Pierre Grosz écrit pour Michel Jonasz les paroles du morceau "Les vacances au bord de la mer", une merveilleuse évocation de vacances familiales au bord de la Méditerranée. En passant sur le blog, il nous a laissé un sympathique commentaire. Il y revient sur la genèse de cette chanson. Citons-le: "Ayant écrit avec Michel son album sur lequel figuraient onze chansons, je
suis allé me reposer chez mon père à Menton. Michel m'a téléphoné pour
me dire que pour lui un album, c'est 12 chansons ; j'ai donc écrit un après-midi ces mots en regardant les gens qui se baladaient devant la Méditerranée, Jonasz en a composé la musique le lendemain et notre
surprise a été totale - la sienne surtout - de reconnaître dans ces
paroles ses propres souvenirs d'enfance !" Lors des vacances d'été, le chanteur quittait, avec ses parents et sa sœur, le petit appartement de la porte de Vanves à Paris pour le bord de la mer. Issu d'une famille plutôt modeste, Michel garde un souvenir ému du sacrifice de ses parents pour emmener leurs enfants en vacances. (1) Partant de ces souvenirs, Pierre Grosz écrit le texte des Vacances au bord de la mer sur une ballade mélancolique composée par Jonasz.
Le titre, qui figure sur l'album Changez tout sort au début de l'année 1975. Au cours de l'été, le morceauremporte un beau succès populaire. Il faut dire que les paroles visent juste, droit au cœur. Il en émane une simplicité vraie. Les premiers mots, d'une grande sobriété, plantent d'emblée le décor: une famille modeste profite des joies du tourisme balnéaire.
"On allait au bord de la mer / Avec mon père, ma sœur, ma mère." En filigrane de cette description à hauteur d'enfant pointe un arrière plan de lutte des classes, délicatement chantée. Il n'y a rien de misérabiliste dans cette description de la fracture sociale au temps des Trente glorieuses naissantes. Ici, le rapport à l'argent est omniprésent. Tout ce qui se dit dans cette chanson renvoie au système de domination sociale. Les membres de la famille conservent leurs habitudes laborieuses. "Le matin, on se réveillait tôt". Tous les membres de la famille regardent d'abord les autres dépenser l'argent qu'eux n'ont pas ("on regardait les autres gens / comme ils dépensaient leur argent"). Puis ils passent devant les hôtels et les restaurants trop chers ("Les palaces, les restaurants / On ne faisait que passer devant"). Quand vient l'heure du goûter, les enfants optent pour des glaces à l'eau, car ce sont les moins chères. "Nous il fallait faire attention / Quand on avait payé le prix d'une location / il ne nous restait pas grand-chose." Au fond, ils ne peuvent s'adonner qu'aux rares activités gratuites, ces petits plaisirs simples qui rendent le séjour inoubliable. "Alors on regardait les bateaux." "Sur la plage pendant des heures / On prenait de belles couleurs." Dans ces moments là, la famille, comme plongée dans une torpeur ouatée, semble évoluer au ralenti.
La chanson convoque également l'imaginaire des congés payés. Il n'est plus question des tentes et des vélos des
ouvriers du Front populaire. Le contexte n'est plus le même. Si l'on se fie à la date de naissance du chanteur, on peut estimer que ces vacances se déroulent à la fin des années 1950 ou au tout début de la décennie suivante, à une époque où la croissance économique des Trente glorieuses permet aux familles modestes d'accéder à leur tour au tourisme de masse, à condition de ne pas faire d'écarts. (2)
Sainte-Marguerite. Guillom, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Représentant
de commerce, le père du chanteur empruntait souvent le Paris-Vintimille, ce qui
lui fit découvrir la baie de Cannes et l'incita à y revenir en
vacances avec sa famille. En plus des activités précédemment mentionnées, et lorsque le budget vacances n'était pas encore totalement épuisé, les Jonasz prenaient un bateau qui les menait sur les îles de Lérins (Sainte-Marguerite, Saint-Honorat). "Quand les vagues étaient tranquilles / On passait la journée aux îles / Sauf quand on pouvait déjà plus."
Michel Jonasz, devenu adulte, a conservé un souvenir ému de ces
merveilleuses "vacances au bord de la mer", car en dépit du manque d'argent "c'était quand même beau".
Notes:
1. Michel naît dans une famille d'origine juive hongroise. Fils d'un représentant de commerce et d'une mère au foyer, Jonasz a vécu une enfance paisible comme il le chante dans La famille.
2. En 1956, les salariés français obtiennent d'ailleurs une troisième semaine de temps libre.
Le
24 février 1961, devant 2 500 spectateurs, le
général de Gaulle inaugure
en grande pompe le nouvel aérogare d'Orly. Lyrique, le président de
la République exalte le savoir-faire de l’industrie aéronautique
nationale. “En
inventant, en répandant, les Caravelles, les Mirages, les Alouettes
etc., nous aidons l'Homme à se servir du ciel.”
L’heure est à la fierté nationale: "Dans
l'ère industrielle, notre pays s'aperçoit que toutes les limites
s'éloignent, qu'il a en lui toutes les sources de la puissance et du
rayonnement et qu'il peut se transformer au point d'être l'un des
plus jeunes et des plus grands. Orly nous a, ce matin, confirmé dans
cette certitude". Pour de Gaulle, l'aéroport flambant neuf atteste de la puissance
française dans le monde. Au moment où l'Empire colonial se délite, il témoigne également de la volonté de recentrer l'ambition nationale sur l'hexagone. La France des Trente
glorieuses entend prendre sa revanche sur la guerre et entrer de
plain pied dans la modernité.
HZ, Public domain, via Wikimedia Commons
*Un
déluge de luxe et de modernité.
En
1961, le nouvel Orly est plus grand aéroport d’Europe, le quatrième au
monde. (1) Ses 1 600 hectares représentent un sixième de la superficie de Paris! L'édifice offre un
espace à la fois classique et neuf avec l’utilisation combinée de
matériaux traditionnels ou modernes: marbre, serpentine, acier
inoxydable, travertin, émaillite, verre securit, béton
armé, formica, plastique, linoleum, buflon, isover et surtout aluminium doré, le fameux "Blond orly" ... L'aéroport allie esthétique et fonctionnalité.
Henri
Vicariot, l’architecte en charge de la construction, se rend à
plusieurs reprises aux Etats-Unis pour y puiser l'inspiration et peaufine son projet pendant dix ans. Il faut encore quatre
années de travaux pharaoniques pour que l'aérogare ne sorte de terre. Pour ce faire, on dévie la nationale 7 de son trajet romain pour la faire passer sous l'édifice. Ceci permet non seulement de desservir les lieux, mais aussi d'en rendre l'accès très spectaculaire avec une arrivée frontale des voies qui semblent fusionner avec l'aérogare. On a "une composition qui doit être vécue de manière cinétique, par la vitesse, par l'automobile et avec ce lien très très étroit entre l'avènement de l'automobile et l'émergence de l'aviation comme transport civil, (...) un moyen de transport prometteur." (source C: Nathalie Roseau)
L'aérogare est une longue barre très sobre, dotée, côté piste, d'une trame vitrée en façade. Devant le
bâtiment, un bassin d’eau scintillante sert de terrain de jeu à
des cygnes majestueux dont on a pris soin de rogner les ailes. Encadrant la pièce d’eau, des carrés de
pelouses dominés par d’élégants réverbères balisent le chemin
vers l’entrée, dont les portes automatiques s’effacent comme par
magie devant les visiteurs. Les premiers escalators installés en
France, les ascenseurs rapides, permettent de prendre de la hauteur
pour contempler par les grandes baies vitrées les avions de ligne
qui s’ébattent sur le tarmac. Une quinzaine de lustres en
aluminium doré rehaussent le faux plafond bleu ciel. La lumière
rentre à flots dans le grand hall; un bassin alimenté par une cascade y recrée une ambiance
bucolique. Pour les installations du Terminal, Vicariot s'est entouré de grands talents (Jean-André Motte, Jean Prouvé, André Renou) qui popularisent le mobilier international, privilégiant une esthétique fonctionnaliste et épurée. Les annonces,
prononcées d'une voix suave, bercent les voyageurs grâce à une sonorisation chuchotante diffusée par 3 000 hauts-parleurs. Cette fameuse "voix d'Or(ly)" inspirera beaucoup l'univers de la radio.
Joop van Bilsen / Anefo, CC0, via Wikimedia Commons
*Aéroville.
Orly s'inscrit dans une nouvelle conception architecturale des infrastructures de transports. Ainsi, entre
1960 et 1965, une nouvelle typologie d’aéroports émerge dans les
grandes capitales européennes et américaines (Londres, Berlin,
New-York). On cherche alors à intégrer en un seul bâtiment toute
une série d’activités urbaines. L’idée est non seulement de
promouvoir le transport aérien, mais aussi d’attirer les visiteurs
à Orly. C'est la consécration de l'utopie aéroville, un espace où
l’on peut vivre en autarcie avec restaurants de luxe,
antiquaires, bijoutiers, parfumeurs, cinéma, hôtel, oratoire pouvant se prêter à tous les cultes,
salle de jeux, photographe, centre médical, pharmacie, supermarché Félix Potin, coiffeur, teinturier, confiseur, cordonnier,
poste, banque... (2) Toutes ces activités de service ou commerciales permettent aux autorités aéroportuaires d'engranger des recettes en plus de celles réalisées grâce au trafic passager.
*Destination
touristique.
Un
écriteau apostrophe les usagers du métro ou les automobilistes empruntant la Nationale 7: «
Visitez Orly ». Ça
marche! L'aéroport devient une attraction qui figure dans l'Officiel des spectacles. De 1963 à 1966, avec trois à quatre millions de visiteurs par an, il devient
le monument le plus visité de France, devant le château de
Versailles ou la tour Eiffel! Contre la somme modique de 50 centimes, puis 1 franc, on accède aux terrasses grâce à des tickets de quais que l'on poinçonne dans des bornes d'accès. D'ici, les accompagnateurs peuvent dire au revoir aux
passagers en partance ou tout simplement contempler les avions à réaction pendant des heures. Des speakers commentent l'arrivée et le départ de tel ou tel avion ou mentionnent la présence d'un passager de marque sur un vol. Depuis les terrasses, les promeneurs ne manquent pas de redescendre dans l'aérogare pour en admirer le lustre architectural, faire les boutiques ou se restaurer dans un des six restaurants de la place, dont le plus côté se nomme “Les trois soleils”.
*Admirer
le ballet des avions sur le tarmac.
La
visite ne coûte (presque) rien et permet de s’évader. Regarder
les avions décoller ou atterrir, c’est déjà un peu voyager, ne serait-ce que
par procuration. On vient admirer les avions à réaction et leurs constantes transformations: Caravelles, Alouettes, Mirages, Boeing, A 747... Lors de la construction d’Orly Sud, seule une
élite économique ou médiatique utilise l’avion. L’atterrissage
d’une vedette suscite l’effervescence et donne lieu à des
reportages télévisés qui entretiennent la fascination pour l'endroit. “Orly
est encore dans une époque où, effectivement, le transport aérien
reste réservé à une élite, aux stars, etc. Et Orly correspond
aussi à une forme de publicisation du transport aérien. La majorité
des visiteurs qui viennent à Orly ne prendront pas l'avion, mais ils
viendront voir effectivement à la fois le spectacle aérien, mais
aussi le spectacle de l'aéroport”,
constate l’historienne Nathalie Roseau. (source B) Le bâtiment sert
aussi de lieu de tournage à une quarantaine de films dont L'homme
de Rio, Le
cave se rebiffe,
Playtime, La Jetée.
Un
tel lieu ne pouvait laisser paroliers et chanteurs indifférents. Le
plus célèbre des morceaux consacrés à l'aéroport reste le
Dimanche à Orly de Gilbert Bécaud, en 1963. Les paroles de Pierre Delanoë
dépeignent le quotidien d’un jeune banlieusard vivant avec ses
parents dans un appartement flambant neuf d'une HLM. Les loisirs
manquent dans les grands ensembles. Le jeune homme s'ennuie,
notamment le dimanche, seul jour de la semaine où l’on peut
prendre du temps pour soi ou son appartement. En vertu d’une
répartition des tâches alors très sexuée, la mère du narrateur
range, quand son père regarde le sport à la télévision. Dans ces conditions,
le fils s'échappe pour fuir les monotones tracasseries dominicales.
« Je
m'en vais le dimanche à Orly. / Sur l'aéroport, on voit s'envoler /
Des avions pour tous les pays. / Pour l'après-midi, j'ai de quoi
rêver.» Il
s'offre ainsi une sorte de parenthèse enchantée, loin de la frénésie
habituelle. L'aéroport et ses volatiles métalliques charrient alors tout
un imaginaire susceptible d'alimenter rêves et phantasmes.
«Quand
le soir je retrouve mon lit / J'entends les Boeings chanter là-haut
/ Je les aime mes oiseaux de nuit / Et j'irai les retrouver bientôt». Admirer les avions permet de prendre un peu de hauteur, du recul, se
décentrer et contempler de très haut sa vie, dans
"le bloc 21" ou ailleurs. "Oui
j'irai dimanche à Orly / Sur l'aéroport, on voit s'envoler / Des
avions pour tous les pays / Pour toute une vie, y a de quoi rêver /
Un jour, de là-haut, le bloc 21 / Ne sera plus qu'un tout, tout
petit point."
La construction du morceau vient renforcer le propos. La chanson débute tambour battant, le narrateur y présente son cadre de vie sur des rythmes effrénés dont "Monsieur 100 000 volts" raffole. Soudain, le tempo se ralentit. La caresse des balais sur les cymbales, les volutes sonores de l'orgue hammond, l'entrée des voix éthérées d'un chœur féminin créent une ambiance planante correspondant aux rêveries contemplatives du narrateur posté sur les terrasses. La frénésie rythmique reprend le temps du deuxième couplet dans le lequel il est question de la banalité du quotidien. Puis, de nouveau, le narrateur reprend de la hauteur, imposant un ralentissement de tempo.
En 1977, l'aéroport inspire à Jacques Brel Orlydont les paroles narrent la séparation d'un couple. Déchirante et mélancolique, la chanson semble l'antithèse du titre de Bécaud
auquel Brel fait néanmoins un clin d’œil dans le refrain:
"La vie ne fait pas de cadeau / Et, nom de Dieu, c'est triste / Orly, le
dimanche, / Avec ou sans Bécaud! "Sur un ton badin, Jean-Roger Caussimon chante quant à lui Orly-Bar. Le narrateur s'installe confortablement à une table et observe ce qui l'entoure. "La vie est en suspens, le temps est ralenti / Un mur de plexiglas est là qui nous isole / Un Boeing silencieux descend et atterrit / Comme sur du velours, un jet roule et s'envole / Flèche vers le soleil, il perce le ciel gris." A l'approche du départ, l'anxiété grimpe chez l'aviophobe. Aussi pour se donner du courage, rien de tel que de se jeter quelques verres derrière la cravate. "Moi, je suis fataliste et respire à mon aise / Mais les doubles whiskies, ça aide à voyager." Enfin, Jeanne Moreau interprète Minuit-Orly dont les paroles et la musique de Serge Rezvani célèbrent "l'ère du jet". "Minuit Orly, c'est l'heure des adieux / Déjà les jets intercontinentaux / Au loin crachent leurs feux / Sur les pistes géantes / C'est l'heure des adieux."
* La fin des dimanches à Orly.
La massification du trafic
contribue à la banalisation du transport aérien. "Conçu à l'origine pour des avions à hélices, Orly est dès son inauguration condamnée à la saturation. Il était impossible pour les concepteurs de l'aéroport d'envisager le boom du trafic (...). En 1965, on prévoit un trafic de 23 millions de passagers pour Paris en 1980, quatre ans plus tard celui-ci est estimé à quarante millions." (source D) Aussi, pour répondre à la hausse du nombre de
passagers, l'Aéroport de Paris fait-il édifier Orly Ouest (1971) et lance le chantier de Roissy, dont l'inauguration en 1974 marque la fin de son devancier comme principal aéroport de la capitale. Alors que les passagers sont toujours plus nombreux, les simples visiteurs désertent au contraire l'aérogare.
L'excitation de la découverte des nouveaux avions s'émousse. Depuis 1975 et la tentative d’attentat perpétrée par le terroriste
Carlos, il n’est plus possible de contempler les oiseaux d’acier
depuis les terrasses d’Orly. Des filtres, des barrières, des clôtures cherchent à empêcher les attroupements et à assurer une sécurité optimale. L'augmentation du trafic aérien implique enfin de traiter des flux de voyageurs. Dans ces conditions, les autorités aéroportuaires privilégient les passagers aux simples visiteurs qui ne sont plus vraiment les bienvenus comme en attestent la suppression des terrasses et la mise en place de parkings payants. Désormais les dimanches, plus d'Orly, on reste au lit...
"A Orly le dimanche, les parents ne mènent plus les enfants voir les avions en partance. Les escalators qu'ils s'amusaient à remonter à l'envers ne débouchent plus sur la mezzanine des passagers en transit, mais dans un McDo qui s'est payé la vue sur le tarmac. A milieu de la grande galerie, sans cérémonie, on a installé des fils de guidage et des portiques pour la masse de passagers agglutinés devant les contrôles de sûreté. Le blond Orly s'efface derrière de grands panneaux publicitaires qui pendent du plafond. Sur la belle esplanade, on a excavé tout ce qu'on a pu pour caser deux parkings, un silo, des bretelles d'autoroute, l'Orlyval et même un tram. (3) On arrive plus ici en majesté, mais dans le temps contracté des chantiers successifs. Alors, dans la magnifique aérogare d'Orly, l'anticipation ressemble un peu à une fuite en avant", résume avec beaucoup de justesse Camille Juza. (source C)
Histoire de rester dans l'ambiance, et pour ne pas terminer sur une note trop nostalgique, je t'invite, cher visiteur, à prendre une voix suave pour lire les mots suivants: "Départs
à destinations d'Amsterdam, Hambourg et SNK / Vol Finnair 854,
embarquement immédiat, porte numéro 37 / Départs à destinations
de New York et Houston / Vol Air France 007, embarquement immédiat,
porte numéro 44."
Notes:
1.
Lors de la grande crue de la Seine en 1910, les terrains
d’entraînement des pionniers de l’aviation se trouvent sous les
eaux, aussi se rabattent-il sur le plateau d’Orly. A la fin de la première
guerre mondiale, les Américains
font du champ d’Orly leur base de départ vers le front. A l’issue
du conflit, l’Etat français récupère le terrain. Depuis lors,
l’aéroport ne cesse de se transformer au gré des nécessités imposées par les mutations du
trafic aérien.
2. Chaque étage est spécialisé. Le centre commercial se trouve en
sous-sol. Le grand hall du RDC est surmonté d'une galerie
marchande (1er), d'une zone dévolue au Transit (2ème), de restaurants
(3è) du cinéma et d'un hôtel (4è), d'une salle de conférence et d'un centre météo (5è), des terrasses. L'Isba, un pavillon
meublé par le Mobilier national, sert à l'accueil des hôtes de marque et
personnalités politiques.
3. L’aéroport n’est plus qu’à 20 minutes de Paris par le RER
Sources:
A.”De
Gaulle bâtisseur”, documentaire de Camille Juza diffusé sur
France 3 en décembre 2020.
B.”Rêver
le voyage
et fantasmer le luxe : les dimanches à Orly” (La Série
Documentaire)
Chaque année, des milliers de Marocains, Algériens, Tunisiens vivant en Europe reviennent passer leurs vacances d'été dans leur pays d'origine, ou dans celui de leurs parents et grands-parents. En 1999, le 113 sort son premier album intitulé Les princes de la ville. Porté par le tube Tonton du Bled, l'album rencontre un immense succès. Les ventes s'envolent (450 000) et les prix pleuvent. Aux victoires de la musique, le groupe débarque sur scène en 504 et rafle le trophée de "l'album rap" et surtout celui de la "révélation du public". Rim'K, AP et Mokobé, les trois membres du groupe, habitent 113 rue Camille Groult, à Vitry sur Seine dans le Val de Marne. La rencontre avec DJ Medhi leur permet de décoller avec une production originale et ambitieuse. Trois morceaux de leur premier album reviennent sur les origines bigarrées des membres du 113: l'Algérie pour le Tonton du Bled de Rim'K, le Mali sur Tonton d'Afrique de Mokobé, la Guadeloupe avec Tonton des îles d'AP. Tonton du bled témoigne de l'importance et de la complexité des échanges culturels et économiques qu'entretiennent avec leur région d'origine les migrants
maghrébins (et leurs descendants) installés en Europe. Le morceau permet en outre d'aborder la difficile situation de la
double culture ( préjugés, stéréotypes, etc…) et le sentiment de toujours avoir le cul entre deux chaises pour une partie de la population issue de l’immigration. Au bout du compte, il s'agit d'un morceau bien plus drôle et fin qu'une écoute inattentive pourrait le laisser croire.
Par
vacances au bled, on entend les
séjours passés dans le pays natal des
parents par les descendants d’immigrés marocains ou algériens
aujourd’hui adultes. Le maintien de séjours réguliers apparaît comme le signe d’un
attachement particulier à la terre des ancêtres. Que représentent ces séjours? Quelles sont les
motivations mises en avant par les individus? Quels sont les
effets produits en termes de sentiment
d’appartenance?
Charles01, Public domain, via Wikimedia Commons
* Epiques départs estivaux. L'introduction du morceau témoigne de l'effervescence suscitée par le départ en vacances au bled. Le Tonton s'impatiente et presse ses neveux de monter à bord d'une voiture familiale remplie jusqu'à la gueule. Le fameux"504 Break [est] chargé" de victuailles, de "cabas (...) trop lourds", de cadeaux pour la famille. Sous le poids de "la grosse malle bleue" et de passagers "nombreux comme une équipe de foot", les "voitures au ras du sol" démarrent. De nos jours, les
véhicules sont encore lourdement chargés mais, par suite de la
surveillance policière, on ne voit plus de "voitures cathédrales" et leur empilement d'objets de toutes sortes. Rim'K poursuit: "on est les derniers locataires qui décollent". Il insiste ainsi sur l'importance des flux estivaux vers les pays d'origine. Dans les cités peuplées de nombreuses familles d'origine algérienne, marocaine ou tunisienne, les départs vers le bled vident le quartier de ses habitants. On comprend aisément le désir de s’enfuir loin des grandes tours invivables sous 40° C. Le trajet vers le pays d'origine est également éprouvant et long. Il faut donc éviter les arrêts inutiles ("Billel va pisser") et ne pas oublier de faire "le plein de gazoil et d'gazouz [soda en arabe] pour pas flancher", tant les organismes comme les véhicules sont soumis à rude épreuve sur la route du soleil. Pour embarquer, "direction l'port, deux jours pied sur l'plancher / Jusqu'à Marseille avec la voiture un peu penchée". Une
partie notable de la circulation de cette migration saisonnière
s'effectue par avion, mais la majorité des vacanciers continue à emprunter les
autoroutes espagnoles jusqu'aux ports d'Algésiras, Almeria. Ici le 113
décrit un trajet différent. La 504 descend la vallée du Rhône jusqu'à
Marseille. L'ampleur
des retours vers le pays et la longueur des itinéraires surchargés, entraînent chaque été de nombreux accidents dus à la fatigue
des conducteurs. Cette situation incite les autorités des pays traversés (en particulier l'Espagne) à multiplier les contrôles. Le franchissement de la Méditerranée s'effectue grâce à des ferries. La saison démarre autour du 15 juin, avec des pointes successives qui atteignent leur plafond fin juillet-début août. Les retours vers l'Europe se concentrent sur une courte période, du 15 août au début septembre. Sous le soleil, la longue attente sur les parkings portuaires constitue un moment éprouvant pour les vacanciers. Lors de la haute saison, la rotation des navires s'effectue jour et nuit; dès qu'un bateau est rempli, il part. (1) La traversée entre l'Espagne et le Maroc s'effectue en moins d'une heure et demie. Le ballet des ferries fonctionne comme une autoroute maritime, qui doit couper les flux marchands du trafic général du détroit entre Méditerranée et Atlantique.Pour le 113, le choix de Marseille implique une traversée plus longue, "24 heures de bateau, je sais c'est pas un cadeau". A l'issue de ce périple interminable, le rappeur rend visite aux paysages et lieux chers à son cœur, une manière de réactiver des souvenirs enfouis. «Je vais kiffer sur la place Gueydon / A Bejaïa City» ou sur « la plage à Boulémat ».Les
retours au pays ou simplement les vacances au bled ont plusieurs
significations, mais manifestent en premier lieu l'attachement affectif aux lieux
et aux personnes. La priorité est donnée aux visites à la famille, aux
relations de voisinage, du moins en milieu rural. Les retrouvailles sont l'occasion de fêtes et
de réjouissances. Rim'k a «dévalisé tout Tati », pour offrir des cadeaux à tout son village en Algérie. Cette redistribution est une des composantes indispensables de la visite ou du retour au pays. Le visiteur est moralement tenu d'apporter des cadeaux de là-bas. «J'vais rassasier tout le village même les plus petits / Du tissu et des bijoux pour les jeunes mariés / et des jouets en pagaille pour les nouveaux nés».
Hamoud Boualem / Public domain
Après la visite imposée à la famille, "l'immigré" (2) peut enfin s'adonner aux activités de loisirs caractéristiques des vacances au bord de la mer: plage, farniente, rencontres. La force du morceau tient aussi à toutes les références à la manière de vivre au "pays". Ces éléments rendent le décor plus fidèle et transportent l'auditeur de l'autre côté de la Méditerranée. Rim'K mentionne ainsi les produits de consommation courante comme le "verre de Selecto", une boisson à l'essence de pomme très populaire en Algérie et dont la couleur rappelle celle du Coca-Cola. Pour éviter les coups de soleil, il faut s'enduire d'huile d'olive, se recouvrir d'une "couche de zit-zitoune sur les corps et sur les bras." Puis le rappeur se réfère au paysage sonore lorsqu'il évoque le "derbouka" de son cousin ou la musique écoutée avec son "pote", ce "fond de Zahouania" (Chaba Zahouania est une chanteuse algérienne de raï). Rim'k intègre en outre de vrais mots d’arabe (dans le refrain notamment) et aussi
d’argot algérien, ce qui donne du cachet au morceau et témoigne de l'attachement aux racines familiales. Enfin, le sample utilisé tout au long de la chanson est un titre du grand chanteur Oranais Ahmed Wahbi: «Harkatni Eddamaa». Une fois le décor planté, la discussion à bâton rompu s'engage entre le rappeur et son cousin du bled. «On parle de tout et de rien, des Nike air aux visas / De la traversée du désert au bon couscous de Yemma [maman]». (3) Les points de vue échangés avec des membres de la famille, du même âge, mais restés en Algérie, est une manière de se confronter avec soi-même et son identité, sa manière de vivre. De plus en plus subtil au fil du
morceau, le rappeur met en scène le décalage qu’il y a entre les habitants du pays et ceux qui y viennent pour les vacances. «Avec 2, 3 blédards on tape la discussion» : Or, très vite, le Vitriot n’arrive pas à suivre: «Ils parlent trop vite, et en argot d’blédard ». Quand ses interlocuteurs apprennent que Rim'K est dans la chanson, le malaise grandit. L'un deux met en doute sa parole, constatant goguenard: « Moi j’t’ai pas vu fi tilivision » ["je ne t'ai pas vu à la télé"]. Le second demande : « Sa7a ta3ref Mickaël Jackson » ["connais-tu Michael Jackson?"] Un fossé irréversible se creuse et le rappeur conclut fataliste: «Je sais ce qu’ils feraient pour une poignée de dinards counard[référence à une chanson d'Ideal J] ». La
confrontation entre les motivations des "touristes" et la manière dont
le séjour se déroule est parfois durement ressentie. Les populations
locales considèrent souvent les "immigrés" comme de véritables
étrangers, ce que ces derniers - dans leur quête identitaire - vivent
assez mal. Le constat est amer pour ces derniers qui peinent à trouver
leur place. Certains « ne se sentent finalement ni pleinement d’ici
ni pleinement de là-bas (...). (...) Les vacanciers sont alors pris dans une situation
ambivalente. En partageant des caractères physiques,
linguistiques, religieux et même des habitudes culinaires avec les
habitants du pays visité, ils ressentent une certaine familiarité
avec la société locale. Mais leur statut d’« immigré»,
les reproches qu’on peut leur adresser sur leur maîtrise
imparfaite de la langue locale, sur leur tenue vestimentaire,
sur leurs manières de se tenir et de parler, leur vécu des
différences de modes de vie entre leur pays de résidence et
le pays visité, tout cela les renvoie en même temps à une
forme d’altérité. Cette confrontation à la différence peut
amener à développer, sur place, une sociabilité plutôt
centrée sur le groupe des « immigrés » : plus qu’il ne se sent
appartenir au pays d’origine, l’individu diasporique se sent
appartenir au groupe qui n’est ni d’ici ni de là-bas, ou des deux
à la fois." (source A) Finalement,
on se définit comme marocain, franco-algérien ou musulman par la
confrontation avec d'autres groupes et pas par des traits culturels
propres et invariants. Pour
une partie de la population issue de l'immigration, les discriminations
subies en France s'accompagnent du sentiment de n'être pas pleinement
accepté au "bled". Au fond, ils ont le sentiment de n’être nulle part à
leur place. Au contraire, Rim'k fait de cette double culture une force.
L'attachement à la France et à l'Algérie est particulièrement
perceptible lors des vacances d'été, une période cruciale pour de
nombreux immigrés.
Oussama dzlion, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Avant de rentrer en France, Rim'k dresse le bilan de ses vacances. Les bons moments passés ne l'empêchent pas d'insister sur l'écart de niveau de développement entre les deux rives de la Méditerranée. "J’ai passé un bon mois dans c’qu’on appelle le tiers-monde." Le rappeur entend aussi transmettre, porter témoignage, faire connaître le pays de ses ancêtres. "Si j’avais assez d’oseille j’ramènerais tout le monde". Pour autant, le rappeur est bien conscient du traumatisme vécue par l'Algérie au cours de la "décennie noire". «Mais j’peux pas fermer les yeux sur c’qui s’passe vraiment / J’dédie ce morceau aux disparus, aux enfants et aux mamans». Puis Rim'k rentre à Vitry habillé d'un vêtement traditionnel ("Et j’suis rentré à la cité en Abaya"), des souvenirs plein la tête, des saveurs plein les papilles. "Pendant deux s'maines, j'ai mangé que de la chorba" (la soupe à base de viande ovine et de légumes). Content de retrouver ses activités habituelles, ses proches et sa copines. "Content d’revoir mes potos et ma chebba", il n'en formule pas moins le souhait de "finir [ses] jours là-bas inch’Allah". En conclusion du morceau, le chanteur demande à son père de pouvoir emporter de quoi contrer l'ennui de la vie au bled: télé, console de jeu, scooter, CD et cassettes, tout y passe... Le daron refuse, catégorique: "lé, lé, la". Ce dialogue de sourd démontre aussi que les pratiques du retour changent avec les générations. Selon que l'on soit un primo-migrant ou un descendant, la manière d'envisager le voyage varie considérablement. Cela n'a rien d'étonnant car pour l'immigré de première génération, les vacances au bled sont un retour au pays de l'enfance, pas pour ses descendants nés à l'étranger qui n'y voient que des lieux de villégiature. Ainsi, les émigrés qui s'installent en Europe dans les années 1960 et 1970 gardent des relations intenses avec l'autre rive de la Méditerranée. Les
retours temporaires au pays sont le symbole du
maintien de relations concrètes avec le pays d'origine. Pour eux, les
séjours de vacances pouvaient constituer un préalable à un
retour définitif, même illusoire. (4) Le
séjour au bled ne signifie pas forcément un temps de repos car la question du
projet immobilier, de son avancement ou de son devenir, se pose
inévitablement: restauration ou agrandissement de la demeure familiale. Lorsque les moyens financiers sont limités, on fait les travaux soi
même, été après été - achat d'un terrain pour la construction (mais la
migration internationale fait grimper le prix du foncier), surveillance
du chantier, démarches administratives... Dans cette perspective, "les retours
vacanciers des émigrés et les modalités d'insertion dans la société
locale ont vocation à déconstruire le processus d'émigration comme
déracinement, établissement définitif dans un autre pays et coupure avec
la société d'origine." (source A) Pour leurs enfants, il en va autrement. Quand ils se rendent en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, il sont hors de leur quotidien. Ils profitent des vacances pour se détendre sur les plages, sortir dans les endroits branchés, profiter des paysages magnifiques, mais sans pour autant chercher à s'impliquer davantage dans un territoire auquel ils sont indubitablement attachés, mais qui reste un lieu de vacances. Ainsi, lorsque Rim'K réclame de pouvoir emporter avec lui tous ses objets fétiches, c'est aussi parce qu'il craint de s'ennuyer ferme, loin de ses repères habituels. En cela, la fin de la chanson est aussi un refus de se faire dicter sa vie, d'être prisonnier des racines familiales. Rim'k lance amusé à son père:"Tu crois qu'j'vais aller là-bas pour m'marier ou quoi"? Et les chœurs de répondre: "wah, wah, wah" ("oui, oui, oui"). * Quelles motivations? Au
delà du maintien de relations humaines concrètes, ces séjours sont aussi parfois l’occasion d’une interrogation sur les origines; ils posent la
question de la mémoire familiale. Le voyage permet aussi parfois de mieux connaître "son" pays d'origine, en dehors du cadre familial. Il s'agit alors de découvrir le
territoire et son patrimoine, à la manière d'un touriste lambda, mais en vivant ce
périple comme un rite de passage. Le voyageur peut parfois aussi être en quête d'une familiarité culturelle. Dès lors, il s'agit de visiter les traces de la civilisation arabe, musulmane, ou « orientale ». Ces déplacements touristiques apparaissent comme véritablement
« identitaires ». Dans
ces différents cas de figure, l’appartenance est tantôt pensée en
termes de filiation, tantôt considérée en termes
territoriaux, voire plus largement culturels, tantôt comme une
combinaison de ces différentes conceptions.
113: "Tonton du bled" Intro: Hé tonton, les cabas sont trop lourds! Aaaahhhh, montez dans la voiture! Monte Bilal et Atmen Allez monte, monte, Allez, on y va, on y va Hey 3ami [oncle en arabe] Karim Tonton du bled Pour tous les "misstmout" ["enfant du pays" en kabyle] Wled el bledi ["enfant du pays" en arabe] Refrain: J'voulais rester à la cité mon père m'a dit "lé, lé, la" ["non, non, non" en arabe] Dans c'cas là j'ramène tous mes amis "lé, lé, la" Alors dans une semaine j'rentre à Vitry "lé, lé, la" J'irai finir mes jours là-bas "wah, wah, wah" ["oui, oui, oui" en arabe] Couplet 1: 504 break chargé, allez montez les neveux
Juste un instant que je mette sur le toit la grosse malle bleue
Nombreux comme une équipe de foot, voitures à ras du sol
On est les derniers locataires qui décollent
Le plein de gazoil et d’gazouz [soda en arabe] pour pas flancher
Billel va pisser le temps qu’j’fasse mon petit marché
Direction l’port, deux jours pied sur l’plancher
Jusqu’à Marseille avec la voiture un peu penchée Plus 24 heures de bateau, je sais c’est pas un cadeau Mais qu’est-ce que je vais kiffer sur la place Gueydon [à Bejaïa]
A Bejaïa City du haut de ma montagne [en Petite Kabylie]
Avant d’rentrer fi dar ["à la maison"], j’fais un p’tit tour par Wahran [= Oran]
Vu qu’à Paris j’ai dévalisé tout Tati [magasin du bd Barbès connu pour ses petits prix]
J’vais rassasier tout le village même les plus petits
Du tissu et des bijoux pour les jeunes mariés
Et des jouets en pagaille pour les nouveaux-nés
[Refrain] : 2X Couplet 2:
J’suis sur la plage à Boulémat avec mon zinc [cousin en verlan] et son derbouka [percussion]
Dans la main un verre de Selecto [boisson très populaire] imitation Coca
Une couche de zit-zitoun [huile d'olive] sur le corps et sur les bras
Avec mon pote sur un fond de Zahouania [chanteuse de raï]
On parle de tout et de rien, des Nike Air aux visas
De la traversée du désert au bon couscous de Yemma [= maman]
Et mon cousin m’dit : « Karim tetkayef fel zatla? » [ = Karim, fumes-tu le cannabis?"]
Il était tellement bon que j’ai jeté mon cirage en rat. [le shit du cousin est meilleur, il jette donc discrétement son mauvais joint de couleur sombre (cirage).]
Avec 2, 3 blédards on tape la discussion
Mahmoud n’peut pas s’empêcher de dire que j’suis dans la chanson
L’un d’eux me dit : « Moi j’t’ai pas vu fi tilivision » ["je ne t'ai pas vu à la télé"]
Et l’autre me demande : « Sa7a ta3ref Mickaël Jackson » ["connais-tu Michael Jackson?"]
Ils m’parlent trop vite et en argot d’blédard
Je sais ce qu’ils feraient pour une poignée de dinards counard [référence à une chanson d'Ideal J]
Le soleil se couche et tout l’monde rentre chez soi
C’est l’heure du repas et d’l'atey [= le thé] pour d’autres la chicha
J’ai passé un bon mois dans c’qu’on appelle le tiers-monde
Et si j’avais assez d’oseille j’ramènerais tout le monde
Mais j’peux pas fermer les yeux sur c’qui s’passe vraiment
J’dédie ce morceau aux disparus, aux enfants et aux mamans [les victimes de la "décennie noire"] Pont:
Et j’suis rentré à la cité en Abaya [vêtement traditionnel]
Content d’revoir mes potos et ma chebba [sa "belle"]
Pendant deux semaines, j’ai mangé que d’la chorba [la soupe traditionnelle] J’irai finir mes jours là-bas inch’Allah ["si Dieu veut"]
Refrain: 2X Outro: S'te-plaît, vas-y laisse-moi ramener mon scooter (lé, lé, la) Bon dans c'cas là, j'ramène mon trois quarts alors (lé, lé, la) Bon alors, j'prends tous mes CD et toutes mes cassettes (lé, lé, la) Bon, bon j'prends rien alors (wah, wah, wah) Bon, j'me fais la boule au moins avant d'partir (lé, lé, la) J'ramène la Playstation (lé, lé, la) Bon, la télé du salon au moins (lé, lé, la) Tu crois qu'j'vais aller là-bas pour m'marier ou quoi (wah, wah, wah).
Notes: 1. L’intensité
de la
pratique "des vacances au bled" est impressionnante si l'on s'en réfère
aux chiffres
disponibles. Les entrées de Marocains et d'Algériens résidant à
l'étranger représentent la majorité des entrées touristiques du Maroc et
de l'Algérie. Pour
les descendants d’immigrés maghrébins, les vacances dans
la famille algérienne ou marocaine au bled constituent presque un passage
obligé. La fréquence des visites au bled est également facilitée par la
proximité géographique des pays du Maghreb avec les zones
d’immigration en Europe. D'après une enquête, 82,6 % des descendants
d’Algériens sont partis dans leur enfance en Algérie, un sur
trois tous les ans ; c’est le cas de 95,1 % des descendants
de Marocains , 2/3 tous les ans. 2. Les parents installés en Europe sont nommés localement "immigrés", "touristes" ou "vacances". 3. De
manière plus anecdotique, la consommation de cannabis, communes aux
jeunes des deux rives, permet néanmoins de constater la supériorité des
produits locaux. «Et mon cousin m’dit : "Karim tetkayef fel zatla?"[ = Karim, fumes-tu le cannabis?"]/ Il était tellement bon que j’ai jeté mon cirage en rat.»Autrement dit, après avoir goûté le pétard de son cousin, il se débarrasse discrètement de son mauvais shit. 4. Les premiers départs pour l'Europe s'inscrivent dans le cadre d'une émigration
de travail. Contrairement aux exilés politiques, les immigrés ont
poursuivi d'intenses relations avec le pays d'origine. L'émigration
algérienne, d'origine coloniale, a été
longtemps animée par l’« illusion du provisoire » ou par
le mythe du retour. Une installation définitive chez l'ancien
colonisateur ne semblait alors pas envisageable. La naturalisation a
d'ailleurs longtemps été refusée par les émigrés algériens, car
vue
comme un « impossible reniement » après les années de lutte
pour se libérer de l'emprise du pays colonisateur. Sources:
Avec
l'instauration des congés payés par le Front populaire en juin 1936, de
nombreux Français font leurs premiers pas sur la route des vacances.
Grâce aux billets de trains à prix spéciaux, certains quittent leur
région pour profiter des joies du bord de mer le temps d'un week-end.
Faute de moyens pour partir, beaucoup font l'apprentissage des loisirs
et des vacances près de chez eux, profitant d'un pique nique au bord de
la rivière, d'une balade à vélo, ou encore de danses à la guinguette.
Dans ce contexte, le ministre des loisirs Léo Lagrange fonde la première
auberge de jeunesse à Paris, en 1937. Les
loisirs sont alors souvent encadrés par des
structures religieuses ou politiques telles les patronages sportifs
catholiques ou les colonies de vacances communistes. Les auberges de
jeunesse, inscrites dans un mouvement laïc et anticonformiste,
développent au contraire une vision hédoniste des loisirs promouvant l'indépendance des jeunes à l'égard des adultes, loin de tout embrigadement idéologique. "Plusieurs
aspects des clubs de vacances des années 1950 sont déjà présents au
sein des Auberges. Les tenues vestimentaires ajistes s'opposent aux
attributs de la bourgeoisie conservatrice (costume, chapeau, etc.). S'y
affirme une volonté de dépasser les clivages sociaux, nationaux et
sexuels (la mixité est de mise), de développer un esprit communautaire
de camaraderie (le tutoiement est spontané dans les Auberges), l'amour
de la nature et du voyage (marche à pied, cyclotourisme, auto-stop), le
pacifisme. Le chant, la veillée et les jeux constituent les prémices de
l'animation développée dans les clubs de vacances." (source C: Bertrand Réau p69) Ce
modèle d'épicurisme inspire également les "Ours blanc", un club de
natation pour Russes blancs immigrés en France. En 1935, Dimitri
Philippov, un de ses membres du club, décide d'installer à Calvi un
campement rudimentaire pour jeunes adultes en quête de plaisirs, dans un
esprit de camaraderie s'affranchissant des clivages sociaux.
* Le Club Med. La
seconde guerre mondiale suspend l'initiation au plaisir des vacances.
Aussi à la Libération, les Français veulent plus que jamais s'amuser,
s'évader. Pendant que les autorités cherchent à faciliter l'accès des
classes moyennes et populaires aux vacances - ce qu'on appelle "le
tourisme social" - , des particuliers imaginent de nouvelles formules de
vacances. Dimitri Philippov des "Ours blanc" poursuit ses expériences d'avant-guerre. En 1948, il crée le club olympique,
un village de vacances composé de tentes, d'un bar, d'une piste de
danse. Dans cette formule "tout inclus", les vacanciers pratiquent des
activités sportives en pleine nature avant de faire la fête chaque
soir. Dans ce sillage, d'autres clubs voient le jour à l'instar du Village magique crée par Paul Morihien (1) pour les Lazareff, fondateurs du nouveau magazine Elle. Les
promoteurs et clients de ces premiers clubs n'appartiennent pas à la
bourgeoisie traditionnelle. Jeunes, souvent d'origine étrangère (Russes,
Belges, Arméniens...), issus de la bourgeoisie économique, tous
possèdent de solides capacités sportives. Gérard Blitz est l'un d'eux.
Fils
d'un diamantaire flamand d'Anvers, le jeune homme est élevé dans le
culte du
sport et devient un champion de water-polo en Belgique. Au cours de la
seconde guerre mondiale, Blitz s'engage dans la Résistance. A la
Libération, les autorités belges le chargent de travailler à la
réinsertion des survivants des camps de concentration. Pour mener à bien
sa mission, il réquisitionne un hôtel transformé en une sorte de sas où
les anciens concentrationnaires "réapprennent à vivre". Blitz tirera de
nombreux enseignements de cette expérience bouleversante. Au cours de l'été 1949, le jeune homme fréquente le Club olympique de Philippov à Calvi, un espace dévolu au sport, à la convivialité et la mixité. Conquis, Blitz
rêve d'offrir au plus grand nombre de nouveaux espaces d'évasion
débarrassés des barrières sociales. Dans cette optique, il crée sa
propre structure. Le 27 avril 1950, Gérard Blitz fonde le Club Med
sous la forme d'une association loi 1901. Issu d'une famille aisée,
détaché des nécessités matérielles, le fondateur n'attend pas un
rendement économique immédiat. Sans chercher à faire du tourisme social,
Blitz entend proposer une forme de vacances axée sur la vie en plein air, le sport, le dépaysement, la rencontre, le plaisir, dans le cadre de séjours "mettant en œuvre une conception hédoniste des loisirs fondée sur le jeu comme finalité."(source C: p68)
Train spécial à destination d'un club Med de Cefalu (1960) [Wiki C]
* "Tout quitter et devenir un autre pendant deux semaines." Le contexte semble favorable à la réussite de l'entreprise. La
France vient d'abandonner les tickets de rationnement (en 1949), un
salaire minimum a été instauré par le gouvernement Bidault en 1950; le
pays entre alors lentement dans
la société de consommation. Pour mener à bien son projet, Blitz se met en contact avec la famille Trigano, des commerçants originaires d'Algérie spécialisés dans la fabrication de stores, puis dans le camping et la vente de tentes. (2) Les Trigano fournissent le matériel nécessaire au séjour des vacanciers (250 tentes et 1000 lits). Blitz peut enfin lancer son concept. A
l'été 1950, le Club Méditerranée organise ses quatre premiers séjours
de deux semaines dans un village de pêcheurs situé à Alcudia, au
nord-est de l'île de Majorque. Les
premiers clients se recrutent parmi l'entourage du fondateur:
journalistes à L'équipe, anciens résistants, champions de natations,
intellectuels. Pour 16 800 francs les quinze jours (le smic de
l'époque), Blitz promet "une formule de vacances neuve et
sympathique. Un village de toiles confortables. Les plus beaux sites de
la Méditerranée. Un personnel nombreux et dévoué. Tous les sports
méditerranéens. Voyage rapide et confortable. Distractions de qualité." Dans les faits, le club ressemble plus à un cantonnement militaire qu'à un village de vacances. Il se compose de tentes dénichées dans
un surplus américain et de lits de camps branlants. La formule séduit
néanmoins une clientèle d'étudiants, de jeunes actifs issus de milieux
privilégiés conquis par ces vacances "à la dure" placées sous le sceau
de la nouveauté, de l'aventure, de l'exotisme, aux antipodes des
vacances guindées de leurs parents. La vie en commun s'organise autour des repas, des baignades, des
spectacles. Un peu colonie de vacances, un peu kibboutz, la formule du
village-club, inédite à cette échelle, convainc immédiatement. A l'issue du séjour, l'athlète et journaliste Marcel Hansenne écrit dans L’Équipe: "Partir,
tout quitter, ranger souliers cirés et les cols glacés. Ne plus ouvrir
un journal. Ne plus écouter la radio. Dire adieu aux pesantes
conventions. Tout laisser et devenir un autre pendant deux semaines,
loin des autres et près de ceux qui ont aussi senti l'irrésistible envie
d'un doux exil, d'une profonde bouffée d'air. Aujourd'hui, presque
trois mois ont passé depuis l'arrivée des premiers membres du Club
Méditerranée devant la baie d'Alcudia. (...) Le Club Méditerranée est né
et sa vie sera longue." En
dépit de l'afflux de clients, la situation financière du Club s'avère
vite critique. Idéaliste et mauvais gestionnaire, Blitz peine à payer
ses fournisseurs, au premier rang desquels figurent les Trigano.
Gilbert, le fils aîné, croit pourtant beaucoup au concept du Club.
Persuasif, il convainc son père d'investir dans une affaire dont il
devient le pdg. Dès lors le Club Med change de dimension pour devenir
une société anonyme à capital variable. Pour stopper l'hémorragie
financière, le nouveau patron décide d'augmenter le tarif des séjours et
d'approcher Edmond de Rothschild qui devient alors le principal
actionnaire du Club. L'arrivée de ce grand nom du capitalisme de
l'époque met un terme à l'improvisation des premières années. Le confort
des villages s'améliore. Les tentes laissent la place à des cases avant
d'être remplacées à leur tour par un habitat en dur.
Carte
postale du village du Club Med de Cefalu en 1961. Par Arroser [CC BY-SA
3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia
Commons
* "Le club. La plus belle idée du bonheur". [selon un slogan de 1976] La reprise en main des Trigano est efficace. Le Club connait un développement exceptionnel au cours des années 1960. Corfou en Grèce, Cefalu en Sicile, Djerba en Tunisie, Lézinnes en Suisse, Tahiti en Polynésie (3), les villages de vacances se multiplient.Quelque soit le lieu, la formule est toujours la même: des séjours longs (deux semaines minimum), des sports nautiques (rares à
l'époque), des sites géographiques d'exception et une formule "tout
compris". L'esprit
club est la clef de voûte d'un système bien huilé. On ne parle pas de
clients, mais de Gentils Membres (GM), pas d'animateurs mais de Gentils Organisateurs
(GO). Sportifs, charismatiques et dotés d'une vraie gouaille, ces
derniers incarnent l'esprit club, s'imposant comme une des clefs du
succès des villages. Chaque soir, ils sont mis à contribution dans
d'incroyables spectacles qui font la renommée du Club. Ancien grand reporter à L'Humanité
et membre du parti communiste français Gilbert
Trigano entend abolir les différences sociales le temps du séjour.
Ainsi, le GM doit-il laisser son métier et son appartenance sociale à
l'entrée du Club. Pour
les clients, le séjour doit marquer une rupture avec le monde
extérieur. Après un accueil très chaleureux, le GM se défait de ses
oripeaux, troque le smoking, l'attaché case pour un maillot de bain et
un collier à fleur.Comme le proclame une publicité du groupe, "l'argent est invisible dans un village, il est remplacé par des boules multicolores réunies en collier." Le tutoiement est de rigueur.
A y regarder de plus près, le Club contribue surtout à définir "un
entre-soi, une manière de vivre avec ses semblables. Au Club, les
vacanciers issus des catégories supérieures entretiennent et
renouvellent, à travers les rencontres, leur capital social, créent de
nouveaux réseaux." (source B: S. Pattieu p 39) Les nouveaux dirigeants insistent sur les valeurs du club: - l'exercice physique avec la pratique de sports considérés alors comme extrêmes, - l'opulence comme le prouvent les fameux buffets à volonté ou les petits déjeuners pantagruéliques, -la
libération de la femme... Un spot publicitaire télévisé affirme ainsi
que "le club est partisan de lalibération de la femme. Elle n'est pas en
vacances pour faire la vaisselle ou laver le linge. Elle doit pouvoir
disposer de son temps selon sa fantaisie, pour s'occuper de sa beauté
dont maintes opérations sont le prix. - La
prise en charge des enfants et des tâches domestiques ordinaires par
les intervenants du Club Med libère de ce fait les individus, en
particulier les femmes.
- Les vacances en club marquent une coupure complète avec le temps
ordinaire. Dans les villages, "la rupture concerne aussi la
sociabilité, avec une proximité dans un espace réduit, un relâchement
des contrôles, la possibilité accrue et accélérée de rencontres,
amicales ou amoureuses. Les jeux, les spectacles et les animations des
soirées visent à instaurer cette proximité et faciliter ces rencontres
en cassant les barrières qui d'ordinaire entravent les relations
sociales." (source B: p 39) Ce que Jean-Claude Dusse exprime à sa manière dans la bande annonce du film les Bronzés:
"Les contacts humains sont plus faciles, parce que les gens sont plus
disponibles. On dit que le Club c'est la mort du couple, alors comme je
suis célibataire...
Village
de cases du Club Med de Corfou en 1960. Par Arroser [CC BY-SA 3.0
(https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia Commons
* L'explosion du tourisme de masse.
"Dans une France en pleine croissance économique, la réussite du Club
témoigne également d'un accès favorisé aux loisirs avec l'allongement en
1956 des congés payés de deux à trois semaines et la hausse sans
précédent des salaires. Pour un grand nombre de Français, le projet de
vacances devient essentiel.
Désormais,
mêmes les milieux populaires accèdent à la pratique des vacances. Des
associations - souvent liées aux confédérations syndicales - cherchent à
développer le tourisme social à l'instar de Tourisme et Travail dans le sillage de la CGT, des Villages Vacances Famille issus du syndicalisme chrétien ou encore les CE de certaines grosses entreprises telles la Caisse centrale des activités sociales d'EDF.Dans le secteur privé, les agences de tourisme proposent désormais des formules "all included" sur le modèle du Club Med.
* Crise et critiques. Sous
la direction de Gilbert Trigano, le groupe entre de plein pied dans la
mondialisation, poursuivant son développement tous azimuts avec la
multiplication du nombre de villages partout dans le monde, si possible
en des lieux ignorés par la concurrence (Djerba, Agadir, Papeete). L'objectif est désormais d'attirer une clientèle internationale, en particulier asiatique. Pour contrer la concurrence, le patron diversifie l'offre en multipliant les options : bungalow, excursions,
croisières, "affaires", golf. A la fin des années 1980, le Club est devenu une énorme multinationale cotée à la bourse de New York.
Le club semble à son apogée.
A y regarder de près pourtant, le modèle s'essouffle, peinant à
répondre à la concurrence des tour-opérateurs et aux nouvelles pratiques
touristiques.
De
nombreuses critiques s'élèvent désormais à l'encontre du Club.
D'aucuns fustigent l'exploitation honteuse des employés des villages
installés dans des pays de main d'oeuvre à bas coût, ou encore le
pressurage des GO dont le statut social est incertain et la rémunération
faible. En outre, si l'installation d'un village du Club participe au
développement économique d'un territoire, il crée aussi une enclave de
richesses et d'occidentalité dont ne tirent finalement pas vraiment
parti les autochtones. Pour certains, loin de contribuer à la découverte
des populations et de leurs territoires, les formules découvertes du
Club entretiennent avant tout mythes et stéréotypes. Enfin, les prix de
plus en plus élevés des séjours contredisent la stratégie marketing d'un
Club qui s'est longtemps targué de démocratiser les vacances. Au
fond, les dirigeants n'ont pas su anticiper les profonds changement des
mentalités. Tout ce qui faisait l'originalité du club semble alors
remis en cause. Face à l'alternative des vacances individuelles et
compte tenu de la démocratisation des activités sportives et nautiques,
le modèle du centre de vacances clos subit une certaine désaffection.
Les villages du Club ne séduisent plus, la formule tout compris ne
rapporte plus, les pertes s'accumulent.
En
1992, un drame finit de fragiliser l'entreprise lorsqu'un avion affrété
par le Club s'écrase au Sénégal entraînant la mort de 30 passagers. (4)
Lorsque Serge Trigano remplace son père à la tête de l'entreprise un an
plus tard, le Club se trouve dans une situation très délicate en raison
du crash aérien, de la guerre du Golfe qui ralentit l'activité
touristique et de la concurrence grandissante. Le rejeton de la famille
Trigano doit céder sa place à Philippe Bourguignon en 1997. Ancien pdg
d'Eurodisney, ce dernier entend renouer avec les bénéfices, mais les
attentats du World Trade Center en 2001 mettent un coup d'arrêt au
tourisme de masse, fragilisant encore la situation du club. Sur la
volonté des actionnaires, son bras droit Henri Giscard d'Estaing est
catapulté pdg en 2002. Dès sa prise de fonction, le nouveau patron fait
basculer le Club dans l'hôtellerie très haut de gamme. A rebours de la tendance de l'époque, la nouvelle direction refuse le low cost,
augmente les prix et se tourne vers la clientèle internationale, en
particulier les fortunes russes, brésiliennes et chinoises. Ce repositionnement spectaculaire contribue à brouiller l'image d'une entreprise qui n'a plus de Club que le nom. L'utopie sociale des débuts - si tant est qu'elle ait jamais existé (5) - n'est plus.
* Bienvenue à Galaswinda. Impossible d'évoquer le Club Méditerranée sans penser aux Bronzés,
le film culte sorti sur les écrans de cinéma en 1978 et réalisé par
Patrice Leconte. A l'origine du projet se trouve l'équipe du Splendid,
une bande de jeunes humoristes dont certains se sont déjà produits dans
les villages du Club. Cette connaissance des lieux permet aux comédiens
de viser juste.
La satire cinglante met en scène les personnages typiques des villages (6):
le flambeur, le tombeur, le pauvre type. Dans cette peinture très
ironique de la vie en village, les Gentils membres sont des beaufs et
les gentils organisateurs des obsédés sexuels. Loin de l'harmonie
sociale vendue par le club, la zizanie s'insinue partout. Affligés
par les références permanentes au sexe, les Trigano fulminent, d'autant
que la
sortie du film correspond au lancement d'une campagne publicitaire
basée sur des verbes à l'infinitif censés définir le Club Med: "Manger",
"Créer", "Admirer". Après avoir vu les Bronzés, le spectateur songe
surtout au verbe "Baiser". Pour l'image de l'entreprise le coup est
rude. Les réservations connaissent d'ailleurs un net recul dans les mois
qui suivent. Une
des forces du film repose aussi sur la reconstitution des spectacles
proposés par le Club. Les GO embrasent la scène et font reprendre en
chœur aux GM "darla dirladada", l'hymne du village de Galaswinda. Sur un
air du folklore grec, le titre est le détournement d'un ancien succès
de Dalida ("Darla dirladada" en 1969). Les paroles originelles de Boris Bergman étaient sinistres, mais chez les Bronzés, le morceau se transforme en une ode régressive à la fête. (7)
Darla dirladada (Les Bronzés)
Viens nous voir à Galaswinda (Darla dirladada)
Y a du soleil et des nanas (Darla dirladada)
On va s'en fourrer jusque là (Darla dirladada)
Pousse la banane et mouds l'kawa (Darla dirladada)
Tous les soirs on f'ra la java (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)
Notes: 1.
Champion de water-polo, il deviendra ensuite le secrétaire particulier de Jean Cocteau. 2.
Avec la mise en place des congés payés, les Trigano reconvertissent la
petite entreprise familiale de stores en une fabrique de tentes de
camping. La guerre, puis la débâcle précipitent la famille dans la
tourmente. De sensibilité communiste, juifs, les Trigano sont sans cesse
traqués, pourchassés. Réfugiés dans le sud de la France, Gilbert et
André s'engagent dans la résistance. A la libération, la famille est
ruinée, mais croit toujours dur comme fer à l'essor du tourisme. Aussi,
les Trigano récupèrent-ils des surplus de l'armée américaine pour en
faire des tentes et relancent ainsi l'entreprise familiale de camping. 3. C'est grâce à Claudine Blitz, sa seconde épouse, que Gérard Blitz découvre Tahiti. "Claudine
a bien connu Tahiti sans touristes. C'est elle qui a enthousiasmé mon
père avec ce côté détente, fantaisie, cette douceur de vivre. Elle était
en contact avec tous les Tahitiens de l'époque qui venaient étudier à
Paris. D'où les idées de paréo, de guitare, etc.", se souvient Hélène Perry-Blitz, la fille de Gérard et belle-fille de Claudine. (source C: p 84) 4.
En 2000, Gilbert Trigano et son fils Serge sont condamnés à 8 mois de
prison avec sursis pour "homicides involontaires". Il leur est reproché
de ne pas avoir tout mis en œuvre pour assurer la sécurité de leurs
clients. 5. Dès les origines, le club a toujours accueilli davantage de professions libérales que d'ouvriers. 6. Le tournage se déroule dans l'ancien club Med d'Assinie en Côte d'Ivoire. 7. En 1993, le groupe "Go-Culture" propose une interprétation au goût du jour de la version de l'équipe du Splendid. C'est un tube.
Sources: Source A. L'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouel sur France Inter: "Club Med: liberté, égalité, cocotiers", 7 juin 2018. Source B. Sylvain Pattieu: "L'entre-soi des clubs", in Sciences Humaine n° 305, juillet 2018. Source
C. Bertrand Réau: "S'inventer un autre monde. Le Club Méditerranée et
la genèse des clubs de vacances en France (1930-1950)", Actes de la
recherche en sciences sociales 2007/5 (n° 170), p. 66-87. Source D. Les échos.fr: "La saga Club Med" Source E. Collierbar.fr:"Il était une fois le Club Méditerranée". Source F. Complément d'enquête: "Vacances, la révolution Club Med". Liens: - Bide et musique: "Darladirladada" (Les Bronzés) / "Darla dirladada" (Dalida) - Ces chansons qui font l'histoire: "Darla Dirlada"
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.