1. Rudies: "Train to Vietnam" (1968). Ce ska se penche sur la guerre du Vietnam. Il s'agit d'une reprise punchy du Train to skaville des Ethiopians. (un article sur les chansons contre ou sur la guerre du Vietnam).
2. Melissa Laveaux: "My boat".
3. Pat Thomas et Marijata: "I need more". Une introduction irrésistible pour ce morceau d'un des cadors de la musique ghanéenne.
4. Little Richard: "Hurry sundown". On résume trop souvent cet excellent chanteur à ses tenues excentriques et son comportement ouvertement provocant. Il mérite pourtant mieux. Ici, un titre très soulful, qui prouve à l'occasion, que Richard n'est pas seulement un excellent chanteur de rock'n'roll.
5. Glen Brown et King Tubby: "Melodica international". Une basse énorme et un son qui scotche au fond du canapé. La confrontation entre l'inventeur et maître du dub jamaïcain et le producteur Glen Brown donne cet album exceptionnel réédité sur le défunt label Blood and Fire.
6. Hamilton Bohannon: "Bohannon's beat". Là encore, la basse est à l'honneur sur ce titre funkydiscoïsant. Avouez qu'il est difficile de ne pas danser là-dessus.
7. Stella Chiweshe: "Chachimurenga" (future mix). Stella Chiweshe, une des très rares femmes marizambira (un musicien animant les cérémonies familiales bira, au cours desquelles les esprits des ancêtres sont appelés à s'exprimer par la bouche d'un médium, le joueur de mbira, le piano à pouce, à lames métalliques) est élevée au rang de symbole national au Zimbabwe. Elle accède alors à une carrière internationale qui lui permet de faire découvrir la musique shona dans le monde entier. Pour en savoir plus sur les chants de Libération de l'ancienne Rhodhésie du sud, cliquez ici.
8. Staff Benda Bilili: "Moziki". Depuis une dizaine d'années, ces 8 Kinois animent les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk jamesbrownien et de mélodies cubaines. Nous vous en parlions récemment sur Samarra.
Extension du choléra au Zimbabwe, en novembre 2008. Comme nous l'avons vu dans l'article précédent, le Zimbabwe accède à l'indépendance tardivement, après des luttes très dures, en 1980. Mugabe devient le premier ministre du pays et applique à la lettre les accords de Lancaster House. Dès sa prise de fonction, il se révèle pragmatique et rassure la minorité blanche. Le pays connaît alors un décollage économique.
Mais, très vite, de graves tensions éclatent dans la région du Matabeleland à l'ouest du pays, région d'origine de l'autre grand leader nationaliste, Joshua NKomo, le ministre de l'intérieur du gouvernement d'union nationale. Mugabe le limoge en 1982 et l'accuse de complot, comme beaucoup d'autres de ses compagnons de lutte. Une répression terrible s'abat alors sur le pays jusqu'en 1987. A cette date, un accord est signé entre NKomo et Mugabe dont les partis fusionnent au sein de la ZANUPF. Bientôt, Mugabe se proclame président, engageant une réforme constitutionnelle qui supprime, entre autres, la fonction de premier ministre. Le pouvoir devient de plus en plus autoritaire. les méthodes du régime se rapprochent d'ailleurs beaucoup de celles de la Rhodésie de Ian Smith. Par exemple, en 1991, lors de la visite de la reine d'Angleterre au Zimbabwe, les bidonvilles de Harare sont rasés; les habitants en sont déplacés, hors de la capitale.
Robert Mugabe. Corruption et népotisme sont érigés en mode de fonctionnement. Le pays connaît alors une inflation galopante. Le mécontentement grandit et le président subit un camouflé lors d'un référendum en 2000. Mugabe tente alors de contenir la colère populaire. Il fustige le néocolonialisme des fermiers blancs qui continuent d'accaparer la terre. Ces derniers détiennent toujours 70% des terres, alors qu'ils ne représentent qu'1% de la population. Mugabe exproprie donc les fermiers blancs sans autre forme de procès pour redistribuer les terres aux petits paysans. En fait, les caciques du régime accaparent ces grands domaines fonciers.
Cette expropriation, mal préparée, s'avère catastrophique. Les nouveaux propriétaires n'investissant pas suffisamment dans leurs nouveaux domaines et manquant de savoir faire, le pays doit bientôt importer des céréales, alors qu'il s'agissait du grenier à blé de l'Afrique australe. Des famines chroniques frappent alors le pays. Le chef de l'opposition au Zimbabwe Morgan Tsvangirai se retire du second tour de l'élection présidentielle, prévue le 27 juin. AP En 2008, on compte 40% de chômeurs au Zimbabwe. L'inflation explose. Aux élections législatives et présidentielles, le Mouvement pour le changement démocratique, le parti d'opposition, remporte la majorité à l'Assemblée. Pourtant, Mugabe refuse d'abandonner son pouvoir. Les résultats des élections ne sont communiqué qu'au bout d'un mois. Selon le pouvoir, un second tour serait nécessaire. Les violences policières s'abattent de nouveau sur le pays et sur les opposants, contraints de se réfugier dans l'ambassade des Pays Bas. Face aux menaces, l'opposition refuse de participer au second tour. Dans ces conditions, et malgré le tollé international, Mugabé, seul candidat, ne peut que l'emporter.
L'ex-président sud-africain, Thabo Mbéki est chargé d'une médiation. Choix très contestable dans la mesure où il reste un soutien fidèle de Mugabé, considéré comme un des derniers leaders de la lutte contre l'apartheid en Afrique australe (Mugabé avait aidé l'ANC). Par ailleurs, beaucoup d'autres dirigeants africains ne peuvent que fermer les yeux face aux abus de pouvoir de Mugabé, tant leurs pratiques se rapprochent de celles du dictateur zimbabwéen... Si un accord est trouvé en septembre 2008, avec la désignation d'un premier ministre issu de l'opposition, Mugabé n'en reste pas moins solidement en place. Les habitants du pays restent les grandes victimes de cette situation. A la situation économique catastrophique s'ajoute l'épidémie de choléra qui a pris des proportions terrifiantes. Chiwoniso Maraire est née en 1976 à Olympia, une petite ville qui est la capitale de l'État de Washington. Son père est ethnomusicologue et sa mère, musicienne. Très tôt, ils lui apprennent le chant et le jeu de la mbira, le piano à pouce. Sa famille rentre au Zimbabwe, alors qu'elle a quatorze ans. Elle fait alors partie du groupe de rap "A Peace of Ebony".
Puis, en 1996, Chiwoniso sort son premier album écrit en shona, français et anglais, Ancient Voices, acclamé par la critique internationale. A partir de là, elle mulitplie les tournées et devient bientôt très populaire en Afrique Centrale et Australe.
Dans son troisième album Rebel Woman (2008), elle livre une chronique douce-amère du quotidien au Zimbabwe. La chanson Rebel Woman célèbre par exemple le courage des femmes du Zimbabwe, qui font tenir le pays au quotidien, tandis que le morceau Kurima aborde l'épineuse question de la réforme agraire au Zimbabwe.
Le pays possède une très riche tradition musicale. Ainsi, Chiwoniso s'appuie sur la force mystique de la mbira, le piano à pouces du Zimbabwe (de fines lamelles métalliques montées sur un socle en bois enchâssé dans une calebasse), un instrument qui permettrait de communiquer avec les esprits des ancêtres. Ces pratiques déplurent très tôt aux missionnaires et furent donc interdites durant la période coloniale.
Aujourd'hui, le pays est indépendant. Pour autant, les musiciens restent des cibles faciles pour le pouvoir, comme le rappelle Chiwoniso. « Chaque jour, il y a le risque de se faire arrêter, car si tu chantes ce que tu penses, on risque de t’accuser de faire partie de l’opposition ou du parti au pouvoir. Ils ont oublié qu’il existe un moyen terme, où on ne roule pour personne mais on attend juste de vivre mieux. Actuellement, on doit vraiment choisir nos mots si on ne veut pas se mettre en difficulté. Il faudrait arrêter de penser, arrêter de chanter mais bien sûr, on ne peut pas… ».
En 2006, Chiwoniso fut brièvement arrêtée sous un prétexte bidon (vol à main armée). En réalité, le régime lui reprochait d'avoir écrit Matsotsi (voleurs), une chanson évoquant la corruption et le népotisme qui gangrène son pays. La chanteuse est décédée en 2013 d'une pneumonie. Elle n'avait que 37 ans.
"Matotsi" Chiwoniso. Voici quelques extraits du morceau interprété en shona:
"Comment vais-je rentrer au village / moi qui n'ait pas un sou en poche pour prendre la bus / les puissants, eux, s'achètent de belles voitures.Regarde comme ils se portent bien. / Chère mère, ce pays de bandit est en train de me tuer. / Cher père, je meurs dans ce pays de voleur. / Les voleurs, eux, se portent bien."
Sources:
- L'émission l'Afrique enchantée du 1er février 2009.
Liens:
* D'autres consacrés au Zimbabwe et son histoire sur les blogs (L'Histgeobox et Samarra).
- Bobby Kalphat: "South West of Rhodesia". Retour sur la période coloniale, au temps de la Rhodésie du sud et son régime raciste.
- Bob Marley: "Zimbabwe". Le reggaeman donne un concert à Harare le jour de l'indépendance de la Zimbabwe et compose aussi un morceau en l'honneur de la jeune nation.
- Les chants de libération du Zimbabwe.
* Mbira singles sur world service.
* Shungu hits sur Matsuli.
L'accession du Zimbabwe à l'indépendance fut particulièrement mouvementée. Pendant toute la période coloniale, ce territoire s'appelait Rhodésie. Il doit son nom au Britannique Cecil Rhodes, agent de l'impérialisme britannique en Afrique. Ce dernier fonde la British South Africa Company. De 1829 à 1923, la Rhodésie dépendait de cette compagnie commerciale. Puis, elle devint une colonie anglaise dotée d'un gouvernement autonome, exclusivement dirigée par des colons blancs. Un régime d'apartheid se met très vite en place et impose une politique de développement séparé des races. Les Noirs ne peuvent pas adhérer à des partis politiques ou des syndicats. Ils ne disposent pas non plus du droit de grève. Les écoles sont gratuites pour les blancs. L'enseignement s'y fait en anglais, alors qu'il est assuré en Shona pour les Noirs, dont les écoles sont payantes. La loi sur la propriété agricole parque les populations noires sur de petites parcelles peu fertiles, dans des zones arides, tandis que le nombre de têtes de bétail restait limité à 7 vaches. Dans la vie quotidienne, les discriminations raciales sont légion. En ville, dans les rues, les Noirs doivent marcher sur la chaussée en terre battue, tandis que les trottoirs leur restent interdits. Pour eux, les commandes dans les magasins ne pouvaient se faire qu'à partir de fenêtres spéciales, leur interdisant l'accès des échoppes, sur la devanture desquelles il était fréquent de trouver des pancartes rappelant l'interdiction d'entrer aux Noirs et aux chiens!! Les employés domestiques des familles blanches ne pouvaient pénétrer dans les maisons que par une porte spéciale, située à l'arrière des demeures. En 1965, le premier ministre Ian Smith déclare l'indépendance de la Rhodésie unilatéralement, rompant avec le Royaume-Uni, qui voulait une participation noire au gouvernement comme préalable à l'indépendance. La communauté internationale finit tout de même par s'émouvoir face à une situation si scandaleuse. L'ONU et l'Organisation de l'unité africaine condamnent ce régime raciste. À partir des années 1970, une guerre de libération est menée depuis les Etats voisins par deux mouvements : - la ZAPU, Zimbabwe African Porpular Union, de Joshua N'Komo soutenue par l'URSS et qui opère depuis la Zambie voisine. - la ZANU, Zimbabwe African National Union, de Robert Mugabe, aidée quant à elle par la Chine et dont la base arrière se situe au Mozambique. Les deux mouvements parviennent à faire front commun pour lutter plus efficacement contre le régime de Ian Smith. Ce dernier bénéficie du soutien de l'Afrique du Sud, mais aussi de quelques puissances occidentales qui réussissent à contourner l'embargo de l'ONU en vendant des armes. Robert Mugabe et Joshua NKomo lors des accords de Lancaster House. Mais, dans cette guerre, aucune bataille décisive n'intervient et des négociations s'ouvrent au Royaume-Uni en 1979. Le Front de libération se trouve en position de force puisqu'il contrôle de vastes zones du territoire. En décembre 1979, les accords de Lancaster House à Londres sont signés. Les intérêts des Blancs sont sauvegardés, mais des élections multipartites et multiraciales doivent être organisées dans les deux mois suivant la signature de l'accord. Le parti de Robert Mugabe l'emporte très largement. En avril 1980, la proclamation de l'indépendance de la Rhodésie a lieu. Elle devient alors le Zimbabwe. Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités. De nombreux dirigeants internationaux ou dignitaires, tel le prince Charles, sont présents, ainsi que Bob Marley. Le Jamaïcain jouit d'une immense popularité dans le pays, d'autant plus qu'il a composé en 1979 un hymne à la gloire du nouvel Etat, sobrement intitulé Zimbabwe.
Robert Mugabe devient le premier ministre du pays, tandis que NKomo fait, lui aussi parti du gouvernement. Après des décennies d'oppression, une joie irrépressible gagne la population. Cet enthousiasme retombera vite et Mugabe, héros de la libération, se transformera très vite en dictateur cruel. Mais cela est une autre histoire... La vigueur du panafricanisme chez les rastas jamaïcains explique le grand nombre de morceaux du répertoire reggae faisant référence au continent africain et surtout aux luttes de libérations nationales. Au fond, dans l'esprit de nombreux Jamaïcains, la colonisation, concrétisation de l'impérialisme européen, légitimait une fois de plus la lutte contre Babylone, c'est-à-dire le pouvoir blanc occidental. Ici, nous retrouvons trois titres consacrés à la Rhodésie. Bobby Kalphat joue une petite musique onirique sur son melodica sur l'instrumental "South West of Rhodesia". Puis, la grosse voix du DJ Big Youth (en Jamaïque, le DJ est celui qui toast au micro) se plaque sur son titre "Train to Rhodesia". Enfin, le regretté Alton Ellis évoque la situation de la Rhodesie avec son morceau Rhodesia. Sources: - L'émission l'Afrique enchantée du 1er février 2009 consacrée au Zimbabwe. Liens: - Bob Marley interprète "Zimbabwe" lors des cérémonies de l'indépendance. - Portrait de Ian Smith, ancien premier ministre de la Rhodésie. - Chronologie du Zimbabwe (1965-2009).
Tiken Jah Fakoly. Ce morceau de Tiken Jah Fakoly évoque le sort tristement commun à de nombreux pays africains, englués dans des régimes autoritaires, souvent très durs. Sans nommer quelqu'un en particulier, le chanteur s'adresse aux dictateurs en général. Le message reste malheureusement tristement d'actualité comme le prouve la situation de la Guinée Conakry.
* La période Sékou Touré: Très peu de temps après l'indépendance, acquise aux dépens de la France, le nouveau chef de l'Etat, Sékou Touré instaure un régime très dur. Il rejoint le camp socialiste et ne cesse de fustiger "l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme". La France a démantelé les infrastructures du pays lors de son départ et refuse toute forme de coopération avec l'ancienne colonie.
Durant la période Touré, on compte pas moins de 17 tentatives de coups d'Etats. Désormais, le dictateur vit dans la hantise du putsch et sombre dans la paranoïa, qui le conduit à massacrer tous ces rivaux potentiels. Il n'hésite pas à faire fusiller la quasi-totalité de son gouvernement en 1964. Ainsi, le coup d'Etat manqué d'exilés guinéens du 22 novembre 1970, appuyé par les Portugais, plonge le pays dans la terreur, marquée par des arrestations et exécutions en série. Cette date devient d'ailleurs symbolique. L'Horoya band adopte d'ailleurs le nom de 22 novembre band.
Des centaines de milliers de Guinéens fuient alors le pays. Des milliers d'opposants meurent sous la torture dans les sinistres geôles du camp Boiro. On estime que le Président Ahmed Sékou Touré s’est rendu coupable de la mort ou de la disparition de quelque 50000 personnes.
En 1984, la mort de Touré, le colonel Lansana Conté s'empare d'un pouvoir qu'il tient toujours d'une main de fer, utilisant à nouveau la violence et la contrainte. Ce dernier rompt avec la politique culturelle de Touré, abandonnant à leur sort les orchestres nationaux choyés par le régime de Touré.
* Quel bilan après 50 ans d'indépendance? - Une dictature implacable.
Après 26 ans de pouvoir pour Touré et 24 ans pour Conté, le bilan est catastrophique. Nous avons déjà évoqué l'utilisation de la terreur pour gouverner sous le premier dirigeant guinéen. Or, Conté utilise, lui aussi l'armée et la terreur pour se maintenir au pouvoir. L'opposition fut muselée, voire emprisonnée.
Des émeutes embrasent les quartiers populaires de Conakry en 2008. - Un scandale économique.
La Guinée est un pays extrêmement riche (Touré parlait de "scandale géologique"), avec des réserves importantes d'or, de diamants, 1/3 des réserves mondiales de bauxite (nécessaire pour l'uranium). Sa forêt est exploitée par des transnationales, tandis que ce "château de l'Afrique" n'exploite guère son immense potentiel hydroélectrique.
La corruption du régime a contribué aussi à détourner les richesses du pays au profit des fidèles de Conté. Les Guinéens disposent d'un pouvoir d'achat très faible et seul le système D permet au plus grand nombre de vivre. On estime que 70% de l'économie est gérée par le secteur informel (petits ateliers de couture, cireurs de chaussures). Dans ces conditions, l'explosion sociale qui embrase les quartiers populaires de Conakry en février 2007 ne saurait surprendre. La répression s'est abbatue aussitôt sur les manifestants, provoquant le décès de certains d'entre-eux.
Lansana Conté (à droite) avec un autre grand démocrate, le colonel Kadhafi. * Les incertitudes l'après Conté. Le général Lansana Conté est mort le 22 décembre 2008, après vingt-cinq ans de pouvoir. Le lendemain matin, un groupe de jeunes officiers prend le pouvoir avec à leur tête, le capitaine Dadis Camara. Ce dernier affirme aussitôt: "la Guinée a fêté le cinquantenaire de son indépendance, le 2 octobre dernier, avec un classement dans la catégorie des pays les plus pauvres de la planète. Avec les immenses ressources naturelles dont elle est dotée, la Guinée aurait pu être beaucoup plus prospère, mais l'histoire et les hommes en ont décidé autrement. Le détournement des deniers publics, la corruption généralisée, l'impunité érigée en méthode de gouvernement, l'anarchie dans l'appareil de l'Etat ont fini par plonger notre pays dans une situation économique catastrophique, particulièrement dramatique pour la grande majorité des Guinéens".
Ce constat est juste, mais il n'empêche que des militaires succèdent à un militaire. Or, depuis 50 ans, l'armée guinéenne tient le pays dans sa main. Les officiers ont créé un conseil, promettant de mettre un terme à tous les maux qui gangrènent le pays. Camara promet, en outre, et là encore c'est un grand classique de tout apprenti militaire, de retourner dans sa caserne d'ici 2010. Peut-être est-il de bonne foi, mais l'expérience permet tout de même d'en douter. Les militaires qui prennent le pouvoir ont, en général, bien du mal à le quitter (Lansana Conté l'a prouvé en son temps).
Gage de bonne volonté, un premier ministre civil a été nommé. Camara s'est engagé à organiser des élections démocratiques et transparentes d'ici 2010... A suivre.
* Des précédents fâcheux dans les jeunes Etats indépendants. Les difficultés économiques et politiques ne tardent pas à s'abattre sur les nouveaux Etats indépendants.
Plusieurs éléments peuvent l'expliquer:
L'empereur Bokassa Ier. - Les découpages territoriaux sont un héritage colonial : en Afrique, les frontières ont été tracées par les Européens, sans aucun compte de la géographie et des communautés ethniques ou religieuses. On a donc des Etats sans grande identité et souvent petits (« balkanisation » de l’Afrique). Il n’y a guère d’Etats-nations en Afrique.
Idir Amin Dada, le terrifiant dictateur ougandais au cours des années 1970. Aussi beaucoup de ces nouveaux Etats connaissent très vite une dérive dictatoriale : inexpérience de la démocratie, faible scolarisation, élite réduite, énormes écarts de richesse. De nombreux coup d’Etats militaires ont lieu. Citons, parmi beaucoup d'autres Mobutu au Congo (1966-1997), Amin Dada en Ouganda de 1971 à 1979, Bokassa en "République" centraficaine (Bokassa Ier de 1966 à 1979). De nombreux dirigeants font l’objet d’un culte de la personnalité et s’appuient sur un parti unique. Ils instaurent, pour se maintenir, un régime policier répressif, censé maintenir la cohésion de la nation. Corruption, clientèlisme sont encouragés par les anciennes métropoles qui y voient l’occasion de préserver leurs intérêts.
Bref, le cas guinéen ne constitue pas une exception. Certes la situation a évolué aujourd'hui et il serait aujourd'hui caricatural de résumer la vie politique continent aux seules dictatures. Il n'empêche que la situation actuelle de la Guinée, du Zimbabwe, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, reste bien préoccupante...
Pour terminer, rappelons que lorsque Tiken Jah Fakoly joue dans un pays dirigé par un autocrate, il n'hésite pas à l'interpeller directement sur scène, l'incitant à "lâcher" le pouvoir. Il est ainsi persona non grata dans le Sénégal de Wade, dont le régime peut de moins en moins être considéré comme démocratique (il fut d'ailleurs un des premiers à soutenir la nouvelle junte militaire guinéenne).
"Quitte le pouvoir" Tiken Jah Fakoly. Refrain :
Quitte le pouvoir
Quitte le pouvoir
Je te dis quitte le pouvoir
Tiken
Ca fait trop longtemps que tu nous fais perdre le temps
Depuis quarante ans tu refuses de foutre le camp
Tu pourrais avoir des emmerdes si tu nous laisses dans la merde
Oh la la, oh la la !
Refrain X 2
Tiken :
Je t’avais prévenu que tu as été mal élu
Mais tu t’es accroché, aujourd’hui tout est gâché
Tu pourrais avoir des ennuis si les choses restent ainsi
Oh la la ! Oh la la !
Refrain X 2
Tiken
Aucun changement dans vos comportements
Malgré différents gouvernements depuis quarante ans
Tu pourrais passer un sale moment si tu nous pourris le temps
Oh la la ! Oh la la !
Refrain X 2
Awadi
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Tu gouvernes mal, ton gouvernement man détourne mal les comptes monumentales
Oui ! Tant de mal ! Tu nous fais tant de mal
Il est donc évident quand nous pêche dans le mental
Pas dévolution, man libère le Peuple
Fais-le vite, fais-le bien
Man libère le Peuple
Et pense à demain, man libère le Peuple
Tu le fais pour de bon, tu le fais pour le Peuple
Rester tout le temps, tu nous pourris le temps
Pas le moindre changement, tu nous pourris le temps
Pas de boulot, pas de job, tu nous pourris le temps
L’avenir fout le camp, tu nous pourris le temps,
Une seconde de plus, c’est une seconde de trop,
Une minute de plus, c’est une minute de trop
Un cadavre de plus, c’est le cadavre de trop
Le mandat de plus, c’es le mandat de trop
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Voilà la porte, et sors dans le calme
Pas de balle, pas de sang, tu sors dans le calme
Voilà la porte, et sors dans le calme
Refrain :
Tiken
Laisse tomber l’histoire, tu sais bien pourquoi
Monsieur le Président, sans incident quitte le pouvoir
Laissez tomber l’histoire, vous savez pourquoi, Messieurs les Présidents
Quittez le Pouvoir Messieurs les Présidents, si vous aimez votre Peuple, quittez le Pouvoir
Refrain
Source:
* Les émissions l'Afrique enchantée des:
- 11 août 2008: la Guinée-Conakry 1.
- 12 août 2008: la Guinée-Conakry 2.
- 4 janvier 2009: Ambiance facile.
Liens:
- Sur le site de RFI: "Lansana Conté et après?".
Au début du XIX° siècle, le territoire correspondant à l'actuel Zimbabwe passe sous le contrôle de la British South Africa Company, dont le patron, Cecil Rhodes a obtenu des droits sur l'exploitation minière au sud du Zambèze. L'homme d'affaires, spécialisé dans l'industrie du diamant, devient le principal agent de l'impérialisme britannique en Afrique australe.
Deux territoires voient progressivement le jour : les Rhodésie du Nord (future Zambie) et du Sud (futur Zimbabwe). Au début du XX° siècle, la Rhodésie du Sud devient une colonie de peuplement, reposant sur les activités extractives (or, amiante, charbon) ou agricoles (tabac, céréales). Un régime d'apartheid ségrégationniste se met en place, au sein duquel les populations blanches contrôlent les pouvoirs politique et économique. Spoliées et chassés des terres les plus fertiles, les populations noires sont repoussées dans les zones arides. Privés de droits politiques et sociaux, ils subissent une législation discriminatoire et raciste, en tout point comparable à celle mise en place par le régime d'apartheid sud-africain au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Le drapeau du Zimbabwe. Public domain, via Wikimedia Commons
En 1953, alors que la guerre froide bat son plein, les Britanniques créent la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, (1) afin de contrer plus efficacement les mouvements nationalistes naissants et d'empêcher toute expansion communiste dans la région. Le processus de décolonisation à l'œuvre sur le continent, ainsi que la constitution de partis indépendantistes au sein de la Fédération, décident les autorités britanniques à accélérer la participation des élites noires aux gouvernements. En 1963, la Fédération éclate, ouvrant la voie à l'indépendance. En 1965, Ian Smith, le premier ministre de Rhodésie du Sud, déclare unilatéralement l'indépendance, provoquant la rupture avec Londres et précipitant le territoire dans un interminable conflit de libération. La guerre oppose le pouvoir blanc, qui cherche à tout prix à conserver ses privilèges et à perpétuer les discriminations, à la Zimbabwe African People's Union (ZAPU) de Joshua N'Komo, puis à une faction dissidente de ce dernier : la Zimbabwe African National Union (ZANU) de Robert Mugabe. (2) La minorité blanche bénéficie du
soutien de l'Afrique du Sud, qui envisage la Rhodésie comme un glacis protecteur face au "péril communiste". Les combats sont acharnés et meurtriers, mais faute de bataille décisive, s'enlisent dans une guerre interminable. Des
négociations s'ouvrent enfin en 1979. En décembre, les accords de Lancaster House imposent la tenue dans les deux mois d'élections libres. La ZANU de Robert Mugabe l'emporte très largement. La Rhodésie du Sud obtient alors sa deuxième indépendance, en avril 1980. L'ancienne colonie devient Zimbabwe, en référence au nom donné aux gigantesques forteresses de l'Empire médiéval du Monomotapa (XI-XV°siècle).
Après des décennies d'oppression, une joie
irrépressible gagne la population. Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury
(rebaptisée Harare) accueille les festivités de l'indépendance. Parmi les 35 000 spectateurs présents se trouvent de nombreux dirigeants
politiques, mais aussi des artistes. Bob Marley et les
Wailers, ont été invités à participer aux festivités. Ainsi, juste après que le nouveau drapeau rouge, vert et or ait été hissé, le groupe joue Positive vibration, puis I shot the sheriff, avant que le concert ne soit clôt par la reprise en chœur de Zimbabwe.
De
prime abord, on pourrait être étonné par la présence du Jamaïcain, elle n'a pourtant rien de fortuit. Les luttes de libérations nationales trouvent en effet un grand écho chez les rastafariens, qui considèrent l'Afrique comme la terre mère. Dans la logique eschatologique qui est la leur, les puissances coloniales européennes sont un des nombreux avatars de Babylone, ce pouvoir occidental blanc, toujours prompt à exploiter et brimer. Dans
le sillage de la révolution cubaine, des luttes indépendantistes, du
mouvement Black power, la musique jamaïcaine s'est radicalisée. Le reggae
célèbre alors la black pride, ainsi que les racines africaines. Cette réappropriation culturelle se manifeste par exemple dans l'utilisation des percussions nyabinghi.
La pochette de l'album Survival avec 49 drapeaux africains.
Sur une musique douce et chaloupée, Marley pose des textes acérés. Tout
en dénonçant toutes les formes d'oppression, le chanteur célèbre particulièrement
Haïlé Sélassié, l'empereur éthiopien dont le couronnement, en 1930, avait ravivé le thème du retour en Afrique. Renversé par un putsch et assassiné en 1974, le ras Tafari
devient, sous la plume de Marley et des rastas, le Grand Rédempteur et libérateur des
Enfants d'Israël asservis par le pharaon égyptien. En 1976, le chanteur reprend en musique un discours prononcé par le négus, en 1968, à la tribune de l'ONU. La chanson War,
véritable déclaration de guerre au racisme et au colonialisme, devient
un cri de ralliement pour les combattants africains toujours en
lutte. L'année suivante, il enregistre Exodus. L'errance des Afro-descendants en quête de Terre promise semble répondre à de celle des Hébreux en quête de Canaan.
En 1978, Marley compose Zimbabwe, alors qu'il se trouve à Shashamé, une colonie rasta construite en Éthiopie.(3) La chanson figure sur l'album Survival, sorti en 1979. Marley, au faîte de sa popularité, compose alors son disque le plus engagé. La pochette, qui aligne les drapeaux des États africains, annonce la couleur : il sera question de l'Afrique. Accompagné des Wailers, le chanteur porte une vision panafricaine et solidaire. Africa unite milite en faveur de l'unité africaine. Top rankin fustige les élites politiques, promptes à diviser pour mieux régner et accaparer le pouvoir. L'album se termine par Zimbabwe. Lors de la composition du morceau, le pays reste placé sous le joug colonial, ce qui explique les vers menaçants du refrain :"Investissez le Zimbabwe / Détruisez tout au Zimbabwe / Africains, libérez le Zimbabwe". L'heure est à la lutte ("Nous restons pour lutter, nous allons lutter / Lutter pour nos droits !"), au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ("Chaque homme a le droit de décider de son destin"). Contre un ennemi commun, Marley appelle à l'unité ("Alors main dans la main avec les armes", "Plus de lutte interne pour le pouvoir / Nous nous rassemblons", "Diviser pour régner ne peut que nous déchirer") et invite à se défier des ennemis de l'intérieur ou des sicaires ("Dans la poitrine de chaque homme il y a un cœur qui bat / Alors, nous saurons qui sont les vrais révolutionnaires / Et je ne veux pas que mon peuple soit piégé par des mercenaires"). A ce prix, "nous libérerons le Zimbabwe".
Conclusion : Le 17 avril 1980, la liesse est immense parmi les spectateurs présents au Rufaro Stadium pour célébrer l'indépendance. Le concert des Wailers constitue sans doute le sommet de la journée. La foule, extatique, exulte lorsque que ressentissent les premières notes de musique. Au bout de dix minutes de concerts, la police, redoutant que le spectacle ne vire à l'émeute, juge opportun de lancer des gaz lacrymogènes. Une fois le calme revenu, les Wailers remontent sur scène pour terminer leur prestation en apothéose avec l'interprétation de Zimbabwe. Deux ans après la création du titre, Marley et les Wailers réalisaient ainsi la prophétie contenue dans les paroles de la chanson : "Natty Dread est au Zimbabwe (...) / Natty chante au Zimbabwe". (4)
Notes :
1. Les actuels Zambie, Zimbabwe et Malawi.
2. La ZAPU, soutenue par l'URSS, opère depuis la Zambie voisine, quand la ZANU,aidée par la Chine, prend le Mozambique comme base arrière.
3. Pour les rastas, l'avènement du ras tafari entre en résonance avec les discours de l'activiste nationaliste jamaïcain Marcus Garvey. "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance", avait-il lancé en 1927.
Le
couronnement
de Sélassié fut ainsi interprété comme l'accomplissement de
cette prophétie, suscitant un immense espoir auprès des populations
Afro-américaines, prêtes à se lancer dans un rapatriement vers
l'Afrique mère. L'agression de l'Italie fasciste contre l'Italie en 1936
provoque un gigantesque mouvement de soutien et une mobilisation de
grande ampleur au sein de la diaspora noire du monde entier. En
remerciement, le "roi des rois" concède 500 acres de terres, donnant
naissance à la communauté rasta de Shashamané.
4. L'enthousiasme retombera malheureusement très vite et Mugabe, héros de la libération, se transformera en un cruel dictateur, mais cela est une autre histoire...
Sources :
A. Guillaume Blanc : "Décolonisations. Histoires situées d'Afrique et d'Asie (XIX-XXI° siècle)", Edictions du Seuil, 2022.
B. Amzat Boukari-Yabara : "Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme", La Découverte, 2017.
C. Maureen Sheridan : "Bob Marley. Les secrets de toutes ses chansons, 1962-1981", Hors Collection, 2011.
Ce blog, tenu par des professeurs de Lycée et de Collège, a pour objectif de vous faire découvrir les programmes d'histoire et de géographie par la musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.