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mardi 17 mars 2020

"Bienvenue chez moi" de Bigflo et Oli: une invitation au tour de France des clichés

Grâce au titre "Bienvenue chez moi" de Big Flo et Oli, il est possible de se lancer dans un véritable tour de France. Lors de leur périple, les deux  frères se rendent en Nouvelle Aquitaine (Bordeaux), puis passent par la Normandie (Caen, Le Havre, Rouen), les Hauts de France (Lille), visitent Lyon en Auvergne-Rhône-Alpes (Lyon), puis Marseille en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (Marseille). Ils retournent de nouveau en Auvergne-Rhône-Alpes, mais à St-Etienne cette fois. Après la Bretagne (Brest et Rennes), ils se promènent à Paris (Ile-de-France), puis se rendent à la Réunion, en Occitanie (Montpellier, Nîmes, Perpignan), Pays de la Loire (Nantes) et Corse, non sans avoir fait un détour par la Belgique (Bruxelles) et la Suisse.


* Nos régions ont du talent.
Tout au long de leur voyage, Big Flo et Oli décrivent les lieux traversés. Leurs commentaires portent sur différents aspects:
 ► Chaque ville est associée à ses spécialités culinaires: cannelés bordelais, kouglof et choucroute alsaciens, petits beurres nantais, emmental et chocolat suisses... Le cassoulet et la bouillabaisse, non mentionnés, peuvent faire la la gueule.
► La France des terroirs est également mise à l'honneur avec la mention de spécificités agricoles reconnues à l'instar des vignobles de Bordeaux ou des vaches laitières normandes.
► La description prend aussi la forme d'une énumération d'animaux "emblématiques" des régions: vaches normandes, cigales provençales, dodos de la Réunion (disparus depuis le XVII° siècle), cigognes alsaciennes, lions figurant sur le blason des ducs de Normandie, éléphant robotisé ou encore canaris nantais.
► Les chanteurs valorisent enfin le patrimoine avec la visite de monuments et équipements caractéristiques des contrées traversées: miroir d'eau à Bordeaux, grand place de Lille, place Bellecour à Lyon, Notre-Dame de Paris, vieux port et stade vélodrome à Marseille, Manneken Pis et son célèbre jet, Machines de l'Ile à Nantes... 

Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France / CC BY

 * Jouer sur les clichés pour mieux les déconstruire?
Tout au long de leur chanson, les deux frères usent et abusent des stéréotypes pour décrire les traits censés être constitutifs des régions parcourues. 
[Oli] Un arrêt à Lille, c'est vrai que c'est pas la plus belle des villes / Mais sur la grand place je me suis comme senti libre / Senti petit, senti ch'ti dans le décor/ Les gens étaient plus chaleureux que le temps dehors (c'est vrai)
Les gens étaient plus chaleureux que le temps dehors (c'est vrai) 
A propos des Hauts de France, Enrico Macias chantait "les gens du nord ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors". Pour Bigflo et Oli, "les gens étaient plus chaleureux que le temps dehors". Lors de leur arrêt à Lille, ils ajoutent sentencieux: "c'est vrai que ce n'est pas la plus belle ville du monde". Pour résumer, les "Ch'tis" vivent dans une région moche et froide, mais ils sont gentils.
 [Oli] Je t'ai déjà parlé de Bordeaux ? (Non) / Sur les quais on aime appeler les jolies filles taillées comme des cannelés / J'ai vu l'étendue des vignobles à travers le hublot /
Miroir, miroir d'eau, dis-moi qui est le plus beau
Bordeaux s'en sort mieux avec une évocation très consensuelle des quais de la Garonne, du miroir d'eau, des vignes; les deux frères rapprochent ensuite le profil des Bordelaises de ceux des cannelés... Soit. 
[Bigflo] J'suis passé en Normandie, j'ai vu les villes et les plages (Ah ouais ?) / Pour pas te mentir, j'ai surtout vu des vaches (Haha) / J'ai vu des lions et des lionnes au coeur rugissant / Un Havre de paix Caen j'suis passé par Rouen 
Dans leur carte postale made in Normandie, les rappeurs mentionnent bien les villes et les plages, mais ne peuvent s'empêcher de ramener encore et toujours la région à ses vaches. Le couplet se termine par un jeu de mots digne de l'almanach Vermot permettant de caser les trois principales villes normandes: "Un Havre de paix Caen j'suis passé par Rouen".
[Oli] Faut que j'te parle de Marseille / Son port, ses ruelles un peu crades/ Et j'ai même pris l'accent en chantant dans le stade / Au milieu de ces grandes gueules moi j'en menais pas large / J'ai entendu des cigales mais pas le bruit des kalach
Impossible de se balader à Marseille sans passer par le vieux port ou mentionner le vélodrome. Il est déjà nettement moins agréable d'encore et toujours associer la ville à la saleté ("ruelles un peu crades") et la délinquance ("bruit des kalach"), même si ici il s'agit de la relativiser. Les "cigales" et "l'accent" sont sans doute là pour faire couleur locale.  
[Bigflo] J'suis passé par Lyon et j'ai pas compris tout de suite / Quand je disais "Bonjour" on me répondait 69 la trik [en gros "Lyon c'est bien" en langage lyonnais] / J'ai traîné place Bellecour avec tous mes zonards / On m'a dit qu'à Saint-Etienne y'a que des connards                                                                  [...]
 J'suis allé à Saint-Etienne prendre un peu l'air (ouais) / On m'a forcé à enfiler un foutu maillot vert (putain) / J'ai traîné rue des Martyrs avec tous mes zonards (et ouais) / On m'a dit qu'à Lyon (quoi?) y'a que des connards (Mais non!)
Deux couplets en miroir se moquent de l'antagonisme entre Lyon et St-Etienne. Cette rivalité, entretenue avec complaisance par les habitants des deux villes, repose en partie sur les derbys opposant l'Olympique lyonnais et l'ASSE, deux clubs de football au passé glorieux (17 titres de champions de France au total). De fait, dans les travées de Gerland ou de Geoffroy Guichard, les noms d'oiseaux fusent à l'occasion de chaque confrontation, les "connards" se trouvant toujours dans la tribune d'en face. Dans leur clip, les deux frères arborent les maillots des deux clubs.
Pour compléter leur évocation des deux villes, Bigflo et Oli mentionnent pour Lyon la place Bellecour, plus vaste place piétionnière d'Europe avec ses 62 000 m² et, pour St-Etienne, la rue des Martyrs de Vingré, une rue piétonne très animée au coeur de la vieille ville.
[Bigflo] J'suis allé en Belgique, logique, j'ai fait le plein de frites / J'ai cru voir de la bière sortir du Manneken Pis / Y'a de la vie quand le Carré s'anime / J'y suis tellement allé, j'ai l'impression de voir la famille (bah oui) / (une fois)
Dans leur couplet consacré à Bruxelles et la Belgique, le duo atteint le point moule-frite-bière en deux phrases. Trop forts! Le Manneken Pis est bien sûr de la partie, mais aussi le Carré, le quartier de la fête à Liège. Enfin, ceux qui espérait pouvoir échapper à la mention du fameux "une fois", incarnation du "parler belge" selon les Français, ils en seront pour leurs frais.
[Bigflo] A Brest et Rennes, je me suis senti un peu con / Quand les gens m'ont dit qu'ils étaient pas français mais bretons / Des marins au grand coeur, un petit peu trop ivres (ouais) / Naviguant sur une mer de cidre
Dans leur clip, les deux frères arborent alternativement les maillots des équipes de foot de Brest, Rennes ou un ciré jaune, puis mangent dans une crêperie. Ils agitent également le drapeau breton, ce qui ne les empêche pas d'être décontenancés par le nationalisme de certains habitants de la région qui se sentent bretons et mais pas français. Enfin, ils raillent le penchant excessif pour l'alcool des habitants. Les derniers "chiffres" de la consommation quotidienne d'alcool placent pourtant la Bretagne derrière PACA, les Hauts-de-France, la Nouvelle-Aquitaine et ... l'Occitanie, fief de Bigflo et Oli. Comme quoi... Histoire de faire dans le terroir, les 2 Toulousains parlent d'"une mer de cidre". Il ne manque plus que le chouchen, les bigoudènes, quelques bonnets rouges et on est bon!

 [Oli] Une journée à Paris et Notre Dame a fait une seine (Ah ouais ?) / Elle m'a dit que j'étais trop lent et que nos petits accents la gène / Elle est pressante et oppressante / Elle est stressante et cruelle / Elle est blessante, elle est glaçante mais putain ce qu'elle est belle
Notre Dame, chef d'oeuvre de l'art gothique, permet de personnifier la capitale. Paris est décrite sous un jour peu flatteur. Méprisante à l'encontre des provinciaux dont elle moque l'accent, la ville semble tout bonnement invivable. Speed,  "pressante, oppressante", "stressante et cruelle", "blessante", "glaçante", n'en jetez plus.... Afin de pouvoir remettre les pieds au Stade de France, les frangins concèdent en fin de couplet: "mais putain ce qu'elle est belle". 
[Bigflo] Je suis allé sur une île, le volcan m'a ouvert ses bras / Et l'océan me chuchotait La Réunion lé là / Y'a pas de religion ou de couleur sur la photo / Une engueulade c'est aussi rare que de voir un dodo 
Les rappeurs quittent la capitale et la métropole pour la Réunion dont ils rappellent opportunément qu'il s'agit d'une île volcanique de l'océan indien. Ils vantent alors les vertus du vivre ensemble caractéristique d'une population aux origines multiples. Pour les deux artistes, zizanie et discorde ont disparu de l'île, tout comme le dodo. (1) Malheureusement, cette assertion est contestable tant la "crise requin" a mis à jour l'existence de tensions entre les différentes populations insulaires.
[Bigflo] J'suis allé à Strasbourg, j'suis revenu avec du kouglof sous le coude / C'est fou j'ai encore dans la bouche le goût de la choucroute / Les charmes des limites de l'hexagone / Et j'écris cette phrase avec la plume d'une cigogne
Bigflo et Oli associent l'Alsace/Grand-Est à la choucroute, au Kouglof et à la cigogne. Dans le clip, on les voit manger dans le quartier de la petite France et poser devant la cathédrale de Strasbourg. La ville se trouve bien aux "limites de l'hexagone" puisqu'il suffit de franchir le pont de l'Europe enjambant le Rhin pour se trouver à Khel, en Allemagne. 
Jonathan M / CC BY-SA
 [Oli] A Nantes j'ai commencé un safari géant / J'ai croisé des canaris, volé autour d'un éléphant / J'ai vu des kickers, des skippeurs, des kiffeurs / Le seul endroit où j'ai croisé des dealers de p'tits beurres
A Nantes, les chanteurs font la part belle aux Machines de l'Ile et leurs créatures robotisées. A la croisée des univers de Jules Verne, Léonard de Vinci et de l’histoire industrielle de Nantes, ce projet artistique a redonné une seconde vie aux anciens chantiers navals désaffectés. Le Grand "Éléphant" mentionné dans la chanson est l'attraction phare du projet. 
"Les canaris" sont une référence aux maillots jaunes et verts arborés par les joueurs du Football club de Nantes. Enfin, le trafic "de p'tits beurres" renvoie au biscuit sablé nantais commercialisé par la société LU (Lefèvre-Utile).
[Bigflo] J'me suis posé en Suisse calmement / Y a des cygnes sur les rives du lac Leman / J'ai coupé mon natel pour pas qu'on m'appelle / Là-bas j'ai abusé sur l'emmental et la montagne de chocolat
La Suisse n'échappe pas non plus aux clichés. Les artistes toulousains célèbrent en effet le légendaire calme helvétique, qui n'est pas sans rappeler les eaux paisibles du Léman. Neutre et hors du temps, le pays est présenté comme le refuge idéal pour les gourmands, adeptes "d'emmental et [de] montagne de chocolat".
[Oli] Première fois en Corse, le choc / La terre, la mer, au début j'ai eu du mal avec le caractère / Sur la terrasse, les blagues de vieux m'ont fait rire / Je voulais plus partir, plus remonter dans le ferry
La Corse est dépeinte en île de beauté, ("le choc / la terre, la mer"), sauvage et rebelle, à l'image du tempérament ombrageux de ses habitants. (2) Au départ, le visiteur extérieur a souvent "du mal avec le caractère", puis finit par apprivoiser les autochtones ("les blagues de vieux m'ont fait rire" et finit par vouloir rester. 
[Oli] Tu connais pas Montpellier ? La plage est tout prêt d'ici / On passe tout l'après-midi place de la comédie / On prend l'temps, ne viens pas croire qu'on est faignant (non) / Les arènes de Nîmes jusqu'au palais de Perpignan
[...]
J'suis né à Toulouse, forcément j'suis pas vraiment honnête / Elle a vu mes premiers pas et m'a porté chaque seconde / Tu demanderas à tous ceux qui la connaissent / Ils te diront c'est la plus belle ville du monde
Le duo toulousain consacre deux couplets à sa région natale, l'Occitanie. Pas de critiques ici, la description correspond en tout point aux dépliants d'un office du tourisme. Le gisement touristique est fabuleux avec "la plage [...] tout prêt", des trésors architecturaux à foison: "place de la Comédie", "arènes de Nîmes", "palais de Perpignan". En toute subjectivité (j'suis pas vraiment honnête), les chanteurs louent les charmes de Toulouse, une ville rose qui "a vu [leurs] premiers pas", "la plus belle ville du monde".

*  "On a les plus belles filles, les plus beaux paysages"
Le recours systématique aux stéréotypes vise sans doute à mieux les démonter. Il n'empêche que la réactivation des clichés les plus éculés risque davantage de les enraciner que de les faire disparaître. Le refrain, loin de dissiper le malentendu, tend plutôt à le conforter tant il verse dans le chauvinisme. On se trouve bien ici aux antipodes de la "Ballade des gens qui sont nés quelque part".   
Tout cela n'est pas si grave, il ne s'agit que d'une chanson. Elle fournit un bon prétexte pour aborder la France autrement, un peu à la manière de ces cartes hautement subjectives présentant la France d'un point de vue particulier:
> Top 20 des cartes de "La France vue par..."  
> Carte de France vue par... 
> La France vue par les Frnaçais.

Pour leur clip, les frangins ont visité 16 villes et plus de 40 lieux différents. (3)


[Oli]
Je t'ai déjà parlé de Bordeaux ? (Non)
Sur les quais on aime appeler les jolies filles taillées comme des cannelés
J'ai vu l'étendue des vignobles à travers le hublot
Miroir, miroir d'eau, dis-moi qui est le plus beau
[Bigflo]
J'suis passé en Normandie, j'ai vu les villes et les plages (Ah ouais ?)
Pour pas te mentir, j'ai surtout vu des vaches (Haha)
J'ai vu des lions et des lionnes au coeur rugissant
Un Havre de paix Caen j'suis passé par Rouen
[Oli]
Un arrêt à Lille, c'est vrai que c'est pas la plus belle des villes
Mais sur la grand place je me suis comme senti libre
Senti petit, senti ch'ti dans le décor
Les gens étaient plus chaleureux que le temps dehors (c'est vrai)

[Bigflo]
J'suis passé par Lyon et j'ai pas compris tout de suite
Quand je disais "Bonjour" on me répondait 69 la trik
J'ai traîné place Bellecour avec tous mes zonards
On m'a dit qu'à Saint-Etienne y'a que des connards

[Oli]
Faut que j'te parle de Marseille
Son port, ses ruelles un peu crades
Et j'ai même pris l'accent en chantant dans le stade

Au milieu de ces grandes gueules moi j'en menais pas large
J'ai entendu des cigales mais pas le bruit des kalach

[Bigflo]
J'suis allé à Saint-Etienne prendre un peu l'air (ouais)
On m'a forcé à enfiler un foutu maillot vert (putain)
J'ai traîné Rue des Martyrs avec tous mes zonards (et ouais)
On m'a dit qu'à Lyon (quoi ?) y'a que des connards (Mais non !)

Bienvenue chez moi
Que tu viennes d'une grand ville, ou d'un petit village

Faut qu'tu vois ça, ah, ah (ah)
On a les plus belles filles, les plus beaux paysages
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi

[Bigflo]
A Brest et Rennes, je me suis senti un peu con
Quand les gens m'ont dit qu'ils étaient pas français mais bretons
Des marins au grand coeur, un petit peu trop ivres (ouais)
Naviguant sur une mer de cidre

[Oli]
Une journée à Paris et Notre Dame a fait une seine (Ah ouais ?)

Elle m'a dit que j'étais trop lent et que nos petits accents la gène
Elle est pressante et oppressante
Elle est stressante et cruelle
Elle est blessante, elle est glaçante mais putain ce qu'elle est belle

[Bigflo]
Je suis allé sur une île, le volcan m'a ouvert ses bras
Et l'océan me chuchotait La Réunion lé là
Y'a pas de religion ou de couleur sur la photo
Une engueulade c'est aussi rare que de voir un dodo

[Oli]
Tu connais pas Montpellier ? La plage est tout prêt d'ici

On passe tout l'après-midi place de la comédie
On prend l'temps, ne viens pas croire qu'on est faignant (non)
Les arènes de Nîmes jusqu'au palais de Perpignan

[Bigflo]
J'suis allé à Strasbourg, j'suis revenu avec du kouglof sous le coude
C'est fou j'ai encore dans la bouche le goût de la choucroute
Les charmes des limites de l'hexagone
Et j'écris cette phrase avec la plume d'une cigogne

Bienvenue chez moi
Que tu vienne d'une grand ville, ou d'un petit village

Faut qu'tu vois ça, ah, ah (ah)
On à les plus belles filles, les plus beau paysage...
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi

[Bigflo]
J'suis allé en Belgique, logique, j'ai fait le plein de frites
J'ai cru voir de la bière sortir du Manneken Pis
Y'a de la vie quand le Carré s'anime
J'y suis tellement allé, j'ai l'impression de voir la famille (bah oui) 
(une fois)

[Oli]
A Nantes j'ai commencé un safari géant

J'ai croisé des canari, volé autour d'un éléphant
J'ai vu des kickers, des skippeurs, des kiffeurs
Le seul endroit où j'ai croisé des dealers, des p'tits beurres

[Bigflo]
J'me suis posé en Suisse calmement
Y a des cygnes sur les rives du lac Leman
J'ai coupé mon natel [= téléphones portables] pour pas qu'on m'appelle
Là-bas j'ai abusé sur l'emmental et la montagne de chocolat

[Oli]
Première fois en Corse, le choc
La terre, la mer, au début j'ai eu du mal avec le caractère
Sur la terrasse, les blagues de vieux m'ont fait rire
Je voulais plus partir, plus remonter dans le ferry

[Bigflo et Oli]
J'suis né à Toulouse, forcément j'suis pas vraiment honnête
Elle a vu mes premiers pas et m'a porté chaque seconde
Tu demanderas à tous ceux qui la connaissent
Ils te diront c'est la plus belle ville du monde

Bienvenue chez moi
Que tu viennes d'une grand ville, ou d'un petit village
Faut qu'tu vois ça, ah, ah (ah)
On a les plus belles filles, les plus beaux paysages
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi

Bienvenue chez moi
Que tu viennes d'une grand ville, ou d'un petit village
Faut qu'tu vois ça, ah, ah (ah)
On a les plus belles filles, les plus beaux paysages
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi
Viens faire un tour chez moi

Bigflo : Tu sais qu'à Nantes y'a un éléphant mais genre il est automatisé et il avance et tout genre il bouge dans la ville
Oli: Qu'est-ce tu dis frère ?
Bigflo: Mais j'te jure c'est vrai, le truc c'est un éléphant mais genre un robot éléphant
Oli: Ah ouais ?

Notes:
1 . Ce gros oiseau incapable de voler fut massacré par les Européens au XVII° siècle.
2. Ce même cliché explique que les plaques d'immatriculation corses s'arrachent. Car pour certains, on serait plus en sécurité avec une plaque 2A ou 2B...
3. On y voit: la place st-Sernin, le Capitole et le Stadium de Toulouse, le quai Louis XVIII et le miroir d'eau à Bordeaux, des vaches dans un pré pour illustrer la Normandie, la Grand Place / Place Charles de Gaulle et la rue de la Bourse à Lille, le Restaurant Le Petit Glouton et la Place Bellecour à Lyon, le Vieux Port et le stade Vélodrome à Marseille, le Musée de la Mine et la Rue des Martyrs de Vingré à Saint-Etienne, le port de commerce et une crêperie de la rue de St-Malo à Brest, la place de la Comédie à Montpellier, la tour Eiffel, le port Debilly, la cathédrale Notre-Dame, le pont des Coeurs à Paris, la scène des Francofolies de la Réunion,  le quartier de la Petite France et la cathédrale de Strasbourg, la Grand-Place et le Manneken-Pis à Bruxelles,  l'éléphant des Machines de l'Ile à Nantes, les bords du Lac Léman et la Chocolaterie genevoise  Rohr, le château de Nieuil en Charente. Sans que ces lieux ne puissent être identifiés, il est également possible d'apercevoir deux plages, une fête foraine, des ruelles d'un village corse, une gare SNCF, un manège, une crêperie, des routes, un champ de maïs et des vaches... 

dimanche 5 février 2017

321. Baptiste Trotignon et Christophe Miossec:"Palavas-les-Flots" (2012)

Fruit d'une lutte sociale intense, l'avènement des congés payés en 1936 permet de démocratiser la pratique touristique. Le développement du réseau ferroviaire permet à une toute nouvelle clientèle d'accéder aux bords de mer. Au lendemain de la guerre, l'essor du tourisme populaire à grande échelle est consolidé par l'allongement des congés payés et la généralisation des voitures individuelles. Les bases du tourisme de masse sont désormais posées.
Or, à partir des années 1960, dans un contexte favorable de forte croissance économique, l’État engage une politique volontariste d'aménagement du territoire dont l'objectif principal est de réduire les inégalités territoriales à l'échelle du pays. Le littoral languedocien, alors dépeuplé et largement sous-exploité, fait ainsi l'objet d'une mise en valeur de très grande ampleur. Jean Balladur, futur architecte en chef de la Grande Motte, décrit ainsi la côte languedocienne: "le lido continu (...) a pris la forme d'un cordon lagunaire de 180 km de long séparé de la plaine par des étangs saumâtres, peuplés d'anguille. De petits fleuves côtiers, le Vidourle, le Lez, l'Hérault, l'Aude, les coupent par des estuaires que l'on dénomme localement des 'graus'."
Cet univers de dunes sableuses balayées par les vents est alors infesté de moustiques.



Le but des autorités politiques est de capter sur les plages françaises du Languedoc les flots de visiteurs qui transitent par la France pour filer droit sur la Costa Brava. Le gisement touristique potentiel est pourtant prometteur: soleil omniprésent, rareté des pluies, mer bleue... D'immenses plages de sables fin ourlées de dunes vierges s'étendent sur des dizaines de kilomètres, offrant de formidables opportunités de développement et de mise en valeur dans une zone encore largement rurale et peu développée. En orientant vers le tourisme cette région de monoculture de la vigne, le gouvernement cherche à permettre une diversification des activités économiques. Cette mise en valeur des potentialités touristiques du Languedoc-Roussillon s'inscrit également dans le processus alors à l’œuvre de spécialisation des régions françaises.
L'objectif des autorités est aussi de désengorger la Côte d'Azur en offrant les infrastructures nécessaires à l'accueil d'un tourisme de masse alors en plein essor. 
Mais, pour éviter que le déferlement d'estivants ne s'accompagne d'une bétonisation des côtes, l’État prévoyant rachète des terrains pour les soustraire à la spéculation immobilière et pour reboiser le littoral. Dans le même temps, il s'assure du classement de vastes espaces en Zones d'aménagement différé (ZAD).
Le délégué à l'aménagement du territoire du gouvernement de Georges Pompidou, Olivier Guichard résume ainsi les ambitions gouvernementales pour les côtes languedociennes: "Eh bien, dans une civilisation où la part des loisirs ne cessera de croître, il est normal que l'Etat recherche les lieux encore vierges où puisse se développer cette civilisation. C'est ce qui nous a conduit à nous préoccuper de la côte du Languedoc-Roussillon et à envisager les infrastructures nécessaires pour que cette côte devienne un lieu de loisirs. Étant donné la taille des infrastructures en matière de communication, en matière de démoustication, en matière d'adduction d'eau, il fallait que l’État s'en préoccupe d'accord avec les collectivités locales." 

En septembre 1962, le ministre de la construction désigne les 8 architectes (1) qui étudieront ce vaste projet d'aménagement touristique des 200 kilomètres compris entre la Camargue et les Pyrénées. Six "unités touristiques" pouvant accueillir 1 million de touristes sont délimitées, associant les villes existantes aux stations à créer. Ces unités sont séparées par des espaces naturels protégés. (2)  
Au bout du compte, ce sont sept stations balnéaires (le Cap d'Agde, Port-Leucate, Port-Barcarès...) et douze ports de plaisance qui verront le jour le long du littoral languedocien, de saint-Cyprien à l'ouest au Grau-du-Roi à l'est.(3)
Le 18 juin 1963, un décret confie à une mission interministérielle la charge d'aménager le littoral du Bas-Languedoc. Son président, Pierre Racine, met en place un Plan d'urbanisme d'intérêt régional et se charge de coordonner l'ensemble des opérations. La tâche est immense, car il faut tout faire: démoustiquer, drainer les zones marécageuses, créer des routes, délimiter des espaces naturels à protéger, construire dans les zones à bâtir, planter, mettre en place des réseaux d'assainissement et d'adduction d'eau, creuser des ports... Quatre Sociétés d’Économie Mixte prennent en charge une partie de la réalisation des travaux d'aménagement.    

Intéressons-nous désormais à la réalisation la plus emblématique de la mission Racine: la Grande Motte. 

Vue aérienne des ziggourats de la Grande Motte. Située dans le département de l'Hérault et la région Occitanie (feu Languedoc-Roussillon), la Grande Motte est localisée sur la côte du littoral languedocien du golfe du Lion, à environ 20 km au sud-est de Montpellier et 40 km au sud-ouest de Nîmes.
* "Faire sortir une nouvelle Floride des marécages."
Coincée entre la Méditerranée et des étangs (du Ponant et du Mauguio), la Grande Motte fut construite sur un site vierge, une lande désertique, sur "une côte plate et sans relief, invisible presque de la mer, un paysage marécageux, extrêmement déboisé. Rien n'y attire, ou n'y retient le regard", note Pierre Racine. Le site est bordé d'une grande plage adossée à des dunes de sable fin dont la plus haute, la Grande Motte, donnera son nom à la future station. Les vents violents empêchent le développement de la végétation. Seuls les salicornes, quelques oyats, des roseaux et les tamaris parviennent à pousser, timidement. Quelques cabanes de pêcheurs construites à partir de matériaux de récupération attestent de la présence, épisodique, de l'homme.
C'est à Jean Balladur que fut confiée la lourde mission de donner naissance à un paysage urbain cohérent et hautement réfléchi. L'architecte revient sur la tâche prométhéenne qui lui incombait alors: "C’était une terre consentante et lassée offerte au savoir-faire du bâtisseur. Dans le passé, les fermiers, les pêcheurs, et les chasseurs l’avaient prise avec ménagement : des vignes, une peupleraie naissante, l’habillaient dans sa partie haute, vers le nord. [...] Il fallait, par un plan ferme et une forme honnête aider ce site presque vierge à se montrer à visage découvert. Il fallait, aussi, ajuster la mesure des lieux à la mesure des corps des futurs estivants : les promenades au pas des promeneurs, les terrasses de cafés au soleil couchant, les places aux joueurs, les commerces à la frivolité des femmes (sic), le port à la garde des bateaux, la plage à la nudité des baigneuses et aux jeux des enfants."

Le Provence et le Grand Pavois.

En septembre 1966, les travaux débutent avec l'installation de la drague destinée au creusement du port. On puise alors  6 millions de mètres cube de sable dans l'étang du Ponant et le port pour rehausser le niveau du sol et installer les futures constructions en sécurité (2 mètres au dessus du niveau de la mer). 
L'organisation de la Grande Motte s'avère très originale avec une urbanisation calée sur le front de mer en guise de paravent à un espace végétalisé. Balladur imagine une cité touristique populaire où il ferait bon passer ses vacances. 
Pour conjurer le spectre de la bétonisation, l'aridité des matières minérales, l'architecte a voulu faire de la ville un grand jardin. Balladur explique: "L'architecture, c'est le vie, ce qui est en creux, ombré dans les plans [...]. L'imaginaire des hommes a toujours fait le paradis dans un jardin. C'est un jardin qu'il fallait offrir."
De fortes contraintes climatiques rendent la tâche ardue. Il faut d'abord irriguer à partir du canal du bas-Rhône, puis choisir avec soin des végétaux adaptés à la sécheresse estivale et à la violence des vents. Dès l'origine, les espaces verts se taillent la part du lion comme par exemple cette grande avenue piétonnière arborée reliant les plages aux hébergements.
La station se dote également d'un mobilier urbain spécifique (lampadaire, fontaine, feux de signalisation), dessiné par Balladur. Des fontaines, sculptures réalisées par des artistes agrémentent encore la ville. 


En 1967, Charles de Gaulle visite les chantiers de construction.
Il déclare à cette occasion: "Le tourisme, les loisirs sont une part fort importante de la civilisation moderne. Et la France l'a compris, un peu partout, et je vois qu'elle l'a compris spécialement ici."
Clin d'oeil à de Gaulle, Jean Balladur a fait construire des balcons dont la forme rappelle le profil du général doté de son généreux appendice nasal.
 
 L'architecte en chef cherche à ce que la station s'harmonise avec le paysage dunaire alentour, ainsi qu'avec les reliefs cévenols environnants. Aussi opte-t-il pour des constructions de forme pyramidale, inspirées de l'architecture maya. Les immeubles ont été construits en béton, afin de résister aux embruns que le vent d'est apporte de la mer. Facile à travailler, peu onéreux, ce matériau a pour autre atout de vieillir assez bien. Les bâtiments du levant (le Grand Pavois, le Provence), à l'est du port, ont le volume de pyramides dressées, tandis que ceux du couchant adoptent des volumes courbes, plus doux (les conques de Vénus et les bonnets d'évêque). Entre les deux espaces, la grande pyramide, la plus haute de la ville, sert de repère aux plaisanciers égarés.
L'architecture en forme de pyramide a pour avantage d'offrir un maximum d'espaces à l'ouverture vers l'extérieur, afin que la vue sur mer ne soit pas réservée à une poignée de privilégiés. Cette architecture en escalier permet en effet à chaque logement de disposer une grande terrasse.
Car on touche ici un des aspects les plus intéressants du projet initial d'aménagement de la Grande Motte. Il s'agit en effet de rendre la station accessible à un public populaire.
Aussi, pour proposer des locations accessibles, les immeubles sont constitués de petites surfaces, des studios et appartements familiaux à des tarifs attractifs. A l'été 1968, les premiers logements sont livrés, mais peinent à trouver preneur. En 1969, le tour de France fait étape à la Grande Motte ce qui permet de braquer les projecteurs sur la cité futuriste et ainsi de la faire connaître. Dès lors, les logements s'arrachent, en particulier les studio-cabines.

La silhouette imposante de la grande pyramide a le profil inverse de celui du Pic Saint-Loup, contrefort des Cévennes qui se dessine au loin.
    
Cinquante ans après sa fondation, la Grande Motte fait partie des stations balnéaires les plus fréquentées, elle est même devenue une ville à part entière avec des résidents permanents (de 56 habitants en 1968 à 8629 habitants permanents en 2016). Au cours de l'été, ce ne sont pas moins de 120 000 touristes qui y séjournent dans tous les types d'hébergement imaginables: appartements surtout, mais aussi hôtels, résidences locatives, villas, campings, villages de vacances, bateaux de plaisance..
Le succès est donc bien au rendez-vous pour la Grande-Motte, mais la vocation sociale de la station n'est en revanche plus guère d'actualité. Ces dernières années, la municipalité s'éloigne en effet de la volonté initiale de démocratiser les vacances. Aujourd'hui, la station abrite davantage d'hôtels haut de gamme. Promoteurs et commerçants cherchent avant tout à attirer une clientèle aisée et, petit à petit, les plages privées grignotent du terrain.

La Grande Motte vue du ciel. Image extraite d'un documentaire diffusé en 2016 sur Arte: "France-Allemagne, une histoire commune. Paysages de vacances."


Rançon de la gloire, la station a aussi ses détracteurs. Certains considèrent les pyramides comme des hérésies architecturales, tout en déplorant l'artificialisation du site. D'aucuns parlent même à son sujet de "Sarcelles-sur-mer" ou de "béton-plage".
"Au départ, il y a eu une certaine hostilité parce que c'est un paysage évidemment nouveau, étrange qu'ils ont vu surgir sur les sables de la Grande Motte et puis, de proche en proche, ils ont retrouvé une ambiance vivante", se défend Balladur. Dans son ouvrage "La Grande Motte, l'architecture en fête ou la naissance d'une ville", l'architecte en chef considère au contraire qu'il a soustrait sa création à "la horde des promoteurs qui déferlaient depuis peu sur le littoral [et] risquaient de la violer sans vergogne. Les lotissements sinistres et linéaires de Carnon et de Palavas, le mur de la honte qui barrait la mer au Grau-du-Roi, portaient témoignage de leurs désordres." 
On imagine sa déconfiture lors de la visite de de Gaulle à la Grande Motte. En effet, après s'être fait présenter le projet urbanistique, le chef de l'Etat interroge, goguenard: 
« En somme, Monsieur l’architecte, vous voulez nous faire un nouveau Palavas ici ?" Déconfit, Balladur se défend timidement: " Non, pas tout à fait, mon Général, ce sera autre chose." 
 Pauvre Palavas, pourquoi suscite-t-elle tant de sarcasmes?

Cliquez sur les balises pour comprendre l'organisation de la Grande Motte.


* Pa Pa Palavas.
En raison de sa proximité avec l'agglomération montpelliéraine, l'ancien petit village de pêcheur de Palavas devient dès l'entre-deux-guerres, LA station des héraultais de l'arrière-pays. (4) Au lendemain de la guerre, les constructions se multiplient de façon désordonnée, si bien qu'à l'orée des années soixante, la station possède un noyau central très densément urbanisé, principalement constitué de villas et de petits immeubles. Construite et développée sans aucune préoccupation d'urbanisme moderne, Palavas s'est imposée dans l'imaginaire collectif comme l'archétype du littoral saccagé par la bétonisation et atteint de bénidormisation rampante. Au vrai, cette réputation est largement usurpée, surtout si l'on songe à d'autres hérésies urbanistiques voisines telles que Carnon (5) ou Gruissan-Plage (dont le charme initial est rompu).  



La chanson populaire ne déroge pas à la règle. Quand Palavas est évoquée dans un morceau, c'est sous un jour sinistre ou pour profiter de la sonorité pseudo-exotique de son nom.
Ainsi, dans le refrain de son titre "Pa Pa Pa Palavas" issu de la bande originale des Triplettes de Belleville, Benoît Charest fait rimer Palavas avec n'importe quel mot se terminant par -asse. Ce qui donne:"Sur les quais de Palavas / Nos avenirs s'entrelacent / Sur ta robe a fondu ma glace / C'est collant et c'est dégueulasse." Dans le même ordre d'idée, Marc Charlan enregistre un morceau dont l'intérêt principal réside dans le titre: "Je me casse à Palavas".
Dans "Les bords de mer", en 2008, Julien Doré se fait larguer. Pour se changer les idées, il se rend à Palavas. A l'écouter, c'est une erreur: "Je paye en liquide ma chambre single / à Palavas. / Les bords de mer me désespèrent / sans ta tronche."
En 2012, à l'occasion d'une collaboration exceptionnelle, le chanteur Miossec et le pianiste Baptiste Trotignon composent et interprètent une chanson balnéaire consacrée aux foules venues se faire rôtir sur les plages méditerranéennes. Agoraphobe, le barde breton y propose sa vision (terrifiante) du tourisme de masse au bord de la "grande bleue". Quel nom donnée à une telle chanson? Palavas bien sûr [paroles ci-dessous]
A condition de garder à l'esprit qu'il y a toujours pire ailleurs, il reste cependant de l'espoir pour Palavas. Ainsi, dans le titre "Rimini", vibrant hommage au champion cycliste Marco Pantani, le chanteur rappelle qu'" à côté de Rimini même Palavas a l'air sexy / (...) à côté de Rimini, la Grande Motte ressemble à Venise."


Vue satellite de Palavas-les-Flots.

Conclusion: Plus d'un demi-siècle après le lancement de la mission Racine, le plan d'aménagement du littoral languedocien a largement atteint ses objectifs, faisant de ce mince cordon dunaire une grande région touristique. 
L'afflux considérable de touristes (de 525 000 en 1965 à près de 5 millions à la fin des 1980's) permet de faire du tourisme le premier secteur d'activité de la région et de dégager des chiffres d'affaires considérables.
En contrepartie, la promotion du tourisme balnéaire a accru les déséquilibres régionaux entre un littoral au bord de la saturation l'été et l'intérieur rural et montagneux (sublime parc du Haut-Languedoc).

Notes: 
1. Jean Balladur, Georges Candilis, Jean Lecouteur, Raymond Gleyze, Edouard Hartené, Pierre Lafitte, Henri Castella, Elie Mauret.
2. Du Grau-Roi à Palavas; de Marseillan au Grau d'Agde; de Valras à l'embouchure de l'Aude; de Saint-Pierre à Gruissan; de Leucate à Barcarès; de Canet à Argelès.
 Nous nous intéressons ici plus particulièrement à la section confiée à Jean Balladur, celle correspondant au 24 kilomètres de littoral entre le Grau-du-Roi et Palavas. 
3.  L'objectif de l'aménagement du littoral languedocien cherche aussi à attirer une clientèle différente: les naturistes. Un village naturiste est aménagé à leur attention au Cap d'Agde, le plus grand site d'Europe en terme de capacité d'accueil lors de sa création en 1974. 
4.  Pauvre Palavas. Quelques bicoques de pêcheurs disséminées le long des étangs de Pérols et de Méjean. Au XVIIIème siècle, un petit fortin militaire (Redoute de Ballestras) est construit pour surveiller le littoral, menacé par les corsaires. L'afflux de population entraîne la création d'une commune au milieu du XIXème siècle. Un petit train voit le jour, qui permet aux Montpelliérains de s'adonner aux joies des bains de mer. 
En 1928, Palavas devient Palavas-les-Flots pour bien insister sur sa vocation balnéaire.
Sur la rive gauche du Lez, les rues étroites composées de modestes maisons de pêcheurs sont dominées par la silhouette imposante du phare de la Méditerranée, ex-château d'eau construit autour de l'ancien fort du XVIIIè siècle. Les lieux de villégiatures se trouvent sur la rive droite qui abrite d'imposants chalets et vastes villas caricaturés par le dessinateur Albert Dubout.
5. Sur un ancien cordon littoral vierge, Carnon est devenu une sorte de paravent minéral géant face à la mer.

 
 
Baptiste Trotignon et Miossec:"Palavas-les-Flots" (2012)
 Nous essayons de nous combler / la peur du vide, l'envie de l'autre / Pour cela il faut s'amasser les uns sur les autres / Nous essayons de rester groupés sur des plages / où nous supportent / les coups de soleil, les coups de sang, / la chaleur ça réconforte.
Nous essayons de nous plonger / les uns dans les autres / En bouteille ou en apnée/ Après tout peu importe / ce qu'on va bien pouvoir trouver les uns chez les autres /Nous n'avons plus d'intimité / depuis quand est-elle morte?/

Refrain: Quand on est seul / On entend plus que soi /  Ça fait du bruit / On attend qui / On attend quoi? / 

Nous essayons de rester collés / de rester parmi nos proches / de ne surtout pas s'éloigner / de ne pas finir sur les roches / Nous sommes ravis, enchantés de partager notre bidoche / C'est vrai que la promiscuité / ça peut foutre les pétoches / Nous essayons de nous retrouver / qu'on soit beau qu'on soit moche / sur des serviettes, un mettre carré / qu'est-ce que tu me reproches?
 
Quand on est seul / On entend plus que soi /  Ça fait du bruit / On attend qui / On attend quoi / Quand on est seul / On a plus que soi / ça fout les jetons / Pourquoi n'es-tu plus là?

Les bonnets d'évêque.

Sources:
- Les pages consacrées à la Grande Motte (p289-316) dans la thèse de doctorat de Xuan Son Le:"Lieux et modèles: l'exemple des villes de fondation au XXème siècle."
- "La Grande Motte, cité des dunes", CAUE de l'Hérault, décembre 2010. 
- "France-Allemagne, une histoire commune. Paysages de vacances." Documentaire diffusé sur Arte en 2016.
- Palavas-les-Flots, la plage historique de Montpellier.
- INA: La mise en valeur du Languedoc-Roussillon. 
- INA: Aménagement littoral du Languedoc Roussillon. 
- Sur les docks (France culture): "La Grande Motte hors saison".
- Le Génie des lieux (France culture): "La Grande Motte: cité des vacances". 
- L'été archi: "A la Grande Motte, les pyramides utopiques de Jean Balladur". 
- Culture Box: "Il y a 45 ans, une ville surgissait de nulle part: la Grande Motte." 
 - Libération, "La Grande-Motte: les vacances de Monsieur Spock."

Bonus:
- une étude de paysage sur la Grande Motte (chapitre habiter les littoraux en sixième): version PDF.