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mercredi 27 septembre 2017

Chansons anarchistes 1/4: "La Ravachole"

L'anarchisme est une théorie politique qui réclame l'abolition définitive de toute forme d'autorité, laquelle ne vise pour les libertaires qu'à assurer la puissance de quelques privilégiés. Au cours du dernier tiers du XIXème siècle, les épouvantables conditions d'existence du monde ouvrier nourrissent le succès de l'anarchisme. Instabilité économique, épuisement physique et chômage sont alors le lot quotidien du prolétariat. Cette situation intolérable conduit les partisans de l'anarchisme à imaginer un monde différent, plus juste; un monde organisé sans autorité politique (l'Etat), économique (le capital), ou morale (la religion). Pour les libertaires, l'anarchie n'est pas désordre puisqu'elle propose d'organiser la société différemment.
Les deux premiers grands théoriciens de l'anarchisme sont Pierre-Joseph Proudhon et Mikhaïl Bakounine. Le premier défend avec ténacité les concepts de mutuellisme et d'autogestion, basés sur une réciprocité désintéressée et la solidarité. Il défend également le fédéralisme, un mode d'organisation sociale qui a pour but d'accroître l'entraide entre des individus et des groupes d'individus tout en préservant leur autonomie, sans passer par un pouvoir étatique. Pour Bakounine, les moyens de production (terre, instruments de travail) doivent devenir propriété collective de la société, laquelle doit s'organiser sur la base d'un accord librement consenti par tous et non sous les ordres d'une puissance supérieure. En cela, il s'oppose aux théories de Marx. Alors que les idées anarchistes apparaissent dans les statuts de la Ière Internationale (Association internationale des travailleurs) en 1864, la rupture avec les socialistes intervient en 1872, lors du congrès de La Haye, tandis que les objectifs et les méthodes de l'anarchie sont précisées cette même année au congrès de saint-Imier, dans le Jura suisse, un des principaux foyers de l'anarchie. 

Légende : « Ceux qui vivent de la mine. Ceux qui en crèvent. » By Unknown - Le Père Peinard, in Le Péril anarchiste, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15558769
Plusieurs médias contribuent alors à la diffusion des idées anarchistes. Ainsi, une presse dynamique se développe, apportant une cohésion à la cause en tenant les compagnons informés des débats sur la théorie et la tactique. En 1892, on ne compte pas moins de 16 journaux anarchistes publiés en France.
- La Révolte de Jean Grave a un contenu intellectuel et relativement modéré.
- Hebdomadaire intellectuel, littéraire et artistique, l'en-dehors de Zo d'Axa cherche à convertir par l'ironie et le sarcasme.
- Le Père Peinard d’Émile Pouget tire son nom d'un cordonnier imaginaire au franc parler irrésistible. Grossier et antireligieux, Pouget utilise l'argot familier du petit peuple pour fustiger les "cléricochons" (prêtres), "les troubades" (soldats), "la républicanaille" (républicains) et les "bouffe-galette" (députés).
Les groupes anarchistes pullulent dans les quartiers populaires parisiens tels que Montmartre. Ils y partagent la butte avec les peintres, les écrivains, les artistes d'avant-garde dont certains partagent les idées libertaires (Paul Signac, Henri Toulouse-Lautrec, Camille Pissarro pour les seuls peintres).
Pour un grand nombre de militants, l'éducation du peuple reste l'enjeu capital pour parvenir à l'instauration d'une société anarchiste. Des écoles libertaires pour les plus jeunes, des "universités populaires" pour les adultes voient alors le jour. Or, "parmi les outils propagandistes utilisés par les compagnons pour mener à bien cette œuvre d'éducation du peuple ou de l'esprit des individus, la chanson occupe une place de choix."


 * La chanson anarchiste pour "décrasser les boyaux de la tête".
Selon Gaetano Manfredonia, l'importance accordée à la propagande chansonnière est immense. Aux yeux des théoriciens de l'anarchisme, les chansons ont de grandes vertus. Accessibles, elles permettent d'atteindre aisément les couches les plus défavorisées de la population. Elisée Reclus, qui cherche à "atteindre les paysans" par la chanson, affirme: "Ils aiment la chanson, ils la comprennent, ils s'en pénètrent... et se fichent des brochures didactiques." Il s'agit en outre d'un moyen d'expression dont le mode de production est en prise directe avec les aspirations populaires. Au cours des années 1880 et 1890 en effet, les auteurs de ces chansons sont souvent de simples militants qui s'adonnent à la composition sans pour autant en tirer un profit matériel quelconque. Ces très nombreuses chansons  accompagnent la plupart des manifestations publiques et privées des compagnons. 

La chanson telle que la conçoivent les libertaires vise à former les esprits, à "décrasser les boyaux de la tête" comme l'exprime Le Père Peinard. Ces productions constituent autant de prétextes pour vulgariser les rudiments de la doctrine ou des idéaux libertaires. Les grandes vertus éducatives attribuées à la chanson expliquent la place de choix que lui réserve les anarchistes dans leurs tentatives d'éducations libertaires. (1)

Aux yeux de nombreux anarchistes, la chanson est avant tout un art engagé et partisan. Pour le syndicaliste révolutionnaire Fernand Pelloutier, une chanson ne saurait être envisagée comme une production neutre ou purement individuelle. La chanson doit s'inscrire dans un but de propagande.  "Poètes et musiciens, lancez les strophes vibrantes qui éveilleront dans l'âme des humbles l'impatience de leur servage, et, aux heures trop fréquentes du découragement, renouvelleront l'ardeur des forts." Contre la société bourgeoise, Pelloutier exhorte les chansonniers libertaires à mener un véritable combat culturel afin d'éradiquer les chansons chauvines ou licencieuses, mais aussi le music hall et les "café-concert". (2)
Les chansons permettent encore de désigner les adversaires, de dénoncer "les maux provoqués par le capital, le militarisme, la politique et la religion pour exhorter tous les exploités à la révolte.
Enfin, le répertoire des chansons anarchistes s'étoffe et se diversifie au fil des événements, en particulier au cours de la vague d'attentats perpétrés en France de 1892 à 1894.
 
* La propagande par le fait.
La terrible répression de la Commune, en mai 1871, a décapité pour une décennie le mouvement anarchiste. Ceux qui échappent à l'exécution ou au bagne, optent pour l'exil, en Suisse notamment. L'intensité et la cruauté de la répression menée par le pouvoir "bourgeois" radicalisent les positions des jeunes libertaires dont certains renoncent à l'action collective, ainsi qu'à la propagande orale et écrite, jugées inefficaces. Certains optent pour la mise en œuvre d'actions violentes, envisagées comme des moyens de propagande plus "efficaces". Il convient désormais de "frapper par la terreur l'imagination des foules". On parle de "propagande par le fait". Dans un article paru en 1880 dans Le Révolté, Pierre Kropotkine considère que "notre action doit être la révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite ( ... ) Tout est bon pour nous qui n'est pas la légalité.
Pour certains, le passage à l'acte contribue à la sanctification, élève au rang de martyre. C'est le cas de du nihiliste russe Sergueï Netchaïev dont l'organisation terroriste La Volonté du peuple organise des assassinats de responsables politiques. 

Le Capital et le Travail, caricature anarchiste extraite du Père Peinard, et citée dans Le Péril anarchiste (Félix Dubois). See page for author [Public domain], via Wikimedia Commons
 
Le congrès international du 14 juillet 1881, réuni à Londres, reconnaît officiellement cette nouvelle stratégie. " En sortant du terrain légal, sur lequel on est généralement resté jusqu'aujourd'hui, pour porter notre action sur le terrain de l'illégalité qui est la seule voie menant à la Révolution, - il est nécessaire d'avoir recours à des moyens qui soient en conformité avec ce but. [...] Les sciences techniques et chimiques ayant déjà rendu des services à la cause révolutionnaire et étant appelées à en rendre encore de plus grands à l'avenir, le Congrès recommande aux organisations et individus faisant partie de l'Association Internationale des Travailleurs, de donner un grand poids à l'étude et aux applications de ces sciences comme moyen de défense et d'attaque.
Les principaux théoriciens et la majorité des militants anarchistes n'approuvent pourtant guère cette violence. Pour Jean Grave, Sébastien Faure ou Émile Pouget, c'est l'éducation des masses, la propagande pacifique et la pédagogie qui doivent assurer le triomphe des idées libertaires. (3)
 



* Dynamite.
La propagande par le fait s'inscrit dans le contexte de la seconde révolution industrielle.  L'invention d'explosifs permet désormais de commettre facilement des attentats meurtriers. C'est particulièrement le cas de la dynamite dont le chimiste Alfred Nobel dépose le brevet en 1867. Le nouveau produit trouve immédiatement un marché dans l'armée, les mines, la construction, l'industrie en général. Le potentiel destructeur de la dynamite n'échappe pas aux anarchistes dont certains se font les apôtres à l'instar du relieur allemand Johann Most. A partir des années 1880, la plupart des journaux anarchistes consacrent d'ailleurs des rubriques spéciales aux techniques de fabrication d'explosifs (dans Le Révoltéla RévolteL'en-dehorsLe Père Peinard). 
Plusieurs chansons anarchistes composées à l'époque vantent également les mérites des bombes en général et de la dynamite en particulier ("Dame Dynamite", la "polka dynamite"). En 1893, le compagnon Martenot envoie La Dynamite, une chanson explosive au journal L'Insurgé qui n'ose la publier...

Il est un produit merveilleux / expérimenté par la science. / Et qui pour nous les miséreux / fera naître l'indépendance. / Tant mieux s'il éclate parfois / en faisant beaucoup de victimes. / Chez nos ennemis les bourgeois / cela nous venge de leurs crimes. 
Placer une marmite / bourrée de dynamite. / Quelque soit la maison / en faisant explosion / la nouvelle ira vite. / Pour inspirer la terreur, / il n'y a rien de meilleur / que la dynamite.

Défendue par des intellectuels tels que Kropotkine, Louise Michel ou Paul Brousse, la propagande par le fait convainc également de jeunes déclassés venus de milieux très défavorisés. (4)

 * "Salut à toi le Ravachol.
Ravachol, de son vrai nom Francis Claudius Koenigstein, est très tôt confronté à la misère. Ouvrier teinturier dans la région stéphanoise, il doit subvenir avec son maigre salaire aux besoins de sa famille. Révolté par les injustices sociales, il est renvoyé pour fait de grève à plusieurs reprises. Ses idées subversives le conduisent naturellement vers l'anarchie dont il devient un militant convaincu. Cet engagement se double toutefois d'actions criminelles sans lien avec l'anarchie. La police est sur ses traces ce qui l'oblige à se cacher et se déplacer constamment. A Barcelone, il apprend à fabriquer des bombes. De retour à Paris, il entend faire parler la poudre au nom de la cause anarchiste, en s'en prenant aux symboles de la répression de l’État qui bat alors son plein.
Échauffourées de Clichy (1891). Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1077065
Le 1er mai 1891, 9 manifestants sont abattus par la troupe à Fourmies, une ville lainière du Nord de la France. Le même jour, à Clichy, trois ouvriers anarchistes accusés abusivement d'avoir tiré sur la police sont arrêtés et malmenés. En août, ils passent au jugement sous l'accusation de violence sur "des agents de la force publique". Deux des trois hommes subissent de lourdes condamnations (3 et 5 ans de prison). 
Ces deux évènements mobilisent dans les milieux anarchistes. ils scandalisent Ravachol  qui entreprend dès lors de venger les "martyrs" de Clichy. Aidé d'un complice, le 11 mars 1892, il place une charge explosive au 136 boulevard saint-Germain, dans l'immeuble du juge Benoît, qui a présidé le procès des trois de Clichy.  Le 27 mars, il fait subir le même sort à celui du procureur général Bulot, qui avait requis la peine de morts. Peu de temps après, dans un restaurant appelé Le Véry, il se confie au serveur Lhérot qu'il pense acquis à la cause anarchiste. Dénoncé, Ravachol est finalement arrêté. Juste avant l'ouverture de son procès, le 25 avril 1892, une bombe fait sauter Le Véry. L'explosion tue deux hommes dont le patron, monsieur Véry. Pour le Père Peinard, c'est l'heure de la "Véryfication"... 
Lors des débats, le procureur Bulot lance à l'accusé: "Vous n'êtes qu'un chevalier de la dynamite", ce que Ravachol prend pour un compliment. Condamné aux travaux forcés pour ses attentats, il écope à l'issue d'un autre procès de la peine capitale pour deux assassinats commis auparavant. 

 
 

Le 11 juillet 1892, Ravachol est exécuté. Avant de perdre la tête, il crie "Vive la Ré...", mais le couperet l'empêche de terminer. Quelques minutes auparavant, sur le chemin de la guillotine, Ravachol avait entonné la chanson de père Duchesne (également appelée L'bon Dieu dans la merde). (5) Clairement blasphématoire ("nom de Dieu" est répété 37 fois), violente, la chanson dénonce pêle-mêle les illusions de la religion, l'exploitation de la misère, les profiteurs et les institutions en général. Quant aux ennemis de la classe ouvrière, ils doivent être châtiés sans mollesse: "Si tu veux être heureux Nom de Dieu / pends ton propriétaire... / coupe les curés en deux Nom de Dieu". 

Ravachol symbolique, caricature anarchiste extraite du Père Peinard, et citée dans Le Péril anarchiste (Félix Dubois). [By Charles Maurin (Le Père Peinard, in Le Péril anarchiste) [Public domain], via Wikimedia Commons]
La mort de Ravachol l'élève au rang de martyr. Dans son Éloge à Ravachol, Paul Adam prévient: "Le meurtre de Ravachol ouvrira une ère nouvelle." Pour le critique anarchiste, Ravachol est un "rédempteur" dont le sacrifice et les souffrances rappellent ceux de Jésus-Christ. Une gravure sur bois de Charles Maurin (voir ci-dessus) le présente "comme un martyr, son visage défait et héroïque pris dans la lunette de la guillotine." [John Merriman p89]

A son tour, Koenigstein inspire des chansons, notamment la Ravachole, dont les paroles sont écrites par Sébastien Faure.  Publiée pour la première fois dans L'Almanach du Père Peinard (1894), elle se chante sur l'air de la Carmagnole et du ça ira. " Dansons la Ravachole, / Vive le son, vive le son, / Dansons la Ravachole, / Vive le son / D’l’explosion ! / Ah, ça ira, ça ira, ça ira, / Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe, / Ah, ça ira, ça ira, ça ira, / Tous les bourgeois on les saut’ra.. / On les saut’ra !"



La couverture médiatique abondante de l'événement popularise la "propagande par le fait", tout en terrifiant. "C'est alors qu'émerge  l'image de l'anarchiste vêtu de sombre, insaisissable, tapi dans l'ombre, une bombe sous le manteau (...)." (Merriman p89) Les attentats spectaculaires de Ravachol provoquent une véritable psychose. La succession des explosions ou agressions attribuées aux anarchistes laisse imaginer un vaste complot organisé. Aussi, une intense répression s'abat sur les anarchistes, qu'ils soient ou non adeptes de la propagande par le fait. Les autorités s'emploient dès lors à infiltrer les milieux libertaires à l'aide d'agents secrets et d'informateurs rétribués. La police multiplie les perquisitions et arrestations, expulse les étrangers soupçonnés d'anarchisme, tout en incitant les employeurs à licencier les ouvriers suspects. La "psychose de la dynamite" semble justifier la violation des droits individuels.
Arrestation de Ravachol à la une du Petit Journal - Bibliothèque nationale de France, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15760071
 L'accusé avait prévenu ses juges de Montbrison : "J'ai fait le sacrifice de ma personne. Si je lutte encore, c'est pour l'idée anarchiste. Que je sois condamné m'importe peu. Je sais que je serai vengé." Sa prédiction se vérifie très vite. L'affaire Ravachol inaugure le cycle sanglant des attentats et de la répression qui s'abattent sur la France pour deux longues années.
  

                                                     La suite ici

Notes:
1. Au sein de La Ruche, le théoricien de l'anarchisme Sébastien Faure dirige la chorale.

Passionné de musique et de chant, il est l'auteur et interprète de plusieurs compositions très appréciées des libertaires.  
2. Les libertaires  luttent contrent l'annexion progressive de la chanson politique et sociale par la sphère marchande. Après 1900, les chansonniers professionnels "engagés" supplantent les militants-compositeurs amateurs. Ce faisant, la chanson anarchiste cesse "d'être une chanson écrite par des militants pour des militants pour devenir une chanson écrite par des professionnels pour des militants, réduits au rand de public payant." (cf Gaetano Manfredonia)
3. En octobre 1879, au Congrès de la Chaux-de-Fonds, la question du futur mode d'action des anarchistes divise et donne lieu à d'âpres discussions.  Certains envisagent le recours à la violence, tandis que les autres affirment la nécessité de se rapprocher des syndicats ouvriers. 4. Exemples: Livré à lui-même dès sa plus tendre enfance, Ravachol exerce de nombreux petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Petit délinquant, il reçoit bientôt une formation auprès d'intellectuels libertaires dans un centre d'études sociales. 
La lecture des ouvrages des penseurs libertaires et des journaux anarchistes jouent un rôle comparable pour Jules Bonnot.

5. Organe de presse des hébertistes sous la Révolution française, le journal du Père Duchesne est ressuscité pendant la Révolution de 1848 ou lors de la Commune de Paris.

 * Sources: 
- John Merriman: " Dynamite Club. L’invention du terrorisme à Paris", Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle Lyasse, Tallandier, 255 pp.
- Jean Maitron: "Ravachol et les anarchistes", Gallimard, Folio histoire, 1992.
- Jean Garrigues: "Anars: la décennie terroriste", in Les collections de l'Histoire n°27: les grandes batailles de la gauche.

- Gaetano Manfredonia, « La chanson anarchiste dans la France de la belle époque.Éduquer pour révolter », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques 2007/2 (n°26), p. 101-121.
- Concordance des temps: "La Troisième République et la violence anarchiste: libertés ou sécurité?", avec Jean Garrigues. [podcast]

  * Liens: 
- "Les enragés de la dynamite."
- Rebellyon.info: "1892: exécution de Ravachol à Montbrison" / "24 juin 1894 à Lyon: Caserio poignarde Sadi Carnot"
- Deux disques essentiels: "chansons anarchistes" par les Quatre barbus et "pour en finir avec le travail" sur le site vrérévolution.



jeudi 5 mars 2015

294. " La chanson des restos" (1986) et "Toute la vie" (2015), les Enfoirés.

Qui parmi nous,  ces jours derniers, a pu rester sourd aux échos polémiques nés de la dernière livraison musicale des « Enfoirés » ? Ce groupe d’artistes aux contours fluctuants (tous ne sont pas chanteurs, tous ne sont pas artistes) se réunit chaque année autour de Jean-Jacques Goldman pour enregistrer un disque et organiser une série de concerts - l’un d’entre eux étant retransmis en prime time sur TF1 – au profit de l’association caritative des « Restos du cœur ». Pour lancer la 30ème collecte annuelle des Restos, « Les Enfoirés » interprètent dans un clip, un dialogue entre jeunes et vieux intitulé « Toute la vie »


Les artifices de la mise en scène sont assez drôles d’ailleurs : des jeunes très téléréalité (on reconnaît à peu près tous les traits d’un bon casting de TheVoiceSecretStory), juchés sur des bancs comme à l’école le jour de la photo de classe invectivent des « Enfoirés » - très maquillés, voire plus,  et fort bien éclairés  - qui encaissent les accusations de leurs puinés avec étonnement, philosophie puis les rabrouent verbalement. Ce qui fait polémique n’est pas tant l’éclairage sur le teint naturel de Tal ou la bouche qui l'est tout autant  de Zazie, non, c’est bien davantage l’échange en forme de match de ping-pong entre les deux générations (on remarque que certains sont mal rangés parmi les « Enfoirés » puisqu’il sont excessivement jeunes mais on comprend qu’il s’agit de tracer une frontière entre les anonymes et les célébrités). Alors que se disent-ils ?

Les jeunes exposent leurs sentiments de « colères » et « dégouts » alimentés par l'amer héritage que leur ont laissé leurs aînés « chômage, sida, violence », eux qui n'ont connu que des temps bénis de « plein emploi, liberté, paix » et  qui ont ensuite  « raté, dépensé, pollué ». Loin de s’en laisser compter par ces rebelles en culottes courtes, les « Enfoirés » somment leurs interlocuteurs de cesser sur le champ leurs jérémiades  parce que d’une part « Vous avez tout, l'amour et la lumière » et d’autre part « On s'est battus, on n'a rien volé ». Morale de l’histoire : puisque « tout ce qu’on a il a fallu le gagner», les vieux disent aux jeunes « A vous de jouer mais faudrait vous bouger ».

Capture d'écran du clip montrant les invectives des jeunes.
Le groupe des "Enfoirés", les vieux avec Tal (25 ans),
Zaz (34 ans) et Lorie (32 ans) qui prouve qu'on peut avoir
un nom de plus de 3 lettres  pour intégrer les "Enfoirés".

Force est de constater, outre l'extravagance du dialogue qui fait une concurrence déloyale à l'inattendu du casting des vedettes (offrant  leur image aussi bien à des marques d’optique qu’aux œuvres humanitaires), que pour amorcer une campagne de solidarité nationale envers les plus démunis, le titre est quelque peu à côté de la plaque.

Les critiques ne sont pourtant pas faciles. Elles se heurtent à la figure consensuelle de JJ Goldman (chanteur et personnalité préférée des français[1]) ainsi qu’à celle des bénévoles de l’association dont on ne saurait amalgamer le dévouement à la piètre qualité de l’hymne des « Enfoirés » 2015.  Mais plus encore elles se brisent sur l’icône de Michel Colucci qui eut l’idée des «Restos du cœur ». Décédé brutalement 6 mois après leur fondation, il est indissociable de ce qui fait l’identité de cette association née au cœur de la décennie qui vit triompher pêle-mêle SOS Racisme et Bernard Tapie, exploser le chômage et les inégalités sociales mais aussi les scores d’audience de TF1. Entre « La chanson des restos » qui « sans idéologie, discours ou baratin », proposait en 1986, gîte, couvert, et hospitalité aux exclus, et cet échange d’amabilités entre deux générations, il y a un gouffre. Finalement, ce titre, est une belle opportunité pour explorer la saga des « restos du cœur » car saga il y a.



 - Changement d’icônes, permanence des appels.

L'abbé Pierre, à l'hiver 1954.
Hiver 54. Le froid s’abat sur Paris et sur le quart nord est de la France. Les températures passent 10 degrés au dessous de 0. En février, on enregistre des records de froid jusqu’à - 20 degrés. Dans ces Trente Glorieuses balbutiantes, la pénurie de logements est importante : les bidonvilles aux portes de Paris n’ont pas encore été résorbés par la construction des grands ensembles. Les exclus de la croissance souffrent du froid à tel point que le 1er février 54, le jeune abbé Pierre lance un appel au don sur les ondes de Radio Luxembourg. La nuit précédente dit-il, une femme est morte de froid sur le boulevard Sébastopol tenant serré contre elle le papier attestant de son expulsion (la misère on le notera n’est jamais une fatalité mais bien un phénomène de rapport de force socio-économique[2]). Il exhorte ses amis d’une part à ouvrir des centres d’hébergement d’urgence dans Paris, à l’instar de ceux, déjà saturés du Panthéon et de Courbevoie, et à venir déposer, d’autre part,  des couvertures, des vêtements chauds, des dons à l’hôtel Rochester situé rue de la Boétie.

Hiver 1984 – 30 ans plus tard donc – la France enregistre une importante hausse du chômage. Le cap des 2 millions de demandeurs d’emploi a été franchi en 1982 ; en mars 84 celui des 2,2 millions de chômeurs est dépassé[3]. Alors que les jeunes sont toujours très affectés par ce phénomène, la flambée est alors surtout alimentée par le chômage ouvrier, celui des licenciés du BTP et de l’industrie. Les politiques menées par le PS de traitement social du chômage  qui vont des TUC aux SIVP pour les jeunes et déclinent des contrats emploi-formation/adaptation/orientation pour les adultes ne permettent  pas d’infléchir la courbe de façon significative.

Le 26 septembre 1985 sur l’antenne d’Europe n°1 pour laquelle il anime une émission avec Maryse et Philippe Gildas, Michel Colucci, lance à son tour un appel[4]. L’homme est, comme l’abbé Pierre, un agitateur, mais d’un autre genre. Amuseur public connu pour ses sketches, volontiers provocateur (en septembre 1985, il épouse son confrère Thierry le Luron bien avant le mariage pour tous alors qu’on entend de plus en plus parler du SIDA comme le « cancer des homosexuels », on est alors à la veille de son appel à la radio), il investit l’espace public et médiatique ; en effet, en 1981, il se porte candidat à la présidence de la République et ses tonitruantes apparitions à l’émission « Droit de réponse » ne passent pas inaperçu. Depuis 1983, il s’est gagné une nouvelle respectabilité artistique avec son rôle de pompiste désespéré dans le film de Claude Berri « Tchao Pantin » qui lui vaut un César d’interprétation masculine. Coluche est bien omniprésent en ce début d’années 80 puisqu’il participe activement à la promotion de la petite main jaune de la toute jeune association d’Harlem Désir, SOS Racisme.


Revenons à ce 26 septembre 1985. On entend l’animateur à l’antenne dire "J’ai une petite idée comme ça… " et d’enchainer si des fois il y a des marques qui m'entendent, s'il y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer à faire à Paris et puis qu'on étalerait dans les grandes villes de France, nous on est prêts à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto qui aurait comme ambition au départ de faire 2.000 ou 3.000 repas par jour gratuitement".

Entre le  « Y’en aura pour tout le monde » du 26 septembre 1985 sur Europe n°1 et les  4 heures de direct en janvier 86 sur TF1 – qui n’est pas encore privatisée – où se rassemblent autour de Coluche hommes politiques, sportifs, artistes et qui se soldent par 26 millions de francs de collecte, le premier  restaurant du cœur a ouvert en décembre 85. L’objectif est le même qu’à l’hiver 54 : offrir le gîte et le couvert autour d’un repas chaud aux nécessiteux victimes de la crise. Le procédé est le même, un appel à la radio pour lancer un élan de générosité. L’adresse est pourtant toute différente, la charité est entre temps devenue une histoire de business.


- Les « Restos du cœur » à l’heure du charity business.


« La décennie » comme la nomme François Cusset, celle des années 80, est indéniablement marquée par la porosité croissante entre 3 mondes : celui des médias, celui du show-business et celui de la politique. Reposons quelques jalons symboliques – hormis cette émission de TF1 de janvier 1986 - dans ce jeu de chaises musicales.

Les années 80, qu’on surnomme parfois dans les programmes scolaires les années Mitterrand, débutent avec la libération des ondes, les radios libres fleurissent un temps sur la bande FM avant de devoir faire de la place pour les gros émetteurs privés comme NRJ[5]. Les chaines de télévision deviennent aussi plus nombreuses : la 5 puis TV6, chaines privées,  viennent s’ajouter aux 3 chaînes nationales publiques. La première chaine privée à péage, Canal Plus, commence à émettre en 1984, puis, deux ans plus tard le groupe privé Bouygues acquiert la 1ère chaine, TF1. Le nouveau thermomètre télévisuel ne jauge pas la qualité de programme, il s’appelle l’audimat.

L’une des émissions phares de ce nouveau paysage audiovisuel est le Bébête show.  Les marionnettes muppetisées[6] de Kermitterand, Barzy (pour R. Barre) et Giscarabout font exploser les audiences. Entre divertissement et politique, c’est une réussite médiatique et un exemple emblématique de l'interpénétration  accrue des frontières entre politique, entertainment et médias.


A peu près à la même époque, le monde du show business se lance à corps perdu dans de gigantesques opérations de charité. En 1984, l’Ethiopie est affectée par une terrible famine qui arrive directement via les journaux télévisés de 20h sur les écrans des téléspectateurs une quinzaine de minutes après le CollaroShow et ses bébêtes. L’humanitaire international est, hélas, depuis le milieu des années 70 et la fuite des Boat People, un secteur en plein développement. En Angleterre, l’ex punk, Bob Geldof, chanteur des Boomtowm Rats et Midge Ure, frontman du groupe Ultravox fondent le Band Aid. Ils regroupent autour de leurs deux personnalités, la fine fleur du show business britannique. Band Aid ratisse large : il unit aussi bien des figures tutélaires comme Bowie ou Freddy Mercury des Queen, que de plus jeunes pousses comme Boy George, Paul Young,  ou les Heaven 17. Les artistes enregistrent un 45T (attention jeunes gens le CD est encore très peu répandu, commercialisé à partir de 1983 son prix et surtout celui des lecteurs qui permettent de l’écouter est encore prohibitif) intitulé « Do they know it’s Christmas ? » dont les ventes doivent permettre de financer un soutien alimentaire en faveur des affamés. 


L’opération, très concluante, est doublée d’une version états-unienne en janvier. Une quarantaine d’artistes parmi lesquels Harry Belafonte, Lionel Ritchie et Mickael Jackson s’unissent sous la bannière USA for Africa et entonnent « We are The world ». A L’été 85 deux concerts télévisés se déroulent à Philadelphie et à Wembley (le prince Charles et sa femme se trémoussent dans les tribunes à cette occasion, se joignant au peuple pour l’occasion) et complètent la récolte de fonds. 


Le tunnel sous la Manche, lui non plus n’existe pas encore, mais l’idée séduit un collectif de chanteurs français qui enregistrent dès mars 85 sous le nom « chanteurs sans frontières » un « SOS Ethiopie » qui rencontre lui aussi un large succès (Valérie Lagrange et le chanteur Renaud Séchan en sont les initiateurs). La misère exotique ne doit pas pour autant masquer celle qui est à nos portes. «La chanson des restos » composée par JJ Goldman procède de ce raisonnement. La grande cause nationale révélée par Coluche vient à la rencontre de l’ère du temps qui l’on qualifie rapidement de charity business tant les initiatives se multiplient, certaines « vedettes » y voyant une opportunité inespérée de retrouver, pour un temps, le devant la scène.


On le voit au travers de ces quelques exemples, mais encore dans le vocabulaire employé par Michel Colucci  pour lancer son appel, le caritatif est bien entré en collusion avec le monde marchand. Sa force de frappe médiatique, ce qu’il dit aussi de l’impuissance ou des renoncements des politiques ne peut laisser ces derniers indifférents ; ils sont contraints et forcés, tôt ou tard, de s’arrimer au train en marche pour ne pas y perdre en popularité. Les deux reportages ci-dessous illustrent de façon probante cette rencontre entre artistes, hommes politiques, médias et caritatif. Unis dans un grand élan moral et solidaire, générateur de popularité, toute l’opération de construction et de logistique des « Restos du cœur » reposant sur les téméraires études prospectives des étudiants d’HEC Paris.




-       Bonnes questions, vrais problèmes : les « Enfoirés » passent les inégalités demeurent.

Il  serait pour autant injuste de balayer d’un revers de la main l’action menée par les « Restos du cœur» sous prétexte qu’elle mêle de façon parfois maladroite vedettariat et caritatif. Rappelons tout d’abord que les recettes provenant de la vente des CD, DVD  et autres manifestations issues des activités des « Enfoirés » ne représentent que 12,5% du budget de l’association[7]. Son activité première (67% des dépenses effectuées au cours d’une campagne annuelle[8]) qui consiste à servir des repas aux plus démunis n’a cessé de s’amplifier : de 8 millions de repas en 1986 on est passé à 90 millions de repas en 2007, et a atteint les 130 millions en 2013.  

La distribution des paniers repas est la principale activité
de l'association.

Ces chiffres vertigineux appellent des questions fondamentales. Sont-ils, et dans quelles proportions, le fruit d’un accroissement affolant de la pauvreté comme une fatalité de la crise qui frappe l’économie française depuis les années 70, traduisent-ils le désengagement de l’Etat des politiques de solidarité nationale ou leur simple échec, sont-ils, enfin,  le reflet d’un creusement particulièrement inquiétant des inégalités entre riches et pauvres ? Vraisemblablement les différentes réponses s’imbriquent mais ces jours derniers quelques données statistiques relayées dans la presse ont confirmé que la crise est loin d'être la même pour tous : ainsi, le journal Le Parisien, se faisait notamment l’écho de chiffres divulgués par l’ONG Oxfam selon lesquels « Le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde dépassera en 2016 celui des 99% restants de l'humanité ». [9]

En 2014, la France compte entre 5 et 8,5 millions de pauvres (ils n’étaient, si l'on peut dire, que  1,3 millions en 2002)[10]. Ces chiffres éloquents peuvent légitimer l'existence des « Restos du cœur », si l'on considère que l'effort de solidarité national se heurte à la force du nombre. Outre les personnes vivant dans la grande pauvreté, on assiste depuis plusieurs années maintenant à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres – les uns précaires, les autres stagiaires – qui ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins alimentaires, ainsi que ceux de leur famille, bien qu’ayant une activité rémunérée. A lire ces chiffres et ces problématiques on constate également que l’histoire des « Restos du cœur » est irriguée par tous les débats sur la pauvreté qui mobilisent les catégories de pauvres méritants (deserving poors) et de pauvres déméritants (undeserving poors)[11], importées des pays anglo-saxons. Sont-ce ces questionnements qui ont poussé l’association dans les années 90 à promouvoir des actions d’insertion pour certains bénéficiaires afin de sortir des éternelles et désatreuses accusations d’entretenir la pauvreté par l’assistanat ?

Les jardins du coeur, une action d'insertion de l'association.
Quand Coluche fonde les « Restos du cœur », il est aussi question d’interroger nos modes de vie, de production et de consommation occidentaux. En effet, dans les années 80, ce que l’on appelait encore la CEE (donc l'ancêtre de l'Union Européenne) animait par une Politique Agricole Commune, véritable vitrine de la construction communautaire. Celle-ci fonctionne alors si bien que l’agriculture de la CEE se retrouve en situation quasi permanente de surproduction. Ainsi, Bruxelles se trouvait contrainte de gérer des stocks alimentaires invendus, pour un coût tout à fait inquiétant, se refusant à les distribuer sur le marché pour ne pas favoriser la chute des prix et entrainer dans la faillite les agriculteurs préalablement endettés pour mécaniser leurs exploitations et augmenter leurs rendements. La surproduction agricole est alors telle que l’alternative au stockage est parfois purement et simplement la destruction des denrées

Dans ces conditions,  Coluche dès 1986 ne s’est pas privé d’interpeller les autorités européennes afin que les stocks puissent faire l’objet de dons à son association. En pointant du doigt les impasses flagrantes de l’agriculture productiviste subventionnée par la CEE, l’acteur mettait sur les rails les futurs PEAD (Programmes Européens d’Aide aux plus Démunis). Ces programmes sont aujourd’hui en mutation : les principaux contributeurs comme l’Allemagne, ont fait pression pour que les dons alimentaires soient transformés en subventions aux associations, les surplus ayant diminué. Cette réorientation s’avère en fait particulièrement dangereuse pour les bénéficiaires puisque les états membres cherchent par ce biais à limiter l’aide versée et à profiter de ce changement de procédure pour se désengager des politiques sociales sous-jacentes aux PEAD.

Les Enfoirés 2015 reviendront en 2016.

Les chansons des « Enfoirés » passent, les inégalités restent. L’association des « Restos du coeur » avec ses 67 000 bénévoles est au carrefour d'enjeux et de questionnements politiques majeurs. Gageons, hélas, qu’en dépit de l’épisode assez pitoyable de l’hymne 2015 des "Enfoirés", ils auront encore besoin de ce collectif aux contours improbables dans les années à venir.  




[1] Ce classement est effectué par le Journal Du Dimanche sur 50 perosnnalités : http://www.lejdd.fr/Societe/Top-50-du-JDD-Jean-Jacques-Goldman-reste-le-prefere-des-Francais-710132
[2] On trouvera l’intégralité de l’appel ici : http://www.lavie.fr/actualite/documents/l-appel-de-l-abbe-pierre-le-1er-fevrier-1954-texte-complet-30-01-2014-49312_496.php
[3] Se référer à cet article de la revue Persée : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1985_num_176_1_4963
[4] L’appel est à écouter in extenso ici : https://www.youtube.com/watch?v=NP1nANgBLWo
[5] Début 1984, la Haute Autorité de l'Audiovisuel entend régenter la bande FM pour que les radio libres aient une puissance égale d'émission. NRJ qui possède alors un des plus gros émetteurs est menacée dans sa diffusion. Organisée par une anges publicitaire, une énorme manifestation est organisée rassemblant 100 00 jeunes et fait céder le pouvoir.
[6] Ce programme de S. Collaro et J. Roucas fonctionne avec des marionnettes inspirées de celles du Muppet Show, créées par J. Henson.
[7] Les dons et legs représentent, eux, 45% des recettes du budget.
[8] Les chiffres sont tirés du site de l’association qui présente son bilan budgétaire annuel.
[9] L’article complet est concultable ici : http://m.leparisien.fr/economie/en-2016-les-1-les-plus-riches-possederont-plus-que-le-reste-de-l-humanite-19-01-2015-4460589.php
[10] Chiffres de l’observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/spip.php?article270
[11] Le monde anglo-saxon a transposé sa lecture théorique de la pauvreté. Certains pauvres le seraient par choix ou paresse, se complaisant dans le bénéfice des actions caritatives (underseving poors) d’autres au contraire seraient dignes d’être aidés (deserving poors) leur état résultant d’accidents de la vie par exemple. Pour toutes ces questions se référer aux ouvrages éclairants de Romain Huret sur l’Amérique pauvre notamment.

Pistes Bibliographiques : 

Sur les années 80 deux ouvrages incontournables : 
F. Cusset, La décennie, Le grand cauchemar des années 80, Editions la découverte, 2006.
L. Bantigny, La France à l'heure du Monde, Nouvelle Histoire de la France Contemporaine, le Seuil, 2013.

Sur les Restos du Coeur, le site de l'association fourmille de renseignements techniques et historiques. 
Sur les PEAD les sites institutionnels comme vie publique.fr donnent des renseignements intéressants. 

Le site de l'INA comporte de très nombreuses vidéos permettant de compléter celles déjà en ligne.