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samedi 30 mai 2015

298. Dimitri Klebanov: "Symphonie n°1" (1946)


Dès le déclenchement de l'opération Barbarossa, les troupes allemandes se livrent aux pires exactions à l'encontre des populations soviétiques. Dans les villes, les villages, les communautés juives sont systématiquement traquées, neutralisées, exécutées. Ces massacres sont perpétrés par des commandos de tueurs qui, la plupart du temps, fusillent leurs victimes au bord de fosses. Ces fusillades se déroulent entre 1941 et 1944 en Union soviétique, mais aussi dans les pays baltes, en Roumanie, dans les Balkans, donc hors des centres d'extermination situés sur le territoire polonais. 
Les 29 et 30 septembre 1941, des unités allemandes et ukrainiennes massacrent 33 771 juifs de Kiev dans le ravin de Babi Yar. Par son ampleur et sa cruauté, cette tuerie massive reste dans les mémoires comme le symbole des exécutions de masse perpétrées par les einsatzgruppen à l'Est. (1)

*************** 

En surplomb du ravin de Babi Yar, un membre d'un Einsatzgruppe discute avec deux femmes. A l'arrière plan, dans le ravin, des prisonniers de guerre soviétiques nivellent la terre sur le charnier. On a fait sauter les parois du ravin à la dynamite. [Automne 1941]


Pour comprendre la mise en place des exécutions de masse à l'est, il est nécessaire de s'intéresser au sort réservé aux Juifs par les nazis.  Ces derniers tentent de trouver une réponse à leur lancinante question: « Où allons-nous mettre les juifs ? ». Dans un premier temps, les hiérarques du parti optent pour le confinement dans le territoire de la Pologne occupée, avant d'élaborer finalement un plan d'émigration vers Madagascar. Or, la décision d'envahir l'URSS, le 22 juin 1941, change la donne. Une fois les Russes vaincus, les nazis envisagent de déporter les Juifs de toute l'Europe dans l'Est sibérien (General Plan Ost), ce qui est synonyme d'une mort lente et différée. Là bas, ils pourront y croupir sur place, mourir, peu importe, tant qu'ils ne côtoient plus les aryens. En quelques mois, l'Allemagne prend le contrôle de territoires qui comptent près de 8 millions de Juifs. Un dilemme se pose aussitôt aux Allemands: faut-il attendre la fin de la guerre pour mettre en œuvre la "solution finale de la question juive" ou la commencer sur le champ? 
La résistance de l'URSS et l'entrée dans une guerre longue et mondiale conduisent Hitler et ses séides à opter pour le génocide immédiat (au cours de l'automne 1941), sans attendre la victoire sur Moscou. Il ne s'agit plus de déporter vers le grand Nord, mais bien de tuer sur place.  


Dès le début de l'opération Barbarossa, Heydrich développe une intense propagande à destination des soldats allemands, auxquels sont distribués des tracts censés les préparer à ce qu'ils allaient trouver à l'est. Ce conflit devient l'affrontement idéologique crucial, une guerre raciale dont dépendra le sort du IIIème Reich. L'URSS est présentée comme la terre des cruautés où l'on doit se méfier de tout et de tous, prisonniers comme civils. D'emblée, la Waffen-SS et la Wehrmacht sont autorisées à bafouer le droit de la guerre, à abandonner toute réserve morale. Dès le printemps 1941, "l'ordre des commissaires" (kommissarbefehl) ordonne l'assassinat de tout "commissaire politique" de l'Armée rouge. Les juifs d'URSS, eux, sont voués à la mort. La destruction et le déplacement des populations sont au centre de la guerre à l'est car les conquêtes doivent agrandir l'espace vital allemand; territoire qui doit  être judenrein, c'est-à-dire "vidé de ses Juifs". Dans cette optique, Heydrich convoque les dignitaires de la SS auxquels il entend confier une "mission spéciale" en Russie. L'opération Barbarossa constitue donc bien un tournant majeur de la politique anti-juive.


Avancées des Einsatzgruppen en URSS.


 *Les groupes mobiles de tueries entrent en action.
Des "commandos mobiles de tuerie" (Raul Hilberg) suivent la progression de la Wehrmacht lors de l'invasion de l'Union soviétique. (2) D'ouest en est, quatre unités d'einsatzgruppen - portant les noms A, B, C, D - ratissent l'immense ligne de front qui s'étend de la Baltique à la mer noire. (3) Chargés de massacrer les "représentants du judéo-bolchevisme" et les "communistes fanatiques", ses membres perpétuent des massacres de masse dès le déclenchement de l'opération Barbarossa.
Bien équipées en armes et en moyens de transports, les unités se composent principalement de membres de la police de l'ordre (Ordnungspolizei) et de la Waffen SS, placés respectivement sous les ordres de Daluege et Himmler.

Chaque Einsatzgruppe se décompose en 3 ou 4 commandos et dispose d'un Vorkommando, une avant-garde chargée de faire des repérages et d'identifier les "ennemis politiques". Une partie du kommando garde les personnes arrêtées. Un second groupe se charge de l'acheminement des victimes vers des fosses préalablement creusées. Enfin, un dernier groupe, les tireurs, exécute. Les unités s'avèrent relativement petites (de 600 à 1500 hommes au total), mais il faut ajouter à ces chiffres ridicules, l'aide logistique indispensable fournie par l'armée. Au fond, il existe une véritable coopération entre les hommes de Himmler (Waffen SS), Heydrich (Einsatzgruppen) et Daluege (Ordnungspolizei); un partage des tâches géographique dans la mise en place du génocide. En Biélorussie, l'einsatzgruppe B et des Waffen SS se chargent de l'extermination des juifs des villes, mais dans les villages et les campagnes, c'est la 707ème division de la Wehmacht qui fusille. Tout au long des tueries, les Allemands se font aider d'auxiliaires collaborateurs pris dans chacun des pays occupés. 

Le 27 juin 1941, à Kaunas, les nationalistes lituaniens frappent et tuent les juifs avec des barres de fer.

 
* Intensification progressive des tueries.
Dès le lendemain de l'invasion, des massacres de masse sont perpétrés par les Einsatzgruppen. Aux pays baltes, les troupes allemandes s'adonnent à des violences d'une cruauté inouïe à l'encontre des juifs et des communistes. Or, compte tenu, de la brutalité de l'annexion de ces territoires à l'URSS en novembre 1939, de nombreux Lettons, Lituaniens et Estoniens accueillent les Allemands en libérateurs. Les nazis s'emploient aussitôt à attiser les frustrations et le ressentiment ressentis sous le joug soviétique. Ils s'appuient sur une police auxiliaire indigène chargée de "s'occuper" des bolcheviks et des juifs, considérés les alliés des communistes. L'antisémitisme très vif des Lituaniens - qui avait conduit de nombreux Juifs à accueillir à bras ouvert les Russes - incite les volontaires à s'engager en grand nombre dans ces polices supplétives. Dès l'arrivée des Allemands à Kaunas, les populations lituaniennes se ruent sur les Juifs, massacrés à coups de barres de fer. La haine est encore attisée par la découverte des prisonniers nationalistes baltes exécutés par les Soviétiques; la responsabilité de ces assassinats est aussitôt imputée aux Juifs. 

Au fur et à mesure de leur progression en URSS, les tueries se poursuivent et se multiplient. Les soldats de la Wehrmacht, en association avec les Sonderkommandos 4a et 4b de l'Einsatzgruppe C,  massacrent les commissaires du parti communiste et les Juifs dès leur entrée en Ukraine, tout en cherchant à susciter ou exploiter des pogroms (Lwow, Jitomir...).
Rapidement, les agents du "judéo-bolchevisme" ne sont plus les seuls visés. Au cours de l'été 1941, on passe de massacres sporadiques à l'extermination systématique de communautés juives entières.  Le 21 juillet 1941, à l'occasion d'une visite à Lemberg, en Galicie orientale, Himmler suggère l'adjonction des femmes et des enfants aux tueries. "Avec l'exécution des enfants pointe la pulsion génocidaire directe". [cf: Chritian Ingrao: "Jusqu'au dernier"] Entre la fin juillet la fin août, la radicalisation simultanée du comportement de la police et de l'armée allemande vis-à-vis des juifs - et plus seulement les Einsaztgruppen - conduisent à une intensification des massacres. Au cours de cette période, le "régiment de police sud", dirigé par Friedrich Jeckeln supervise "25 actions" qui conduisent à la mort de 33 000 personnes (dont 23 600 à Kamenets-Podolski, les 27 et 28 août 1941). Ces tueries de masse restent encore toutefois circonscrites à l'URSS. 
Quand la décision du passage au "génocide" généralisé est-elle prise? En l'absence d'ordres écrits pour exterminer les Juifs, il s'avère impossible de répondre, d'autant que les termes employés par les nazis restent toujours très vagues pour dissimuler ce qui se passe vraiment. Il semble toutefois qu'à l'occasion d'une réunion rassemblant les principaux dignitaires nazis dans le quartier général du führer, ce dernier ait fixé la ligne directrice à suivre une fois les territoires de l'est "pacifiés". Or, à partir de l'automne 1941, Hitler est convaincu que l'on se dirige vers une guerre mondiale, impliquant de nouveaux belligérants. L'entrée probable des Etats-Unis dans le conflit, la progression entravée de la Wehmacht, les pertes humaines de plus en plus nombreuses, les nouvelles difficultés de ravitaillement ruinent les espoirs d'une guerre courte. La déportation des juifs vers l'est s'avère impossible. Dans ces circonstances, Hitler considère la présence des juifs - présenté comme les instigateurs d'un vaste complot mondial - comme un redoutable péril pour les aryens. Entre la mi-octobre et la mi-décembre 1941, le führer décide de mettre en place la "solution finale de la question juive", c'est-à-dire l'élimination généralisée des Juifs.



Himmler (ici sur le front de l'est) multiplie les visites sur le terrain et assiste à des fusillades pour montrer aux hommes de la SS qu'il partage avec eux cette "lourde tâche". Après chacune de ses visites, les assassinats s'intensifient.

* Spécificité des fusillades.
Les hommes des einsatzgruppen ne sont pas prédisposés à tuer, mais l'accoutumance intervient vite. Des "savoirs" se constituent.
A des milliers de kilomètres de l'Allemagne, SS et policiers disposent d'une très large marge de manœuvre. Quand les particularités géographiques s'y prêtent, les tueurs optent pour des ravins qui évitent d'avoir à creuser des fosses. Pour économiser leurs munitions, certaines unités décident de jeter leurs victimes dans des puits ou de les précipiter du haut d'une falaise comme à Yalta... Les tueurs des groupes mobiles utilisent également des camions pour gazer des Juifs.

Il faut exécuter vite, beaucoup, sûrement. Cette forme du génocide se caractérise par l'acharnement des tueurs à traquer leurs victimes dans les moindres villages. A partir de l'automne 1941, les unités de police et les einsatzgruppen tendent à se sédentariser, coordonnant leurs massacres depuis un point fixe. En Galicie orientale, et plus à l'Est, des camps de travail sont installés dont les travailleurs sont liquidés à partir de 1943; ailleurs, des ghettos sont organisés, jusqu'à la décision de les anéantir. 
A différence des chambres à gaz, ces massacres mettent face-à-face les tueurs et leurs victimes.  C'est une des raisons pour lesquelles ces fusillades à grande échelle s'accompagnent, pour beaucoup de tireurs, de dommages psychologiques (effondrements nerveux, cauchemars) et comportementaux (alcoolisme) sévères.
Kurt Werner, membre de l'Einsatgruppe C, raconte: "On ne peut pas imaginer la tension nerveuse entraînée par l’exécution de cette sale besogne dans la fosse. C’était horrible… Toute la matinée, j’ai dû rester dans le ravin. On m’a ordonné de tirer encore et encore pendant un moment […]. À midi, nous avons été autorisés à quitter le ravin, et dans l’après-midi ensemble avec d’autres camarades, je devais apporter des juifs vers la fosse. Pendant ce temps, d’autres camarades exécutaient la fusillade dans la fosse. […] 
Pour cette journée, la fusillade a duré jusqu’à environ 5 ou 6 heures de l’après-midi. On nous a ordonné de retourner dans nos quartiers. Pour cette soirée, de l’alcool nous a été distribué à nouveau. " [ cité dans E. Klee et alii, Pour eux, c’était le bon temps, Plon, 1990.]


A la différence des centres d'extermination installés en Pologne, ces crimes ont de nombreux témoins, notamment les personnes réquisitionnées pour creuser, puis combler les fosses. Dans son journal, une habitante de Kiev note: "Le 02 octobre 1941 : « Chacun dit maintenant que les juifs sont assassinés. […] Tous. Sans exception. Vieilles personnes, femmes, enfants. […] Les gens en parlent d’une telle façon qu’aucun doute n’est permis. Pas un seul train n’a quitté la gare de Bahnhof Lukianivka. Des gens ont vu des camions avec des foulards et d’autres objets partant de la gare. « Minutie » allemande !
Ils ont déjà trié leurs rapines ! Une jeune fille russe a accompagné son amie au cimetière et s’est glissée de l’autre côté de la clôture : elle a vu comment des gens nus ont été poussés vers Babi Yar et a entendu les rafales d’une mitrailleuse. […] Autour de nous, les femmes pleurent.
»" [Journal d’Iryna Khoroshunova, cité dans K. C. Berkoff, Harvest of Despair, 2004.] 

Par ailleurs, et à la différence des camps de la mort, nous disposons de nombreux clichés  photographiques pris par des membres de l'armée et de la police, ce qui tend d'ailleurs à relativiser le  traumatisme d'hommes qui éprouvent le besoin de conserver un" souvenir" des exécutions!

Les fusillades de masse se poursuivent bien après l'invasion allemande de l'URSS, alors même que les six "centres de mises à mort" (R. Hilberg) installés par les nazis fonctionnent (Treblinka, Maïdanek, Auschwitz-Birkenau, Sobibor, Belzec et Chelmno).  Les fusillades de masse se déroulent donc parallèlement aux gazages des camps. Patrick Desbois note d'ailleurs que "la frontière entre les deux modes d'assassinat est moins clairement tracée que ce qu'on a pensé jusqu'à récemment." (cf: dictionnaire de la Shoah). L'immensité du territoire soviétique, ainsi que l'absence d'infrastructures ferroviaires dans de nombreuses régions enclavées expliquent la poursuite des fusillades longtemps après le déclenchement de l'opération Barbarossa. L'isolement rend impossible le transfert des victimes vers les centres d'assassinat installés en Pologne. 
Au total, entre 1941 et 1944, les "groupes mobiles" et leurs auxiliaires sont responsables de l'assassinat d'environ deux millions de personnes, soit le tiers du nombre total de victimes du génocide. C'est à Babi Yar, dans une région ravinée au nord-ouest de Kiev, qu'a lieu un des plus grands massacres.





Le 28 septembre 1941, la Wehrmacht affiche dans la ville un appel à la population :« Tous les juifs de la ville de Kiev et de ses environs doivent se rassembler lundi le 29 septembre 1941 à 8 heures du matin à l’angle des rues Melnikova et Dokhturova. Ils doivent apporter leurs papiers officiels, leur argent, leurs objets de valeur, des habits chauds, des sous-vêtements, etc. Chaque juif qui ne respecte pas cette ordonnance et qui sera trouvé ailleurs sera fusillé. Chaque citoyen trouvé dans les appartements des juifs abandonnés ou en train d’y voler sera fusillé. »



* Babi Yar.

La Wehrmacht s'empare de Kiev le 19 septembre 1941. A cette date, la majorité des 220 000 Juifs de la ville ont pu la quitter comme le constatent les 50 hommes du Sonderkommando 4a venus en repérage. Quelques jours plus tard, les hommes de l'Einsatzgruppe C s'installent dans la ville, bientôt rejoints par les bataillons de police 45 et 303 du "régiment de police sud" commandé par Friedrich Jeckeln. 
Avant de quitter les lieux, des agents du NKVD ont pris soin de miner les lieux stratégiques de Kiev. Le 24 septembre, les explosifs provoquent de nombreuses victimes, quelques Allemands sont touchés. En représailles, et sans que les auteurs de ces sabotages n'aient pu être identifiés, la Wehmacht demande à Jeckeln et Rash (chef de l'Einsatzgruppe C) d'exterminer la population juive encore présente à Kiev.
Le 28 septembre 1941, la Wehrmacht convoque par voie d'affiche les juifs pour le lendemain "au coin des rues Melnikov et Dokterivsky". Selon un témoignage, les victimes se rendent au point de rendez-vous "en ayant l'impression qu'ils allaient être relogés."

Lev Ozerov, auteur du récit d'ouverture du Livre noir consacré au massacre de Babi Yar, raconte:
"A l'aube du 29 septembre, venus de tous les coins de la ville, les Juifs de Kiev se mirent lentement en marche en direction du cimetière juif de la Loukianovkaïa. Beaucoup d'entre eux s'attendaient à un transfert vers la province. (...) cette procession de la mort dura trois jours et trois nuits. (...) Au fur et à mesure que la procession se rapprochait de Babi Yar, le murmure grandissait, mêlé de plaintes et de larmes. (...) Papiers et biens étaient confisqués. (...) Après quoi les Allemands obligeaient les gens à se mettre nus (...), leurs vêtements étaient collectés et soigneusement pliés. On arrachait les alliances aux doigts des gens dénudés (...). Ensuite, les bourreaux plaçaient les condamnés par groupes au bord du profond ravin et leur tiraient dessus à bout portant. Les corps tombaient dans le précipice. Les petits enfants étaient poussés vivant dans le ravin. (...)
Les haut-parleurs hurlaient, les cris des victimes en train de mourir étaient étouffés par des airs de danse. "

Par petits groupes, les Juifs sont conduits par la police ukrainienne au cimetière juif pour y déposer leurs affaires et se déshabiller, avant de les conduire dans un"ravin d'environ 150 mètres de longueur, sur 30 mètres de large et au moins 15 mètres de profondeur." [d'après le témoignage de Fritz Höpper, un chauffeur de camion affecté du Sonderkommando 4a] "Aucune distinction n'avait été faite entre hommes, femmes et enfants."
Les tueurs sont des hommes de la Waffen SS, des bataillons 45 et 303 de l'Ordnungspolizei, enfin  des policiers membre du Sonderkommando 4a dirigé par Paul Blobel.
Un de ses membres raconte: "Peu de temps après mon arrivée sur le site d’exécution on m’a ordonné de descendre au fond du ravin, en compagnie d’autres camarades. Peu de temps après, les premiers juifs nous ont été amenés à travers les pentes du ravin. […] Trois groupes de tireurs d’élite étaient dans la fosse […]. Les juifs suivants devaient s’allonger sur les cadavres des Juifs qui avaient déjà été fusillés. Les tireurs se tenaient derrière les juifs et les ont tués par des balles dans le cou.[…] 

Un rapport laconique adressé à Heydrich, le chef de la police et des services de sécurité, établit la comptabilité morbide des deux jours de tueries:" Le Sonderkommando 4a, en collaboration avec l'Einsatzgruppe HG et des Kommandos du régiment de la police sud, ont exécuté 33 771 Juifs à Kiev, les 29 et 30 septembre 1941".  



* Faire disparaître les traces.
Après ces deux journées de tueries ininterrompues, des massacres de juifs, partisans, Tsiganes, civils sont encore perpétrés pendant plusieurs mois dans le ravin de Babi Yar (de l'automne 1941 au printemps 1943). Au total, ce ne sont pas moins de 100 000 personnes qui y sont tuées. Dans le cadre de l'Opération 1005, Blobel revient sur les lieux en août 1943 pour y faire disparaître les traces des massacres. (4)
Dans le Livre noir, Lev Ozerov raconte: "Lorsque , deux années plus tard, l'Armée rouge arriva sur les bords du Dniepr, ordre fut donné de Berlin de faire disparaître les cadavres dissimulés à Babi Yar. (...)
Le 18 mars 1943, les Allemands s'emparèrent de trois cents prisonniers du camp de Syrets et leur mirent des fers aux pieds. (...) Ils furent menés, sous haute surveillance, à Babi Yar. Là on leur donna des pelles. C'est alors que les gens comprirent  qu'ils allaient devoir accomplir une tâche effroyable: déterrer les corps des gens fusillés par les Allemands à la fin du mois de septembre 1941. (...) Les Allemands obligèrent les détenus à brûler les dépouilles. (...) Des feux gigantesques brûlaient jour et nuit. Plus de soixante-dix mille corps furent livrés aux flammes. (...)
Le 28 septembre 1943, lorsque le travail fut sur le point d'être achevé, les Allemands ordonnèrent aux prisonniers de rallumer les feux. Ceux-ci comprirent alors qu'ils allaient être massacrés à leur tour. Les Allemands voulaient tuer et, ensuite, brûler dans ces feux les derniers témoins encore vivants. "
Les prisonniers parvinrent à s'enfuir, mais furent rattrapés et tués (280), à l'exception de 12 rescapés dont les témoignages seront d'une importance capitale. Ils constitueront l'élément clef des enquêtes judiciaires menées par la suite en URSS et en RFA contre les responsables de cette gigantesque entreprise de dissimulation (Opération 1005), en particulier Paul Blobel; condamné à mort lors du procès des Einsatzgruppen (1948), il sera exécuté trois ans plus tard.

 Chaque région est sous le commandement d'un haut-gradé SS, qui est en même temps chef de la police. En Ukraine, Fredrich Jeckeln coordonne les actions communes des bataillons de police et des membres de l'einsatzgruppe C. Lors des fusillades, il cherche à tester la motivation de ses troupes. En se tenant près des fosses pendant toute la première journée du massacre, il semble légitimer ces tueries. Jeckeln passe aussi pour être l'inventeur de la "méthode des sardines" consistant à faire s'allonger les victimes les unes sur les autres dans la fosse avant d'être visées par les tireurs.

















* Un secret de polichinelle.
Toutes les précautions prises par les nazis pour dissimuler leurs crimes furent vaines. Sûrs de la victoire, ils ne cherchent pas, dans un premier temps à garder secrètes leurs exactions. Ainsi, au lendemain des tueries de Babi Yar, les récits des massacres alimentent déjà les conversations des officiers allemands en poste en Europe de l'ouest. Grâce au décryptage du code de radio de la police allemande par les services secrets britanniques, les gouvernements alliés connaissent l'ampleur et la nature des massacres perpétrés à l'est. En outre, la rapidité de la contre-offensive de l'Armée rouge, associée à la multiplication des lieux de massacres, ne permettent pas aux responsables de l'Opération 1005 d'identifier toutes les fosses communes à "liquider". 
Dans le sillage des soldats de l'Armée rouge, une commission extraordinaire chargée d'enquêter sur les crimes et exactions nazis. (5) En novembre 1943, les Soviétiques découvrent ainsi le site de Babi Yar; un site vide et profondément transformé. Le travail d'enquête mené par la commission extraordinaire et l'audition des rares survivants, permet toutefois de rassembler une importante documentation.

Nuremberg, 1948: Paul Blobel lors du procès des Einsazgruppen.

* Juger les Einsatzgruppen.
En Allemagne même, les enquêteurs américains tombent sur des documents essentiels. Ainsi, en épluchant les archives nazies disponibles à Berlin (de la Gestapo, du ministère des affaires étrangères, de la SS...), Benjamain ferencz et son équipe tombent par hasard sur les rapports journaliers des Einsatzgruppen ("rapport top secret sur les activités du front de l'est"). 
Fort de cette découverte crucial, Ferencz parvient à convaincre le procureur Telford Taylor de juger les membres des Einsatzgruppen, ce qui n'était initialement pas prévu. 
Le 3 juillet 1947 s'ouvre donc le 9ème des 12 procès jugés à Nuremberg par le tribunal militaire international. En fonction du rang occupé et du niveau d'éducation, Ferencz sélectionne 22 chefs de kommandos, dont les principaux ordonnateurs du massacre de Babi Yar: Paul Blobel, Otto Rash.
En ouverture des débats, le procureur général déclare: "Notre but n'est pas la vengeance, nous ne cherchons pas non plus une juste rétribution. Nous demandons à ce tribunal d'affirmer, par une action pénale internationale, le droit de l'Homme à vivre dans la paix et la dignité, indépendamment de sa race et de sa foi. Le massacre de civils sans défense dans le cadre d'une guerre, peut être qualifié de crime de guerre, mais ces massacres relèvent d'un autre crime. Un crime plus grave: un génocide." (terme inventé par Raphaël Lemkin, un avocat polonais, seul survivant de sa famille)
Aucun des individus jugés ne manifeste la moindre expression de remords. Pour Ollendhorf, l'assassinat des Juifs, y compris les femmes et les enfants, était une sorte "d'attaque préventive", visant à éliminer tous les ennemis potentiels. 
A l'issue du procès, douze des vingt-deux accusés seront condamnés à la peine de mort par pendaison.



* Klebanov.   
Après le choc provoqué par l'invasion des troupes allemandes, Staline cherche des alliés pour empêcher la déroute totale. Il tolère alors la constitution d'un Comité antifasciste juif chargé d'activer la solidarité de la diaspora juive. En parallèle, un important travail de collecte d'informations sur le génocide des juifs de l'Union soviétique est réalisé. Au fil du conflit cependant, les autorités décident plutôt d'exalter l'héroïsme du peuple soviétique; le mythe de la "grande guerre patriotique" conduit Staline à ne plus considérer le sort spécifique réservé aux juifs, victimes, parmi d'autres, de la cruauté nazie. Dès lors, les travaux et preuves du génocide sont marginalisés et étouffés, tout comme les œuvres consacrées aux victimes juives. Prenons l'exemple, de la Symphonie n° 1 de Dimitri Klebanov. 
Dès 1945, ce compositeur juif ukrainien compose une symphonie "en mémoire des martyrs de Babi Yar". Bien qu'inspirée de chants yiddish et de mélodies synagogales, l’œuvre est entièrement instrumentale, afin de ne pas encourir les foudres de la censure. La symphonie est jouée en 1946 à Kharkov et Kiev l'année suivante. Un journal de Kharkov, le Drapeau rouge traite alors Klebanov de "cosmopolite anti-patriote". Cette prise de position annonce la campagne antisémite à venir. La Symphonie est bannie et ne sera plus jouée avant la chute du régime soviétique. (6)
Les auteurs de poèmes et récits consacrés aux massacres des Juifs en Union soviétique sont  désormais inquiétés et poursuivis, le génocide devient un sujet tabou comme le prouve l'interdiction du Livre Noir, dirigé par Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg. (7) Staline engage même son régime dans une vaste campagne antisémite. 



**********************
Au sortir de la seconde guerre mondiale, tous les éléments étaient réunis pour avoir une bonne connaissance de l'extermination des juifs d'Union soviétique: des documents existaient, des témoins - bien plus nombreux que les rares survivants des camps - subsistaient. Or, paradoxalement, les massacres à l'est furent longtemps, sinon sous-évalués, en tout cas minimisés. Cette curiosité est due, pour une large part, à la politique de falsification mémorielle mise au point en URSS après guerre... (8)  De cela, nous vous parlerons dans un prochain billet.

Notes:
1. A la tête de l'association Yahad-In-Unum ("ensemble") chargée d'identifier les fosses communes en Ukraine, le père Patrick Desbois utilise le premier l'expression "Shoah par balles". Cette dernière ne fait pas toutefois pas l'unanimité. Pour Christophe Tarricone, elle "n'a pas de sens: on ne peut distinguer cette politique d'assassinats sous prétexte que les modalités du meurtre en sont différentes. En Croatie, on a tué des gens à coups de marteaux derrière la nuque. On ne parle pas pour autant de 'génocide par marteau'." (CR d'une conférence de Christophe Tarricone)
2. Formés dès l'annexion de l'Autriche, les einsatzgruppen traquent les opposants autrichiens au nazisme et mettre en œuvre l'expulsion des Juifs du pays. Des groupes d'interventions similaires sont constitués à chaque nouvelle invasion de territoire: Sudètes, Bohême-Moravie, Pologne  où ils assassinent les membres de l'élite.
3. Deux nouvelles unités sont constitués en mars 1944 pour exterminer les Juifs de Hongrie (Einsatzgruppe G, en mars 1944) et de Slovaquie (Einsatzgruppe H, en août 1944). Compte tenu de la rotation des effectifs, ce sont des dizaines de milliers d'individus qui furent impliqués par les fusillades de masse, entre l'été 1941 et l'hiver 1943.  
4. Compte tenu de la multiplication des lieux de massacres et de l'avancée des troupes soviétiques, les responsables de l'Opération 1005  ne parvinrent à retrouver qu'une petite partie des fosses communes. 
5. Dans son sillage, des opérateurs filment les exhumations de cadavres des fosses, lorsque cela est encore possible.
6. Après moult péripéties (qui feront l'objet d'un prochain billet) et 44 ans d'interdiction, la symphonie n° 1 "Babi Yar" sera de nouveau interprétée en Ukraine en 1990, à l'occasion de la commémoration officielle du massacre.
7. Aidés par près de quarante collaborateurs, les écrivains Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman, dirigent la rédaction d'un ouvrage consacré à "l'extermination scélérate des Juifs par les envahisseurs fascistes allemands dans les réions provisoirement occupées de 'URSS et dans les camps d'extermination en Pologne pendant la guerre  de 1941-1945."
8. Jusqu'aux années 1970-1980, les historiens occidentaux tendent à sur-valoriser les aspects "industriels" du génocide des juifs et à réduire la Shoah à ce qui s'était passé dans les camps d'extermination. La tendance à minimiser l'ampleur de la "Shoah par balles" s'explique notamment par l'impossibilité d'accéder aux territoires soviétiques et aux enquêtes des commissions extraordinaires de 1944-1945. 


Sources:
-  Le Livre noir, Acte Sud, 1995.
- Les notices "Ukraine", "Union soviétique", "Wehmacht", "Einsatzgruppen", "Babi Yar" du Dictionnaire de la Shoah sous la direction de G. Bensoussan, J.-M. Dreyfus, E. Husson, J. Kotek, Larousse, 2015.
- Frans C. Lemaire: "Le destin russe et la musique: un siècle d'histoire de la Révolution à nos jours", Fayard, 2005.
- Johann Chapoutot: "Le nazisme, une idéologie en actes", la documentation photographique, 2012.
- Barbara Martin: "Babi Yar: la commémoration impossible"
- ushmm.org: Kiev et Babi Yar.
- Chanson de la semaine [Lycée Vincent d'Indy].
- Babi Yar: symbole de la politique mémorielle soviétique.
- Le massacre de Babi Yar.
- "Le combattant de la paix, Benjamin Ferencz", documentaire de Michaël Prazan diffusé sur France 3 le 2 mars 2015. 

Liens:
- Filmer la guerre: le massacre de Babi Yar.
- le philosémitisme de Chostakovitch.
- Dmitri Chostakovitch - Adagio "Babi Yar" (premier mouvement de la Symphonie n° 13).
- Proposition pédagogique sur le site académique HG de Besançon.
- Les traces enfouies de la Shoah par balles. (Libération)
- Les fusillades massives des juifs en Ukraine 1941-1944. 
- Le Monde: "Les Einsatzruppen nazis en URSS ou les débuts de l'Holocauste."

jeudi 8 septembre 2011

244. Jean-Jacques Goldman: "Comme toi" (1982)

Le second album de Jean-Jacques Goldman sort en 1982 et remporte aussitôt une franc succès grâce à des chansons telles qu' Au bout de mes rêves, Quand la musique est bonne, Comme toi.
Ce dernier titre, chanson d'un père à sa fille, évoque le destin tragique d'une enfant qui n'aura pas eu la chance, elle, de vivre sa vie, puisqu'on comprend entre les lignes qu'elle fut une des nombreuses victimes de la Shoah. (1)

A partir d'une vieille photo de famille, les premiers couplets décrivent l'existence heureuse et banale de Sarah, 8 ans. Probablement juive si l'on se fie aux prénoms égrenés dans la chanson (Ruth, Anna, Jérémie), cette petite Polonaise va à l'école, s'amuse avec ses amis aux jeux de tous les enfants de son âge. Le chanteur s'adresse dans le refrain à une fillette endormie (la sienne?) qui ressemble en tout point à Sarah ("tes yeux clairs", "elle avait ton âge"). Or, " elle n'est pas née comme toi ici et maintenant" rappelle-t-il. En effet, cette vie, faite de "douceur, / Rêves et nuages blancs" est brisée par une intervention extérieure, "d’autres gens" dont on devine qu'il s'agit des génocidaires nazis.
Au delà de la musique (en particulier l'insertion d'un air traditionnel de musique tzigane joué au violon entre le 2e et le 3e couplet), l'intérêt du morceau réside dans sa force de suggestion. Plutôt que d'évoquer frontalement la Shoah, Goldman fait appel aux sentiments les plus simples et touche sans doute ainsi l'auditeur qui s'identifie aisément aux deux petites filles.
Dans un entretien, Goldman confirme cette impression et revient sur la genèse de Comme toi. L'idée "est parti[e] d'une photo dans un album de famille de ma mère. On peut très bien écouter cette chanson sans penser du tout que cela parle de cela. Donc, c'était juste un visage de petite fille qui m'a touché. Bon, c'est peut-être ma façon à moi de parler de ces choses-là de façon - on va dire - peut-être un peu plus imagée qu'une vraie thèse sur l'extermination." [Questions à Jean-Jacques Goldman TV5, 20 novembre 1999]
 A nous sur l'histgeobox de revenir sur les étapes du génocide (1) juif au cours de la seconde guerre mondiale.

Pochette du second album de J.J. Goldman. Ses parents, juifs polonais et allemand, se réfugient en France où ils participent activement à la Résistance à Lyon. Jean-Jacques naît à Paris le 11 octobre 1951.


* Les origines de la Shoah restent discutées.
- Les historiens "intentionnalistes" considèrent qu'Adolf Hitler à l'intention d'exterminer les Juifs depuis la rédaction de Mein Kampf en 1924. Dans cette conception, la Shoah serait l'aboutissement d'un processus prémédité et enclenché dès l'accession d'Hitler au pouvoir, en 1933, avec l'adoption des premières mesures d'exclusion et de ségrégation. Ils s'appuient en particulier sur un discours (dit de la "prophétie") prononcé par le führer en janvier 1939: "Si la finance juive internationale en Europe et hors d'Europe réussit à nouveau à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, le résultat n'en sera pas la bolchevisation de la terre et la victoire du judaïsme, mais bien l'extermination de la race juive en Europe."
Pour les historiens "fonctionnalistes", c'est le conflit qui aurait radicalisé les méthodes antisémites nazies. Jusqu'en 1941, ces derniers déportent les Juifs, parqués dans des ghettos et ce sont les aléas de la guerre à l'est qui précipitent la recherche d'une solution radicale. L'échec d'une victoire rapide contre l'URSS à l'automne 1941 aurait conduit Hitler à décider de l'extermination. Dans ce cas, la Solution finale (1) clôt un processus, largement improvisé. Reste que, quelles que soient les évolutions stratégiques, l'antisémitisme reste une composante invariable du nazisme. Les Juifs représentent pour les nazis un danger mortel de contamination de la race. Himmler les identifie à des bacilles qu'il faut éradiquer à tout prix.

Plusieurs étapes sont identifiables dans le processus qui conduit à l'extermination.
1. L'identification.
En 1935, les lois de Nuremberg sont établies pour identifier les juifs en tant que "groupe racial" distinct des "nationaux" du pays afin de les écarter de la communauté. Elles s'accompagnent de mesures de recensement des populations juives sur des fichiers, tandis que les autorités apposent la mention "juif" sur les papiers d'identité. (2)
Cette collecte  d'informations s'avère essentiel, car elle représente le préalable indispensable à toute autre forme de persécution.
2. Expropriation, exclusion et émigration. Cette phase initiale de collecte  s'accompagne de nombreuses discriminations. Dès 1933, une campagne de boycott débute en Allemagne. A partir de 1938, le régime nazi adopte les premières mesures visant à aryaniser (3) les biens juifs. Exclus de la plupart des métiers, des lieux publics, les Juifs deviennent de véritables parias, victimes de violences qui culminent lors de la nuit de cristal en 1938. Or, ce processus d'exclusion, initié en Allemagne, se reproduit dans toute l'Europe sous domination nazie.
Ces persécutions visent à faire disparaître les Juifs du territoire allemand grâce à l'émigration ou l'expulsion. La moitié des 600 000 Juifs qui vivaient en Allemagne et en Autriche en 1933, sont contraints de partir.
Dès 1938, Adolf Eichmann est chargé de trouver une solution au "problème juif". Le bureaucrate, qui fait l'admiration de Heydrich, envisage un temps de créer des "réserves" en Europe de l'est ou à Madagascar.
Mais, le début de la guerre, la conquête de la Pologne et de la Bohême-Moravie changent la donne en multipliant par 4 le nombre de Juifs sous contrôle allemand. Dès lors les nazis envisagent des solutions plus radicales encore à l'encontre des Juifs.

“Zone de résidence juive - entrée interdite.” peut-on lire sur une pancarte à l'entrée du ghetto de Lodz en Pologne, 1940-1941. (United States Holocaust Memorial Museum)

3. Concentration et enfermement.
Pour Hans Franck, Gauleiter du Gouvernement général de Pologne, "la seule manière d'administrer la Pologne consistera à exploiter ce pays sans aucun ménagement [...] à réduire l'ensemble de l'économie polonaise au minimum absolument indispensable à la simple survie de la population, à fermer toutes les institutions culturelles, (...) enfin d'empêcher la formation d'une nouvelle élite polonaise. La Pologne sera traitée comme une colonie. Les Polonais deviendront les esclaves du Grand Reich Allemand." Cette exploitation économique et humaine totale prend d'ailleurs le nom de Polonisation.
Dans le sillage de la Wehrmacht (l'armée allemande) qui balaie en quelques jours l'armée polonaise, déferlent les Einsatzgruppen (4) dont l'action se radicalise. Ces "commandos mobiles de tueries" chargés de sécuriser les territoires occupés, liquident l'élite polonaise et tous ceux considérés comme des opposants potentiels.
Pour Marie Moutier, "le territoire polonais sera en quelque sorte un laboratoire des techniques de tuerie appliquées ensuite dans tout l'est." [cf: sources]
Écrasée, la Pologne occidentale est annexée au Reich et les juifs ayant échappées aux pogroms et massacres (5), sont parqués dans différents ghettos tels ceux de Pietrkrow en septembre 1939, Lodz, Cracovie, Lublin en mars- avril 1940. A l'automne 1940, les autorités allemandes créent le ghetto de Varsovie qui accueille des juifs déportés des alentours, puis d'Allemagne et d'Autriche. Composé de zones d'immeubles-taudis surpeuplés, le ghetto constitue un véritable camp de concentration au cœur de la ville. Les conditions d'existence y sont épouvantables. Épidémies et restrictions déciment une partie importante de la population.


Famille juive exécutée par des policiers allemands à Ivangorod, dans la région de Kiev. Visée à bout portant, la mère tente de protéger son enfant.

4. L'extermination.

* La Shoah par balles. (6)
L'invasion de l'Union soviétique déclenche une guerre d'un genre nouveau, guerre d'anéantissement qui ne consiste plus seulement à conquérir, mais à détruire l'ennemi. Les nazis aspirent à favoriser le développement de la "race aryenne" en lui assurant un espace vital (lebensraum) grâce aux conquêtes territoriales faites au détriment des Untermenshen [7] à l'est.
"La lutte universelle pour la vie" doit conduire la "race des seigneurs" à l'éradication du "judéo-bolchevisme" Une partie de cette tâche échoie aux einsatzgruppen. Constituées par Reinhard Heydrich; ces unités comptent 3 000 hommes, issus principalement de la Sipo (8), la Waffen-SS et du SD. Fers de lance de l'idéologie nazie, les troupes mobiles de tuerie sont placées sous les ordres de Himmler, Reichsführer SS et de Heydrich, chef du RSHA (bureau central de sécurité du Reich).

 Exécution de Juifs en Lituanie en 1941. (Photo prise par un soldat allemand)

Immédiatement après le passage de l'armée allemande, ces derniers doivent éliminer tout ennemi potentiel (en l'occurrence les juifs et les partisans communistes) dans le souci d'assurer la sécurité préventive de l'armée. L'imprécision de cette mission confère aux commandos mobiles de tuerie une très large marge de manœuvre quant aux moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.
L'arrière du front devient donc une véritable zone de non-droit livrée aux troupes mobiles.


Reinhard Heydrich, à la tête du RSHA qui regroupe tous les services de police, de sécurité et de répression du Reich dans une seule structure aux ramifications tentaculaires, reçoit de Göring au mois de juillet 1941 l'ordre de procéder à tous les préparatifs pour mettre en œuvre "une solution globale de la question juive à l'intérieur de la sphère d'influence de l'Allemagne en Europe." (cf: circulaire de Heydrich sur la mise en œuvre de la « solution finale de la question juive », 25 janvier 1942). Il s'agira de regrouper les juifs, de les exclure de la société, de les marquer, de les regrouper dans des ghettos et de les réduire en esclavage.


Lors dès premières jours de l'opération Barbarossa en juin 1941, les fusillades concernent les hommes en âge de porter une arme. Or, dès le mois de juillet, les exécutions concernent également les femmes et les enfants. Les tueurs n'épargnent plus personne. Ce changement de dimension marque le déclenchement d'une extermination systématique des Juifs. Les exécutions de masse débutent en Ukraine de l'ouest, à Kamenets-Podolski (du 27 au 29 août 1941) avec la fusillade de 18 0000 personnes. Un mois plus tard, du 28 au 30 septembre, dans le ravin de Babi Yar, en périphérie de Kiev, 33 000 Juifs sont exécutés. En Transnistrie, alors sous occupation roumaine, 54 000 Juifs de la région d'Odessa disparaissent dans les ravins de Bogdanovska du 21 au 31 décembre 1941.



4 Einsatzgruppen constitués en préparation de l'invasion de l'Union Soviétique, se voient attribuer des zones géographiques de compétences: pays Baltes et nord de la Russie pour l'Einsatzgruppe A, Biélorussie et Russie centrale pour le B, nord et centre de l'Ukraine pour l'Einsatzgruppe C, enfin le sud de l'Ukraine, notamment la Crimée pour le D. Affectés aux arrières d'un groupe d'armée, ils sont divisés en Einsatzkommandos et en Sonderkommandos, qui réalisent les opérations de tuerie mobiles. [Source : Institut für Zeitgeschichte, München -Berlin, 1999]

Les Einsatzgruppen procèdent avec une très grande rapidité et déferlent comme la foudre dans les villages. Les kommandos de la mort agissent partout simultanément afin de prendre les communautés juives par surprise. En dépit de l'imprécision des ordres donnés, ces hommes prennent des initiatives pour exécuter leur "mission" de la manière la plus efficace possible. Certains chefs se distinguent d'ailleurs par leur imagination pour économiser de la place dans les fosses afin d'y entasser un maximum de victimes. En conséquence, le choix des lieux d'exécution revêt une grande importance. Les cavités déjà présentes (mines, puits, ravins, carrières) s'avèrent très prisées puisqu'elle permettent d'exécuter avec plus d'efficacité.
Dans la même logique et autant que possible, les Einsatzgruppen, intègrent les populations locales dans le processus génocidaire afin de susciter des pogroms locaux. Dès la fin du mois de juin 1941, des milliers de juifs sont sauvagement assassinés à Vilnius, Riga, Kaunas, Lviv.
La faiblesse des effectifs des commandos rend indispensable la création de ces troupes auxiliaires composées principalement de policiers locaux ou de déserteurs de l'Armée rouge. Cette "sous-traitance" des massacres permet à la fois de diminuer la tâche des troupes mobiles de tuerie et de démultiplier la culpabilité dans l’anéantissement des Juifs. Le SD recourt en outre au système des réquisitions, déjà utilisé par les Soviétiques; déléguant une partie de la logistique des tueries aux villageois, contraints, par exemple, de combler les fosses remplies de cadavres.
Le recrutement de supplétifs autochtones (les Hiwi) en Ukraine, Lituanie et Lettonie s'avère d’autant plus facile qu’un fort antisémitisme y sévit depuis longtemps. Dans ces territoires, très durement exploités par l'URSS, les nazis font miroiter aux nationalistes une possible indépendance, en échange de leur collaboration. Les juifs deviennent des bouc-émissaires tout trouvés. A l'antijudaïsme chrétien, très ancré dans les pays de l'est, s'ajoute la conviction que les juifs sont les complices du pouvoir soviétique.



Des femmes du ghetto de Mizocz avant leur exécution (Ukraine 1942). Conduites dans un ravin, elles y sont exécutées par des forces de police allemande et des troupes auxiliaires ukrainiennes.


Par mimétisme, obéissance ou conviction, les soldats remplissent une besogne qui demeure éprouvante pour beaucoup d'entre eux. L'alcool s'avère alors indispensable. Aussi, plusieurs dirigeants d’Einsatzgruppen réclament l'adoption de méthodes moralement plus supportable pour les soldats.  En complément des fusillades, des camions sont désormais utilisés pour asphyxier à l'aide des gaz d'échappement. La méthode du gazage, utilisée ensuite dans des centres de mise à mort (au monoxyde de carbone, puis Zyklon B à Auschwitz-Birkenau) supplante alors les fusillades, sans toutefois les remplacer totalement. Himmler, quant à lui, préconise de faire tirer en priorité les milices locales plutôt que les Allemands.

C'est probablement à l'automne 1941 que la décision d'exterminer immédiatement tous les juifs d'Europe est prise. Les modalités de la "solution finale de la question juive" sont fixées lors de la conférence de Wannsee, le 20 janvier 1942. La réunion rassemble dans la banlieue de Berlin, 15 responsables nazis à l'invitation de Heydrich. Après avoir recensé le nombre de Juifs restant en Europe (estimé à 11 millions), rappelé les mesures adoptées contre eux depuis 1941, on y expose le traitement qui leur sera réservé (l'assassinat en masse). Cette conférence systématise donc une extermination en fait déjà commencée.

Heinrich Himmler en compagnie de Rudolf Höss. Chef suprême de la SS et plus haut dirigeant nazi en charge de la Solution finale, le premier se rend à plusieurs reprises sur le front de l'est. Il y rencontre les chefs des Einsatzgruppen qu'il charge de rendre " pures de tout juif" (judenrein) les territoires dont ils ont la charge. Le second, commandant d'Auschwitz de 1941 à 1943, se distingue par son zèle et sa cruauté.

* L'extermination dans des centres de mise à mort.
A la fin octobre 1941, la conception de la "solution finale" a pris forme. La déportation des juifs d'Europe dans des camps, conçus pour perpétrer des assassinats de masse par gaz toxiques peut débuter. (cf: Browning) Après une période d'expérimentations et de préparatifs, 6 centres d'extermination sont construits sur le territoire de l'ancienne Pologne et reçoivent des déportés de toute l'Europe dans des wagons à bestiaux. Belzec, Chelmno, Sobibor et Treblinka sont des sites uniquement destinés à l'extermination par le gaz.
Auschwitz et Maidanek sont des camps mixtes combinant camp de concentration et centre de mise à mort. A l'issue de leur effroyable voyage, les survivants y subissent une sélection. Les plus solides, jugés aptes au travail sont envoyés dans un camp de concentration. Rasés, tatoués d'un matricule, ils survivent peu de temps aux conditions de survie extrêmement difficiles. Les plus faibles sont immédiatement dirigés vers les chambres à gaz.
Des commandos spéciaux de prisonniers doivent faire disparaître toute trace des victimes dans des fours crématoires ou des fosses.
Les défaites successives et le repli de la Wehmacht sous les coups de boutoir de l'Armée rouge conduisent les nazis à tenter de dissimuler les preuves du génocide (destructions des camps vidés de leurs occupants et soumis aux terribles "marches de la mort"). Dans le même esprit, les nazis emploient un langage codé pour désigner l'extermination ("traitement spécial" pour gazage, "solution finale"...).

Les camps d'extermination constituent le terminus ferroviaire de milliers de lignes en provenance de toute l'Europe occupée. Les camps d'extermination, mis en place entre 1941 et début 1943, sont au nombre de six: Chelmno (150 000 victimes), Belzec (550 000 victimes), Treblinka (750 000 victimes, dont les juifs du ghetto de Varsovie), Sobibor (200 000 victimes), Maïdanek (50 000 victimes), Auschwitz-Birkenau (en tout, 1,3 millions de vicitmes: 1,1M de juifs, 21 000 tziganes et de nombreux Polonais).


* Un bilan effroyable.
C'est avant tout la SS qui prend en charge l'extermination, fournissant l'encadrement des Einsatzgruppen, organisant la déportation et la surveillance des camps. Toutefois, contrairement à ce que l'on a longtemps dit, la Wehrmacht a prêté son concours aux opérations de tueries ou aux déportations. La machine de mort nazi s'appuie en outre sur l'administration ordinaire: la justice, l'administration ferroviaire allemande (Reichsbahn), sans parler des entreprises du bâtiment qui construisent les camps ou celles qui fournissent le gaz. Cette "industrie" de la mort s'avère en effet économiquement rentable grâce au travail des prisonniers valides et à la récupération des biens des déportés. Enfin, le génocide n'aurait pas non plus été possible sans la complicité des administrations et milices locales qui obéissent, ou parfois précèdent, les ordres de l'occupant.


Le bilan du génocide juif d'après Raoul Hilberg. Parmi les 3M de victimes juives des camps, 300 000 meurent dans les camps de concentration et 2,7M dans les camps d'extermination. Le génocide des Tziganes (Samudaripen) fait près de 240 000 morts.
C'est en Europe orientale que les chiffres des victimes sont les plus élevés. De fortes inégalités existent cependant d'un pays à l'autre. Ainsi, près de 90% de la population juive polonaise est exterminée (plus de 3M de morts sur une population estimée à 3,3 M d'individus en 1939) alors que la complicité de la population danoise et du roi permet de sauver la population juive du pays, qui se réfugie en Suède (moins de 1% de la population de 1939 est exterminée).


Si l'évaluation du nombre de victimes reste délicate en raison de la destruction d'une partie des archives nazies, le bilan humain reste de toute façon effroyable. L'historien américain Raoul Hilberg évalue à 5,1 millions le nombre de victimes de la Solution finale, soit trois cinquième de la population juive vivant en Europe avant guerre. L'Holocaust Memorial Museum (1) de Washington estime pour sa part à plus de 5,8 millions le nombre de victimes.

 Photographie prise clandestinement depuis le four crématoire V de Birkenau par un membre du Sonderkommando en charge du traitement des corps à la sortie de la chambre à gaz. (août 1944)


Notes:
1. Plusieurs termes existent pour désigner l'extermination des Juifs d'Europe. 
L'expression Solution finale fut utilisée par les nazis lors de la conférence de Wannsee organisée le 20 janvier 1942. Elle souligne le secret qui entoure l'assassinat de masse et la volonté de masquer par un langage anodin l'horreur du génocide. 
Le mot hébreu Shoah signifie catastrophe. Ce terme, popularisé dans les années 1980 par le film de Claude Lanzmann, souligne la spécificité juive du massacre. 
Un génocide est la destruction préméditée et méthodique de tout ou partie d'une population, en raison de son appartenance nationale, ethnique ou religieuse.
D'origine biblique, le terme Holocauste _ il désigne une offrande faite à Dieu_ est surtout utilisé par les historiens anglo-saxons et fut popularisé dans les années 1970 par un téléfilm américain à succès. 
2. avant que le port de l'étoile jaune ne s'impose en Allemagne et dans les pays occupés tels que la Pologne en 1939, la France en 1942.
3. Transfert d'une entreprise juive à des propriétaires "aryens", c'est-à-dire non-juifs.

4. les Einsatzgruppen (« commandos mobiles de tuerie » d'après Raoul Hilberg) furent constitués dès 1938, lors de l'Anschluss (rattachement de l'Autriche au Reich allemand) afin d'identifier (et éliminer) les opposants politiques, tout en mettant en œuvre l'expulsion des Juifs d'Autriche. 
5. Un exemple parmi d'autres: à Ostrow-Mazowiecka le 11 novembre 1939, 159 hommes et 196 femmes et enfants juifs sont massacrés.
6. L'assassinat au fusil et à la mitrailleuse des juifs d'Europe de l'est par les commandos nazis entre 1941 et 1944. Ces exécutions massives représentent un quart des juifs assassinés au cours du second conflit mondial.
7. les "sous-hommes" pour les idéologues nazis _ Slaves, Tziganes et Juifs_ dont il convient de se débarrasser, en particulier les Juifs, considérés par Hitler comme la "race inférieure" par excellence.
8. La Sipo regroupe la Gestapo et la Kripo, respectivement polices politique et police criminelle. Le SD est le service de sécurité et de police de la SS.



Jean-Jacques Goldman: "Comme toi" (1982)

Elle avait les yeux clairs
Et la robe en velours.
A côté de sa mère
Et la famille autour,
Elle pose un peu distraite au doux soleil de la fin du jour.

La photo n’est pas bonne,
Mais l’on peut y voir
Le bonheur en personne
Et la douceur d’un soir.
Elle aimait la musique, surtout Schumann, et puis Mozart.

Comme toi, comme toi,
Comme toi que je regarde Tout bas,
Comme toi qui dors En rêvant à quoi ?
Comme toi, comme toi, comme toi.

Elle allait à l’école
Au village d’en bas.
Elle apprenait les livres,
Elle apprenait les lois.
Elle chantait les grenouilles et les princesses qui dorment au bois.

Elle aimait sa poupée,
Elle aimait ses amis,
Surtout Ruth et Anna,
Et surtout Jérémy.
Et ils se marieraient, un jour peut-être, à Varsovie.

Elle s’appelait Sarah
Elle n’avait pas huit ans.
Sa vie, c’était douceur,
Rêves et nuages blancs.
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement.

Elle avait les yeux clairs
Et elle avait ton âge.
C’était une petite fille
Sans histoires et très sage,
Mais elle n’est pas née, comme toi, ici et maintenant.

Comme toi ; comme toi,
Comme toi que je regarde Tout bas,
Comme toi qui dors En rêvant à quoi ?
Comme toi, comme toi, comme toi.

Sources:
- Raul Hilberg: "La destruction des Juifs d'Europe", folio histoire, 2006.
- Histoire(s) de la Dernière Guerre n°12: "LES EINSATZGRUPPEN ET LA SHOAH PAR BALLES DES UNITÉS MOBILES DE TUEURS" par Marie Moutier.
- Christopher R. BROWNING, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994, 284 p.
- Documentaire réalisé par Michaël Prazan "EINSATZGRUPPEN. Les Commandos de la Mort"(2009).
- Christopher R. Browning: "Les Origines de la Solution Finale", Seuil, 2009.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: “Dictionnaire d'histoire contemporaine”, Nathan, 2008.



Des œuvres de fiction:
- Jonathan Littell Les Bienveillantes, Gallimard, coll. Folio (2008), 1401 pages.
- Yannick Haenel Jan Karski, Gallimard, coll. L’Infini (2009), 186 pages.
- Laurent Binet HHhH, Grasset (janvier 2010), 440 pages.
Ce roman historique passionnant narre l'ascension et la mort du sinistre Heydrich. L'auteur se focalise sur la genèse et la mise en pratique de l'« Opération Anthropoïde » destinée à tuer la "bête blonde."

Liens:
- Entretien avec Michaël Prazan sur le site de Télérama et sur Mémoires vives.
- Les pages du site du Mémorial de la Shoah consacrées à l'exposition sur la Shoah par balles.
- De très nombreuses informations sur la chanson de JJ Goldman sur un site qui lui est consacré.