mercredi 19 novembre 2008

119. Randy Newman: "Sail away". (1972)

Dès le début des années soixante, Newman compose des morceaux qu'il place auprès d'interprètes aujourd'hui oubliés. En 1968, il sort son premier disque, sobrement intitulé Randy Newman. Déjà, on note ses talent d'auteurs avec des morceaux incisifs dans lesquels il prend pour cible les puissants et dénonce, toujours avec finesse et humour, les travers de son pays.

En 1972, Randy Newman sort l'album Sail away, un de ses plus réussis. Il y adopte un ton incisif, accompagné de son seul piano. Sur le morceau titre, le chanteur se place dans la peau d'un marchand d'esclave. Avec ce procédé, contraire à celui de l'identification, Newman entendait « adopter le point de vue d'un type qui était pire que les gens qui l'écoutaient. Comme ça ils pouvaient se rendre compte qu'il avait tort ».
Revenons rapidement sur cette traite transatlantique.


Avec les grandes découvertes, les Européens organisent la traite des noirs , soit la déportation massive de travailleurs africains vers les plantations d'Amérique. Dès le XVème siècle, les marins Portugais, suivis par des Espagnols, des Anglais, des Français, des Hollandais se livrent au commerce du "bois d'ébène". Dans un premier temps, les colons européens installés aux Amériques, tentèrent d'embrigader les indigènes, mais ceux-ci connaissaient les lieux et pouvaient s'enfuir aisément et surtout, le terrible choc microbien décima ces populations indiennes. Dans ces conditions, les planteurs se tournèrent vers une autre main d'oeuvre.


Convoi d'esclaves enchaînés.


Dans les colonies anglaises, les premiers esclaves noirs arrivent en Virginie dans les années 1610. Les plantations du sud des Etats-Unis de tabac, riz, puis coton, réclamaient une main d'œuvre de plus en plus nombreuse, bon marché et à demeure. Dès 1661, la Virginie reconnut l'existence légale de l'esclavage. Les colonies voisines l'imitèrent très rapidement. Il reste impossible d'estimer avec précision le nombre d'africains qui furent arrachés à leurs terres, néanmoins les estimations les plus plausibles se situent entre 1,5 millions et 3 millions pour le XVIIème siècle, entre 6 et 7 millions pour le XVIIIème siècle.

Carte de la traite négrière de 1500 à 1870.


Les négriers suivaient la plupart du temps une route triangulaire: d'Europe en Afrique, d'Afrique en Amérique, avant de retourner en Europe. Les marchands d'esclaves s'étaient établis sur une longue bande côtière s'étendant de l'embouchure du fleuve Sénégal au sud de l'Angola actuel.

Les négriers, disposant de denrées européennes à échanger, marchandaient auprès des chefs de tribus locaux qui se chargeaient de procurer des captifs en nombre suffisant. Hommes, femmes, enfants, auscultés comme du bétail, étaient ensuite marqués au fer rouge sur la poitrine . Ils embarquaient alors sur les navires, enchaînés deux par deux.

Ils emplissaient alors la cale du navire, chargé au maximum le plus souvent, rendant tout mouvement très difficile pour les esclaves. La traversée durait de six à dix semaines, dans des conditions épouvantables, impossibles à décrire. De nombreux captifs tentaient l'impossible pour quitter ces navires, quitte à se noyer. Les conditions d'entassement, l'absence d'hygiène, les mauvais traitements, transformaient les navires en véritables mouroirs. La plus grande hantise des négriers reste les mutineries, relativement fréquentes.


Affiche annonçant une vente aux enchères de Nègres à Charleston (Caroline du Sud) en 1769.

En tout cas, ce commerce s'avérait extrêmement florissant, permettant d'engranger des profits considérables pour ceux qui s'y livraient. Les esclaves qui avaient survécu au voyage étaient alors exposés nus sur des marchés et vendus au plus offrant. Ils ne reverraient plus jamais l'Afrique.



"Sail away" (1972) - Randy Newman

In America you'll get food to eat
Won't have to run through the jungle
And scuff up your feet
You'll just sing about Jesus and drink wine all day
It's great to be an American

Ain't no lions or tigers-ain't no mamba snake
Just the sweet watermelon and the buckwheat cake
Ev'rybody is as happy as a man can be
Climb aboard, little wog-sail away with me

Sail away-sail away
We will cross the mighty ocean into Charleston Bay
Sail away-sail away
We will cross the mighty ocean into Charleston Bay

In America every man is free
To take care of his home and his family
You'll be as happy as a monkey in a monkey tree
You're all gonna be an American

Sail away-sail away
We will cross the mighty ocean into Charleston Bay
Sail away-sail away
We will cross the mighty ocean into Charleston Bay


________________________________

Une fois en Amérique tu auras de quoi manger
Sans devoir courir à travers la jungle
Et t'écorcher les pieds
Tu n'auras qu'à chanter sur Jésus et boire du vin toute la journée
C'est quelque chose que d'être américain

Pas de lions ou de tigres-pas de cobras
Seulement la douce pastèque et des gâteaux à l'orge
Tout le monde est aussi heureux qu'un homme peut l'être
Monte à bord, petit négro - voguer au large avec moi

Voguer au large, voguer au large
Nous traverserons le Grand Océan jusqu'à Charleston Bay
Voguer au large, voguer au large
Nous traverserons le Grand Océan jusqu'à Charleston Bay

En Amérique tout le monde est libre
De s'occuper de sa maison et de sa famille
Tu seras heureux comme un singe dans son arbre
Tu vas faire un parfait Américain

Voguer au large, voguer au large
Nous traverserons le Grand Océan jusqu'à Charleston Bay
Voguer au large, voguer au large
Nous traverserons le Grand Océan jusqu'à Charleston Bay


Liens:
- "Randy Newman râle toujours" sur Telerama.fr.
- Un diaporama sur l'esclavage avec France 5 éducation.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bravo pour votre initiative, je suis tombé sur votre page en cherchant un fichier musical sur R. Newman et ne regrette pas cette escale imprévue. C'est très intéressant comme approche de l'histoire et de la géographie. J' aurais aimé l'apprendre ainsi.
Sorgual.