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jeudi 11 septembre 2025

"Au Chili, le peuple uni ne sera jamais vaincu."

Au cours des années 1960 et 1970, dans les pays du cône sud, Chili, Argentine, Uruguay, la musique porte une parole militante fondée sur la contestation d'un système politique et économique profondément inégalitaire. Au cours de ces années, les artistes de la Nueva Cancion, souvent membres ou proches du parti communiste, se retrouvent autour de valeurs communes: la lutte contre l'impérialisme économique et culturel américain, la dénonciation des violences de l'Etat et des inégalités sociales profondes. La "nouvelle chanson" se veut donc sociale et engagée, soucieuse de puiser dans les racines folkloriques des pays.     

        

Le courant des "folkloristes" sud-américains, voyageurs infatigables, exaltent l'identité et les cultures des populations amérindiennes, éternelles laissées pour compte depuis la conquête espagnole et premières victimes des régimes autoritaires. En ce domaine, citons le rôle pionner joué par Atahualpa Yupanqui et Violeta Parra. D'ascendance quechua par son père, basque par sa mère, le premier doit son nom à Altahualpa, le dernier chef inca,  assassiné par les conquistadores de Pizarre. (1) En quête d'authenticité culturelle, il voyage et collecte une partie du patrimoine musical de son pays, comme la fameuse berceuse Duerme Negrito. Yupanqui entend, dans ses chansons, contribuer à la revalorisation des racines populaires de la musique argentine. Exemple avec "Camino del indio" (le chemin de l'indien). "Petit chemin de l'Indien qui unit les vallées aux étoiles / Petit chemin que parcourut du Sud jusqu'au Nord mon vieux peuple / Avant que dans la montagne / s'assombrisse la Pachamana". Sous la dictature de Juan Peron, interdit de scène, censuré, emprisonné pour son adhésion au parti communiste, Yupanqui est finalement contraint à l'exil en 1949.

Le billet est aussi écoutable, en version podcast:

Violeta Parra, quant à elle, naît en 1917 dans une modeste famille, vraisemblablement d'origine mapuche. A partir de 1952, elle parcourt le Chili avec un magnétophone et une guitare, dans le but de répertorier la richesse folklorique du pays. Elle compose et interprète également ses propres chansons. Tout comme Yupanqui, elle utilise dans ses enregistrements les instruments traditionnels indiens : quenas, zamponas, charango. La valorisation de ces instruments porte le témoignage de la singularité de cette musique dans un monde dominé par la culture nord américaine. Elle laisse de très belles chansons sublimées par sa voix très particulière. On se rappelle plus particulièrement sa chanson «Gracias a la vida»,  dont voici les derniers vers: «Merci à la vie qui m’a tant donné/Elle m’a donné le rire, elle m’a donné les pleurs/Ainsi, je distingue le bonheur du désespoir/Ces deux éléments qui forment mon chant,/Et votre chant qui est le même chant,/Et le chant de tous qui est encore mon chant". 

Dans le sillage de ces deux pionniers, une nouvelle génération d'artistes émergent. Citons parmi d'autres Victor Jara, Quilapayun, Inti Illimani, Mercedes Sosa, Daniel Viglietti, Alfredo Zitarrossa... Une des thématiques importantes de leurs compositions est l'aspiration à une vraie justice sociale dans un continent qui se distingue par des écarts de richesses extraordinaires. Les artistes décrivent les dures conditions d'existence d'une masse de paysans devant se contenter de micro-exploitations, quand ils ne sont pas exploités par de très grands propriétaires à la tête de latifundia; une situation qui remonte à la période coloniale. Victor Jara, né en 1932 au sein d'une modeste famille de paysans du centre du Chili, connaît le dur travail agricole. (2Beaucoup de ses compositions témoignent de son amour pour le Chili et son peuple. Ainsi, dans son album La Población, il narre la vie des laissés-pour-compte, qu'ils soient paysans ("Plegaria a un labrador"), mineurs (Cancion del minero) (3) ou ouvriersYupanqui enregistre, de son côté, "Campesino". Quand tu t'en iras aux champs / ne t'écarte pas du chemin / ne marche pas sur le sommeil / des ancêtres endormis / Paysan, paysan, je chante pour toi, paysan!" 

Afin de contrer, l'appropriation des terres entre quelques mains; les musiciens appellent de leurs vœux une ample réforme agraire, à l'instar d'Inti Illimani (Canción de la reforma agraria).  "A desalambrar" ("A bas les clôtures") de l'Uruguayen Viglietti dresse un réquisitoire contre la mainmise sur la terre d'une poignée de propriétaires terriens absentéistes. "Je demande à ceux qui sont présents / S'ils n'ont jamais pensé / Que cette terre est à nous / Et non à celui qui a déjà tout..."

Jara n'hésite pas à incorporer à ses morceaux des enregistrements réalisés sur le terrain (un babillage en ouverture de "Luchin", un coq qui chante dans "Marcha de los Pobladores"). Dans le sillage de Violeta Parra, il  accorde également une grande attention au répertoire de la musique populaire rurale, en particulier autochtone. En 1969, il compose par exemple Angelita Huenumán, en hommage à une tisserande mapuche. A l'opposé de ce petit peuple souffrant, Jara décrit l'existence dorée des enfants des fils et filles de bonnes familles dans Las Casitas del barrio alto ("les petites maisons du quartier haut") une chanson ironique et mordante. "Les gens des hauts quartiers / Se sourient et se visitent / Vont ensemble au supermarché / Et possèdent tous une télévision."

En 1963 est signé en Argentine le manifeste de la Nueva Cancion qui cherche à revaloriser le legs culturel des racines musicales populaires, tout en les adaptant au contexte nouveau de l'époque. Parmi les signataires se trouve Mercedes Sosa, grande interprète à la voix exceptionnelle ("Cancion con todos"). 

Les artistes de la Nouvelle Chanson dénonce la mainmise des Etats-Unis sur l'Amérique latine, qui considèrent, depuis au moins le XIX° siècle et sa fameuse doctrine Monroe,  que le sous-continent est sa chasse gardée. "Le Yankee vit dans un palace, / Je vis dans une baraque! Comment est-il possible que / Le Yankee vive mieux que moi? Assez! Assez! Assez que le Yankee commande!", chante l'Argentin Yupanqui (Basta Ya). 

Au contraire, les artistes du mouvement célèbrent l'identité latino-américaine et l'unité des peuples opprimés. C'est le cas de "Somos Americanos" de Violeta Parra ("Quand viendra ce jour (...) où l'Amérique sera un seul et même pilier? / Un seul pilier, oh oui, et un drapeau, / que cessent les conflits aux frontières pour un lopin de terre, / je ne veux pas la guerre!") ou de "Si somos Americanos", un morceau du groupe Inti-Illimani. "Si nous sommes Américains, / nous sommes frères, messieurs / nous avons les mêmes fleurs, / nous avons les mêmes mains.C'est encore le cas de "Canción con todos" de Mercedes Sosa.

Les chanteurs dénoncent également la cruauté de régimes politiques qui, pour assurer la perpétuation au pouvoir d'une oligarchie, s'appuient sur l'armée et l'Eglise. En 1965, Violeta Parra enregistre "Que dirá en el Santo Padre", une violente charge contre le pape et l'Eglise. En contradiction avec le message évangélique, les ecclésiastiques négligent le petit peuple pour se placer toujours du côté des puissants et des oppresseurs.

Les chanteurs de la Nueva Cancion, communistes ou très engagés à gauche, subissent les foudres des régimes qui utilisent la violence pour  faire taire toute voix dissidente. En dépit des risques encourus, les musicien dénoncent les exactions dans leurs compositions. Ainsi, en 1968, "Te recuerdo Amanda" de Victor Jara raconte l'histoire d'un couple, Amanda et Manuel, qui avaient pour habitude de se retrouver aux portes de l'usine. Parti rejoindre un mouvement révolutionnaire dans la sierra, l'homme est abattu: "Tu avais rendez-vous avec lui, / qui partit dans les montagnes qui jamais ne fit de mal, / qui partit dans les montagnes, / et en cinq minutes fut mis en pièces. / Sonne la sirène de retour au travail, / beaucoup ne sont pas revenus, / Manuel non plus." Avec sa chanson "Preguntas por Puerto Montt", Jara s'en prend ouvertement au ministre de l'intérieur Pérez Zujovic, responsable du massacre de Puerto Montt. Le 9 mars 1969, 250 policiers font irruption dans un camp de fortune habité par 90 familles occupant illégalement des terres laissées à l'abandon par un grand propriétaire terrien de la région. "Il est mort sans savoir pourquoi (...) / Vous devez répondre / Senor Perez Zujovic". 

L'engagement des artistes prend des formes parfois très concrètes, en particulier au Chili. A l'orée des années 1960, l'électorat est très polarisé, divisé en trois camps : la gauche, la droite et le centre démocrate-chrétien. En 1958, Jorge Alessandri, candidat de droite, l'emporte devant le sénateur Allende, à la tête du  Front d'action populaire (FRAP). Ce dernier échoue de nouveau en 1964, face au démocrate-chrétien Eduardo Frei. Ce dernier, qui initie des réformes économiques et sociales d'importance, se distingue par un fort anticommunisme. Dans l'optique de la présidentielle 1970, Allende s'associe aux radicaux et communistes au sein de l'Unité populaire. Il se réclame désormais du marxisme-léninisme et gauchit ses positions. L'homme envisage une "voie chilienne d'accession au socialisme", respectueuse de la démocratie. Le candidat envisage la musique comme un vecteur puissant de mobilisation politique et de conscientisation sociale. De fait, les chansons jouent un rôle crucial au cours des rassemblements politiques, d'autant que les musiciens amis de la Nueva Cancion s'engagent à fond dans la campagne aux côtés de l'Unité populaire. Le morceau "Venceremos " ("Nous vaincrons"), composé par Sergio Ortega sur un texte de Claudio Iturra résonne dans les manifestations. "Voici venir tout le peuple du Chili / Voici venir l'Unité Populaire / Paysan, étudiant et ouvrier / Camarades de notre chant (...) / Nous vaincrons, nous vaincrons, / Avec Allende, nous vaincrons en septembre / Nous vaincrons, nous vaincrons, / L'Unité Populaire au pouvoir".

Victor Jara, membre du parti communiste, s'investit pleinement de la campagne. Il joue aux côtés de diverses formations, telles que Cucumen ou Quilapayún. La campagne est ponctuée de nombreux chants promis à un grand avenir. C'est le cas d'El pueblo unido jamás será vencido ("le peuple uni ne sera jamais vaincu").

En 1970, Allende l'emporte, au grand dam de Washington, qui craint plus que tout une victoire du marxisme et une propagation de la révolution cubaine dans ce qu'il considère comme son pré-carré. Le nouveau président adopte tout un train de réformes : nationalisation des ressources naturelles du pays (cuivre, fer, salpêtre) et des secteurs économiques clefs (banques, sidérurgie, chimie, électricité...), hausse des salaires dans l'espoir de relancer la consommation et, par ricochet, la production. Ce choix se heurte au mur de l'inflation. Par ailleurs, le président chilien se rapproche de Cuba, de la Chine. Sur cette ligne, Victor Jara compose en 1969 "El derecho de vivir en paz", un titre dédié à Hô Chi Minh et aux Vietnamiens. Au-delà du message anti-impérialiste, les paroles revendiquent le droit à vivre en paix, décemment.

Minoritaire au congrès, Allende use de son veto. La tension grandit au sein d'une société chilienne de plus en plus déchirée. Aux Etats-Unis, cette situation  ne laisse pas d'inquiéter. Par anticommunisme bien sûr, mais aussi parce que le régime d'Allende menace les intérêts économiques des grandes firmes américaines, Washington préférerait le remplacer par une régime autoritaire conciliant. Pour Henry Kissinger, le conseiller à la sécurité nationale, puis secrétaire d'Etat de Richard Nixon et de Gerald Ford, le communisme ne peut s'imposer que par la force. C'est pourquoi l'instauration du socialisme par les urnes, comme l'a réalisé Allende, constitue, à ses yeux, un très mauvais exemple pour l'Europe. Ainsi, dans l'ombre, la CIA multiplie les tentatives de déstabilisation,  finançant des campagnes de dénigrement ou la grande grève des camionneurs qui paralyse le pays en octobre 1972. Des produits de première nécessité deviennent inaccessibles. Le Chili se trouve au bord de la guerre civile et semble ingouvernableSi lors des législatives de 1973, l'Unité populaire limite la casse, cela ne met pas un terme à la violence latente. En juin, la tentative de putsch n'échoue que grâce à la loyauté du général Carlos Prats, ministre de l'intérieur. La persistance des manifestation hostiles contraignent Allende à le remplacer par le général Augusto Pinochet. 

Dans "Manifiesto", Jara lançait :"Je ne chante pas pour chanter / ni parce que j'ai une belle voix / mais parce que ma guitare a des sentiments et une raison d'être". De fait, l'engagement de l'artiste ne pouvait que le conduire aux côtés d'Allende, dont il partage le projet de société de réduction des inégalités sociales. Au total, ses odes aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho VillaCamilo TorresZamba del Che), son attachement aux plus déshérités, sa dénonciation des ravages du capitalisme ne pouvaient que susciter l'ire des forces de la réaction. En devenant le compagnon de route du nouveau président, celui que l'on prend l'habitude de désigner comme "le poète de la révolution", devient un homme à abattre.

Dans la nuit du 10 au 11 septembre 1973, Augusto Pinochet trahit. Enclenché à Valparaiso, le coup d'état gagne l'ensemble du pays. Le palais présidentiel de la Moneda est assiégé, bombardé. Acculé, sans espoir, après une dernière allocution radiodiffusée adressée à la population, le président se suicide. Le putsch porte au pouvoir Pinochet. Une répression sanglante s'abat aussitôt sur les opposants, et sur tous ceux qui, sans être nécessairement des militants communistes, tentent de protester. Dans les heures qui suivent le coup d'état, Jara est raflé avec des milliers d'autres personnes, et conduit à l'Estadio National de Santiago. Il y est battu, torturé, les doigts écrasés. [4] Son corps, criblé de balles, est abandonné dans la rue. Le 18 septembre 1973, Jara est enterré en catimini . [5L'assassinat confère au chanteur des pauvres l'aura du martyr, contribuant aussi à forger la légende des mains ou des doigts tranchées à la la hache par les bourreaux. [6]

Julos Beaucarne : "Lettre à Kissinger"

Pendant 17 années, Pinochet règne d'une main de fer sur le Chili. Partis politiques et syndicats sont interdits, tandis que le Parlement, devenu inutile, est dissous. Les libertés fondamentales disparaissent. Pour échapper à la répression et pouvoir continuer à vivre, près d'un million de Chiliens sont contraints à l'exil, notamment les artistes. (7Les enfants de Violeta, Angel, Isabel, continuateurs et fidèles gardiens de l'œuvre maternelle au sein de la Peña de los Parra, un lieu de rencontre pour tous les artistes du mouvement, doivent fuir. Quand survient le putsch, Quilapayun et Inti Illimani se trouvent en tournée en Europe; ils y restent. Loin de faire taire les voix de la dissidence, la répression contribue, bien involontairement, à la diffusion du répertoire engagé des artistes de la Nueva Cancion. C'est ainsi qu'"El pueblo unido jamás será vencido" devient un incontournable de toute manifestation de gauche qui se respecte.

En Argentine, la junte militaire, qui s'empare du pouvoir en 1976, dresse une liste noire des artistes. La censure s'abat sur toute l'œuvre de Mercedes Sosa. En 1979, lors d'un concert donné à La Plata, la chanteuse et le public sont arrêtés. Elle n'a d'autre choix que de se réfugier en Europe. En Uruguay, la dictature qui sévit de 1973 à 1984, condamne également au départ les chanteurs engagés à gauche, notamment Daniel Viglietti et Alfredo Zitarrossa. L'"Adagio en mi pais", que ce dernier compose en l'honneur de son pays, prend une toute nouvelle signification alors que l'artiste ne peut plus l'interpréter qu'à des milliers de kilomètres de chez lui. 

C° : La démocratie est rétablie en Argentine en 1982, après 6 ans de dictature. En Uruguay, 12 années s'écoulent avant qu'elle ne soit rétablie. Au Chili, si la démocratie est rétablie en 1990, les fondements du modèle Pinochet n'ont pas été abolis, tant sur le plan économique et social, que politique. (8Le pays, qui dépend toujours de la loi fondamentale adoptée par la dictature, n'a pas totalement tourné la page et connaît parfois des rejeux de mémoires. Aussi, en 2019, une partie de la société chilienne descendit dans la rue pour dénoncer l'illégimité d'un système hérité de la période Pinochet. Les manifestants réclament alors  un nouveau texte pour assurer une société plus égalitaire, paritaire et la reconnaissance des peuples indigènes. En vain. Les deux projets constitutionnels soumis au référendum sont rejetés, en 2022 et 2023. Bien qu'héritée de la dictature, la loi fondamentale de 1980 reste donc en vigueur. Tout au long du conflit social, les protestataires expriment leur malaise en chantant des morceaux puisés dans le répertoire populaire. De nouveau, les échos de la période Pinochet se font entendre avec l'utilisation des chansons de Jara au coeur des mobilisations. (9) El derecho de vivir en paz s'impose même comme l'hymne de la résistance de tous ceux qui récusent les recettes néo-libérales de Piñera. Ainsi, les tenants de la dictature, puis du néolibéralisme, n'ont jamais pu se débarrasser de la voix et des mots de Jara. (10)

Notes:

1. Quant au nom Yupanqui, "le Grand Méritant", il était porté par le cacique suprême des indiens Quechuas.

2 Encore adolescent, il entre au séminaire, où il se dote d'une solide technique de chant. Bientôt, il intègre la chorale de l'université du Chili de Santiago. Jara n'a pas l'âme d'un curé. De plus en plus concentré sur la création musicale, il devient auteur-compositeur-interprète. Il y est encouragé par Violeta ParraDans son sillage, Jara se rend dans les campagnes pour parfaire sa connaissance des musiques traditionnelles. Il s'initie à cette occasion aux instruments des peuples autochtones : quenas, zamponas, charango

3Il chante: "J'ouvre / J’extrais / Je transpire / du sang / Tout pour le patron / Rien pour la douleur / Mineur je suis / À la mine je vais / À la mort je vais / Mineur je suis"

4. Jara parvient à griffonner un dernier texte intitulé "Estadio Chile". Le bout de papier sur lequel figure les mots, dissimulé dans la chaussure d'un codétenu, permet à Isabelle Parra, fille de Violeta, d'en faire une chanson, bientôt traduite en anglais et interprétée par Pete Seeger. "Quelle terreur produit le visage du fascisme! / Ils mènent à bien leurs plans avec une précision astucieuse / sans se préoccuper de rien. / Le sang pour eux, ce sont des médailles. / La tuerie est un acte d'héroïsme. / Est-ce là le monde que tu as créé, mon Dieu?"

5. Son corps est exhumé en 2009 afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Enterré dans le cimetière général de Santiago, il peut alors bénéficier d'obsèques publiques, en présence de la présidente Michelle Bachelet, dont le père, un général légaliste, avait aussi été tué par la junte.

6 Le mythe est entretenu par des témoignages de seconde main (sans mauvais jeu de mot) ou encore par les chansons ("Lettre à Kissinger" de Julos Beaucarne, "Gwerz Victor C'hara" de Gilles Servat, "Le bruit des bottes" par Jean Ferrat, "Juan Sin Tierra"de Ska-P, "Victor Jara's hands" par Calexico, "Washington bullets" des Clash en 1980).

7C'est le cas du morceau El baile de los que sobran ("La danse de ceux qui sont en trop"), du groupe Los Prisioneros.

8Sur le plan économique, le dictateur fait sienne les théories néolibérales des Chicago boys, disciples de Milton Friedman et partisans de la fin du contrôle des prix, ainsi que de la privatisation de l'éducation, de la santé et du système de retraites. La croissance économique s'opère au prix d'une fracture sociale terrible. En 2011, un rapport a évalué à 40 000 les victimes de la dictature, dont 3065 morts. 

9La pandémie de Covid place un temps l'opposition sous l'éteignoir, mais, là encore, le pouvoir ne peut se débarrasser des mots du poète. En plein confinement, la soprano Ayleen Jovita Romero rompt le silence du couvre-feu en interprétant "Te recuerdo Amanda" et "El derecho de vivir en paz" depuis son logement. 

10. Les assassins de Jara bénéficièrent d'une impunité totale pendant près de quarante ans, aucune recherche sérieuse ne tentant de les identifier. Les tortionnaires ne seront finalement condamnés qu'en 2023, soit un demi-siècle après la commission des faits.  

Sources: 
A. Baptiste Lavat : "Chanter les maux, chanter le beau : enjeux et avatars de la Nueva Canción latino-américaine", in "Chanter la lutte", Atelier de création libertaire, 2016.
C. Aurélie PromLa Nouvelle Chanson Chilienne : contre l’oubli de l’Histoire et des histoires Les Cahiers de Framespa [Online], 26 | 2018
D. Révolution rock. Chili. La lutte au rythme du folklore.  [Continent musiques d'été sur France Culture]
E. "Ecoutons le Chili en lutte" [Le voyage immobile sur Radio Nova]
F. Patrick Boucheron : "Ce moment gris et amer. Coup d'Etat du 11 septembre 1973 au Chili", in Quand l'Histoire fait dates, Editions du Seuil, 2022
G. Franck Gaudichaud : "Révolution et bataille culturelle au Chili", 15 septembre 2023, [contretemps.eu]

Liens:
- "Un destin lié au Chili: Victor Jara
- Au Chili, les magnifiques chansons de Victor Jara percent le silence du couvre-feu." [Huff Post]

samedi 27 janvier 2024

"El derecho de vivir en paz" de Victor Jara, un hymne de résistance dans le Chili en lutte.

Dans le Chili des années 1960 et 1970, à l'instar des autres pays du cône sud, la musique porte une parole militante fondée sur la contestation d'un système économique profondément inégalitaire. Au cours de ces années de plomb, les artistes de la Nueva Cancion Chilena, souvent membres ou proches du parti communiste, se retrouvent autour de valeurs communes : la lutte contre l'impérialisme économique et culturel américain, la dénonciation des violences policières et des inégalités sociales profondes, enfin, corollaire de ce qui précède, les artistes cherchent à devenir les porte-voix des indigents. La "nouvelle chanson chilienne" se veut donc sociale et engagée, soucieuse de puiser dans les racines folkloriques du pays. 

Richard Espinoza, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Un des plus éminents représentants de cette nouvelle chanson chilienne se nomme Victor Jara. Né au sein d'une modeste famille de paysans du centre du Chili, il connaît le dur travail paysan. Encore adolescent, il entre au séminaire, où il se dote d'une solide technique de chant. Bientôt, il intègre la chorale de l'université du Chili de Santiago. Jara n'a pas l'âme d'un curé, de plus en plus concentré sur la création musicale, il devient auteur-compositeur-interprète. Il y est encouragé par la chanteuse Violetta Parra, qui s'était employée, au cours de la décennie précédente, à enregistrer et répertorier la diversité musicale du pays. Dans son sillage, Jara se rend dans les campagnes pour parfaire sa connaissance des musiques traditionnelles. Il s'initie à cette occasion aux instruments des peuples autochtones : quenas, zamponas, charango. Jara joue au sein de diverses formations, Cucumén d'abord, puis avec les fameux Quilapayún. Désormais, il enregistre de nombreuses chansons où affleurent de plus en plus son engagement politique. Membre du parti communiste, Jara s'investit pleinement dans la campagne de l'Unidad Popular de Salvador Allende, candidat socialiste à l'élection présidentielle de 1970. La campagne est ponctuée de nombreux chants promis à un grand avenir, tels Venceremos ou El pueblo unido jamás será vencido ("le peuple uni ne sera jamais vaincu") des Quilapayún. Une fois la victoire obtenue, le chanteur s'impose naturellement comme le meilleur ambassadeur culturel du Chili d'Allende. 

Beaucoup de ses compositions témoignent de son amour pour le Chili et son peuple. Ainsi, dans son album La Población, Jara narre la vie des laissés-pour-compte, qu'ils soient paysans ("Plegaria a un labrador"), mineurs (Cancion del minero) [1] ou ouvriers.  Il n'hésite pas à incorporer à ses morceaux des enregistrements réalisés sur le terrain (un babillage en ouverture de "Luchin", un coq qui chante dans "Marcha de los Pobladores"). Dans le sillage de Violetta Parra, Jara  accorde également une grande attention au répertoire de la musique populaire rurale, en particulier autochtone. En 1969, il compose par exemple Angelita Huenumán, en hommage à une tisserande mapuche. A l'opposé de ce petit peuple souffrant, Jara décrit l'existence dorée des enfants des fils et filles de bonnes familles dans Las Casitas del barrio alto ("les petites maisons du quartier haut") une chanson ironique et mordante. "Les gens des hauts quartiers / Se sourient et se visitent / Vont ensemble au supermarché / Et possèdent tous une télévision." Jara dénonce encore la répression policière contre les mouvements sociaux ou d'opposition (Preguntas por Puerto Montt) [2]. Dans son émouvant Te recuerdo Amanda, le chanteur raconte la disparition de Manuel, mort pour ses idéaux. "Tu avais rendez-vous avec lui, / qui partit dans les montagnes qui jamais ne fit de mal, / qui partit dans les montagnes, / et en cinq minutes fut mis en pièces. / Sonne la sirène de retour au travail, / beaucoup ne sont pas revenus, / Manuel non plus."

"Manifiesto" : "Je ne chante pas pour chanter / ni parce que j'ai une belle voix / mais parce que ma guitare a des sentiments et une raison d'être". L'engagement de Jara ne pouvait que le conduire aux côtés d'Allende, dont il partage le projet de société de réduction des inégalités sociales. Au total, ses odes aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che), son attachement aux plus déshérités, sa dénonciation des ravages du capitalisme ne pouvaient que susciter l'ire des militaires. En devenant le compagnon de route du nouveau président, celui que l'on prend l'habitude de désigner comme "le poète de la révolution", devient un homme à abattre. 

Entrevue entre Kissinger et Pinochet. [Ministerio de Relaciones Exteriores de Chile., CC BY 2.0 CL, via Wikimedia Commons]
 

A peine élu, le président socialiste engage une réforme agraire et nationalise les mines de cuivre, dont certaines étaient aux mains de compagnies américaines. Par ailleurs, il se rapproche de Cuba et de la Chine. Aux Etats-Unis, cette situation ne laisse pas d'inquiéter. Dans le contexte de la guerre froide, Washington apporte d'ailleurs son soutien aux régimes autoritaires, par anticommunisme bien sûr, mais aussi parce que ces dictatures préservent les intérêts économiques des grandes firmes américaines en Amérique latine.  Pour Henry Kissinger, le conseiller à la sécurité nationale, puis secrétaire d'Etat de Richard Nixon et de Gerald Ford, le communisme ne peut s'imposer que par la force. C'est pourquoi l'instauration du socialisme par les urnes, comme le tente Salvador Allende au Chili en 1970, constitue à ses yeux un très mauvais exemple pour l'Europe. Kissinger, qui ne fait pas dans la nuance, affirme : "Allende est probablement un communiste, un communiste de Moscou". Il convient donc de réagir. "Je ne vois pas pourquoi nous resterions là sans bouger à contempler un pays sombrer dans le communisme, du fait de l’irresponsabilité de son peuple". 

De fait, les difficultés s'accumulent rapidement pour Allende. Une inflation galopante perturbe profondément l'économie. Les très importantes fractures sociales chiliennes se traduisent politiquement par un très fort clivage entre les partis de gauche et de droite. Les soutiens du président, notamment les organisations ouvrières, font face à l'opposition conservatrice, ainsi qu'aux bourgeois et aux classes moyennes anticommunistes, qui organisent de gigantesques manifestations. Des pans importants de la société chilienne s'opposent également à Allende en raison d'un puissant parti pris antidémocratique. En octobre 1972, la grève des camionneurs, financée par les Etats-Unis, paralyse le pays tout en exacerbant les tensions. Des produits de première nécessité deviennent inaccessibles. Le Chili se trouve au bord de la guerre civile et semble ingouvernable. Des rumeurs de putsch bruissent désormais au sein de l'armée. Le général Carlo Prats, légaliste, est répudié par ses pairs qui le juge trop "mou" à l'égard des marxistes. Face aux tensions, Allende cherche la conciliation en nommant Augusto Pinochet à la tête des Armées, le 26 août 1973.

Le 11 septembre, la junte militaire renverse le gouvernement d'unité populaire. Acculé, sans espoir, après une dernière allocution radiodiffusée, le président se suicide dans le palais de la Moneda. Le putsch porte au pouvoir Pinochet. Une répression sanglante s'abat aussitôt sur les opposants, et sur tous ceux qui, sans être nécessairement des militants communistes, tentent de protester. Dans les heures qui suivent le coup d'Etat, Jara est raflé avec des milliers d'autres personnes, et conduit à l'Estadio National de Santiago. Il y est battu, torturé, les doigts écrasés. [3] Son corps, criblé de balles, est abandonné dans la rue. Le 18 septembre 1973, Jara est enterré en catimini. [4] L'assassinat confère au chanteur des pauvres l'aura du martyr, contribuant aussi à forger la légende des mains ou des doigts tranchés à la hache par les bourreaux. [5]

Pendant 17 ans, Pinochet règne d'une main de fer sur le Chili. Partis politiques et syndicats sont interdits, tandis que le Parlement, devenu inutile, est dissous. Les libertés fondamentales disparaissent. Pour échapper à la répression et pouvoir continuer à vivre, près d'un million de Chiliens sont contraints à l'exil, notamment les artistes. (6) Sur le plan économique, le dictateur fait siennes les théories néolibérales des Chicago boys, disciples de Milton Friedman et partisans de la fin du contrôle des prix, ainsi que de la privatisation de l'éducation, de la santé et du système de retraites. La croissance économique s'opère au prix d'une fracture sociale terrible. En 2011, un rapport a évalué à 40 000 les victimes de la dictature, dont 3065 morts. 


Si la démocratie est rétablie en 1990, les fondements du modèle Pinochet n'ont pas été abolis, tant sur le plan économique et social, que politique. Non seulement le pays reste l'un des plus inégalitaires au monde, mais il dépend toujours de la loi fondamentale, adoptée en 1980 par la dictature. Le Chili n'a pas totalement tourné la page et connaît parfois des rejeux de mémoires. Tel fut le cas en 2019, quand une partie de la société chilienne descendit dans la rue pour dénoncer l'illégitimité du système, hérité de la période Pinochet. Les manifestants réclament alors un nouveau texte pour assurer une société plus égalitaire, paritaire et la reconnaissance des peuples indigènes. En vain. Les deux projets constitutionnels soumis au référendum sont rejetés, en 2022 et 2023. Le premier texte proposait une vision sociale, écologique et féministe pour le Chili, tandis que le second, écrit par l'extrême-droite, s'inscrivait dans le sillage de la loi fondamentale de 1980. Cette dernière reste donc en vigueur, bien qu'héritée de la dictature. 

Le processus constitutionnel s'est accompagné d'une polarisation accrue. Face à la répression militaire voulue par le président Piñera, les protestataires expriment leur malaise en chantant des morceaux puisés dans le répertoire populaire (7). Or, de nouveau, les échos de la période Pinochet se font entendre avec l'utilisation des chansons de Jara au coeur des mobilisations. El derecho de vivir en paz s'impose même comme l'hymne de la résistance de tous ceux qui récusent les recettes néo-libérales de Piñera. Confrontés à la répression, les manifestants opposent les mots de Jara aux discours martiaux du président

 

Composé en 1969, le morceau était dédié à Ho CHi Minh et aux Vietnamiens, confrontés à des guerres sans fins, dans le cadre de la décolonisation, puis de la guerre froide. Au-delà du message anti-impérialiste, les paroles revendiquent le droit à vivre en paix, décemment. Ce message a une portée universelle, ce qui explique sans doute la reprise du titre en 2019. Tout en gardant le refrain, les manifestants ajoutent des paroles qui portent les revendications du moment: la fin des privatisations et de la misère, une nouvelle Constitution... La pandémie de Covid place un temps l'opposition sous l'éteignoir, mais, là encore, le pouvoir ne peut se débarrasser des mots du poète. En plein confinement, la soprano Ayleen Jovita Romero rompt le silence du couvre-feu en interprétant "Te recuerdo Amanda" et "El derecho de vivir en paz" depuis son logement. Comme le montre la vidéo ci-dessus, une salve d'applaudissement, provenant des immeubles alentours, salue la performance. 

C° : Les tenants de la dictature, puis du néolibéralisme, n'ont jamais pu se débarrasser de la voix et des mots de Jara. Tel le sparadrap du capitaine Haddock, ils collent aux basques des bourreaux d'un chanteur dont la mémoire continue d'être entretenue par la gauche chilienne. (8)
Le Stade National de Santiago, où fut supplicié le chanteur, a été rebaptisé en 2003 Estadio Victor Jara. Juste hommage à l'une des nombreuses victimes de Pinochet, dont le nom ne mérite d'atterrir en revanche que dans les poubelles de l'histoire.


El derecho de vivir en paz [Victor Jara]

El derecho de vivir
Poeta Ho Chi Minh
Que golpea de Vietnam
A toda la humanidad
Ningún cañón borrará
El surco de tu arrozal
El derecho de vivir en paz

[couplet 2]
Indochina es el lugar
Mas allá del ancho mar
Donde revientan la flor
Con genocidio y napalm
La luna es una explosión
Que funde todo el clamor
El derecho de vivir en paz

[Pausa Instrumental]

[Reprise du couplet 2]

[couplet 3]
Tío Ho, nuestra canción
Es fuego de puro amor
Es palomo palomar
Olivo de olivar
Es el canto universal
Cadena que hará triunfar
El derecho de vivir en paz


[Salida]
Es el canto universal
Cadena que hará triunfar
El derecho de vivir en paz

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Le droit de vivre en paix (Victor Jara)
(Traduction Floréal Melgar)

Le droit de vivre,
Poète Ho Chi Minh,
Qui atteint depuis le Vietnam
Toute l’humanité
Aucun canon n’effacera
Le sillon de ta rizière
Le droit de vivre en paix

L’Indochine est cet endroit
Au-delà de la vaste mer
Où éclate la fleur
Par le génocide et le napalm
La Lune est une explosion
Que toute une clameur fait taire
Le droit de vivre en paix

Oncle Ho, notre chanson
Est un feu de pur amour
Colombe du colombier
Olivier de l’oliveraie
C’est le chant universel
La chaîne qui fera triompher
Le droit de vivre en paix

Notes:

1. Il chante: "J'ouvre / J’extrais / Je transpire / du sang / Tout pour le patron / Rien pour la douleur / Mineur je suis / À la mine je vais / À la mort je vais / Mineur je suis"

2. Avec sa chanson "Preguntas por Puerto Montt", Jara s'en prend ouvertement à Pérez Zujovic, le ministre de l'intérieur lors de la présidence Frei (1964-1970), responsable du massacre de Puerto Montt, le 9 mars 1969. Ce jour-là, 250 policiers font irruption dans un camp de fortune habité par 90 familles qui occupent illégalement des terres laissées à l'abandon par un grand propriétaire terrien de la région. "Il est mort sans savoir pourquoi (...) / Vous devez répondre / Senor Perez Zujovic". Cette dénonciation lui vaudra d'être inquiété à de multiples reprises.

3. Jara parvient à griffonner un dernier texte intitulé "Estadio Chile". Le bout de papier sur lequel figure les mots, dissimulé dans la chaussure d'un co-détenu, permet à Isabelle Parra, fille de Violetta, d'en faire une chanson, bientôt traduite en anglais et interprétée par Pete Seeger. "Quelle terreur produit le visage du fascisme! / Ils mènent à bien leurs plans avec une précision astucieuse / sans se préoccuper de rien. / Le sang pour eux, ce sont des médailles. / La tuerie est un acte d'héroïsme. / Est-ce là le monde que tu as créé, mon Dieu?"

4. Son corps est exhumé en 2009 afin de déterminer les circonstances exactes de sa mort. Enterré dans le cimetière général de Santiago, il peut alors bénéficier d'obsèques publiques, en présence de la présidente Michelle Bachelet, dont le père, un général légaliste, avait aussi été tué par la junte.

5 Le mythe est entretenu par des témoignages de seconde main (sans mauvais jeu de mot) ou encore par les chansons ("Lettre à Kissinger" de Julos Beaucarne, "Gwerz Victor C'hara" de Gilles Servat, "Le bruit des bottes" par Jean Ferrat, "Juan Sin Tierra"de Ska-P, "Victor Jara's hands" par Calexico, "Washington bullets" des Clash en 1980).

6. Quand survient le putsch, Quilapayun et Inti Illimani se trouvent en tournée en Europe. Ils y restent.

7. C'est le cas du morceau El baile de los que sobran ("La danse de ceux qui sont en trop"), du groupe Los Prisioneros

8. Les assassins de Jara bénéficièrent d'une impunité totale pendant près de quarante ans, aucune recherche sérieuse ne tentant de les identifier. Les tortionnaires ne seront finalement condamnés qu'en 2023, soit un demi-siècle après la commission des faits.  

Fresque à Valparaiso, novembre 2023. Merci Lucie Cabiac pour cette photo.

Sources: 
A. Baptiste Lavat : "Chanter les maux, chanter le beau : enjeux et avatars de la Nueva Canción latino-américaine", in "Chanter la lutte", Atelier de création libertaire, 2016.
B. Aurélie Prom, La Nouvelle Chanson Chilienne : contre l’oubli de l’Histoire et des histoires Les Cahiers de Framespa [Online], 26 | 2018
C. Révolution rock. Chili. La lutte au rythme du folklore.  [Continent musiques d'été sur France Culture]
D. "Ecoutons le Chili en lutte" [Le voyage immobile sur Radio Nova]
E. Patrick Boucheron : "Ce moment gris et amer. Coup d'Etat du 11 septembre 1973 au Chili", in Quand l'Histoire fait dates, Editions du Seuil, 2022

Liens:
- "Un destin lié au Chili: Victor Jara
- Au Chili, les magnifiques chansons de Victor Jara percent le silence du couvre-feu." [Huff Post]