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dimanche 2 juillet 2017

329. Big Brother and the Holding Company: "Ball an Chain" (1967)

 La Californie est devenue un centre d’attraction essentiel pour des milliers de jeunes Américains en rupture avec les valeurs de leurs parents, celles d'une société consumériste en proie à de multiples tensions. Guidés par la nouvelle littérature de la Beat generation (1), ces jeunes aspirent à transformer le modèle américain, à s'émanciper d'une société ségrégationniste et injuste. Ils cherchent à se différencier du reste de la population par leurs vêtements, leurs coupes de cheveux, une sexualité sans tabous (2), le rejet de la réussite matérielle. Fustigeant l'escalade militaire au Vietnam, ils dénoncent également l’impérialisme américain et s’ils ne parviennent pas à changer la société environnante, ils souhaitent en tout cas s’en échapper pour bâtir un monde nouveau fondé sur les valeurs d’amour, de paix et de partage. Pour  découvrir ces nouveaux horizons Par les périples au long cours (3), les voyages intérieurs (4) ou encore les trip sonores, ils cherchent à découvrir de nouveaux horizons

* California Dreamin'
Ils sont alors des milliers à regarder vers la West Coast et à rallier la Californie avec l'envie de partager des idéaux fraternels. C'est le cas de la jeune Janis Joplin. Celle qui se revendique comme anticonformiste, bisexuelle et antiraciste ne récolte que la haine et les insultes de ses condisciples texans. Incomprise et rejetée, elle dévore Kerouac et les autres losers magnifiques de la Beat Generation. En 1963, elle s'installe à San Francisco, joue dans les clubs, troque la bouteille pour d'autres drogues, fréquente les communautés hippies de Frisco. Elle y est repérée par le producteur du Big Brother and the Holding Company, groupe qu'elle finit par intégrer.

Robert Crumb:"Stoned agin".
* "Everybody must get stoned"
L'essor de la contre-culture est indissociablement liée aux drogues hallucinogènes. En 1938, Albert Hofmann synthétise l'acide lysergique à partir de l'ergot de seigle. Par inadvertance, il fait tomber une goutte de diéthylamide de l'acide lysergique (LSD 25) sur sa main, "il est alors troublé par d'étonnantes sensations: angoisse, vertiges, visions surnaturelles, objets se mouvant dans l'espace, sentiment de bonheur et de gratitude." Au milieu de ses éprouvettes, le chimistes des laboratoires Sandoz, vient de prendre un trip. Enthousiaste, Hofmann partage sa découverte auprès de ses connaissances: Aldous Huxley, Alan Watts, Ernst Jünger. A partir des années 1950, le LSD est testé dans divers laboratoires américains. Au sein du Harvard Drug Research Program, le professeur Timothy Leary, assisté par Richard Alpert, se convainc des vertus du LSD qui "peut conduire à des changements profonds de la personnalité, conduisant à une paix, une santé mentale et un bonheur jusque-là inconnus." La tournure mystico-prophétique de ses recherches finissent par inquiéter la direction de Harvard qui lui retire sa chaire, mais Leary n'en a cure. Entourés d'amis comme le poète Alan Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs ou Aldous Huxley, Leary prône un nouveau mode de vie dont la devise "Turn on, tune in, drop out" (5) résume parfaitement les attentes d'une partie de la jeunesse d'alors. 
Le LSD devient un incontournable des fêtes californiennes d'autant que Dilué dans de la mayonnaise, il produit des milliers de doses, les "loving spoonful". La nouvelle drogue se répand dans les Acid Test organisés depuis 1965 à San Francisco par l'écrivain Ken Kesey et ses Merry Pranksters (Joyeux Farceurs). Pour faciliter l'exploration des espaces intérieurs, le dealer en chef Augustus Owsley III distribue généreusement la nouvelle drogue. Un important matériel de projection visuelle et une sono puissante  sollicitent également les sens des participants. Le Grateful Dead, une nouvelle formation musicale de la baie, est de toutes les soirées. Jerry Garcia, son leader, se souvient: "Des milliers de gens complètement défoncés, tous entassés dans une pièce pleine à craquer, aucun d'entre eux n'ayant peur du voisin. C'était magique, hors de tout, d'une beauté magique."

* "San Francisco"
Depuis 1965, sur les hauteurs de San Francisco, les maisons colorées du quartier de Haight Ashbury abritent ceux qu'on prend l'habitude d'appeler hippies. Construit à partir de hip, qui désignait auparavant les Blancs férus de culture noire, le terme apparaît en septembre 1965 dans la presse de San Francisco. Le mouvement hippie est avant tout un style de vie, "il exprime un moment de rupture générationnelle qui ne touche finalement qu'une minorité d'acteurs véritables, mais influence une génération entière." [Y. Delmas; C. Gancel p193]
Dans le quartier de Haight Ashbury, des agitateurs socio-culturels, les Diggers, "inventent une authentique société alternative à coups de gigantesques repas gratuits, de magasins gratuits (free exchange market), de clinique gratuite (free clinic) [...]. " (Laurent Chollet p 85) Parades diverses et happening théâtraux animent les rues, tandis que les concerts se tiennent dans d'anciennes salles de bal ou de concert tels que le Fillmore Auditorium, l'Avalon, le Carousel ou le Matrix.

En parallèle, une opposition étudiante prend des formes plus radicales sur le campus voisin de Berkeley. Depuis 1964, dans un contexte d'hostilité croissante envers la guerre du Vietnam, le campus  est devenu un foyer majeur de contestation. Entre ces étudiants, qui veulent renverser les institutions bourgeoises et les hippies, des dissensions existent. Toutefois, le 14 janvier 1967, un Human Be-in géant rassemble des milliers d'individus dans le Golden Gate Park. Des convergences s'opèrent alors entre les différentes tendances. Les vétérans de la scène beat fraternisent avec les activistes de Berkeley et les hippies de Haight Ashbury. On y croise des poètes (Allen Ginsberg et Gary Snyder), des apôtres de l'utopie lysergique (Timothy Leary et Augustus Owsley Stanley III), des Hell's Angels au service d'ordre... Les protestataires dénoncent l'interdiction de l'usage du LSD par le gouverneur de Californie, Ronald Reagan, le 6 octobre 1966. Le rassemblement festif se déroule en musique, aux accords des formations du cru: Big Brother Company, Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane, Coutnry Joe McDonald.
San Francisco constitue alors le foyer d'un courant musical rassemblé sous l'appellation fumeuse d'acid rock. Grâce à leurs titres à rallonge, les musiciens de la baie cherchent à faire planer l'auditoire grâce aux possibilités offertes par l’électrification des instruments, associée à des jeux d’ombres et de lumières sur scène (light show). Grâce à la pédale wah wah ou au fuzz, la saturation des instruments permet l'altération des sons, la distorsion. La perception des notes est modifiée comme la conscience lors d’un trip. Cette musique psychédélique (6) en pleine effervescence accompagne toutes les manifestations de revendication de l'époque.

Mantra rock dance à l'Avalon ballroom.

 

Or, en dépit de sa popularité auprès du jeune public, la pop music reste un genre déconsidéré, à la différence du jazz ou de la folk. Il n'existe alors aucun festival dédié à cette musique. Aussi, l'idée d'organiser un tel évènement germe dans l'esprit  du producteur Alan Pariser et du promoteur Ben Shapiro, en juin 1967. L'évènement est finalement mis sur pied par le producteur Lou Adler et John Phillips, des Mama's and the Papas. Originaires de Los Angeles, les deux hommes sont considérés avec défiance par les musiciens de la baie. A l'époque Los Angeles incarne la flambe et l'artifice aux yeux de nombreux San Franciscains dont les groupes restent encore communautaires, proches de leur public, en relative autarcie et à l'écart du show-biz. Bon an mal an, un festival pop est mis sur pied à la mi-juin 1967 à Monterey, charmant petit port de pêche situé à 150 km au sud-est de San Francisco. Sur le vaste champ de foire dominant la mer, tout est à faire. Les artisans locaux créent une arène de 7500 places assises. (7) La sono fait l'objet d'un soin particulier avec l'installation d'un studio de 8 pistes. Des orchidées sont importées de Hawaï afin de fleurir les chaises des spectateurs et la scène. Sur le site, on trouve enfin des allées de stands de bijoux, fripes, nourriture macrobiotique. Les hippies arrivent en voitures ou en bus le premier jour du festival, par grappe, arborant des vêtements amples, cheveux longs parfois ornés de fleurs, lunettes rondes et nonchalance de rigueur. Une banderole annonce: Love, Flowers and Music. Pendant trois jours, le festival propose une affiche particulièrement éclectique rassemblant sous l'appellation pop 32 groupes ou artistes solos venus de tous les horizons musicaux: rock, folk, jazz, soul... Un concert a priori non commercial où les groupes se produisent gratuitement. L'affiche réunit les Mama’s and the Papa’s, les Byrds, Simon and Garfunkel, le sitariste indien Ravi Shankar, les Who, Canned Heat, Jimmy Hendrix Experience, Otis Redding... Surtout le festival consacre le triomphe du Frisco sound, la scène rock psychédélique de San Francisco en plein essor avec la présence de Country Joe and the Fish, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Big Brother and the Holding Company, Moby Grape, Quicksilver  Messenger Service.

Jefferson Airplane en 1967. [By RCA Records/photographer: Herb Greene (eBay item photo front photo back) [Public domain], via Wikimedia Commons]

*"White rabbit"
Le passage à Monterey donne aux groupes de la baie une notoriété nationale. 
Programmé en soirée le samedi 17 juin, le Jefferson Airplane propose une interprétation hallucinée du monde imaginaire de Lewis Carol dans un White Rabbit dont les carottes sont assurément aromatisées au LSD. "Rien qu'une pilule est tu grandis / Rien qu'une est te voilà petit / Celles que te donne ta mère n'ont aucun effet / Va, demande à Alice lorsqu'elle mesure dix pieds de haut."
Lorsqu'elle monte sur la scène du Monterey Pop Festival, Janis Joplin est une quasi-inconnue, mais son interprétation du Ball and Chain de Big Mama Thornton lui permet d'intégrer d'office le panthéon des dieux du rock. Sensuelle, magnétique, la jeune chanteuse écorchée vive hurle le blues et entre en communion avec le public. Euphorique, Joplin quitte la scène les bras déployés tel un papillon de lumière sous les projecteurs. 



Deux autres quasi-inconnus (en tout cas du public blanc californien) sont consacrés à Monterey: Jimi Hendrix et Otis Redding. 
C'est Paul McCartney qui a convaincu les organisateurs d'inscrire le jeune guitariste prodige à la programmation du festival. Maître ès distorsions et larsens, Hendrix tire de sa guitare des sons inconnus jusqu'alors. Il joue au dessus de sa tête, dans le dos, avec les dents et termine son show en embrasant sa guitare stratocaster avant de la fracasser. Le public, médusé, se souviendra longtemps de ce concert inouï.  
Solidement épaulé par un section de cuivre époustouflante, Otis Redding livre un concert remarquable. L'énergie déployée par le soulman se communique à un public déchaîné, peu habitué aux sonorités chaudes de la soul sudiste. Fort de cette prestation, le chanteur pense avoir conquis le public blanc qui jusque là le boudait. 

Jimi Hendrix experience en 1968.
 
Au bout du compte, le festival est une grande réussite en plein Summer of love. Succès commercial, artistique, le festival ouvre une longue série d'autres rassemblements musicaux. Les images de Pennebaker, qui filme le festival témoignent d'une atmosphère bon enfant avec des spectateurs détendus et souvent sous acide.  

* "Sympathy for the devil"
Portant, très vite, la fête vire à l'aigre. "Au moment où le 'Summer of Love' commençait à devenir une réalité, le monde extérieur s'est approché pour la curée." (B. Hoskyns, p 92)  Time et Life consacrent des articles au phénomène. "Monterey reste un moment clé, celui de la naissance de l'industrie du rock telle que nous la connaissons aujourd'hui." (B. Hoskyns, p101) Or, l'essor du music business contribue à démanteler la scène atypique de San Francisco. Déboussolés par des contrats juteux, certaines formations jusque là accessibles et proches de leur public se comportent désormais en superstars hautaines. Selon Robert Hunter, parolier de Grateful Dead, "dès que les caméras de télé se sont vissées là-dessus, la vampirisation a commencé. Seuls ceux dont les circuits sanguins étaient bien isolés s'en sont tirés intacts."
Avec l'afflux continu de nouveaux venus, le Haight Ashbury se transforme profondément. Pour Nik Cohn, "des touristes accouraient, appareils photos à la main, pour immortaliser ces drôles d'oiseaux excentriques. Il ne fallut pas plus de quelques mois avant que toute l'affaire ressemble à un cirque. Les hippies du début avaient mis les voiles. Ce qu'il restait? Un cauchemar d'acide sur fond de hamburger. Des rues pleines de mendiants, de revendeurs et de jeunes pré-pubères qui faisaient la manche. Tout était crasseux, décadent, infesté de rats. Des gens s'improvisaient freaks du jour au lendemain, on les trouvait assis sur le trottoir en train de mâcher des sandwiches au hash, et les touristes mitraillaient les hippies." [N. Cohn, p291]
La récupération ne tarde pas. Le 6 octobre 1967, les Diggers enterrent un hippie symbolique  pour protester contre la récupération du mouvement. La répression policière accrue, l'infestation du quartier par l'héroïne incitent de nombreux habitants de la première heure à quitter le Haight Ashbury pour des communautés installées dans les campagnes californiennes. Mais l'insouciance des débuts n'est plus. Quelques faits divers sordides habilement exploités contribuent à jeter l'opprobre sur l'ensemble de la jeunesse contestataire. C'est le cas  de l'épouvantable massacre perpétré sur les hauteurs hollywoodiennes par la "Mansion family" manipulée par Charles Manson en août 1969, ou encore l'ultra-violence des Hell's Angels en marge du concert des Stones à Altamont en décembre. Richard Nixon saura parfaitement exploiter ces drames pour imposer sa révolution conservatrice. Flairant le changement d'état d'esprit de nombreux Américains, le nouveau président s'adresse à "la majorité silencieuse de [s]es frères américains". Phil Ochs résume parfaitement cette stratégie payante: "Nixon a modelé son image:'C'est nous contre eux. Qu'importe ce que vous pensez de moi, je suis un Américain normal, conventionnel. Si ce n'est pas moi, vous aurez un freak chevelu, la drogue dans les rues et la destruction du pays. Alors, faites votre choix.' C'est le jeu qu'il a joué, et il l'a très bien joué." [Dorian Lynskey, p 200] 
L'Amérique profonde et réactionnaire fustige alors la métamorphose des mœurs, brocardant pêle-mêle les drogues, la liberté sexuelle, la musique rock. Dans Okie from Muskogee (1969), Merle Haggard fustige violemment les contestataires et leur oppose les vertus séculaires de son village de l'Oklahoma: "On ne fume pas de marijuana à Muskogee / On ne pend pas de trips au LSD / On ne brûle pas nos livrets militaires sur Main Street [...] On ne porte pas de longs cheveux broussailleux / Comme le font les hippies de San Francisco".
 Le dernier clou du cercueil du mouvement hippie est enfoncé par notre Johnny national qui réalise un combo dénonciation/récupération de haute volée. Après avoir chanté "Cheveux longs et idées courtes", il tente de se raccrocher au wagon en reprenant à son compte "San Francisco". "Si vous allez à San Francisco / Vous y verrez des gens que j'aime bien / Tous les hippies de San Francisco / Vous donneront ce qu'ils ont pour rien." Désormais, Jojo voit des hippies partout au point que "Jésus, Jésus-Christ, Jésus-Christ est un hippie (...) / il aime les filles aux seins nus / il est né à San Francisco". La messe est dite.

Notes: 
1. Le livre de Jack Kerouac « Sur la route » devient le livre culte pour toute une génération en rupture avec l’idéologie dominante. La jeunesse s’identifie alors à la vie de bohème et prend la route. Les hippies doivent ainsi beaucoup à ces beatniks.  
2. La sexualité doit s’affranchir de la morale puritaine. La notion de péché est mise au placard. Le sexe, débarrassé de ses entraves, devient un mode de communication, d’expression. De fait, on assiste à une vraie libération sexuelle (permise aussi par la diffusion de la pilule), les corps se dénudent. La notion de partage vaut aussi en matière sexuelle (Love-in). Cette quête d’une « révolution sexuelle » s’inspire des ouvrages du psychanalyste W. Reich, mais aussi d’H. Marcuse, autre grande figure hédoniste et contestataire, auteur d’ « Eros et civilisation ». Pour eux, seule une sexualité épanouie, jouissive, permet d’échapper aux névroses et au malheur.
3. En particulier vers l'Asie (Inde, Népal) dont les civilisations et les valeurs spirituelles ancestrales fascinent.  En Inde, en 1968, les Beatles apprennent la méditation transcendantale auprès du Maharishi Mahesh Yogi.  
4. La consommation de substances hallucinogènes capables d’altérer la conscience et les sensations, notamment le LSD, offrent autant de voyages intérieurs permettant d'ouvrir les portes de la perception.
5. « Branche toi (aux événements), Accorde-toi (aux vibrations ambiantes), Laisse tout tomber ».  
6. Étymologiquement, le terme psychédélisme signifie « révélateur d’âme ». Le terme psychédélique désigne un état psychique altéré par des hallucinogènes (le LSD par exemple), comportant des hallucinations et une exacerbation des sensations. 
7. Au total, les organisateurs vendront plus de 20 000 billets. Si l'on tient compte de la resquille, ce sont plus de 40 000 spectateurs qui assisteront finalement au festival. 
 


Sources: 
- Télérama: "drogues, orchidées et rock'n'roll au festival de Monterey".
- Nik Cohn: "Awopbopaloobop Alopbamboom. L'âge d'or du rock", 10/18 musiques & Cie, 2007.
Barney Hoskyns: "San Francisco. 1965-1970 les années psychédéliques", Castor music, Le Castor Astral, 2006.
- Laurent Cholet: "Le LSD, les hippies et la Californie", in "68 une histoire collective [1962-1981]" (dir) Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel.
- La série Summer of love dans les archives du Monde 2, notamment le troisième épisode consacré au festival de Monterey (le Monde daté du 14 juillet 2007). 
- Jean-Yves Reuzeau:"Janis Joplin", Folio biographies, 2007.
- Yves Delmas et Charles Gancel: "Protest song_ la chanson protestataire dans l'Amérique des Sixties", éditions Textuel, 2005. 
- Dorian Lynskey: "33 Révolutions par minute. Une histoire de la contestation en 33 chansons." (vol. 1), éditions Payot et Rivages, 2012.
- Métronomique (france culture): "Monterey, 1967: un été pour rêver".

Liens:
- Dans l'histgeobox: "Woodstock" de Joni Mitchell; "I-feel-like-I'm-fixin'-to-die-rag" par Country Joe and the Fish.
- "Entre les Oreilles" revient sur la truculente "Big Mama Thornton".

- Le devoir:  "L'infini pouvoir des fleurs a 50 ans"
- Quelques une des prestations marquantes du festival. 
- Des chansons anti-hippies dont l'éloquent "hippie in a blunder".

dimanche 12 mars 2017

323. Eagles : "Hotel California" (1976)

Tout le monde connaît Hotel California des Eagles, titre paru en 1976, tiré de leur album éponyme dont l’enregistrement avait débuté étonnamment à Miami neuf mois plus tôt.  
De deux choses l’une : soit vous avez entre trente et quarante ans et vous avez grave emballé dans les boums de votre adolescence (avec force stromboscopes et litres de Tang) sur ce slove interminable (plus de six minutes cela laisse le temps d’attaquer les phases conclusives), soit, plus jeune, vous avez entamé un coma dépassé au moment du solo de guitare (tu as donc eu une période punk dans ta vie, car il paraît que cette envolée épique a catalysé à elle toute seule toute l’animosité du mouvement pour les guitar heroe). Le cas échéant, il est possible que vous ayez usé vos dernières capacités psychomotrices à essayer de jouer le morceau sur votre console avec Guitar Hero.

Hotel California outre ces marqueurs  générationnels forts, est aussi un titre un chouïa flippant qui commence cheveux aux vents dans une décapotable pour finir en pur cauchemar, une camisole aux mains de Mildred Ratched[1] en embuscade, prête à mettre à profit votre prochain faux pas pour vous faire passer un sale quart d’heure. En gros, c’est l’histoire d’un gars qui stoppe dans un Hôtel de la côte ouest un soir d’été, baptisé du nom de cet état si permissif des Etats Unis qui vit s’épanouir le Summer of Love, les acid test et les grandes contestations de la jeunesse des années 60 finissantes. Quelques dix ans plus tard, l’hédonisme et la permissivité ont tourné au vinaigre (on sent comme un petit retour du conservatisme anti-hippie sur lequel A. Kaspi[2] aurait vraisemblablement pu écrire des pages intéressantes.  Perdant le contrôle notre aventurier réalise que son Hotel California est un lieu fréquenté par des toxicos-alccolos incapables de s’extraire des lieux. Différentes interprétations métaphoriques circulent sur ce titre interminable qui sent bon le Sunset bad trip et le darkside du rêve californien.


On a dark desert highway, cool wind in my hair
Warm smell of colitas, rising up through the air
Up ahead in the distance, I saw a shimmering light
My head grew heavy and my sight grew dim
I had to stop for the night
There she stood in the doorway;
I heard the mission bell
And I was thinking to myself,
"This could be Heaven or this could be Hell"
Then she lit up a candle and she showed me the way
There were voices down the corridor,
I thought I heard them say...

Welcome to the Hotel California
Such a lovely place (Such a lovely place)
Such a lovely face
Plenty of room at the Hotel California
Any time of year (Any time of year)
You can find it here

Her mind is Tiffany-twisted, she got the Mercedes bends
She got a lot of pretty, pretty boys she calls friends
How they dance in the courtyard, sweet summer sweat.
Some dance to remember, some dance to forget

So I called up the Captain,
"Please bring me my wine"
He said, "We haven't had that spirit here since nineteen sixty nine"
And still those voices are calling from far away,
Wake you up in the middle of the night
Just to hear them say...

Welcome to the Hotel California
Such a lovely place (Such a lovely place)
Such a lovely face
They livin' it up at the Hotel California
What a nice surprise (what a nice surprise)
Bring your alibis

Mirrors on the ceiling,
The pink champagne on ice
And she said "We are all just prisoners here, of our own device"
And in the master's chambers,
They gathered for the feast
They stab it with their steely knives,
But they just can't kill the beast

Last thing I remember, I was
Running for the door
I had to find the passage back
To the place I was before
"Relax, " said the night man,
"We are programmed to receive.
You can check-out any time you like,
But you can never leave! "

Sur une autoroute déserte mal éclairée, le vent frais dans mes cheveux, 
La chaude odeur des joints s'élève dans l'air
Au loin, j’aperçois une lumière scintillante 
Ma tête devient lourde, et ma vue se brouille
Il faut que je m'arrête pour la nuit   
Elle était là, dans l'encadrement  de la porte 
J'entendis la cloche de la Mission 
Et je pensais en moi même, 
"Cela peut être le paradis ou cela peut être l'enfer" 
Puis ayant allumé une chandelle et elle me guida 
J'entendis des voix venir des couloirs qui semblaient me dire ... 


Bienvenue à l'Hôtel California 
Quel agréable endroit (Quel agréable endroit) 
Il y a tellement de chambres à l'Hôtel California 
Que tu en trouveras tout au long de l'année 



Son esprit est corrompu par le luxe elle a eu Mercedes 
Beaucoup de beaux garçons qu'elle appelle ses amis lui tournent autour 
Regardez comme ils dansent dans la cour, douce sueur d'un été
 Certains dansent pour se souvenir, d'autres pour oublier 


Alors j'ai appelé le maître d'hôtel "S'il vous plaît apportez moi mon vin" 
Il me dit, "Personne ne nous en a demandé depuis 1969". 
Et toujours ces voix d'outre tombe
Qui vous éveillent en plein milieu de la nuit 
Juste pour les entendre dire... 

Bienvenue à l'Hôtel California 
Quel agréable endroit (Quel agréable endroit) 
On mène la belle vie à l'Hôtel California 
Quelle jolie surprise,
 Préparez vos alibis

Des miroirs au plafond, du champagne rosé au frais 
Elle dit "Nous ne sommes que les prisonniers de notre propre gré" 
Et dans la chambre des maitres, ils se regroupèrent pour faire la f^te 
Ils la poignardent  de leurs couteaux aiguisés, 
mais ils ne peuvent tout simplement pas  tuer la bête
 
La dernière chose dont je me souvienne est que je tentais de fuir 

Je devais retrouver le passage par où j'étais arrivé
"Relax" dit le veilleur de nuit, 
"nous sommes à ton service" 
"Tu peux régler la chambre quand tu veux, 
mais tu ne pourras jamais partir".




Laissons là ce cauchemar carcéral et hôtelier. Finalement, c’est plutôt un autre aspect de l’histoire du rock auquel je souhaite consacrer ce billet : la relation ambivalente et tumultueuse de cette musique amplifiée et de ses stars avec ces lieux de passage où l’on occupe des chambres pour une ou plusieurs nuits : les hôtels.

Puisque nous partons sur une note un peu sombre, commençons par ces hôtels qui furent la dernière demeure de quelques pointures de la discipline. Vous me direz d’autres ont choisi le Mississippi ce n’est ni plus malin, ni plus confortable…

Au mitan des années soixante, le centre de gravité géographique du monde du rock opère un basculement. Né aux Etats-Unis, une dizaine d’années auparavant, cette musique neuve qui emprunte aux musiques noires et emballe la jeunesse d’Outre Atlantique retraverse l’océan pour gagner l’embouchure de la Mersey. Quatre garçons dans le vent s’en emparent : Liverpool, puis Londres deviennent l’épicentre d’un phénomène culturel inédit qui mêle baby-boom, société de consommation et bouleversements culturels. Les Beatles font école et de nombreuses formations enfièvrent les deux rives de l’Atlantique. Les Stones notamment font du quartier de Soho et de Carnaby Street le cœur battant du Swingging London. C’est là qu’échoue un guitariste incroyable, repéré par Chas Chandler, bassiste de The Animals au café Wha ? de New York en 1966. Jimi Hendrix fait de la capitale anglaise sa ville d’adoption. Il déambule dans ses quartiers branchés, y donne des concerts d’anthologie où il maltraite sa guitare bien avant de l’enflammer à l’été 1967 sur la scène de Monterey. 
Plaque dans le quartier de Mayfair
Il revient à Londres quelques temps après ce moment historique. Il délaisse alors Soho pour le quartier bien plus huppé de Mayfair. A l’été 69, reparti aux Etats-Unis il électrise le public de Woodstock en donnant une version distordue de l’hymne américain pour mieux évoquer les bombes que l’Oncle Sam largue sur les villages vietnamiens. L’été suivant Hendrix, attendu au festival de l’ile de Wight, quitte son studio flambant neuf d’Electric Ladyland et traverse une nouvelle l’Océan en direction de l’Europe. À Wight succède le festival de Fehmarn puis c’est le retour à Londres. Installé au rez de chaussée de l’hotel Samarkand à Notting Hill, le corps de Jimi Hendrix y est retrouvé inanimé dans son lit où il a vomi par Monika Dannemann en cette fin de matinée du 18 septembre.  Il a beaucoup bu la veille et ingéré des barbituriques en quantité. Il décède l’année de ses 27 ans.


Janis Joplin devant le Chelsea Hotel 
D’autres chambres d’hôtel font office de chambres mortuaires après le triste épisode de l’Hôtel Samarkand. Des stars y décèdent, leur sang méchamment chargé de produits toxiques. Après Hendrix, une autre figure de proue des seventies s’éteint dans un hôtel : c’est Janis Joplin. Nous sommes presque à l’automne 1970. En ce mois de septembre, Janis travaille à Los Angeles à l’enregistrement d’un nouvel album Pearl, avec le producteur P. Rotschild. Après avoir carburé sévèrement à toutes sortes de substances, elle entre dans une nouvelle période de sa vie, plus apaisée : nouveau groupe, nouvel album, nouvel amant. Dans la cité des Anges, elle loge non loin d’Hollywwod Boulevard dans la chambre 105 d’un hôtel avec piscine, le Landmark, que certains de ses confrères tels Leonard Cohen ou Jim Morrison fréquentent à l’occasion (bon, ok, le terme confrère est peut-être abusif). Le 18 septembre, Hendrix s’éteint, Joplin retombe dans l’héroïne.

Elle en consomme au soir du 3 octobre 1970 et quand son manager ne la voit pas pointer son minois le lendemain pour enregistrer Buried Alive with the blues  il entreprend de se procurer de quoi entrer dans la chambre 105 du Landmark. La blanche a eu raison de la reine du blues : Joplin git sur le sol, morte depuis plusieurs heures d’une overdose d’héroïne très pure. Ses cendres iront elles aussi dans le grand bleu, dispersées dans le Pacifique. Janis Joplin est décédée dans une chambre d’hotel californien le 4 octobre 1970 à 1h30 du matin. Pearl sera donc un album posthume.




Depuis Pamela Des Barres, on sait que l’univers du rock est fait de guitar heroes et de comètes qui chantent le blues avec la voix de celles qui viennent de descendre un litre de whisky frelaté, mais aussi de groupies qui suivent leurs idoles comme leurs ombres dans les recoins les plus reculés de leur intimité. Nancy Spungen, native de Philadelphie, est l’une d’entre elles. Elle a exploré les hauts lieux de la scène punk new yorkaise  – le Max’s Kansas City et le CBGB – avant de tomber dans l’héroïne et de croiser la route du bassiste des Sex Pistols, Sid Vicious. Elle arrive à Londres dans les bagages du guitariste des New York Dolls, Johnny Thunders. Le manager des deux formations n’est qu’une seule et même personne : Monsieur Vivienne Westwood aka M. Mac Laren, qui tient avec sa belle la boutique Sex sur King’s Road. La rencontre entre la New Yorkaise d’adoption et le successeur de Glen Matlock dans la formation la plus scandaleuse d’Angleterre en 1977 bénéficie donc du parrainage de bonnes fées. 

Les deux tourtereaux entament de ce pas une liaison quelque peu tumultueuse, tandis que la carrière des Pistols débouche à force de scandales sur une tournée Outre-Atlantique. Ce sera un one shot ; elle se termine par l’implosion du groupe  à San Francisco au mois de janvier de l’année suivante. Vicious rejoint son amoureuse à New York ; la dégringolade artistique et personnelle épouse l’allure du cheval lancé au galop. Octobre 78, après une soirée au Max’s, le couple regagne la chambre n°100 du célèbre Chelsea Hotel. Les voisins partagent sa nuit agitée, moins des suites de leurs ébats amoureux que de la consommation outrancière de substances dont on déconseille généralement l’usage simultané. Le 12 octobre au matin, le bassiste des Pistols appelle le standard de l’hôtel car sa girlfriend est blessée. Les policiers découvrent en arrivant sur les lieux, Nancy Spungen, 20 ans à peine, baignant dans son sang, sur le sol de la salle de bain un couteau planté dans le ventre. La blessure est mortelle. Vicious qui échappe à la prison meurt à son tour d’une overdose d’héroïne trois mois plus tard. No Future.




Du coup la balade cauchemardesque des Eagles à grand renfort de solo de guitare interminable fait figure de passagietta.


Fort heureusement, les hôtels sont aussi des agoras artistiques, des lieux qui stimulent la créativité des artistes. Le Chelsea Hotel n’a qu’exceptionnellement servi d’écrin aux dernières heures des stars plus ou moins improbables du rock. L’hôtel de Stanley Bard a accueilli à partir du milieu des années 50 un nombre incalculable d’artistes issus d’univers différents : des écrivains et poètes de la Beat Generation (Kerouac, Burroughs), des intellectuels français (Sartre et de Beauvoir), des écrivains désespérés (Miller), des photographes (Mapplethorpe) et des pygmalions (Warhol) y ont accompagné leurs muses (Patti Smith, Nico, Edie Sedgwick). 

Mapplethorpe et Smith
Celles et ceux qui y séjournent transforment l’hôtel en un véritable incubateur à l’instar de Patti Smith qui serait cette poétesse et chanteuse new-yorkaise qui a joué un rôle essentiel en créant le lien entre le folk-blues littéraire incarné par Dylan dans les années 60 et le punk rock naissant à la violence héritée du Velvet Underground et des Stooges d’Iggy Pop[3]. Leonard Cohen y a écrit Chelsea Hotel#2, chanson dans laquelle il relate sa liaison avec une des habituées des lieux qui termina sa courte existence dans une chambre située à l’autre bout du pays : Janis Joplin[4]. Lennon, Iggy Pop, Hendrix, Alice Cooper, Jerry Garcia ou encore Bob Dylan, déjà mentionné, y ont séjourné. Cela valait bien une chanson de Joni Mitchell[5] en l’honneur de cette bâtisse  de briques rouges aux balcons de fer forgé. Ce même Chelsea hôtel qui donna son nom à la descendance d’un couple présidentiel américain, dit-on.



East Coast/West Coast. Troquons l’esprit bohême de la grande pomme pour le glamour du Château Marmon, somptueux palace[6] situé sur le mythique Sunset Boulevard de West Hollywood. On tient là  un lieu tout aussi exceptionnel par le nombre de célébrités issues des machines à rêves de l’ouest américain qui y ont séjourné. 

Certaines y ont malheureusement effectué leur tout dernier voyage tel John Belushi l’un des Blues Brothers qui y est décédé d’une overdose le 5 mars 1982 à l’âge de 33 ans. D’autres y ont fait de simples et presque  innocentes cabrioles tel Jim Morrison descendant du toit vers sa chambre via les gouttières, ou John Bonham de Led Zeppelin entré à moto dans le hall de l’hôtel. Plus trash, l’histoire du lieu est aussi rythmée par les frasques de quelques stars en pleine crise d’adolescence : un Billy Idol nu comme un vers a détruit sa chambre sans se départir de son ineffaçable moue ; Britney Spears, le crâne rasé et en pleine dépression, a fait de grosses bêtises avec la nourriture du restaurant au point de s’en faire virer. La veuve Cobain y a entamé un karaté avec la fille Geldof (Peaches, décédée depuis) suite à un désaccord indépassable sur la marque et la quantité des pilules à avaler que la jeune fille lui proposait. Même si chanter n’est pas sa principale occupation, on dit que Scarlett Johansson a tenté quelques échauffements vocaux avec Benicio del Toro vite fait  dans un ascenseur. Le glamour, le gossip … ainsi va la vie à Los Angeles.

Mais l’hôtel est aussi, à sa façon, un lieu propice à la création, avec peut-être moins de profusion que le Chelsea, son pendant new yorkais. La notice Wikipedia de l’hôtel indique qu’A. Kiedis des Red Hot y a enregistré les voix de By The way ; on ne demande qu’à la croire. Autre moue, autre star glamour, Lana Del Rey a fait du château Marmont son arrière cour. La chanteuse y a donné un concert au bord de la piscine de l’hotel (poolside donc) pour la sortie de Born to Die. Elle filme souvent les lieux pour les besoins de ses vidéos-clips. Le succès aidant, la diva a préféré investir un autre lieu mythique du coin, le Laurel Canyon, qui a hébergé bon nombre de star du rock des années 60-70 et qui s’avère beaucoup plus paisible.
Jarvis Cocker et Chilly Gonzales à l'Hotel (@theobserver)
Enfin, on sait désormais que le nouvel album de l’inégalable Jarvis Cocker, chanteur de Pulp,  a été composé au piano en collaboration avec Chilly Gonzales à l’Hotel situé au 8221 du Sunset Boulevard[7]. Il est d’ailleurs intitulé Room 29. Désespéré du Brexit, le chanteur,  qui réside d’ordinaire à Paris, a mis les bouts pour la Californie en attendant les résultats des élections présidentielles françaises dont il craint l’issue. Pour cette aventure distincte de celle qu’il mène avec ses camarades de Sheffield, il a davantage puisé pour son inspiration dans l’histoire du lieu ; à l’actualité ô combien déprimante du vieux continent, il a préféré les fantômes de Jean Harlow ou de la fille de Mark Twain pour inspirer ses compositions. L’album dernier rejeton du célèbre hôtel est attendu pour le 17 mars. L’article ne dit pas si, dans son album, J. Cocker, évoque  la possibilité que l’Hotel California des Eagles et celui de la Room 29, le Château Marmont, ne soient qu’un seul et même lieu.




Pistes bibliographiques :

ASSAYAS, M., (dir), Le nouveau dictionnaire du rock, Paris, Robert Laffont, 2014, tome 1 et 2
BROSSAT, P., Places I remember, Marseille, le Mot et le reste, 2013
SMITH, P., Just Kids, Paris, Denoël, 2010




[1] Pour les plus jeunes, Dame Mildred est la très sympathique infirmière du Vol au dessus d’un nid de coucou de M. Forman, adapté Ken Kesey.
[2] Depuis mes années de licence, je suis poursuivie par le souvenir des pages de cet historien sur le mouvement hippie et ses suites dans 1968, L’année des constestations, Edition complexe, 1988
[3] ASSAYAS, M., (dir), Le nouveau dictionnaire du rock, Paris, Robert Laffont, 2014, p. 2558
[4] Lana del Rey dont nous allons parler plus loin a enregistré une reprise de ce titre
[5] Joni Mitchell, Chelsea Morning
[6] Le lieu est aussi classé monument historique.
[7] BROMWICH, K., J. Cocker : People fall in love with an illusion, something that’s never existed ,  The Observer, 12 mars 2017 https://www.theguardian.com/music/2017/mar/12/room-29-jarvis-cocker-people-fall-in-love-illusion-chateau-marmont-chilly-gonzales