Pierre Grosz écrit pour Michel Jonasz les paroles du morceau "Les vacances au bord de la mer", une merveilleuse évocation de vacances familiales au bord de la Méditerranée. En passant sur le blog, il nous a laissé un sympathique commentaire. Il y revient sur la genèse de cette chanson. Citons-le: "Ayant écrit avec Michel son album sur lequel figuraient onze chansons, je
suis allé me reposer chez mon père à Menton. Michel m'a téléphoné pour
me dire que pour lui un album, c'est 12 chansons ; j'ai donc écrit un après-midi ces mots en regardant les gens qui se baladaient devant la Méditerranée, Jonasz en a composé la musique le lendemain et notre
surprise a été totale - la sienne surtout - de reconnaître dans ces
paroles ses propres souvenirs d'enfance !" Lors des vacances d'été, le chanteur quittait, avec ses parents et sa sœur, le petit appartement de la porte de Vanves à Paris pour le bord de la mer. Issu d'une famille plutôt modeste, Michel garde un souvenir ému du sacrifice de ses parents pour emmener leurs enfants en vacances. (1) Partant de ces souvenirs, Pierre Grosz écrit le texte des Vacances au bord de la mer sur une ballade mélancolique composée par Jonasz.
Le titre, qui figure sur l'album Changez tout sort au début de l'année 1975. Au cours de l'été, le morceauremporte un beau succès populaire. Il faut dire que les paroles visent juste, droit au cœur. Il en émane une simplicité vraie. Les premiers mots, d'une grande sobriété, plantent d'emblée le décor: une famille modeste profite des joies du tourisme balnéaire.
"On allait au bord de la mer / Avec mon père, ma sœur, ma mère." En filigrane de cette description à hauteur d'enfant pointe un arrière plan de lutte des classes, délicatement chantée. Il n'y a rien de misérabiliste dans cette description de la fracture sociale au temps des Trente glorieuses naissantes. Ici, le rapport à l'argent est omniprésent. Tout ce qui se dit dans cette chanson renvoie au système de domination sociale. Les membres de la famille conservent leurs habitudes laborieuses. "Le matin, on se réveillait tôt". Tous les membres de la famille regardent d'abord les autres dépenser l'argent qu'eux n'ont pas ("on regardait les autres gens / comme ils dépensaient leur argent"). Puis ils passent devant les hôtels et les restaurants trop chers ("Les palaces, les restaurants / On ne faisait que passer devant"). Quand vient l'heure du goûter, les enfants optent pour des glaces à l'eau, car ce sont les moins chères. "Nous il fallait faire attention / Quand on avait payé le prix d'une location / il ne nous restait pas grand-chose." Au fond, ils ne peuvent s'adonner qu'aux rares activités gratuites, ces petits plaisirs simples qui rendent le séjour inoubliable. "Alors on regardait les bateaux." "Sur la plage pendant des heures / On prenait de belles couleurs." Dans ces moments là, la famille, comme plongée dans une torpeur ouatée, semble évoluer au ralenti.
La chanson convoque également l'imaginaire des congés payés. Il n'est plus question des tentes et des vélos des
ouvriers du Front populaire. Le contexte n'est plus le même. Si l'on se fie à la date de naissance du chanteur, on peut estimer que ces vacances se déroulent à la fin des années 1950 ou au tout début de la décennie suivante, à une époque où la croissance économique des Trente glorieuses permet aux familles modestes d'accéder à leur tour au tourisme de masse, à condition de ne pas faire d'écarts. (2)
Sainte-Marguerite. Guillom, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Représentant
de commerce, le père du chanteur empruntait souvent le Paris-Vintimille, ce qui
lui fit découvrir la baie de Cannes et l'incita à y revenir en
vacances avec sa famille. En plus des activités précédemment mentionnées, et lorsque le budget vacances n'était pas encore totalement épuisé, les Jonasz prenaient un bateau qui les menait sur les îles de Lérins (Sainte-Marguerite, Saint-Honorat). "Quand les vagues étaient tranquilles / On passait la journée aux îles / Sauf quand on pouvait déjà plus."
Michel Jonasz, devenu adulte, a conservé un souvenir ému de ces
merveilleuses "vacances au bord de la mer", car en dépit du manque d'argent "c'était quand même beau".
Notes:
1. Michel naît dans une famille d'origine juive hongroise. Fils d'un représentant de commerce et d'une mère au foyer, Jonasz a vécu une enfance paisible comme il le chante dans La famille.
2. En 1956, les salariés français obtiennent d'ailleurs une troisième semaine de temps libre.
Dès le XVIIIème siècle, on trouve de nombreux abris de plein champ sur tout le pourtour méditerranéen. Cet habitat précaire, souvent saisonnier, sert de remise à outils, de hangar à bateaux, de refuge contre les intempéries ou/et de lieu de repos. Sur ce modèle, pêcheurs et ouvriers marseillais disposent à partir du XIX° siècle de lieux où se réfugier par grande chaleur: les cabanons. Ces bâtiments sont construits avec des matériaux de fortune face à la mer, sur les collines et dans les calanques - là où les terrains ne coûtaient pas chers.
[photo perso]
* Le massif des calanques. Ancienne vallée fluviale taillée dans le calcaire secondaire, le massif des calanques s'étend du sud de Marseille jusqu'à la commune de Cassis.
A la suite des bouleversements climatiques, ce canyon s'est creusé
avant d'être partiellement envahi par la mer lors de la dernière
glaciation. «Une calanque est une sorte de fjord marseillais, un endroit où la mer pénètre loin dans la terre. Il y a environ 1,5 million d'années, un mouvement des plaques tectoniques a provoqué un soulèvement du relief de plusieurs centaines de mètres. Dans le même temps, la mer est descendue très bas, laissant les torrents creuser la roche calcaire. Puis, il y a de cela 10 000 ans, la mer est remontée, envahissant le lit du torrent.» (source H p 81) "Calanque" dériverait du provençal calanco, au sens de "pente rapide, ruelle étroite, crique, cale". Le terme désigne aujourd'hui une petite baie entourée de rochers pouvant s'enfoncer
parfois profondément dans l'ensemble du massif calcaire.Les calanques offrent une biodiversité et un patrimoine culturel matériel comme immatériel d'une grande richesse. Les reliefs karstiques sous-marins possèdent une architecture complexe (grottes, arches, canyons...), tandis que le territoire se compose d'une mosaïque de garrigues, de landes et de pelouses. Il faut dire que les calanques détiennent le record français de la plus faible pluviosité. L'aridité y est aggravée par la forte évaporation due au soleil et au vent. Les calanques abritent néanmoins une faune et une flore d'une grande richesse, adaptées à ce milieu hostile combinant sécheresse estivale, sol calcaire, embruns salés. Les calanques sont occupées depuis la préhistoire comme en atteste la grotte Cosquer au cap Morgiou dont les peintures rupestres remontent à 27 000 ans pour les plus vieilles. De nombreux vestiges, bien plus récents, restent visibles: forts, anciennes usines, fours à chaux, cabanons... Jusqu'à la fin du XIX° siècle, ce site si particulier n'attirait que chasseurs et pêcheurs. La colonisation des canyons sous-marins se développe véritablement au cours de l'entre-deux-guerres; elle est le fait des classes
populaires qui découvrent alors les plaisirs du temps libre et n'ont pas
les moyens, ni l'envie, de voyager ailleurs.
Sormiou (flickr: Jeanne Menjoulet) La
calanque de Sormiou, une des rares à être habitée, est bordée par une
centaine de cabanons. Autrefois, ces derniers étaient habités par des
pêcheurs de Mazargue - le village voisin - qui souhaitaient y ranger
leur matériel et y passer la nuit.
* Un mode de vie spartiate. Le
cabanon traditionnel est un cube de 30m² maximum équipé (ou pas) d'un escalier de
meunier, d'une sous-pente (une mezzanine), d'une pergola à l'avant, d'un
petit jardin et de toilettes extérieures (cagadous) à l'arrière. A l'origine, le cabanon est d'abord le domaine des hommes, jusqu'à ce que les citernes individuelles en permettent une fréquentation familiale. Les constructions, très sommaires au départ, deviennent progressivement des lieux de villégiatures nettement plus confortables même si l'eau courante et l'électricité restent souvent bannies. Prenons l'exemple de la calanque de Callelongue. Le
tout-à-l’égout n'y est installé que très tardivement, tout
comme l'électricité et l'eau. Le confort est spartiate. L'abri
s'apparente à un débarras dans lequel on entrepose tout ce dont on ne
souhaite pas se séparer définitivement. La vie se déroule largement
dehors, en extérieur et le mode de vie est largement dicté par le
climat. Pendant une longue période, aucune
route carrossable ne permettait de rejoindre les cabanons. Aussi l'accès se
faisait-il par de petits sentiers caillouteux et sinueux. Les gens venaient ici grâce au tram,
puis terminaient à pieds avec tout leur bardas pour venir passer
l'été: une véritable expédition. Des camions passaient pour vendre de
la nourriture. Les locataires s'installaient là pour
l'été (c'était le début des congés payés). Les Marseillais arrivaient au cabanon
pour le week-end à partir de Pâques, puis l'été. Tout au long du XX° siècle, les calanques deviennent le lieu d'accueil de nouvelles activités de loisirs ou de découvertes:escalade, exploration sous marine dans le sillage du commandant Cousteau et d'Albert Flaco En 2012, les Calanques deviennent parc national. Sur les milliers d'hectares protégés, les mesures de sécurité sont très strictes et une charte de bonne conduite a été mise en place. Depuis 1975, les calanques de Sormiou sont un site classaé ce qui ne permet plus aucune construction.
* Les cabanons de Callelongue. Au début du XXème siècle, tout le
littoral sud de Marseille était occupé par des usines de produits
chimiques (soufre, alcaline), des usines de retraitement. A Callelongue (calanque longue), les
cabanons installés furent donc occupés par des ouvriers. A la manière des corons du Nord de la France, les
travailleurs étaient logés ici par les usines. A la fermeture de ces dernières, la marine racheta la concession, installa un sémaphore et loua les cabanons aux descendants des familles d'ouvriers pour des sommes modiques. Les guitounes étaient occupées par des gens d'extraction modeste et ne constituaient pas encore un lieu de
villégiature pour les bourgeois.
En 1960, le bail de la concession
attribué à la marine (qui disposait d'une concession avec un bail
emphytéotique), arriva à son terme. Le site fut racheté par un
architecte-entrepreneur qui souhaitait faire une marina, mais en fut
empêché par l'adoption des premières lois littorales. Faute de
pouvoir construire sa marina, il continua à louer les cabanons
aux familles qui les occupaient jusque là. Lorsqu'une famille
« lâchait » un cabanon, le bouche-à-oreille faisait le
reste. Par cooptation, ou à l'aide de dessous de tables (il fallait
payer un pas de porte à l'ancien locataire pour pouvoir rentrer dans
les lieux), le cabanon trouvait vite preneur. Le loyer en lui-même
était dérisoire. L'accord avec le propriétaire pouvait
se résumer ainsi : «Je vous loue peu cher, mais je ne m'occupe
de rien. » Ce qui veut dire que le locataire se
comportait comme un propriétaire, effectuant tous les travaux. Le cabanon était donc la petite
maison de campagne à pas cher.
[Photo perso]
De nos jours, l'accès aux calanques est facilité, mais, fondamentalement, le mode de vie n'a guère changé. Les gens vivent
dehors, s'apostrophent entre voisins, ce qui contribue à créer une vie de
village qui tend à disparaître ailleurs. Dès lors, le cabanon se transforme en une maison de
famille élargie, accueillant voisins et amis. Afin d'entretenir la convivialité, des fêtes ont lieu à Callelongue au cours de la période estivale, en particulier le 15 août, en l'honneur de la bonne mère, Vierge et protectrice des
marins. Les cabanons "évoquent l'hédonisme, le repos les pieds dans l'eau et la tête au soleil, de grandes bouffes en famille ou entre amis. Ils invitent à prendre son temps aussi, luxe étonnant en bordure d'une agglomération bourdonnante de près d'un million d'habitants."(source B)
Les Goudes (photo perso)
*Un territoire sous pression. Les
cabanons s'éparpillent autour de Marseille, dans l'anse de la Verrerie,
aux Goudes, à Callelongue, à Morgiou, Sormiou, au Vallon des Auffes,
où, désormais, ils sont habités à l'année. Autant
de sites qui, aujourd'hui, résistent mal à une pression touristique
exponentielle. Des millions de visiteurs annuels fréquentent de nos jours le parc national des calanques. L'été, l'afflux massif de marcheurs ou visiteurs ne va pas sans poser de sérieuses difficultés: gestion des déchets, érosion, pollution... Les calanques suscitent toutes les convoitises. Constitués à l'origine de quatre murs et d'un toit, certains cabanons se
transforment, avec ou sans permis, en résidences confortables. Avec le
temps, ces constructions se sont "embourgeoisées" jusqu'à ressembler à de
petites résidences secondaires avec terrasse et balcon en avancée sur
la mer. A la mort du locataire d'un cabanon, le bail prend fin. Aussi, la "libération" des lieux est désormais scrutée avec attention. Posséder un cabanon devient le dernier des chics et une manne financière non négligeable pour ceux qui les louent à la semaine.
* Mythologie des calanques. Les artistes n'ont eu de cesse de célébrer les calanques: écrivains (Frédéric Mistral "Calendal", Gaston Rébuffat, Jean-Claude Izzo), peintres (Ponson, Braque, Derain). Les chansons célèbrent également "l'art de vivre" provençal au cabanon, toujours au contact de la nature à l'instar du " petit cabanon" d'Andrex ou de "la chanson du cabanon" d'Andrée de Turcy. Plus près de nous, le groupe marseillais Massilia Sound system consacre un morceau à cette culture du cabanon. Le "Dimanche aux Goudes" montre bien qu'aller aux calanques constitue une rupture avec le temps habituel, un moyen d'être en communion avec la nature, loin de l'agitation de la métropole voisine: "Je connais un endroit où tout paraît meilleur, / Un endroit au soleil sans oiseaux de malheur, / Là-bas dans la calanque tu verras c’est le cœur." Après avoir trimé dur toute l'année, les Marseillais aspirent à se ressourcer dans un cadre exceptionnel, à quelques encablures seulement du reste de la ville. Dès lors, l'été venu, "l'appel des Goudes est le plus fort". "On va passer un dimanche aux Goudes / En famille, entre amis, que l’on soit riche ou non / C’est un plaisir que personne ne boude / Le rêve marseillais, un soir d’été au cabanon."
DIMANCHE AUX GOUDES
Davant la mar,
Dessús la grava,
Lo ciele es blu e lo soleu valent.
Davant la mar,
Dessús la grava,
Per calinhar segur qu’es lo bòn moment.
Davant la mar,
Dessús la grava,
Ambé per tot vestit lo lume dei rais.
Davant la mar,
Dessús la grava,
Siás polida que non sai !
(Traduction) Devant la mer, Sur la grève, Le ciel est bleu et le soleil vaillant. Devant la mer, Sur la grève, Pour s’aimer c’est sûr c’est le bon moment. Devant la mer, Sur la grève, Avec pour tout vêtement la lumière des rayons. Devant la mer, Sur la grève, Tu es tellement jolie !
On va passer un dimanche aux Goudes
En famille, entre amis, que l’on soit riche ou non
C’est un plaisir que personne ne boude
Le rêve marseillais, un soir d’été au cabanon.
Du lundi au samedi, travailleurs et chômeurs
Tous ceux qui étudient, les honnêtes, les fraudeurs
Les papys, les mamies, les policiers, les voleurs
Veulent tous recevoir le fruit de leur dur labeur
Ils voudraient tous conserver quelques valeurs
Ces valeurs auxquelles Marseille a toujours fait honneur
La convivialité, la chaleur, et la bonne humeur
Le rythme des marseillais au gré des saisons, des couleurs
À l’automne on va passer quelques belles soirées dehors
L’hiver il faut patienter, là-dessus on est tous d’accord
Si le printemps le permet, on se promène sur le port
Mais quand arrive l’été, l’appel des Goudes est le plus fort.
Du printemps au printemps trop de mauvais délires
Résonnent dans la ville et mon esprit chavire,
C’est le chaple partout vraiment pas de quoi rire,
Ça file tous les jours, tu peux t’attendre au pire
Pas le temps de souffler c’est toujours le chantier,
Pas le temps de souffler, le monde est sans pitié,
Certains sont prêts à tout pour finir les premiers,
Dans le ciel les vautours se comptent par milliers,
Laissons là tous ces fous et partons voir ailleurs
Je connais un endroit où tout paraît meilleur,
Un endroit au soleil sans oiseaux de malheur,
Avec
l'instauration des congés payés par le Front populaire en juin 1936, de
nombreux Français font leurs premiers pas sur la route des vacances.
Grâce aux billets de trains à prix spéciaux, certains quittent leur
région pour profiter des joies du bord de mer le temps d'un week-end.
Faute de moyens pour partir, beaucoup font l'apprentissage des loisirs
et des vacances près de chez eux, profitant d'un pique nique au bord de
la rivière, d'une balade à vélo, ou encore de danses à la guinguette.
Dans ce contexte, le ministre des loisirs Léo Lagrange fonde la première
auberge de jeunesse à Paris, en 1937. Les
loisirs sont alors souvent encadrés par des
structures religieuses ou politiques telles les patronages sportifs
catholiques ou les colonies de vacances communistes. Les auberges de
jeunesse, inscrites dans un mouvement laïc et anticonformiste,
développent au contraire une vision hédoniste des loisirs promouvant l'indépendance des jeunes à l'égard des adultes, loin de tout embrigadement idéologique. "Plusieurs
aspects des clubs de vacances des années 1950 sont déjà présents au
sein des Auberges. Les tenues vestimentaires ajistes s'opposent aux
attributs de la bourgeoisie conservatrice (costume, chapeau, etc.). S'y
affirme une volonté de dépasser les clivages sociaux, nationaux et
sexuels (la mixité est de mise), de développer un esprit communautaire
de camaraderie (le tutoiement est spontané dans les Auberges), l'amour
de la nature et du voyage (marche à pied, cyclotourisme, auto-stop), le
pacifisme. Le chant, la veillée et les jeux constituent les prémices de
l'animation développée dans les clubs de vacances." (source C: Bertrand Réau p69) Ce
modèle d'épicurisme inspire également les "Ours blanc", un club de
natation pour Russes blancs immigrés en France. En 1935, Dimitri
Philippov, un de ses membres du club, décide d'installer à Calvi un
campement rudimentaire pour jeunes adultes en quête de plaisirs, dans un
esprit de camaraderie s'affranchissant des clivages sociaux.
* Le Club Med. La
seconde guerre mondiale suspend l'initiation au plaisir des vacances.
Aussi à la Libération, les Français veulent plus que jamais s'amuser,
s'évader. Pendant que les autorités cherchent à faciliter l'accès des
classes moyennes et populaires aux vacances - ce qu'on appelle "le
tourisme social" - , des particuliers imaginent de nouvelles formules de
vacances. Dimitri Philippov des "Ours blanc" poursuit ses expériences d'avant-guerre. En 1948, il crée le club olympique,
un village de vacances composé de tentes, d'un bar, d'une piste de
danse. Dans cette formule "tout inclus", les vacanciers pratiquent des
activités sportives en pleine nature avant de faire la fête chaque
soir. Dans ce sillage, d'autres clubs voient le jour à l'instar du Village magique crée par Paul Morihien (1) pour les Lazareff, fondateurs du nouveau magazine Elle. Les
promoteurs et clients de ces premiers clubs n'appartiennent pas à la
bourgeoisie traditionnelle. Jeunes, souvent d'origine étrangère (Russes,
Belges, Arméniens...), issus de la bourgeoisie économique, tous
possèdent de solides capacités sportives. Gérard Blitz est l'un d'eux.
Fils
d'un diamantaire flamand d'Anvers, le jeune homme est élevé dans le
culte du
sport et devient un champion de water-polo en Belgique. Au cours de la
seconde guerre mondiale, Blitz s'engage dans la Résistance. A la
Libération, les autorités belges le chargent de travailler à la
réinsertion des survivants des camps de concentration. Pour mener à bien
sa mission, il réquisitionne un hôtel transformé en une sorte de sas où
les anciens concentrationnaires "réapprennent à vivre". Blitz tirera de
nombreux enseignements de cette expérience bouleversante. Au cours de l'été 1949, le jeune homme fréquente le Club olympique de Philippov à Calvi, un espace dévolu au sport, à la convivialité et la mixité. Conquis, Blitz
rêve d'offrir au plus grand nombre de nouveaux espaces d'évasion
débarrassés des barrières sociales. Dans cette optique, il crée sa
propre structure. Le 27 avril 1950, Gérard Blitz fonde le Club Med
sous la forme d'une association loi 1901. Issu d'une famille aisée,
détaché des nécessités matérielles, le fondateur n'attend pas un
rendement économique immédiat. Sans chercher à faire du tourisme social,
Blitz entend proposer une forme de vacances axée sur la vie en plein air, le sport, le dépaysement, la rencontre, le plaisir, dans le cadre de séjours "mettant en œuvre une conception hédoniste des loisirs fondée sur le jeu comme finalité."(source C: p68)
Train spécial à destination d'un club Med de Cefalu (1960) [Wiki C]
* "Tout quitter et devenir un autre pendant deux semaines." Le contexte semble favorable à la réussite de l'entreprise. La
France vient d'abandonner les tickets de rationnement (en 1949), un
salaire minimum a été instauré par le gouvernement Bidault en 1950; le
pays entre alors lentement dans
la société de consommation. Pour mener à bien son projet, Blitz se met en contact avec la famille Trigano, des commerçants originaires d'Algérie spécialisés dans la fabrication de stores, puis dans le camping et la vente de tentes. (2) Les Trigano fournissent le matériel nécessaire au séjour des vacanciers (250 tentes et 1000 lits). Blitz peut enfin lancer son concept. A
l'été 1950, le Club Méditerranée organise ses quatre premiers séjours
de deux semaines dans un village de pêcheurs situé à Alcudia, au
nord-est de l'île de Majorque. Les
premiers clients se recrutent parmi l'entourage du fondateur:
journalistes à L'équipe, anciens résistants, champions de natations,
intellectuels. Pour 16 800 francs les quinze jours (le smic de
l'époque), Blitz promet "une formule de vacances neuve et
sympathique. Un village de toiles confortables. Les plus beaux sites de
la Méditerranée. Un personnel nombreux et dévoué. Tous les sports
méditerranéens. Voyage rapide et confortable. Distractions de qualité." Dans les faits, le club ressemble plus à un cantonnement militaire qu'à un village de vacances. Il se compose de tentes dénichées dans
un surplus américain et de lits de camps branlants. La formule séduit
néanmoins une clientèle d'étudiants, de jeunes actifs issus de milieux
privilégiés conquis par ces vacances "à la dure" placées sous le sceau
de la nouveauté, de l'aventure, de l'exotisme, aux antipodes des
vacances guindées de leurs parents. La vie en commun s'organise autour des repas, des baignades, des
spectacles. Un peu colonie de vacances, un peu kibboutz, la formule du
village-club, inédite à cette échelle, convainc immédiatement. A l'issue du séjour, l'athlète et journaliste Marcel Hansenne écrit dans L’Équipe: "Partir,
tout quitter, ranger souliers cirés et les cols glacés. Ne plus ouvrir
un journal. Ne plus écouter la radio. Dire adieu aux pesantes
conventions. Tout laisser et devenir un autre pendant deux semaines,
loin des autres et près de ceux qui ont aussi senti l'irrésistible envie
d'un doux exil, d'une profonde bouffée d'air. Aujourd'hui, presque
trois mois ont passé depuis l'arrivée des premiers membres du Club
Méditerranée devant la baie d'Alcudia. (...) Le Club Méditerranée est né
et sa vie sera longue." En
dépit de l'afflux de clients, la situation financière du Club s'avère
vite critique. Idéaliste et mauvais gestionnaire, Blitz peine à payer
ses fournisseurs, au premier rang desquels figurent les Trigano.
Gilbert, le fils aîné, croit pourtant beaucoup au concept du Club.
Persuasif, il convainc son père d'investir dans une affaire dont il
devient le pdg. Dès lors le Club Med change de dimension pour devenir
une société anonyme à capital variable. Pour stopper l'hémorragie
financière, le nouveau patron décide d'augmenter le tarif des séjours et
d'approcher Edmond de Rothschild qui devient alors le principal
actionnaire du Club. L'arrivée de ce grand nom du capitalisme de
l'époque met un terme à l'improvisation des premières années. Le confort
des villages s'améliore. Les tentes laissent la place à des cases avant
d'être remplacées à leur tour par un habitat en dur.
Carte
postale du village du Club Med de Cefalu en 1961. Par Arroser [CC BY-SA
3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia
Commons
* "Le club. La plus belle idée du bonheur". [selon un slogan de 1976] La reprise en main des Trigano est efficace. Le Club connait un développement exceptionnel au cours des années 1960. Corfou en Grèce, Cefalu en Sicile, Djerba en Tunisie, Lézinnes en Suisse, Tahiti en Polynésie (3), les villages de vacances se multiplient.Quelque soit le lieu, la formule est toujours la même: des séjours longs (deux semaines minimum), des sports nautiques (rares à
l'époque), des sites géographiques d'exception et une formule "tout
compris". L'esprit
club est la clef de voûte d'un système bien huilé. On ne parle pas de
clients, mais de Gentils Membres (GM), pas d'animateurs mais de Gentils Organisateurs
(GO). Sportifs, charismatiques et dotés d'une vraie gouaille, ces
derniers incarnent l'esprit club, s'imposant comme une des clefs du
succès des villages. Chaque soir, ils sont mis à contribution dans
d'incroyables spectacles qui font la renommée du Club. Ancien grand reporter à L'Humanité
et membre du parti communiste français Gilbert
Trigano entend abolir les différences sociales le temps du séjour.
Ainsi, le GM doit-il laisser son métier et son appartenance sociale à
l'entrée du Club. Pour
les clients, le séjour doit marquer une rupture avec le monde
extérieur. Après un accueil très chaleureux, le GM se défait de ses
oripeaux, troque le smoking, l'attaché case pour un maillot de bain et
un collier à fleur.Comme le proclame une publicité du groupe, "l'argent est invisible dans un village, il est remplacé par des boules multicolores réunies en collier." Le tutoiement est de rigueur.
A y regarder de plus près, le Club contribue surtout à définir "un
entre-soi, une manière de vivre avec ses semblables. Au Club, les
vacanciers issus des catégories supérieures entretiennent et
renouvellent, à travers les rencontres, leur capital social, créent de
nouveaux réseaux." (source B: S. Pattieu p 39) Les nouveaux dirigeants insistent sur les valeurs du club: - l'exercice physique avec la pratique de sports considérés alors comme extrêmes, - l'opulence comme le prouvent les fameux buffets à volonté ou les petits déjeuners pantagruéliques, -la
libération de la femme... Un spot publicitaire télévisé affirme ainsi
que "le club est partisan de lalibération de la femme. Elle n'est pas en
vacances pour faire la vaisselle ou laver le linge. Elle doit pouvoir
disposer de son temps selon sa fantaisie, pour s'occuper de sa beauté
dont maintes opérations sont le prix. - La
prise en charge des enfants et des tâches domestiques ordinaires par
les intervenants du Club Med libère de ce fait les individus, en
particulier les femmes.
- Les vacances en club marquent une coupure complète avec le temps
ordinaire. Dans les villages, "la rupture concerne aussi la
sociabilité, avec une proximité dans un espace réduit, un relâchement
des contrôles, la possibilité accrue et accélérée de rencontres,
amicales ou amoureuses. Les jeux, les spectacles et les animations des
soirées visent à instaurer cette proximité et faciliter ces rencontres
en cassant les barrières qui d'ordinaire entravent les relations
sociales." (source B: p 39) Ce que Jean-Claude Dusse exprime à sa manière dans la bande annonce du film les Bronzés:
"Les contacts humains sont plus faciles, parce que les gens sont plus
disponibles. On dit que le Club c'est la mort du couple, alors comme je
suis célibataire...
Village
de cases du Club Med de Corfou en 1960. Par Arroser [CC BY-SA 3.0
(https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], de Wikimedia Commons
* L'explosion du tourisme de masse.
"Dans une France en pleine croissance économique, la réussite du Club
témoigne également d'un accès favorisé aux loisirs avec l'allongement en
1956 des congés payés de deux à trois semaines et la hausse sans
précédent des salaires. Pour un grand nombre de Français, le projet de
vacances devient essentiel.
Désormais,
mêmes les milieux populaires accèdent à la pratique des vacances. Des
associations - souvent liées aux confédérations syndicales - cherchent à
développer le tourisme social à l'instar de Tourisme et Travail dans le sillage de la CGT, des Villages Vacances Famille issus du syndicalisme chrétien ou encore les CE de certaines grosses entreprises telles la Caisse centrale des activités sociales d'EDF.Dans le secteur privé, les agences de tourisme proposent désormais des formules "all included" sur le modèle du Club Med.
* Crise et critiques. Sous
la direction de Gilbert Trigano, le groupe entre de plein pied dans la
mondialisation, poursuivant son développement tous azimuts avec la
multiplication du nombre de villages partout dans le monde, si possible
en des lieux ignorés par la concurrence (Djerba, Agadir, Papeete). L'objectif est désormais d'attirer une clientèle internationale, en particulier asiatique. Pour contrer la concurrence, le patron diversifie l'offre en multipliant les options : bungalow, excursions,
croisières, "affaires", golf. A la fin des années 1980, le Club est devenu une énorme multinationale cotée à la bourse de New York.
Le club semble à son apogée.
A y regarder de près pourtant, le modèle s'essouffle, peinant à
répondre à la concurrence des tour-opérateurs et aux nouvelles pratiques
touristiques.
De
nombreuses critiques s'élèvent désormais à l'encontre du Club.
D'aucuns fustigent l'exploitation honteuse des employés des villages
installés dans des pays de main d'oeuvre à bas coût, ou encore le
pressurage des GO dont le statut social est incertain et la rémunération
faible. En outre, si l'installation d'un village du Club participe au
développement économique d'un territoire, il crée aussi une enclave de
richesses et d'occidentalité dont ne tirent finalement pas vraiment
parti les autochtones. Pour certains, loin de contribuer à la découverte
des populations et de leurs territoires, les formules découvertes du
Club entretiennent avant tout mythes et stéréotypes. Enfin, les prix de
plus en plus élevés des séjours contredisent la stratégie marketing d'un
Club qui s'est longtemps targué de démocratiser les vacances. Au
fond, les dirigeants n'ont pas su anticiper les profonds changement des
mentalités. Tout ce qui faisait l'originalité du club semble alors
remis en cause. Face à l'alternative des vacances individuelles et
compte tenu de la démocratisation des activités sportives et nautiques,
le modèle du centre de vacances clos subit une certaine désaffection.
Les villages du Club ne séduisent plus, la formule tout compris ne
rapporte plus, les pertes s'accumulent.
En
1992, un drame finit de fragiliser l'entreprise lorsqu'un avion affrété
par le Club s'écrase au Sénégal entraînant la mort de 30 passagers. (4)
Lorsque Serge Trigano remplace son père à la tête de l'entreprise un an
plus tard, le Club se trouve dans une situation très délicate en raison
du crash aérien, de la guerre du Golfe qui ralentit l'activité
touristique et de la concurrence grandissante. Le rejeton de la famille
Trigano doit céder sa place à Philippe Bourguignon en 1997. Ancien pdg
d'Eurodisney, ce dernier entend renouer avec les bénéfices, mais les
attentats du World Trade Center en 2001 mettent un coup d'arrêt au
tourisme de masse, fragilisant encore la situation du club. Sur la
volonté des actionnaires, son bras droit Henri Giscard d'Estaing est
catapulté pdg en 2002. Dès sa prise de fonction, le nouveau patron fait
basculer le Club dans l'hôtellerie très haut de gamme. A rebours de la tendance de l'époque, la nouvelle direction refuse le low cost,
augmente les prix et se tourne vers la clientèle internationale, en
particulier les fortunes russes, brésiliennes et chinoises. Ce repositionnement spectaculaire contribue à brouiller l'image d'une entreprise qui n'a plus de Club que le nom. L'utopie sociale des débuts - si tant est qu'elle ait jamais existé (5) - n'est plus.
* Bienvenue à Galaswinda. Impossible d'évoquer le Club Méditerranée sans penser aux Bronzés,
le film culte sorti sur les écrans de cinéma en 1978 et réalisé par
Patrice Leconte. A l'origine du projet se trouve l'équipe du Splendid,
une bande de jeunes humoristes dont certains se sont déjà produits dans
les villages du Club. Cette connaissance des lieux permet aux comédiens
de viser juste.
La satire cinglante met en scène les personnages typiques des villages (6):
le flambeur, le tombeur, le pauvre type. Dans cette peinture très
ironique de la vie en village, les Gentils membres sont des beaufs et
les gentils organisateurs des obsédés sexuels. Loin de l'harmonie
sociale vendue par le club, la zizanie s'insinue partout. Affligés
par les références permanentes au sexe, les Trigano fulminent, d'autant
que la
sortie du film correspond au lancement d'une campagne publicitaire
basée sur des verbes à l'infinitif censés définir le Club Med: "Manger",
"Créer", "Admirer". Après avoir vu les Bronzés, le spectateur songe
surtout au verbe "Baiser". Pour l'image de l'entreprise le coup est
rude. Les réservations connaissent d'ailleurs un net recul dans les mois
qui suivent. Une
des forces du film repose aussi sur la reconstitution des spectacles
proposés par le Club. Les GO embrasent la scène et font reprendre en
chœur aux GM "darla dirladada", l'hymne du village de Galaswinda. Sur un
air du folklore grec, le titre est le détournement d'un ancien succès
de Dalida ("Darla dirladada" en 1969). Les paroles originelles de Boris Bergman étaient sinistres, mais chez les Bronzés, le morceau se transforme en une ode régressive à la fête. (7)
Darla dirladada (Les Bronzés)
Viens nous voir à Galaswinda (Darla dirladada)
Y a du soleil et des nanas (Darla dirladada)
On va s'en fourrer jusque là (Darla dirladada)
Pousse la banane et mouds l'kawa (Darla dirladada)
Tous les soirs on f'ra la java (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)
En hurlant "Agadaouba !" (Darla dirladada)
Notes: 1.
Champion de water-polo, il deviendra ensuite le secrétaire particulier de Jean Cocteau. 2.
Avec la mise en place des congés payés, les Trigano reconvertissent la
petite entreprise familiale de stores en une fabrique de tentes de
camping. La guerre, puis la débâcle précipitent la famille dans la
tourmente. De sensibilité communiste, juifs, les Trigano sont sans cesse
traqués, pourchassés. Réfugiés dans le sud de la France, Gilbert et
André s'engagent dans la résistance. A la libération, la famille est
ruinée, mais croit toujours dur comme fer à l'essor du tourisme. Aussi,
les Trigano récupèrent-ils des surplus de l'armée américaine pour en
faire des tentes et relancent ainsi l'entreprise familiale de camping. 3. C'est grâce à Claudine Blitz, sa seconde épouse, que Gérard Blitz découvre Tahiti. "Claudine
a bien connu Tahiti sans touristes. C'est elle qui a enthousiasmé mon
père avec ce côté détente, fantaisie, cette douceur de vivre. Elle était
en contact avec tous les Tahitiens de l'époque qui venaient étudier à
Paris. D'où les idées de paréo, de guitare, etc.", se souvient Hélène Perry-Blitz, la fille de Gérard et belle-fille de Claudine. (source C: p 84) 4.
En 2000, Gilbert Trigano et son fils Serge sont condamnés à 8 mois de
prison avec sursis pour "homicides involontaires". Il leur est reproché
de ne pas avoir tout mis en œuvre pour assurer la sécurité de leurs
clients. 5. Dès les origines, le club a toujours accueilli davantage de professions libérales que d'ouvriers. 6. Le tournage se déroule dans l'ancien club Med d'Assinie en Côte d'Ivoire. 7. En 1993, le groupe "Go-Culture" propose une interprétation au goût du jour de la version de l'équipe du Splendid. C'est un tube.
Sources: Source A. L'émission Affaires sensibles de Fabrice Drouel sur France Inter: "Club Med: liberté, égalité, cocotiers", 7 juin 2018. Source B. Sylvain Pattieu: "L'entre-soi des clubs", in Sciences Humaine n° 305, juillet 2018. Source
C. Bertrand Réau: "S'inventer un autre monde. Le Club Méditerranée et
la genèse des clubs de vacances en France (1930-1950)", Actes de la
recherche en sciences sociales 2007/5 (n° 170), p. 66-87. Source D. Les échos.fr: "La saga Club Med" Source E. Collierbar.fr:"Il était une fois le Club Méditerranée". Source F. Complément d'enquête: "Vacances, la révolution Club Med". Liens: - Bide et musique: "Darladirladada" (Les Bronzés) / "Darla dirladada" (Dalida) - Ces chansons qui font l'histoire: "Darla Dirlada"
L’été est là, il sait se faire annoncer. Comme chaque année, à son
approche, la presse féminine met en couverture des mannequins déjà tannées et
plus dénudées qu’à l’accoutumée pour vanter le maillot qui ira bien sur la
plage, et le régime qui vous permettra de le porter. La télévision et les
émissions de radio interactives vous renseignent sur les arnaques des crèmes
solaires. Les corps, celui des femmes tout particulièrement, sont soumis,
encore plus que le reste de l’année, au mouvement général des sociétés[1]dans lequel les médias sont de puissants vecteurs de normes. Les pantalons
raccourcissent pour devenir des shorts, les manches remontent ou disparaissent,
les corps se préparent à une exposition au grand air et au soleil. Tout nu
et tout bronzé ! chante Carlos en 1973.
Tout nu et tout bronzé
On est bien, on est beau
Quand revient l’été
Tout nu et tout bronzé
Au soleil, sur le sable ou sur les galets
Tout nu et tout bronzé
Depuis la mer du Nord
Jusqu’aux Pyrénées
Tout nu et tout bronzé
On prend le temps de rêver
Tout nu, tout nu
On ne pense plus
Au métro ni au bureau
Bronzé, bronzé
Décontracté
Un grand chapeau
Pieds dans l’eau
Tout nu, tout nu
Comme des Jésus
On fait trempette
Chez les mouettes
Bronzé, bronzé
On va chasser dans leur retraite
Les crevettes
Ah! Les vacances
Ah! Les vacances
Quand j’y pense, ça me démange
Tout nu et tout bronzé
On est bien, on est beau
Quand revient l’été
Tout nu et tout bronzé
Au soleil sur le sable ou sur les galets
Tout nu et tout bronzé
Depuis la mer du Nord
Jusqu’aux Pyrénées
Tout nu et tout bronzé
On prend le temps de rêver
Tout nu, tout nu
On voit draguer Roméo
En pédalo
Bronzé, bronzé
Toutes les filles sont des Vénus en maillot
Tout nu, tout nu
On ne pense plus
Qu’aux safaris
Fesses parties
Bronzé, bronzé
On va traquer le bigorneau
Quel boulot
Tout nu et tout bronzé
On est bien, on est beau
Quand revient l’été
Tout nu et tout bronzé
Au soleil sur le sable ou sur les galets
Tout nu et tout bronzé
Depuis la mer du Nord
Jusqu’aux Pyrénées
Tout nu et tout bronzé
On prend le temps de rêver
Avec la montée des
températures, s’ouvre une parenthèse consacrée aux congés, aux loisirs, au
temps libre et au bronzage. Ce temps singulier, cette variation saisonnière[2],
où tout pourrait être noyé dans un hédonisme bienvenu, voire revendiqué comme
le pendant le plus légitime au rythme accéléré de sociétés régies par la
performance et la concurrence, est parfois troublé par des querelles dont la
presse fait ses choux gras. Ainsi, l’été dernier, le magazine Les
Inrockutpibles - qui propose chaque été un numéro spécial sexe,
symptomatique, s’il en est de ce temps consacré aux corps, aux plaisirs et à la
levée des interdits - se faisait l’écho d’une bataille de procédure
autour de la plage nudiste de Berck, une des seules autorisées sur le littoral
du Nord Pas de Calais depuis un arrêté municipal de 1981.
Le visuel de l'article des Inrocks signé par J. Rebucci, 27 juillet 2017
Ces batailles estivales sonnent comme des ritournelles, elles ont
déjà eut lieu auparavant selon des déclinaisons sensiblement différentes.
Christophe Granger consacre à l’une d’ellel’introduction de son ouvrage Les corps d’été. En
1934, l’émotion s’empare d’une commune du Lot, lorsque des vacanciers, sous
l’effet saisonnier de la chaleur et du temps libre, se livrent, en tenue d’été,
bras et mollets dénudés,à des
jeux d’eaux propices aux rapprochements des corps autour de la fontaine du
village. Curé, notables et quelques villageois parviennent à convaincre le
maire de faire interdire Les exhibitions nudistes sur tout le territoire de
la commune[3].
Du premier XXè siècle aux années 70, il n’y a rien
d’évident dans cette longue histoire de la dénudation des corps prise dans de
multiples paradoxes : celui de la levée des tabous et du raidissement de la
morale, celui de l’ostentatoire exhibition des corps pourtant soumise à une noria
de normes oppressantes. Ancrée dans une histoire des sociétés, ce processus
mobilise l’attention de nombreuses historiennes et historiens, qui trouvent
dans son étude, de quoi explorer et alimenter divers champs de la recherche
allant d’une histoire de l’intime, du corps et de ses représentations, ou
encore du genre en passant par celles du sport, des médias, encore des loisirs,
voire des régimes totalitaires. Une histoire qui trempe sa plume dans des
sources multiples : presse (magazine, nationale, régionale), oeuvres d’art
(littéraires, cinématographiques, picturales, musicales), échanges
épistolaires, revues, journaux intimes, sources législatives ou
institutionnelles etc.
Par où commencer ? Le dernier tiers du XIXè siècle serait
un moment de basculement dans le lent processus du dévoilement des corps.
Plusieurs phénomènes se conjuguent alors pour transformer les règles établies.
Certains relèvent de la sphère privée, d’autres de la sphère publique. À la
croisée des deux, on trouve ces merveilleuses compositions picturales qui, de
Degas à Bonnard, représentent des femmes plus ou moins dénudées occupées à leur
toilette (mon amour immodéré de Caillebotte me renvoie aussi à ses images de
baigneurs en maillots, mais on sort ici du cadre privé qui nous occupe pour le
moment).
Degas, Femme dans son bain s'épongeant la jambe, vers 1883
Bonnard, Nu accroupi, 1918. Plus tardif
Caillebotte, Baigneurs, bord de l'Erres,1877
Dans l’intimité, l’acceptation de la nudité ne va pas de soi. Comme
le souligne A.-M. Sohn[4],
elle résulte d’une lente érosion de la pudeur, dont on distingue alors quelques
signes. Plusieurs leviers agissent conjointement pour mener à son affaissement.
On mentionnera dans un premier temps, le recul du poids social de l’Eglise qui
modifie les rapports de couple et le rôle assigné au mariage. Moins strictement
réduite à sa fonction de procréation, l’institution maritale échappe aussi de plus
en plus à l’emprise familiale. Les unions arrangées font lentement place aux
mariages choisis dans lesquels la place du corps comme élément de séduction est
forcément réévaluée. Par ricochet, la pudeur comme pierre angulaire de
l’éducation des petites et jeunes filles, s’en retrouve affectée. Au XIXè siècle,
et plus largement à la Belle Epoque, peu de parties du corps sont dévoilées
dans le cadre privé : on se lave le plus souvent recouvert d’une chemise comme
on fait l’amour habillé ou dans le noir. Justement, cette libération du corps
et ce recul de la pudeur ne sont pas étrangers aux évolutions vestimentaires :
il faudrait alors évoquer, par exemple, les modifications des sous vêtements
féminins des corsets vers la gorgerette puis le soutien gorge.
Mais profitons plutôt de cette évocation de l’histoire du vêtement
pour opérer un glissement vers la question de l’exposition des corps dans
l’espace publique. Là encore, un entrelacement de causalités donne une idée du
processus à l’oeuvre. Dans un XIXè siècle marqué par
l’industrialisation, le poids des réflexions hygiénistes renouvelle les
approches précédentes sur les corps et leur environnement. Les masses
laborieuses soumises aux affres de l’urbanisation (entassement dans des
logements insalubres et surpeuplés, pollution industrielle, conditions de
travail multipliant les expositions aux produits toxiques) sont invitées à se
régénérer en s’exposant à l’air et au soleil jusqu’alors considéré comme
dangereux (en ville, la chaleur estivale était notamment associée aux miasmes,
à la puanteur etc). Le long chemin vers le recul de la pudeur et le
désengoncement des corps (par le vêtement aussi bien que par l’éducation)croise celui de l’histoire de la
médecine. D’abord confinée dans les sanatoriums, l’héliothérapie conseillée
comme traitement médical (elle est notamment prescrite contre la tuberculose)
installe l’idée qu’il est bon d’exposer les corps ailleurs que dans les centres
de cure. Le développement des pratiques sportives dans les classes les plus
favorisées de nos sociétés, en ce qu’elles bouleversent et l’attention portée à
son physique, et les vêtements que l’on porte, joue également un rôle
important. À la croisée du médical et du sportif, il y a la pratique du
naturisme pour laquelle le corps s’expose entièrement à l’air et au soleil à
des fins de régénération. Loin d’être un phénomène de masse, cette pratique et
ses prolongements, en matière alimentaire par exemple, constitue une curiosité
et suscite des reportages dans la presse. Des revues spécialisées se chargent
de sa promotion[5] selon des
variantes plus ou moins rigoristes.
On comprend mieux alors que l’entre deux guerres soit un moment
fondateur, un pré-requis dans cette séquence qui nous entraine vers le tout
nu et tout bronzé. Y coexistent l’avènement des congés payés, la
démocratisation des pratiques sportives, une exposition du corps dans les arts
et les spectacles (J. Baker) en même temps que d’importantes évolutions
vestimentaires (Coco Chanel), sans compter un culte certain voué au corps, comme
signe extérieur de puissance idéologique et politique.
Tout nu, on y arrive, mais tout bronzé ?
Je ne résiste pas à vous livrer un extrait du roman L’art de la
joie de G Sapienza[6]
qui décrit de façon assez claire le renversement des normes et conventions qui
travaillent alors la gestion sociale du corps et de son enveloppe cutanée. Le
livre est écrit plus tardivement que l’époque évoquée par ce passage - il a, en
outre,été exhumé pourpublication assez récemment. L’autrice,
forçe peut êtreun peu le trait
afin de servir le versant émancipé de son personnage principal mais somme
toute, résume assez bien l’affaire du changement de paradigme autour de la
coloration estivale de la peau. Nous sommes dans l’après première guerre
mondiale à Catane, en Sicile, le dialogue met en scène deux jeunes femmes,
l’une d’extraction bourgeoise (Béatrice), l’autre, totalement à l’opposé, mais
qui intègre ce milieu au fil des aléas de sa vie (Modesta). Le comportement de
cette dernière est évoqué par Carlo, un jeune médecin.
Mais tu restes au soleil
sans parasol, Modesta ?tu vas
t’abimer la peau ! Je te l’ai dit mille fois. Tu es déjà toute noire ! c’est
laid cette peau foncée comme celle des paysannes.
-Mais au contraire, si je
peux me permettre : la Princesse est en avance sur son temps. Et peut être le
sait-elle. À Riccione il y a beaucoup de femmes ui ont accepté l’héliothérapie
sur notre conseil à nous les médecins. Depuis longtemps sont connues les vertus
curatives dusileil, sauf que
cette vertu médicale s’est heurtée, comme toujours, à la pudeur, ou mieux, à un
idéal esthétique qui la dissimule. L’été dernier, on a vu des maillots de bain
vraiment scandaleux pour les maris s’entend ! Mais les temps changent, on ne
peut arrêter le progrès et la Princesse, chère Béatrice, sciemment peut être ou
peut être en suivant son instinct et son amour pour le soleil, selon ses
propres termes, accomplit un un acte en faveur de la libération de la femme. La
pâleur, la fragilité, ne sont au fond, que des fils très minces pour brider et
dompter la nature féminine, exactement comme les Chinois qui au nom de la
beauté bandent les pieds des petites filles.
La question du bronzage et de son succès s’inscrit dans le sillage
de celle de l’exposition de plus en plus franche des corps. Pratiques
sportives, loisirs, motifs médicaux s’allient pour en faire un marqueur social
dans les classes supérieures des sociétés d’Europe occidentale. Le moment propice
à cette transformation est l’été.
La parenthèse estivale et le bronzage, assimilé à un véritable
changement de peau, produisent une histoire orwellienne, dans laquelle libertés
et contraintes avancent conjointement. Reprenons le fil de l’histoire par le
bout vestimentaire.
Avant le second conflit mondial, les maillots de bain commencent
déjà à rétrécir : moins couvrants sur les jambes, ils se font plus échancrés
sur les seins, et s’ajustent aux corps. Ils deviennent des éléments de
séduction. De la liberté des corps à celle des mœurs, la distance
interprétative est vite franchie. On peut bronzer debout, certes, en faisant du
sport. Mais le bronzage est un art qui se travaille allongé, et l’horizontalité
des corps, rapprochés sur le sable, a bien du mal à s’affranchir de cette
suspicion de permissivité, de lubricité, même avec une grille de mots croisés à
portée de la main. Les amours passagers de l’été, la drague estivale intègrent,
au fil du temps, le registre saisonnier d’un temps dérogatoire, passager.
Après guerre, le mouvement s’accélère : en 1946 est présenté à la
piscine Molitor (non sans difficulté pour trouver quelqu’un qui accepte de le
porter) un nouveau maillot de bain : le bikini. Créé par Louis Réard, on le
range dans une boîte d’allumettes. Dix années plus tard Brigitte Bardot
apparait débarrassée de tout accessoire textile bronzant nue derrière une lessive
de draps récemment étendus sous la caméra de son mari R. Vadim dans Et Dieu
créa la femme. Le curseur qui marque la frontière de la pudeur autorisée en
prend à nouveau un coup.
Bardot dans Et Dieu créa la femme, R. Vadim, 1956
On est alorsau cœur Trente glorieuses, temps du tourisme de masse propice à
la diffusion voir à l’uniformisation de nouveaux comportements estivaux. Le
cinéma, la côté d’Azur et St Tropez donnent le « la ». Puis, dans les
années 70, c’est l’adoption du monokini qui génère de l’agitation autour des
stations balnéaires méditerranéennes.Des femmes, exposent leurs seins au soleil, pour un bronzage dénué de
ces marques blanches disgracieuses. Le bronzage est donc aussi une esthétique,
une marque de distinction (celle des vacances à la mer, réussies car
ensoleillées, l’œil rivé sur la météo) et un marché : à celui du maillot de
bain s’ajoute le business des crèmes solaires dont les corps d’été ne peuvent
se passer sauf à devenir rouges merguez : Ambre solaire, Nivéa furent parmi les
premières marques à s’en emparer.
1938, publicité pour Ambre solaire
C’est bien là que le bât blesse. Car libération et exposition des
corps sont soumises à de nombreuses normes qui conduisent, pour le moins, à
réévaluer le degré d’émancipation auquel on les associe peut être trop
rapidement. On pense bien sûr aux normes physiques qui s’imposent aux hommes
priés d’afficher des pectoraux et des abdominaux compatibles avec un bronzage
uniforme, débarrassés des poils trop nombreux qui les rapprochent d’un gorille de plage. Pour les femmes,
les limites de ce qui peut bronzer au soleil de l’été sont fixées en centimètre
: tour de taille, tour de poitrine, tour de hanches. La presse féminine
(photoshop à l’appui, aujourd’hui) coache chaque printemps celles qui vont
pouvoir bronzer le plus intégralement. Les titulaires de rides marquées, d’un
ventre replet, de petits ou gros bourrelets, d’une poitrine flasque n’ont pas
voix au chapitre entre l’astre solaire et le sable chaud. Signes d’un laisser
aller personnel, d’un manque d’attention à soi, d’une coupable négligence,elles devront opter pour le maillot une
pièce et un paréo. Car pour être tout nu et tout bronzé, il faut être
jeune, beau (belle) afin de ne pas heurter le regard de l’autre. On se dénudera
alors pour bronzer avec une savante retenue, on fera la crêpe sur la plage en
veillant à ses postures, ni trop vulgaires, ni trop contrites. C’est aussi le
prix à payer pour se distinguer du vulgaire paysan dont le corps d’été affiche
les traces du marcel, du cachet d’aspirine que l’on retrouve en septembre car
trop peu fortuné pour partir en vacances sur les rives de la grande bleue ou
sous les tropiques. De la liberté des un.e.s découle l’exclusion des autres…il
y va aussi de la perpétuation de certaines hiérarchies sociales.
Une du magazine Elle : régime + Bikini
Alors Tout nu et tout bronzé ? Le répertoire est bien plus
complexe et l’orchestration régulièrement revue. Aujourd’hui, le discours
médical relatif à l’exposition du corps au soleil a sensiblement changé :
précaution, prévention, protection suppléent les incitations de
l’héliothérapie, et mieux vaut être doré.e comme un abricot que rouge comme une
écrevisse. La grossophobie et,à l’opposé, la dictature de la maigreur sont
battues en brèche par des femmes qui en ont assez que leur corps serve
d’instrument de contrôle social.
Je laisse la conclusion de ce billet estival à C. Granger qui
formule avec une toute autre profondeur que Carlos (et moi) l’enjeu de ces
réflexions nées des tentatives d’écriture d’une histoire des corps tout nu(s) (ou presque) et tout bronzé(s) :
Tout ce flux historique est travaillé de luttes sociales et de
reclassements incessants. Démêler d’un coup l’écheveau des jeux sociaux dont
sont faits les corps d’été autorise de saisir ce qui s’est joué à travers eux.
Car, on l’aura compris, c’est tout un pan du siècle écoulé qui s’éclaire à les
suivre. Le basculement des bourgeoisies anciennes a entrainé le dépérissement
des pudeurs d’antan. Le renouvellement des avant gardes sociales, éprises
d’allures décontractées, a encouragé la gloire du relâchement estival des
surveillances. Celui aussi du dérangement des accoutumances et du frisson
d’indistinction sociale dont il dispense les promesses. L’unification séculaire
des repères et des modes de vie de son côté, l’affaissement autrement dit de
l’échelle locale des valeurs, ont rendu efficace l’inscription du corps estival
dans les structures du monde social et dans les façons légitimes d’y négocier
sa place.
Pistes bibliographiques :
Histoire du corps / sous la direction d'Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello. 3, Les mutations du regard, le XXe siècle, Paris, Point Histoire, 2011 Granger, Christophe, Les corps d’été, XXè siècle, Naissance d’une variation saisonnière, Paris, Autrement, 2009
Ory, Pascal, L'invention du bronzage, Paris, Complexe, 2008
Andrieu, Bernard, Bronzage une petite histoire du soleil et de la peau, Paris, CNRS éditions, 2008
Baubérot, Arnaud, Histoire du naturisme, le mythe du retour à la nature, Rennes, PUR, 2004
[1] Ory, Pascal, Le corps ordinaire dans Histoire du corps / sous la direction d'Alain Corbin, Jean-Jacques
Courtine, Georges Vigarello. 3, Les
mutations du regard, le XXe siècle, Paris, Point
Histoire, 2011
[2] Sous titre du livre de
Granger, Christophe, Les corps d’été, XXè
siècle, Naissance d’une variation saisonnière, Paris, Autrement, 2009
[4]Sohn, Anne-Marie, Le corps sexué dans Histoire du corps / sous la direction d'Alain Corbin, Jean-Jacques
Courtine, Georges Vigarello. 3, Les mutations
du regard, le XXe siècle, Paris, Point Histoire, 2011
[5] La revue Vivre du professeur d’éducation physique
Kienné de Mongeot publiée à partir de 1926 par exemple.
[6] Sapienza, Golardia, L’art de la joie, Paris, Le Tripode,
2015, pp. 218-219
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.