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mercredi 12 avril 2023

Negro spirituals et gospel: les chants de ralliement des esclaves.

L'évangélisation des esclaves du Sud des États-Unis débute au XVIIIème siècle avec l'envoi de missionnaires anglicans. Ces derniers se rendent dans les plantations en quête d'âmes à sauver. Le mouvement prend une grande ampleur lors des Great awakenings, les Grands Réveils religieux de 1734 et 1801. Les prédicateurs, appuyés par les planteurs protestants, cherchent désormais à éradiquer les anciennes pratiques païennes des esclaves, incités désormais à chanter les louanges du Seigneur. Les vieux psaumes poussifs sont supplantés par des Hymnes, plus courts et accessibles. Au sein des communautés religieuses noires, pentecôtistes, baptistes et méthodistes (des branches issues de la scission de l’Église anglicane en 1730) les fidèles interprètent ces hymnes à leur manière. Par leur expressivité, leurs structures harmoniques, l’importance accordée à l’improvisation, l’utilisation du call and respons, ces hymnes revisités s’inscrivent dans une culture véritablement afro-américaine. (1) Les esclaves s’approprient également les hymnes protestants traditionnels en en modifiant les paroles, se dotant ainsi d’un répertoire musical religieux propre. Ces Negro-spirituals, ainsi qu’on les désignent, s’imposent comme un des moyens d’expression privilégiés, parce qu’autorisés, des populations serviles. (2) Chants issus d'une création collective, ils se transmettent oralement, si bien que les paroles comme les mélodies peuvent changer. Souvent, ils n'ont pas de titres, ce qui rend difficile leur identification, en tout cas jusqu'à ce qu'ils soient rassemblés dans des recueils à partir des années 1860-1870.
 
[Ce billet peut être écoutée en version podcast grâce au lecteur ci-dessous ou sur une plateforme dédiée:

Les chants spirituels supplantent progressivement les chants de travail. Face à une vie terrestre faite de misère et d’exploitation, les spirituals annoncent la résurrection à venir, le triomphe de l’espoir sur la misère et la délivrance. Non seulement ces chants reflètent la foi profonde des Afro-américains, mais renferment aussi parfois des messages plus ou moins codés dont le contenu émancipateur contribue à remettre en cause l’institution esclavagiste. Le message de rédemption dans l'au-delà s'accompagne donc d'une idée d'émancipation dans le monde terrestre. Les paroles, dont le propos reste d’abord religieux, sont construites de manière à pouvoir être transposées dans le contexte de la vie quotidienne des esclaves. Ces derniers détournent ainsi le sens des textes puisés dans l’Ancien Testament. Les récits des souffrances et des peines endurées par les Hébreux, réduits en esclavage par le pharaon, entrent en résonance avec le quotidien des populations noires serviles du Sud des États-Unis. La plupart des maîtres d’esclaves ne peuvent pas les comprendre, ou sont obligés de les tolérer. 


Go down Moses, Un des plus anciens et célèbres spirituals (imprimé en 1861 et réputé connu depuis quinze ou vingt ans en Virginie), est ainsi inspiré du livre de l’Exode, tiré de l'Ancien Testament. Les paroles racontent l'histoire de Moïse arrachant les Hébreux à la terre de servitude égyptienne. "Descends, Moïse / Descends sur la terre d’Égypte / Dis au vieux pharaon / De laisser mon peuple partir." Le texte est une allégorie de la quête de liberté des esclaves. Sur le disque « Louis and the Good Book », Armstrong récite les couplets, tandis que le chœur répète la fameuse réplique : « Let my people go » (« laisse partir mon peuple »).

La figure de Moïse est prépondérante, car il est celui qui conduit les esclaves vers la terre promise de Sion. La référence au prophète juif est constante tout au long de l’histoire afro-américaine. A la veille de la guerre de sécession, l’acharnement de l’ancienne esclave Harriet Tubman (3) à repartir dans le Sud pour y libérer d’autres captifs lui vaut d'ailleurs le surnom de « Moïse noire ». Dans les années 1920, le « Black Moses » prend les traits de Marcus Garvey, le leader nationaliste noir qui cherche à conduire les Afro-américains en Afrique. 

Les Staple Singers reçus par Don Cornelius, animateur de l'émission Soul Train. Public domain, via Wikimedia Commons
 

Les références bibliques des spirituals trouvent un écho dans le quotidien des populations serviles du dixieland. L’Égypte évoque le Sud esclavagiste, Israël les esclaves, le pharaon les maîtres-planteurs. La référence au Jourdain, et aux rivières en général, évoque l'Ohio, qui marquait la limite entre les états esclavagistes et ceux qui ne l’étaient pas. La Terre promise prend les traits du Canada, synonyme de liberté. (4) « Deep river », chantée en 1929 par Paul Robeson, décrit la rivière s’enfuyant vers le lointain et la liberté. « Profonde rivière, ma maison est au-delà du Jourdain, / Profonde rivière, Seigneur, / Je veux le traverser pour rentrer chez moi. » « Down by the riverside », un spiritual interprété entre autres par les bluesmen Sonny Terry et Brownie McGhee, reprend la même idée : « Je vais déposer mon lourd fardeau / Le long de la rivière, Seigneur, / Le long de la rivière, Et je ne m’occuperai plus de la guerre. » Les paroles de "Steal away", un spiritual composé au milieu du XIX° siècle, appellent à rejoindre la Terre promise, ce qui pouvait donc aussi signifier quitter le Sud esclavagiste pour les états du Nord. « S'esquiver, s'esquiver, s'esquiver vers Jésus ! / Voler loin, voler loin de chez moi, Je ne resterai pas longtemps ici »


Les spirituals se muent parfois en outils de communication, mis au service de l’Underground railroad. Ce « chemin de fer souterrain » désigne le système permettant d'organiser la fuite loin du Sud esclavagiste. Afin de s’exprimer sans risques, les esclaves noirs américains se dotent de tout un jargon métaphorique, incompréhensible des maîtres. Les esclaves n’empruntent pas de trains, encore moins de tunnels, mais reprennent en revanche à leur compte le champ sémantique du rail. Ainsi, le chef de train ou conductor est celui qui, connaissant la région, conduit les esclaves en fuite jusqu’à une station. On désignait par ce terme le domicile ou le refuge mis à disposition des fugitifs par des soutiens de la cause (souvent des quakers blancs). (5) Ils y trouvent un abri, de quoi se restaurer et un peu d'argent pour poursuivre leur route. Les stations, distantes d'environ 20 miles, constituent autant d'étapes sur le chemin vers la liberté, à l'instar d'une ligne de train. Le train occupe donc une place importante dans de nombreux spirituals et monter à bord devient synonyme de liberté. C'est le cas du Gospel Train interprété notamment par Rosetta Tharpe. (6)"Le train du gospel arrive / Montez à bord, les enfants, montez à bord".

Pour se déplacer, outre le train, les conducteurs utilisaient des moyens de transports discrets, mais pratiques, tels des chariots bâchés ou des charrettes à double fond. La plupart du temps, les fuyards se reposaient la journée et ne voyageaient que de nuit, afin d'être les plus discrets possibles. Dans les spirituals, ces véhicules de fortune empruntent un itinéraire  ascendant, comme pour mieux atteindre le paradis céleste ou gagner les terres du Nord, loin du Sud esclavagiste . Exemple avec le célébrissime « Swing low, sweet chariot » : « Berce-moi, doux chariot, / Viens pour m’emporter chez moi… / Parfois je m’élève, parfois je m’abaisse, / Parfois je suis presque couché à terre… / Si tu arrives là-haut, bien avant moi, / Dis à tous mes amis que je viendrai aussi. » Autre exemple avec le morceau « Gwine to ride up in the chariot ».

Dans ses mémoires, Harriet Tubman affirme avoir utilisé les chants pour annoncer une évasion, donner des conseils, transmettre des messages codés à l’intention des esclaves en fuite. « Wade in the water », interprété entre autres par les Staple Singers, incite à gagner le lit des rivières afin d’échapper aux poursuivants et à l’odorat de leurs chiens. « Follow the drinking gourd » incite à suivre une constellation en forme de gourde située vers le nord (la grande ourse pour nous). Les paroles de cette chanson fournissaient une indication précieuse aux esclaves en fuite. « Suis la grande ourse / Et le vieil homme t’attend / Pour te mener vers la liberté / Suis la grande ourse. » Ici, la fusion évasion-rédemption, liberté-royaume céleste, est flagrante.

Déploration sur la mère perdue, « Sometimes I feel like a motherless child » rappelle que les enfants d’esclaves, vendus par leurs maîtres, étaient arrachés à la plantation et donc séparés de leurs parents. Chanson poignante de douleur et de désespoir, elle est encore sublimée par l'interprétation du soul man O.V. Wright. 


Intéressons-nous maintenant aux mutations et transformations musicales du genre. Ces chants s’expriment d’abord au sein des communautés, de manière fonctionnelle. Généralement chantés a capella, ils s’accompagnent parfois de claquements de mains, de petites percussions, de fifres. Le titre Beulah land interprété par John Davis et Bessie Jones fait ainsi entendre une petite flûte. Cet enregistrement, réalisé par l’ethnomusicologue Alan Lomax dans les îles isolées de Sea en Géorgie, semble offrir une version authentique des spirituals originaux.

Les spirituals remontent au moins au XIX° siècle, mais ne seront pas gravés avant 1920. Encore privilégie-t-on alors l’enregistrement d’une version aseptisée, celle qui se développe au sein des chorales des premières Universités noires du Sud, telle que la Fisk University de Nashville. En 1871, afin de rassembler les fonds nécessaires au fonctionnement de leur établissement scolaire, les Fisk Jubilee Singers se lancent dans une grande tournée nationale. Le succès rencontré contribue à la médiatisation du genre. Mais, pour se rapprocher des canons européens, les voix sont lissées, la musique harmonisée et débarrassée de toute aspérité. Cette manière édulcorée d’interpréter les spirituals, présentée comme authentique, débarrasse les chants de leur dimension douloureuse. Les cantatrices classiques noires telle Marian Anderson reprennent ensuite à leur compte cette manière d'interpréter.

Dans les années 1920, Thomas Dorsey contribue à donner naissance aux Gospel songs, autrement dit les « Chants de l’Évangile ». En effet, à la différence des Spirituals, le gospel prend pour sujet les textes du Nouveau Testament. Sa plus célèbre composition, "Take my hand precious Lord", sera sublimée par la très grande soliste Mahalia Jackson. Souvent accompagnés de petites formations rythmiques, chanteurs et chanteuses de gospel se produisent sur scène, en dehors des offices religieux.

Au cours des années 1930, des quatuors vocaux accompagnées généralement d’un guitariste donnent naissance à un style harmonique et polyphonique dont le Golden Gate Quartet devient le fer de lance. Le superbe « Shadrack » (1938) raconte l'histoire de ce jeune hébreu, jeté vivant dans une fournaise sur ordre de Nabuchodonosor. Il est finalement sauvé par un ange.

Au fil des décennies, spirituals et gospels sont repris et adaptés aux goûts musicaux de l'heure par les musiciens profanes. Dans l’entre-deux-guerres, Blind Willie Johnson insuffle une bonne dose de blues dans le gospel comme le prouve «Let it shine on me». Sur l'album "The good Book", Louis Armstrong mêle jazz et gospel. Au cours des années 1960, la soul supplante le gospel, mais les artistes de "la musique de l'âme" n'hésitent pas à reprendre à leur compte les classiques du répertoire religieux. Que l'on songe à Aretha Franklin ou Al Green, dont le «Jesus is waiting» annonce déjà sa future carrière de pasteur. L'interprétation de ce morceau dans le cadre de la mythique émission Soul Train touche au sublime.


Pour conclure, il ne paraît pas inutile de rappeler que, bien après la fin de l'esclavage, spirituals et gospels ont accompagné les combats des Afro-américains dans le cadre du mouvement des droits civiques, comme le prouve l'implication constante de Mahalia Jackson ou des Staple Singers aux côtés des Martin Luther King.

Laissons le mots de la fin à James Baldwin qui écrivait dans « Harlem quartet »: « Les nègres peuvent chanter le gospel comme nul autre parce qu'ils ne chantent pas le gospel, si vous voyez ce que je veux dire. Quand un nègre cite L’Évangile, il ne cite pas : il vous raconte ce qui lui est arrivé le jour même et ce qui va certainement lui arriver demain… » 

Notes :

1. Le meneur lance une phrase à laquelle répond le reste du groupe.

2. Le phénomène s’accentue au lendemain du Second Awakening (après 1780) avec la création de paroisses dirigées par des pasteurs et prédicateurs noirs. Dès lors, la ferveur religieuse cimente les communautés afro-américaines. Entre 1800 et 1830, de grandes réunions religieuses, les Camp Meetings, réunissent plusieurs milliers de fidèles noirs sur plusieurs jours. Un mysticisme aigu s’y épanouit, virant parfois à la transe individuelle ou collective. Dans ces manifestations, parfois clandestines, la musique et le chant occupent une place de choix, en particulier les spirituals.

3. Certains "conducteurs" devinrent de véritables héros. C'est le cas d'Harriet Tubman, une ancienne esclave qui effectua 19 périples secrets dans le Sud au cours desquels elle mena plus de 300 esclaves vers la liberté. Harriet Tubman ne se fit jamais prendre, malgré l'acharnement des esclavagistes à la capturer. Ainsi, les propriétaires des plantations avaient offert 40000 dollars de récompense pour sa capture. L’abolitionniste John Brown l’appelait «General Tubman ».

4. Le Canada représenta la terre promise pour les esclaves en fuite. En effet, les esclaves noirs américains quittaient clandestinement le sud, et tentaient de gagner les États du nord antiesclavagistes, en franchissant la ligne Mason-Dixon, qui séparait la Pennsylvanie du Maryland et se prolongeait à l'ouest. Beaucoup poursuivaient leur route jusqu'au Canada, puisque, dès 1793, une loi contre les esclaves en fuite autorisait les propriétaires d'esclaves à venir récupérer leur "bien" dans les États du Nord. Ces derniers n'étaient donc pas un refuge sûr pour les rescapés, à la différence du Canada.

5. Bien sûr, les propriétaires des plantations enrageaient face aux fuites, parfois massives d'esclaves. Aussi, firent-ils pression sur les autorités pour faire passer la loi sur les fugitifs (1850). Toute personne fournissant aide à un fugitif était passible de 6 mois d'emprisonnement et 1000 dollars d'amende. De très nombreuses peines furent infligées, sans mettre un terme pour autant à l'underground railroad. Certains conducteurs payèrent en tout cas très cher leur engagement, à l'image de John Fairfield, un des conducteurs blancs les plus célèbres, tué au cours d'une expédition pour l'Underground ou encore Calvin Fairbank, emprisonné près de 17 années pour ses activités antiesclavagistes.

6. Rosetta Tharpe, fille d'un évangéliste de l'Arkansas, dotée d'une voix extraordinaire et d'un solide jeu de guitare, prend pour habitude d'interpréter ses gospels hors des églises. A Harlem, elle se produit notamment à l'Appolo Theatre ou au Cotton Club. Les puristes y voient une profanation du genre. Mais ce ne sont que des Béotiens, incapable d'apprécier la beauté de ce "Little light of mine".  


Sources:
-
Paroles d'histoire n° 98 consacré à Harriet Tubman (et Rick Rescorla). 
- "
L'héroïne de l'Underground railroad" et "les chants de ralliement de l'ancienne esclave", dans les émissions "Une histoire particulière" des 14 et 15 mars 2020 sur France Inter.

- "Des negro spirituals à Al Green: le gospel dans tous ses états", émission Jukebox du 2 mai 2021 sur France Inter.

Conseils de lecture:

- Colson Whitehead, Underground railroad, Doubleday, 2016. L'auteur dépeint le monde de la plantation avec un grand réalisme documentaire. Puis, il narre la fuite d'esclaves dans le cadre de l'underground railroad. Sous sa plume, le réseau de fer souterrain n'a rien de métaphorique. Dès lors, le roman historique bascule dans l'uchronie.

mardi 29 septembre 2009

184. Mavis Staple: "I should not be moved".

1960 : en février, une vague de sit-ins pour protester contre la ségrégation dans les cafétérias commence après que 4 étudiants noirs ont demandé à être servis dans la cafétéria de Woolworth, réservée aux Blancs, à Greensboro (Caroline du nord). 


Les quatre de Greensboro: Ezell Blair, Franklin McCain, Joseph McNeil et David Richmond quittent le Woolworth après leur première journée de Sit-in (1er février 1960).

Le 1er février 1960, quatre étudiants noirs entament une manifestation non violente contre la ségrégation régnant dans la cafétéria du magasin Woolworth de Greensboro, en Caroline du Nord. Dans ces magasins, archétypes des grands bazars à l'américaine, on trouve à peu près de tout. Or, le système ségrégationniste est ainsi fait que, les Noirs étaient admis et encouragés à faire leurs achats courants dans le magasin, mais se voyaient interdits en revanche les comptoirs des cafétérias. A ce propos, dans son autobiographie, le comédien Dick Gregory rapporte l'anecdote: "la dernière fois que je suis allé dans le vieux Sud, je suis entré dans un restaurant, et la serveuse banche est venue me dire:"nous ne servons pas de gens de couleur ici." J'ai répondu:"ça ne fait rien, je ne mange pas de gens de couleur.""

Vers 16 h 30, Ezell Blair, Franklin McCain, Joseph McNeil et David Leinail Richmond prennent place au comptoir du restaurant, exclusivement réservé aux blancs. On refuse de les servir. Pourtant, stoïques, ils restent assis jusqu'à la fermeture du magasin.


Le lendemain, 20 étudiants noirs, calmes et déterminés, occupent les chaises du comptoir. Le journal local (Greensboro record) constate qu'"on n'enregistra aucun trouble. Certains étudiants sortirent leurs livres et se mirent ostensiblement à travailler."
Bien vite, la nouvelle se répand.Ceux que l'on désignera bientôt comme les "quatre de Greensboro" se mettent en rapport avec des organisations telles que le CORE ou la SLCL de Luther King, qui dépêchent sur place des militants. Bref le mouvement fait tâche d'huile. Le 5 février, par exemple, environ 400 étudiants participent aux sit-in et bloquent les comptoirs du Woolworth et de S.H. Kress, un magasin du même type. A la fin du mois de février, plus de trente villes du Sud sont touchées, tandis que des activistes noirs et blancs du Nord soutiennent le boycott national de Woolworth.


Le 2 février 1960, Joseph McNeil, Franklin McCain, William Smith et Clarence Henderson occupent les tabourets du comptoir de la cafétéria du magasin Woolworth de Greenwood.



A Nashville, ces actions sont coordonnées par James Lawson, un ancien missionnaire en Inde où il étudia la satyagraha (la stratégie de résistance non violente menée par Gandhi). Depuis quelques mois, ce proche de Martin Luther King, avait formé de nombreux militants aux exigences de la résistance passive. Un petit groupe déterminé se crée autour de lui avec quelques personnalités remarquables qui deviendront des figures importantes du mouvement pour les droits civiques comme John Lewis (étudiant en théologie), Diane Nash (une jeune étudiante de Chicago), James Bewel. Au cours de stage à la Highlander Folk School, ces jeunes gens rencontrent Septima Clark, une vieille militante qui les impressionne fortement. Ils s'entraînent alors aux techniques non-violentes en développant leurs capacités à rester calmes sous les injures et les coups. Répartis en groupes, les étudiants organisent des simulations mettant aux prises manifestants, public blanc hostile et police. Ils apprennent à argumenter pour convaincre l'adversaire, mais aussi à encaisser les coups, roulés en boule, sans répliquer et sans se laisser envahir la haine.


  Deux étudiants s'affrontent devant le Woolworth de Greensboro. On peut lire "rentre à la maison négro" sur la pancarte de l'étudiant blanc, tandis que celle de l'étudiant noire réclame ses "droits de citoyens américains".

 

De la méthode, il passent à la pratique à l'automne 1959. Ils essaient alors de se faire servir dans des restaurants ou magasins réservés aux blancs, sans susciter le désordre escompté. Leur objectif reste en effet de provoquer la tension avec le pouvoir blanc, rentrer dans un rapport de force susceptible d'avoir un écho médiatique.

Leurs tentatives échouent, mais c'est alors qu'éclate l'opération sit-in de Greensboro. Et cette fois-ci, la mayonnaise médiatique semble prendre. A l'issue de la première journée, seule la presse locale fait état de l'événement, mais dans les jours qui suivent, les medias nationaux (notamment la TV) relaient l'information et couvrent l'événement.
Cet épisode est une aubaine pour les acteurs du mouvement des droits civiques qui peinent à se faire entendre depuis les événments liés à la déségrégation (Litlle Rock 1957). C'est pourquoi, très vite, Martin Luther King et son organisation, la SCLC, apportent leur soutien et participent au mouvement des sit-in.

Le calme et la sérénité apparente des protestataires déconcertent les autorités. En l'absence de troubles ou de violences, il paraît tout de même difficile de réprimer. Donc, les tenants de la ségrégation tentent de faire craquer les étudiants. Ils multiplient les vexations, provocations, insultes, dans le but d'entraîner une riposte violente, permettant de justifier une arrestation. Par exemple, le 27 février à Nashville, les policiers présents laissent une bande d'individus attaquer les étudiants assis à coups de poings, de pierres et de cigarettes allumées. Au bout du compte, les forces de "l'ordre" arrêtèrent 77 noirs et 5 blancs sous les hourras des agresseurs racistes!

Bientôt, de jeunes Blancs hostiles à la déségrégation se mettent à occuper à leur tour les comptoirs de nombreux magasins pour empêcher les sit-in!



Trois manifestants subissent, stoïques, les foudres des tenants de la ségrégation au comptoir d'une cafétéria Woolworth à Jackson (Mississippi), en mai 1963.

Dans ces conditions, on comprend mieux l'importance de la stricte discipline que s'imposaient les militants. L'objectif primordial était de ne pas s'écarter de la non-violence (ce qui était une véritable gageure face aux provocations).


Voici par exemple, un extrait des instructions écrites transmises aux manifestants pacifiques: "Ne répondez pas à la violence par la violence, ni aux injures par les injures. [...] Ne bloquez pas les entrées des magasins ni les voies d'accès.
Comportez-vous amicalement et courtoisement en toutes circonstances. Restez assis bien droit et toujours face au comptoir. [...] Rappelez-vous les enseignements de Jésus-Christ, de Mohandas Gandi et de Martin Luther King. Restez fidèles à l'amour et à la non-violence, et que Dieu bénisse chacun d'entre vous.


La méthode utilisée, celle des sit-in, c'est-à-dire l'occupation pacifique d'un espace public, fut inspirée directement des campagnes de protestation que menait Gandhi en Inde dans les années 1930 (alors colonie britannique). Le Congress of Racial Equality (fondé en 1942 par des étudiants de Chicago) introduisit, ponctuellement, ce moyen aux Etats-Unis. Très vite, cette stratégie se révèle efficace et de nouvelles organisations l'adoptent. C'est le cas de la SNCC ( Student Nonviolent Coordinating Committee) ou "Snick", une organisation étudiante de plus en plus radicale, qui émerge à la suite du mouvement des sit-in (le 16 avril 1960). Un des fondateurs de l'association, Stokeley Carmichael, sera le futur héraut du black power et un adversaire résolu des options non-violentes privilégiées, entre autres, par Martin Luther King. Ainsi beaucoup d'étudiants conservent leur indépendance et n'intègrent pas les organisations non-violentes existantes.

La démarche et les motivations des quatre de Greensboro n'a cependant rien de révolutionnaire dans la mesure où ces quatre étudiants, issus de la bourgeoisie noire, aspirent simplement à une vie confortable et un statut social convenable. Or, le système ségrégationniste contrecarre tous ces espoirs. Il faut donc le faire tomber. Aussi comme le rappelle M.A. Combesque (voir sources):"ce nouveau moyen de lutter contre la ségrégation est perçu par ceux qui le pratiquent comme une méthode d'inclusion afin d'accéder aux mêmes privilèges que la classe moyenne blanche [...]. L'action des étudiants se situe dans le droit fil du conservatisme politique observé dans les années 1950." Et c'est sans doute ce qui fait la force de ce mouvement de protestations dans la mesure où le calme et la retenue des étudiants donnent une image de modération, rassurante presque.



Une fois la surprise passée, les autorités de Greensboro réagissent. Alors que le mouvement a pris une grande ampleur, elles décident le 6 février 1960 de fermer tous les comptoirs de restauration de la ville, tandis que le maire en appelle au calme et invite commerçants et manifestants à la retenue. Ces derniers s'organisent et se dotent d'un comité exécutif étudiant pour la justice qui décide d'une trêve de deux semaines afin de laisser la possibilité aux autorités de régler la question.

Pourtant, malgré les très nombreuses arrestations (2000 étudiants arrêtés dans 66 villes du sud), les mouvement des sit-in porte ses fruits. Les commerçants constatent une baisse de leurs chiffres d'affaires; beaucoup de Noirs boycottant les magasins par solidarité, tandis que les Blancs évitent ces lieux devenus parfois dangereux.

- Dans un premier temps de nombreux étudiants et des professeurs sont renvoyés par les administrations des universités, mais ils obtiennent finalement satisfaction, puisque la ségrégation est abolie dans le magasin Woolworth de Greensboro à l'été 1960. 

- A Nashville, le 19 avril 1960, à Nashville, une bombe explose au domicile d'un conseiller municipal noir, républicain conservateur et avocat respecté. La communauté noire de la ville se soude derrière les étudiants. 2500 manifestants rencontrent alors le maire de la ville. Au cours de cette entrevue, une joute verbale oppose ce dernier avec Diane Nash. Cette dernière demande à l'édile: "Monsieur le maire, pensez-vous qu'il soit condamnable d'exclure quelqu'un seulement à cause de la couleur de sa peau?" Ce à quoi le maire ne peut qu'aquiescer. Une fois connue cette passe d'arme, les commerçants de Nashville entamèrent la déségrégation des comptoirs.

Au bout du compte, les sit-in étudiants constituent une étape cruciale dans le mouvement des droits civiques. D'une part, ils démontrent l'efficacité des méthodes non-violentes, d'autre part, ces manifestations permettent aux jeunes étudiants de prendre conscience de leurs forces et de s'affranchir de la tutelle inhibante des leaders traditionnels de la communauté.



L'auteur de cette vieille chanson est inconnu. En tout cas, à l'instar d'un titre comme We shall overcome, cette chanson fut de tous les mouvements contestataires aux Etats-Unis, depuis les luttes syndicales des années 1930 jusqu'au mouvement pour les droits civiques après-guerre. Le morceau fut enregistré à de très nombreuses reprises, par des interprètes très différents (Pete Seeger, Joan Baez, Mississippi John Hurt...). Nous avons ici choisi la version de Mavis Staple, l'extraordinaire chanteuse des Staples Singers, qui a récemment sorti un album dans lequel elle reprend certains des hymnes pour les droits civiques.

Les paroles simples et incantatoires renforcent la solidarité et galvanisent lors des manifestations. Et du courage, il en faut lorsqu'il s'agit d'affronter des foules déchaînées. Aussi, toutes les grandes étapes du mouvement des droits civiques sont ponctuées de ces chants de liberté, les Freedom Songs, (gospel, blues ou spirituals). Une citation de Phyllis Martin, secrétaire du SNCC, souligne parfaitement l'importance de ces chants de la liberté: "La peur était immense, je ne savais jamais si je serais abattue ou lapidée ou quoi que ce soit d'autre. Mais quand nous commencions à chanter, j'oubliais tout cela."


"We shall not be moved" . Traditionnel, Etats-Unis.

We shall not, we shall not be moved (2X)
Just like a tree that's standing by the water
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
The union is behind us
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
We're fighting for our freedom,
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
We're fighting for our children,
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
We'll building a mighty union,
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
Black and white together,
We shall not be moved

We shall not, we shall not be moved (2X)
Young and old together,
We shall not be moved

_____________

Nous ne bougerons pas. (2X)
Comme l'arbre se tient au bord de l'eau,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
L'union fait la force,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
Nous combattons pour notre liberté,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
Nous combattons pour nos enfants,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
nous construirons une union solide,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
Noirs et Blancs réunis,
nous ne bougerons pas...

Nous ne bougerons pas. (2X)
Jeunes et vieux réunis,
nous ne bougerons pas...

Sources:
- Pap NDiaye: "les Noirs américains en marche pour l'égalité", découvertes Gallimard, 2009, p85-87.
- Marie-Agnès Combesque: "Martin Luther King Jr. Un homme, un rêve", le félin, 2008, p197-203.
- Nicole Bacharan: "Les Noirs américains. Des champs de coton à la maison Blanche", 2008, p184-189.
- Y. Delmas et CH. Gancel: "Protest song", Textuel, 2005.

Liens:
- The story of Greensboro four.
- Franklin McCain, héros américain de la cause noire.
- Superbe site consacré aux mouvements pour les droits civique.
- "Sitting for justice: Woolworth's lunch counter".


mardi 26 mai 2009

162. Louis Armstrong: "Go down Moses".




* A partir du XVIII°, l'évangélisation des esclaves se généralise. Or, comme le rappelle Gérard Herzaft: "Très rapidement, et probablement dès le début du XIX°, le chant religieux devint un des moyens d'expression privilégié (parce que bien sûr autorisé) du génie africain. Avec une considérable capacité d'adaptation, les esclaves noirs transformèrent les hymnes baptistes et méthodistes en ces chants religieux mêlant les origines africaine et européenne et qui se sont répandus dans le monde entier sous le nom de negro spirituals."


Les Negro spirituals ont pour thèmes la rédemption, le triomphe de l'espoir sur la misère et la délivrance. Ces chants reflètent la foi profonde des Afro-américains et renferment parfois des messages cachés de résistance. La plupart des maîtres d’esclaves ne peuvent pas les comprendre, ou sont obligés de les tolérer, à l’instar d’un negro spiritual traditionnel du XIXème siècle, Go down Moses, inspiré de l'Ancien Testament (Exode 5:1 et 8:1: "L'Éternel dit à Moïse : Va vers Pharaon, et tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : Laisse aller mon peuple, afin qu'il me serve."). Les Noirs donnent en effet un sens très particulier aux thèmes puisés dans la Bible, en particulier l'Ancien Testament. Les récits des souffrances et des peines des Hébreux ont eu une résonnance très profonde chez les esclaves noirs

La chanson raconte l'histoire de Moïse délivrant les Hébreux de l'esclavage en Égypte. Ce negro spiritual représente donc une allégorie du rêve de liberté des esclaves noirs américains. Toutes les références bibliques peuvent ainsi être transposées dans les Etats-Unis du début XIX°. L'Egypte évoque le Sud, Israël représente les esclaves africains d'Amérique, le pharaon les maîtres esclavagistes. La référence au Jourdain, dans une autre version du morceau évoque l'Ohio ou encore la frontière canadienne, synonymes de liberté.

Marc Chagall : La Traversée de la Mer Rouge, (fresque de la chapelle du Plateau d’Assy, en Haute Savoie).


Afin de s’exprimer sans risques, les esclaves noirs américains se dotent, au début du XIXème siècle, de tout un jargon de métaphores, incompréhensibles des maîtres blancs. De nombreuses chansons, hermétiques pour ces derniers, circulent de plantations en plantations. Le terme qui désigne le système mis en place afin d'organiser la fuite des esclaves est ainsi très représentatif de ce phénomène, on parle en effet d' underground railroad, ou chemin de fer souterrain.


En effet, cette quête de la liberté célébrée dans les spirituals pouvait être gagnée par la fuite hors des États du sud esclavagiste. A partir de la fin du XVIII ème siècle, puis surtout au début du XIXème, plusieurs groupes religieux, notamment les quakers ( puis les méthodistes, presbytériens et congrégationalistes), organisent la fuite des fuyards ou lèvent des fonds afin de financer cette entreprise.

* L'underground railroad. Pourquoi cette référence au train?

Cette référence au "chemin de fer clandestin" est bien sûr métaphorique. Les esclaves en fuite n'utilisent pas de trains et encore moins de tunnels. Ils reprennent en revanche le champ sémantique du rail. Prenons quelques exemples: à la tête de l'entreprise périlleuse que constitue une tentative de fuite se trouve le chef de train ou conductor, un individu qui connaît la région arpentée, et qui conduit un ou plusieurs esclaves jusqu'à une gare (station). Certains opposants à l'esclavage mettaient ainsi leur domicile à la disposition des fugitifs. Ils y trouvaient abri, de quoi se restaurer et un peu d'argent pour poursuivre leur route. Afin de repérer facilement les stations, les "hôtes" faisaient briller des chandelles aux fenêtres.

En fait, les stations, distantes d'environ 20 miles, constituaient autant d'étapes sur le chemin vers la liberté, à l'instar d'une ligne de train. Pour se déplacer, les conducteurs utilisaient des moyens de transport discrets, mais pratiques, tels que des chariots bâchés ou des charrettes à double fond. La plupart du temps, les fuyards se reposaient la journée et ne voyageaient que de nuit, afin d'être les plus discrets possible.

On estime que 40 000 à 100 000 esclaves ont fuit le sud esclavagiste en utilisant les structures de l'underground Railroad.


Vision romantique d'esclaves en fuite.

Bien sûr, les propriétaires des plantations enrageaient face aux fuites, parfois massives d'esclaves. Aussi, firent-ils pression sur les autorités pour faire passer la loi sur les fugitifs (1850). Toute personne fournissant aide à un fugitif était passible de 6 mois d'emprisonnement et 1000 dollars d'amende. De très nombreuses peines furent infligées, sans mettre un terme pour autant à l'underground railroad. Certains conducteurs payèrent en tout cas très cher leur engagement, à l'image de John Fairfield, un des conducteurs blancs les plus célèbres, tué au cours d'une expédition pour l'Underground ou encore Calvin Fairbank, emprisonné près de 17 années d'emprisonnement pour ses activités antiesclavagistes.

* Quelles destinations?


Les différentes routes et chemins secrets sillonnaient le sud, en direction du nord. On estime que vers 1850, environ 3000 personnes travaillaient pour l'Underground Railroad. Les routes conduisant au Canada étaient variées. Les principales partaient du Kentucky ou de la Virginie et passaient par l'Ohio, où se trouvait le réseau le plus complet.

Le Canada représenta la terre promise pour les esclaves en fuite. En effet, les esclaves noirs américains quittaient clandestinement le sud, et tentaient de gagner les États du nord antiesclavagistes, en franchissant la ligne Mason-Dixon, qui séparait la Pennsylvanie du Maryland et se prolongeait à l'ouest. Beaucoup poursuivaient leur route jusqu'au Canada, puisque, dès 1793, une loi contre les esclaves en fuite autorisait les propriétaires d'esclaves à venir récupérer leur "bien" dans les États du Nord. Ces derniers n'étaient donc pas un refuge sûr pour les rescapés, à la différence du Canada.



Sur cette carte, on distingue les Etats esclavagistes au sud de la ligne Mason Dixon et les Etats du Nord (en gris).

* Harriet Tubman, la" Moïse noire".

Certains "conducteurs" devinrent de véritables héros. C'est le cas d'Harriet Tubman, une ancienne esclave qui effectua 19 périples secrets dans le Sud au cours desquels elle mena plus de 300 esclaves vers la liberté. Harriet Tubman ne se fit jamais fait prendre, malgré l'acharnement des esclavagistes à la faire capturer. Ainsi, les propriétaires des plantations avaient offert 40000 dollars de récompense pour sa capture. Son acharnement remarquable à libérer les esclaves lui valut le surnom de "Moïse de son peuple" (on y revient). L'abolitioniste John Brown l’appelait «General Tubman ».

L'intense activité de Harriet Tubman lui vaudra le surnom de " Moïse de son peuple".

Les propriétaires d’esclaves offrirent une récompense de 40 000 dollars à qui parviendrait à la capturer.

Au bout du compte, les efforts de quelques individus courageux (les "chefs de gare", "conducteurs" évoqués plus haut, qui risquaient gros) permirent d’affranchir des dizaines de milliers d’esclaves. Les récits terrifiants des fuyards contribuèrent aussi à creuser un peu plus le fossé entre les Etats du Nord et ceux du Sud.



Louis Armstrong.





Go down Moses.

Le choeur chante:

go down Moses
Way down in Egypt land
Tell old pharaoh to
Let my people go!

Va Moïse
loin en terre d'Egypte
dire au vieux pharaon
de laisser partir mon peuple!

Armstrong:
When Israel was in Egypt land...
Let my people go!
Oppressed so hard they could not stand...
Let my people go!

Quand Israël était en terre d'Egypte
laisse partir mon peuple
si opprimé qu'il ne pouvait résister...
laisse partir mon peuple!

So the Lord said: go down, Moses
Way down in Egypt land
Tell old pharaoh to
Let my people go!

Ainsi dit le Seigneur: Va Moïse
loin en terre d'Egypte
dire au vieux pharaon
de laisser partir mon peuple!

Thus spoke the Lord, bold Moses said:
Let my people go!
If not I'll smite your firstborns dead
Let my people go!

"Ainsi dit le Seigneur", l'intrépide Moïse dit:
"Laisse partir mon peuple;
sinon je vais tuer ton premier-né
Laisse partir mon peuple!"

Cause the Lord said : go down, Moses
Way down in Egypt land
Tell old pharaoh to
Let my people go!


Ainsi dit le Seigneur: Va Moïse
loin en terre d'Egypte
dire au vieux pharaon
de laisser partir mon peuple!

No more shall they in bondage oil.
Let my people go.
Let them com out with Egypt's spoil.
Let my people go

"Qu'il ne subisse plus jamais l'esclavage,
laisse partir mon peuple;
laisse les sortir avec les richesses d'Egypte,
laisse partir mon peuple!"

The Lord told Moses what to do,
Let my people go,
To lead the Hebrew children through,
Let my people go.

Le Seigneur a dit à Moïse ce qu'il faut faire
laisse partir mon peuple;
ramener les enfants d'Israël,
laisse partir mon peuple!

....

Sources:
- G. Herzaft:"le blues", que sais-je?, PUF.
- "La pensée noire. Les textes fondamentaux". Le Point Hors-Sérien °22, avril-mai 2009, p28.
- Nicole Bacharan: "Les Noirs américains. Des champs de coton à la Maison Blanche", éditions Panama, 2008, p48.

Liens:
* D'autres titres sur l'esclavage sur le blog:
- Sagbohan Danialou: "Commerce triangulaire".
- Randy Newman: "Sail away".
* de nombreux liens pour approfondir sur l'underground railroad.
* Jeux et documents
- "Escape from slavery."