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lundi 15 janvier 2018

Chansons anarchistes 3/4: "Le triomphe de l'anarchie" (1912)



Emile Henry [Wikimedia Commons]
Les craintes de ceux qui redoutaient que l'exécution d'Auguste Vaillant n'incite d’autres anarchistes à passer à l’action se concrétisent très vite. Le 12 février 1894, une semaine seulement après le supplice de Vaillant, une bombe éclate au café Terminus, à proximité de la gare saint Lazare. Dans l'établissement bondé où joue un orchestre, un jeune homme jette une bombe. L'explosion blesse vingt personnes. (1) Le garçon de café Tissier, puis des agents de police tentent de rattraper le fuyard qui n’hésite pas à leur tirer dessus. Finalement neutralisé, l'individu est conduit au commissariat, il refuse d'y décliner son identité et défie ses interlocuteurs. 
L'attentat perpétré se distingue des précédents, car son auteur frappe à l'aveugle. Il vise un lieu de loisirs et de rencontres, cherchant à atteindre des anonymes et non des personnalités politiques ou judiciaires.
Après trois jours de recherches, les enquêteurs ont un nom bien connu de leurs services:  Émile Henry. Le profil du jeune homme est aux antipodes de celui de Vaillant. Fils d’un Communard condamné à mort par contumace, Henry a fait d’excellentes études. (2) Sensibilisé aux idées des libertaires, le jeune homme a développé une haine brutale contre la société inégalitaire et corrompue de son temps. Pour le journal anarchiste L’En dehors, il signe alors des articles enflammés.
Sa verve facile, son ironie gouailleuse suscitent l'admiration de ses compagnons. 
Lors de l’interrogatoire qui suit son arrestation, Henry fait tout pour aggraver son cas. Il apprend ainsi aux enquêteurs stupéfaits qu’il est aussi l’auteur de l’attentat de la rue des bons enfants. Et, à la différence de Vaillant, Henry clame fièrement qu’il « voulai[t] tuer, et non blesser ».  

Une bombe au café Terminus. [via Wikimedia Commons]
 En prison, le détenu se réveille chaque matin en entonnant des chants anarchistes tels que Dame dynamite ou les martyrs de l'anarchie. Puis il se consacre à la rédaction d'un long mémoire sur les idées anarchistes.
Le procès de Henry s'ouvre le 27 avril 1894. Le procureur n'est autre que Bulot - celui du procès de Clichy - dont Ravachol avait tenté de faire sauter l'appartement. Pour ce dernier, Henry est un exemple de "parfait petit bourgeois", devenu "profondément orgueilleux, profondément  envieux et d'une implacable cruauté." 
Dans son box, l'accusé arbore un sourire ironique et paraît très sûr de lui. Il décide de présenter sa propre défense et justifie ses actes par une déclaration circonstanciée, véritable déclaration de guerre à la société bourgeoise. Selon lui, la bombe du café Terminus constitue une réponse aux meurtres de Ravachol et Vaillant. Il lance à l'attention du jury: "Il faut que la bourgeoisie comprenne bien que ceux qui ont souffert sont enfin las de leurs souffrances, ils montrent leurs dents et frappent d'autant plus brutalement qu'on a été plus brutal avec eux. Ils n'ont aucun respect de la vie humaine, parce que les bourgeois eux-mêmes n'en ont aucun souci. Ce n'est pas aux assassins qui ont fait la semaine sanglante et Fourmies de traiter les autres d'assassins. Ils n'épargnent ni femmes ni enfants bourgeois, parce que les femmes et les enfants de ceux qu'ils aiment ne sont pas épargnés non plus. Ne sont-ce pas des victimes ces enfants qui, dans les faubourgs, se meurent lentement d'anémie, parce que le pain est rare à la maison; ces femmes qui dans vos ateliers pâlissent et s'épuisent pour gagner quarante sous par jour, heureuses encore quand la misère ne les force pas à se prostituer; ces vieillards dont vous avez fait des machines à produire toute leur vie, et que vous jetez à la voirie et à l'hôpital quand leurs forces sont exténuées? Ayez au moins le courage de vos crimes, messieurs les bourgeois, et convenez que nos représailles sont grandement légitimes."
Sans illusion quant à son propre sort, Henry lance: "c’est avec indifférence que j’attends votre verdict. Je sais que ma tête n’est pas la dernière que vous couperez (...)", mais il ajoute aussitôt, menaçant: "d’autres tomberont encore, car « les meurt-de-faim » commencent à connaître le chemin de vos cafés et de vos grands restaurants."
Il conclut, prophétique: "Vous ajouterez d'autres noms à la liste sanglante de nos morts. Vous avez pendu à Barcelone, guillotiné à Montbrison et à Paris, mais ce que vous ne pourrez jamais détruire, c’est l’Anarchie. Les racines sont trop profondes: elle est née au sein d'une société pourrie qui se disloque, elle est une réaction violente contre l'ordre établi. Elle représente les aspirations égalitaires et libertaires qui viennent battre en brèche l'autorité actuelle, elle est partout, ce qui la rend insaisissable. Elle finira par vous tuer." 
Sans surprise, le jury le condamne à la peine de mort. Seul le président Sadi Carnot peut désormais commuer la sentence de mort, mais, en quête d'immortalité révolutionnaire, Henry ne demande pas la grâce présidentielle. Il est guillotiné le 21 mai 1894. Clémenceau, qui assiste à l'exécution, écrit peu après: « Je sens en moi l'inexprimable dégoût de cette tuerie administrative, faite sans conviction par des fonctionnaires corrects. [...] Le forfait d'Henry est d'un sauvage. L'acte de la société m'apparaît comme une basse vengeance. »

 Le Progrès illustré, 3 juin 1894. [Public domain], via Wikimedia Commons
Comme on pouvait s'y attendre, les compagnons cherchent à venger Henry. Le 15 mars 1894, alors que son ami Émile se trouve dans l'attente de son procès, l'anarchiste belge Philibert Pauwels tente de faire sauter l'église de la Madeleine. Alors qu'il pénètre dans le lieu de culte, la bombe qu'il porte explose. Il meurt sur le coup. Il a sur lui un portrait de Ravachol avec un récit de son exécution.
Quelques jours plus tard, le 4 avril, une bombe explose dans le petit restaurant de l'hôtel Foyot, en face du Luxembourg. Elle coûte un œil au poète et polémiste libertaire Laurent Tailhade. Ironie de l'histoire, ce dernier avait salué l'attentat de Vaillant quelques mois plus tôt d'un commentaire désinvolte: "Qu'importe les vagues humanités, pourvu que le geste soit beau!" Le voilà servi.

En attendant, de plus en plus de voix libertaires s'élèvent contre la "propagande par le fait" dont les résultats n'ont conduit jusque là qu'à intensifier la répression contre les "compagnons". Selon eux, d'autres méthodes doivent être privilégiées pour permettre l'avènement d'une société anarchiste. D'aucuns considèrent par exemple la chanson comme un moyen de propagande redoutablement efficace. C'est le cas de Charles d'Avray dont Jean Maitron nous apprend qu'il " se rallia à l'anarchisme au moment de l’affaire Dreyfus et décida de se servir de la chanson «afin de mieux faire connaître l'idéal anarchiste»" au cours de ses  conférences chantées.
A partir de 1901, au sein d'un groupement de chansonniers nommé "La Muse Rouge", d'Avray participe à des goguettes mensuelles, anime les fêtes des organisations ouvrières aux cours desquelles il diffuse une chanson sociale, engagée et révolutionnaire. Dans "Le Triomphe de l'Anarchie", le chansonnier s'appuie sur la dénonciation des maux provoqués par le capital, le militarisme, la politique et la religion pour exhorter tous les exploités à la révolte afin de réaliser la société libertaire.

Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur
Sans préjugé, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité
Travail facile, ou besogne très dure
N’ont de valeur qu’en leur utilité



Le triomphe de l'Anarchie (1912)
"Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruits d’abord les monstruosités :
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d’absurdités.
Dès aujourd’hui vivons le communisme,
Ne nous groupons que par affinités,
Notre bonheur naîtra de l’altruisme,
Que nos désirs soient des réalités.
Refrain:
Debout, debout, compagnons de misère
L’heure est venue, il faut nous révolter
Que le sang coule, et rougisse la terre
Mais que ce soit pour notre liberté
C’est reculer que d’être stationnaire
On le devient de trop philosopher
Debout, debout, vieux révolutionnaire
Et l’anarchie enfin va triompher

 Empare-toi maintenant de l’usine
Du capital, ne sois plus serviteur
Reprends l'outil, et reprends la machine
Tout est à tous, rien n’est à l’exploiteur
Sans préjugé, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité
Travail facile, ou besogne très dure
N’ont de valeur qu’en leur utilité

Refrain

On rêve amour au-delà des frontières
On rêve amour aussi de ton côté
On rêve amour dans les nations entières
L’erreur fait place à la réalité
Oui, la patrie est une baliverne
Un sentiment doublé de lâcheté
Ne deviens pas de la viande à caserne
Jeune conscrit, mieux te vaut déserter

Refrain

Tous tes élus fous-les à la potence
Lorsque l’on souffre on doit savoir châtier
Leurs électeurs fouaille-les d’importance
Envers aucun il ne faut de pitié
Eloigne-toi de toute politique
Dans une loi ne vois qu’un châtiment
Car ton bonheur n’est pas problématique
Pour vivre heureux Homme vis librement

Refrain

Quand ta pensée invoque ta confiance
Avec la science il faut te concilier
C’est le savoir qui forge la conscience
L’être ignorant est un irrégulier
Si l’énergie indique un caractère
La discussion en dit la qualité
Entends réponds mais ne sois pas sectaire
Ton avenir est dans la vérité

Refrain

Place pour tous au banquet de la vie
Notre appétit seul peut se limiter
Que pour chacun, la table soit servie
Le ventre plein, l’homme peut discuter
Que la nitro, comme la dynamite
Soient là pendant qu’on discute raison
S’il est besoin, renversons la marmite
Et de nos maux, hâtons la guérison"

Notes:
1.Un des blessés du Terminus meurt de ses blessures le 12 mars 1894. 
2. Il est admissible à Polytechnique à 16 ans.

Chronologie des attentats anarchistes (cliquez sur l'image pour l'agrandir).
 
 * Sources: 
- John Merriman: " Dynamite Club. L’invention du terrorisme à Paris", Traduit de l’anglais par Emmanuelle Lyasse, Tallandier, 255 pp.
 - Jean Maitron: "Ravachol et les anarchistes", Gallimard, Folio- histoire, 1992.
- Notice biographique consacrée à Charles d'Avray dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, « Le Maitron »: "Histoire du Mouvement anarchiste en France".
- Gaetano Manfredonia, « La chanson anarchiste dans la France de la belle époque.Éduquer pour révolter », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques 2007/2 (n°26), p. 101-121. 
- François Bouloc: La "propagande par le fait" s'attaque au sommet de l'Etat. [Histoire par l'image]
 
  * Liens: 
- Deux disques essentiels: "chansons anarchistes" par les Quatre barbus et "pour en finir avec le travail" sur le site vrérévolution.



mercredi 1 novembre 2017

Chansons anarchistes 2/4: "La java des bons enfants"

 Comme nous l'avons vu dans l'épisode précédent, Ravachol avait prévenu ses juges de Montbrison: "J'ai fait le sacrifice de ma personne. Si je lutte encore, c'est pour l'idée anarchiste. Que je sois condamné m'importe peu. Je sais que je serai vengé." Sa prédiction se vérifie très vite. L'affaire Ravachol inaugure le cycle sanglant des attentats et de la répression qui s'abattent sur la France pour deux longues années. 
                                                                                      ****

En août 1892, les mineurs de Carmaux engagent une grève contre la société des mines. L'élection à la mairie de Jean-Baptiste Calvignac, ajusteur et secrétaire du syndicat des mineurs, se trouve à l'origine du conflit. La Société des mines le renvoie le 2 août 1892, après avoir refusé de lui donner du temps pour remplir ses obligations de premier magistrat. Les articles de Jaurès dans la presse donnent une audience nationale à cette grève. Mais, après trois mois de lutte, les mineurs capitulent le 3 novembre 1892.
Les évènements marquent durablement les anarchistes, en particulier Emile Henry. Scandalisé par la la répression brutale qui s'abat sur le mouvement ouvrier, le jeune homme  revendique "une haine profonde, chaque jour avivée par le spectacle révoltant de cette société [...] où tout est une entrave à l'épanchement des passions humaines, aux tendances généreuses du cœur, au libre essor de la pensée". Henry fustige au passage "les grands papes du socialisme", comme Jaurès, dont il considère les méthodes comme vaines.
Le 8 novembre 1892, Henry dépose une marmite remplie de dynamite devant la porte des bureaux du siège parisien de la Société des mines de Carmaux, 11 avenue de l’Opéra. Faute de détonateur convenable, il élabore une "bombe à renversement" qui explosera si on la retourne ou la secoue. Rapidement découverte, la marmite suspecte est transportée au commissariat du Palais Royal, rue des Bons-Enfants; elle y explose, entraînant la mort de cinq personnes.

Le commissariat de la rue des bons enfants soufflé par l'explosion. Wikimedia commons.


 La Java des Bons Enfants célèbre cette explosion meurtrière. Initialement attribuée à un des membres de la "Bande à Bonnot", Raymond Calemin, dit "Raymond-La-Science", la chanson serait en fait l’œuvre des situationnistes. 

                                              Dans la rue des Bons-Enfants / 
                                             On vend tout au plus offrant. / 
                                             Y'avait un commissariat, / 
                                             Et maintenant il n'est plus là. / 
                                            Une explosion fantastique / 
                                            N'en a pas laissé une brique. / 
                                            On crût que c'était Fantômas, / 
                                           Mais c'était la lutte des classes.    

L'attentat suscite une immense émotion et une réprobation quasi-générale. Les mineurs de Carmaux désavouent aussitôt l'attentat. Le président Émile Loubet dénonce "les lâches assassins [...] les hommes, repoussés par tous les partis, aveuglés par une haine sauvage, pensant par de tels moyens satisfaire des vengeances inavouables pour réformer la société.
Une terrible psychose traverse la société d'autant que les forces de l'ordre n'ont aucune idée sur l'identité du poseur de bombe. Les autorités policières bénéficient pourtant alors de nouvelles techniques d'enquête fondées sur des procédés plus scientifiques. Dans le même temps, elles considèrent que les lois en vigueur limitent leur capacité à combattre les attentats anarchistes et militent pour un renforcement de l'arsenal répressif. La traque du terroriste intensifie donc la pression sur les anarchistes. La police multiplie les perquisitions, saisit les journaux libertaires, fait pression sur les employeurs pour qu'ils licencient les ouvriers anarchistes. Aussi, pour échapper à la traque, de nombreux anarchistes se déplacent d'un pays à l'autre. Londres devient alors un des principaux refuges des libertaires. Les progrès des transports et des médias (la presse populaire en premier lieu) contribuent également à l'internationalisation de l'anarchisme. Les rumeurs les plus folles circulent. D'aucuns affirment qu'une "internationale noire" clandestine planifierait une vague d'attentats à travers l'Europe. Pour y faire face, une coopération internationale des polices se met en place. Dans les grandes villes, ambassades et consulats se dotent alors d'un réseau fourni d'espions ou d'informateurs.  
 
  
* La bombe de Vaillant. 
C'est dans ce contexte de très vive tension que survient le plus spectaculaire des attentats. Le 9 décembre 1893, au Palais-Bourbon, en plein hémicycle, alors que séance parlementaire bat son plein, une bombe explose.  Auguste Vaillant jette son engin explosif garni de poudre verte, d'acide sulfurique et de clous depuis les tribunes. On ne relève que des blessés et très rapidement le président de l'Assemblée, Charles Dupuy, annonce que "la séance continue" dans une atmosphère tumultueuse. Vaillant, quant à lui, se livre à la police le lendemain de l'attentat. 
L'homme est un paria. Abandonné par ses parents, exploité, il est parti en 1890 tenter sa chance dans le Chaco en Argentine. Il n'y trouve que misère et frustration. De retour en France, désireux de faire triompher les idées libertaires, Vaillant décide de frapper fort en utilisant la propagande par le fait. L'attaque de la Chambre des députés représente à ses yeux un symbole efficace et un moyen de frapper la République honnie. Compromis par une succession de scandales financiers (affaire des décorations, scandale de Panama...), "l'Aquarium" constitue alors une cible de choix. 

La bombe explose dans l'hémicycle. Wikimédia Commons.


L'attentat provoque une terrible panique à la Chambre. Le 11 décembre 1893, Jean-Casimir Perrier déclare:"Je me donnerai tout entier au service des deux causes qui aujourd'hui sont plus inséparables que jamais: la cause de l'ordre et celle des libertés publiques. Nous pensons qu'il faut entraver la préparation matérielle du crime et, par conséquent, d'avoir la possibilité d'atteindre ceux qui, clandestinement et sans motifs légitimes, préparent ou détiennent des engins explosifs. Rien dans ces projets n'est une atteinte aux libertés des citoyens, à la liberté de ceux qui méritent ce titre. Nous avons la résolution de poursuivre seulement ceux qui se placent eux-mêmes hors de la société."
Trois jours seulement après l'explosion, les députés votent la première des lois que les milieux de gauche nommeront « scélérates ». Celle du 12 décembre 1893 remet en cause la loi de 1881 qui avait instauré un régime extrêmement libéral pour la presse. Sa première application vise l'auteur d'un journal socialiste, ce qui tend à prouver que la nouvelle législation menace toute opposition politique de gauche, et non les seuls tenants de "la propagande par le fait". La loi criminalise toute expression de sympathie pour les attentats anarchistes ou d'autres formes de violence. Elle autorise en outre la saisie des journaux et les arrestations préventives. 
Le 18 décembre, une deuxième loi  propose une définition de la notion d'association de malfaiteurs très extensible qui se fonde sur l'idée de culpabilité collective, suggérant l'existence d'un vaste complot anarchiste contre la société, la propriété et l'ordre public. La loi "permet de lourdes condamnations, jusqu'à la peine de mort, pour quiconque est convaincu de fabriquer ou de détenir un engin, ou n'importe quel produit utilisé pour en faire un." (Merriman p140) Des poursuites pour association de malfaiteurs peuvent être menées en anticipation d'un attentat, ou en lien avec lui. Un individu peut être considéré comme complice d'un crime grave sans y avoir participé du tout. Être anarchiste devient en soi un crime.
Au fond, les "lois scélérates" visent moins à réprimer les actes terroristes individuels qu'à saper les structures mêmes du mouvement anarchiste. Des listes nominatives répertorient les militants suspects et toute forme de propagande est désormais interdite. La plupart des journaux libertaires disparaissent alors, à l'instar du Père Peinard d’Émile Pouget ou encore la Révolte de Jean Grave. De nombreux militants sont contraints à la fuite ou arrêtés. 

Dans l'hémicycle, à gauche et à l'extrême-gauche, des voix s'élèvent. Un député du Vaucluse, Joseph Pourquery de Boisserin s'écrit: "les mots provocation, apologie, sont larges et vagues. Seuls les parquets seront appelés à apprécier s'il faut ou non poursuivre. La poursuite, c'est l'arrestation, la saisie préventive. Combien de temps durera cette prévention? Ce que le procureur, le juge d'instruction voudront. C'est inadmissible." Camille Pelletan renchérit: "Nous avons vu dans ce pays beaucoup de lois de circonstance, votées à la faveur de mouvement d'horreur produits par des crimes et qui dépassaient la mesure [...].

Exécution de Vaillant. Wikimedia Commons.
 

Vaillant comparaît devant les assises le 10 janvier 1894 après une instruction bâclée. Le procès s’ouvre dans une ambiance tendue. « Je préférais blesser cent députés qu’en tuer un seul », affirme d'emblée le jeune homme; pour autant, il  assume son geste:   « Messieurs, dans quelques minutes vous allez me frapper, mais en recevant votre verdict, j'aurai la satisfaction d'avoir blessé la société actuelle, cette société maudite où l'on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d'accaparer la richesse sociale. Partout où je suis allé, j’ai vu des malheureux courbés sous le joug du capital. Partout j’ai vu les mêmes plaies qui font verser des larmes de sang… Las de mener cette vie de souffrance et de lâcheté, j'ai porté cette bombe chez ceux qui sont les premiers responsables des souffrances sociales. L’explosion de ma bombe n’est pas seulement le cri de Vaillant révolté, mais bien le cri d’une classe qui revendique ses droits et qui bientôt joindra les actes à la parole… »   L’accusé est condamné à mort; une sentence très lourde si l'on songe qu'il n'y a eu aucun blessé sérieux, mis à part l’abbé Lemire. Aux côtés de Clemenceau et d'un groupe de députés socialistes, ce dernier implore le président Sadi  Carnot de commuer la peine. Selon eux, la mort de Vaillant ne ferait que conforter d'autres anarchistes dans leur lutte à mort contre le régime en faisant du condamné un martyr. 
La pétition ne recueille que 58 signatures et le président Sadi Carnot refuse de gracier Vaillant. Le 5 février 1894, alors que la lame de la guillotine s’apprête à s’abattre, ce dernier lance d’une voix forte : « Mort à la société bourgeoise, et vive l’anarchie !»   
La complainte de Vaillant présente à grands traits l'épisode. Pour clore cette rengaine, une courte morale met en garde l'auditeur: "Ces histoires sont bien tristes, / quand vous aurez des enfants, / n'en fait's pas des anarchistes / D'z'anarchistes (bis) / car ça fait des mécontents / et mourir des innocents."
Au cimetière d'Ivry, la tombe de Vaillant se transforme en lieu de pèlerinage. Certains envisagent de le venger. Une semaine après l'exécution, une bombe est lancée dans la grande salle du café Terminus. Un jeune garçon de 22 ans est appréhendé, un certain ... Emile Henry.

Les attentats anarchistes 1892-1894. [blot] Pour agrandir, cliquez sur l'image.


                                                                         La suite ici.

 
 * Sources: 
- John Merriman: " Dynamite Club. L’invention du terrorisme à Paris", Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Lyasse, Tallandier, 255 p.
- Jean Maitron: "Ravachol et les anarchistes", Gallimard, Folio- histoire, 1992.
- Gaetano Manfredonia, « La chanson anarchiste dans la France de la belle époque.Éduquer pour révolter », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques 2007/2 (n°26), p. 101-121. 
- François Bouloc: La "propagande par le fait" s'attaque au sommet de l'Etat. [Histoire par l'image]

  * Liens: 
- Deux disques essentiels: "chansons anarchistes" par les Quatre barbus et "pour en finir avec le travail" sur le site vrérévolution.



mercredi 27 septembre 2017

Chansons anarchistes 1/4: "La Ravachole"

L'anarchisme est une théorie politique qui réclame l'abolition définitive de toute forme d'autorité, laquelle ne vise pour les libertaires qu'à assurer la puissance de quelques privilégiés. Au cours du dernier tiers du XIXème siècle, les épouvantables conditions d'existence du monde ouvrier nourrissent le succès de l'anarchisme. Instabilité économique, épuisement physique et chômage sont alors le lot quotidien du prolétariat. Cette situation intolérable conduit les partisans de l'anarchisme à imaginer un monde différent, plus juste; un monde organisé sans autorité politique (l'Etat), économique (le capital), ou morale (la religion). Pour les libertaires, l'anarchie n'est pas désordre puisqu'elle propose d'organiser la société différemment.
Les deux premiers grands théoriciens de l'anarchisme sont Pierre-Joseph Proudhon et Mikhaïl Bakounine. Le premier défend avec ténacité les concepts de mutuellisme et d'autogestion, basés sur une réciprocité désintéressée et la solidarité. Il défend également le fédéralisme, un mode d'organisation sociale qui a pour but d'accroître l'entraide entre des individus et des groupes d'individus tout en préservant leur autonomie, sans passer par un pouvoir étatique. Pour Bakounine, les moyens de production (terre, instruments de travail) doivent devenir propriété collective de la société, laquelle doit s'organiser sur la base d'un accord librement consenti par tous et non sous les ordres d'une puissance supérieure. En cela, il s'oppose aux théories de Marx. Alors que les idées anarchistes apparaissent dans les statuts de la Ière Internationale (Association internationale des travailleurs) en 1864, la rupture avec les socialistes intervient en 1872, lors du congrès de La Haye, tandis que les objectifs et les méthodes de l'anarchie sont précisées cette même année au congrès de saint-Imier, dans le Jura suisse, un des principaux foyers de l'anarchie. 

Légende : « Ceux qui vivent de la mine. Ceux qui en crèvent. » By Unknown - Le Père Peinard, in Le Péril anarchiste, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15558769
Plusieurs médias contribuent alors à la diffusion des idées anarchistes. Ainsi, une presse dynamique se développe, apportant une cohésion à la cause en tenant les compagnons informés des débats sur la théorie et la tactique. En 1892, on ne compte pas moins de 16 journaux anarchistes publiés en France.
- La Révolte de Jean Grave a un contenu intellectuel et relativement modéré.
- Hebdomadaire intellectuel, littéraire et artistique, l'en-dehors de Zo d'Axa cherche à convertir par l'ironie et le sarcasme.
- Le Père Peinard d’Émile Pouget tire son nom d'un cordonnier imaginaire au franc parler irrésistible. Grossier et antireligieux, Pouget utilise l'argot familier du petit peuple pour fustiger les "cléricochons" (prêtres), "les troubades" (soldats), "la républicanaille" (républicains) et les "bouffe-galette" (députés).
Les groupes anarchistes pullulent dans les quartiers populaires parisiens tels que Montmartre. Ils y partagent la butte avec les peintres, les écrivains, les artistes d'avant-garde dont certains partagent les idées libertaires (Paul Signac, Henri Toulouse-Lautrec, Camille Pissarro pour les seuls peintres).
Pour un grand nombre de militants, l'éducation du peuple reste l'enjeu capital pour parvenir à l'instauration d'une société anarchiste. Des écoles libertaires pour les plus jeunes, des "universités populaires" pour les adultes voient alors le jour. Or, "parmi les outils propagandistes utilisés par les compagnons pour mener à bien cette œuvre d'éducation du peuple ou de l'esprit des individus, la chanson occupe une place de choix."


 * La chanson anarchiste pour "décrasser les boyaux de la tête".
Selon Gaetano Manfredonia, l'importance accordée à la propagande chansonnière est immense. Aux yeux des théoriciens de l'anarchisme, les chansons ont de grandes vertus. Accessibles, elles permettent d'atteindre aisément les couches les plus défavorisées de la population. Elisée Reclus, qui cherche à "atteindre les paysans" par la chanson, affirme: "Ils aiment la chanson, ils la comprennent, ils s'en pénètrent... et se fichent des brochures didactiques." Il s'agit en outre d'un moyen d'expression dont le mode de production est en prise directe avec les aspirations populaires. Au cours des années 1880 et 1890 en effet, les auteurs de ces chansons sont souvent de simples militants qui s'adonnent à la composition sans pour autant en tirer un profit matériel quelconque. Ces très nombreuses chansons  accompagnent la plupart des manifestations publiques et privées des compagnons. 

La chanson telle que la conçoivent les libertaires vise à former les esprits, à "décrasser les boyaux de la tête" comme l'exprime Le Père Peinard. Ces productions constituent autant de prétextes pour vulgariser les rudiments de la doctrine ou des idéaux libertaires. Les grandes vertus éducatives attribuées à la chanson expliquent la place de choix que lui réserve les anarchistes dans leurs tentatives d'éducations libertaires. (1)

Aux yeux de nombreux anarchistes, la chanson est avant tout un art engagé et partisan. Pour le syndicaliste révolutionnaire Fernand Pelloutier, une chanson ne saurait être envisagée comme une production neutre ou purement individuelle. La chanson doit s'inscrire dans un but de propagande.  "Poètes et musiciens, lancez les strophes vibrantes qui éveilleront dans l'âme des humbles l'impatience de leur servage, et, aux heures trop fréquentes du découragement, renouvelleront l'ardeur des forts." Contre la société bourgeoise, Pelloutier exhorte les chansonniers libertaires à mener un véritable combat culturel afin d'éradiquer les chansons chauvines ou licencieuses, mais aussi le music hall et les "café-concert". (2)
Les chansons permettent encore de désigner les adversaires, de dénoncer "les maux provoqués par le capital, le militarisme, la politique et la religion pour exhorter tous les exploités à la révolte.
Enfin, le répertoire des chansons anarchistes s'étoffe et se diversifie au fil des événements, en particulier au cours de la vague d'attentats perpétrés en France de 1892 à 1894.
 
* La propagande par le fait.
La terrible répression de la Commune, en mai 1871, a décapité pour une décennie le mouvement anarchiste. Ceux qui échappent à l'exécution ou au bagne, optent pour l'exil, en Suisse notamment. L'intensité et la cruauté de la répression menée par le pouvoir "bourgeois" radicalisent les positions des jeunes libertaires dont certains renoncent à l'action collective, ainsi qu'à la propagande orale et écrite, jugées inefficaces. Certains optent pour la mise en œuvre d'actions violentes, envisagées comme des moyens de propagande plus "efficaces". Il convient désormais de "frapper par la terreur l'imagination des foules". On parle de "propagande par le fait". Dans un article paru en 1880 dans Le Révolté, Pierre Kropotkine considère que "notre action doit être la révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite ( ... ) Tout est bon pour nous qui n'est pas la légalité.
Pour certains, le passage à l'acte contribue à la sanctification, élève au rang de martyre. C'est le cas de du nihiliste russe Sergueï Netchaïev dont l'organisation terroriste La Volonté du peuple organise des assassinats de responsables politiques. 

Le Capital et le Travail, caricature anarchiste extraite du Père Peinard, et citée dans Le Péril anarchiste (Félix Dubois). See page for author [Public domain], via Wikimedia Commons
 
Le congrès international du 14 juillet 1881, réuni à Londres, reconnaît officiellement cette nouvelle stratégie. " En sortant du terrain légal, sur lequel on est généralement resté jusqu'aujourd'hui, pour porter notre action sur le terrain de l'illégalité qui est la seule voie menant à la Révolution, - il est nécessaire d'avoir recours à des moyens qui soient en conformité avec ce but. [...] Les sciences techniques et chimiques ayant déjà rendu des services à la cause révolutionnaire et étant appelées à en rendre encore de plus grands à l'avenir, le Congrès recommande aux organisations et individus faisant partie de l'Association Internationale des Travailleurs, de donner un grand poids à l'étude et aux applications de ces sciences comme moyen de défense et d'attaque.
Les principaux théoriciens et la majorité des militants anarchistes n'approuvent pourtant guère cette violence. Pour Jean Grave, Sébastien Faure ou Émile Pouget, c'est l'éducation des masses, la propagande pacifique et la pédagogie qui doivent assurer le triomphe des idées libertaires. (3)
 



* Dynamite.
La propagande par le fait s'inscrit dans le contexte de la seconde révolution industrielle.  L'invention d'explosifs permet désormais de commettre facilement des attentats meurtriers. C'est particulièrement le cas de la dynamite dont le chimiste Alfred Nobel dépose le brevet en 1867. Le nouveau produit trouve immédiatement un marché dans l'armée, les mines, la construction, l'industrie en général. Le potentiel destructeur de la dynamite n'échappe pas aux anarchistes dont certains se font les apôtres à l'instar du relieur allemand Johann Most. A partir des années 1880, la plupart des journaux anarchistes consacrent d'ailleurs des rubriques spéciales aux techniques de fabrication d'explosifs (dans Le Révoltéla RévolteL'en-dehorsLe Père Peinard). 
Plusieurs chansons anarchistes composées à l'époque vantent également les mérites des bombes en général et de la dynamite en particulier ("Dame Dynamite", la "polka dynamite"). En 1893, le compagnon Martenot envoie La Dynamite, une chanson explosive au journal L'Insurgé qui n'ose la publier...

Il est un produit merveilleux / expérimenté par la science. / Et qui pour nous les miséreux / fera naître l'indépendance. / Tant mieux s'il éclate parfois / en faisant beaucoup de victimes. / Chez nos ennemis les bourgeois / cela nous venge de leurs crimes. 
Placer une marmite / bourrée de dynamite. / Quelque soit la maison / en faisant explosion / la nouvelle ira vite. / Pour inspirer la terreur, / il n'y a rien de meilleur / que la dynamite.

Défendue par des intellectuels tels que Kropotkine, Louise Michel ou Paul Brousse, la propagande par le fait convainc également de jeunes déclassés venus de milieux très défavorisés. (4)

 * "Salut à toi le Ravachol.
Ravachol, de son vrai nom Francis Claudius Koenigstein, est très tôt confronté à la misère. Ouvrier teinturier dans la région stéphanoise, il doit subvenir avec son maigre salaire aux besoins de sa famille. Révolté par les injustices sociales, il est renvoyé pour fait de grève à plusieurs reprises. Ses idées subversives le conduisent naturellement vers l'anarchie dont il devient un militant convaincu. Cet engagement se double toutefois d'actions criminelles sans lien avec l'anarchie. La police est sur ses traces ce qui l'oblige à se cacher et se déplacer constamment. A Barcelone, il apprend à fabriquer des bombes. De retour à Paris, il entend faire parler la poudre au nom de la cause anarchiste, en s'en prenant aux symboles de la répression de l’État qui bat alors son plein.
Échauffourées de Clichy (1891). Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1077065
Le 1er mai 1891, 9 manifestants sont abattus par la troupe à Fourmies, une ville lainière du Nord de la France. Le même jour, à Clichy, trois ouvriers anarchistes accusés abusivement d'avoir tiré sur la police sont arrêtés et malmenés. En août, ils passent au jugement sous l'accusation de violence sur "des agents de la force publique". Deux des trois hommes subissent de lourdes condamnations (3 et 5 ans de prison). 
Ces deux évènements mobilisent dans les milieux anarchistes. ils scandalisent Ravachol  qui entreprend dès lors de venger les "martyrs" de Clichy. Aidé d'un complice, le 11 mars 1892, il place une charge explosive au 136 boulevard saint-Germain, dans l'immeuble du juge Benoît, qui a présidé le procès des trois de Clichy.  Le 27 mars, il fait subir le même sort à celui du procureur général Bulot, qui avait requis la peine de morts. Peu de temps après, dans un restaurant appelé Le Véry, il se confie au serveur Lhérot qu'il pense acquis à la cause anarchiste. Dénoncé, Ravachol est finalement arrêté. Juste avant l'ouverture de son procès, le 25 avril 1892, une bombe fait sauter Le Véry. L'explosion tue deux hommes dont le patron, monsieur Véry. Pour le Père Peinard, c'est l'heure de la "Véryfication"... 
Lors des débats, le procureur Bulot lance à l'accusé: "Vous n'êtes qu'un chevalier de la dynamite", ce que Ravachol prend pour un compliment. Condamné aux travaux forcés pour ses attentats, il écope à l'issue d'un autre procès de la peine capitale pour deux assassinats commis auparavant. 

 
 

Le 11 juillet 1892, Ravachol est exécuté. Avant de perdre la tête, il crie "Vive la Ré...", mais le couperet l'empêche de terminer. Quelques minutes auparavant, sur le chemin de la guillotine, Ravachol avait entonné la chanson de père Duchesne (également appelée L'bon Dieu dans la merde). (5) Clairement blasphématoire ("nom de Dieu" est répété 37 fois), violente, la chanson dénonce pêle-mêle les illusions de la religion, l'exploitation de la misère, les profiteurs et les institutions en général. Quant aux ennemis de la classe ouvrière, ils doivent être châtiés sans mollesse: "Si tu veux être heureux Nom de Dieu / pends ton propriétaire... / coupe les curés en deux Nom de Dieu". 

Ravachol symbolique, caricature anarchiste extraite du Père Peinard, et citée dans Le Péril anarchiste (Félix Dubois). [By Charles Maurin (Le Père Peinard, in Le Péril anarchiste) [Public domain], via Wikimedia Commons]
La mort de Ravachol l'élève au rang de martyr. Dans son Éloge à Ravachol, Paul Adam prévient: "Le meurtre de Ravachol ouvrira une ère nouvelle." Pour le critique anarchiste, Ravachol est un "rédempteur" dont le sacrifice et les souffrances rappellent ceux de Jésus-Christ. Une gravure sur bois de Charles Maurin (voir ci-dessus) le présente "comme un martyr, son visage défait et héroïque pris dans la lunette de la guillotine." [John Merriman p89]

A son tour, Koenigstein inspire des chansons, notamment la Ravachole, dont les paroles sont écrites par Sébastien Faure.  Publiée pour la première fois dans L'Almanach du Père Peinard (1894), elle se chante sur l'air de la Carmagnole et du ça ira. " Dansons la Ravachole, / Vive le son, vive le son, / Dansons la Ravachole, / Vive le son / D’l’explosion ! / Ah, ça ira, ça ira, ça ira, / Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe, / Ah, ça ira, ça ira, ça ira, / Tous les bourgeois on les saut’ra.. / On les saut’ra !"



La couverture médiatique abondante de l'événement popularise la "propagande par le fait", tout en terrifiant. "C'est alors qu'émerge  l'image de l'anarchiste vêtu de sombre, insaisissable, tapi dans l'ombre, une bombe sous le manteau (...)." (Merriman p89) Les attentats spectaculaires de Ravachol provoquent une véritable psychose. La succession des explosions ou agressions attribuées aux anarchistes laisse imaginer un vaste complot organisé. Aussi, une intense répression s'abat sur les anarchistes, qu'ils soient ou non adeptes de la propagande par le fait. Les autorités s'emploient dès lors à infiltrer les milieux libertaires à l'aide d'agents secrets et d'informateurs rétribués. La police multiplie les perquisitions et arrestations, expulse les étrangers soupçonnés d'anarchisme, tout en incitant les employeurs à licencier les ouvriers suspects. La "psychose de la dynamite" semble justifier la violation des droits individuels.
Arrestation de Ravachol à la une du Petit Journal - Bibliothèque nationale de France, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15760071
 L'accusé avait prévenu ses juges de Montbrison : "J'ai fait le sacrifice de ma personne. Si je lutte encore, c'est pour l'idée anarchiste. Que je sois condamné m'importe peu. Je sais que je serai vengé." Sa prédiction se vérifie très vite. L'affaire Ravachol inaugure le cycle sanglant des attentats et de la répression qui s'abattent sur la France pour deux longues années.
  

                                                     La suite ici

Notes:
1. Au sein de La Ruche, le théoricien de l'anarchisme Sébastien Faure dirige la chorale.

Passionné de musique et de chant, il est l'auteur et interprète de plusieurs compositions très appréciées des libertaires.  
2. Les libertaires  luttent contrent l'annexion progressive de la chanson politique et sociale par la sphère marchande. Après 1900, les chansonniers professionnels "engagés" supplantent les militants-compositeurs amateurs. Ce faisant, la chanson anarchiste cesse "d'être une chanson écrite par des militants pour des militants pour devenir une chanson écrite par des professionnels pour des militants, réduits au rand de public payant." (cf Gaetano Manfredonia)
3. En octobre 1879, au Congrès de la Chaux-de-Fonds, la question du futur mode d'action des anarchistes divise et donne lieu à d'âpres discussions.  Certains envisagent le recours à la violence, tandis que les autres affirment la nécessité de se rapprocher des syndicats ouvriers. 4. Exemples: Livré à lui-même dès sa plus tendre enfance, Ravachol exerce de nombreux petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Petit délinquant, il reçoit bientôt une formation auprès d'intellectuels libertaires dans un centre d'études sociales. 
La lecture des ouvrages des penseurs libertaires et des journaux anarchistes jouent un rôle comparable pour Jules Bonnot.

5. Organe de presse des hébertistes sous la Révolution française, le journal du Père Duchesne est ressuscité pendant la Révolution de 1848 ou lors de la Commune de Paris.

 * Sources: 
- John Merriman: " Dynamite Club. L’invention du terrorisme à Paris", Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Lyasse, Tallandier, 255 pp.
- Jean Maitron: "Ravachol et les anarchistes", Gallimard, Folio histoire, 1992.
- Jean Garrigues: "Anars: la décennie terroriste", in Les collections de l'Histoire n°27: les grandes batailles de la gauche.

- Gaetano Manfredonia, « La chanson anarchiste dans la France de la belle époque.Éduquer pour révolter », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques 2007/2 (n°26), p. 101-121.
- Concordance des temps: "La Troisième République et la violence anarchiste: libertés ou sécurité?", avec Jean Garrigues. [podcast]

  * Liens: 
- "Les enragés de la dynamite."
- Rebellyon.info: "1892: exécution de Ravachol à Montbrison" / "24 juin 1894 à Lyon: Caserio poignarde Sadi Carnot"
- Deux disques essentiels: "chansons anarchistes" par les Quatre barbus et "pour en finir avec le travail" sur le site vrérévolution.



dimanche 21 février 2010

201. Nitin Sawhney: "Days of fire".

London Undersound est le nom du huitième album de Nitin Sawhney. Un fil conducteur sinistre relie les différents morceaux de cet album d'un grand éclectisme musical: les attentats de Londres en 2005 et leurs multiples conséquences.


L’album s’ouvre sur Days of Fire interprété par le rappeur Natty qui y rapporte sa propre expérience. Il reste en effet très marqué par la mort du Brésilien Charles de Menezes, pris par erreur par la police pour un poseur de bombe à la sortie de la station de métro Stockwell. Nitin Sawhney explique: " Natty était présent lors des attentats du 7 Juillet, puis par une étrange coïncidence, il était tout proche de la scène de fusillade de Jean-Charles de Menezes deux semaines après. En deux semaines seulement, la conception que l’on avait de Londres a été totalement bouleversée."
Ce morceau poignant nous invite à nous intéresser à la recrudescence des attentats perpétrés par des mouvements islamistes depuis maintenant deux décennies.

http://img.dailymail.co.uk/i/pix/2007/07_03/JCDMenezes_468x318.jpg
Le corps de J.C. De Menezes abattu, le 22 juillet 2005, par des agents de Scotland Yard, alors à la recherche de terroristes.

Depuis la fin des années 1990, un nouveau courant islamiste s’affirme dans le cadre d’un «néo-fondamentalisme » terroriste. Il se développe dans les communautés musulmanes émigrées et déracinées, en Europe notamment. Cette tendance diffuse (via les madrasa, les sites Internet, la TV saoudienne) une même vision de l’islam, celle exportée par l’Arabie Saoudite dans les années 1970 : le wahhabisme. Ce néo fondamentalisme donne la priorité à une lecture littérale et puritaine du Coran, récusant toute l’histoire musulmane postérieure aux temps du Prophète.

Pour cette tendance, la charia constitue la norme de tous les comportements humains et sociaux. Il rejette donc toute forme de culture qui ne serait pas strictement religieuse (musique, littérature…). Pour cet islam radical, il est essentiel de définir la vraie Religion, et a contrario l’impiété, d’établir ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. A cette fin, les ulémas multiplient les fatwas. Particulièrement hostile au judaïsme, ce néo fondamentalisme prône la lutte contre les Etats-Unis et leurs alliés (Israël, les pays d’Europe de l’ouest).

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Pour Olivier Roy, il est possible de distinguer une première génération de militants d’Al-Qaida (dont Ben Laden) composée de gens originaires du Moyen Orient, partis en Afghanistan combattre l’URSS. Dès l'invasion du pays par les troupes soviétiques en 1979, une résistance afghane se met en place, soutenue progressivement par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et renforcée par des combattants venus des pays du Golfe et d’Egypte. Les combattants trouvent en Afghanistan l’occasion de mener un combat au nom de la défense de l’islam : c’est le jihad.
Le Saoudien Oussama ben Laden est l’un des organisateurs de cette lutte, depuis son «bureau des services » crée à Peshawar, au Pakistan, véritable base arrière des moudjahiddins afghans. Il y organise son réseau de jihadistes étrangers et fonde l’organisation Al Qaida (la base, en arabe). Le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan en 1989 s'accompagne du retour de nombreux combattants dans leurs pays d'origine pour continuer le combat contre de nouveaux adversaires. Al Qaida se trouve ainsi à l’origine de l’internationalisation du mouvement islamiste au début des années 1980.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

A partir de 1992, apparaît un nouveau type de militants, souvent très occidentalisés, qui utilisent l’anglais, les nouveaux média et se déplacent constamment dans leur lutte qui a pour terrain principal l’Occident ou les régions à majorité musulmanes à la périphérie du Moyen-Orient: en Bosnie, dans le Caucase, ou encore au Cachemire. Autant de fronts où ils convient d’importer le jihad, avec des résultats d'ailleurs mitigés.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Pour Roy, « ces militants sont l’expression d’un monde global. » Le mouvement se désintéresse en effet du cadre de l'Etat-nation et agit à l'échelle mondiale. La plupart des attentats revendiqués dans le monde par Al Qaïda sont commis au nom de l'islam, sans qu’il y ait de réels « projets » politique précis derrière ces violences. Les Etats-Unis constituent une des cibles principales des attentats perpétrés par Al Qaïda. Ben Laden reproche avant tout aux Américains d’avoir foulé le "sol sacré" de l’Arabie Saoudite lors de la guerre du Golfe. Le réseau utilise les moyens de communication les plus modernes (internet; envois fréquents de vidéos aux grandes chaînes de télévisions, Al Jazeera notamment), afin d’assurer une médiatisation maximale à ses actions. A cet égard, les attentats du 11 septembre 2001, avec les tours en feu sur toutes les chaînes de télévision, sont un vrai "succès" pour l'organisation. Le nom de Ben Laden et de son mouvement, jusque là largement méconnus, ne sont plus ignorés de personne.

http://www.recitus.qc.ca/images/main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=6876&g2_serialNumber=3
Le 11 septembre 2001 à New York, les tours jumelles s'effondrent.

Des cibles choisies.

Depuis une quinzaine d'années, un grand nombre d'attentats ont été commis partout dans le monde par des mouvements se réclamant de l'islamisme, Al Qaida ou autres. Les cibles choisies ne le sont jamais par hasard:
* attentats contre des symboles :
- la puissance économique des EU avec la destruction des tours du Wall Trade Center le 11 septembre 2001.
- l’attaque contre le Pentagone visait la puissance militaire.
- le quatrième avion avait pour cible initiale la Maison Blanche, donc le cœur de la puissance politique.
- L'attentat contre une synagogue à Djerba visait un lieu fréquenté par les touristes mais surtout un édifice religieux.

* Des personnalités sont assassinées en raison de leur poids politique, de leurs conceptions, incompatibles avec celles du radicalisme musulman : assassinat du commandant Massoud en Afghanistan ; du président tchétchène pro-russe, Akhmad Kadirov au printemps 2004; de journalistes; Rafiq Hariri, l'ancien premier ministre libanais.

* Les terroristes prennent pour cibles les intérêts d’un pays : l'ambassade américaine au Kenya en 1998, le pétrolier français Limburg en 2002 au large des côtes du Yémen.
* Enfin, les attentats aveugles visent des civils afin de créer un climat de peur susceptible d’exercer une pression sur les dirigeants du pays visé : attentats contre les touristes occidentaux à Bali en 2002 (200 morts); attentats de Casablanca en 2003; Madrid en mars 2004 (190 morts), Londres (juillet 2005).

Les Conséquences immédiates de ces attaques.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont de lourdes conséquences internationales. L'administration Bush, alors à la tête des Etats-Unis, considère en effet cette attaque comme une déclaration de guerre. Les Européens, quant à eux, y voient davantage le paroxysme du terrorisme international (il faut dire qu'ils sont touchés depuis 20 ans par des actes terroristes). Les attentats sont suivis par les interventions américaines en Afghanistan (automne 2001) et en Irak au printemps 2003. Lors de cette seconde opération, les Etats-Unis privilégient l'unilatéralisme, en intervenant hors du cadre de l'OTAN et sans l'aval de l'ONU. Les artisans de cette stratégie périlleuse sont les néoconservateurs, omniprésents dans l'entourage de George W. Bush.

Les attaques terroristes provoquent ainsi indirectement une crise au sein de l'Alliance atlantique. Le cavalier seul américain marginalise considérablement ses membres et ses structures. Plus grave sans doute, en intervenant en Irak sans l'aval de l'ONU, les Etats-Unis fragilisent un peu plus l'institution. L'invasion irakienne met aussi à jour les divisions qui minent l'Union européenne et son incapacité à parler d'une seule voix sur la scène internationale. D'un côté, on retrouve la Grande Bretagne, l'Espagne, l'Italie, mais aussi les pays d'Europe centrale et orientale qui soutiennent et participent à l'intervention américaine. De l'autre, la France et l'Allemagne s'opposent à cette décision unilatérale, ce qui fera dire à Donald Rumsfeld, le secrétaire à la défense de George W. Bush (de 2001 à 2006), qu'il s'agissait là de la “vieille Europe“.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Les résultats de l'intervention en Irak.

Les Etats-Unis inscrivent leur offensive contre l'Irak dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international, sans qu'il y ait d'ailleurs de liens avérés entre le régime irakien et Al Qaida. Le second objectif avancé de l'administration américaine était de renverser le régime dictatorial de Saddam Hussein pour instaurer la démocratie en Irak. Aujourd'hui, le pays reste plongé dans le chaos. En outre, loin de mettre un terme au terrorisme, comme l'affirmait les faucons de Washington, l'attaque contre l'Irak semble avoir au contraire entraîné une recrudescence des attaques. Le nombre de victimes d’attentats à travers le monde a été pour 2006 de 20 000 morts au total, dont 13 000 rien qu'en Irak. Dans l'immédiat après-guerre, le pays devient un nouveau théâtre d’opération pour des jihadistes venus d’Arabie Saoudite, de Syrie, de Libye, du Maghreb notamment.

Al-Qaïda, appelation d'origine incontrôlée.


Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie (sources: le figaro.fr).

Aujourd'hui Al Qaïda semble affaiblie et n’est certainement pas le commandement central, l'organisateur de toutes les opérations terroristes. Au fond, Al Qaïda fonctionne comme une sorte de franchise pour de nombreux groupes terroristes. Elle possède des émanations régionales, voire individuelles aussi dangereuses qu'insaisissables. Il existe par exemple, la branche « Al Qaida pour le Maghreb islamique », créée en 2006, mais qui est en fait le nouveau nom du GSPC, un groupe islamiste déjà existant.
La plasticité de l'organisation d'Oussama Ben Laden explique ainsi qu'on attribue à Al Qaida bien plus d’attentats qu’elle n’en prépare réellement. Les attentats de Londres en juillet 2005 ont été commis non pas par des étrangers, mais par des jeunes Britanniques bien intégrés, et sans lien direct avec Al Qaida.

Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie (sources: le Monde.fr).

* "Since the days of fire".

C'est le 7 juillet 2005 que Londres est touchée. Trois bombes explosent dans des rames de métro, la quatrième à l'étage supérieur d'un autobus à impériale.

Les attentats du 7 juillet 2005 ont tué 56 personnes (dont les 4 terroristes) et faits 700 blessés.

Deux semaines plus tard, le 21 juillet, quatre autres bombes explosent à Londres sans tuer.
Ce drame entraîne un changement d'attitude des autorités britannique à l'égard des mouvements islamistes.
- Jusque là plutôt passives, les autorités s'intéressent désormais de très près aux prêches enflammés de nombreux imams opérant dans le pays, notamment depuis Londonistan (les quartiers londoniens où les réseaux islamistes, souvent proches d'Al Qaida, avaient pignon sur rue, notamment la mosquée de Finsbury Park).
- Le Royaume Uni accède enfin à la demande de la France d'extrader Rachid Ramda, l'organisateur des attentats de Paris, en 1995 (en 2007, Ramda est condamné à la perpétuité). Jusque là, et malgré leurs engagements pour lutter contre le terrorisme, les Britanniques refusaient de coopérer avec la justice française.

* Quelles réponses face à ces attaques?

L'image “http://www.bendib.com/newones/2003/june/small/6-10-Patriot-Act-Two.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Caricature dénonçant le Patriot Act.

Les attentats servent aussi d'arguments à plusieurs gouvernements occidentaux pour mettre en place une législation sécuritaire souvent incompatible avec le respect des libertés fondamentales (l'exercice est une vraie gageure). Jouant sur la peur et l'amalgame, l'administration Bush impose le Patriot Act, qui entraîne un recul net des libertés publiques. Cette loi adoptée en octobre 2001 permet ainsi les écoutes téléphoniques, les fouilles secrètes d'appartements, la consultation des fichiers d'entreprises ou d'universités. Enfin, elle autorise l'administration américaine à garder en détention pour une durée indéterminée les étrangers. Le droit international est ainsi malmené comme le prouvent par exemple les conditions de détention des prisonniers enfermés à Guantanamo, une base américaine située sur l'île de Cuba ou encore la mise en place de prisons secrètes de la CIA dans de nombreuses régions de la planète.

* Le djihadisme international aujourd'hui.

Harcelé en Afghanistan et dans les régions tribales frontalières du Pakistan, le noyau dur d’Al-Qaïda a subi de lourdes pertes, pour autant une série d’attaques récentes prouve que la menace djihadiste ne saurait être négligée.
- Le 25 décembre 2009, un étudiant nigérian, Omar Farouk Abudlmutallab tente de faire exploser en vol un avion de la Northwest Airlines.
- Le 30 décembre, Khalil Abou Moulal al-Balawi, un informateur de la CIA lié à Al-Qaïda, tue 7 employés de l’agence dans un attentat suicide perpétré à Khost.
- Le 1er janvier 2010, un Somalien tente d’assassiner le caricaturiste danois Kurt Westergaard, auteur d’une des caricatures du prophète Mohammed en 2005.


http://www.brothersdiary.com/wp-content/uploads/getimage_aspx.jpg
Omar Farouk Abudlmutallab.

Al Qaïda s’est morcelée au fil des années en une multitude de mouvements régionaux déconnectés les uns des autres, mais conserve néanmoins un grand impact idéologique sur les musulmans extrémistes.
L’agence de renseignements internationale, Statfor, estime que le djihadisme international se décompose en trois cercles distincts :
- Le noyau dur d’Al-Qaïda installé au Nord-Est du Pakistan (au Waziristan).
- Second vecteur du djihadisme : les groupes régionaux qui opèrent dans un certain nombre de pays, notamment au Yémen, en Somalie (où l’absence de tout contrôle étatique permet au mouvement de prospérer), en Algérie et au Maroc, notamment dans de vastes territoires désertiques échappant à tout contrôle étatique.
- Le troisième cercle, plus difficile à cerner, serait composé de milliers d'islamistes à travers le monde qu’Al Qaïda et ses franchises inspirent, mais qui n’ont que peu de liens directs avec elles. Les services de renseignements américains sont ainsi particulièrement préoccupés par l'essor de l’activisme parmi les Américains musulmans (la forte capacité d’intégration du pays avait jusque là laissé supposer que la menace terroriste intérieure était bien plus faible qu’en Europe).

La nature asymétrique du combat entre les gouvernements et le djihadisme rend de toute façon très improbable l’éradication définitive prochaine du terrorisme islamiste




Un grand merci à Marie pour son aide.


"Days of fire" Nitin Sawhney.

There's no more trains going that way
There's no more trains coming this way
You better make your way home, son
There's something going down in London

il n'y a plus de trains pour cette direction
il n'y a plus de train dans l'autre direction
tu ferais mieux de rentrer chez toi, fils,
il y a quelque chose qui s'effondre à Londres

Well That ain't gonna stop me
So I step out the station and what do I see?
Traffic for days
Let me walk a bit and I'll see where it get me

eh bien, cela ne va pas m'arrêter
je sors de la station et qu'est-ce que je vois?
de la circulation
Je vais marcher un peu et je verrai où cela me mène

Then it all went slow motion, everything slow motion
First came the flash of lights then the sound of explosion
And we're still in slow motion, we're still in slow motion

Et puis tout est passé au ralenti, tout au ralenti
d'abord l' éclat des lumières, puis le son de l'explosion
et nous sommes toujours au ralenti, au ralenti

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ses rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

Now I'm on the train going that way
There were too many people coming this way
Delayed trains, delayed trains
Didn't plan for death on the subway

Je suis maintenant dans le train allant dans cette direction,
il y avait trop de personnes allant dans l'autre direction
trains retardés, trains retardés,
pas prévu de mourir dans le métro

So I step out the station, brazilian name all over TV
Realization - I was on the next train - could 've been me

alors je sors de la station, un nom brésilien sur tous les écrans
je réalise - j'étais dans le train suivant- que cela aurait pu être moi

Then it all went slow motion, everything slow motion
First the flash of light then the rise of emotion
And I'm still in slow motion, I'm still in slow motion

Puis tout est passé au ralenti, au ralenti
d'abord le flash lumineux ensuite la vague d'émotion
je reste au ralenti, toujours au ralenti

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ces rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
mais maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

One day going that way, one day going this way
Those summer days, that crazy phase
Like a jack-knifed car on the highway

un jour allant dans ce sens, un jour allant dans l'autre
ces jours d'été, cette folle période
comme une voiture qui se retourne sur l'autoroute

Just two mad situations, fire on the news, fire on TV
A bus, a train station, the crossfire sights of destiny

juste deux situations folles, le feu aux infos, le feu à la télé
un bus, une gare, les feux de croisement de la destinée

Now it's all gone slow motion, everything slow motion
The lights gone out - I feel no more emotion
I'm all out of emotion, I'm out of emotion

maintenant que tout est passé au ralenti, tout au ralenti
les lumières sont éteintes - je ne ressens plus rien
je suis privé de toute émotion

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ses rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
mais maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

Sources:
- Le dessus des cartes de J.C. Victor: "terrorisme, local ou global?".
- "Les trois âges de la révolution islamique" par Olivier Roy, les collections de l'Histoire n°30.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "dictionnaire d'histoire contemporaine", Larousse, 2008.
- Jeune Afrique du 2 février 2010.