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mardi 5 novembre 2013

276. Baba Brinkman: "Creationist cousins"

En dépit de la condamnation de Scopes, le "procès du Singe" a tout d'une victoire à la Pyrrhus pour les créationnistes. (1) Leur héraut, Bryan, y a été ridiculisé par l'avocat et libre penseur Clarence Darrow. Ainsi, lorsque ce dernier demande si les poissons ont été eux aussi noyés lors du Déluge, Bryan est bien obligé d'admettre une lecture symbolique de la Bible.
En dépit de ce fiasco judiciaire, les créationnistes ne désarment pas comme le prouve leur spectaculaire retour en force au cours des années 1980.
Nous nous demanderons ici comment les idées créationnistes sont parvenues à s'imposer auprès d'une frange non négligeable de la population américaine.

"A venerable Orang-outang." Caricature de Charles Darwin, tirée du magazine The Hormet, 22 mars 1871.


* Dieu contre Darwin.
Derrière les controverses qui opposent sur le terrain strictement scientifique créationnistes et évolutionnistes, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent. 
 La vision évolutionniste (2) postule que les espèces vivantes sont le résultat du lent travail de forces naturelles. Comme d'autres avant lui (en particulier Lamarck), Darwin nie la thèse fixiste.  Il est en revanche , dans sa magistrale synthèse parue en 1859: L'Origine des espèces, le premier à proposer une théorie vraiment scientifique de l'évolution.
Le darwinisme (3) contredit donc la théorie créationniste de la Genèse. L'Homme ne serait plus une créature façonnée par Dieu, mais le dernier maillon d'une chaîne de transformations naturelles. Pour Jean-Pierre Martin (voir sources), "son hypothèse (...) ruine , sur trois points, au moins, le récit de la Genèse.
A la chronologie sacrée (Création en 6000 av. J.-C.), obtenue par calcul des 'généalogies', il oppose un âge terrestre de 200 millions d'années; la Genèse décrit la création définitive des espèces vivantes, et leur perpétuation à l'identique 'selon leurs semences': toute espèce animale ou végétale est donc à jamais fixée par la création divine, ce qui exclut toute évolution; Darwin fait de l'homme un animal, issu d'une longue séquence d'espèces, et contredit encore le récit biblique, où Dieu, par une 'création spéciale', crée un être à son image à qui il soumet le monde vivant."

A peine formulée, la théorie de Darwin  suscite de vifs débats idéologiques. (4) La polémique éclate dès 1860, à l'occasion d'un débat opposant l'évêque d'Oxford, antidarwinien, au naturaliste Thomas Huxley. Lorsque l'ecclésiastique demande au second s'il descendait du singe par son grand-père ou par sa grand-mère, Huxley rétorque: "Je prétends qu'il n'y a pas de honte pour un homme à avoir un singe pour père. Si je devais avoir honte d'un ancêtre, ce serait plutôt d'un homme: un homme à l'intellect superficiel et versatile qui, au lieu de se contenter de ses succès dans sa propre sphère d'activité, vient s'immiscer dans des questions scientifiques qui lui sont totalement étrangères, ne fait que l'obscurcir par une rhétorique vide, et distrait l'attention des auditeurs du vrai point de la discussion par des digressions éloquentes  et d'habiles appels aux préjugés religieux."
En 1877, le pape Pie IX évoque les "aberrations du darwinisme".  Toutefois, c'est bien après la mort de Darwin (en 1882) que l'opposition radicale au darwinisme se manifeste avec le plus de virulence. (5)  Elle est le fait des fondamentalistes protestants du Vieux Sud des États-Unis (la Bible belt) dont l'influence atteint son paroxysme lors du "procès du singe". Le déroulement des débats conduit pourtant les créationnistes à la déroute. Perçus dès lors comme d’obscurantistes bigots allergiques aux progrès scientifiques, ils se replient pour plusieurs décennies sur les États ruraux du sud, refusant officiellement l’engagement politique.


Jerry Falwell et Ronald Reagan en 1987.

Après cette éclipse relative, les fondamentalistes réapparaissent sur la scène politique au cours des années 1970. Pour diffuser leur vérité, ils se dotent d'écoles, d'universités où l'on enseigne la création du monde selon la Bible. Chaînes de télévision et de radios constituent d'autres vecteurs de diffusion du créationnisme. A longueur de prêches, de célèbres télévangélistes "orthodoxes", tels que Jerry Falwell, Jimmy Swaggart ou Pat Robertson, développent leurs thèmes de prédilection et obsessions:  la lutte contre l'avortement, l'homosexualité, la pornographie, le darwinisme...
La Majorité morale, une organisation de défense de l'orthodoxie évangélique  fondée par Jerry Falwell, s'avère tout à fait représentative de cette "nouvelle droite chrétienne" qui émerge à l'aube des années 1980. Cette Christian Right occupe depuis lors l’aile droite du Parti républicain qu'elle soutient de manière indéfectible. En 1980, la droite chrétienne apporte une aide décisive au candidat républicain Ronald Reagan pour l'emporter aux élections présidentielles. Une fois élu, ce dernier présente le darwinisme comme une simple théorie parmi d’autres, à traiter à égalité avec la théorie biblique de la création. Dans son sillage, G. W. Bush se prononce en faveur de l’enseignement de la « théorie biblique de la création » dans les écoles (à côté de la théorie darwinienne). 

* "Dessein intelligent".
Ce regain d'influence des créationnistes repose sur un argumentation renouvelée. 
Longtemps, l'offensive contre le darwinisme est le fait de groupes "créationnistes"
adeptes d'une lecture littérale de la Bible. Désormais, la plupart des créationnistes ne cherchent plus à interdire Darwin, mais à corriger ses thèses selon la notion nouvelle du « dessein intelligent».

Avec l’Intelligent Design (6), l’offensive contre Darwin se fait plus subtile. Pour ses partisans, la vie s'avère si complexe qu’elle ne peut provenir que d’un esprit supérieur, un « designer intelligent ». L'évolution des espèces existerait bien, mais elle serait organisée par Dieu ou une autre force surnaturelle. Et, tout en fustigeant la "science matérialiste", les créationnistes recherchent une caution scientifique à leur propos. Il se targuent de bénéficier de l'adhésion à leur cause d'universitaires reconnus, biologistes, mathématiciens, avocats.
L'offensive des créationnistes passent aussi par le Discovery Institute, un think tank "spécialisé" dans les questions d’environnement, de technologie et d’Intelligent Design. (7)
Le Discovery Institute utilise sa puissance financière pour diffuser la théorie du « dessein intelligent » et fait preuve d'un lobbying très actif auprès des politiques.
Pour propager ses idées auprès du grand public, le Creation Museum, installé à Petersburg dans le Kentucky, a ouvert ses portes en 2007. Les origines de l’univers, de la vie et de l’humanité y sont présentées conformément à une lecture littérale du livre de la Genèse.

Financé par le biais de donations à l’association chrétienne de promotion du créationnisme, Answers in Genesis, le Creation Museum présente les origines de la vie conformément à une lecture littérale de la Genèse. Les concepteurs du musée pourfendent la théorie de l'évolution. Des scènes de reconstitution font se côtoyer les premiers hommes et les dinosaures. Pourtant, « selon les théories scientifiques les plus acceptées, les derniers dinosaures se seraient éteints il y a 65 millions d’années et les premiers hommes seraient apparus 200 000 ans avant J.-C. », il est donc impossible qu’ils aient vécu au même moment sur Terre et se soient gentiment côtoyés comme le laisse croire cette reconstitution.


 * un frein: le Mur de séparation.
L'entreprise de remise en cause de la théorie de l’évolution et de promotion du créationnisme dans l'espace public reste entravée par le " mur de séparation" entre l’Église et l’État. (8)
La Cour suprême frappe ainsi de nullité des lois votées contre l'enseignement du darwinisme:
- En 1968, l'arrêt Epperson vs Arkansas invalide, pour violation du premier amendement de la Constitution, une décision de l’État interdisant "l'enseignement de la théorie selon laquelle l'humanité descend d'un ordre animal inférieur". Interdire le darwinisme, estimaient les juges, revenait à officialiser le point de vue d'une Église particulière, ce qui était contraire à l'esprit de la Constitution.
- Cette jurisprudence est maintenue et renforcée dix-neuf ans plus tard avec l'arrêt Edward v. Aguillard 1987. La Cour suprême invalide une loi de Louisiane qui interdisait d' « enseigner la théorie de l'évolution dans les écoles publiques à moins qu'elle soit accompagnée d'instructions concernant le créationnisme ». Or, pour les juges, la pseudo "science de la création" n'est qu'une religion camouflée. L'enseigner sur le même plan que le darwinisme reviendrait donc à privilégier une conception particulière du christianisme et à bafouer le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Ces dernières années, la querelle de la parité, c'est-à-dire l'enseignement égal du créationnisme et des théories évolutionnistes, repart de plus bel dans certains États de la Bible belt (Arkansas, Kansas).
Si la question du dessein intelligent n'a pas été l'objet d'un jugement de Cour suprême, un tribunal fédéral de Pennsylvanie a toutefois interdit, en décembre 2005, l'utilisation dans les établissements publics d'un manuel présentant le dessein intelligent comme une alternative au darwinisme.



 * Regain de vitalité du créationnisme.
 Il n'empêche qu'aujourd'hui, les fondamentalistes sont devenus un lobby incontournable, parvenu à séduire et convaincre de très nombreux Américains. Ainsi, d'après un sondage de 2004, 55 % des Américains croient à la "création spéciale"de l'homme par Dieu, quand 13 % seulement s'y refusent. Enfin, 65 % souhaitent que le créationnisme – ou les théories de l’Intelligent Design – soit enseigné en même temps que la théorie de l’évolution.

Détournement d'une affiche raillant Sarah Palin, convaincue que "les dinosaures et les hommes avaient vécu en même temps sur Terre, il y a six mille ans". Cette colistière du candidat républicain John McCain  à l’élection présidentielle, se revendique une créationniste convaincue.

* Rap Guide to Evolution.
Le rappeur canadien Baba Brinkman est un disciple assumé de Charles Darwin, dont il a adapté De l'origine des espèces, dans son spectacle Rap Guide to Evolution. Cet ancien étudiant en biologie entend, de cette manière, contrer les arguments des adeptes du créationnisme. "Le créationnisme est une croyance très intuitive, qui voudrait que le vivant, parce qu'il semble très compliqué, ait été fabriqué. C'est ce qu'on appelle 'l'illusion de la conception.' Darwin nous a démontré que cette complexité provient de l'accumulation lente et graduelle de changements aléatoires, les mutations les plus bénéfiques étant conservées à chaque génération."
Dans le titre ci-dessous, Brinkman décrit un repas de famille mettant aux prises créationnistes et darwinistes convaincus. Selon lui, le morceau Creationist Cousins " [...] est la version dramatisée d'un dîner de famille chez les Brinkman. Mes cousins sont des créationnistes, moi je plaide pour la perspective darwinienne. Tout cela est vrai, peut-être pas mot pour mot, j'ai quand même dû faire des rimes! Mais la substance des arguments s'appuie sur des discussions familiales réelles."


Notes: 
1. Créationnisme: apparue dans les milieux évangélistes, en réaction à la théorie de l'évolution, cette doctrine pose que le récit de la Genèse doit être accepté à la lettre. [définition proposée par le magazine L'Histoire n° 328, ainsi que celles des 2 notes suivantes] 

2. Théorie de l'évolution: elle formalise l'idée que les espèces évoluent. Cette idée, déjà présente chez Lamarck au début du XIXe siècle, prend toute sa dimension scientifique avec Darwin: les espèces évoluent au moyen de la sélection naturelle, processus qui s'exerce sur les individus. A terme, les espèces les moins adaptées à leur environnement disparaissent.
3. Darwinisme: nom donné, souvent avec une nuance péjorative, soit à la théorie de l'évolution élaborée par Darwin, soit à certaines de ses interprétations réelles ou supposées. Deux points sont spécialement en cause: l'animalité de l'homme et le principe d'après lequel l'évolution serait guidée par le hasard.
4. Le darwinisme nourrit à la fois des débats théologiques, au sein des différentes Églises, mais il devient également un enjeu politique, entre conservateurs et libéraux.
5. La hiérarchie catholique infléchit lentement ses positions. Ainsi, en 1950, l'encyclique Humani generis  affirme qu'il n'existe pas d'opposition entre l'évolution et la doctrine de la foi.
6. Le terme Intelligent Design a été inventé en 1988 par le paléontologue américain Stephen C. Meyer et a donné naissance, au début des années 1990, au mouvement du même nom. Il s'agit de l'idée selon laquelle, s'il y a bien évolution des espèces, elle est organisée par une intelligence supérieure. L'idée a été raffinée dans les années récentes aux Etats-Unis, afin de fournir aux fondamentalistes une approche d'allure plus scientifique que le créationnisme.
7. Établi à Seattle dans l’État de Washington, le Discovery Institute a été fondé en 1990. Il dispose en outre d'un Center for Science and Culture, dévolu à l’Intelligent Design. Il est financé par les mêmes groupes chrétiens conservateurs qui ont contribué à l’élection de George W. Bush à la Maison-Blanche.
8. Une séparation implicitement garantie par la Constitution dont le premier amendement interdit l'établissement de toute église officielle.





Baba Brinkman: "Creationnist cousins."

Refrain:
Creationist cousins, they’re my relations, 
I love ‘em But when they talk about Jesus and Revelations and Judges
 I’ve gotta take it up with them 
 ‘Cause there’s a better explanation for the place that we come from, okay? 
Creationist cousins, they’re my relations, 
I love ‘em But at the dinner table we get on some crazy discussions 
 I’m always questioning their basic assumptions 
And saying, “yes I believe we came from monkeys, okay?”

Mes cousins créationnistes, ce sont mes proches parents,
je les aime bien, mais quand ils parlent de Jésus, de révélation et des Juges
Je dois prendre sur moi?
car il y a une meilleure explication sur nos origines, ok?
Mes cousins créationnistes, ce sont mes proches parents,
je les aime, mais à table nous avons des discussions folles
je suis toujours en train de remettre en cause leurs hypothèses de base
en disant, "oui je crois que nous descendons du singe, ok?


That’s the idea that most enrages Darwin’s detractors
The idea that we came from ape-like ancestors 
Some people still question this, and say:
 “If we came from Monkeys, then how come there’s monkeys still in existence?”
 Allow me to illustrate a similar instance
I’m descended from Dutch Calvinist immigrants 
Who came to Canada in the 1950s 
And I still have second cousins who live in the Netherlands 
But they’re not my ancestors; they’re my relatives 
Since we have common genetic elements 
 Inherited from our great grandparents 
 That’s just three generations back, but here’s the relevance
Three thousand generations back, human beings all have 
Common ancestors, so really we’re all relatives
 Which also means all relationships are relatively incestuous 
Further back we have common ancestors with chimps 
And gorillas and elephants and plants, and billions 
Of years back our ancestors are all single-cellular
But what I find incredible isn’t this principle 
 Of “unity of common descent”, that’s just elegant 
 What’s incredible to me is that some of my living relatives 
Still believe the earth was created about seventy-odd 
Centuries ago – around the time of the Egyptians 
By a benevolent God and that this same 
God Is currently manipulating the elements
And that evolutionism is devilish 
Did I mention that I was descended from 
Calvinist fundamentalists? 
 Well, I still have cousins as dedicated representatives 
Approximately twenty percent of them 
And at the dinner table we debate statistics
 And those debates get kind of interesting 
 They go like this...

C'est l'idée qui fait le plus enrager les détracteurs de Darwin
 l'idée que nous descendions d'un ancêtre simiesque
Bien des personnes ne l'acceptent pas, et disent:
"Si nous descendons du singe, alors comment expliquer que les singes soit toujours de ce monde?"
Permettez moi d'illustrer un cas similaire
Je suis le descendant d'immigrants néerlandais calvinistes
qui arrivèrent au Canada dans les années 1950
et je continue d'avoir des cousins au second degré qui vivent aux Pays-Bas
Mais ils ne sont pas mes ancêtres; ils sont mes parents
puisque nous avons des éléments génétiques en commun
hérités de nos grands-parents
C'est seulement trois générations en arrière, mais voici la pertinence
3000 générations en arrière, les êtres humains ont tous des ancêtres communs,
de sorte que nous sommes vraiment tous parents
ce qui signifie également que toutes les relations sont relativement incestueuses
Plus en arrière encore nous avons des ancêtres communs avec les chimpanzés,
les gorilles, les éléphants et les plantes, et des milliards
d'années en arrière, nos ancêtres sont tous mono-cellulaires
Mais ce que je trouve vraiment incroyable, ce n'est pas ce principe
 "de l'unité d'une origine commune", c'est juste élégant?
Ce qui est incroyable pour moi, c'est que certains de mes parents vivants
continuent de croire que la Terre a été créée il y a environ
70 siècles - à l'époque des Egyptiens
par un Dieu bienveillant et que ce même Dieu
est toujours en train de manipuler les éléments
et que l'évolutionnisme est diabolique
Ai-je mentionné que je descend de calvinistes fondamentalistes?
Eh bien, je continue d'avoir des cousins représentants consacrés?
à peu près 20 pour cent d'entre eux
et à la table du dîner, nous débattons de statistiques
et ces débats sont gentiment intéressants
ça donne à peu près ça...

 Refrain

I say, “Creationism is unscientific 
Ninety-nine percent of practicing scientists accept evolution 
As the best explanation we have for living systems 
 Why? 
Because there’s overwhelming empirical evidence!”
 And they say, 
“Baba, science isn’t run by consensus 
 That one percent is quite significant 
 Those are the creationist scientists who have found signs 
 Of intelligent design, but whenever they try and 
 Publish it in the mainstream literature, they get black-listed 
Besides, your presuppositions are materialistic 
Maybe all that evidence scientists say they’ve collected
 Just empirically proves that 
God wants our faith to be tested!” 


Alors, je dis, "le créationisme n'est pas scientifique
99% des chercheurs acceptent la théorie de l'évolution
comme la meilleure explication dont nous disposons sur les systèmes vivants
Pourquoi?
Car il y a des preuves écrasantes!"
Et ils répondent,
" Baba, la science n'est pas régie par un consensus
Ce 1% est très significatif
ce sont les scientifiques créationnistes  qui ont identifié des signes
de conception intelligente, mais à chaque fois qu'ils
essaient de se faire publier, ils sont censurés
En outre, vos présupposés sont matérialistes
 tous les éléments de preuve que les scientifiques
affirment avoir collecté de manière empirique prouvent juste 
que Dieu  veut éprouver notre foi!"

So then I say, 
“But that means your benevolent 
God Is perpetrating a massive intellectual fraud! 
So either evolution is the victim of a frame job
 Which explains all of its predictive successes 
Or we have to separate 
God from the scientific method” 
And that’s when my sister steps in 
To defend a different kind of creationism
 – Cultural creationism,
 Also known as “social constructivism” or “post-modernism”

Alors je rétorque
" Mais cela signifie que votre Dieu bienveillant
fait preuve de malhonnêteté intellectuelle!
Soit l'évolution est victime [frame job?]
ce qui explique le succès de toutes ces prédictions
soit nous devons séparer Dieu et la méthode scientifique"
Et c'est alors que ma soeur intervient pour défendre
une autre forme de créationnisme - "créationnisme culturel"
aussi connu comme "constructivisme social" ou "post-modernisme"

[...]


 Refrain


Sources:
- Mokhtar Ben Barka: "Dieu, Darwin et le prédicateur", in L'Histoire n°284, p44.
- Denis Lacorne: "Creationist revival", in L'Histoire n°328, p44.
- Olivier Postel-Vinay: "Cent cinquante ans d'affaire Darwin", in L'Histoire n°328, février 2008.
- Gaël Lombart: "Baba Brinkman, le rappeur darwinien", in Music n°3, juillet-septembre 2012.
- Jean-Pierre Martin: "Créationnisme", in "Dictionnaire des Etats-Unis", Larousse, 2010.
- "Constitution et religion: analyse de la jurisprudence américaine relative au créationnisme." (PDF)
- Mokhtar Ben Barka: "La droite chrétienne ou l'itinéraire politique des évangéliques américains."

Liens: 
- Le procès a inspiré de nombreux morceaux. PBS en propose quelques uns sur cette page.
- Le site internet de Baba Brinkman.
- La Cité des sciences: "Le dessein intelligent ou le créationnisme nouvelle mode."
- Passeur de sciences: "Offensive anti-science aux Etats-Unis."
- Science et avenir: "La résistance à Darwin à l'école est politico-religieuse."
- A propos du musée créationniste de Petersburg.
- Les sceptiques du Québec: "Créationnisme."; "Création intelligente."
- Les inrocks: "Darwin, nouveau parrain du hip hop?"
- Marianne: "L'école confrontée au créationnisme."


samedi 13 octobre 2012

265. Monkey trial

Vente d'un ouvrage anti-évolutionniste ("L'Enfer dans les lycées") à l'ouverture du procès Scopes, le 10 juillet 1925.

 "De l'origine des espèces" (en 1859) de Charles Darwin explique comment les différentes espèces évoluent et s'adaptent par sélection naturelle. L'ouvrage révolutionne la biologie moderne.
A peine divulguées, les thèses de Darwin suscitent de vives controverses au sein des Églises protestantes américaines. (1) Lors de la conférence de Niagara, certaines Églises évangéliques posent les bases du fondamentalisme actuel rappelant la nécessité de préserver la foi et donc les Écritures. "La Bible en toutes ses parties, est la parole même de Dieu, absolument vraie quant aux faits relatés et absolument contraignante dans ses commandements."
Or le darwinisme met à la mal le récit de la Genèse à plusieurs niveaux:
- Après d'autres, le biologiste repousse l'âge de la Terre à 200 millions d'année (estimations actuelles : 6 milliards).
-  Il observe en outre une modification permanente et continue des espèces alors que la Genèse décrit la création divine et définitive des espèces vivantes (ce qui exclut toute évolution).
- Enfin, le scientifique fait de l'homme un animal, issu d'une longue séquence d'espèces [dont le singe dans "De la descendance de l'homme" (1871)], quand la Bible affirme que Dieu crée un être à son image à qui il soumet le monde vivant.
Dans ces conditions, on comprend mieux l'hostilité suscité par les travaux du scientifique auprès de la plupart des confessions religieuses pour lesquelles, les vérités bibliques sont « factuelles », alors que les thèses de Darwin ne seraient fondées que sur d'invérifiables hypothèses.
Il s'avère donc fondamentale aux yeux des créationnistes d'empêcher à tout prix la diffusion des idées évolutionnistes. En conséquence, ils s'emploient à empêcher l'enseignement de cette théorie dans les écoles publiques. Pour eux, l'avenir moral et religieux de l'Amérique en dépend. En expulsant le darwinisme des écoles publiques, ils espèrent non seulement sauvegarder la religion des pères, mais aussi la société traditionaliste de la campagne et des petites villes.
Bref, les théories de Darwin provoquent une controverse entre évolutionnistes qui soutiennent ses idées, et créationnistes, pour qui l'homme est créé par Dieu à son image. La croisade des fondamentalistes contre les théories évolutionnistes de Darwin et leur enseignement donne lieu, en 1925, au retentissant "Procès du singe".

************

John T. Scopes, professeur dans un établissement de Dayton, est accusé par l’État du Tennessee d’avoir enseigné les thèses darwiniennes à ses élèves, en violation de la loi Butler, votée en mars 1925. En fait, il se contente de donner à résumer à ses élèves des pages d'un manuel évoquant l'évolutionnisme.


Depuis le début des années 1920, les militants fondamentalistes parviennent à faire adopter une législation anti-évolutionniste dans les Etats de la Bible belt.
Au Tennessee, en mars 1925, la loi Butler interdit l'enseignement de « toute théorie qui nie la nature divine de la création humaine, telle que décrite par la Bible, et prétend que l'homme descend d'un ordre animal inférieur » . Cette loi,  électoraliste - les fondamentalistes sont nombreux dans l'Etat- et symbolique, semble vouée à rester lettre morte. (2) L’American Civil Liberties Union (ACLU), la plus grande organisation de défense des droits civiques, cherche à faire invalider la loi. Pour ce faire, elle passe une annonce dans un journal local afin de recruter un enseignant qui accepterait de violer délibérément la loi. En effet, aux Etats-Unis, un citoyen arrêté pour avoir enfreint une loi peut demander à ce qu'un magistrat en examine la constitutionnalité. A l'issue d'un long cheminement juridique, la loi est parfois cassée par la Cour suprême. C'est sur cette procédure que l'ACLU entend s'appuyer.
Un notable de Dayton tombe sur l'annonce. Soucieux de lutter contre la nouvelle législation, il espère, par la même occasion, profiter des éventuelles retombées économiques  d'un procès médiatique dans la bourgade. Il convainc donc  un professeur remplaçant de biologie,  John T. Scopes, d'enfreindre la loi.

 Le procès Scopes s'ouvre en juillet 1925 et s’insère dans la vaste campagne anti-évolutionniste engagée depuis cinq ans. Le professeur est accusé d'avoir utilisé un manuel scolaire exposant favorablement les thèses de Darwin. L'ACLU prend en charge sa défense.

Le procès voit s’affronter deux très fortes personnalités. William Bryan, l'avocat de l'État,  presbytérien conservateur, ancien secrétaire d'État du ministre des Affaires étrangères du président démocrate Wilson, trois fois candidat démocrate à la présidence pour l’État d’Arkansas affronte l'avocat de la défense Clarence Darrow, un célèbre pénaliste et libre-penseur.
Le choix de ces deux individus contribue à accroître les clivages entre les deux camps. La presse ne se prive d'ailleurs pas de décrire l'affrontement entre deux mondes irréconciliables: celui des forces de la Bible, de la "religion des pères", de l'orthodoxie incarné par Bryan, tandis que Darrow devient pour ses adversaires le symbole de l'athéisme, de la modernité, de la science, de la "menace rouge yankee". Il convient bien sûr de fortement nuancer cette présentation caricaturale. Tous les habitants de la Bible Belt étaient loin d'être tous des fondamentalistes, attachés à la seule lecture littérale de des Écritures. (3)

Dessin paru dans le Chicago defender le 20 juin 1925. "- Joe, crois-tu que des enragés comme eux soient nos descendants? - Non"

Tout est fait pour donner au procès un maximum d'audience. Les journalistes venus en nombre dépeignent avec complaisance "l'Armageddon", "la lutte finale entre le bien et le mal". Le procès bénéficie en outre d'une radiodiffusion sur une chaîne nationale, ce qui témoigne de l'intérêt porté au débat

Pour les habitants de Dayton, la tenue du procès dans la bourgade est une aubaine. Un camp est dressé aux portes de la ville pour accueillir les touristes qui peuvent par ailleurs se sustenter dans des stands proposant hot dogs et boissons.
Maints observateurs sont déconcertés par le spectacle offert aux abords du tribunal. Si la sécularisation est certes moins poussée dans la petite ville du Tennessee que dans les grandes villes du Nord-Est, les filles n'en portent pas moins des jupes courtes, tandis que les habitants dans leur ensemble se distraient à l'écoute des médias modernes (en particulier la radio) et participent activement aux festivités organisées en marge du procès. Bref, Dayton ne vit pas hors du monde, confit dans sa bigoterie. Ses habitants sont aux faits de l'actualité nationale et s'intéressent souvent d'assez près aux débats scientifiques en cours.Un chroniqueur de jazz constate:" Je m'attendais à trouver un sordide village du sud (...) avec des cochons fouillant de leurs groins sous les maisons et des habitants ravagés par l'ankylostome et la malaria. Or j'ai découvert une petite ville de province pleine de charme et même de beauté."
Rappelons en outre que le procès se déroule dans une Amérique prospère, en pleine effervescence culturelle. Ce monkey trial est symptomatique d'une société écartelée entre fascination pour les avancées scientifique et technologique et la volonté de "retour aux sources."

L’interrogatoire de William Bryan (assis à gauche un éventail en main) par l’avocat de Scopes, Clarence Darrow (debout se touchant la nuque), vise à démontrer qu’une lecture littérale de la Bible entre en contradiction avec les théories scientifiques, mais aussi avec les constatations que tout un chacun peut faire. Ici, la question porte sur l’histoire du déluge telle qu’elle est rapportée par la Bible et sur sa datation par les créationnistes (– 4004). L’interrogatoire vise à montrer que les défenseurs de la loi Butler n’ont rien d’autre à opposer aux scientifiques que leurs convictions religieuses : refus de la science, du comparatisme en matière de religions.

A l'intérieur du tribunal, les débats se déroulent dans le calme, en dépit de quelques périodes de tensions. Ainsi, au grand dam de la défense, le jury compte 11 fondamentalistes sur 12, tandis qu'un prédicateur fondamentaliste ouvre les premières séances par une prière.
Considérant que Scopes a violé la loi, le juge Raulston se désintéresse des discussions métaphysiques et cantonne les débats à de simples considérations techniques. Sa décision de se passer de l'expertise des scientifiques convoqués par Darrow fragilise un peu plus la défense, dont l'objectif était de prouver grâce à l'exposé des savants que la théorie de Darwin ne contredisait pas la Bible, en tout cas pas dans le sens prévu par la loi Butler.
Dépité, Darrow sort une dernière carte de sa manche. Le lundi 20 juillet, alors que les débats vont se clore, il demande à entendre comme témoin William Jennings Bryan. Appelé à la barre en tant qu'"expert de la Bible", le procureur subit un feu roulant de question qui transforme l'interrogatoire d'une heure et demie en véritable débâcle.

Darrow interroge: - « Pensez-vous que la Terre fut créée en six jours ? »
Réponse de Bryan- « Non, pas en six jours de vingt-quatre heures, mon impression est qu'il s'agissait de périodes. »
D. « Ces périodes ont-elles pu durer longtemps ? »
B. « Oui. » 
D. « Alors la création a pu prendre beaucoup de temps ? »
B: « Oui, ça a pu durer des millions d'années... »
Grâce à une série de questions habiles sur la rationalité de la Bible, Darrow ridiculise définitivement Bryan. Il lui demande par exemple si les poissons ont été eux aussi noyés lors du Déluge ou comment Caïn s'y est pris pour trouver une femme alors que ses parents, d'Adam et Eve, étaient censés être seuls au monde.
Poussé dans ses retranchements, Bryan se voit contraint d’accepter l’idée d’une lecture allégorique de la Bible à l'issue de l'interrogatoire.



Au premier abord, ce sont les tenants du créationnisme qui l’emportent, car en première instance, Scopes est condamné à 100 dollars d’amende pour avoir transgressé la loi Butler. Au grand dam de  l’American Civil Liberties Union qui espérait faire appel à la Cour suprême pour faire  invalider la loi, la condamnation est annulée pour vice de forme. La loi Butler reste donc en vigueur, et ce jusqu’en ... 1967.
Il n'en reste pas moins vrai que pour les observateurs de l'époque, le mouvement fondamentaliste subit une grave défaite à l'occasion du procès du singe. Certes les positions des ultraorthodoxes ne vacillent pas dans le vieux Sud, mais il n'empêche que pour plusieurs décennies, les prédicateurs évangéliques les plus conservateurs évitent tout engagement politique, se cantonnant dans une sphère strictement religieuse.

Pochette du morceau When My Great Grand Daddy and My Great Grand Mammy Used to Cuddle and Coo on a Cocoanut Tree ( 1917). [Quand mon arrière grand-père et mon arrière grand-mère se faisaient des câlins sur un cocotier.] Titre qui, on s'en doute, a fait grincer quelques dents chez les créationnistes.


Ci-dessous un petit florilège de chansons anti-évolutionnistes créées pendant ou aux lendemains du procès de Dayton. The John Scopes trial décrit l'arrivée en ville de "l'intrus": "Alors à Dayton est arrivé un type / avec de grandes idées nouvelles / Il affirmait que nous descendions des singes. / Mais en enseignant sa croyance / M Scopes n'a rencontré aucun succès / auprès de ceux qui ne  voulaient pas se détourner de leur bonne vieille religion." Le titre Monkey out of me constate laconique: "Vous ne pourrez pas faire de moi un singe."
L'interprète de There ain't no bugs se moque des tenants de l'évolutionnisme et note narquois: "Maintenant que les singes remuent le bout de leurs queues / et sautent de branche en branche / Et bien, il peut y avoir du singe chez certains d'entre vous /  Mais il n'y a pas de singe en moi."

"Grandeur et décadence de l'homme. "


Bryan's last fight rend hommage au principal héraut du créationnisme, terrassé par une crise cardiaque quelques jours après le verdict. D'aucuns y voient une victime directe du darwinisme et le pleurent comme un martyr. "Là, il combattit pour ce qui était juste / et remporta la bataille / Alors, après avoir accompli sa mission terrestre /  Dieu l'appela auprès de lui."


Notes: 
1. Les milieux protestants traditionalistes s'opposent au libéralisme théologique. Le presbytérien James Woodrow est expulsé de son Eglise en 1886 pour avoir tenté de réconcilier la Bible avec Darwin.
Une nouvelle offensive a lieu entre 1910 et 1915, avec la publication d'une série de brochures ( The Fundamentals) par des prédicateurs anglo-saxons. Ces derniers y brocardent pêle-mêle le catholicisme, le socialisme, la philosophie moderne, le mormonisme, l'athéisme et le darwinisme, tous les "ismes" caractéristiques selon eux du monde moderne. Ils dénoncent les errements de la théologie libérale, responsable à leurs yeux de tous les maux de la société.
Leurs thèses s'avèrent très populaires au sein de la Bible belt (région du sud-est des Etats-Unis dans laquelle les églises baptistes et presbytériennes sont très implantées) et constituent ce que l'on appelle le fondamentalisme.
2. Elle s'inscrit toutefois dans le cadre d'une vaste offensive créationniste pour entraver l'enseignement de l'évolution. 
3. Travestissant largement les faits, le film de Stanley Kramer, Inherit wind (1960), contribue largement à véhiculer une vision très caricaturale d'un procès mettant aux prises deux mondes irréconciliables: un sud obscurantiste composé exclusivement de cul-terreux fondamentalistes et arriérés face aux populations progressistes et matérialistes d'un Nord forcément moderniste.







Sources:
- Gordon Golding:"Le procès du singe", in hors-série Marianne-L'Histoire n°1, 09/2009.
- Mokhtar Ben Barka: "Dieu, Darwin et le prédicateur", in L'Histoire n°284, p44.
- Denis Lacorne: "Creationist revival", in L'Histoire n°328, p44.
- Réflexiences: "Le procès du singe."
 - Le Bloug: "le procès du singe".

Liens: 
- Le procès a inspiré de nombreux morceaux. PBS en propose quelques uns sur cette page.
- NPR: "Timeline: remembering the Scopes monkey trial".
- Passeur de sciences: Offensive anti-Darwin en Corée du Sud et Offensive anti-science aux Etats-Unis.
- Réflexiences: le procès du singe.
- Très nombreuses ressources (en anglais) sur ce site.

mercredi 2 mai 2012

261. Violeta Parra:"Que dirá el Santo Padre".

Née en 1917 au Chili, Violeta Parra est une des principales figures de la Nueva Cancion Chilena.
Au cours des années 50, dans le but de sauvegarder la musique traditionnelle chilienne, munie de son magnétophone et sa guitare, Violeta Parra parcourt le Chili profond. Elle y recueille des pièces anciennes du répertoire de la musique populaire rurale. En parallèle, elle compose et interprète ses propres chansons, utilisant pour ses enregistrements les instruments traditionnels indiens. Ses textes, incisifs et puissants, constituent autant d'attaques frontales contre toutes les formes d'exploitation.
Paradoxalement, c'est après avoir enregistré Gracias a la vida, sublime hymne à la vie, qu'elle se suicide le 5 février 1967, à 50 ans.
Les membres de sa famille, tous militants du parti communiste chilien, seront inquiétés une fois Pinochet au pouvoir. Ses enfants, Angel, Isabel, continuateurs et fidèles gardiens de l’œuvre maternelle, doivent d'ailleurs s'exiler après le coup d'état du 11 septembre 1973.

 Violeta Parra.

Que dirá el Santo Padre constitue un des sommets de sa discographie. Cette chanson coup de poing fustige l'attitude du Vatican, dénoncé comme le soutien indéfectible des dictatures d'extrême-droite qui prolifèrent sur le sous-continent à partir de la fin des années 1950.  
Ses critiques portent en outre sur la cupidité d'une institution censée faire de la pauvreté une vertu, sur la caution morale et le soutien inconditionnel apportés aux possédants.
Enfin, Parra brocarde l'oppression économique exercée par une poignée de grands feudataires enrichis par l'exploitation éhontée d'une main d’œuvre misérable.

* Vatican II et tentatives d'adaptations de l'Eglise au monde moderne.

La chanson figure sur le recueil Recordando a Chile (una chilena en París), sorti en 1965. A cette date, les attitudes et prises de position de la hiérarchie catholique latino-américaine correspondent largement au constat sévère dressé par la chanteuse. Toutefois, l'institution connaît également de profonds bouleversements. En rupture avec le discours traditionnel et dominant de l’Église, des courants spirituels progressistes du catholicisme sud-américain prônent l'implication sociale et politique de l’Église en faveur des pauvres, souhaitant mettre un terme à la collusion de l’Église avec les puissants. 
D'abord très minoritaires, ces orientations se trouvent au cœur des débats ouverts par le concile Vatican II.

Convoqué par le pape jean XXIII, l'assemblée n'est censée ne durer que quelques semaines. Elle s'étale finalement sur trois années (d'octobre 1962 à décembre 1965) et entraîne de profonds bouleversements pour l'institution.
Les textes adoptés visent à:
- réconcilier l’Église avec la modernité en adaptant ses institutions traditionnelles aux nécessités du monde moderne;
- à appeler les chrétiens à porter un regard plus positif sur ce dernier.
- Enfin,  en plaçant le concile dans une orientation résolument œcuménique, Jean XXIII aspire à la réunion de tous les chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes).
Les textes adoptés à l'issue du concile aboutissent à une réorientation importante de l’Église dans différents domaines.
Ainsi, la constitution Sacrosantum concilium modifie en profondeur la liturgie avec l'abandon de la messe en latin au profit des langues nationales.
D'autre part, la structure pyramidale de l’Église évolue vers un mode plus égalitaire, en rapprochant la hiérarchie des fidèles. La  première doit s'effacer derrière le "peuple de Dieu", c'est-à-dire les chrétiens. Dans cette optique, le rôle des laïcs est reconnu, tout comme des formes d'apostolat originales à l'instar des prêtres-ouvriers. (1)
 Enfin, le concile reconnaît la liberté de conscience, donc la possibilité de choisir sa propre religion, même non chrétienne, voire de ne pas croire. La foi est libre.

Les velléités réformatrices esquissées lors du concile rencontrent les aspirations d'une partie du clergé latino-américain en pleine mutation depuis les années 1950. Vatican II y représente dès lors une référence essentielle.

* Théologie de la libération.
Dom Helder Camara  fut l'un des plus éminents représentants d'un courant qui vise à "aider les peuples à se libérer". Formé initialement dans la tradition ultraconservatrice de l’Église brésilienne, il s'en éloigne et milite au cours des années 1950 pour une profonde transformation de l'institution. Évêque auxiliaire de Rio, il engage en 1952 un vaste programme d'habitat populaire qui lui vaut le surnom d'"évêque des favelas".  Partant d'un constat simple: "Si on regarde le monde, on arrive à découvrir qu'il y a 20% qui ont entre les mains 80% des ressources de la terre, que ces 20%, au moins d'origines, sont chrétiens," l'archevêque de Recife constate que "cela créée des obligations très sérieuses pour nous les chrétiens." Dans sa vie de tous les jours, l'archevêque refuse de vivre cloîtrer dans son palais épiscopal et milite pour une Église sans titre honorifique ni privilèges. Lors du concile de Vatican II, à la tête du "groupe des pauvres", il se livre à une véritable lutte d'influence pour que l’Église se transforme. Il milite pour une Eglise moins romaine, plus dépouillée, proche des plus déshérités.

Dans un pays comme le Brésil, où le clergé est engagé de longue date aux côtés d'une population misérable et brimée par une féroce dictature militaire (à compter de 1964), l'attention particulière accordée aux plus humbles trouve une résonance particulière. 
La conférence nationale des évêques du Brésil (CNEB), dont Helder Camara assume le secrétariat général, milite pour un réformisme actif à destination des plus défavorisés. Aux yeux de nombreux ecclésiastiques, cette option semble par ailleurs la seule susceptible de contrecarrer l'essor des mouvements révolutionnaires dans le sous-continent. 
Au Chili, l'évêque de Valparaiso, puis archevêque de Santiago ( en 1961) Raul Silva Henriquez, compte parmi les partisans les plus combatifs de l'application de la réforme agraire, distribuant des terres de l’Église aux travailleurs ruraux.

Au delà de ces deux exemples, une partie de l’Église sud-américaine fait son aggiornamento dans les années 1960 dans le sillage de Vatican II (1962-1965). Dominée par la figure de Mgr Helder Camara, la conférence épiscopale latino-américaine réunie à Medellin en 1968, adopte des résolutions nouvelles et se prononce pour l'implication des chrétiens dans le combat contre la pauvreté et les injustices sociales.
C'est dans ce contexte qu'apparaît la théologie de la libération. Comme le souligne Leonardo Boff, un de ses principaux théoriciens, cette théologie est le reflet d'une pratique et l'expression d'un vaste mouvement social apparu dès le début des années 1960, au cours desquelles toute une gamme d'actions s'élabore, avec l'apparition de syndicats catholiques ruraux, de mouvement d'éducation de base, de commissions pastorales à base populaire (pastorale de la terre en soutien aux revendications des paysans sans terre confrontés aux latifundistes, pastorale ouvrière, pastorale urbaine)...

Caricature dont l'auteur nous reste inconnu (Quino?).


La réflexion sur ces pratiques et actions s'engage véritablement au début de la décennie suivante. En 1970, le théologien brésilien Hugo Assmann dénonce le "développementalisme" alors prédominant en Amérique latine (2) tandis que l'ouvrage du prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez, "Vers la théologie de la libération" (1971),  théorise le mouvement. A sa suite, Clodovis et Leonardo Boff, deux ecclésiastiques brésiliens appuient leurs analyses de la société sur la théorie marxiste de la lutte des classes, et les travaux en science sociale d'une façon plus large. Au delà des divergences entre théologiens, il s'avère possible d'identifier plusieurs thèmes communs à cette théologie en rupture avec la doctrine traditionnelle de l'Eglise:
- réquisitoire contre le capitalisme, considéré comme un système inique et injuste.
- usage, entre autres, du marxisme et de la lutte des classes, comme moyen d'analyse  des origines de la pauvreté.
- option préférentielle en faveur des pauvres qui ne sont pas envisagés comme des êtres dignes de pitié ou de charité, mais comme des acteurs de leur propre libération.
- développement de communautés chrétiennes de base pour contrecarrer l'individualisme grandissant.
- nouvelle lecture de la Bible centrée sur des paraboles permettant un rapprochement avec la lutte de libération du peuple asservi (en particulier l'Exode, la libération d'un peuple asservi).
- dénonciation des nouvelles idoles: la richesse, la Force militaire...
- critique de la théologie dualiste traditionnelle qui conduit à séparer strictement l'histoire humaine et temporelle du monde sacré.

Si ce courant exerce une influence indéniable en Amérique latine, c'est que les orientations qu'il propose rejoignent largement celles des mouvements sociaux et de contestation en plein essor (ligues paysannes brésiliennes par exemple) dans les années 1970.  
 Certains ecclésiastiques se réclamant de la théologie de la libération n'hésite d'ailleurs pas à s'engager aux côtés des organisations d'extrême gauche. Au Nicaragua par exemple, Daniel Ortega le leader sandiniste fait appel à des prêtres nourris de cette théologie pour composer son gouvernement (Ernesto Cardenal et Miguel d'Escoto respectivement ministres de la culture et des affaires étrangères).


Très tôt, le père Camilo Torres, sociologue et ancien aumônier de l'université nationale de Bogota, se distingue par son engagement social et sa critique radicale du capitalisme. Ses prises de position lui valent rapidement l'hostilité de sa hiérarchie. Son cardinal le relève de ses fonctions de prêtre en juin 1965. Constatant l'inefficacité de la voie non-violente, Torres s'engage au sein d'un mouvement de guérilla (l'Armée de Libération nationale colombienne). "Les voies légales sont épuisées. Pour que le peuple puisse posséder éducation, toit, nourriture, vêtement et, surtout, dignité, la voie armée est l'unique voie qu'il reste."
Le 15 février 1966, lors de son premier engagement armé, Camilo Torres tombe dans une embuscade . Son engagement révolutionnaire, le rapprochement qu'il opère entre marxisme et christianisme, en font incontestablement un précurseur de la théologie de la libération et un martyr. 
 Dans les décennies suivantes, avec l'essor des mouvements révolutionnaires et de la théologie de la libération, il est élevé au rang de martyr et devient l'incarnation du prêtre-guérillero (sa mémoire est largement entretenue par la chanson. ex: Cruz de luz interprétée par Victor Jara). 
* La répression.
Comme le rappelle Michael Löwy (cf: sources), "en tant que protestation religieuse, éthique et sociale contre l'injustice des sociétés latino-américaines, et appel à un changement radical, la théologie de la libération est perçue, par les partisans de l'ordre établi, y compris clérical, comme un défi à leur pouvoir.
Par conséquent, les dictatures militaires conservatrices du sous-continent s'emploient à écraser ces tendances minoritaires au sein des Églises latino-américaines.


- Au Brésil, avec l'accession au pouvoir des militaires, les tenants du changement sont inquiétés. Dès 1964, dom Helder Camara, nommé depuis peu archevêque d'Olinda-Recife n'est pas reconduit à la tête de la conférence des évêques. L'ecclésiastique entre alors en opposition avec le pouvoir, dénonçant les violences et privations de libertés au cours de ses nombreux sermons. Le durcissement de la dictature s'accompagne d'une répression accrue sur l’Église de Recife. Le 27 mai 1969, à titre d'avertissement, un "commando de chasse aux communistes" composés d'éléments de la police militaire torture, puis assassine Henrique Pereira Neto, un jeune prêtre du diocèse.
Protégé par sa notoriété mais privé d'accès aux médias dans son pays, Camara s'exprime au cours de ses voyages à l'étranger. En 1970, il dénonce l'usage de la torture dans son pays au cours d'une conférence prononcée au palais des Sports de Paris. Les militaires s'emploient dès lors à le discréditer en exhumant son passé "fasciste".
Loin de marginaliser Camara, cette campagne de dénigrement, contribue à précipiter la rupture de l’Église brésilienne avec un régime qu'une majorité d'ecclésiastiques soutenait jusque là. A partir de 1971, les thèmes de la théologie de la libération s'imposent au sein de la CNEB, à tel point qu'à la fin de la décennie, "l'Église brésilienne, acteur de poids dans la lutte pour la démocratisation du pays, passe pour la plus progressiste du monde."(cf: Richard Marin)
- Au Salvador, à partir de 1977, le régime militaire perpétue de nombreux assassinats de religieux. En 1980, l'archevêque de San Salvador Mgr Romero, pourtant connu pour ses prises de position modérées, est assassiné par un commando de la mort à la solde de la dictature. Le jour de son enterrement, l'armée tire sur la foule devant la basilique.
- Au Guatemala voisin, la  sanguinaire dictature fait assassiner 25 religieuses et des milliers de civils.
- Au Chili, le cardinal Raul Silva  Henriquez joue un rôle très important dans la défense  des droits humains bafoués par Pinochet. Ses prises de position lui valent des très nombreuses critiques, dont beaucoup émanent de l’Église chilienne.
Ce dernier exemple permet de rappeler que la tendance dominante des Églises latino-américaines reste conservatrice et liée aux pouvoirs, même dictatoriaux.
Ainsi, à quelques exceptions près, les évêques argentins collaborent  ouvertement avec la dictature.

Au bout du compte, rappelons que le christianisme de la libération et sa théologie n'influencent qu'une minorité de l'institution.

Si l'intense répression dont elle est l'objet, explique en partie le reflux de cette théologie, il convient d'y ajouter la défiance du Vatican à partir du pontificat de Jean-Paul II.

* Reprise en main pontificale.
La brèche ouverte par Vatican II et la théologie de la libération ouvre pour l’Église une période d'expérimentations (3) et s'accompagne de fortes contestations au sein de l’Église catholique. A la mort de Jean XXIII,  son successeur Paul VI et la curie romaine mettent un coup d'arrêt aux réformes engagées dans le sillage du concile. Les premières crispations pontificales apparaissent dès juillet 1968 avec la publication de l'encyclique Humanae vitae. (4)
Ce revirement brise la dynamique créée par le concile et déçoit une grande partie des fidèles.
Deux camps inconciliables s'opposent désormais au sein de l'institution. Les tenants de la poursuite des réformes engagées affrontent ceux qui réclament une restauration, favorables à la liquidation du concile. (5)

 Jean-Paul II et Augusto Pinochet lors d'un voyage officiel du pape au Chili en 1987.

Tout en condamnant les ultras lefebvristes (excommunication en 1981), le nouveau pape Jean Paul II, confronté à un monde en voie de déchristianisation, poursuit l’œuvre de retour à la tradition. Celui que d'aucuns présentent comme un défenseur des libertés - à juste titre en ce qui concerne la lutte permanente contre les régimes communistes athées d'Europe de l'est - n'hésite pourtant pas, au nom de cette même lutte contre les idéaux communistes, à soutenir les pires dictatures d'extrême droite en Amérique latine.
Le pape est convaincu que la théologie de la libération fait le jeu de la propagande communiste comme le confirme les propos du cardinal Radtzinger (futur benoît XVI): "Il ne s'agit pas pour nous de freiner l'intervention de l’Église en faveur des pauvres, au contraire nous l'encourageons. Nous voulons simplement alerter sur ceux qui, non seulement n'aident pas, mais qui veulent nous mener vers un nouveau totalitarisme. Nous voulons montrer que ces options où se mêlent la foi et une politique d'origine marxiste, engendrent au final des privations de libertés."
En conséquence, le pape ne tarde pas à prendre ses distances avec une théologie considérée comme dangereuse.

Lors de ses voyages aux Guatemala, San Salvador et Nicaragua, trois pays où l’Église des pauvres était puissante, le souverain pontife prend clairement ses distances avec la théologie de la libération. Dans les deux premiers États cités, le pape déplore l'assassinat de religieux sans dénoncer nettement les régimes qui les permettent.
En 1983, sur le tarmac de l'aéroport de Managua, le pape tance Mgr Cardenal venu recevoir la bénédiction papale. Jean-Paul II lui reproche sa participation au gouvernement révolutionnaire sandiniste en tant que ministre de la culture.
Cette attitude passe très mal auprès de la population qui conspue le souverain pontife lors de la messe qu'il peine à prononcer le soir même. Malgré ses exhortations au silence, la foule mécontente refuse de l'écouter.

Scène surréaliste sur le tarmac de l'aéroport de Managua en 1983. Venu recevoir la bénédiction du pape, l'évêque Cardenal, ministre du gouvernement révolutionnaire sandiniste, n'en reçoit qu'une sévère réprimande.
Le synode des évêques de 1985 réuni par Jean-Paul II marque également la volonté d'un contrôle accru sur le clergé. Toute référence à la théologie de la libération est bannie des séminaires. En Amérique latine, les évêques et prélats réformateurs sont progressivement remplacés ou réduits au silence.
En 1984, Leonardo Boff doit se soumettre devant l'ex-saint Office qui le condamne au mutisme et à la privation de toutes ses charges.
L'année suivante, pour remplacer don Helder Camara, Jean Paul II choisit José Cardoso Sobrinho, un évêque ultraconservateur, totalement opposé à la théologie de la libération. Prenant le contrepied de son prédécesseur, il démantèle en quelques mois les pastorales populaires et renoue avec la tradition des princes-évêques en se réinstallant dans le palais épiscopal. (6)

La dilapidation de l'héritage de Vatican II est invoqué comme une figure de style imposée, vidée de toute signification. Pour avoir refusé sa mue en dilapidant l'héritage de Vatican II ou en réduisant au silence les courants progressistes en son sein, l’Église catholique voit son influence reculer très fortement en Amérique latine. Elle voit ainsi ses positions reculer face à la croissance fulgurante des Églises ou sectes pentecôtistes.



Sources:
1. L'expérience des prêtres-ouvriers qui naît à la Libération en France s'inscrit dans cette mouvance. Influencés par la lutte résistante, des prêtres désertent leurs églises pour vivre au milieu des classes populaires, en particulier les ouvriers. se rendre dans des lieux désertés par l'institution. Ces hommes vivent et travaillent au milieux des ouvriers. Dans ces lieux désertés par l'institution, certains n'hésitent pas à militer au sein des organisations syndicales (y compris la CGT) pour améliorer les conditions de travail. En pleine guerre froide, ces prises de position irrite le Vatican. Aussi, le 1er mars 1954, Pie XII interdit les prêtre-ouvriers. A ses yeux, le prêtre est l'homme de la paroisse et du culte, non celui de l'usine.
2. développementalisme: idéologie qui met l'effort économique au cœur de la lutte contre le sous-développement, au détriment des aspects politiques, sociaux, culturels et éthiques.
3. Par exemple en France, du côté du clergé de base, une contestation clairement politique se fait jour au sein de l'association "échanges et dialogue" qui rassemble près d'un millier de prêtres revendique la liberté sur le plan de l'engagement politique et syndical  et sur le plan du célibat.
4. En décembre 1967, la pilule est légalisée en France par la loi Neuwirth. Panique au Vatican et 6 mois plus tard, le 26 juillet 1968, Paul VI publie l'encyclique Humane vitae qui affirme l'insolubilité du mariage et l'interdiction de la contraception.
5. la frange la plus réactionnaire est animée par monseigneur Lefebvre qui n'hésite pas à provoquer un schisme. A la tête de sa fraternité saint Pie X, il réclame le reniement total du concile.
6. il provoque le scandale en mars 2009 en excommuniant la mère et les médecins qui avaient accepté de pratiquer un avortement sur une fillette de 9 ans victime de viol!



"Que dirá el Santo Padre?" Violeta Parra

Miren como nos hablan de libertad, cuando de ella nos privan en realidad.
Miren como pregonan traquilidad, cuando nos atormentan la autoridad.

Que dirá el Santo Padre? Que vive en Roma, que le está degollando, a su paloma.

Miren como nos hablan del paraíso, cuando nos llueven penas como granizo.
Miren en el entusiasmo, por la setencia, sabiendo que mataban a la inocencia.

Que dirá el Santo Padre...etc.

Y que oficia la muerte como verdugo, tranquillo está tomando, su desayuno.
Con esto se impulsieran la soga en cuello, el quinto mandamiento, no tiene sello.

Que dirá el Santo Padre...etc.

Mientras más injusticias, señor fiscal, más fuerza tiene mí alma, para cantar. Lindo segar el trigo en el sembrao, regado con tu sangre, Júlian Grimao.

Que dirá el Santo Padre...etc.

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"Que dira le saint Père"

Voyez comme ils parlent de liberté pendant qu'ils nous en privent en réalité
Voyez comme ils prêchent la tranquillité, pendant que nous tourmente l'autorité.

Que dira le Saint Père qui vit à Rome quand on lui égorge sa colombe!

Voyez comme ils nous parlent du paradis alors que les peines pleuvent comme de la grêle
Voyez l'enthousiasme que provoque la sentence sachant qu'on tue l'innocence.


Celui qui officie la mort comme un bourreau, prend tranquille son déjeuner.
Ainsi ils se mettent la corde au cou, le cinquième commandement n'a pas été scellé.

Plus il y aura d'injustices, monsieur le procureur, plus de forces aura mon âme pour chanter.
Qu'il sera beau le blé dans le champ, arrosé par ton sang Julián Grimau *

 *Arrêté par les autorités franquistes pendant les conflits ouvriers de 1962, ce membre du parti communiste espagnol est traduit devant un conseil de guerre qui lui reproche de prétendus délits commis pendant la guerre civile. Malgré les nombreuses protestations internationales, Julian Grimau est exécuté à l'issue d'une parodie de procès, le 20 avril 1963.


Sources:
- Sur le Monde diplomatique.fr: "L'Eglise catholique divisée". 
- Emmanuel de Waresquiel: "Le siècle rebelle: dictionnaire de la contestation au XXème siècle", Larousse.
- Libération: "Quand la théologie de la libération faisait trembler l'Eglise."
- Université de Sherbrooke: "15 février 1966: mort du prêtre colombien Camillo Torres".
- Richard Marin: "Qui a peur de l'Eglise des pauvres", in L'Histoire N°366, juillet-août 2011.


Liens:
- RISAL.info: "Jean Paul II: avec l'empire, contre l'Eglise des pauvres."
- Regards.fr: "Argentine-Espagne, une Église pas très catholique."