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dimanche 14 mars 2010

203. Quand un fantôme inspire Springsteen : "The ghost of Tom Joad"


En 1995, Bruce Springsteen publiait son 11° album et sortait un single éponyme pour l'accompagner : "the Ghost of Tom Joad". Cette chanson est dédiée aux laissés pour compte des Etats-Unis, aux recalés du système, aux homeless, aux travailleurs pauvres, aux pauvres tout court, dont le nombre est estimé à l'époque à plus de 36 millions, ce qui représente 14% de la population totale du pays d'alors.
Ces personnes vivent en dessous de ce que l'on appelle le seuil de pauvreté. Aux Etats-Unis, il est défini par le gouvernement fédéral en conditions de vie, en fonction d'estimations de besoins de revenu. Par exemple, une personne seule est considérée comme vivant en dessous du seuil de pauvreté lorsqu'elle dispose de moins de 9800 dollars de revenus annuels.

La chanson de Springsteen est donc une évocation de cette grande misère dans le pays le plus riche du monde. En effet, cette dernière décennie du XX° siècle sera dans le pays ,et au delà dans l'ensemble du monde occidental, celle du creusement des inégalités : les riches sont de plus en plus riches, les pauvres, eux s'appauvrissent.

Springsteen, en musique et en paroles, nous renvoie à des images très familières et assez honteuses de nos sociétés occidentales, marquées, par ailleurs par l'opulence, le gâchis parfois, et un luxe tapageur totalement indécent. Il décrit les dessous d'autoroutes urbaines devenus le refuge des sans-abris, les braseros et les cartons pour seuls remparts, la dure quête de justice et d'emploi décent, les violences de "l'autre société" qui ne les regarde plus autrement que comme des marginaux dans l'illégalité; les chassant du peu de territoire qui est encore le leur, de leur "oreiller de pierre".

Voici ce qu'il dit :

Men walkin' 'long the railroad tracks Un homme marche le long des rails de chemin de fer
Goin' someplace there's no goin' back allant vers un endroit dont il ne pourra revenirHighway patrol choppers comin' up over the bridge une patrouille de police arrive au dessus du pontHot soup on a campfire under the bridge Une soupe chaude autour du feu de camp sous le pontShelter line stretchin' round the corner Une ligne d'abris précaires s'étend au coin de la rueWelcome to the new world order Bienvenue dans le nouvel ordre mondialFamilies sleepin' in their cars in the southwest Des familles dorment dans leurs voitures dans le Sud OuestNo home no job no peace no rest Pas de maison, pas de travail, pas de paix, pas de répit.The highway is alive tonight La route est animée ce soirBut nobody's kiddin' nobody about where it goes Mais personne ne plaisante sur l'endroit où elle mèneI'm sittin' down here in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de campSearchin' for the ghost of Tom Joad Cherchant le fantôme de Tom JoadHe pulls prayer book out of his sleeping bag Il sort un livre de prière de son sac de couchagePreacher lights up a butt and takes a drag Le prêcheur allume une clope et tire une bouffée
Waitin' for when the last shall be first and the first shall be last En attendant que le dernier soit le premier et le premier soit le dernierIn a cardboard box 'neath the underpass Dans un carton du passage souterrainGot a one-way ticket to the promised land Tu as un aller simple pour la terre promiseYou got a hole in your belly and gun in your hand Tu as un trou au ventre et un flingue dans la mainSleeping on a pillow of solid rock Dormant sur un oreiller de pierre Bathin' in the city aqueduct Baignant dans le conduit d'eau de la ville
The highway is alive tonight
La route est animée ce soirBut where it's headed everybody knows Chacun sait où elle commenceI'm sittin' down here in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de campWaitin' on the ghost of Tom Joad Attendant le fantôme de Tom JoadNow Tom said "Mom, wherever there's a cop beatin' a guy Maintenant Tom dit "Maman, partout où il y a un flic qui tabasse un typeWherever a hungry newborn baby cries Partout où un nouveu né affamé pleureWhere there's a fight 'gainst the blood and hatred in the air Où il y a une bagarre contre le sang et la haine dans l'airLook for me Mom I'll be there Appelle moi, Maman, je serai làWherever there's somebody fightin' for a place to stand Partout où quelqu'un se bat pour un endroit où vivreOr decent job or a helpin' hand Ou un travail décent, ou un coup de mainWherever somebody's strugglin' to be free Partout où l'on se bat pour la liberté
Look in their eyes Mom you'll see me." Regarde dans leurs yeux, Maman, et tu me verras"
The highway is alive tonight La route est animée ce soir
But nobody's kiddin' nobody about where it goes Mais personne ne plaisante sur l'endroit où elle mène
I'm sittin' downhere in the campfire light Je suis assis là, à la lumière du feu de camp
With the ghost of old Tom Joad Attendant le fantôme de Tom Joad

Voici comment il le chante et l'évoque par une mise en image puissante du texte. Parmi les plans qui renvoient à la grande pauvreté et à l'anéantissement du rêve américain une bannière étoilée délavée, des chaussures en bout de courses, des caravanes, des maisons vendues après la ruine de leurs propriétaires endettés, des barbelés qui empêchent de passer la frontière, des noirs, des prostituées, des personnes désœuvrées assises sur les trottoirs, des usines fantômes. Mais aussi les images du rêve : les grands espaces mythiques de l'ouest, la Californie et sa route 66, ses énormes trucks, ses promesses divines qui sont loin d'être réalisées pour tous.



Et puis, dans cette grande fresque du mirage américain revient un personnage dont le nom est scandé à chaque fin de refrain. C'est le fantôme qui hante le texte de Springsteen : Tom Joad.

Héros du roman de John Steinbeck "The grapes of wrath" ("les raisons de la colère") publié en 1939, et du film qu'en tira John Ford dans une adaptation cinématographique l'année suivante, Tom Joad est une figure classique de l'homme qui , bien qu'épris de justice, est broyé par le système économique et contraint à la marginalité.
En 1929, le krach boursier plonge les Etats-Unis dans une crise économique profonde qui atteindra son paroxysme en 1932 : la Grande dépression sert de toile de fond à l'histoire de cette famille de fermiers de l'Oklahoma. Ruinés et endettés, ils sont chassés de leurs terres devenues infertiles en raison des dust bowls (les tempêtes de sable). Ils décident de tout quitter pour aller vers l'ouest, en Californie, où les attend une vie meilleure, ils partagent cette certitude avec des milliers d'autres de leurs concitoyens réduits à la misère. Tom Joad a déjà fait de la prison, un pasteur accompagne la famille dans son voyage sur la route 66 parsemée de campements de fortune, peuplés des victimes de la crise.
Arrivés en Californie, ils déchantent. Trop de pauvres agriculteurs jetés sur les routes cherchent à se faire employer sur les fermes. Les salaires sont misérables, les Joad intègrent une Hooverville (ville-campement rebaptisée du nom du président Hoover qui nia l'existence de la crise). Utilisés comme briseurs de grève, la famille finit d'imploser sous le poids du malheur : Tom Joad venge le meurtre de son ami le pasteur et est contraint à la fuite promettant à sa mère de continuer à se battre contre l'injustice.


Une fois posé ce parallèle : le fantôme ne hante plus le texte du Springsteen, il l'éclaire. Tom Joad existe encore en 1995, car la crise n'a pas disparu, l'injustice encore moins. Le nouvel ordre mondial n'est pas si nouveau, les victimes du système capitaliste dans ce qu'il a de plus débridé sont encore jetées sur les routes.

"The Gost of Tom Joad" est donc une sépulcrale mise en abîme du chef d'oeuvre de John Steinbeck dans une chanson de la fin du XX°siècle. Parfois, il faut croire que l'histoire se repète et que la fiction la rattrape.

dimanche 21 février 2010

201. Nitin Sawhney: "Days of fire".

London Undersound est le nom du huitième album de Nitin Sawhney. Un fil conducteur sinistre relie les différents morceaux de cet album d'un grand éclectisme musical: les attentats de Londres en 2005 et leurs multiples conséquences.


L’album s’ouvre sur Days of Fire interprété par le rappeur Natty qui y rapporte sa propre expérience. Il reste en effet très marqué par la mort du Brésilien Charles de Menezes, pris par erreur par la police pour un poseur de bombe à la sortie de la station de métro Stockwell. Nitin Sawhney explique: " Natty était présent lors des attentats du 7 Juillet, puis par une étrange coïncidence, il était tout proche de la scène de fusillade de Jean-Charles de Menezes deux semaines après. En deux semaines seulement, la conception que l’on avait de Londres a été totalement bouleversée."
Ce morceau poignant nous invite à nous intéresser à la recrudescence des attentats perpétrés par des mouvements islamistes depuis maintenant deux décennies.

http://img.dailymail.co.uk/i/pix/2007/07_03/JCDMenezes_468x318.jpg
Le corps de J.C. De Menezes abattu, le 22 juillet 2005, par des agents de Scotland Yard, alors à la recherche de terroristes.

Depuis la fin des années 1990, un nouveau courant islamiste s’affirme dans le cadre d’un «néo-fondamentalisme » terroriste. Il se développe dans les communautés musulmanes émigrées et déracinées, en Europe notamment. Cette tendance diffuse (via les madrasa, les sites Internet, la TV saoudienne) une même vision de l’islam, celle exportée par l’Arabie Saoudite dans les années 1970 : le wahhabisme. Ce néo fondamentalisme donne la priorité à une lecture littérale et puritaine du Coran, récusant toute l’histoire musulmane postérieure aux temps du Prophète.

Pour cette tendance, la charia constitue la norme de tous les comportements humains et sociaux. Il rejette donc toute forme de culture qui ne serait pas strictement religieuse (musique, littérature…). Pour cet islam radical, il est essentiel de définir la vraie Religion, et a contrario l’impiété, d’établir ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. A cette fin, les ulémas multiplient les fatwas. Particulièrement hostile au judaïsme, ce néo fondamentalisme prône la lutte contre les Etats-Unis et leurs alliés (Israël, les pays d’Europe de l’ouest).

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Pour Olivier Roy, il est possible de distinguer une première génération de militants d’Al-Qaida (dont Ben Laden) composée de gens originaires du Moyen Orient, partis en Afghanistan combattre l’URSS. Dès l'invasion du pays par les troupes soviétiques en 1979, une résistance afghane se met en place, soutenue progressivement par les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et renforcée par des combattants venus des pays du Golfe et d’Egypte. Les combattants trouvent en Afghanistan l’occasion de mener un combat au nom de la défense de l’islam : c’est le jihad.
Le Saoudien Oussama ben Laden est l’un des organisateurs de cette lutte, depuis son «bureau des services » crée à Peshawar, au Pakistan, véritable base arrière des moudjahiddins afghans. Il y organise son réseau de jihadistes étrangers et fonde l’organisation Al Qaida (la base, en arabe). Le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan en 1989 s'accompagne du retour de nombreux combattants dans leurs pays d'origine pour continuer le combat contre de nouveaux adversaires. Al Qaida se trouve ainsi à l’origine de l’internationalisation du mouvement islamiste au début des années 1980.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

A partir de 1992, apparaît un nouveau type de militants, souvent très occidentalisés, qui utilisent l’anglais, les nouveaux média et se déplacent constamment dans leur lutte qui a pour terrain principal l’Occident ou les régions à majorité musulmanes à la périphérie du Moyen-Orient: en Bosnie, dans le Caucase, ou encore au Cachemire. Autant de fronts où ils convient d’importer le jihad, avec des résultats d'ailleurs mitigés.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Pour Roy, « ces militants sont l’expression d’un monde global. » Le mouvement se désintéresse en effet du cadre de l'Etat-nation et agit à l'échelle mondiale. La plupart des attentats revendiqués dans le monde par Al Qaïda sont commis au nom de l'islam, sans qu’il y ait de réels « projets » politique précis derrière ces violences. Les Etats-Unis constituent une des cibles principales des attentats perpétrés par Al Qaïda. Ben Laden reproche avant tout aux Américains d’avoir foulé le "sol sacré" de l’Arabie Saoudite lors de la guerre du Golfe. Le réseau utilise les moyens de communication les plus modernes (internet; envois fréquents de vidéos aux grandes chaînes de télévisions, Al Jazeera notamment), afin d’assurer une médiatisation maximale à ses actions. A cet égard, les attentats du 11 septembre 2001, avec les tours en feu sur toutes les chaînes de télévision, sont un vrai "succès" pour l'organisation. Le nom de Ben Laden et de son mouvement, jusque là largement méconnus, ne sont plus ignorés de personne.

http://www.recitus.qc.ca/images/main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=6876&g2_serialNumber=3
Le 11 septembre 2001 à New York, les tours jumelles s'effondrent.

Des cibles choisies.

Depuis une quinzaine d'années, un grand nombre d'attentats ont été commis partout dans le monde par des mouvements se réclamant de l'islamisme, Al Qaida ou autres. Les cibles choisies ne le sont jamais par hasard:
* attentats contre des symboles :
- la puissance économique des EU avec la destruction des tours du Wall Trade Center le 11 septembre 2001.
- l’attaque contre le Pentagone visait la puissance militaire.
- le quatrième avion avait pour cible initiale la Maison Blanche, donc le cœur de la puissance politique.
- L'attentat contre une synagogue à Djerba visait un lieu fréquenté par les touristes mais surtout un édifice religieux.

* Des personnalités sont assassinées en raison de leur poids politique, de leurs conceptions, incompatibles avec celles du radicalisme musulman : assassinat du commandant Massoud en Afghanistan ; du président tchétchène pro-russe, Akhmad Kadirov au printemps 2004; de journalistes; Rafiq Hariri, l'ancien premier ministre libanais.

* Les terroristes prennent pour cibles les intérêts d’un pays : l'ambassade américaine au Kenya en 1998, le pétrolier français Limburg en 2002 au large des côtes du Yémen.
* Enfin, les attentats aveugles visent des civils afin de créer un climat de peur susceptible d’exercer une pression sur les dirigeants du pays visé : attentats contre les touristes occidentaux à Bali en 2002 (200 morts); attentats de Casablanca en 2003; Madrid en mars 2004 (190 morts), Londres (juillet 2005).

Les Conséquences immédiates de ces attaques.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont de lourdes conséquences internationales. L'administration Bush, alors à la tête des Etats-Unis, considère en effet cette attaque comme une déclaration de guerre. Les Européens, quant à eux, y voient davantage le paroxysme du terrorisme international (il faut dire qu'ils sont touchés depuis 20 ans par des actes terroristes). Les attentats sont suivis par les interventions américaines en Afghanistan (automne 2001) et en Irak au printemps 2003. Lors de cette seconde opération, les Etats-Unis privilégient l'unilatéralisme, en intervenant hors du cadre de l'OTAN et sans l'aval de l'ONU. Les artisans de cette stratégie périlleuse sont les néoconservateurs, omniprésents dans l'entourage de George W. Bush.

Les attaques terroristes provoquent ainsi indirectement une crise au sein de l'Alliance atlantique. Le cavalier seul américain marginalise considérablement ses membres et ses structures. Plus grave sans doute, en intervenant en Irak sans l'aval de l'ONU, les Etats-Unis fragilisent un peu plus l'institution. L'invasion irakienne met aussi à jour les divisions qui minent l'Union européenne et son incapacité à parler d'une seule voix sur la scène internationale. D'un côté, on retrouve la Grande Bretagne, l'Espagne, l'Italie, mais aussi les pays d'Europe centrale et orientale qui soutiennent et participent à l'intervention américaine. De l'autre, la France et l'Allemagne s'opposent à cette décision unilatérale, ce qui fera dire à Donald Rumsfeld, le secrétaire à la défense de George W. Bush (de 2001 à 2006), qu'il s'agissait là de la “vieille Europe“.

Carte tirée de l'émission le "Dessous des Cartes" de J.C. Victor.

Les résultats de l'intervention en Irak.

Les Etats-Unis inscrivent leur offensive contre l'Irak dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international, sans qu'il y ait d'ailleurs de liens avérés entre le régime irakien et Al Qaida. Le second objectif avancé de l'administration américaine était de renverser le régime dictatorial de Saddam Hussein pour instaurer la démocratie en Irak. Aujourd'hui, le pays reste plongé dans le chaos. En outre, loin de mettre un terme au terrorisme, comme l'affirmait les faucons de Washington, l'attaque contre l'Irak semble avoir au contraire entraîné une recrudescence des attaques. Le nombre de victimes d’attentats à travers le monde a été pour 2006 de 20 000 morts au total, dont 13 000 rien qu'en Irak. Dans l'immédiat après-guerre, le pays devient un nouveau théâtre d’opération pour des jihadistes venus d’Arabie Saoudite, de Syrie, de Libye, du Maghreb notamment.

Al-Qaïda, appelation d'origine incontrôlée.


Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie (sources: le figaro.fr).

Aujourd'hui Al Qaïda semble affaiblie et n’est certainement pas le commandement central, l'organisateur de toutes les opérations terroristes. Au fond, Al Qaïda fonctionne comme une sorte de franchise pour de nombreux groupes terroristes. Elle possède des émanations régionales, voire individuelles aussi dangereuses qu'insaisissables. Il existe par exemple, la branche « Al Qaida pour le Maghreb islamique », créée en 2006, mais qui est en fait le nouveau nom du GSPC, un groupe islamiste déjà existant.
La plasticité de l'organisation d'Oussama Ben Laden explique ainsi qu'on attribue à Al Qaida bien plus d’attentats qu’elle n’en prépare réellement. Les attentats de Londres en juillet 2005 ont été commis non pas par des étrangers, mais par des jeunes Britanniques bien intégrés, et sans lien direct avec Al Qaida.

Cliquez sur l'aperçu pour agrandir l'infographie (sources: le Monde.fr).

* "Since the days of fire".

C'est le 7 juillet 2005 que Londres est touchée. Trois bombes explosent dans des rames de métro, la quatrième à l'étage supérieur d'un autobus à impériale.

Les attentats du 7 juillet 2005 ont tué 56 personnes (dont les 4 terroristes) et faits 700 blessés.

Deux semaines plus tard, le 21 juillet, quatre autres bombes explosent à Londres sans tuer.
Ce drame entraîne un changement d'attitude des autorités britannique à l'égard des mouvements islamistes.
- Jusque là plutôt passives, les autorités s'intéressent désormais de très près aux prêches enflammés de nombreux imams opérant dans le pays, notamment depuis Londonistan (les quartiers londoniens où les réseaux islamistes, souvent proches d'Al Qaida, avaient pignon sur rue, notamment la mosquée de Finsbury Park).
- Le Royaume Uni accède enfin à la demande de la France d'extrader Rachid Ramda, l'organisateur des attentats de Paris, en 1995 (en 2007, Ramda est condamné à la perpétuité). Jusque là, et malgré leurs engagements pour lutter contre le terrorisme, les Britanniques refusaient de coopérer avec la justice française.

* Quelles réponses face à ces attaques?

L'image “http://www.bendib.com/newones/2003/june/small/6-10-Patriot-Act-Two.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Caricature dénonçant le Patriot Act.

Les attentats servent aussi d'arguments à plusieurs gouvernements occidentaux pour mettre en place une législation sécuritaire souvent incompatible avec le respect des libertés fondamentales (l'exercice est une vraie gageure). Jouant sur la peur et l'amalgame, l'administration Bush impose le Patriot Act, qui entraîne un recul net des libertés publiques. Cette loi adoptée en octobre 2001 permet ainsi les écoutes téléphoniques, les fouilles secrètes d'appartements, la consultation des fichiers d'entreprises ou d'universités. Enfin, elle autorise l'administration américaine à garder en détention pour une durée indéterminée les étrangers. Le droit international est ainsi malmené comme le prouvent par exemple les conditions de détention des prisonniers enfermés à Guantanamo, une base américaine située sur l'île de Cuba ou encore la mise en place de prisons secrètes de la CIA dans de nombreuses régions de la planète.

* Le djihadisme international aujourd'hui.

Harcelé en Afghanistan et dans les régions tribales frontalières du Pakistan, le noyau dur d’Al-Qaïda a subi de lourdes pertes, pour autant une série d’attaques récentes prouve que la menace djihadiste ne saurait être négligée.
- Le 25 décembre 2009, un étudiant nigérian, Omar Farouk Abudlmutallab tente de faire exploser en vol un avion de la Northwest Airlines.
- Le 30 décembre, Khalil Abou Moulal al-Balawi, un informateur de la CIA lié à Al-Qaïda, tue 7 employés de l’agence dans un attentat suicide perpétré à Khost.
- Le 1er janvier 2010, un Somalien tente d’assassiner le caricaturiste danois Kurt Westergaard, auteur d’une des caricatures du prophète Mohammed en 2005.


http://www.brothersdiary.com/wp-content/uploads/getimage_aspx.jpg
Omar Farouk Abudlmutallab.

Al Qaïda s’est morcelée au fil des années en une multitude de mouvements régionaux déconnectés les uns des autres, mais conserve néanmoins un grand impact idéologique sur les musulmans extrémistes.
L’agence de renseignements internationale, Statfor, estime que le djihadisme international se décompose en trois cercles distincts :
- Le noyau dur d’Al-Qaïda installé au Nord-Est du Pakistan (au Waziristan).
- Second vecteur du djihadisme : les groupes régionaux qui opèrent dans un certain nombre de pays, notamment au Yémen, en Somalie (où l’absence de tout contrôle étatique permet au mouvement de prospérer), en Algérie et au Maroc, notamment dans de vastes territoires désertiques échappant à tout contrôle étatique.
- Le troisième cercle, plus difficile à cerner, serait composé de milliers d'islamistes à travers le monde qu’Al Qaïda et ses franchises inspirent, mais qui n’ont que peu de liens directs avec elles. Les services de renseignements américains sont ainsi particulièrement préoccupés par l'essor de l’activisme parmi les Américains musulmans (la forte capacité d’intégration du pays avait jusque là laissé supposer que la menace terroriste intérieure était bien plus faible qu’en Europe).

La nature asymétrique du combat entre les gouvernements et le djihadisme rend de toute façon très improbable l’éradication définitive prochaine du terrorisme islamiste




Un grand merci à Marie pour son aide.


"Days of fire" Nitin Sawhney.

There's no more trains going that way
There's no more trains coming this way
You better make your way home, son
There's something going down in London

il n'y a plus de trains pour cette direction
il n'y a plus de train dans l'autre direction
tu ferais mieux de rentrer chez toi, fils,
il y a quelque chose qui s'effondre à Londres

Well That ain't gonna stop me
So I step out the station and what do I see?
Traffic for days
Let me walk a bit and I'll see where it get me

eh bien, cela ne va pas m'arrêter
je sors de la station et qu'est-ce que je vois?
de la circulation
Je vais marcher un peu et je verrai où cela me mène

Then it all went slow motion, everything slow motion
First came the flash of lights then the sound of explosion
And we're still in slow motion, we're still in slow motion

Et puis tout est passé au ralenti, tout au ralenti
d'abord l' éclat des lumières, puis le son de l'explosion
et nous sommes toujours au ralenti, au ralenti

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ses rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

Now I'm on the train going that way
There were too many people coming this way
Delayed trains, delayed trains
Didn't plan for death on the subway

Je suis maintenant dans le train allant dans cette direction,
il y avait trop de personnes allant dans l'autre direction
trains retardés, trains retardés,
pas prévu de mourir dans le métro

So I step out the station, brazilian name all over TV
Realization - I was on the next train - could 've been me

alors je sors de la station, un nom brésilien sur tous les écrans
je réalise - j'étais dans le train suivant- que cela aurait pu être moi

Then it all went slow motion, everything slow motion
First the flash of light then the rise of emotion
And I'm still in slow motion, I'm still in slow motion

Puis tout est passé au ralenti, au ralenti
d'abord le flash lumineux ensuite la vague d'émotion
je reste au ralenti, toujours au ralenti

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ces rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
mais maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

One day going that way, one day going this way
Those summer days, that crazy phase
Like a jack-knifed car on the highway

un jour allant dans ce sens, un jour allant dans l'autre
ces jours d'été, cette folle période
comme une voiture qui se retourne sur l'autoroute

Just two mad situations, fire on the news, fire on TV
A bus, a train station, the crossfire sights of destiny

juste deux situations folles, le feu aux infos, le feu à la télé
un bus, une gare, les feux de croisement de la destinée

Now it's all gone slow motion, everything slow motion
The lights gone out - I feel no more emotion
I'm all out of emotion, I'm out of emotion

maintenant que tout est passé au ralenti, tout au ralenti
les lumières sont éteintes - je ne ressens plus rien
je suis privé de toute émotion

On these streets where I played
And these trains that I take, I saw fire
But now I've seen the city change in
Oh so many ways, since the days of fire
Since the days of fire

dans ses rues où je jouais
et ces trains que je prends, j'ai vu le feu
mais maintenant j'ai vu la ville se transformer
de tant de manières, depuis les jours de feu,
depuis les jours de feu

Sources:
- Le dessus des cartes de J.C. Victor: "terrorisme, local ou global?".
- "Les trois âges de la révolution islamique" par Olivier Roy, les collections de l'Histoire n°30.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "dictionnaire d'histoire contemporaine", Larousse, 2008.
- Jeune Afrique du 2 février 2010.



lundi 1 septembre 2008

81. En 1990, c'est l'heure de la "conscientisation"


La Guerre du Golfe a eu sa (belle) part de désinformation (si, si, je vous jure, n'en déplaise aux journalistes qui trouvent qu'ils ont fait honnêtement leur travail), le chanteur Jean Leloup en a aussitôt fait une chanson érotico-sarcastique...



Voici les paroles :

Mesdames et messieurs attention
Je vais vous faire une chanson
Le sujet en est ambitieux
De mon image je suis soucieux
En 1990
C'est l'heure des communications

Depuis le début de ce siècle
Nous avons vu l'apparition
Du moteur Ford à explosion
Puis de l'avion à réaction

Mais de toutes les inventions
C'est sans doute la bombe à neutrons
Qui nous laissa le plus baba
Au cours du célèbre Hiroshima
Mais 1990 devrais nous laisser tous pantois
Devrait nous laisser tous gagas

Il y a les missiles patriotes
Dirigés par ordinateur
Sony Fuji et Macintosh
Se culbutent dans les airs le rush
La guerre technologique fait rage
C'est un super méga carnage
Attention voilà les avions
Qui tirent
C'est l'heure de l'émission
En 1990
C'est l'heure de la médiatisation
En 1990
C'est l'ère de la conscientisation

Fini les temps maudits du sport
Du jogging et de la cigarette
La preuve en est nos beaux soldats
Américains qui sont là-bas
Bronzés à la vitamine d
Nourris aux fibres équilibrées
Les mort qui seront faits là-bas
Seront en bonne santé je crois

Les impôts du contribuable
N'ont pas été payés en vain
La preuve en est il est possible
De ne jamais rater sa cible
Si on connaît le vidéo
Si on se pratique le coco
Bientôt disponible bientôt
Koweit Irak en nintendo
En 1990 c'est l'ère de la socialisation
En 1990 c'est la démocratisation

J'en était à ces réflexions
Quand tout à coup je me sens con
Assis par terre dans le salon
Je ne fous rien je suis un con
Heureusement que ma copine
A soudain l'idée de génie
De me toucher le porte-avion
Vite fait je lui sors mon canon
Ça va chauffer oui mon amour
Je pointe mon radar à ions
En plein dans ta sortie de secours
Je vais larguer mes bombes attention
En 1990 j'ai mis ma participation
En 1990 j'étais dans la coalition
En 1990 {2x}
Hier soir dj a sauvé mon âme avec cette chanson {2x}


Jean Leloup (appelé aussi Jean Leclerc) est un auteur compositeur canadien qui a écrit la chanson durant l'offensive de la coalition dirigée par les EU en janvier 1990. Sa chanson reprend dans les grandes lignes les longs commentaires des journalistes, des émissions spéciales qui diffusaient durant des heures involontairement (ou pire volontairement) une propagande pro-occidentale.

Quelques rappels historiques (pas trop long....sinon allez voir sur Wikipédia)
En 1990, les Etats-Unis ont enfin gagné la guerre froide, il dirige le monde libre et impose un nouveau droit international. Le mur de Berlin est tombé, les démocraties populaires se défont une à une de la tutelle de Moscou. Quant à l'URSS, elle agonise lentement, Gorbatchev doit gérer l'implosion inéluctable de l'empire soviétique.
Durant l'été 1990, dans une certaine indifférence estivale, le dictateur irakien Saddam Hussein envahit le Koweit (petit émirat qui regorge de pétrole). Malgré la pression internationale, Saddam Hussein s'entête et ne retire pas son armée.... Au départ, il ne croit pas à la détermination américaine (celle en particulier de Papa Bush).
Il faut plusieurs semaines à la coalition pour transporter les 500 000 hommes et le matériel en Arabie Saoudite. Le 16 janvier 1991, l'offensive aérienne débute, elle est suivie de l'offensive terrestre de grande envergure (Desert Storm) près d'un mois plus tard.
Les Irakiens doivent fuir, en laissant les puits de pétrole enflammés....
On décide de ne pas envahir l'Irak et de laisser en place Saddam Hussein.... (du moins, jusqu'en 2003)

Voici les thèmes développés dans la chanson

- La coalition composée de 34 Etats est la plus belle armada moderne (530 000 hommes), technologique que le monde ait vu depuis longtemps. La guerre technologique fait rage.
- Les Etats-Unis disposent en effet, d'armes modernes comme l'avion furtif, les Patriots qui sont des missiles destinés à défendre Israël des attaques de l'Irak qui cherche à embraser tout le Moyen-Orient.
- Les reportages filment les camps des armées américaines, superbes installations, tout confort : restaurant, salles de sport, pas de cigarettes devant les caméras.... Bref, la vie du soldat américain a bien changé quand on la compare au Vietnam.... Là encore, tout cela sentait la propagande à plein nez....Les familles des GI's étaient rassurées....et puis de toute façon aucun mort filmé....pertes minimum : les morts seront en bonne santé !
- C'est la première guerre où la technologie va tout résoudre : la coalition bombarde l'Irak pendant 6 semaines avec des bombes à visée laser....sans jamais rater sa cible : on parle (c'est indécent aujourd'hui) de frappes chirurgicales...précises pratiquement sans dégâts collatéraux...(bien sûr, on y croit tous !)... On pense ici aux images télévisées distillées par l'armée américaine et les images du ciel de Bagdad embrasé par les bombes et les batteries anti-aériennes.... Tout cela ressemblait, il est vrai à un jeu vidéo (Nintendo) mais grandeur nature....

Voilà, la guerre du Golfe est une grande victoire de la technologie, l'armée américaine a pris sa revanche du Vietnam. Elle a surtout réussi à gérer la dimension médiatique du conflit : plus de pertes filmées dans l'armée américaine, plus de victimes civiles filmées. La démocratie en a sans doute pris un coup.....c'est je crois le propos de la chanson de Jean Leloup qui préfère du coup faire l'amour à la guerre....
Il a raison, non ?

Jean-Christophe Diedrich

dimanche 11 mai 2008

32. Peter Gabriel "Biko"

Protestations en Afrique du Sud à la mort de Steve Biko


Le 18 aout 1977, Steve Bantu Biko, fondateur du premier syndicat étudiant noir d’Afrique du Sud et militant anti-apartheid est arrêté par la police pour terrorisme. Le 12 septembre, celle-ci annonce sa mort, officiellement des suites d’une grève de la faim.

Personne n’est dupe, Biko est mort à la suite des sévices courants dans les prisons sud-africaines. Le scandale va durement toucher la crédibilité du régime de Pretoria et symboliser les déchirements d'une société qui vit séparée par couleurs.

Le pays en effet est une mosaïque ethnique. Il fut colonisé par les portugais puis par des hollandais avant d’être conquis par la force au début du XXème siècle par les britanniques. L’Afrique du Sud vit sous un régime de séparation raciale stricte doublée d’une rivalité entre blancs eux mêmes. Après son indépendance en 1910, la situation du pays est très compliquée. La minorité blanche descendante de colons protestants hollandais et français qui se nomme elle-même afrikaner veut marquer à la fois son rejet du colonisateur anglais avec qui elle s’est violemment battue au XIXème siècle (il y eut même des camps de concentration où les afrikaners moururent par milliers) et sa prééminence sur les différentes tribus noires qui peuplent le pays. Ces afrikaners ont une langue dérivée du néerlandais avec une bonne louche de français (apartheid vient ainsi de l'expression "à part"), une culture et une religion calviniste différente des anglophones anglicans et se considèrent d'abord non comme des européens mais comme des africains blancs, propriétaire de terres vierges qu'ils ont mis en valeur et qui n'appartiennent ni aux anglais, ni aux tribus noires qui ne les ont jamais exploitées.
Il faut bien voir qu'en ce qui les concerne, les Noirs, largement majoritaires, sont divisés en une myriade de tribus (xhosa, zoulous, sothos etc…) souvent hostiles les unes aux autres auxquels il faut encore rajouter de nombreux immigrés malais ou indiens amenés comme main d’œuvre par le colonisateur britannique (Gandhi, de 1894 à 1914 defendra pendant 20 ans ces mineurs ou paysans indiens corvéables à merci.)

Avec l’indépendance, les blancs, à majorité afrikaner, prennent les rênes du pays pour mieux se démarquer de l’ancienne métropole. Il se met en place un système de lois, votée en 1948, interdisant à la majorité noire ou aux descendants de travailleurs immigrés tout pouvoir politique ou économique. C’est l’apartheid, qui divise strictement les communautés selon la couleur de peau. Par peur de la montée démographique des « colored », c’est aussi une ségrégation géographique qui tend à séparer clairement quartiers blancs et noirs. De même toute relation sexuelle entre blanc et non-blanc devient un crime passible de prison.

Une plage en Afrique du Sud dans les années 80

Des minis états noirs, prétendument indépendants, les bantoustans (Lesotho, Swaziland etc…) sont crées pour séparer davantage les noirs des régions les plus riches, à majorité blanche. Ce sont des états fantoches, sans véritable pouvoir ni indépendance économique qui servent à calmer les esprits.

Dans les années 60 puis 70, ces lois de ségrégations ne cessent de se durcir, alors que l’Afrique du Sud profitant de ressources économiques importantes en matières premières en profite pour s’enrichir et se proclamer fer de lance de la lutte contre la menace soviétique dans la région. Elle obtient par ce biais l'indulgence de la plupart des gouvernement occidentaux. Elle s’accompagne d’une politique répressive de plus en plus forte qui vise à empêcher l’éclosion d’une conscience politique dans la majorité noire qui croupit dans la pauvreté. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont jetés en prison. Steve Biko, un des rares noirs étudiants en médecine dans les années 60 est l’un de ces contestataires. Bien que se revendiquant non-violent, il apparaît comme plus radical que l’ANC, jugé trop conciliant avec le pouvoir blanc, participant à des manifestations qui tournent parfois à l’émeute face à la police.

Dans les années 70, les townships, quartiers de bidonville noirs dont le plus célèbre est Soweto en banlieue de Johannesburg s’enflamment régulièrement. La répression de la police y est féroce, arrestations arbitraires et disparitions se multiplient.

L'arrestation de Biko et sa mort suspecte choquent l’opinion publique mondiale. D’autant que des photos montrant son corps nu et portant de violentes traces de coup font le tour des rédactions des journaux du monde entier. Interrogé à ce sujet, le ministre de la justice de l'époque, Jimmy Kruger, déclare que la mort de Biko le laisse "froid". L’ONU vote deux résolutions appelant à un embargo des armes contre l’Afrique du Sud.

En 1980, l’ancien chanteur du groupe Genesis, Peter Gabriel, passionné de musiques africaines popularise auprès du public occidental la cause de la lutte anti-apartheid au travers d’une chanson sobrement appelée Biko et qui mêle des expérimentations synthétiques à des chants africains plus traditionnels. Si l’album « Peter Gabriel 3 » trop expérimental aux yeux du grand public est un échec commercial, la chanson Biko rencontre elle un écho important, incitant d’autres artistes connus à s’engager politiquement pour soutenir des causes politiques




September '77
Port Elizabeth weather fine
It was business as usual
In police room 619
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead




When I try and sleep at night
I can only dream in red
The outside world is black and white
With only one colour dead
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead


You can blow out a candle
But you can't blow out a fire
Once the flames begin to catch
The wind will blow it higher
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead
And the eyes of the world are
watching now
watching now

-------------------------------



Septembre 1977
Port Elizabeth, météo clémente
Rien de plus que la routine
Au commissariat dans la pièce 619
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Ton esprit plane, ton esprit plane
- L'homme est mort

Quand j'essaye de dormir la nuit,
Je ne rêve qu'en rouge
Le monde extérieur est noir et blanc
La seule couleur est la mort
Oh Biko, Biko, parce que Biko

Oh Biko, Biko, parce que Biko
ton esprit plane, ton esprit plane
- L'homme est mort


Tu peux éteindre une bougie en soufflant
Mais tu ne peux pas éteindre un feu
Une fois que les flammes sont là
Le vent lui fera prendre de l'ampleur
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Oh Biko, Biko, parce que Bikoton esprit plâne, ton esprit plâne
-L'homme est mort
Et les yeux du monde
regardent maintenant
regardent maintenant




 

Peter Gabriel sera un des initiateurs de la fusion entre les courants pop rock et la world music fondant un festival WOMAD (World Of Music, Art & Dance) et un studio, Real World qui ira produire des artistes du monde entier, souvent à perte, car Gabriel frôlera la faillite à plusieurs reprises. D’autres artistes connus reprendront cette cause, la rendant médiatique, comme Tears for Fears et son « Mandela Days » ou le chanteur sud-africain Johnny Clegg surnommé le Zoulou blanc qui popularise les danses tribales traditionnelles (« Scatterlings of Africa » ou « Asimbonanga » dédiée à Mandela).

Les protestations internationales, le prix Nobel de la paix accordé au pasteur noir Desmond Tutu, autre figure de la lutte anti apartheid ou la multiplication des sanctions contre l’Afrique du Sud, privée de Jeux Olympiques ou de relations commerciales normales, vont progressivement obliger les autorités de Pretoria à lâcher du lest face à la contestation noire. Petit à petit, malgré l’opposition des conservateurs blancs qui dénoncent la prétendue influence de la propagande communiste derrière les mouvements anti-apartheid, les présidents Peter Botha puis Frederick de Klerk suppriment une par une les lois ségrégationnistes pour rendre à l’Afrique du Sud sa place parmi les nations.



La campagne de boycott contre les oranges sud-africaines Outspan qui marqua les esprits dans les années 70.


En 1990, après 24 ans derrière les barreaux, Nelson Mandela leader de l’ANC est libéré devant les caméras du monde entier. Un an plus tard alors que les lois d’apartheid sont officiellement supprimées, Mandela devient le premier président noir du pays et se lance dans une politique de réconciliation nationale pour éviter au pays un embrasement ethnique.

De Klerk et Mandela, au moment de la libération de ce dernier. Il recevront ensemble le prix Nobel de la paix.

Depuis, l’Afrique du Sud, devenue l’une des premières puissances économiques africaines et un pays émergeant grâce à ses nombreuses matières premières, joue un rôle international de plus en plus fort et tente de se poser comme la locomotive de l’Afrique. Mais, même si une bourgeoisie noire s’est développée, les inégalités économiques restent encore importantes et la société sud-africaine, bien que démocratique, demeure toujours assez cloisonnée.

Une commission "vérité et réconciliation" fut créée pour juger des crimes du temps de l’apartheid dont la mort de Biko. La police reconnaîtra sa responsabilité dans le décès sous les coups du militant noir, mais au final, en 2003, aucune poursuite ne sera déclenchée. Comme ce sera le cas pour beaucoup de crimes commis par les dirigeants du régime de l’apartheid ou par les membres les plus extrémistes des mouvements anti ségrégationnistes. Le nouveau pouvoir ne veut pas rouvrir des plaies encore vives dans la société sud-africaine.

La mort de Biko a au moins réveillé les consciences et la chanson de Peter Gabriel fut de celles qui forcèrent l’opinion internationale à ouvrir les yeux sur la situation là bas. Comme le dira Mandela en 1994 « Biko a été le premier clou dans le cercueil de l’apartheid. »

mercredi 7 mai 2008

28. The Specials AKA:"Free Nelson Mandela".


La pochette du disque des Specials.

En 1924, le parti national afrikaner, défenseur de la minorité blanche et partisan de la ségrégation raciale, arrive au pouvoir. Il met en place une politique appelée "apartheid". Il s'agit d'un ensemble de mesures visant à limiter les droits des noirs et à les séparer des blancs.

Après des études de droit à Johannesburg, Nelson Mandela rejoint le Parti du Congrès national africain (ANC) pour lutter contre la domination sans partage des blancs. Le parti dénonce la répression policière féroce qui atteint son point culminant avec le massacre de Sharpeville en 1960 (69 individus y sont tués).

L'ANC lance alors un appel à la lutte armée. Aussitôt le parti est interdit et ses dirigeants emprisonnés. Mandela est ainsi arrêté en 1962, condamné à 5 ans de prison en 1963, puis à la prison à perpétuité sur l'île Robben en 1964.

Il ne sera libéré que 26 ans plus tard, en 1990, lorsque le président De Klerk lève l'interdiction de l'ANC. Élu un an plus tard à la présidence de l'ANC, Mandela met fin à l'apartheid en accord avec De Klerk. Les deux hommes reçoivent le prix Nobel de la paix en 1993.Lors des élections présidentielles de 1994, les premières réellement libres du pays, Mandela remporte la victoire. Il dirige le pays jusqu'en 1999. Depuis sa sortie de charge  et jusqu'à son décès en 2013, Mandela consacre son temps à la lutte contre le sida qui fait des ravages terribles en Afrique australe (5 à 6 millions de sud-africains vivraient avec le sida selon l'ONU).

Le ska est un genre musical apparu en Jamaïque dans les années 1960, savant mélange du mento, musique folklorique de l'île, jazz et de rythm'n'blues particulièrement appréciés par les Jamaïcains via les stations de radio émettant depuis la Floride.

Les nombreux immigrés jamaïcains en Grande Bretagne apportent avec eux leurs musiques. Aussi, au cours des années 1970, des groupes de ska britannique, souvent mixtes, apparaissent: les Specials, Madness, Bad Manners... Antiracistes, ils multiplient les titres dénonçant les discriminations raciales. Ici, les Specials rendent hommage au leader de l'ANC, alors emprisonné depuis 21 ans.

Free Nelson Mandela (1984).

Free Nelson Mandela
Free free
Free free free Nelson Mandela


Libérez Nelson Mandela
Libérez libérez
Libérez libérez libérez Nelson Mandela

Free Nelson Mandela

Libérez Nelson Mandela

21 years in captivity
Shoes too small to fit his feet
His body abused, but his mind is still free
You're so blind that you cannot see

Vingt et un ans de captivité,
tes chaussures sont trop petites ne vont pas à ses pieds
Son corps est meurtri, mais son esprit est resté libre
tes oeillères t'empêchent de voir cette évidence

Free Nelson Mandela
Libérez Nelson Mandela

Visited the causes at the AMC
Only one man in a large army
You're so blind that you cannot see
You're so deaf that you cannot hear him

Visité les causes de l'ANC
seul homme dans une grande armée
tu es si aveugle que tu ne peux voir
tu es tellement sourd que tu ne peux entendre cette évidence

Free Nelson Mandela

Libérez Nelson Mandela

21 tears in captivity
You're so blind that you cannot see
You're so deaf that you cannot hear him
You're so dumb that you cannot speak

21 larmes (jeu de mot "tears/years") en captivité
tu es si aveugle que tu ne peux pas voir
tu es tellement sourd que tu ne peux entendre
tu es si muet que tu ne peux parler


Free Nelson Mandela

Libérez Nelson Mandela

mercredi 9 avril 2008

7. Abd Al Malik : "12 septembre 2001"

Abd al Malik n'aime rien tant que la complexité. Sa musique, qui mêle le rap, le slam et le jazz, lutte contre les préjugés et la tentation de voir le monde en noir et blanc. D'origine congolaise, le chanteur a grandi dans le quartier du Neuhof à Strasbourg. Après beaucoup de bêtises, Abd al Malik s'est converti à l'Islam et est devenu soufi (la mystique de l'Islam). Sa chanson 12 septembre se veut une réponse à ceux qui ont vu dans les attentats du 11 septembre le signe d'un "choc des civilisations". La possibilité d'ouvrir les yeux sur la complexité du monde a en effet été gâchée par la suspicion qu'il définit magnifiquement : "c'est quand un homme a peur et que l'autre en face ne le rassure pas".


J'avais déjà un flow de tarés lorsque les tours jumelles se sont effondrées,
j'avais déjà un flow de dingues lorsque les tours jumelles se sont éteintes.


Je fus choqué dans mon intime et je vous jure,
que si j'n'avais pas eu la foi j'aurais eu honte d'être mouslim.
Après ça fallait qu'on montre aux yeux du monde,
que nous aussi nous n'étions que des hommes,
que s'il y avait des fous, la majorité d'entre nous ne mélangeait pas, la politique avec la foi.

(Refrain)

Après cela on a tous été pointés du doigt,
ils se sont demandés p'têtre qu'ils sont tous comme ça.
Des canons s'mirent à bombarder Bagdad et des corps s'effondrèrent en Espagne.
Nos leaders se mirent à geindre et la Suisse sur un plateau d'télé face à un homme d'état mélangea, la politique avec la foi.

(Refrain)

Je découvris la suspicion, c'est quand un homme à peur et que l'autre en face ne le rassure pas.
C'est quand celui qu'on croyait connaître devient soudain,
celui qu'on n'connait pas.
Les Pays-Bas assassinèrent le descendant d'un peintre de renom,
la France continua à dire non.
L'Europe se scinda en deux, les uns et les autres qui n'voulaient pas qu'on confonde, la politique avec la foi.

(Refrain)

J'avais la conviction intime ce septembre 2001 que,
comme avant il n'y aurait plus rien,
et en un sens c'était sublime, le grain disait à Dieu à livrer,
alors une parole de paix et j'allais pouvoir délivrer.
Ainsi tous se reconnaîtraient dans la grande famille de l'humanité qui, naturellement, viscéralement ne confondrais pas,
la politique avec la foi.

(Refrain)

On allait tout déconstruire, déconstruire avec trois D comme, Deleuze, Derrida et Debray.
Ni fondamentalistes ni extrémistes de l'islam ou d'l'a laïcité,
mais là : ça d'vient lourd j'crois.
Trop compliqué en tout cas, et puis moi, je n'mélange pas,
la politique avec la foi.

Et au fait, ce mois là et l'mois qui a suivi, y a eu l'album de Jay-Z : Blueprint, une leçon, et l'premier classique de Wallen : A force de vivre, avec celle qui a dit non,
et l'bouquin d'Jonathan Franzen : Les Corrections,
et moi, moi qui ne f'sais rien qui, qui galerais à la maison, ah si : je changeais les couches de mon fiston.
(Ahahahah)





Chapitre d'histoire: vers un nouvel ordre mondial?