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samedi 2 mars 2024

"Sans abris" d'Oxmo Puccino feat. Kery James, contre l'indifférence (1999)

 


 "Ainsi la misère des autres les laisse indifférents"

 On a longtemps crû que la question du mal-logement, soulevée avec acuité par l'abbé Pierre dans les années 1950, avait été résolue par la croissance des Trente glorieuses. La moindre visibilité des "sans-logis" ne signifiait pas pour autant la fin des problèmes de logement. Au cours des années 1980, avec les difficultés économiques et sociales liées aux crises et aux politiques économiques adoptées par les gouvernements de droite comme de gauche, la question refait surface. Les sans domicile fixe, qui comprennent les sans-abris et les mal logés, refont leur apparition dans les rues de France. Et depuis les temps sombres du début des années 1990, la question du mal-logement a rarement quitté le devant de la scène. L'abbé Pierre lui-même rappelle en 1990 que le problème n'a pas été résolu. La question demeure, malgré la prospérité relative indexée, dans l'imaginaire collectif, sur la seule croissance du PIB et, éventuellement, le taux de chômage. Si le nombre des sans-abris est toujours difficile à mesurer, les estimations les plus récentes établissent à 330 000 le nombre des personnes sans domicile en France (contre 143 000 en 2012) .

Comme l'écrivait très justement le sociologue Julien Damon en 2003, "depuis le début des années 80 les SDF ont (re)fait irruption dans les rues, dans les gares, dans les squares, sur les boulevards, dans le métro. On les retrouve sur les écrans de télévision, en bas de chez soi, aux portes des services d’assistance, dans les discours électoraux. Ils apitoient souvent, effraient parfois, et, régulièrement, défraient la chronique sociale.

Durant les années de croissance on s’était peu inquiété, sinon par la voix de l’abbé Pierre, des sans-logis. Dans les rubriques faits divers de la presse on trouvait des informations sur les clochards dont la figure folklorique faisait presque partie du paysage touristique. C’est avec la crise et le chômage que les indigents et les errants ont repris place dans les préoccupations collectives en tant que priorités d’action publique.

Ce regain d’attention pour un problème dont on n’avait très peu parlé pendant les Trente Glorieuses s’explique par la présence plus discernable de personnes qui font une utilisation particulière de l’espace public. Certaines formes d’action collective ont permis aux SDF d’accéder à l’agenda politique : les manifestations, l’apparition des journaux de rue comme La Rue ou Macadam, le lobbying des associations militantes, et les occupations de bâtiments inoccupés.

Visibles et très médiatisés, en période d’abondance, les SDF ont fait réagir l’opinion et les pouvoirs publics sur le registre de l’indignation. Ils sont devenus la cible de dispositifs spécifiques gérés, en majeure partie, par le secteur associatif (hébergements d’urgence, Samu social, accueils de jour, etc.) et financés, principalement, par l’État. " [1]

Ce diagnostic de 2003 n'a malheureusement rien perdu de sa pertinence, car les "plus vulnérables [sont] touchés par la saturation de l’hébergement et du logement social" selon la Fondation abbé Pierre dans son rapport de 2024. L'augmentation des offres locatives de courte durée (type Airbnb) rendant les logements inaccessibles est notamment mise en cause dans les grandes villes. Et l'effort insuffisant des municipalités et de l'Etat pour construire des logements sociaux, malgré les règles en vigueur, ne cesse d'interroger. La loi SRU de 2000, qui obligeait les communes à posséder un pourcentage minimal de logements sociaux, est en voie de détricotage alors même que certaines communes aisées ne la respectaient pas. Bref, la situation des mal-logés ne devrait pas s'améliorer !

 
"Encore un rap sur les sans-abris"

 Bien entendu, cette question n'a jamais laissé les rappeurs indifférents. Dans les années 1990, le Hip Hop se fait l'écho des problèmes sociaux des quartiers dont sont issus les rappeurs, mais aussi de la société française en général. Depuis "The Message" en 1982, ils se sont emparés des problèmes de leur environnnement immédiat en portant la plume dans la plaie. En France, la première génération du rap, si elle fait danser la foule, sait aussi lui dire les choses franchement et porter la critique sociale. Ceux qui suivent et s'en inspirent prennent le relais. C'est le cas d'Oxmo Puccino, l'une des plus belles plumes du rap français, dont la carrière est en train de décoller en cette fin des années 1990. Né au Mali en 1974, Abdoulaye Diarra a grandi dans le XIXe arrondissement de Paris. Il intègre le collectif Time Bomb (qui compte également Booba, Ali, Pit Baccardi, Cassidi et d'autres). En 1998, il sort son premier album solo Opéra Puccino.

En 1999, il produit, avec DJ Mars, la mixtape La dernière chance (Bâtiment B) sur laquelle on trouve le morceau "Sans abris". Sortie en 2000, La dernière chance rassemble, autour d'Oxmo, des rappeurs qui montent alors (Rhoff, 113), dans le sillage de cette deuxième génération du Hip Hop qu'il incarne. Auréolé du succès de son premier album, le MC franco-malien est au meilleur de sa forme. Le morceau "Sans abri" est enregistré avec Kery James qui a à peine 20 ans. Né Alix Mathurin en Guadeloupe de parents haïtiens, il a grandi à Orly et s'est déjà distingué en enregistrant pour MC Solaar dès 1991. Il participe au collectif Mafia K'1 Fry fondé en 1995 (Manu Key, Karlito, Rohff et le 113). Il est l'une des figures du groupe Ideal J qui vient de connaître un certain succès avec son album Le combat continue, notamment le titre "Hardcore".

 Oxmo et Kery nous parlent des raisons qui conduisent à la rue (ruptures, drogue, ...) mais insistent avant tout sur l'indifférence qui nous a gagnés, critiquant l'égoïsme des individus confrontés à la misère d'autrui. Ces paroles n'ont pas pris une ride...



 

En 2018, à l'occasion des 20 ans de son premier album, Oxmo ressort une édition enrichie de quelques collaborations dont ce morceau avec Kery James, entre temps devenu l'un des rappeurs les plus marquants des années 2000. Les deux MCs ont d'ailleurs mené plusieurs projets en commun.



source: http://only-purist.blogspot.com/2008/07/batiment-b-presente-la-derniere-chance.html

 
[Couplet 1 : Oxmo Puccino]
Les astrologues disent que vous êtes tous heureux
A la télé ils disent que vous êtes généreux
C'est pas grave ...
Encore un rap sur les sans abris
Que vais-je dire de plus qui n'a pas été dit
Donc j'dédie ces rimes aux opprimés, aux déprimés, aux incompris
A chaque famille brisée sans le savoir
Les sans abris sont bien plus proche que l'on croit ... Quoi
Beaucoup s'étonnent ? ... J'déconne ... Tous les mêmes souffrances
Soupirer en silence de leur indifférence qui leur reste comme un poids


[Couplet 2 : Kery James]
Leur point commun reste leur indifférence
Ainsi la misère des autres les laisse indifférents
J'les ai vu ricaner au nez des sans abris
Ceux, se croyant à l'abri, de ceux dont Dieu les abrite
Aucune compassion, pas une pièce, même pas un sourire
Pas même un soupçon de gentillesse
Pour ne pas secourir. Aux déshérités, aux miséreux
Les excuses sont nombreuses pour ceux qui sont désireux
De garder pour eux mêmes ce qu'ils croient avoir acquis
Appartenait à d'autre, appartiendra à d'autres ... Ainsi va la vie
Tu verras sur leurs traits cet air supérieur
Richesse extérieure qui cache pauvreté intérieure
Lâche, coupable mais libre, bien pire
Se croyant meilleur, ex-magouilleur en costard, futur balayeur
Ces gens, sont tellement accrochés à leur argent qu'ils ont toujours
L'impression d'être au bout du rouleau

[Couplet 3 : Oxmo Puccino]
En fait ils s'trompent de but et cachent une flûte sous leurs apparences
Enjoués quand il fait beau, s'font entendre les jours de chance
Ils vivent de faux semblants et en font toute leur vie
Bouchent les trous d'conscience de gestes d'artifices ...Espèce de ...
Visent tout haut ceux qu'ils ne font pas tout bas
Versent des sous à téléthon et s'foutent de c'qui s'passe en bas d'chez eux
Mais quand les 'blèmes les concernent ils savent tous se taire
Tout le monde peut avoir une fille toxicomane ou un fils
Qui fait des bénéfices avec des biz illicites
En attendant que ça nous arrive on se félicite et
Le fils a des bonnes notes, on le plebiscite
Sache que le bonheur des uns fait le malheur des autres
Même si tu fais semblant quelqu'un rêvera que tu te vautres ...
C'est pour ça qu'on est tous tristes ...
L'égoïsme se transmet de père en fils ...
Mettre un gosse au monde ... de l'héroïsme ??


[Couplet 4 : Kery James]
A tes gosses il faut que t'enseigne la charité avant
Que ce monde féroce ne les imprègne de vanité
Avant que ce monde atroce ne leur apprenne
Que marcher sur les siens est de bonne guerre
Ingrédient nécéssaire à leur réussite, c'est triste
Cette socièté d'égoïste m'attriste, m'écoeure
Car au contraire j'ai du coeur, j'ai du coeur
De l'amour pour chaque coeur qui bat, issu du bas
J'vise le haut, pour ça j'me bat, mon combat à ses limites
Car j'veux être des gens bien, avoir des principes comme Kima, Keusti ou Zinzin
Métro, boulot, dodo, apellent-ils ça avoir une vie stable ?
C'est ce style de vie qui leur donne cet air détestable
Froid jusqu'à l'effroi, d'hiver en été, mais en qui ces gens ont foi ?
Ils courrent alors que l'état ne fait que reculer leurs retraites
Ils ont placé père et mère sans pitié en maison d'retraite

 

Pour aller plus loin:

- Sur cosmichiphop, le contexte de la création de la mixtape Bâtiment B

- La liste complète des titres de la Mixtape 

Sur l'histgeobox

- 188. Oxmo Puccino pour l'UNICEF : "Naître adulte" (2009)

Et trois morceaux qui abordent les problèmes du logement:

- Loca Virosque Cano (15): Orly (Gilbert Bécaud, "Un dimanche à Orly", 1963

- "Bidonville" de Nougaro, une plongée poétique dans un quotidien sordide, 1966

- Loca Virosque Cano (10): "Cergy" par Anis

 

- Céline Pessis, Sezin Topçu et Christophe Bonneuil, Une autre histoire des " Trente Glorieuses "
Modernisation, contestations et pollutions dans la France d'après-guerre
, La Découverte, 2013

 

[1] DAMON Julien, « Les SDF en France : difficultés de définition et de prise en charge », Journal du droit des jeunes, 2003/3 (N° 223), p. 30-35.

vendredi 1 mars 2024

Grave, Eddy de Pretto

 Grave

Serre les dents putain, montre que t'es pas un pantin
 Tu peux faire c'que tu veux, vas-y explose et fous l'feu
 Serre les poings gamin, sans te cacher pour un rien
 Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu, hé
 Serre les dents putain, montre que t
'es pas un pantin
 Tu peux faire c'que tu veux, vas-y explose et fous l'feu
 Serre les poings gamin, sans te cacher pour un rien
 Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu, s'tu veux

Ce n'est pas grave si tu ne te réveilles pas tout seul
 Si à côté de toi c'est un gars et que t'as la larme à l'œil
 Ce n'est pas grave si tu te pensais beaucoup trop jeune
 Pour que ce sodome te la mette gentiment et sans battle
 Ce n'est pas grave si quand t
u dors tu rêves trop qu'au lit
 Qu'il te touche, qu'il t'adore tout pareil que ta p'tite copine
 Ce n'est pas grave si, encore ce matin au réveil
 Tu te lèves d'une gaule mais il manque le E de Gaëlle
 Ce n'est pas grave si tu t'es surpris à regarder papa
 Ce n
'est pas grave si tu tentes, c'est-à-dire qu'c'était juste comme ça
 Ce n'est pas grave si tu beugues quand tes potos se montrent sans bas
 Ce n'est pas grave si t'as chaud et si ça l'devient chaque fois, ah-ah-ah

Sans le vivre, ben ça c'est grave
 Et ça c'est pire que rester à mentir dans le sort qu'on se nie tout bas

Ce n'est pas grave si avant tu disais qu'c'était sordide
 Qu'c'était que dans les télé-réalités qu'c'était possible
 Ce n'est pas grave si, maintenant c'est devenu ton réel
 Qui te revient à la gueule, alors qu't'approches la quarantaine
 Ce n'est pas grave si
t'as glissé sur le porno d'à côté
 Ce n'est pas grave si tu te dis qu'c'était sans faire exprès
 Ce n'est pas grave si une bite apparaît sur tous les onglets
 Ce n'est vraiment pas grave et même si tu commences a bander

Serre les dents putain, montre que t'es pas un pantin
 Tu peux faire c'que tu veux, vas-y explose et fous l'feu
 Serre les poings gamin, sans te cacher pour un rien
 Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu, s'tu veux

Ce n'est pas grave si tu aimes mater ton voisin
 Plus que des mains dans le dos, une main dans l'sac et mine de rien
 Ce n'est pas grave si tu l'appelles mon p'tit lapin
 Et tu effleures son p'tit machin qui corrèle bien avec le tien
 Ce n'est pas grave si tu
sens des envies passagères
 Qui te restent dans la tête plus fort que c'que t'as serré hier
 Ce n'est pas grave si, tu stresses quant à la manière
 Dont tu vas dire à ta mif tu t'intéresses à des derrières
 Ce n'est pas grave si tu penses à sauter ton meilleur
ami
 Ce n'est pas grave si tu t'avoues qu'Sabrina n'est plus jolie
 Ce n'est pas grave si tu regrettes les deux doigts que tu t'es mis
 Ce n'est vraiment pas très grave si tu restes focus sur Jimmy, hi-hi-hi

Sans le vivre, ben ça c'est grave
 Et ça c'est pire que rester à mentir dans le sort qu'on se nie tout bas

Ce n'est pas grave si tu rougis fort dans les vestiaires
 Car tu te sens d'venir tout dur devant le leur qui est à l'air
 Ce n'est pas grave si tu préfères l'âge solitaire
 Pour toucher dans la cabine une fois pour te la faire taire
 Ce n'est pas grave si ta t
oute première fois était trop sombre
 Ce n'est pas grave si ta seconde fois met à jour ta part d'ombre
 Ce n'est pas grave si ton énième fois n'est toujours pas féconde
 Ce n'est vraiment pas grave même si on t'insulte sur ta tombe

Serre les dents putain, montre que t'es pas un pantin
 Tu peux faire c'que tu veux, vas-y explose et fous l'feu
 Serre les poings gamin, sans te cacher pour un rien
 Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu
 Serre les dents putain, montre que t'es
pas un pantin
 Tu peux faire c'que tu veux, vas-y explose et fous l'feu
 Serre les poings gamin, sans te cacher pour un rien
 Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu, s'tu veux

Sans le vivre, ben ça c'est grave
 Et ça c'est pire que rester à mentir dans le sort qu'on se nie tout bas
 Et sans le vivre, ben ça c'est grave
 Et ça c'est pire que rester à mentir dans le sort qu'on se nie tout bas, hé
 Sans le vivre, ben ça c'est grave

Source : LyricFind

Paroliers : Eddy De Pretto

Paroles de Grave © Sony/ATV Music Publishing LLC, Universal Music Publishing Group


Eddy de Pretto apparaît sur la scène musicale et pour le grand public en 2017. Très vite, il sait imposer son univers, sincère, transparent, certains l’appellent, le Kid gay du rap.  En effet, on a le sentiment que ce dernier cherche à se donner, à se prêter comme un exemple afin d’aider ceux qui l’écoute. On le sait, la chanson a aussi cette vertu, celle d’accompagner toutes les luttes, particulièrement celle d’assumer les orientations sexuelles de chacun, sans jugement, sans artifice social où pourtant les culpabilités sont encore légions. L’héritage chrétien avait réussi à imposer une morale qui interdisait le plaisir, la liberté sexuelle, s’adossant, s'arcboutant au pêché originel comme une matrice morale indépassable, apte à constituer une société stable, marquée par la domination de l’Eglise, des notables ou des pères de famille. La seconde moitié du 20e siècle a tout fait voler en éclat cet ensemble de certitudes, gages d’une stabilité, érigée en monument d’hypocrisie.

                Expulsion du Jardin d'Eden, (sans doute un quart d'heure après le pêché originel) , Masaccio, 1424-1425

Le jeune chanteur né en 1993 à Créteil n’a apparemment pas le profil des rappeurs qui jusqu’alors avaient pignon sur rue. Il ne coche en effet, pas toutes les cases attendues : trop blanc, trop roux, trop fragile et enfin trop homosexuel. A travers ses trois albums, Eddy ne se présente pas vraiment comme un militant de la cause pourtant ses textes, ses engagements, son attitude en disent long et participent aux évolutions douces de la société, en luttant par petites touches impressionnistes, répétées, indolores, de nouvelles normes s'imposent lentement, faites de tolérances à l’échelle humaine, à hauteur d’hommes, mais de femmes aussi et plus bas encore, à hauteur d’ados et d’enfants.

                                                              Eddy de Pretto, à la sortie du 1er EP, 2017, Le Parisien

Eddy est cet artiste qui appartient à ces combats pour les libertés sexuelles. Ils s’inscrivent dans un courant plus large qui voit le jour au milieu des années 60 et qu’on appelle par facilité en France, mai 68. C’est donc dans ce mouvement de libération sexuelle que les homosexuels poursuivis, réprimés jusqu'alors par la justice ont débuté leur lutte. Parmi les premiers événements qui portent ce mouvement de liberté, il y a les émeutes de Stonewall Inn à New York en juin 1969. Ce bar fréquenté par des homosexuels était l’objet de descentes de police régulières, arrestations plus ou moins massives et aléatoires selon l'air du temps, de l'arbitraire aussi. Mais durant ce mois de juin, les interpellations ne vont pas se faire comme prévues, la situation bascule, des heurts éclatent entre les militants exaspérés des brimades habituelles et la police. Craig Rodwell fondateur d'une des premières librairies gay prend la parole dans la presse et mobilisent la révolte contre les injustices. Les manifestations durent cinq jours et marquent à jamais, la prise de conscience de la communauté gay. L'année suivante, en juin 1970, on commémore l'anniversaire des émeutes, c'est la première Gay Pride à NYC mais aussi à Los Angeles, Chicago et San Francisco. 

                                                  Photographie extraite de la Une du New York Daily News, 29 juin 1969


Gay Pride, NYC, 1970, Diana Davies / New York Public Library



La chanson s’intitule Grave, mais devrait plutôt adopter le titre « Pas grave ». Puisque le sujet est la culpabilité face à une morale qui réprouve tant de choses dès qu'il est question de plaisir sexuel. Grave agit donc comme un pansement, une miséricorde pour athée LGBT. En effet, Eddy égraine avec minutie, toutes les petites choses qui pourraient rendre un peu moins coupable un jeune qui découvre son homosexualité, tant de détails intimes parfois assez crus. "Eddy dit" pour rendre banale cette réalité faite de pensées et de désirs....C’est donc la question centrale de la culpabilité qui est l’enjeu de cette chanson. Pourquoi est-on coupable ? Comment se déculpabiliser... Le chanteur partage son expérience, trace la voie-(voix). Il prend des coups mais résiste. On pense aussi à une autre de ses chansons interprétée à l'église parisienne St-Eustache en juin 2021, A quoi bon, une supplique à Dieu, histoire d'interroger la dualité si problématique : religion-homosexualité. Il s'en suivit sur les réseaux sociaux, des centaines de menaces de mort. Mais De Pretto fait front. Il a porté plainte et fait condamner ces haters qui croyaient leur homophobie protégée derrière leur smartphone. On le voit porter l'intime au grand jour n'est pas facile. 

Le clip se charge de mettre en image, les intentions de la chanson. Puisqu'Eddy de Pretto ne cache rien de ses pensées, le réalisateur Colin Solal Cardo a décidé à la façon de Hitchcock, Fenêtre sur cour de filmer comme un voyeuriste matant le chanteur dans son appartement. La caméra le suit à travers ses fenêtres ouvertes sur la rue car Eddy n'a pas envie de se cacher, il essaie la simplicité et c'est sa force :  "Tu peux faire simple au lieu de te figer sur ce bleu, s'tu veux".

Ainsi, ses récits intimes aux apparences impudiques se partagent avec ceux qui ne peuvent pas encore dire. Les chansons d'Eddy témoignent des progrès, toujours trop lents de notre société vers plus de tolérance et d'ouverture. Après l'IVG gravée dans la constitution, on aurait envie d'y placer toutes ces aspirations aux libertés individuelles et à toutes les tolérances qui les accompagnent... Une société libre et tolérante, je sais, je sais....le monde des bisounours c'est pas à la prochaine station ! 

En attendant, "Serre les poings gamins, sans te cacher pour rien" et écoute du Eddy pour te donner du courage.




Jean-Christophe Diedrich


Pour aller plus loin

https://www.telerama.fr/musique/eddy-de-pretto-jai-toujours-fait-mon-interessant,n5603431.php Télérama, 16 avril 2018.

Stonewall, https://en.wikipedia.org/wiki/Stonewall_riots 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marche_des_fiert%C3%A9s 

mercredi 14 octobre 2020

"Dans ma ville on traîne". Visite guidée et habitée de l'aire urbaine de Caen par Orelsan.

Aurélien Cotentin naît en août 1982 à Alençon. A 16 ans, il déménage avec sa famille à Caen. Après des études de management, le jeune homme se lance dans le rap en tant qu'Orelsan. Beaucoup de ses titres insistent sur la dépression et le sentiment de mal-être qui affectent une frange non négligeable de la jeunesse française. 

Avec "Dans ma ville on traîne », le rappeur propose une description de sa ville de Caen. L'intérêt principal du titre est de rappeler qu'un espace géographique, avant d'être un objet d'étude, reste surtout un lieu de vie, que l'on habite. Le rappeur énumère ses souvenirs d'enfant, d'adolescent, d'étudiant. Ce faisant, il raconte SA ville. Il associe chaque action passée au lieu où elle s'est déroulée.  "On a traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares / Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades".

Orelsan propose ici une immersion dans les différents espaces constitutifs de l'aire urbaine caennaise. Sa visite est incarnée, nourrie par ses expériences, ses souvenirs, bons ou mauvais. Dans ce billet, nous lui emboîtons le pas à la découverte de l'aire urbaine caennaise. 

Caen vue par Orelsan. Carte réalisée grâce à umap openstreetmap (version pdf)

* "Dans les rues pavées du centre."

La ville-centre concentre les services (commerces, administrations, loisirs, transports, éducation) et les monuments anciens. Au Moyen-Age, Caen connaît un grand essor, avec la constitution du duché de Normandie. En son centre s'élève le château ducal érigé par Guillaume le Conquérant vers 1060. "Le chateau, ses douves" occupent un vaste espace entre le centre-ville et l'université. Les Caennais s'y promènent volontiers, entretenant les légendes urbaines les plus farfelues. Caen possède un très riche patrimoine architectural qui lui vaut parfois le surnom de "ville aux cent clochers" (comme sa rivale Rouen). Citons, parmi d'autres merveilles, les abbatiales Saint-Etienne (abbaye aux Hommes) et de la Trinité (abbaye aux Dames), les églises Saint-Pierre, Saint-Nicolas, Saint-Sauveur...

Big Pilou / CC BY (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)
 "Dans les rues pavées du centre, (...) tous les magasins ferment". Comme dans la plupart des villes françaises, cette vacance commerciale s'explique par les baux exorbitants pratiqués et la concurrence des grandes zones commerciales de la proche banlieue. A l'heure de fermeture des bureaux et des commerces, le centre ville semble se vider. "Après 22 heures, tu ne croises plus de gens." Le trafic, la trépidation sonore des activités diurnes disparaissent soudain. "T'entendras qu'les flics et l'bruit du vent". Pourtant, en dépit des apparences, le centre reste un espace récréatif, un lieu de fêtes. Quand les cols blancs et employés de bureaux regagnent leurs pénates, ils cèdent la place aux "mecs de la fac en troisième mi-temps", qui vont se terminer "dans les quelques bars qui servent encore. / Où y'a des clopes et des Anglais ivre-morts". Le rappeur connaît bien ces heures vides de la nuit où le temps semble se suspendre sous l'effet de l'alcool. Il répète à trois reprises: "J'ai tellement traîné dans les rues d'Caen / Avec une bouteille où tout l'monde a bu dedans / Entre deux mondes en suspens / Criminelle, la façon dont j'tuais l'temps". Dans la chaleur de la nuit, une faune interlope prend possession des lieux. Les "clochards dont tout l'monde connaît les noms", fréquentent l'épicerie de nuit (l'épicerie des Quatrans). Dans "un coin perdu" - la presqu'île entre l'Orne et le canal - "les filles se prostituent au milieu des grues". La visite guidée de Caen par Orelsan ne ressemble décidément pas à celle de l'office du tourisme. Point de Mémorial ici, mais des alcoolos, des clochards célestes et "Gigi" qui s'ouvrent "les veines à coups d'tesson". Dans la ville-centre, l'extrême pauvreté côtoie la richesse car c'est aussi ici que "les bourges font les courses" dans des magasins devant lesquels "les punks mendient".

Service de la ville de Caen / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)
 Malgré le processus de gentrification à l’œuvre, malgré la disparition de nombreux commerces, la ville-centre reste le cœur battant de l'aire urbaine. "J'ai fait des mariages, des enterrements / dans les mosquées, les églises et les temples" se remémore le rappeur. Parce qu'on y trouve une très grande diversité de fonctions et de services, parce qu'elle concentre les emplois et attire la main d’œuvre, elle polarise l'espace. Elle bénéficie d'ailleurs d'une excellente accessibilité grâce à des infrastructures de transports denses et diversifiées. Un aéroport, une gare LGV, des autoroutes assurent la desserte de la ville. Dans son titre, Orelsan mentionne aussi le tramway, le périph', le canal, le port (de plaisance), les bus qui relient Ouistreham où il est possible de prendre un Ferry pour l'Angleterre. 

* "Tu t'réveilleras sur les bords de la ville."

Mondeville 2. Ikmo-ned / CC BY-SA
S'endormir dans le tram et se réveiller au terminus, c'est être aux limites de la ville, en banlieue, là où les zones commerciales sortirent de terre au cours des décennies 1970, 1980. Dans les banlieues se trouvent en effet les activités qui prennent beaucoup de place: les zones commerciales, industrielles, d'activités ou artisanales... Là, en lisière de la ville-centre, juste à côté du périph', "les centres commerciaux sont énormes". Dans les temples de la consommation moderne, "on passait les samedis en famille (...), même quand on avait que dalle à acheter", se souvient Orelsan. Les marges de la ville-centre, la proche banlieue accueillent également une part importante de la population urbaine dans des pavillons ou des logements collectifs. Là,"tu peux voir les grandes tours des quartiers", "où l'architecte a cru faire un truc bien" mais s'est souvent raté. Les Zones Urbaines Sensibles de La Grâce de Dieu, La Guérinière, La Pierre Heuzé, Hérouville Est (Le Val, Le  Grand Parc, Les Belles Portes), les quartiers de Champagne ou du Chemin Vert  concentrent les difficultés sociales. Mal raccordées au centre, ces cités s'apparentent à des espaces de relégation, témoignages de la ségrégation socio-spatiale qui affecte aussi les grandes aires urbaines. "Si j'rappais pas, j'y serais jamais allé / Parce qu'on s'mélange pas tant qu'ça, là d'où j'viens", note ce rejeton de la classe moyenne qu'est Orelsan. 

Roi.dagobert / CC BY-SA
 La banlieue est aussi l'espace d'installation des grandes industries dévoreuses d'espaces.  "Si tu vois d'la fumée (...) / C'est qu'dans les usines pas très loin / On s'calcine, on s'abîme, on fait du carburant pour la machine".  Les principales industries de l'agglomération toujours en activité se situent au nord et à l'est de Caen: usines Renault Trucks ou Renault Véhicules Industrielles à Blainville, sur la presqu'île entre l'Orne et le canal, PSA à Cormelles-le-Royal... Sur cette commune, l'usine Moulinex produisait de petits appareils électro-ménagers. Après une longue bataille judiciaire, elle ferma ses portes en 2001, mettant sur le carreau 3 000 salariés. De 1917 à 1993, à Colombelles, les ouvriers de la Société Métallurgique de Normandie produisaient de l'acier, jusqu'à la délocalisation en Chine. L'ancienne tour réfrigérante (photo ci-contre) témoigne du riche passé industriel de la région, mais aussi de sa désindustrialisation avancée. Le "chaudron" est devenu une friche et ne fume plus.

* "Près des baraques pavillonnaires où les baraques sont les mêmes."
Au delà des grandes tours des quartiers, des usines et des centres commerciaux,
"y'a des champs, y'a plus rien". Rien hormis "des pavillons rectilignes / Où on pense à c'que pense la voisine / Où on passe les dimanches en famille / Où on fabrique du blanc fragile". Le manque de logements adaptés, les prix exorbitants de l'immobilier, le besoin de nature et la révolution des transports ont incité de nombreux citadins à s'installer dans les couronnes périurbaines dont l'extension spatiale se poursuit au gré des opportunités foncières. Cette périurbanisation entraîne donc un phénomène d'étalement urbain. Dans les zones pavillonnaires, les maisons sont construites en série suivant des plans identiques. Bien que parfois relativement éloignées de la ville-centre, les communes de la couronne péri-urbaines restent dépendantes de la ville-centre dans la mesure où au moins 40 % de la population ayant un emploi continue d'y travailler. En journée, les lotissements sont vidés d'une grande partie de leurs habitants partis au boulot "en ville". Le soir, ces derniers rentrent chez eux. Ces migrations pendulaires impriment donc des pulsations bien particulières au sein de l'aire urbaine.

* Métropole Caen la Mer.

La balade touche à sa fin. La concentration des populations et des activités diverses et spécialisées assurent à la métropole caennaise une aire d'influence régionale, contrariée cependant par la proximité de la capitale. Il n'empêche que de nombreux jeunes bas-normands ("les mecs de la fac") poursuivent leurs études à l'université de Caen. Les malades, quant à eux, se font soigner au CHU. "L'hôpital qu'on voit d'partout" est un bâtiment monstrueux de 83 mètres de haut construit avec autant de fantaisie que les immeubles staliniens moscovites de l'après-guerre.  

Caen se situe à quelques kilomètres de la Manche, un littoral touristique très fréquenté. Des "bus (...) t'emmènent à la mer en moins d'vingt minutes". Les Anglais viennent en nombre en raison de la proximité géographique et de la présence de Ferry assurant la traversée. Depuis la côte, "tu vois l'Angleterre derrière la brume"... Enfin à condition de croire aux légendes urbaines. Les grandes et belles plages normandes attirent également de nombreux touristes franciliens dont Orelsan se souvient qu'ils n'étaient guère charitables. "Où les Parisiens nous trouvaient tellement nuls." Caen et sa région ont été durement éprouvées par les combats du débarquement. Le rappeur y fait d'ailleurs référence lorsqu'il décrit le centre-ville vidé de ses habitants. "Après vingt-deux heures, tu croises plus d'gens / Comme si on était encore sous les bombardements."

C°: A l'issue de cette promenade caennaise, on peut constater qu'Orelsan entretient un rapport ambivalent avec sa ville. "Parler du beau temps serait mal regarder le ciel". Orelsan insiste sur l'humidité du climat océanique caennais et son ineffable "crachin normand". Ces ondées drues, mais peu denses font dire à Orelsan que sa ville n'est "même pas foutue d'pleuvoir correctement". Mais dans le même temps, il constate:"J'peux pas la quitter, pourtant, j'passe mon temps à cracher dessus (...)/ J'la déteste autant qu'je l'aime, sûrement parce qu'on est pareils." Le rappeur a usé ses fonds de culottes dans les rues de Caen. Il se souvient des "avions en papier" qu'il jetait du pont avec mamie Jeannine, mais aussi de ses aventures adolescentes. Tous ces souvenirs expliquent sans doute son attachement à la ville. "À chaque fois qu'ils détruisent un bâtiment / Ils effacent une partie d'mon passé". 


Dans ma ville on traîne.

                          Dans ma ville on traîne, entre le béton, les plaines                                                       

Dans les rues pavées du centre où tous les magasins ferment
On passe les weekends dans les zones industrielles
Près des zones pavillonnaires où les baraques sont les mêmes
Ma ville est comme la première copine que j'ai jamais eue
J'peux pas la quitter, pourtant, j'passe mon temps à cracher dessus
Parler du beau temps serait mal regarder le ciel
J'la déteste autant qu'je l'aime, sûrement parce qu'on est pareils
On a traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares
Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades
Traîné dans les rues, tagué sur les murs, skaté dans les parcs, dormi dans les squares
Vomi dans les bars, dansé dans les boîtes, fumé dans les squats, chanté dans les stades

J'ai tellement traîné dans les rues d'Caen
Avec une bouteille où tout l'monde a bu dedans
Entre deux mondes en suspens
Criminelle, la façon dont j'tuais l'temps (X3)

Après vingt-deux heures, tu croises plus d'gens
Comme si on était encore sous les bombardements
T'entendras qu'les flics et l'bruit du vent
Quelques mecs de la fac en troisième mi-temps
Qui devraient pas trop s'approcher du bord
Quand ils vont s'terminer sur le port
Dans les quelques bars qui servent encore
Où y'a des clopes et des Anglais ivre-morts
Cinq heures du mat'
La queue dans les kebabs en sortie d'boîte
Tu peux prendre une pita ou prendre une droite
Ou alors tu peux prendre le premier tram
Et, si jamais tu t'endors
Tu t'réveilleras sur les bords de la ville
Là où les centres commerciaux sont énormes
Où on passait les samedis en famille
Où j'aimais tellement m'balader
Même quand on avait que dalle à acheter
You-hou, ouais
Le caddie des parents ralentit devant Pizza Del Arte
Pas loin du magasin d'jouets
Où j'tirais des chevaliers
Près du pont où ma grand-mère m'emmenait
Lancer des avions en papier
Où tu peux voir les grandes tours des quartiers
Où l'architecte a cru faire un truc bien
Si j'rappais pas, j'y serais jamais allé
Parce qu'on s'mélange pas tant qu'ça, là d'où j'viens
Après, y'a des champs, y'a plus rien
Si tu vois d'la fumée quand tu reviens
C'est qu'dans les usines pas très loin
On s'calcine, on s'abîme, on fait du carburant pour la machine
À côté des pavillons rectilignes
Où on pense à c'que pense la voisine
Où on passe les dimanches en famille
Où on fabrique du blanc fragile
Longe le canal, prends l'périph'
T'arrives à la salle où j'ai raté des lay-ups décisifs
Pas loin d'un coin perdu
Où les filles se prostituent au milieu des grues
Là où y'a les bus
Qui t'emmènent à la mer en moins d'vingt minutes
Où les Parisiens nous trouvaient tellement nuls
Où tu vois l'Angleterre derrière la brume
Passe devant l'hôpital qu'on voit d'partout
Pour nous rappeler qu'on y passera tous
Et tu seras d'retour en ville
Où les bourges font les courses et les punks mendient
Où y'a des clochards dont tout l'monde connaît les noms
J'ai vu Gigi s'ouvrir les veines à coups d'tesson
Devant l'épicerie, celle qu'est toujours ouverte
Près du château, ses douves et ses légendes urbaines
J'ai fait des mariages, des enterrements
Dans les mosquées, les églises et les temples
Sous un crachin normand
Elle est même pas foutue d'pleuvoir correctement
Ma ville aux cent clochers
À chaque fois qu'ils détruisent un bâtiment
Ils effacent une partie d'mon passé” 


Ci-dessus: le Caen d'Orelsan. 

Sources:

- Le formidable travail réalisé par Denis Sestier avec une de ses classes a été une grande source d'inspiration pour rédiger ce billet. A partir des paroles de la chanson, l'auteur propose ce croquis. . Merci Denis!

- "Orelsan, le rap d'une France en crise

- Le morceau décrypté par Genius.  

- INSEE: "Caen la Mer, une communauté urbaine attractive, notamment pour les jeunes." 

- Claude Boniou, Camille Hurard: "En 50 ans, de profondes mutations sociales et démographiques dans les quartiers de la ville de Caen", site de l'INSEE. 

- "La Normandie et ses territoires", INSEE.

Liens:

- D'autres morceaux consacrés à des villes: "Je viens de là"par Grand Corps Malade.

- "Ce que la géographie nous apprend de l'histoire du rap français", Télérama.