jeudi 16 juillet 2026

Soro Solo : une discussion enchantée.

A la faveur d'un commentaire laissé sur ce blog, nous avons eu la chance d'entrer en contact avec Souleymane Coulibaly. Si ce nom ne vous dit rien, il y a fort à parier que celui de Soro Solo, son pseudo médiatique, vous parle davantage. Les auditeurs de France Inter se souviennent sans doute de cette voix reconnaissable entre toutes et du duo irrésistible qu'il formait avec Vladimir Cagnolari, chacun se renvoyant la balle en des joutes amicales et enjouées. (1) Pendant quelques années, les deux compères animèrent L'Afrique enchantée, une émission détonante diffusée sur les ondes de la radio publique. 

Le rendez-vous - estival et quotidien, puis dominical et hebdomadaire - fait figure d'ovni dans le paysage radiophonique français. Tambour battant, les notes de Coopération - le tube de Sam Mangwana et de Franco - saisit l'auditeur par surprise, avant que le duo aux manettes n'entrent piste. 

L'émission mêle reportages, témoignages d'artistes, archives et musique. Elle propose une immersion dans les cultures, les sociétés et les imaginaires africains, en assumant un ton chaleureux, complice et souvent humoristique. Pour donner du liant au récit, Cagnolari et Soro Solo ponctuent leur propos de morceaux, savamment sélectionnés pour illustrer l'histoire, les luttes ou les fêtes du continent, insistant sur l'intrication entre musique et politique. Une démarche que, sur l'histgeobox, nous ne pouvons qu'approuver. L'émission a ainsi joué un rôle dans la diffusion et la meilleure connaissance en France de genres musicaux africains aussi variés et essentiels que le mbalax sénégalais, le highlife et l'afrobeat nigérian, la rumba congolaise ou encore le maloya réunionnais. 

Derrière un ton badin, chaque émission dresse les enjeux politiques et sociaux d'un pays, d'une région du continent. Sans passer sous silence les difficultés, les conflits armés, les dissensions régionales, les crises sanitaires, les comparses donnaient aussi à voir  une Afrique vivante et innovante, loin des clichés et stéréotypes éternellement ressassés. Ce faisant, elle a joué un rôle salutaire dans la déconstruction des visions simplistes de l'Afrique. 

Soro Solo a eu la gentillesse de répondre à quelques questions et nous l'en remercions chaudement. 

Pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Mon nom à l’état civil c’est Souleymane COULIBALY

Mon nom d’usage dans l’espace public c’est SORO SOLO

Je suis né à Korhogo dans le nord e la Côte d’Ivoire.

Après le lycée, je suis rentré à l’Institut des Science et Techniques de la Communication (ISTC) d’Abidjan. Puis je suis venu parachever mes études de journaliste et production radio à l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) à Bry-Sur-Marne.

Je suis rentré au pays en 1984, travailler à Radio Côte d’Ivoire, la chaîne nationale de service public.
Suite à la guerre civile déclenchée dans le pays en 2002, j’ai sollicité et obtenu l’asile politique en France en 2002.

Je suis rentré à RFI comme reporter pigiste en 2003 puis l’Eté 2006, mon complice Vladimir Cagnolari et moi avons proposé l’Afrique Enchantée à France Inter. Après trois Eté, l’émission a été installée sur la grille d’hiver… 

Vous avez présenté l'Afrique enchantée, une émission très marquante de France Inter. Comment avez-vous eu l'idée de créer cette émission et qu'elles étaient vos objectifs initiaux?

 A propos de l’Afrique, les média français, parlent plus volontairement de la corruption, des guerres, des dictatures, de la pauvreté et j’en passe… On ne peut pas nier toutes ces problématiques du continent… Mais il n’y a pas que ça…

 En Afrique, il y a comme ailleurs dans le monde, des cerveaux ou des cancres, des artisans, des paysans, des créateurs artistiques etc… A partir de ce constat, nous (Vladimir et moi) voulions raconter les Afriques autrement, leur passé, leur présent ou leur futur rêvé...Voilà pour le fond

 Pour la forme, on a juste repris le modèle des sociétés de ce continent où la musique - horizontalement, verticalement, en circonvolution - est au cœur du corpus social.

Les épopées, les grandes batailles, les légendes, les héros, l’actualité, les prophètes, le quotidien etc… tout est documenté par la musique, notamment par les ‘’Djéli ‘’ (connus sous le nom de Griot) d’Afrique Occidentale, les ‘’Gnawas’’ du Maghreb ou les ‘’Azmaris’’ d’Ethiopie…. D’où notre slogan : « L’Afrique Enchantée raconte les Afriques à travers ses musiques… »

Quel fut la réception de l'émission auprès du public et de la profession?

Les auditeurs de France Inter ont chaleureusement accueilli notre projet. Les confrères de la profession ont été tout aussi enthousiasme.

La quasi-totalité des grands quotidiens ou hebdomadaires nous ont gratifié de sympathiques papiers dans leurs colonnes, notamment Le Monde Afrique, l’Huma, Libé, Marianne, Jeune Afrique pour ne citer que quelques publications…

Nous ne sommes pas peu fier d’avoir été distingué par la profession car  le Jury du « Grand Prix des Radios Francophones Publiques », composé de spécialistes des questions intégrations-immigrations et de journalistes de presse écrite, désignés par Radio-Canada, Radio France, la RSR (Radio Suisse Romande) et RTBF qui a décerné son prix 2009 à notre production ‘’Dans les Pas de Nos Pères’’ et à ‘’Le Journal de moi-même’’ de Delphine Salte.

Quel est votre meilleur souvenir de l'émission (rencontre ou autre)?

Ah là-là, toutes nos émissions sont un énorme plaisir. Tous nos vagabondages de reporters à travers le continent ont tous été énormes…

Mais je retiendrai deux exemples pour faire court.

1 - En 2010 on est allé tous les deux en Afrique du Sud, l’année où le pays organisait la Coupe du Monde… On n’y est pas restés pour la coupe du monde. Mais on a ramené du matériel pour 5 productions... C’était juste jouissif de nous entretenir entre autres avec Johnny Clegg ou Hug Masekela…Voici le lien de l’une d’elles.

2 – En 2013, on a réussi le pari d’aller produire et enregistrer l’intégral de l’émission à Dakar. On n’a jamais pu remettre le couvert ailleurs en Afrique because of restriction de budget de production. A écouter ici

Pour quelles raisons l'émission s'est-elle arrêtée ?

Difficile de vous dire la raison précise de l’arrêt de l’émission…

Disons que nous avons le sentiment que la direction a fini par être agacée par certains sujets sensibles abordé dans l’émission…

Notamment les coups d’états africains puants la France-Afrique, des chefs d’états africains pas démocratiquement élus mais soutenus par  Paris, les dégâts écologiques de AREVA au Niger ou le contrôle des économies africaines à travers le franc CFA à etc…

Que faites-vous depuis la fin de l'émission ? (vous me l'avez indiqué dans votre mail précédent, mais vous voulez peut-être préciser des éléments).

Je me suis recyclé dans le théâtre. J'ai écrit  2 spectacles.

1 - ''La Bal Marmaille'', un ‘’biopic’’ théâtral qui résume mon parcours de vie, de ma petite enfance à Korhogo, ma ville de naissance, à la concrétisation de mon rêve d’enfant qui était de parler un jour à la radio comme le sorcier blanc qui parlait dans cette grosse caisse que mon père avait ramené d’Abidjan, la capitale de la Côte-d’Ivoire…

 2 - ''Le CabaretAfricain''.  

On aborde des thématiques diverses et variées :
- Les régimes autocrates du continent africain et les luttes politiques avec l'arme de la musique, incarnées par le célèbre Nigérian Fela Anikulapo Kuti.- La coopération de dupe (France - Afrique).
- On consacre un tableau au massacre de soldats africains de la 2° guerre mondiale, au camp de Thiaroye au Sénégal le 1° Décembre 1944.
- On fait un focus sur l'exploitation et le pillage des richesses du continent africain par les puissances occidentales et aussi par la Chine le dernier prédateur à débarquer en Afrique.
- On fait un éclairage sur certaines causes objectives de la migration des jeunes africains vers l'Europe.
- On traite le brûlant sujet de la dette extérieure de l'Afrique en exhumant le dernier discours du 29 Juillet 1987 de l'ex président du Burkina Faso, feu Thomas Sankara, à Addis Abeba, lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) à propos de la dette  extérieure de l'Afrique, malicieusement imposée aux africains... Thomas Sankara a été assassiné le 15 Octobre 1987, soit exactement trois mois après son discours emblématique en Ethiopie.

Avez-vous d'autres projets avec Vladmir Cagnolari ?

Vladimir Cagnolari et moi sommes les deux récitants de ''Soundiata, Une Épopée Musicale'' écrit par Vlad seul. Le spectacle revient sur la création du rayonnant Empire du Mali au 13° siècle par Soundiata Kéïta.

Et depuis Avril 2026, je présente la chronique « Une Chanson, Une Histoire » dans Afrique Soir sur Rfi.

Enfin, pourriez-vous nous présenter les cinq morceaux que vous emporteriez sur une île déserte?

« Colonial Mentality » de Fela Anikulapo Kuti

« Strange Fruit » de Billie Holyday

« War » de Bob Marley

« A Luta Continua » Miriam Makeba

 « Dallas » de Youssou N’Dour

Notes:

1. Entre les deux compères s'immisçait également la "nièce", Hortense Volle qui venait délivrer ses coups de cœur littéraires et cinématographiques.

Sources : 

A. Les archives de l'Afrique enchantée.