mardi 31 mars 2009

151. Bobby Kalphat: "South west of Rhodesia".

En 1960, le premier ministre Ian Smith déclare unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie.


L'accession du Zimbabwe à l'indépendance fut particulièrement mouvementée. Pendant toute la période coloniale, ce territoire s'appelait Rhodésie. Il doit son nom au Britannique Cecil Rhodes, agent de l'impérialisme britannique en Afrique. Ce dernier fonde la British South Africa Company. De 1829 à 1923, la Rhodésie dépendait de cette compagnie commerciale. Puis elle devint une colonie anglaise dotée d'un gouvernement autonome, exclusivement dirigée par des colons blancs.




Un régime d'apartheid se met très vite en place et impose une politique de développement séparé des races. Les Noirs ne peuvent pas adhérer à des partis politiques ou des syndicats. Ils ne disposent pas non plus du droit de grève. Les écoles sont gratuites pour les blancs. L'enseignement s'y fait en anglais, alors qu'il est assuré en Shona pour les Noirs, dont les écoles sont payantes. La loi sur la propriété agricole parque les populations noires sur de petites parcelles peu fertiles, dans des zones arides, tandis que le nombre de têtes de bétail restait limité à 7 vaches.

Dans la vie quotidienne, les discriminations raciales sont légions. En ville, dans les rues, les Noirs doivent marcher sur la chaussée en terre battue, tandis que les trottoirs leurs restent interdits. Pour eux, les commandes dans les magasins ne pouvaient se faire qu'à partir de fenêtres spéciales, leur interdisant l'accès des échoppes, sur la devanture desquelles il était fréquent de trouver des pancartes rappelant l'interdiction d'entrer aux Noirs et aux chiens!! Les employés domestiques des familles blanches ne pouvaient pénétrer dans les maisons que par une porte spéciale, située à l'arrière des demeures.

En 1960, le premier ministre Ian Smith déclare l'indépendance de la Rhodésie unilatéralement, rompant avec le Royaume Uni, qui voulait une participation noire au gouvernement comme préalable à l'indépendance.




La communauté internationale finit tout de même par s'émouvoir face à une situation si scandaleuse. L'ONU et l'Organisation de l'unité africaine condamnent ce régime raciste.
A partir des années 1970, une guerre de libération est menée depuis les Etats voisins par deux mouvements:
- la ZAPU, Zimbabwe African Porpular Union, de Joshua N'Komo soutenue par l'URSS et qui opère depuis la Zambie voisine.
- la ZANU, Zimbabwe African National Union, de Robert Mugabe, aidée quant à elle par la Chine et dont la base arrière se situe au Mozambique.

Les deux mouvements parviennent à faire front commun pour lutter plus efficacement contre le régime de Ian Smith. Ce dernier bénéficie du soutien de l'Afrique du sud, mais aussi de quelques puissances occidentales qui réussissent à contourner l'embargo de l'ONU en vendant des armes.

Robert Mugabe et Joshua NKomo lors des accords de Lancaster House.
Mais, dans cette guerre, aucune bataille décisive n'intervient et des négociations s'ouvrent au Royaume Uni en 1979. Le Front de libération se trouve en position de force puisqu'il contrôle de vastes zones du territoire. En décembre 1979, les accords de Lancaster House à Londres sont signés. Les intérêts des Blancs sont sauvegardés, mais des élections multipartites et multiraciales doivent être organisées dans les deux mois suivant la signature de l'accord.

Le parti de Robert Mugabe l'emporte très largement. En avril 1980, la proclamation de l'indépendance de la Rhodésie à lieu. Elle devient alors le Zimbabwe. Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités. De nombreux dirigeants internationaux ou dignitaires, tels le prince Charles sont présents, ainsi que Bob Marley. Le Jamaïcain jouit d'une immense popularité dans le pays, d'autant plus qu'il a composé en 1979 un hymne à la gloire du nouvel Etat, sobrement intitulé Zimbabwe.



Robert Mugabe devient le premier ministre du pays, tandis que NKomo fait, lui aussi parti du gouvernement. Après des décennies d'oppression, une joie irrépressible gagne la population. Cet enthousiasme retombera vite et Mugabe, héros de la libération, se transformera très vite en dictateur cruel. Mais cela est une autre histoire, dont nous vous reparlerons bientôt...




La vigueur du panafricanisme chez les rastas jamaïcains explique le grand nombre de morceaux du répertoire reggae faisant référence au continent africain et surtout aux luttes de libérations nationales. Au fond, dans l'esprit de nombreux Jamaïcains, la colonisation, concrétisation de l'impérialisme européen, légitimait une fois de plus la lutte contre Babylone, c'est-à-dire le pouvoir blanc occidental.
Ici, nous retrouvons trois titres consacrés à la Rhodésie. Bobby Kalphat joue une petite musique onirique sur son melodica sur l'instrumental "South West of Rhodesia". Puis, la grosse voix du DJ Big Youth (en Jamaïque, le DJ est celui qui toast au micro) se plaque sur son titre "Train to Rhodesia". Enfin, le regretté Alton Ellis évoque la situation de la Rhodesie avec son morceau Rhodesia.

Sources:
- L'émission l'Afrique enchantée du 1er février 2009 consacrée au Zimbabwe.

Liens:
- Bob Marley interprète "Zimbabwe" lors des cérémonies de l'indépendance.
- Portrait de Ian Smith, ancien premier ministre de la Rhodésie.
- Chronologie du Zimbabwe (1965-2009).

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