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mercredi 12 novembre 2008

115. Crosby, Stills, Nash and Young : "Ohio" (1970)

Le groupe CSN&Y est un groupe de rock et folk formé en 1968. Il associe des musiciens aux styles et aux personnalités assez différentes. La figure la plus connue est le Canadien Neil Young qui poursuit depuis cette date une carrière solo tout en se joignant parfois au groupe. CSN&Y participe au mythique festival de Woodstock en 1969, année de son premier album. Alors qu'ils sont au zénith de leur succès, leur tournée est interrompue pour enregistrer un titre écrit par Neil Young. L'actualité lui a en effet inspiré une chanson farouchement opposée à la politique du président Nixon :
"J'avais le Time sous le nez, ouvert sur la photo de cette fille hébétée devant le cadavre d'un étudiant couvert de sang. C'était sous mes yeux, je n'ai eu qu'à transcrire."
La chanson est écrite le matin, enregistrée l'après-midi et publiée dans les plus brefs délais. C'est la première protest song de Neil Young et un grand succès pour le groupe (le dernier avant longtemps...). La chanson grimpe à la 14ème place des plus vendues.
Le guitariste David Crosby aurait pleuré pendant l'enregistrement et on l'entend se lamenter : "Pourquoi quatre ? Pourquoi sont-ils morts ? Combien d'autres ?"

Que s'est-il passé ce 4 mai 1970 à Kent State University ?

Le 30 avril, le président Richard Nixon (républicain, photo ci-contre) annonce que des troupes américaines ont pénétré au Cambodge dans le but, dit-il "de mettre fin à la guerre au Vietnam et pour obtenir la juste paix que nous désirons tous". Sur la plupart des campus, c'est l'indignation. Nixon a en effet été élu en novembre 1968 sur un programme de paix au Vietnam, l'opinion ayant compris, après le succès médiatique de l'offensive communiste du Têt en janvier 1968, qu'il n'y avait pas de victoire envisageable dans ce pays. L'opinion se lasse de cette guerre qui mobilise d'importantes sommes financnières et traumatise toute une génération de jeunes hommes qui sont envoyés combattre le communisme.
A Kent dans l'Ohio, des étudiants d'histoire appellent à un rassemblement le 1er mai. 500 personnes manifestent sur le campus de la Kent State University (KSU). KSU est une université paisible de province qui compte 20 000 étudiants à proximité d'une ville de 30 000 habitants. Le campus, comme beaucoup d'autres, a connu une certiane effervescence au cours de la décennie. Le réglement a été assoupli (garçons et filles peuvent se rendre visite dans leurs chambres, alcool autorisé,...) mais l'administration reste fortement critiquée pour sa gestion. Lors de la manifestation, un exemplaire de la Constitution est brûlé pour protester contre sa violation puisqu'un pays a été envahi sans qu'une déclaration de guerre ait été approuvéeé par le Congrès. Dans la soirée, quelques policiers reçoivent des bouteilles de bières au centre de la ville alors qu'un rassemblement spontané de plusieurs centaines de jeunes s'est formé. Quelques vitrines de banques sont brisées.
Le maire de la ville, Leroy Satrom, décide de proclamer l'Etat d'urgence et de faire fermer les bars de la ville. Cette mesure conduit encore plus de personnes à être dans la rue. La police force tout le monde à se retirer vers le campus, quel que soit son lieu de résidence. 14 personnes sont arrêtées.

Le lendemain, le maire décrête un couvre-feu pour la nuit et alerte la Garde Nationale de l'Ohio sans en avertir l'administration de l'université. Le soir, après le couvre-feu, plusieurs centaines de personnes se rassemblent et marchent sur le bâtiment destiné aux futurs Officiers de réserve (ROTC) dans l'Université en scandant des slogans anti-guerre. Certains y mettent le feu, les pompiers sont empêchés d'intervenir. La garde intervient jusque dans les dortoirs.
La journée du 3 mai est plutôt calme. Le campus est complètement occupé par la Garde nationale. Le gouverneur de l'Ohio, James Rhodes (en campagne pour le siège de sénateur, photo ci-contre) dit vouloir "régler le problème au fond" et compare les agitateurs à des "chemises brunes" et des "communistes". Ce soir-là, un commandant de la Garde de l'Ohio dit à ses hommes qu'ils ont le droit de tirer. De nouveau, des étudiants tentent de se rassembler après le couvre-feu mais se heurtent à la garde qui les disperse à coup de baïonnettes et en utilisant des gaz lacrymogènes (photo ci-dessus).

La tension est donc montée progressivement jusqu'au matin du 4 mai. Le gouverneur est sur le point de décrêter la loi martiale. Des étudiants se rassemblent en fin de matinée pour protester contre l'invasion du Cambodge et la présence de la Garde Nationale sur le campus. Celle-ci demande à la foule de se disperser ce qu'elle ne fait pas. L'ordre de disperser la foule est donné. Les étudiants courrent, beaucoup ne sont que simples spectateurs. Le général Canterbury constate que la foule semble s'être dispersée et demande à ses hommes de se replier. Mais un groupe d'une douzaine de gardes, très probablement sur un ordre verbal, tire sur la foule 67 balles en 13 secondes qui font 9 blessés et 4 morts : Allison Krause, Jeffrey Miller, Sandra Scheuer et William Schroeder.


L'émotion est énorme dans l'opinion et la chanson de Young en porte la marque. La première grève nationale des universités est déclenchée, mobilisant plus de 4 millions d'étudiants. Même l'Amérique de la "majorité silencieuse", celle qui a élu Nixon pour mettre fin aux "désordres", est choquée par la mort de jeunes étudiants. Nixon a avoué que cela fut l'un des jours les plus sombres de sa présidence, il y en aurait d'autres...
Nixon est cité directement comme responsable du massacre, ce qui est assez courageux. Le titre est d'ailleurs boycotté par la plupart des radios (en AM), mais est diffusé par la FM, notamment les radios étudiantes. Le groupe, sans Young, a chanté la chanson sur le site de KSU en 1997.





Version live ici

Tin soldiers and Nixon coming,
We're finally on our own.
This summer I hear the drumming,
Four dead in Ohio.

Gotta get down to it
Soldiers are gunning us down
Should have been done long ago.
What if you knew her
And found her dead on the ground
How can you run when you know?

Gotta get down to it
Soldiers are gunning us down
Should have been done long ago.
What if you knew her
And found her dead on the ground
How can you run when you know?

Tin soldiers and Nixon coming,
We're finally on our own.
This summer I hear the drumming,
Four dead in Ohio.


Des soldats de plomb et Nixon qui arrivent
Nous sommes enfin libres de penser
Cet été j'entends les roulements de tambour
Quatre morts dans l'Ohio
Je dois y aller
Les soldats nous descendent
Cela aurait dû arriver depuis longtemps
Qu'en serait-il si tu l'avais connue
Et trouvée morte sur le sol
Comment peux-tu courir lorsque tu le sais ?

Le groupe enregistre le même jour un titre composé par Stills rendant hommage aux morts des guerres : "Find the Cost of Freedom"



A lire :



mercredi 15 octobre 2008

106. Isabelle Adjani - Ohio

Pourquoi ne pas réviser la géographie des Etats-Unis en écoutant cette chanson loufoque interprétée par Isabelle Adjani? Elle est tirée son unique album à ce jour, "Pull marine" sorti en 1983. Pour ses premiers pas dans le monde de la musique, l'actrice s'adjoint les services de Serge Gainsbourg, un habitué des collaborations avec des actrices qui s'essaient à la chanson (Bardot, Deneuve). 



Il ne semble pas nécessaire d'analyser les paroles de cette chanson qui ne brillent pas par leur profondeur. En tout cas, leur absurdité apparente et leur second degré séduisirent à l'époque, à tel point que l'expression "un état proche de l'Ohio" est rentrée dans le langage courant. Les ventes du disque vaudront même à la chanteuse un disque d'or.



Afin de maîtriser la localisation des états des Etats-Unis et du Canada, un petit jeu amusant.

Isabelle Adjani:"Ohio".


J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'ai le moral à zéro
J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'approche peu à peu du Nevada
J'ai envie de m'évader
D'passer les frontières et de m'extrader

J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'ai le moral à zéro
J'suis dans un état proche de l'Ohio
Je me suis perdue dans le Colorado
On m'a laissée en radeau
J'imaginais trouver l'Eldorado

J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'ai le moral à zéro
J'suis dans un état proche de l'Ohio
Je marche forcée dans le Massachusetts
A côté de mes chaussettes
J'ai un p'tit scarabée d'or dans la tête

J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'ai le moral à zéro
J'suis dans un état proche de l'Ohio
Et dans quel état serai-je en Utah
Je n'en ferai pas état
Etat second j'suis dans tous mes états

J'suis dans un état proche de l'Ohio
J'ai le moral à zéro
J'suis dans un état proche de l'Ohio

jeudi 24 avril 2008

20. Billy Joel : "Allentown", 1982

A partir de la deuxième moitié des années 1970, l'industrie sidérurgique entre en crise dans beaucoup de pays industrialisés. Aux Etats-Unis, les villes d'Allentown et de Bethleem en Pennsylvanie étaient avec Pittsburgh (siège d'US Steel) au coeur de la Manufacturing belt. La ville de Bethleem a donné son nom à l'un des grands sidérurgistes américains, la Bethleem Steel. Une partie de cet espace se transforme en Rust Belt (rouille, en particulier la Lehigh valley où se trouvent ces deux villes). Les usines ferment et deviennent des friches.





C'est le paysage que décrit le chanteur Billy Joel dans sa chanson Allentown sortie en 1982. La chanson est imprégnée de l'atmosphère sonore des usines. Elle aurait du s'appeler Levittown (sa ville natale sur Long Island près de New York) et devait décrire le désœuvrement des jeunes. Mais il avait peur qu'elle soit trop ennuyeuse. Ayant donné des concerts dans la Lehigh valley avant la crise, il constata la transformation. Il eut l'idée d'appeler la chanson Bethleem mais pensa que le nom avait une consonance trop religieuse, ce fut donc Allentown. Aujourd'hui encore, les habitants de la ville sont partagés sur la "publicité" faite à la ville par cette chanson qui montre les ravages sociaux de la crise économique. Elle décrit l'univers de ces blue collars (cols bleus) qui sont l'un des enjeux de la présidentielle de 2008 et qui votent pluôt en faveur d'Hillary Clinton dont la famille est d'ailleurs originaire de Scranton en Pennsylvanie, non loin d'Allentown.


Voici les paroles (traduction E. A.) :

Well we're living here in Allentown Eh bien nous vivons ici à Allentown
And they're closing all the factories down Et ils ferment toutes les usines
Out in Bethlehem they're killing time Dehors à Bethléem ils tuent le temps
Filling out forms Remplissant des formulaires
Standing in line Debout dans la file d'attente
Well our fathers fought the Second World War Eh bien nos pères ont combattu la Deuxième Guerre mondiale
Spent their weekends on the Jersey Shore Ont passé leur week-end sur la Côte du New Jersey
Met our mothers in the USO Rencontré nos mères à l'USO [organisation faisant le lien entre l'armée et la population]
Asked them to dance Leur ont demandé de danser
Danced with them slow Ont dansé avec elles des slows
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown

But the restlessness was handed down Mais l'agitation a été transmise
And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
Well we're waiting here in Allentown Eh bien nous attendons ici à Allentown
For the Pennsylvania we never found La Pennsylvanie que nous n'avons jamais trouvé
For the promises our teachers gave Les promesses que nos enseignants ont donné
If we worked hard Si nous travaillions dur
If we behaved Si nous nous tenions bien
So the graduations hang on the wall Ainsi, les diplômes s'accrochèrent au mur
But they never really helped us at all Mais ils ne nous ont jamais vraiment aidé
No they never taught us what was real Non jamais ils ne nous ont appris ce qui était vrai
Iron and coke Le fer et le coke
And chromium steel L'acier chromé
And we're waiting here in Allentown Et nous attendons ici à Allentown

But they've taken all the coal from the ground Mais ils ont pris tout le charbon du sol
And the union people crawled away Et les gens des syndicat ont fui
Every child had a pretty good shot Chaque enfant avait plutôt une assez bonne chance
To get at least as far as their old man got D'obtenir au moins autant que leur père
But something happened on the way to that place Mais il s'est passé quelque chose sur la voie vers cette situation
They threw an American flag in our face Ils ont jeté un drapeau américain dans notre visage

Well I'm living here in Allentown Eh bien, je vis ici à Allentown
And it's hard to keep a good man down Et il est difficile de garder un homme bon couché
But I won't be getting up today Mais je ne me lèverai pas aujourd'hui

And it's getting very hard to stay Et ça devient très difficile de rester
And we're living here in Allentown Et nous vivons ici à Allentown


Voyez ici le clip de la chanson (en partie censuré lors de sa sortie, à vous de voir pourquoi...), des infos sur la chanson et son histoire, 25 ans après, Billy Joel parle de cette chanson (all in english).
En savoir plus sur la Pennsylvanie et la primaire de 2008.

Post Scriptum (7 mai 2008) Mon collègue d'anglais d'Epinal, Eric, grand fan de Bruce Springsteen, me signale que le "boss" a écrit une chanson sur un thème proche. Elle fait partie de l'album The Ghost of Tom Joad (1995) qui parle de la dépression des années 1930 à partir de l'oeuvre de Steinbeck, Les Raisins de la colère. La chanson Youngstown (à écouter dans la playlist plus haut) parle d'une ville du Nord-Est de l'Ohio (état voisin de la Pennsylvanie, non loin de Pittsburgh), au coeur de cette Manufacturing Belt. Springsteen insiste sur le rôle de l'industrie sidérurgique dans les guerres menées par les Etats-Unis au XIXème et au XXème siècle, notamment le Vietnam. Il fait le même constat amer sur les changements du monde qui ont conduit à la fermeture des usines qui ont apporté la richesse à la ville. Voici les paroles (in english). Merci à Eric pour cette info et pour ces conseils de traduction (Dans la chanson de Billy Joel, ce ne sont pas les gens qui ont fui les syndicats mais bien l'inverse...).

Autre titre de cette année 1982, le célèbre "The Message" de Grandmaster Flash et des Furious Five. Une évocation rap des effets sociaux de la politique de Reagan dans les ghettos des inner cities.
Enfin, si vous aimez Billy Joel, découvrez un article sur sa chanson "We didn't Start The Fire", la chanson idéale pour réviser le baccalauréat !


Chapitres de géo: la mondialisation, les Etats-Unis superpuissance?.