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samedi 20 mars 2010

204. Tropical fiesta : « Révérence à nos souverains »

Elevé par les missionnaires de l'Oubangui-Chari (cette colonie française est alors intégrée à l'AEF), après le décès de ses parents, Jean-Bedel Bokassa s'engage dans l'Armée française à l'âge de 18 ans, en 1939, et participe, au sein des Forces françaises libres, au débarquement en Provence et à la bataille du Rhin. Il sert ensuite en Indochine et ne rentre qu'en 1964 dans son pays d'origine, devenu indépendant sous le nom de République centrafricaine. Son cousin, David Dacko est à la tête de l'État depuis 1959 et la disparition de Barthélémy Boganda dans un accident d'avion. Cousin de Dacko, Boganda était favorable à la création d'États-Unis d'Afrique et aspirait au maintien d'une fédération rassemblant les pays de l'Afrique Équatoriale française. Les nombreux particularismes locaux auront raison de cette ambition, avant même sa disparition.


bokassa[1] par guisso2
Jean Bedel Bokassa en tenue militaire.




Dacko n'hésite pas à faire de Jean-Bedel Bokassa son Chef d'état-major et l'élève au grade de colonel. Ce poste clef lui permet de réorganiser l'Armée et de nouer des contacts qui s'avéreront cruciaux quelques mois plus tard. Fin 1965, il contre la tentative de Putsch du chef de la gendarmerie , mais conserve le pouvoir à son profit, destituant, de fait, Dacko, le 31 Décembre 1965 (on parlera ainsi du « coup d'Etat de la Saint-Sylvestre »).

Très vite, Bokassa fait savoir qu'il entend maintenir son pays dans le pré-carré français, ce qui rassure de Gaulle et Foccart, le monsieur Afrique de l'Élysée. Le président français respecte aussi le passé militaire de Bokassa qui lui donne du "papa" (ce qui irrite au plus haut point de Gaulle). La Centrafrique demeure en tout cas dans la dépendance complète de l'ancienne métropole et c'est avec l'assentiment de la France que Bokassa assoit son pouvoir de façon brutale.
Le dictateur jouit dans un premier temps d'une certaine popularité grâce à de grandes idées de retour à la terre, de réforme agraire regroupées sous le nom "d'opération Bokassa". Ce volontarisme économique connaîtra quelques succès (de meilleures récoltes)assurant une croissance économique au pays. A l'époque Bangui se dote de nombreuses constructions qui lui valent le surnom de "coquette", tandis que des progrès notables sont à signaler dans le domaine éducatif.


Sur le plan politique, le pays est mené d'une main de fer. Les opposants croupissent en prison. Pour un oui ou un non, le dictateur donne l'ordre de torturer ou d'exécuter, détournant à son profit les aides financières accordées à son pays dans le cadre de la coopération. Grâce à de telles pratiques concussionnaires, il se trouve bientôt à la tête d'un important patrimoine immobilier (château en Sologne, villas dans le midi de la France).



Bokassa sombre dans la mégalomanie. Grisé par le pouvoir absolu, il s'autoproclame "président à vie" en 1972, puis Maréchal en 1974. Président omniscient, il dirige tout, accapare les postes à responsabilité. Le cumule des mandats ne le concerne pas puisque, tout en restant président, il s'arroge dans le même temps dix ministères. Évidemment, il contrôle l'information et les médias, transformant ainsi la radio nationale (La voix de la Centrafrique) en organe de propagande. Admirateur inconditionnel de Napoléon, il organise, le 4 décembre 1977, une fastueuse cérémonie au cours de laquelle il se couronne lui-même empereur. Ce sacre coûtera une fortune au pays, dont l'économie est pourtant exsangue. La couronne, le sceptre sont sertis de pierres précieuses d'une très grande valeur. Pour l'occasion, Bokassa Ier arbore le même costume que le Maréchal Ney lors du sacre de Napoléon (il trouve son inspiration dans le tableau que David réalise pour le sacre de Napoléon). La cérémonie se déroule dans un gymnase omnisports construit quelques années auparavant.
Mais, parmi les 5.000 invités, aucun Chef d'Etat n'a fait le déplacement. L'empereur de Centrafrique n'en reste pas moins soutenu, financé pendant toute la durée de son sinistre règne (13 années) par la France qui y voit un moyen de perpétuer sa présence en Afrique centrale et d'assurer la prospérité des expatriés européens sur place . Elle s'abstient donc de tout commentaire sur le régime.

Timbre commémorant le sacre du premier empereur centrafricain.

Les rapports de Bokassa avec les successeurs de de Gaulle restent plutôt bons et le dictateur parle de Valéry Giscard d'Estaing comme de son « cher parent ». Du côté français, le comportement de plus en plus extravagant du protégé devient embarrassant. Bokassa peut par exemple décider en se levant d'augmenter les salaires des fonctionnaires de 25% sans avoir pour autant les moyens de les payer. Dans ce cas là, il se tourne vers les autorités françaises. Lorsque celles-ci renâclent, il n'hésite pas à menacer son "tuteur" d'aller demander secours à l'URSS ou la Chine. En ces temps de guerre froide, cette méthode s'avère souvent très efficace. Il n'hésitera pas non plus à se convertir à l'islam afin d'être plus convaincant auprès de Khadafi auprès duquel il prend l'habitude de réclamer des subsides.

http://formaementis.files.wordpress.com/2008/09/bokassa.jpg

En janvier 1979, le ministre de l'éducation impose l'uniforme à l'école. Cette mesure suscite la colère de nombreuses familles déjà à genoux. Aussi, écoliers et étudiants descendent dans la rue pour tenter de faire reculer le pouvoir. Bokassa engage au contraire une terrible répression qui se solde par une centaine de morts. C'est cet événement qui précipite son éviction du pouvoir. Désormais en disgrâce à Paris, Bokassa 1er est contraint d'accueillir une commission de juristes sénégalais chargés d'enquêter sur cette tuerie. De nombreux observateurs accusent directement l'empereur qui se serait impliqué personnellement dans la répression des manifestations. Le verdict de la Commission confirme l'implication de Bokassa dans ce drame. Esseulé, ce dernier cherche alors des appuis. Dans cette optique, il se rend en Libye auprès de son vieil ami Kadhafi. Alors qu'il se trouve dans l'avion pour Tripoli, les autorités françaises décident d'une opération commando. L' « Opération Barracuda » aboutit à la destitution du dictateur, remplacé par le docile David Dacko. A cette occasion, les militaires se rendent aussi dans le palais de l'empereur déchu pour y récupérer les archives, sans doute trop compromettantes pour certaines personnalités françaises. Persona non grata en France, Bokassa prend le chemin de l'exil qui le conduit en Côte d'Ivoire, où il rumine sa vengeance à l'égard de son "cher parent" Giscard d'Estaing, qui vient de le lâcher.
Les deux hommes se connaissent bien et partagent une passion commune, la chasse au gros gibier, qui conduit à plusieurs reprises VGE en Centrafrique. Bokassa, de son côté, possède une propriété en Sologne où il s'adonne à son passe-temps favori.

En janvier 1979, le Canard Enchaîné publie un fac-similé d'une lettre de 1973, signée de la main de Bokassa lui-même, autorisant le don d'une plaquette de diamants de 30 carats au profit de VGE, alors ministre des finances. Difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire, en tout cas l'affaire tombe au pire moment pour le président qui ne va pas tarder à briguer un second mandat présidentiel. Giscard oppose un silence méprisant aux allégations de la presse (« Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison » déclare-t-il). Loin de convaincre l'opinion, son mutisme tend au contraire à attiser les soupçons. En mai 1981, Mitterrand l'emporte. Le président sortant attribue sa défaite électorale de 1981 à l'affaire des diamants (ce à quoi il faudrait sans doute ajouter sa campagne électorale; son bilan politique et économique; les peaux de bananes glissées par son ancien premier ministre devenu rival, Jacques Chirac; et enfin la volonté d'alternance des Français...).

Chassé d'Abidjan, Bokassa se réfugie en France où il demeure jusqu'en 1986, date à laquelle il rentre en Centrafrique afin d'y être jugé. Lors de précédents procès, il avait été condamné à mort par contumace. Il écope alors de la même peine, commuée en prison à vie. En 1993, il bénéficie d'une grâce présidentielle et s'éteint trois ans plus tard des suites d'un arrêt cardiaque, à 75 ans. Il laisse derrière lui une très grande famille (7 femmes officielles et 27 enfants reconnus).

Il ne faudrait pas se laisser abuser à la lecture du règne ubuesque de ce roitelet africain. Bokassa doit aussi être envisagé comme une figure typique du néo-colonialisme. En l'espèce, il convient de ne pas négliger les responsabilités de l'ancienne puissance coloniale.
Comme le rappellent Géraldine Faes et Stephen Smith, auteurs de la biographie de référence "Bokassa: un empereur français", si le dictateur reste " indéfendable ", il n’est ni plus ni moins que " l’archétype de toute une génération de dirigeants dans les anciennes colonies françaises du continent ", " un satrape assez ordinaire de la Françafrique (...) ".


Constatons, au travers de cet exemple, que les intérêts de la France conduisirent ses présidents successifs à appuyer une dictature africaine jusque dans ses aberrations les plus flagrantes. Or, il ne s'agit malheureusement pas d'une exception...



Comme tout autocrate qui se respecte, Bokassa s'attache les services des artistes. A l'occasion du sacre, il convoque les formations musicales centrafricaines afin qu'elles exaltent son impériale personne. Certains morceaux seront réunis sur un album au titre évocateur: "Hit parade spécial couronnement: 4 décembre 1977". Le morceau "révérence à nos souverains" (premier titre ci-dessous) du groupe Tropical Fiesta rappelle que le nouvel empereur centrafricain vient d'intégrer le cercle très fermé des empereurs en exercice, soit Hiro Hito (Japon) et le Shah d'Iran (depuis trois ans Haïlé Sélassié manque à l'appel).

Le deuxième morceau constitue un véritable ovni musical, assurément pas du meilleur goût. Cette comptine sortie l'année même du sacre évoque l'empereur. Nestor, spécialiste des chansons parodiques ne fait ici qu'un plagiat de l'équipe de "la lorgnette", l'émission que Jacques Martin anime alors sur Antenne 2. En quête d'un hymne digne de son rang, Bokassa avait lancé un appel aux compositeurs du monde entier. Les humoristes proposèrent donc une version iconoclaste dont les paroles sont les suivantes:

Il est bo bo bo
Il est ka ka ka
Il est bo ka ka
Il est bo ka quoi
Il est bo ka ssa

Refrain : il est bo ka ssa …

http://www.bide-et-musique.com/images/thumb150/5957.jpg

Nestor ajoute quelques aménagements et apporte surtout sa touche personnelle avec une musique qu'on ne qualifiera pas (attention cependant à ne pas écouter le morceau plus d'une minute au risque de l'avoir dans tête toute la journée).
Les anthropophages sur la pochette font sans doute référence aux rumeurs de cannibalisme qui coururent à une époque sur Bokassa (sans doute liées à la répression des manifestations étudiantes de 1979, au cours desquels l'empereur auraient joué un rôle actif).

Nestor: "Bokaka" (1977).

Bobo Boka Bokassa
Bobo Boka Bokassa
Bobo Boka Bokassa (Oaaaaaaaaaaaaa….)
…aaaaaaaaaaaaaaaaah! Qu'il est beau !

(2 fois)
Il est beau beau beau
Kassa !
Il est cacaca
Comme ça !
Il est bokaka
Kassa !
Il est bokaquoi
Caca !
Il est Bokassa, Bokassa !

Avec tes gros sabots
Quand tu imites Napoléon
Tu fais bien rire les enfants
De Bastia et d'Ajaccio
Avec ta Joséphine
T'as fait une sacrée rumba
Le monde entier s'est bien marré
Et Martin va me foutre une fessée



Sources et liens:
- L'émission l'Afrique enchantée du dimanche 28 février 2010: "Bokassa Ier ... le dernier empereur".
- La "Françafrique" sur l'Histgeobox.
- "Bokassa s'autoproclame empreur de Centrafique" (article de Marc Teynier pour Jeune Afrique, 1er décembre 2003).
- La chute de Bokassa. Reportage de la Télévision Suisse Romande en Centrafrique.
- "Comment meurent les dictateurs: le cas Bokassa".
- Un dossier sur l'excellent site de Florian Nicolas: "Jean Bedel Bokassa, le Napoléon de Centrafrique" (PDF).
- Bokassa grotraka.

samedi 17 janvier 2009

133. The skatalites: "Fidel Castro".

Le Che et Fidel Castro.

Au début des années soixante, une nouvelle génération de musiciens accède au devant de la scène musicale jamaïcaine. Tommy mc Cook (saxophone), Roland Alphonso (Saxophone), Lester Sterling (saxophone) , Johnny Moore (trompette), Baba Brooks (trompette), Jah Jerry (guitare), Harold Moore (guitare), Lloyd Brevette (basse), Lloyd Knibs (batterie), Jackie Mittoo (piano) Lord Tanamo(chant), Tony da Costa (chant) et Don Dummond (trombone) constituent ainsi l'ossature des Skatalites, le plus grand groupe de ska de l'île. Très vite, ils imposent leur style explosif sur des instrumentaux à l'enthousiasme communicatif.

Souvent, ils donnent à leurs morceaux le nom de personnalités (cf: Malcom X sur L'Histgeobox). Ici, c'est un des derniers dinosaures des temps les plus durs de la guerre froide, le dirigeant cubain Fidel Castro, qui a droit à leurs honneurs. Revenons sur le parcours du lider maximo.

Fidel Castro Ruz naît dans une riche famille de l'île et mène des études pour devenir avocat. Il s'oppose très tôt au régime dictatorial imposé par Batista, en 1952. Après une longue guérilla menée dans la sierra Maestra, il s'empare du pouvoir le 1er janvier 1959. Nouveau chef de l'Etat cubain, il doit compter avec l'opposition déterminée des Etats-Unis qui tentent à plusieurs reprises de le renverser ou de l'assassiner (ex: la vaine tentative de débarquement sur l'île, au niveau de la baie des cochons, en 1961). Dans ses conditions, il se rapproche de l'URSS et intègre le camp soviétique. Pour les Etats-Unis, la présence d'un Etat communiste à quelques centaines de kilomètres de leurs côtes constitue une véritable défi.

Castro et l'écrivain Ernest Hemingway.

Tous les yeux se braquent sur la petite île lors de la crise des fusées (1962), au cours de laquelle Castro adopte une attitude jusqu'au-boutiste. Dès lors, il n'a de cesse de dénoncer l'impérialisme américain et se pose aussi en leader du mouvement tiers-mondiste.

Dans l'île, il instaure une dictature communiste. Les libertés fondamentales sont bafouées. L'effondrement de l'URSS prive Cuba de son plus fidèle soutien. La fin des aides financières du grand frère soviétique plonge Cuba dans une grave crise économique et sociale. Malgré quelques timides assouplissements du régime (sur le statut de l'Eglise catholique par exemple), la situation politique reste préoccupante.

Fidel castro reste donc un des derniers grands leaders communistes en vie. Ecarté du pouvoir par ses problèmes de santé en 2006, Fidel Castro est mort en 2016. Son frère Raul assure la succession. La lente libéralisation du régime est cependant loin d'en faire une démocratie...



Liens:
- La crise des fusées de Cuba.
- Les Skatalites sur L'Histgeobox et avec Ital corner.
- Fidel inspirent les musiciens, la preuve ici.

vendredi 5 décembre 2008

124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)

Ce ska survolté de l'obscur Lord Brynner permet d'évoquer la crise congolaise, ces cinq années de guerres civiles qui débutèrent quelques jours seulement après l'indépendance et ne s'achevèrent qu'avec la prise de pouvoir de Mobutu.



Sans aucune préparation, l'indépendance du Congo est accordée par la Belgique le 30 juin 1960. Par une mesure de compromis, le pouvoir est partagé entre deux adversaires politiques: Lumumba devient premier ministre et Joseph Kasavubu président. Patrice Lumumba se trouve alors dans une situation compliquée. En effet, il dispose de très peu de cadres formés. D'autre part, cinq jours après l'indépendance, l'armée se mutine. Lumumba entend maintenir l'unité du pays, or le 11 juillet 1960, la plus riche province du pays, le Katanga fait sécession et déclare unilatéralement son indépendance. La Belgique, qui y voit un moyen de préserver ses intérêts économiques, soutient activement cette sécession (tout comme de nombreux mercenaires européens et sud-africain, ainsi que l'Union minière du Haut-Katanga).

La riche province du Katanga (diamants, cobalt) fait sécession, bientôt suivie par le sud Kasaï (bien pourvue, elle aussi, en diamants). (cette carte est tirée de l'émission Le dessous des cartes).

Dans ces conditions, Lumumba menace de se tourner vers l'URSS. Kasavubu et Lumumba se destituent mutuellement début septembre 1960. Placé en résidence surveillé, Lumumba est finalement trahi par son ancien secrétaire, le général Mobutu, qui est devenu l'homme fort du pays depuis qu'il contrôle la capitale. Traqué par les hommes de Mobutu, les services secrets belges, les agents de la CIA, Lumumba est arrêté le 3 décembre 1960 et transféré au Katanga, aux mains de son pire ennemi, M. Tshombé.

Le 17 janvier 1961, il est assassiné. Les milices de Mobutu déterrent son corps à deux reprises, avant de le faire disparaître dans l'acide sulfurique, gracieusement fournie par l'Union minière du Haut Katanga, toujours détenue par les Belges. Pendant ce temps, la sécession du Katanga se poursuit et il faut l'intervention des casques bleus de l'ONU (déc. 1962-fév. 1963) pour réduire la résistance de Moïse Tshombé, le leader katangais.

Dans la province de Stanleyville, au nord, les partisans de Pierre Mulele, ancien partisan de Lumumba, forment une rébellion, qui se réclame de l'esprit de Patrice Lumumba. En fait, le gouvernement de Kasavubu ne parvient pas à contrôler le pays, traversé par de nombreux mouvements autonomistes.
C'est finalement un coup d'Etat militaire, conduit le 24 novembre 1965 par le colonel Mobutu, qui instaure l'unité nationale et tente de relancer l'économie. Mobutu établit un régime présidentiel autoritaire, s'appuyant sur un parti unique. Il élimine impitoyablement tous ses rivaux. Il parvint ainsi à se maintenir au pouvoir jusqu'en 1997 (M. Augris vous en reparle très bientôt).

Lord Brynner:"Congo war".
It is sad but it’s exciting, / When I read the newspaper.
About what’s happening / In the western province of Africa.
Everybody’s fighting,
to get the fortune and fame.
But it is amusing,
When I read all the bosses names.
Such as Kasavubu,
and Antoine Gizenga
Fighting to gain power over Katanga.
Colonel Mombutu
and Justin Momboko
rivaling Tshombé
to be boss over the Congo.
My father made me to know
that my great great gandfather
Came from the Congo in the Western Province of Katanga.
But I can’t remember his name,
because it was too long.
and if I called the name I might have to bite me tonge.
All like Kasavubu
and Patrice Lumumba
Fighting to gain power over Katanga
Colonel Mombutu
and Justin Momboko
rivaling Tshombe to be boss over the Congo.
Oh Congo bawa wa mojique berle
arre baba arela ah roqo di mole,
Mojique berle Congo,
eh uwah Kosu.
______________________
Lord Brynner:"La guerre du Congo".
Dans les régions de l'afrique de l'ouest / tout le monde se bat pour la fortune et la gloire / mais il est amusant de lire tous les noms des chefs.
comme Kasavubu, / et Antoine Gizenga / s'affrontant pour s'emparer du Katanga.
Colonel Mobutu / et Justin Momboko / rivalisant avec Tshombé / pour contrôler le Congo.
Mon père m'apprit / que mon arrière-arrière grand-père / venait du Congo, de la province de l'ouest, le Katanga. Mais je ne me souviens plus de son nom, / car il était trop long.
et si je donnais le nom je m'en mordrai peut-être les doigts.
comme Kasavubu / et Patrice Lumumba / s'affrontant afin de s'emparer du Katanga / Colonel Mobutu / et Justin Momboko combattant Tshombe pour devenir les maîtres du Congo.
Oh Congo bawa wa mojique berle
arre baba arela ah roqo di mole,
Mojique berle Congo,
eh uwah Kosu.

Spéciale dédicace à Marie, qui a traduit ce texte.
Découvrir:
- Lopango Ya Banka est un groupe de rap engagé porté par huit jeunes artistes d’origine congolaise. Kongo Bololo, le premier album du groupe, interprété dans trois langues de la République Démocratique du Congo.



Liens:
* Sur l'histgeobox, d'autres titres sont consacrés au Congo:
- Vincent Courtois et Ze Jam Afane:"L'arbre Lumumba". Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.
- Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Indépendance cha cha". Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un succès immense dans tous les pays africains nouvellement indépendants.
- Baloji: "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo" (très bientôt sur le blog).
* La dernière lettre de Patrice Lumumba, adressée à son épouse.

dimanche 11 mai 2008

32. Peter Gabriel "Biko"

Protestations en Afrique du Sud à la mort de Steve Biko


Le 18 aout 1977, Steve Bantu Biko, fondateur du premier syndicat étudiant noir d’Afrique du Sud et militant anti-apartheid est arrêté par la police pour terrorisme. Le 12 septembre, celle-ci annonce sa mort, officiellement des suites d’une grève de la faim.

Personne n’est dupe, Biko est mort à la suite des sévices courants dans les prisons sud-africaines. Le scandale va durement toucher la crédibilité du régime de Pretoria et symboliser les déchirements d'une société qui vit séparée par couleurs.

Le pays en effet est une mosaïque ethnique. Il fut colonisé par les portugais puis par des hollandais avant d’être conquis par la force au début du XXème siècle par les britanniques. L’Afrique du Sud vit sous un régime de séparation raciale stricte doublée d’une rivalité entre blancs eux mêmes. Après son indépendance en 1910, la situation du pays est très compliquée. La minorité blanche descendante de colons protestants hollandais et français qui se nomme elle-même afrikaner veut marquer à la fois son rejet du colonisateur anglais avec qui elle s’est violemment battue au XIXème siècle (il y eut même des camps de concentration où les afrikaners moururent par milliers) et sa prééminence sur les différentes tribus noires qui peuplent le pays. Ces afrikaners ont une langue dérivée du néerlandais avec une bonne louche de français (apartheid vient ainsi de l'expression "à part"), une culture et une religion calviniste différente des anglophones anglicans et se considèrent d'abord non comme des européens mais comme des africains blancs, propriétaire de terres vierges qu'ils ont mis en valeur et qui n'appartiennent ni aux anglais, ni aux tribus noires qui ne les ont jamais exploitées.
Il faut bien voir qu'en ce qui les concerne, les Noirs, largement majoritaires, sont divisés en une myriade de tribus (xhosa, zoulous, sothos etc…) souvent hostiles les unes aux autres auxquels il faut encore rajouter de nombreux immigrés malais ou indiens amenés comme main d’œuvre par le colonisateur britannique (Gandhi, de 1894 à 1914 defendra pendant 20 ans ces mineurs ou paysans indiens corvéables à merci.)

Avec l’indépendance, les blancs, à majorité afrikaner, prennent les rênes du pays pour mieux se démarquer de l’ancienne métropole. Il se met en place un système de lois, votée en 1948, interdisant à la majorité noire ou aux descendants de travailleurs immigrés tout pouvoir politique ou économique. C’est l’apartheid, qui divise strictement les communautés selon la couleur de peau. Par peur de la montée démographique des « colored », c’est aussi une ségrégation géographique qui tend à séparer clairement quartiers blancs et noirs. De même toute relation sexuelle entre blanc et non-blanc devient un crime passible de prison.

Une plage en Afrique du Sud dans les années 80

Des minis états noirs, prétendument indépendants, les bantoustans (Lesotho, Swaziland etc…) sont crées pour séparer davantage les noirs des régions les plus riches, à majorité blanche. Ce sont des états fantoches, sans véritable pouvoir ni indépendance économique qui servent à calmer les esprits.

Dans les années 60 puis 70, ces lois de ségrégations ne cessent de se durcir, alors que l’Afrique du Sud profitant de ressources économiques importantes en matières premières en profite pour s’enrichir et se proclamer fer de lance de la lutte contre la menace soviétique dans la région. Elle obtient par ce biais l'indulgence de la plupart des gouvernement occidentaux. Elle s’accompagne d’une politique répressive de plus en plus forte qui vise à empêcher l’éclosion d’une conscience politique dans la majorité noire qui croupit dans la pauvreté. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont jetés en prison. Steve Biko, un des rares noirs étudiants en médecine dans les années 60 est l’un de ces contestataires. Bien que se revendiquant non-violent, il apparaît comme plus radical que l’ANC, jugé trop conciliant avec le pouvoir blanc, participant à des manifestations qui tournent parfois à l’émeute face à la police.

Dans les années 70, les townships, quartiers de bidonville noirs dont le plus célèbre est Soweto en banlieue de Johannesburg s’enflamment régulièrement. La répression de la police y est féroce, arrestations arbitraires et disparitions se multiplient.

L'arrestation de Biko et sa mort suspecte choquent l’opinion publique mondiale. D’autant que des photos montrant son corps nu et portant de violentes traces de coup font le tour des rédactions des journaux du monde entier. Interrogé à ce sujet, le ministre de la justice de l'époque, Jimmy Kruger, déclare que la mort de Biko le laisse "froid". L’ONU vote deux résolutions appelant à un embargo des armes contre l’Afrique du Sud.

En 1980, l’ancien chanteur du groupe Genesis, Peter Gabriel, passionné de musiques africaines popularise auprès du public occidental la cause de la lutte anti-apartheid au travers d’une chanson sobrement appelée Biko et qui mêle des expérimentations synthétiques à des chants africains plus traditionnels. Si l’album « Peter Gabriel 3 » trop expérimental aux yeux du grand public est un échec commercial, la chanson Biko rencontre elle un écho important, incitant d’autres artistes connus à s’engager politiquement pour soutenir des causes politiques




September '77
Port Elizabeth weather fine
It was business as usual
In police room 619
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead




When I try and sleep at night
I can only dream in red
The outside world is black and white
With only one colour dead
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead


You can blow out a candle
But you can't blow out a fire
Once the flames begin to catch
The wind will blow it higher
Oh Biko, Biko, because Biko
Oh Biko, Biko, because Biko
Yihla Moja, Yihla Moja
-The man is dead
And the eyes of the world are
watching now
watching now

-------------------------------



Septembre 1977
Port Elizabeth, météo clémente
Rien de plus que la routine
Au commissariat dans la pièce 619
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Ton esprit plane, ton esprit plane
- L'homme est mort

Quand j'essaye de dormir la nuit,
Je ne rêve qu'en rouge
Le monde extérieur est noir et blanc
La seule couleur est la mort
Oh Biko, Biko, parce que Biko

Oh Biko, Biko, parce que Biko
ton esprit plane, ton esprit plane
- L'homme est mort


Tu peux éteindre une bougie en soufflant
Mais tu ne peux pas éteindre un feu
Une fois que les flammes sont là
Le vent lui fera prendre de l'ampleur
Oh Biko, Biko, parce que Biko
Oh Biko, Biko, parce que Bikoton esprit plâne, ton esprit plâne
-L'homme est mort
Et les yeux du monde
regardent maintenant
regardent maintenant




 

Peter Gabriel sera un des initiateurs de la fusion entre les courants pop rock et la world music fondant un festival WOMAD (World Of Music, Art & Dance) et un studio, Real World qui ira produire des artistes du monde entier, souvent à perte, car Gabriel frôlera la faillite à plusieurs reprises. D’autres artistes connus reprendront cette cause, la rendant médiatique, comme Tears for Fears et son « Mandela Days » ou le chanteur sud-africain Johnny Clegg surnommé le Zoulou blanc qui popularise les danses tribales traditionnelles (« Scatterlings of Africa » ou « Asimbonanga » dédiée à Mandela).

Les protestations internationales, le prix Nobel de la paix accordé au pasteur noir Desmond Tutu, autre figure de la lutte anti apartheid ou la multiplication des sanctions contre l’Afrique du Sud, privée de Jeux Olympiques ou de relations commerciales normales, vont progressivement obliger les autorités de Pretoria à lâcher du lest face à la contestation noire. Petit à petit, malgré l’opposition des conservateurs blancs qui dénoncent la prétendue influence de la propagande communiste derrière les mouvements anti-apartheid, les présidents Peter Botha puis Frederick de Klerk suppriment une par une les lois ségrégationnistes pour rendre à l’Afrique du Sud sa place parmi les nations.



La campagne de boycott contre les oranges sud-africaines Outspan qui marqua les esprits dans les années 70.


En 1990, après 24 ans derrière les barreaux, Nelson Mandela leader de l’ANC est libéré devant les caméras du monde entier. Un an plus tard alors que les lois d’apartheid sont officiellement supprimées, Mandela devient le premier président noir du pays et se lance dans une politique de réconciliation nationale pour éviter au pays un embrasement ethnique.

De Klerk et Mandela, au moment de la libération de ce dernier. Il recevront ensemble le prix Nobel de la paix.

Depuis, l’Afrique du Sud, devenue l’une des premières puissances économiques africaines et un pays émergeant grâce à ses nombreuses matières premières, joue un rôle international de plus en plus fort et tente de se poser comme la locomotive de l’Afrique. Mais, même si une bourgeoisie noire s’est développée, les inégalités économiques restent encore importantes et la société sud-africaine, bien que démocratique, demeure toujours assez cloisonnée.

Une commission "vérité et réconciliation" fut créée pour juger des crimes du temps de l’apartheid dont la mort de Biko. La police reconnaîtra sa responsabilité dans le décès sous les coups du militant noir, mais au final, en 2003, aucune poursuite ne sera déclenchée. Comme ce sera le cas pour beaucoup de crimes commis par les dirigeants du régime de l’apartheid ou par les membres les plus extrémistes des mouvements anti ségrégationnistes. Le nouveau pouvoir ne veut pas rouvrir des plaies encore vives dans la société sud-africaine.

La mort de Biko a au moins réveillé les consciences et la chanson de Peter Gabriel fut de celles qui forcèrent l’opinion internationale à ouvrir les yeux sur la situation là bas. Comme le dira Mandela en 1994 « Biko a été le premier clou dans le cercueil de l’apartheid. »

mercredi 16 avril 2008

13. Bob Marley:"Zimbabwe".

Au début du XIX° siècle, le territoire correspondant à l'actuel Zimbabwe passe sous le contrôle de la British South Africa Company, dont le patron, Cecil Rhodes a obtenu des droits sur l'exploitation minière au sud du Zambèze. L'homme d'affaires, spécialisé dans l'industrie du diamant, devient le principal agent de l'impérialisme britannique en Afrique australe. Deux territoires voient progressivement le jour : les Rhodésie du Nord (future Zambie) et du Sud (futur Zimbabwe). Au début du XX° siècle, la Rhodésie du Sud devient une colonie de peuplement, reposant sur les activités extractives (or, amiante, charbon) ou agricoles (tabac, céréales). Un régime d'apartheid ségrégationniste se met en place, au sein duquel les populations blanches contrôlent les pouvoirs politique et économique. Spoliées et chassés des terres les plus fertiles, les populations noires sont repoussées dans les zones arides. Privés de droits politiques et sociaux, ils subissent une législation discriminatoire et raciste, en tout point comparable à celle mise en place par le régime d'apartheid sud-africain au sortir de la Seconde Guerre mondiale. 
 
Le drapeau du Zimbabwe. Public domain, via Wikimedia Commons

En 1953, alors que la guerre froide bat son plein, les Britanniques créent la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, (1) afin de contrer plus efficacement les mouvements nationalistes naissants et d'empêcher toute expansion communiste dans la région. Le processus de décolonisation à l'œuvre sur le continent, ainsi que la constitution de partis indépendantistes au sein de la Fédération, décident les autorités britanniques à accélérer la participation des élites noires aux gouvernements. En 1963, la Fédération éclate, ouvrant la voie à l'indépendance. En 1965, Ian Smith, le premier ministre de Rhodésie du Sud, déclare unilatéralement l'indépendance, provoquant la rupture avec Londres et précipitant le territoire dans un interminable conflit de libération. La guerre oppose le pouvoir blanc, qui cherche à tout prix à conserver ses privilèges et à perpétuer les discriminations,  à la Zimbabwe African People's Union (ZAPU) de Joshua N'Komo, puis à une faction dissidente de ce dernier : la Zimbabwe African National Union (ZANU) de Robert Mugabe. (2) La minorité blanche bénéficie du soutien de l'Afrique du Sud, qui envisage la Rhodésie comme un glacis protecteur face au "péril communiste". Les combats sont acharnés et meurtriers, mais faute de bataille décisive, s'enlisent dans une guerre interminable. Des négociations s'ouvrent enfin en 1979. En décembre, les accords de Lancaster House imposent la tenue dans les deux mois d'élections libres. La ZANU de Robert Mugabe l'emporte très largement. La Rhodésie du Sud obtient alors sa deuxième indépendance, en avril 1980. L'ancienne colonie devient Zimbabwe, en référence au nom donné aux gigantesques forteresses de l'Empire médiéval du Monomotapa (XI-XV°siècle). 

Après des décennies d'oppression, une joie irrépressible gagne la population. Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités de l'indépendance. Parmi les 35 000 spectateurs présents se trouvent de nombreux dirigeants politiques, mais aussi des artistes. Bob Marley et les Wailers, ont été invités à participer aux festivités. Ainsi, juste après que le nouveau drapeau rouge, vert et or ait été hissé, le groupe joue Positive vibration, puis I shot the sheriff, avant que le concert ne soit clôt par la reprise en chœur de Zimbabwe.

De prime abord, on pourrait être étonné par la présence du Jamaïcain, elle n'a pourtant rien de fortuit.  Les luttes de libérations nationales trouvent en effet un grand écho chez les rastafariens, qui considèrent l'Afrique comme la terre mère. Dans la logique eschatologique qui est la leur, les puissances coloniales européennes sont un des nombreux avatars de Babylone, ce pouvoir occidental blanc, toujours prompt à exploiter et brimer. Dans le sillage de la révolution cubaine, des luttes indépendantistes, du mouvement Black power, la musique jamaïcaine s'est radicalisée. Le reggae célèbre alors la black pride, ainsi que les racines africaines. Cette réappropriation culturelle se manifeste par exemple dans l'utilisation des percussions nyabinghi. 

La pochette de l'album Survival avec 49 drapeaux africains.

Sur une musique douce et chaloupée, Marley pose des textes acérés. Tout en dénonçant toutes les formes d'oppression, le chanteur célèbre particulièrement Haïlé Sélassié, l'empereur éthiopien dont le couronnement, en 1930, avait ravivé le thème du retour en Afrique. Renversé par un putsch et assassiné en 1974, le ras Tafari devient, sous la plume de Marley et des rastas, le Grand Rédempteur et libérateur des Enfants d'Israël asservis par le pharaon égyptien. En 1976, le chanteur reprend en musique un discours prononcé par le négus, en 1968, à la tribune de l'ONU. La chanson War, véritable déclaration de guerre au racisme et au colonialisme, devient un cri de ralliement pour les combattants africains toujours en lutte. L'année suivante, il enregistre Exodus. L'errance des Afro-descendants en quête de Terre promise semble répondre à de celle des Hébreux en quête de Canaan.

En 1978, Marley compose Zimbabwe, alors qu'il se trouve à Shashamé, une colonie rasta construite en Éthiopie. (3) La chanson figure sur l'album Survival, sorti en 1979. Marley, au faîte de sa popularité, compose alors son disque le plus engagé. La pochette, qui aligne les drapeaux des États africains, annonce la couleur : il sera question de l'Afrique. Accompagné des Wailers, le chanteur porte une vision panafricaine et solidaire. Africa unite milite en faveur de l'unité africaine. Top rankin fustige les élites politiques, promptes à diviser pour mieux régner et accaparer le pouvoir. L'album se termine par Zimbabwe. Lors de la composition du morceau, le pays reste placé sous le joug colonial, ce qui explique les vers menaçants du refrain :"Investissez le Zimbabwe / Détruisez tout au Zimbabwe / Africains, libérez le Zimbabwe". L'heure est à la lutte ("Nous restons pour lutter, nous allons lutter / Lutter pour nos droits !"), au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ("Chaque homme a le droit de décider de son destin"). Contre un ennemi commun, Marley appelle à l'unité ("Alors main dans la main avec les armes", "Plus de lutte interne pour le pouvoir / Nous nous rassemblons", "Diviser pour régner ne peut que nous déchirer") et invite à se défier des ennemis de l'intérieur ou des sicaires ("Dans la poitrine de chaque homme il y a un cœur qui bat / Alors, nous saurons qui sont les vrais révolutionnaires / Et je ne veux pas que mon peuple soit piégé par des mercenaires"). A ce prix, "nous libérerons le Zimbabwe".


 

Conclusion : Le 17 avril 1980, la liesse est immense parmi les spectateurs présents au Rufaro Stadium pour célébrer l'indépendance. Le concert des Wailers constitue sans doute le sommet de la journée. La foule, extatique, exulte lorsque que ressentissent les premières notes de musique. Au bout de dix minutes de concerts, la police, redoutant que le spectacle ne vire à l'émeute, juge opportun de lancer des gaz lacrymogènes. Une fois le calme revenu, les Wailers remontent sur scène pour terminer leur prestation en apothéose avec l'interprétation de Zimbabwe. Deux ans après la création du titre, Marley et les Wailers réalisaient ainsi la prophétie contenue dans les paroles de la chanson : "Natty Dread est au Zimbabwe (...) / Natty chante au Zimbabwe". (4)

Notes :

1. Les actuels Zambie, Zimbabwe et Malawi.

2. La ZAPU, soutenue par l'URSS, opère depuis la Zambie voisine, quand la ZANU, aidée par la Chine, prend le Mozambique comme base arrière.

3. Pour les rastas, l'avènement du ras tafari entre en résonance avec les discours de l'activiste nationaliste jamaïcain Marcus Garvey. "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance", avait-il lancé en 1927. Le couronnement de Sélassié fut ainsi interprété comme l'accomplissement de cette prophétie, suscitant un immense espoir auprès des populations Afro-américaines, prêtes à se lancer dans un rapatriement vers l'Afrique mère. L'agression de l'Italie fasciste contre l'Italie en 1936 provoque un gigantesque mouvement de soutien et une mobilisation de grande ampleur au sein de la diaspora noire du monde entier. En remerciement, le "roi des rois" concède 500 acres de terres, donnant naissance à la communauté rasta de Shashamané.

4. L'enthousiasme retombera malheureusement très vite et Mugabe, héros de la libération, se transformera en un cruel dictateur, mais cela est une autre histoire...
 

Sources :

A. Guillaume Blanc : "Décolonisations. Histoires situées d'Afrique et d'Asie (XIX-XXI° siècle)", Edictions du Seuil, 2022.

B. Amzat Boukari-Yabara : "Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme", La Découverte, 2017.

C. Maureen Sheridan : "Bob Marley. Les secrets de toutes ses chansons, 1962-1981", Hors Collection, 2011.