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vendredi 1 novembre 2019

Les "mains d'or" de Bernard Lavilliers: une chanson sur la dignité humaine et le droit de travailler.

En 2001, Bernard Lavilliers publie l’album Arrêt sur image.  Sur le disque figure Les Mains d’or, une chanson consacrée au désarroi d'un ouvrier ayant perdu son emploi. Les paroles sombres contrastent avec la musique, un rythme capverdien virevoltant.
Lavilliers est un récidiviste, car ce n’est pas la première fois qu'il chante la grisaille des usines ou/et la fierté d'un monde ouvrier menacé sur des mélodies et des rythmes enjoués. En 1975 déjà, la chanson Saint-Étienne décrivait la dureté des conditions de vie et de travail dans la grande ville du Forez ("On n'est pas d'un pays, mais on est d'une ville ou la rue artérielle limite le décor / Les cheminées d'usine hululent à la mort") . 
En 1976 encore, Fensch Vallée s'intéressait à ce haut lieu de la sidérurgie française du nord de la Lorraine (1) dont les sites se terminent tous par ange (Hayange Algrange, Florange, Uckange...). (2)

AimelaimeAimelaime at French Wikipedia [Public domain]

Vingt-cinq ans plus tard,  avec les Mains d'or, Lavilliers consacre de nouveau un titre au désespoir d'un ouvrier au chômage, sans grand espoir de reconversion en raison de la disparition ou du déclin des secteurs industriels traditionnels (les mines, la sidérurgie et ses laminoirs évoqués dans la chanson, le textile...). La surproduction, l'apparition de nouveaux produits, la concurrence étrangère moins chère, le coût de la main d’œuvre jugé trop élevé par les entrepreneurs par rapport à ceux des pays émergents d'Asie du Sud-Est, la progression du pétrole au détriment du charbon, le manque de modernisation des exploitations plongèrent les bassins houillers et les grandes régions sidérurgiques (Lorraine) dans la crise dès la fin des années 1960. Cette crise se soldera par la fermeture progressive des usines et des mines, contribuant à la désindustrialisation de pans entiers de l'économie française. (3)



* Friche industrielle. 

"On dirait - la nuit - de vieux châteaux forts / 
Bouffés par les ronces - le gel et la mort (...) 
On dirait - le soir- des navires de guerre / 
Battus par les vagues - rongés par la mer (...)."

Introduite par la dramatisation d’un chant profond sur fond de tambours, les paroles de la chanson introduisent d’emblée un sentiment de solitude et de fragilité. Le premier couplet plante le décor, décrivant les friches industrielles, les carcasses d'usine en déshérence, les laminoirs, les usines de transformation à l'arrêt, abandonnées, délabrées, rouillant sous la grisaille. Dans cette zone sinistrée, tout est à l'arrêt: les "cheminées muettes", les "portails verrouillés", les "wagons immobiles", les "tours abandonnées". Il n'y a "plus de flamme orange dans le ciel mouillé".
 
* Travailler encore.
Lorsque survient le refrain, un rythme capverdien teinte la désespérance du récit d’une énergie de résistance. Le personnage parle à la première personne et énonce son refus de l’effacement. Le refrain ressasse toujours les mêmes mots: « Travailler encore ». Cette répétition portée par la musique, dans ce qu’elle a de plus concret et de corporel, prouve la capacité de résistance de l'individu. Le personnage vit, se bat, palpite, il a non seulement des « mains d’or » mais un corps offert à qui veut l’entendre, sa capacité de création reste intacte, même si la fin du refrain efface son « je».

* Un monde en fusion.
Le drame social raconté dans la chanson est à la fois ancré dans un contexte géographique précis - celui du bassin sidérurgique lorrain par exemple -, et aussi rendu universel par le tempo capverdien. (4) Tout comme les mains d’or savent fondre les métaux, le chanteur fait naître la fusion musicale; le rythme insuffle une énergie, une pulsation dansante à une chanson consacrée aux drames du chômage dans une Europe en désindustrialisation.  
Les instruments entrent en scène progressivement (5): le tambour est présent d'emblée, puis la basse et la guitare assurent l'ondulation des hanches, des maracas s'entrechoquent comme un geste répété à l'infini, l'accordéon, omniprésent, ponctue et incite à la danse, enfin un violon tzigane introduit une touche de nostalgie à la fin du morceau.

   

* "Je sers plus à rien, moi"
Dans les Mains d'or, l'ouvrier veut "travailler encore". C'est une demande faite posément, comme un espoir, une question de dignité. Après avoir servi loyalement et travaillé dur, il est pourtant remercié ("J'ai passé ma vie là, dans ce laminoir / Mes poumons, mon sang et mes colères noires").  Il est licencié pour des raisons qui lui échappent largement, victime d'un licenciement boursier ou d'une fusion décidée par un conseil d'administration. Pour l'ouvrier devenu chômeur, le sentiment de frustration d'humiliation est immense. A la fierté du travail bien fait succède l'impression de ne plus servir à rien. Il perd non seulement son emploi, mais aussi la fierté du travail bien fait qui compensait en partie la faiblesse des salaires: au moins se sentaient-ils utiles. "Cette chanson traite de ceux qui bossent depuis vingt ans dans la même usine et à qui un jour on dit : "fusion", "mutation" et qui se retrouvent, sans très bien comprendre pourquoi, licenciés économiques. Ils n’ont plus l’âge de se reconvertir et ils avaient l’impression qu’on les respecterait un peu plus. C’est une chanson sur la dignité humaine et le droit au travail" déclare le chanteur. Lavilliers dira avoir écrit le morceau « après avoir vu des fermetures d’usines à Uckange, en Moselle. Des mecs de 45 ou 50 balais se retrouvaient avec des maisons à payer, des enfants toujours à l’école, ils finissaient chez eux, blessés, humiliés… »".

J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien, moi
Y'a plus rien à faire
Quand je fais plus rien, moi
Je coûte moins cher
Que quand je travaillais, moi, d'après les experts
J'me tuais à produire pour gagner des clous
C'est moi qui délire, ou qui devient fou?
J'peux plus exister là, j'peux plus habiter là
Je sers plus à rien, moi, y'a plus rien à faire

* Fierté et dignité.
La grande force de la chanson est qu'elle parle de la dignité de l'ouvrier, détenteur d'un savoir faire précieux, d'un homme toujours animé par la volonté du travail bien fait, accompli grâce à ses "mains d'or".  La chanson constitue sans doute aussi pour le chanteur un clin d’œil à son histoire personnelle et familiale. En effet, derrière le pseudo Lavilliers se cache Bernard Oillon. Né dans le Forez en 1946, Lavilliers a débuté à 16 ans comme tourneur sur métaux à la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne. (6) Son père, ancien résistant (FTP) et communiste, a travaillé toute sa vie dans cette même Manufacture d'armes de Saint-Étienne où il était également délégué syndical CGT. " Lavilliers raconte ainsi la genèse des Mains d'or: "J'étais à Toulouse quand j'ai écrit ce texte, dans ma chambre d'hôtel. À la télévision, je voyais des usines qui fermaient et des salariés qui disaient : " On veut travailler, c'est tout ce qu'on demande." (...) Grâce au destin, mon père, qui a travaillé toute sa vie à la manufacture d'armes de Saint-Étienne, a échappé à ça. Il n'a pas été viré ni mis en préretraite."

Au bout du compte, la chanson fait figure "d'hymne au travail manuel en même temps qu'un chant de revendications" à la gloire des travailleurs dans un monde post-industriel. (7) (source F) Les délocalisations touchent désormais l'électronique, l'informatique ou la téléphonie.  La fin des "mains d'or" ne constitue donc qu'un moment dans le renouvellement permanent des métiers, avec les drames humains que cela implique. Il n'empêche, à l'heure où la sidérurgie française et les métiers qui l'accompagnent sont devenus obsolètes, la chanson populaire sait parfois prendre le relais, offrir un témoignage précieux et plein de dignité. 

Dans un monde où la logique prédatrice du capitalisme n’hésite pas à effacer ceux qui ne sont plus vus que comme un coût, chanter Les mains d’or reste un acte de résistance. La censure du morceau que devaient chanter les enfants d’une chorale de Commentry, ancienne cité minière, par une inspectrice de l’Education nationale, au nom du principe de neutralité, en dit long sur le refus persistant d’une culture de l’engagement et d’une reconnaissance des travailleurs. 

Finalement, après un revirement du rectorat de Clermont-Ferrand, le concert en soutien à la forge de Commentry a pu avoir lieu, le samedi 28 mars 2026. Des élèves de l'école primaire ont repris la chanson de Bernard Lavilliers, accompagnés de l'artiste lui-même !

Les mains d'or
Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminées muettes, portails verrouillés
Wagons immobiles, tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
On dirait, la nuit, de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces, le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant
J'voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or
J'ai passé ma vie là, dans ce laminoir
Mes poumons, mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là, les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée sur l'espoir
On dirait le soir des navires de guerre
Battus par les vagues, rongés par la mer
Tombés sur le flan, giflés des marées
Vaincus par l'argent, les monstres d'acier
J'voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or
J'peux plus exister là
J'peux plus habiter là
Je sers plus à rien, moi
Y'a plus rien à faire
Quand je fais plus rien, moi
Je coûte moins cher
Que quand je travaillais, moi, d'après les experts
J'me tuais à produire pour gagner des clous
C'est moi qui délire, ou qui devient fou?
J'peux plus exister là, j'peux plus habiter là
Je sers plus à rien, moi, y'a plus rien à faire
Je voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or (5X)


Notes:
1. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la sidérurgie lorraine tourne à plein régime. Il faut reconstruire le pays et on embauche à tour de bras. Les observateurs de l’époque parlent alors de ce coin de Lorraine comme d’un « Texas français » ! La demande conjoncturelle impose un rythme phénoménal (« ici la cadence c’est vraiment trop, ici il n’y a pas de place pour les manchots »). Et si on est sûr de trouver du travail dans cet "Eldorado" français, les accidents ne sont pas rares (« y a moins de chevaux et de condors, mais ça fait quand même autant de morts »).
2. "Charleroi" en 2017 ("J'ai vu ma ville partir en vrilles / J'ai vu ma ville partir en friches").
3.  La situation empire après les deux chocs pétroliers dans la mesure où les pays importateurs de pétrole cherchèrent à augmenter leurs exportations afin de combler les déficits commerciaux, creusés par la facture pétrolière. La course à la modernisation se traduisit par l'adoption de nouvelles techniques de production économisant la main d’œuvre, par la spécialisation dans de nouveaux créneaux industriels requérant de nouveaux types de compétence et par le développement massif des activités de services. 
4. "J'utilise toujours des musiques solaires pour aborder des choses assez dures. C'est antinomique, mais si je mets du hard rock sur Les Mains D'or, cela passerait moins bien qu'avec mon tempo chaloupé", confie le chanteur dans un entretien accordé à Ouest France.
5. Lors de l'enregistrement du disque dans un studio toulousain, le texte et là, mais la bande son reste à trouver. Finalement, la musique des Mains d'or est signée Pascal Arroyo.
6. Dans Saint-Etienne,  le chanteur revient sur ses origines stéphanoises: "c'est quand même ici que poussa tout petit cette fleur de grisou à tige de métal".
7. Sur le même thème, citons Son bleu de Renaud ("Y r'voit toutes ces années au chagrin / Et tout l'cambouis sur ses mains / Y r'pense à son gars / Qui voulait faire péter tout ça / Ca a pété sans lui / Sans douleur et sans cris. / Où c'est qu't'as vus un bon Dieu / Qu'est c'y va faire de son bleu / De ses bras de travailleur / C'est sans doute sa vie qu'était dans sa sueur") ou encore Les métallos de Massilia Sound System.
 

Sources:
A. Etienne Bours: «Le sens du son: Musiques traditionnelles et expression populaire»  Fayard, 2007.
B. Les enfants de la Zique: «Autour de Bernard Lavilliers», réseau Canopé.
C. Pierre et Jean-Pierre Saka: "Histoire de France en chansons", Larousse, 2004. 
D. Tubes & Co: «"Les mains d'or" de Bernard Lavilliers, une certaine idée de la dignité.»
E. Ouest France: "Bernard Lavilliers, l'ouvrier homme monde", Ouest France Bretagne, 2/08/2014. 
F. "Bernard Lavilliers en instantané", l'Humanité, 16 juin 2001.

Liens:

 Une proposition pédagogique de Géraldine Duboz en Histoire des arts autour des espaces productifs en reconversion.

dimanche 8 juillet 2018

348. Last day of the miner's strike, Pulp (2002)

Lors de la campagne présidentielle François Fillon a été comparé à plusieurs reprises à M. Thatcher. Depuis son entrée en fonction, c’est au tour d’E. Macron. L’attitude de chef de l’état face aux mouvements sociaux, leur grandissante criminalisation, pousse la presse à mobiliser ce registre comparatif. Mais que désigne précisément ce terme de « criminalisation » ? Tout d’abord, un usage récurrent, disproportionné voire inapproprié de la violence par les forces de l’ordre contre de simples citoyens, ou de militant.es (syndicalistes, manifestant.es, jeunes) qui a parfois des conséquences dramatiques (morts, mutilations, traumatismes). Une mise au pas de la justice, ensuite, à des fins d’exemplarité et de dissuasion (multiplications des comparutions immédiates, peines requises  disproportionnées, impunité policière systématique, procédures malmenées y compris quand il s’agit de mineurs,comme on l’a vu récemment avec les gardé.es à vue du lycée Arago). Ces écarts problématiques et réitérés sont relayés par des discours médiatiques assez univoques et légitimants dont quelques animateurs et éditocrates se sont fait la spécialité (ce que le journaliste S. Gontier chronique régulièrement pour Télérama, dans Ma vie au poste ; on consultera, par exemple, ce billet sur la zadisation des esprits). Ces personnalités médiatiques, procèdent à l’inversion des responsabilités autour des actes de violence commis (on l’a vu, par exemple, lors de l’arrachage de chemise d’un responsable d’Air France), et distillent volontiers la peur dans le débat public (comme ici à propos de la dernière mobilisation à la SNCF).
  

Quelles sont les origines de ce schéma auquel nous nous accoutumons peu à peu ? La question mérite d’être posée. Bien évidemment, ce de modes opératoires est antérieur à l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Dans un contexte d’état d’urgence, il a pris une ampleur inédite. Lors des lois travail, des mobilisations étudiantes et lycéennes, ou des actions de soutien aux réfugié.es sanctionnées par le troublant oxymore de « délit de solidarité », il a gagné en lisibilité.
Le parallèle Macron/Thatcher est mobilisé en raison de l’attitude inflexible des deux dirigeants face aux contestations, posture qui entretient une logique d’escalade. Cette raideur M. Thatcher l’a inscrite dans ses mandatures en différentes occasions (Malouines, grève de la faim et de l’hygiène des prisonniers de l’IRA). Mais pour ce qui est des mobilisations sociales c’est à la faveur de la grande grève des mineurs britanniques de 1984-1985, qu’elle l’a particulièrement bien exprimée. Il n’est pas impossible que cet épisode constitue une sorte de matrice du traitement criminalisé des mouvements sociaux. La distinction avec l’antérieur se niche dans le contexte qui l’entoure : celui de l’ascension néolibéralisme. Emmannuel Macron, bien relayé dans cette tache par une large partie des médias, ne fait qu’adapter, le modèle, à son époque.

La musique trouve parfois dans les mobilisations sociales, populaires ou ouvrières une puissante source d’inspiration. Celles des mineurs ne font pas exception.  Ainsi en 2011, Billy Bragg, chanteur militant britannique reprend le Which side are you on ? composé en 1931 pour soutenir ceux du Kentucky. Bragg est un habitué du registre, d’autres s’y frottent plus rarement. C’est le cas d’un des groupes majeurs de la riche scène musicale de Sheffield dont les Arctic Monkeys sont aujourd’hui les têtes de gondole. Moins puissante que celle de Londres, moins postcoloniale que celle de Bristol, moins connue que celles de Liverpool et  Manchester, la scène de Sheffield en est proche car elle s’inscrit dans une géographie de la désindustrialisation. Joe Cocker ou Deff Leppard en furent les prestigieux ainés, ils ont porté sa renommée à l’international ; la ville a ensuite alimenté une rutilante scène pop friande de synthés au cours des années 80 avec des groupes comme Human League, Cabaret Voltaire ou Heaven 17. Sheffield dispose également d’une scène électro qui est loin d’être confidentielle, avec son label local Warp Records, né à la fin de cette décennie (LFO, Aphex Twin). Enfin, la capitale métallurgique du South Yorkshire abrite, outre Alex Turner auquel on ne peut ôter cette qualité, quelques songwriters de talent dont le trop méconnu Richard Hawley, et le fantasque leader-chanteur-songwriter du groupe Pulp, Jarvis Cocker. C’est à cette formation que l’on doit le titre dont il est question ici. Il parle de la grève des mineurs de 1984-1985, mais, comme toujours avec Pulp, sous un angle décalé.


Kids are spitting on the town hall steps and frightening old ladies 
Les gosses crachent sur les marches de la mairie et effraient les vieilles dames
I dreamt that I was living back in the mid 1980s
J’ai révé que je vivais à nouveau au milieu des années 80 
People marching, people shouting, people wearing pastel leather 
Des gens qui manisfestent, des gens qui crient, habillés de cuir pastel
The future's ours for the taking now
L’avenir nous appartient, le futur est à nous
if we just stick together
Si on reste solidaires
And I said: "Hey, lay your burden down 
Et j’ai dit : « Hey, pose ton fardeau à terre
seems the last day of the miners' strike was the Magna Carta in this part of town"
le dernier jour de la grève des mineurs, ce fut comme la Grande Charte dans cette partie de la ville »

Well, my body sank below the ground
mon corps s’est enfoncé sous terre 
it became as black as night 
Il est devenu noir comme la nuit
overhead the sound of horses' hooves 
Au dessus de ma tête le son des sabots des chevaux
people fighting for their lives
Des gens qui se battent  pour leurs vies
Some joker in a headband was still getting chicks for free 
Un mec avec un bandeau obtenait encore  des filles pour rien (il s’agit d’une allusion à M. Knopfler de Dire Straits dont le titre Money for nothing est un tube de l’année 1984)
And Big Brother was still watching you 
Et Big Brother était toujours entrain de te surveiller
back in the days of '83
Retour en 1983
And I said: "Hey, lay your burden down 
Et j’ai dit : « Hey, pose ton fardeau à terre
seems the last day of the miners' strike was the Magna Carta in this part of town"
le dernier jour de la grève des mineurs, ce fut comme la Grande Charte dans cette partie de la ville »

Well by 1985, I was as cold a cold could be 
En 1985, j’étais aussi refroidi qu’on peut l’être
but no-one was underground to dig me out and set me free 
mais il n’y avait personne sous terre pour m’excaver et me libérer
'87 socialism gave way to socialising 
En 87 le socialisme laissait place à la sociabilité
so put your hands up in the air once more: 
alors lève les mains en l’air encore une fois
the north is rising
le nord se soulève
And I said: "Hey, lay your burden down 
Et j’ai dit : « Hey, pose ton fardeau à terre
seems the last day of the miners' strike was the Magna Carta in this part of town"
on dirait que le dernier jour de la grève des mineurs, est la Grande Charte dans cette partie de la ville »

Oh, sing Hallelujah 
Oh, chante Hallelujah
Oh, sing Hallelujah 
Oh chante Hallelujah
Don't let them fool you again 
Ne les laisse pas t’avoir à nouveau
Oh, sing Hallelujah
Oh chante Hallelujah

By now I'm sick and tired of just living in this hole 
Désormais je suis fatigué  et fatigué de ne vivre que dans ce trou
so I took the ancient tablets 
Alors j’ai ressorti les anciennes tables
blew off the dust
Je les ai dépoussiérées 
swallowed them whole 
avalées entièrement
Oh come on, let's get together 
Allez, rassemblons nous
Oh come on, the past is gone 
Allez le passé est le passé
Well, the very first commandment : Come on, come on, let's get it on 
Bien, le tout premier commandement : allez, allez, on y va
Come on, let's get it on
Allez, on y va
Get it on! 
On y va !
Oh, get it on
Oh, on y va
"Hey, lay your burden down 
Et j’ai dit : « Hey, pose ton fardeau à terre
seems the last day of the miners' strike was the Magna Carta in this part of town"
le dernier jour de la grève des mineurs, ce fut comme la Grande Charte dans cette partie de la ville »


Last day of the miner’s strike, tel est le titre du morceau sur lequel Hawley joue d’ailleurs en guitariste additionnel. Il a été enregistré au début des années 2000 pour intégrer la compilation Hits dont il constitue le seul inédit. L’album est une sélection choisie dans la discographie d’un groupe dont la carrière est alors à son crépuscule. Ses membres se séparent peu après, une dernière tournée fraichement achevée. Last days of the miner’s strike a une place assez marginale dans l’histoire de Pulp, au regard des tubes issus de LP comme Different Class avec son incontournable Common people. Si le songwriting de Cocker verse souvent dans la chronique sociale, il suit plus volontiers des trajectoires singulières dans un Angleterre post-industrielle que les grands épisodes de l’histoire militante du pays.
Qualifiée de moment de basculement, la grève des mineurs du milieu des années 80 constitue un pivot autour duquel s’articulent un avant (celui d’une jeunesse rageuse et irrespectueuse au temps du post punk, crachant devant les vieilles dames) et un après qui prend la forme d’une fête sans fin, celle des raves, mains levées au ciel, corps oscillant au rythme de la house et de la techno, dont on renforce l’effet à grand coup d’ecstasy. Cocker avoue son désintérêt, à l’époque, pour les piquets de grève tandis que Russel Senior, guitariste et violoniste du groupe, s’y rendait volontiers en soutien. Le titre se présente sous la forme d’une réminiscence, s’émancipe du ton engagé ou de la chanson hommage/témoignage, ce dont d’autres formations se sont chargées[1].

La grève des mineurs de 84-85 s’arrime à différentes temporalités historiques. Celle de l’âge du charbon, au cœur du processus d’industrialisation qui couvre un long 19ème siècle (1780-1914) dans une géographie plutôt septentrionale des Iles Britanniques.  Si l’on excepte les gisements de Galles du Sud, cette dernière  va de l’Ecosse (Glasgow), au Lancashire, au Sud Yorshire, et au NottinghamShire. Les West Midlands en sont le point méridional. Elle succède à d’autres grèves générales des mineurs du pays : celle de 1926, tout d’abord, qui porte sur des revendications salariales et le temps de travail, au moment où s’amorce un déclin de la production. En 1972, ensuite, la grève générale des mineurs marque un tournant et constitue par bien ses aspects, une propédeutique à celle qui nous intéresse. C’est alors que sont testés les flying pickets qui permettent lors de longues mobilisations, de créer des points de fixation dans le temps et dans l’espace susceptibles d’emporter l’avantage.  A l’époque, c’est à Saltley (près de Birmingham, dans les Midlands) que cette stratégie s’avère payante.
@Birmingham Mail
L’Angleterre est alors en plein marasme. La situation en Irlande du Nord est pour le moins tendue depuis plusieurs années, l’inflation galopante attise les revendications salariales afin de préserver le pouvoir d’achat. Plusieurs fermetures de puits sont annoncées. La grève générale débute au pays de Galles pour s’étendre à d’autres régions. Afin de peser sur le rapport de force, grévistes et organisations syndicales bloquent, en différents endroits, les livraisons de charbon nécessaires à la production d’électricité. C’est ainsi que le dépôt de houille de Saltley devient un point de fixation du mouvement. Face à une police missionnée pour en assurer l’ouverture, les 2000 picketters présents sont rejoints, en février, par des ouvriers de Dunlop, de British Leyland, de Drop Forge, de GEC ou encore par les salariées de SU carburattors. 10 000 à 15000 personnes convergent vers le dépôt comme le raconte un témoin : The police closed the gates. Victory was ours[2]. L’opération est un triple triomphe : les mineurs obtiennent 21 % d’augmentation de salaire, le gouvernement Heath s’en retrouve extrêmement fragilisé et la victoire assoit A. Scargill à la tête de la  NUM[3]. L’homme fort de la centrale syndicale en tire à ce moment là une conclusion : If working people are united, they can achieve anything[4]. 

Pour expliquer ce qui se passe entre 1972 et 1984, M. Montazami parle de sédimentation iconomnésique. Entre 1926 et 1984, les grandes luttes ont façonné une histoire des résistances sociales au cours de laquelle chaque nouvelle mobilisation catalyse les aspirations et volontés de batailles passées – une sédimentation iconomnésique – qu’elle « rejoue » (remet en jeu) dans un mouvement présent[5]. La bataille d’Orgreave, le 18 juin 1984, rappelle, par bien des aspects, celle de Saltley. Pourtant, dans l’intervalle, plusieurs lois ont été votées pour entraver les actions syndicales et les résistances sociales[6]. Pour autant, contexte politique est sensiblement différent. Les conservateurs, en la personne de Margaret Thatcher, ancienne ministre de l’éducation du gouvernement Heath, sont revenus aux affaires après un intermède travailliste. Grace à la guerre des Malouines, la dame de Fer est en positon de force depuis 1982, dotée d’une forte popularité. En revanche, le long déclin de l’exploitation charbonnière britannique se poursuit. Il n’y a plus que 280 000 mineurs en 1973, ils étaient 1,1 Million en 1913. Dans ce secteur stratégique nationalisé depuis 1947, la puissance et la centralité des grèves sont des obstacles aux réformes radicales qu’entend mener M. Thatcher. Ainsi, elle ne peut qu’aller à l’affrontement avec la NUM, pour en sortir victorieuse.
C’est l’annonce, début mars 1984 , par le gouvernement de la suppression de quelques 100 000 emplois dans les mines qui met le feu aux poudres.. Le pays compte alors quelques 3 millions de chômeurs. La grève touche au printemps 84, les sites Ecossais et ceux du Yorkshire. Le 15 mars, les puits du Pays de Galles sont à leur tour fermés. Le système des piquets volants destiné à paralyser les livraisons de charbon est réactivé. Seul un tiers des puits épargnés par les fermetures continuent d’alimenter le pays en charbon. La Grande-Bretagne dispose toutefois d’importantes réserves ce qui constitue un atout pour le gouvernement pour éviter l’asphyxie du pays. Le leader de la NUM choisit le site d’Orgreave pour mener la bataille décisive. Le Socialist Worker reprend pour l’occasion le mot d’ordre de Scargill Turn Orgreave into Saltley. Le site, à l’est de Sheffield, alimente en coke l’aciérie géante voisine de Scunthorpe. C’est là que le néolibéralisme, puissance émergeante, affronte un monde ouvrier affaibli. Le match n’est pas qu’un affrontement entre deux idéologies, il comprend aussi un duel entre Scargill et Thatcher qui dispose d’un atout déterminant : la police du Sud Yorkshire.
Ce 18 juin 1984, quelques 8000 mineurs venus de tous les sites du pays (Ecosse, pays de Galles, nord-est de l’Angleterre et d’autres villes du Yorkshire) se rejoignent au piquet de grève d’Orgreave à l’appel de la NUM.  La police déjà présente sur place les escorte vers la cockerie. Sur place, ils découvrent d’autres forces déployées en amont. Le piège se referme. Après 4 heures de face à face tendu, chaque groupe sur ses positions, la bataille se déchaine. Les pierres, briques et bouteilles volent d’un côté, la police montée, les chiens et les gourdins s’abattent de l’autre. Le soir les images de la bataille rangée envahissent la télévision. A l’issue des 10 heures de confrontation, 95 mineurs sont arrêtes, il y a 79 blessés, (51 pour les picketters, dont Scargill, 28 parmi les forces de l’ordre), aucun policier n’est inquiété. Le piquet de grève est levé. Les mineurs ont perdu une bataille, et ils s’apprêtent à perdre la guerre. Elle sera d’usure puisqu’elle s’étire jusqu’en mars 1985 date à laquelle la reprise du travail est actée. 160 000 d’entre eux ont participé à la grève. La défaite est cinglante car elle se double d’impressionnants prolongements policiers et judiciaires : 11 312 arrestations, 5653 poursuites en justice, près de 200 emprisonnements. C’est un conflit du travail dont l’ampleur, la force symbolique et les pics d’intensité sont inédits ; le « King Coal » perd les derniers joyaux de sa couronne : 140 puits sont fermés, 100 000 mineurs licenciés dans les 7 années qui suivent Orgreave.


Et après ? Comme le suggère le titre de Pulp rien ne fut plus jamais comme avant. En effet,  l’estocade est vite donnée.  En 1992, le plan Helsetine ferme 31 des 50 puits restant, laissant sur le carreau, c’est le cas de le dire, 31 000 emplois. T. Labica explique que cet effacement se traduit par une assez brusque invisibilité médiatique. Alors que les labour correspondents étaient auparavant des figures puissantes de la presse écrite, chargés notamment de chroniquer les mobilisations et de tisser pour ce faire des liens avec les centrales syndicales, ces figures du journalisme ont quasi entièrement avec l’Angleterre industrielle, ouvrière et syndiquée. Les lieux ont également été transformés si bien que les mémoires s’en trouvent affectées et que le fameux processus iconomnésique en est affecté. En 2008, Orgreave est devenu une pépinière d’entreprises High-tech avec des prolongements immobiliers le Warweley Housing.

Orgreave, aujourd'hui @Financial Times

Les souvenirs de ce monde englouti trouvent pourtant des chemins où se faufiler pour que les mémoires des luttes se transmettent aux générations actuelles. Le cinéma, à l’instar de la pop musique, participe à ce projet. Il y a un bien étrange paradoxe à voir le succès remporté par ces fictions cinématographiques qui évoquent sous des différents angles l’histoire de l’Angleterre industrielle. Le nom de Ken Loach vient immédiatement à l’esprit puisqu’il a réalisé un documentaire sur la grande grève de 1984-1985 intitulé Which Side Are You on ? La centralité de la question des luttes sociales dans son œuvre documente amplement le sujet. Mais pour ce qui est des succès populaires, de ceux qui brisent le plafond de verre façonné par les blockbusters américains,  on pense davantage à The Full Monthy pour la comédie, ou à Brassed Off pour le drame lacrymal (dans les deux, la musique ou les pratiques musicales populaires jouent un grnad rôle). Plus récemment, le succès de Pride a permis de braquer les projecteurs sur l’intersectionnalité des luttes sociales lors de la grève des mineurs de 1984 (mineurs, femmes, LGBT). Enfin,  comment ne pas évoquer la littérature ? Un des maitres du polar britannique David Peace s’est lui aussi penché sur la question dans le volume GB84.  


Pour autant, les productions culturelles ne sont pas les seules à façonner la postérité de la bataille d’Orgreave et, plus encore, de la grève de 84-85. Plusieurs éléments sont venus rouvrir un dossier que l’on croyait clos, et on extirpé ce moment de la terrible condescendance de l’histoire écrite par les vainqueurs. Il est possible finalement que la bataille d’Orgerave soit pas uniquement condamnée à la muséification ou à la folklorisation.
D’une part, la déclassification des archives de M. Thatcher a rendu possible l’établissement d’un nouveau regard sur la période. D’autre part, le drame survenu  sur le terrain de foot de Sheffield, Hillsborough, le 15 avril 1989, a ouvert de nouveaux horizons. Le stade fut le théâtre d’une meurtrière tragédie lors d’un match qui opposait Liverpool et Nottingham Forrest. Ce jour là, les supporters du LFC peinent à accéder à leur tribune. Tous ne sont pas encore entrés quand le coup d’envoi est donné. Saturée, la tribune continue pourtant à accueillir du monde jusqu’à ce qu’une bousculade se déclenche provoquant la mort de 96 personnes (la plus jeune âgée de 10 ans, la plus vieille de 67 ans, la dernière décédée en  1993 après 4 ans de coma).

Une ignominieuse du Sun, sur Hillsborough, le
19 avril 1989 @arretsurimages
La presse  se déchaine immédiatement[7] sur les hooligans avinés, assimilant bon nombre des victimes à peine décédées, à des brutes épaisses, ensauvagées. L’examen des faits conclut d’abord à des « morts accidentelles ». Les familles triplement accablées (par la perte d’un proche, par l’image dégradée qui en est donnée publiquement, notamment par de faux témoignages et par l’impossibilité de rendre audible un contre discours) se constituent en comité. Après 28 années de lutte inlassable, à l’issue de deux rapports publics (le premier concerne l’interdiction des tribunes debout), la responsabilité de la police ne fait plus guère de doute. En retardant sciemment l’arrivée des secours, sa négligence la rend responsable, outre les sales bidouillages de falsification de faits, de la mort des 96 personnes auxquelles s’ajoutent 766 blessés. La justice est saisie. En juin 2017, le chef de la police, D. Duckenfield, est inculpé pour « homicide involontaire pour grave négligence », mais aussi, comme son collègue l’inspecteur N. Bettison pour avoir menti sur la culpabilité des supporters tandis que deux autres policiers sont accusés d’avoir entravé le travail de la justice.

Sur ce modèle s’est constitué en 2012, la Orgreave for truth and justice campaign après que le témoignage d’un policier indiquant avoir falsifié des comptes rendus ait été diffusé sur la BBC. Chaque année le 18 juin, leur action pour la justice est réactivée sur le site avec un « rally ». L’anniversaire des 30 ans, a encore ajouté de l’intérêt pour la démarche initiée. Le parti travailliste a dors et déjà promis de rouvrir une enquête au cas où il reviendrait aux affaires. Toutefois, ce sont les Tories qui y sont. Si dans un premier temps, Theresa May, comme ministre de l’intérieur[8] puis comme premier ministre ne semblait pas hostile à l’ouverture d’une enquête, ses ardeurs se sont refroidies, et sa propre ministre de l’intérieure Amber Rudd, l’a fait savoir aux activistes. Cette dernière vient d’être contrainte à la démission suite au scandale Windrush, et dors et déjà la OTJC a repris les pourparlers avec son successeur Sajid Javid. Si l’on osait un mauvais jeu de mot, on dirait que c’est un last coal for justice …





Bibliographie indicative :
Ouvrages
Mathilde Bertrand, Cornelius Crowley, Thierry Labica [coord], Ici notre défaite a commencé : la grève des mineurs britanniques 1984-1985, Paris, Syllepse, 2016, 214p. (Vu des dominés)
Gouffiès, Pierre-François, Margaret Thatcher face aux mineurs : 1972-1985, treize années qui ont changé l'Angleterre, Toulouse, Privat, 2007, 363p. vu des dominants (donc idéologiquement neutre comme le précise son auteur)

Revues
Retour sur la grande grève des mineurs britanniques, Un dossier de la revue Contretemps n°25, 1er trimestre 2015, https://www.contretemps.eu/le-numero-25-de-la-revue-contretemps-est-paru/

Morad Montazami, « L’événement historique et son double. Jeremy Deller, The battle of Orgreave », Images Re-vues [En ligne], 5 | 2008, mis en ligne le 20 avril 2011, consulté le 08 juillet 2018. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/334
Presse
Dans The Guardian :
Via ce lien mois par mois, les archives sur le dossier Orgreave
Avec un article récapitulatif  ici
Sur Saltley, 1972 on lira éventuellement ceci ainsi que cela
Le journal britannique dispose également d’un épais dossier sur Hillsborough, et ses suites judiciaires, bien récapitulé ici







[1] En 1987, The Watersons interprete Coal Not Dole (du charbon pas des allocations, selon le slogan des mineurs mobilisés), titre qui sera aussi popularisé par le groupe Chumbawamba qui l’insère dans la compilation English Rebel Songs 1931-1988 qui sort en LP en 1988 justement.
[2] La police ferma les portes, nous avions gagné.
[3] Puissant syndicat des mineurs National Union of Mineworkers
[4] Quand les travailleurs sont unis, ils peuvent tout réussir.
[5] Morad Montazami, « L’événement historique et son double. Jeremy Deller, The battle of Orgreave », Images Re-vues [En ligne], 5 | 2008, mis en ligne le 20 avril 2011, consulté le 08 juillet 2018. URL : http://journals.openedition.org/imagesrevues/334
[6] Notamment pour interdire les grèves de solidarité
[7] Les Unes du Sun en particulier conduisent à des appels au boycott de la part de la population de Liverpool et des supporters du LFC qui font campagne sur le mot d’ordre don’t buy the Sun
[8] Home Office Secretary, le poste n’existe pas sous ce nom en France.