre choix que de se réfugier en Europe. En Uruguay, la dictature qui sévit de 1973 à 1984, condamne également au départ les chanteurs engagés à gauche, notamment Daniel Viglietti et Alfredo Zitarrossa. L'"Adagio en mi pais", que ce dernier compose en l'honneur de son pays, prend une toute nouvelle signification alors que l'artiste ne peut plus l'interpréter qu'à des milliers de kilomètres de chez lui.
C° : La démocratie est rétablie en Argentine en 1982, après 6 ans de dictature. En Uruguay, 12 années s'écoulent avant qu'elle ne soit rétablie. Au Chili, si la démocratie est rétablie en 1990, les fondements du modèle Pinochet n'ont pas été abolis, tant sur le plan économique et social, que politique. (8) Le pays, qui dépend toujours de la loi fondamentale adoptée par la dictature, n'a pas totalement tourné la page et connaît parfois des rejeux de mémoires.Aussi, en 2019, une partie de la société chilienne descendit dans la rue pour dénoncer l'illégimité d'un système hérité de la période Pinochet. Les manifestants réclament alors un nouveau texte pour assurer une société plus égalitaire, paritaire et la reconnaissance des peuples indigènes. En vain. Les deux projets constitutionnels soumis au référendum sont rejetés, en 2022 et 2023. Bien qu'héritée de la dictature, la loi fondamentale de 1980 reste donc en vigueur. Tout au long du conflit social, les protestataires expriment leur malaise en chantant des morceaux puisés dans le répertoire populaire. De nouveau, les échos de la période Pinochet se font entendre avec l'utilisation des chansons de Jara au coeur des mobilisations. (9)El derecho de vivir en pazs'impose même comme l'hymne de la résistance de tous ceux qui récusent les recettes néo-libérales de Piñera. Ainsi, les tenants de la dictature, puis du néolibéralisme, n'ont jamais pu se débarrasser de la voix et des mots de Jara. (10)
Notes:
1. Quant au nom Yupanqui, "le Grand Méritant", il était porté par le cacique suprême des indiens Quechuas.
2. Encore adolescent, il entre au séminaire, où il se dote d'une solide technique de chant. Bientôt, il intègre la chorale de l'université du Chili de Santiago. Jara n'a pas l'âme d'un curé. De plus en plus concentré sur la création musicale, il devient auteur-compositeur-interprète. Il y est encouragé par Violeta Parra. Dans son sillage, Jara se rend dans les campagnes pour parfaire sa connaissance des musiques traditionnelles. Il s'initie à cette occasion aux instruments des peuples autochtones : quenas, zamponas, charango.
3. Il chante: "J'ouvre / J’extrais / Je transpire / du sang / Tout pour le patron / Rien pour la douleur / Mineur je suis / À la mine je vais / À la mort je vais / Mineur je suis"
4. Jara parvient à griffonner un dernier texte intitulé "Estadio Chile". Le bout de papier sur lequel figure les mots, dissimulé dans la chaussure d'un codétenu, permet à Isabelle Parra, fille de Violeta, d'en faire une chanson, bientôt traduite en anglais et interprétée par Pete Seeger. "Quelle terreur produit le visage du fascisme! / Ils mènent à bien leurs plans avec une précision astucieuse / sans se préoccuper de rien. / Le sang pour eux, ce sont des médailles. / La tuerie est un acte d'héroïsme. / Est-ce là le monde que tu as créé, mon Dieu?"
5. Son corps est exhumé en 2009 afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Enterré dans le cimetière général de Santiago, il peut alors bénéficier d'obsèques publiques, en présence de la présidente Michelle Bachelet, dont le père, un général légaliste, avait aussi été tué par la junte.
6. Le mythe est entretenu par des témoignages de seconde main (sans mauvais jeu de mot) ou encore par les chansons ("Lettre à Kissinger" de Julos Beaucarne, "Gwerz Victor C'hara" de Gilles Servat, "Le bruit des bottes" par Jean Ferrat, "Juan Sin Tierra"de Ska-P, "Victor Jara's hands" par Calexico, "Washington bullets" des Clash en 1980).
7. C'est le cas du morceau El baile de los que sobran ("La danse de ceux qui sont en trop"), du groupe Los Prisioneros.
8. Sur le plan économique, le dictateur fait sienne les théories néolibérales des Chicago boys, disciples de Milton Friedman et partisans de la fin du contrôle des prix, ainsi que de la privatisation de l'éducation, de la santé et du système de retraites. La croissance économique s'opère au prix d'une fracture sociale terrible. En 2011, un rapport a évalué à 40 000 les victimes de la dictature, dont 3065 morts.
9. La pandémie de Covid place un temps l'opposition sous l'éteignoir, mais, là encore, le pouvoir ne peut se débarrasser des mots du poète. En plein confinement, la soprano Ayleen Jovita Romerorompt le silence du couvre-feu en interprétant "Te recuerdo Amanda" et "El derecho de vivir en paz" depuis son logement.
10. Les assassins de Jara bénéficièrent d'une impunité totale pendant près de quarante ans, aucune recherche sérieuse ne tentant de les identifier. Les tortionnaires ne seront finalement condamnés qu'en 2023, soit un demi-siècle après la commission des faits.
Sources:
A. Baptiste Lavat : "Chanter les maux, chanter le beau : enjeux et avatars de la Nueva Canción latino-américaine", in "Chanter la lutte", Atelier de création libertaire, 2016.
C.Aurélie Prom, “La Nouvelle Chanson Chilienne : contre l’oubli de l’Histoire et des histoires ”, Les Cahiers de Framespa [Online], 26 | 2018
D. Révolution rock. Chili. La lutte au rythme du folklore. [Continent musiques d'été sur France Culture]
L’Argentine connaît une succession de dictatures civiles ou
militaires, du milieu des années 1960 au début des années 1980. Dans le pays, le poids de l’armée est
considérable, perturbant fréquemment le jeu politique. En 1966, une junte
chasse du pouvoir le président Arturo Illia, élu trois ans plus tôt. Les
militaires voient des marxistes partout, et mettent au pas les étudiants dont
les organisations sont progressivement interdites. Aux antipodes des aspirations sécuritaires et nationalistes des nouveaux dirigeants, la jeunesse
urbaine s’entiche du rock, reléguant au placard la Nueva Cancion. Des groupes comme Los Gatos ("La balsa"), Almandra ("Muchacha"), Arco Iris (« Camino »), Manal ("Jugo de tomate frio") innovent
en chantant en espagnol.
[version podcast de cet article à écouter grâce au lecteur ci-dessous: ]
Rubén Andón, Public domain, via Wikimedia Commons
En 1973, une violente guérilla menée par des factions armées
met à mal la dictature du général Lanusse, contraignant ce dernier à organiser
des élections, remportées par l’ancien dictateur Juan Perón. Quelques mois plus
tard, le dirigeant populiste meurt. Le pouvoir tombe dans l’escarcelle de sa
femme Isabelle. Cette dernière s’appuie sur Lopez Rega, un conservateur qui
s’emploie à neutraliser les militants de gauche. Pour ce faire, il utilise une organisation paramilitaire, la triple A. Ses membres, qui voient des rouges
partout, tuent et capturent les militants d’extrême-gauche. Multipliant les
descentes, ils traquent cheveux longs, mini jupes et baisers langoureux dans
l’espace public. En dépit de la répression sociale féroce qui s’abat sur le pays,
et à condition d’éviter une confrontation brutale, la musique représente alors
une des seules formes d’expressions politiques possibles.
Le pianiste Charly Garcia s’impose alors comme une figure
centrale du rock argentin. En 1974, son groupe Sui Generis sort son
troisième album, une critique en règle, mais toujours subtile, d’un régime qui
ne cesse de se durcir. Dans « les
aventures incroyables du monsieur ciseaux », Charly Garcia décrit le
censeur, un rond de cuir installé dans son bureau tout gris. Dans un couplet
censuré, Charly Garcia chante : «Moi je déteste les gens qui ont
le pouvoir d’expliquer ce qui est bien, ce qui est mal. / Seul le peuple, mon
ami, est capable de comprendre. / Les censeurs d’idées trembleront d’horreur
devant l’homme libre à la lumière du soleil.» En référence à
la répression terrible que mènent les formations paramilitaires à l’encontre
des mouvements sociaux, des leaders de gauche et de toute forme d’opposition,
« El show de los
muertos» offre la description saisissante d’un bal macabre. « J'ai
tous les morts ici / Qui veut que je vous les montre ? / Certains assis,
d'autres debout / Tous morts à jamais. (…) » Les
morts, les disparus, dont certains n’ont plus de visages, hantent le pays,
tandis que les assassins en col blanc rentrent tranquillement chez eux une fois
leur sanglante besogne accomplie. Le narrateur l’interpelle :
« Quelque chose
ne va pas, monsieur. / c'est quoi ce rouge sur ton pantalon ?»
Le morceau « Juan
represion» esquisse le portrait d’un tortionnaire. « C’est l’histoire d’un homme / qui
voulut être surhumain / et la réalité, alors / lui échappa des mains» Dans un
couplet censuré de « Bostas
Locas » ("Botte folle"), Garcia s’en prend directement à l’armée. « On nous demande
d’aimer la patrie, mais si eux, c’est la patrie… alors je préfère être
étranger.»
En mars 1976, une junte dirigée par trois généraux
renverse Isabel Perón. Les putschistes accroissent encore la répression, imposant
un ordre moral réactionnaire. La lutte
contre la subversion et les syndicats autorise tous les abus. Le terrorisme
étatique se traduit par la multiplication des enlèvements perpétrés par des
hommes armés et par l’usage de la torture.
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La censure s’accroît : les radios sont réquisitionnées,
les disques jugés subversifs rayés au couteau, les paroles des chansons
vérifiées par un comité de censure. Malgré une pression permanente des
autorités, des concerts continuent d’être organisés. Les militaires surveillent
et les évacuations de salle sont courantes, sous prétexte d’alertes à la bombe.
Il n’empêche, le public toujours présent, fait des musiciens les hérauts du
mouvement de contestation. La musique représente un espace de respiration
collective et de résistance. Désormais, les musiciens doivent user de
métaphores pour dribbler la censure. En 1981, Serú Girán, le nouveau groupe
de Charly Garcia, sort « Alicia in el pais » ("Alice au pays"). Loin du pays des
merveilles, la jeune fille vit dans un pays sous le joug. « Les innocents sont les
coupables, dit sa seigneurie, le roi des épées / Ne dis pas
ce qu'il y a derrière ce miroir, / tu n'auras aucun pouvoir / Pas d'avocats,
pas de témoins. / Allume les lampes que les sorciers veulent éteindre / pour brouiller
notre chemin. »
La
pratique des enlèvements se généralise, semant la terreur dans les rues. Les
victimes sont emmenées dans des Ford Falcon noires sans plaque d’immatriculation. Les yeux bandés, ils sont ensuite enfermés dans des camps de
détention clandestins. Enchaînés dans des cellules non répertoriées, ils subissent les tortures. Les
« vols de la mort ». En 1984, Jean-Pierre Mader chante Disparue, un titre
inspiré par le
destin tragique du mannequin franco-argentin Marie Anne Erize, kidnappée en
1976.« Je t'ai cherchée dans les
rues, / Dans les cafés. / Même tes amis n'ont pas su / Me renseigner. / Des
voisins t'ont vue partir / Avec deux hommes / Qui t'ont poussée sans rien dire
/ Dans une Ford Falcon. / Disparu, tu as disparu. / Disparu, tu as disparu / Au
coin de ta rue. / Je t'ai jamais revue", chante Mader.
Le phénomène des disparus ne se cantonnent
malheureusement pas à l’Argentine, affectant également d’autres dictatures
latino-américaines, dans lesquelles la société dans son ensemble est classée
par degré de dangerosité et soumise à une étroite surveillance. La «lutte antisubversive» se déploie a l’échelle régionale
dans le cadre du plan Condor. Institutionnalisé lors d’une réunion secrète à Santiago
en 1975, il planifie et organise la
surveillance, la persécution et l’assassinat d’opposants en exil par l’échange d’informations et la mise en place d’opérations
conjointes. Le
Chili, l’Argentine et l’Uruguay
comptent parmi les membres les plus actifs du plan. Te recuerdo Amanda de
Victor Jara évoque ainsi l’idylle impossible entre Amanda et Manuel. Le Chilien
chante : « tu
avais rendez-vous avec lui, / avec lui ( …)qui partit dans les
montagnes / qui jamais ne fit de mal, / qui partit dans les montagnes,
/ et en cinq minutes / fut mis en pièces. Sonne la sirène / de retour au travail, / beaucoup ne sont pas
revenus, / Manuel non plus. »
Le titre « Desaparecidos» du Panaméen Ruben Blades,
star de la salsa, pourrait s’appliquer au Chili de Pinochet (1973 à 1989), au Paraguay de
Stroessner (1954-1989), à la Bolivie de Banzer (1971-1978) et bien sûr l'Argentine de Videla. Sur un rythme reggae, les paroles adoptent le point de vue de personnes
parties à la recherche de disparus. Le dernier couplet incite l’auditeur à ne
pas oublier. «Où
vont les disparus? / cherche dans l'eau et dans les buissons / et pourquoi
disparaissent-ils? / Parce
que nous ne sommes pas tous égaux / et quand reviennent-ils? / A chaque fois
que l'on pense à eux. / et comment les appelle-t-on? / lorsqu'une émotion nous
serre le cœur.»
Depuis 1977, les mères de victimes d'enlèvements organisent des rondes sur la
place de Mai, face au palais présidentiel. Leur objectif est de conserver intact le souvenir et la mémoire des disparus. Une
comptine de María Elena Walsh écrite dans les années 1960, donc bien avant le
Proceso (le nom de la dictature militaire), est censurée par les militaires. En effet, les paroles d’«El-país-de-nomeacuerdo»
("Le-pays-de-jenemesouvienspas"), symbolise le danger des politiques de l’oubli. «Au pays de
Je-ne-me-souviens-pas / Je fais trois petits pas et je me perds. / Un petit pas
par ici, / Je ne sais plus si je l’ai fait. / Un petit pas par là / J’ai
horreur de tout cela ! / Un petit pas vers l’arrière / Et je ne fais plus
rien / Parce j’ai déjà oublié / Où j’avais mis mon autre pied.»
Les portraits des disparus tenus à bout de bras par les mères de la place de Mai constituent une terrible contre-publicité pour un
régime sur la sellette. En effet, au début des années 1980, la
situation économique devient intenable : le chômage ne cesse d’augmenter,
le peso argentin s’effondre. Pour redorer leur blason, en octobre 1981, les militaires convient le groupe britannique Queen à se produire lors de cinq concerts à
Buenos Aires. Le show fait l’objet d’un encadrement strict de la part des
militaires qui croient percevoir des relents martiaux dans le tube We will
rock you. Freddy Mercury est musclé, porte des cheveux courts, la moustache, la panoplie du parfait petit soldat. Les militaires ne peuvent envisager que le chanteur
soit homosexuel, une déviance scandaleuse à leurs yeux. Le concert débute sous les meilleurs auspices. La foule acclame le groupe qui fait monter sur scène Diego Maradona, l'étoile montante de la sélection de football argentine. Puis le show prend une direction inattendue quand Freddy Mercury invite sur scène les Mères de la place de
Mai à prendre la parole. La retransmission télévisée du concert
s’interrompt aussitôt.
Cinq mois plus tard, la guerre des Malouines provoque
la déroute militaire de la junte, qui doit abandonner le pouvoir. Les musiciens peuvent enfin exulter. En 1983, Charly García compose "Dinosaurios". Il s'y félicite de la disparition d'un régime brutal et sanguinaire, dirigé par des militaires (les dinosaures) responsables de l'enlèvement et de l'assassinat de trente mille personnes. «Les
amis du quartier peuvent disparaître, / les chanteurs de radio peuvent
disparaître, / ceux qui sont dans les journaux peuvent disparaître, / la
personne que tu aimes peut disparaître. / Ceux qui sont en l'air peuvent
disparaître dans l'air, / ceux qui sont dans la rue peuvent disparaître, dans
la rue, / les amis du quartier peuvent disparaître, / mais les dinosaures vont disparaître. »
En 1966, l'Argentine est désignée par la FIFA comme pays organisateur de la 11ème coupe du monde de football qui doit se dérouler du 1er au 25 juin 1978. Ce choix a tout d'une aubaine pour cette jeune nation dans laquelle le foot constitue un vecteur d'unité nationale. Or, le 24 mars 1976, une junte militaire renverse le gouvernement d'Isabel Peron. Le général en chef des armées, Rafael Jorge Videla, s'empare alors du pouvoir et instaure une dictature. Après le Paraguay en 1954, le Brésil en 1964, la Bolivie en 1971, le Chili et l'Uruguay deux ans plus tard, c'est au tour de l'Argentine de subir un régime de terreur qui se donne pour objectif premier "de défendre la civilisation occidentale et chrétienne contre la subversion communiste et ses guérilleros". Pour parvenir à leurs fins, les militaires ne reculent devant aucun moyen: élimination des opposants, enlèvements, séquestrations, tortures, vols d'enfants... Au printemps 1978,
Amnesty international comptabilise déjà 6000 personnes exécutées, 8000 prisonniers, 15000 disparus (le bilan total de 7 années de
dictature atteindra finalement les 30 000 disparus). (1)
* Le Mundial, une opportunité pour la junte militaire argentine. L'opinion
internationale, déjà sensibilisée au problème des violations des droits
de l'Homme dans le sous-continent, dénonce les exactions des militaires. (2) Pourtant,
à l'annonce du coup d'état, la FIFA ne bronche pas. Pire, elle paraît
rassurée. Pour une institution aussi conservatrice (alors dirigée par le brésilien João Havelange), avoir comme
interlocuteur un pouvoir fort signifie une compétition sans accrocs
(manifestations, critiques...). Dans ces conditions, la junte considère l'organisation du Mundial
- dont elle hérite - comme un atout formidable pour restaurer son image
et légitimer le régime sur un plan international. Sur le plan
intérieur, la dictature entend utiliser à son profit la ferveur suscitée
par le football pour créer un consensus national autour du gouvernement
dont les politiques économique et sociale font alors l'objet de
contestations grandissantes (vague de grèves à l'automne 1977). Le comité d’organisation du
Mundial, pris en main par les militaires, développe aussitôt une
intense propagande à destination de l’opinion internationale et
argentine. Pour arriver à ses fins, le régime passe un contrat de plus d'un1million de dollars avec la Burston-Marsteller, une agence de publicité
américaine. (3) Le budget mis en place pour la compétition est astronomique. Contre un versement de 8 millions de dollars, Coca Cola devient le sponsor officiel de l'événement. Assurément, la coupe du monde argentine marque une nouvelle étape dans la professionnalisation et la marchandisation du ballon rond. * Boycotter... Au même moment en Europe (Suède, Pays-Bas, RFA, Espagne), différents groupes s'organisent afin de contrecarrer la stratégie des militaires en se plaçant à leur tour sur le terrain de la politisation du football. En France, par exemple, des militants en faveur des droits de l'homme en Argentine se rassemblent dès 1975 (avant même le putsch) au sein du Comité de Soutiens aux Luttes du Peuple Argentin pour réclamer le boycott du Mundial. Le 19 octobre 1977, Marek Halter lance un appel dans ce sens dans Le Monde. C'est au nom de sa cousine Anna-Maria Isola, exécutée par la junte, qu'il prend la plume: "En
1936, nos parents n’ont pu empêcher les sportifs de se rendre aux Jeux
Olympiques de Berlin et de faire le salut nazi devant un Hitler ébahi.
Deux ans après, ils assistaient impuissants à la nuit de Cristal.
Lançons ensemble un appel à tous les sportifs et leurs supporters qui
doivent se rendre en Argentine. « Refusez de cautionner par votre
présence le régime aussi longtemps qu’il n’aura pas libéré les
prisonniers politiques et arrêté les massacres »" clame l'écrivain. Le 17 décembre 1977, un Comité pour le boycott de l’organisation par l’Argentine de
la Coupe du Monde de football (COBA) voit le jour. Pour
faire entendre sa voix, le COBA utilise différents moyens d'actions tels que la diffusion et distribution de tracts lors des matchs de football,
l'organisation de conférences de presse, de réunions publiques, de manifestations, la création de comités (lycéens, étudiants) en province, la réalisation d'un journal. Le 23 mai 1978, à la veille du départ des Bleus pour l'Argentine, des partisans du boycott vont jusqu’à tenter de kidnapper Michel Hidalgo,
le sélectionneur des Bleus. Le Comité se désolidarise aussitôt de cette action. Si l'épisode relève de la mascarade, il permet en tout cas de médiatiser la cause.
Affiche éditée par le COBA.
Le Comité compte dans ses rangs des membres de la revue de critique du
sport Quel corps?, animée entre autre par Jean-Marie Brohm. Son slogan: "on ne joue pas au football à côté des centres de torture". Pour ses membres, le sport est considéré comme le nouvel opium du peuple, tandis que le spectacle sportif réduit le champ de la conscience sociale et abrutit les masses. On y trouve également des enseignants d'éducation physique proches du courant "Ecole émancipée" de la Fédération de l’Éducation Nationale ou du SGEN-CFDT, hostiles à la "sportivation de l'éducation physique scolaire". [cf: Jean-Gabriel Contamin, Olivier Le Noé]
De proche en proche l'idée du boycott séduit de plus en plus de monde: intellectuels et artistes (Sartre, Aragon, J.F. Revel,
Jean-Marie Domenach, Simone Signoret), réfugiés politiques latino-américains, membres d'organisations humanitaires, syndicalistes, militants d'extrême-gauche. Le succès du mouvement est incontestable. Au total, l'appel au boycott rassemble près de 150 000 signatures dont celles d'Aragon,
Roland Barthes, Bertrand Tavernier, Jean Lacouture, Marguerite Duras ou
Yves Montand... Les n°3 et 4 deL'Epique, journal du COBA, se vendent à plus de 120 000 exemplaires! Le 31 mai 1978, 8000 personnes manifestent en faveur du boycott à Paris.
* ... ou participer? Les arguments de leurs adversaires, tenants de la participation de l'équipe de France de football à
la compétition, puisent à différents registres. Certains dénoncent la politisation des valeurs sportives induite
par le boycott. S'abritant derrière l'apolitisme du sport, la
fédération française de football, les joueurs, quelques journalistes sportifs et
la plupart des supporters refusent de se voir priver de compétition (la dernière participation française à la phase finale remonte à 1966) et
se rendent en Argentine sans barguigner. Au nom de ce même argument, le RPR, le FN et le Parti républicain prônent une participation sans condition du onze tricolore.
D'autres,
soucieux de dénoncer les violences du régime argentin, rejettent le
mode d'action retenu, préférant d'autres types d'intervention politique.
Le PS et le PC militent pour une participation "sous condition" (libération des prisonniers politiques argentins), estimant préférable de se rendre à Buenos Aires pour
témoigner des exactions commises par la dictature et pour "manifester sa
solidarité avec le peuple argentin". (4) Dans un même registre, les organisations syndicales entendent plutôt se servir de la
compétition comme d'une caisse de résonance pour dénoncer les exactions
de la junte militaire. Au bout du compte et dans leur ensemble, les partis politiques optent donc pour le maintien de l'évènement. D'autres éléments, moins avouables expliquent sans doute ce choix. A quelques mois des élections législatives, il s'agit aussi d'éviter de se mettre à dos les Français qui souhaitent voir les "bleus" participer (majoritaires selon plusieurs sondages). Des considérations économiques - sonnantes et trébuchantes - expliquent aussi la position des autorités françaises. Le refus de participer au mondial impliquait en effet une dénonciation du régime et donc la renonciation aux accords économiques passés (prêts bancaires, vente d'armes...).
* "la folie du ballon a pratiquement tout submergé." Au bout du compte, l’absence de
relais dans le monde politique et sportif expliquent l'échec du boycott. Partout dans le monde, les campagnes de boycott échouent et toutes les équipes qualifiées pour le Mundial se rendent finalement en Argentine. Dans L’équipe, Christian Montaignac conclut, lapidaire: "Le football [...] par un phénomène sociologique exceptionnel, est
parvenu à unir. [...] Il n’est guère que les intellectuels, dont le
rayonnement et l’influence, ici, sont réduits, pour avoir réussi à se
diviser." Chez les footballeurs, seules quelques personnalités isolées s’interrogèrent sur l’attitude à
adopter. (5)Ce
fut le cas de Dominique Rocheteau qui tenta en vain de convaincre ses
coéquipiers d'arborer un brassard noir pendant les rencontres. Finalement, sous la pression de l'événement et de la logique sportive, les quelques joueurs "concernés" abandonnèrent leurs velléités d'actions. La compétition approchant rendit de plus en plus inaudible toute voix dissonante. "Dès le 1er juin, la folie du ballon a pratiquement tout submergé" note le COBA après coup. [Libération, 5 juillet 1978]
Victoire de l'Argentine en finale. (wikimedia)
En Argentine, la fièvre nationaliste emporte la population. Partout, le drapeau céleste et blanc flotte, triomphant. Une extraordinaire ferveur gagne le public lorsque l'équipe nationale entre sur le terrain. Les supporters envoient sur la pelouse des milliers de petits papiers (papelitos). Les soirs de matchs, la population argentine unanime célèbre les
victoires de la sélection au cours de fêtes grandioses. Cette ambiance a pourtant tout du trompe l’œil... Si les gens sont heureux c'est avant tout
car il s'agit des seules soirées au cours desquelles le régime lâche la
bride, où l'on peut s'amuser, danser, sortir dans la rue sans être
surveillé comme à l'accoutumée. L'omniprésence policière, le régime d'accréditation de la FIFA font peser une lourde pression sur les épaules des journalistes étrangers qui se sentent surveillés. De même les joueurs qui affrontent l'équipe d'Argentine subissent une énorme pression du public. Au cours d'un entretien accordé à France culture en 2014, Dominique Rocheteau se souvient: "J'ai le sentiment que tout a été fait pour que l'Argentine gagne. Il fallait que l'Argentine gagne, ça c'est sûr!" Le déroulement de la compétition est émaillé de plusieurs "dysfonctionnements. Alors que les places pour les demi-finales se jouent lors d'un mini championnat, le pays hôte semble mal engagé. Il doit remporter son dernier match par au moins quatre
buts d'écart pour se qualifier.
Or, l'Argentine l'emporte opportunément 6-1 contre le Pérou. Ce score
digne d'un match de tennis laisse deviner des tractations financières en
sous-main. Lima aurait accepter de "perdre" en échange de 35 000 tonnes de céréales, d'une annulation de la dette, d'une livraison d'armes et de l'accueil de 13 opposants politiques. En finale,
les Blancs et Ciel battent les Pays-Bas, privés de leur superstar Johan
Cruyff. La rencontre se déroule dans une ambiance délétère devant un
public très hostile et chauffé à blanc. Après prolongations et grâce à un arbitrage complaisant, l'Argentine l'emporte 3 à 1. * Un échec relatif: A l'issue de la compétition, le COBA constate, amer:" Qu'est-ce que les joueurs et les dirigeants de la délégation française ont pu obtenir en Argentine? Une liste de prisonniers ou disparus, déjà connue, est fournie par l'ambassadeur de France à Buenos-Aires. Rien [...]. Qu'ont vu les visiteurs étrangers, de quoi ont-ils pu témoigner, sur quoi l'information du Mundial a-t-elle porté? [...] L'information s'est concentrée sur la perfection technique de l'organisation et le confort de l'accueil". En effet, le régime militaire peut célébrer son triomphe.Videla exulte et fait jouer à fond la fibre nationaliste afin d’occulter les
violences: "Ce
qui est important au premier chef pour nous, (...) c'est d'avoir pu
accueillir un si grand nombre de gens du monde entier, venus visiter
notre pays et assister au triomphe du football. Mais, ce que l'Argentine
aura gagné par dessus tout, c'est d'avoir pu montrer à la face du monde
que nous sommes un pays organisé, uni, qui a un destin sûr (...)." Le Mundial s'est déroulé sans incidents. Pourtant à y regarder de plus près, la compétition sportive ne paraît avoir offert qu'un moment de
distraction éphémère aux Argentins, sans renforcer véritablement le régime. De même si sur la scène internationale le pays semble avoir gagné en respectabilité, l’appel du COBA n'a pas été vain. (6) Les critiques formulées à l'encontre de la dictature ont été relayées par les médias en France et à l'étranger, mettant en lumière la répression épouvantable des opposants au régime.
Finalement quels souvenirs garder de cette coupe du monde de football 1978? Son hymne? Au pays du tango, on pouvait l'espérer... d'autant que le compositeur finalement retenu était Ennio Morricone. A défaut d'être Argentin, il avait au moins du talent. Or, contre toute attente - sauf à suspecter des motivations avant tout alimentaires - le musicien proposa une "marche officielle" tout à fait indigne de son talent, achevant de rendre ce Mundial nul et non avenu. Décidément tout avait été fait pour étouffer les cris des opposants politiques dont les
tortures se poursuivirent pendant la
compétition, à 800 mètres seulement du stade de River Plate, au sein de l'école mécanique de la Marine! Sur les 5000 suppliciés qui y seraient passés, seuls 200
auraient survécu. Pieds et poings liés, les prisonniers y attendaient les
séances de tortures dans un vaste dortoir appelé la Capucha (la
"cagoule"). Parfois les suppliciés étaient extraits de leurs geôles pour
être jetés dans l'estuaire du rio de la Plata depuis des hélicoptères
(les sinistres "vols de la mort"). C'était aussi ça l'Argentine de 1978!
Notes: 1.Dans les mois qui précèdent le Mundial,
on apprend par exemple la disparition de membres du mouvement des
"mères de la place de Mai" et de deux religieuses françaises des
missions étrangères (Alice Domon et Renée Duquet). 2.Pour échapper aux tortures et aux enlèvements, des milliers d’exilés chiliens
se réfugient en Europe aux lendemains du 11 septembre 1973. Deux ans plus tard, l’Assemblée générale de l’ONU reconnaît
d'ailleurs l’existence d’une torture institutionnalisée dans le Chili de Pinochet. 3. Il s'agit dès de faire taire tous les opposants exilés tout en incitant les journalistes étrangers venus en amont du Mundial à ne s’intéresser
qu’aux événements sportifs. 4. Les communistes redoutent également le boycott des jeux olympiques que Moscou doit accueillir en 1980. Aussi préfèrent-ils mettre en sourdine leurs critiques. 5.Les
footballeurs suédois décidèrent de rencontrer collectivement les "folles de la place de mai", ces mères d'enfants disparus qui se rassemblaient chaque jeudi en guise de protestation. Les Néerlandais refusèrent quant à eux d'aller chercher la
médaille du finaliste et de participer au banquet de clôture. 6.Le
mot d'ordre du boycott sera reconduit à l'approche des Jeux Olympiques
de Moscou en 1980, certains se proposant même d'organiser des "Jeux de
la répression et de la dissidence" sur le plateau du Larzac.
Sources: - Olivier Compagnon: "Un boycott avorté: le Mundial argentin de 1978", in "68, une histoire collective", La découverte, 2008. - "A l'ombre des stades argentins. La coupe du monde du dictateur Videla". (Affaires sensibles avec l'historien Paul Dietschy). - Jean-Gabriel Contamin, Olivier Le Noé: "La coupe est pleine Videla, le Mundial 1978 entre politisation et dépolitisation", Le Mouvement social 2010/1 (n° 230), p27-46. - Xavier Breuil: "Les mouvements de boycott du mondial 1978"
Liens: - En 1982, quatre ans seulement après le Mundial, la guerre des Malouines entraîne la chute de la junte militaire. Nous en avons parlé ici.
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.