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samedi 16 mai 2009

Sur la platine: mai 2009.





1. Rudies: "Train to Vietnam" (1968). Ce ska se penche sur la guerre du Vietnam. Il s'agit d'une reprise punchy du Train to skaville des Ethiopians. (un article sur les chansons contre ou sur la guerre du Vietnam).

2. Melissa Laveaux: "My boat".

3. Pat Thomas et Marijata: "I need more". Une introduction irrésistible pour ce morceau d'un des cadors de la musique ghanéenne.


4. Little Richard: "Hurry sundown". On résume trop souvent cet excellent chanteur à ses tenues excentriques et son comportement ouvertement provocant. Il mérite pourtant mieux. Ici, un titre très soulful, qui prouve à l'occasion, que Richard n'est pas seulement un excellent chanteur de rock'n'roll.


5. Glen Brown et King Tubby: "Melodica international". Une basse énorme et un son qui scotche au fond du canapé. La confrontation entre l'inventeur et maître du dub jamaïcain et le producteur Glen Brown donne cet album exceptionnel réédité sur le défunt label Blood and Fire.


6. Hamilton Bohannon: "Bohannon's beat". Là encore, la basse est à l'honneur sur ce titre funkydiscoïsant. Avouez qu'il est difficile de ne pas danser là-dessus.

7. Stella Chiweshe: "Chachimurenga" (future mix). Stella Chiweshe, une des très rares femmes marizambira (un musicien animant les cérémonies familiales bira, au cours desquelles les esprits des ancêtres sont appelés à s'exprimer par la bouche d'un médium, le joueur de mbira, le piano à pouce, à lames métalliques) est élevée au rang de symbole national au Zimbabwe. Elle accède alors à une carrière internationale qui lui permet de faire découvrir la musique shona dans le monde entier. Pour en savoir plus sur les chants de Libération de l'ancienne Rhodhésie du sud, cliquez ici.







8. Staff Benda Bilili: "Moziki". Depuis une dizaine d'années, ces 8 Kinois animent les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk jamesbrownien et de mélodies cubaines. Nous vous en parlions récemment sur Samarra.




Liens:
- La sélection du mois d'Etienne Augris sur Samarra.

jeudi 7 mai 2009

158. E.T. Mensah: "Kwame NKrumah".

Couverture de Time en septembre 1953.

Le 6 mars 1957, la Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à l'ancien Empire africain (qui ne correspondait d'ailleurs pas du tout à l'actuel Ghana).

Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Durant la nuit du 6 mars 1957, des manifestations de joie et de jubilation ont lieu dans la capitale du Ghana. Elles retentissent à travers l’Afrique et ont un écho dans toute la diaspora noire, aux Caraïbes, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.

Martin Luther King et Kwame NKrumah, lors de la visite du premier au Ghana.

* Vers les Etats-Unis d'Afrique?

Nkrumah devient le champion du panafricanisme. Il lance par exemple: «L’indépendance du Ghana n’a aucun sens sauf si elle est combinée avec la libération totale de l’Afrique». Pour concrétiser cette intention, il organise en 1958 une Conférence des peuples africains, à Accra.

Au printemps 1963, un sommet, rassemblant 30 chefs d'Etats de l'Afrique indépendante, se tient à Addis-Abeba. Il donne naissance à l'OUA, l'Organisation de l'Unité Africaine. Au cours des débats, l'ouvrage L'Afrique doit s'unir écrit quelques semaines auparavant par NKrumah est distribué aux participants. Il allait constituer le bréviaire de l'institution panafricaine naissante. L'auteur y écrivait ainsi: "La survivance de l'Afrique libre, les progrès de son indépendance et l'avance vers l'avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l'unité politique. (...)
Tel est le défi que la destinée a jeté aux dirigeants de l'Afrique. C'est à nous de saisir cette occasion magnifique de prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une nation souveraine, en constituant bientôt, pour la plus grande gloire et prospérité de son pays, les Etats-Unis d'Afrique."

Certes l'idée panafricaine n'est pas nouvelle: Du Bois, Garvey, Padmore ont déjà beaucoup réfléchi sur ce sujet, il n'empêche que NKrumah s'impose à l'heure des indépendances comme le plus brillant, le plus cohérent des théoriciens du panafricanisme. Au contact du journaliste Benjamin Nnamdi Azikiwe, il découvre le concept de Renaissance africaine, associant lutte pour la libération nationale, célébration des réalisations les plus brillantes de l'Afrique précoloniale et ambitions volontaristes pour l'Afrique à venir. NKrumah parachève sa formation aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.


Kwame NKrumah et Richard Nixon.

Malheureusement pour NKrumah, l'OUA restera une coquille vide, sans programme, sans moyen et sans pouvoir, rendue impotente par les divisions qui déchirent les pays membres au cours des années soixante. Ces derniers se divisent entre:
- révolutionnaires (Groupe de Casablanca: Ghana, Guinée, Mali, Maroc, Egypte, Algérie) qui désirent la constitution d'un Etat fédéral, l'adoption du modèle socialiste et la rupture avec les anciennes puissances coloniales;
- les modérés (Groupe de Monrovia composé d'une vingtaine d'Etats africains, dont l'essentiel des territoires francophones) qui militent pour une voie plus souple.
* Un bilan intérieur décevant.
En politique intérieure, NKrumah n'aura pas beaucoup plus de succès. Dès son accession au pouvoir, il lutte contre le néocolonialisme et engage le pays dans la voie socialiste tout en instaurant un régime autoritaire avec l'instauration du parti unique en 1964. Il impose le culte de la personnalité et s'autoproclame l'Osaqyefo, le Rédempteur. Sa politique économique incohérente n'assure pas le développement économique du Ghana, pourtant potentiellement très riche. Il est renversé par un coup d'état en 1966, alors qu'il se trouve en voyage en Chine. Il se réfugie alors dans la Guinée de Sékou Touré. Il décède en 1972, à Bucarest.

Louis Armstrong et Kwame NKrumah.
* Le Highlife.
Le highlife constitue le genre musicale phare du Ghana indépendant. Tiré des musiques d’église, des fanfares militaires, du jazz et des rythmes de la côte (« osibi » du Ghana à base de percussions et de chants, « ashiko » de Sierra Leone, « dagomba » et jeu de guitare « fireman » du Liberia), le style s'impose à Accra au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Devenu l’aéroport de transit des forces alliées en campagne au Moyen-Orient, la ville accueille des milliers de soldats européens et américains dont de nombreux musiciens qui mêlent au highlife originel le jazz et le swing.
Le highlife s’épanouit dans le cadre du nationalisme culturel en pleine effervescence et constitue un complément artistique au projet panafricain de NKrumah. Le genre musical entend valoriser, le respect de la personnalité africaine, la solidarité des peuples noirs. Les grands créateurs du highlife comme ET Mensah, Koo Nimo et E.K. Nyame aspirent à mettre au point un son dans lequel se retrouvent tous les Africains. De fait, le highlife s’implante à partir des années 50 dans toute l’Afrique de l’Ouest et contribue à son niveau à braquer les projecteurs sur le Ghana.
* E.T. Mensah, roi du Highlife.
Né dans une famille de musiciens, il joue du piccolo dans un orchestre scolaire. Il s’initie ensuite à l’orgue et au sax et intègre en 1932 l’Accra Rhythmic Orchestra qui fusionne rumba, swing et ragtime.

Mobilisé dans les forces armées au cours de la seconde guerre mondiale, E.T. Mensah se lie avec le trompettiste écossais, le Sergent Jack Leopard qui l'incite à peaufiner ses arrangements et à intégrer d’autres styles musicaux. A la fin de la guerre, il rejoint la formation des Tempos dont il prend la direction en 1952.

Dans son ouvrage Afrique noire, histoire et civilisation, Elikia M'Bokolo rappelle que:"Kwame NKrumah fut peut-être l'homme politique qui sut le mieux attirer à lui les artistes et exploiter l'efficacité insoupçonnée de la chanson moderne. Les succès électoraux et politiques de NKrumah durent beaucoup à l'association étroite entre un parti, le CPP et plusieurs ensembles musicaux comme l'Axim Trio, l'Akan Trio, le Ghana Trio (...). (...) Si les musiciens participèrent activement à l'élaboration du mythe de NKrumah, celui-ci prit soin de protéger les artistes et de multiplier les mesures susceptibles de les mettre à l'abri de l'exploitation des maisons de disques, en encourageant notamment la création de la Ghana National Entertainments Association (1960) et de la Ghana Musicians Association (1961)."

De nombreuses formations rendirent donc hommage à NKrumah. C'est le cas ici, puisque le roi du highlife entonne un chant à la gloire du "Rédempteur". Le morceau s'intitule d'ailleurs Kwame NKrumah.



Sources:
- Le Point Hors-Série n° 22: la pensé noire, les textes fondamentaux.
- E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'Histoire contemporaine", Nathan, 2008 (Panafricanisme).
- Marie-Agnès Combesque: "Martin Luther King. Un homme et son rêve", le Félin Poche, 2008.
- EliKia M'Bokolo: "Afrique noire, histoire et civilisation. XIX°-XX° siècles", Hatier.
- La page du site Afrisson consacrée au highlife.
- Le blog Worldservice consacré aux musiques africaines.

Liens:
- Lord Kitchener: "Birth of Ghana" sur L'Histgeobox.
- Louis Armstrong en concert à Accra, en 1956.

jeudi 30 avril 2009

156. Burning Spear: "Marcus Garvey".

Pour les soldats afro-américains partis combattre en Europe dans le cadre de la grande guerre, le retour au pays eut un goût amer. Loin de recevoir la reconnaissance et les honneurs attendus, les anciens combattants subirent hostilités et violences. Pour de nombreux Blancs, il était urgent de tourner la page de la guerre et de reprendre le cours de la vie d'avant. Dans cette logique, le système ségrégationniste devait se maintenir, inchangé. Dans cette logique, la vision de soldats noirs arborant leurs tenues militaires fut assimilée à une véritable provocation et le prélude au surgissement d'une vague de violences racistes. Au cours de l'été 1919, des émeutes éclatèrent dans tout le pays. Les violences concernaient non seulement les bastions ségrégués du Vieux Sud, mais aussi les métropoles du Nord. (1) A Chicago, on déplorait ainsi 38 morts à l'issue de "l'été rouge". 

Allocution de Marcus Garvey en 1920. [Keystone View Co. Inc. of N.Y., Public domain, via Wikimedia Commons]

Ce raidissement raciste se mesurait également à la résurrection des formations suprématistes blanches. Le Klan, qui avait presque disparu à la fin du XIXème siècle, connut ainsi un succès sans précédent au cours des années 1920. En 1925, par exemple, quarante mille klansmen défilèrent devant la Maison Blanche à visage découvert.

C'est dans ce contexte explosif que Marcus Garvey
développa un message identitaire et s'imposa comme le plus influent des pionniers de la cause noire. Né en Jamaïque en 1887, le jeune homme fonda en 1914 l'Universal Negro Improvement Association (UNIA) dont l'ambition était d'améliorer les conditions de vie des Noirs de son île. Face à l'hostilité des autorités locales, Garvey émigra aux Etats-Unis en 1916 et y fonda une succursale de l'UNIA. Rhéteur de talent, il développa dans ses discours enflammés un message politique identitaire offensif. Son message  se démarquait tant des options assimilationnistes d'un Booker T. Washington que de la solidarité interraciale de classe défendue par Du Bois et les socialistes. "Chantre du nationalisme noir, [Garvey] prônait la fierté des origines, la liberté sociale, économique et politique et l'autodétermination pour les Noirs du monde entier. " (source A. p90)

Burning Spear en 2013. [Sonia Rodney, CC BY-SA 3.0]
 

* Séparatisme et émigration vers l'Afrique. Selon Garvey, les Noirs américains ne seraient jamais traités de manière égale, en conséquence, il prônait un développement séparé. L'autonomie  impliquait la possession d'une terre, aussi Garvey appela-t-il à l'émigration des Afro-Américains vers l'Afrique, considérée comme la "Terre-Mère". Cette transplantation contribuerait en outre à libérer le continent de la domination coloniale européenne. Garvey entendait donc faire de la couleur de peau un motif de fierté."Rappelant la grandeur de l'Afrique, berceau de la civilisation, les discours (...) appelaient les Noirs à la fierté raciale et au refus de toute soumission face aux Blancs. Farouche partisan de l''autodéfense, Garvey affirmait l'humanité des Noirs  et exigeait l'égalité de traitement." (source A. p 92)

A peine implantée aux États-Unis, l'UNIA connut une ascension fulgurante qui en fit le plus vaste des mouvements panafricains. "Attirant plusieurs millions de Noirs défavorisés, ouvriers, domestiques, métayers ou travailleurs agricoles, l'organisation atteignit l'apogée de sa popularité en 1921-1922 avec plus d'un millier de section locales aux États-Unis, au Canada, aux Antilles, en Amérique du Sud, en Afrique, en Europe (...)." (source A p 91). La force de persuasion de Garvey reposait d'abord  sur une éloquence prophétique directement inspirée de la Bible. Ses idées d'autogestion (self reliance) et de retour en Afrique (Back to Africa) offraient alors une alternative à la "suprématie blanche". Il exprimait ses idées avec force en des termes simples susceptibles de subjuguer  l'auditoire. Ses partisans se recrutaient principalement parmi les immigrés caribéens et les migrants récents du Sud. "Contrairement à l'image qui a longtemps été attachée à l'UNIA, décrite comme une organisation de la classe ouvrière noire des villes du Nord, la popularité de Garvey et la force de son mouvement étaient en effet ancrées dans les campagnes du Sud", rappelle Caroline Rolland-Diamond. (source A. p 92) C'est d'ailleurs pour conserver son audience que Garvey abandonna son approche confrontationnelle lors d'un discours prononcé à Raleigh (Caroline du nord) en 1922. Il y invitait les Africains-Américains à prendre leur destin en main et à travailler dur pour gravir les échelons. Dans son esprit, l'égalité des "races" excluait l'égalité sociale. Ses propos exonéraient d'ailleurs largement les Blancs des conditions économiques misérables dans lesquelles les Noirs du Sud avaient été réduits. En faisant de la ségrégation un moyen de protéger les Noirs de la violence des Blancs, Garvey parvint cependant à convaincre les populations africaines-américaines du Sud et les citadins pauvres du Nord, peu convaincus par les démarches juridiques de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People). Les surenchères rhétoriques de Garvey lui aliénèrent cependant de nombreux soutiens potentiels parmi la classe moyenne noire favorable à une intégration progressive ou chez les libéraux blancs. (2) 

Marcus Garvey. [A&E Television Networks, CC BY-SA 4.0]

Dans la Jamaïque coloniale postesclavagiste, la revendication d'une fierté liée à la couleur de peau noire était une façon de s'opposer aux valeurs dominantes imposées, une manière de reprendre à son compte des racines dévalorisées par la société coloniale.

* Black Star Line et Negro World. Syndicaliste durant sa jeunesse, Garvey se convertit au libéralisme et devint le promoteur de l'entreprenariat et du capitalisme noir. Comme Booker T. Washington, il considérait que l'autonomie passerait par l'émancipation économique, l'apprentissage d'un métier et l'entreprenariat. Dans cet esprit, il fonda en 1919 la Black Star Line, une compagnie maritime chargée d'acheminer les candidats à l'émigration vers l'Afrique.

Au début des années 1920, la popularité de Garvey était à son apogée. L'UNIA rassemblait alors entre 500 000 et 1 million de membres. Son journal, Negro world, fondé en 1918, tirait à 250 000 exemplaires. "Au lieu d'exprimer la position de la rédaction dans un discret «éditorial», comme le faisaient les autres journaux, Negro World étalait sur un gros titre de une les idées et les phrases chocs de Garvey. Ainsi l'édition du 22 février 1920 titre-t-elle:"La race noire doit affirmer sa virilité et son pouvoir."
L'espoir immense soulevé par ses sermons enflammés fut brisé net par la banqueroute de la Black Star Line en 1922. L'immense popularité dont jouissait Garvey attira rapidement l'attention des autorités américaines.  Accusé de fraude fiscale en  1923, il fut extradé vers la Jamaïque en 1927. A son retour dans l'île, il fonda le People's Political Party à la tête duquel il échoua lors des élections de 1930. Dépité, il émigra à Londres où il mourut en 1940.

Rblack131, CC BY-SA 4.0

* Une redécouverte au temps du reggae. "Alors que plusieurs générations d'historiens l'avaient (...) décrit comme un charlatan particulièrement doué pour manipuler les foules, son discours fut redécouvert avec admiration, à partir des années 1960 et 1970, par les apôtres du panafricanisme et du nationalisme noir." (source A. p 91)  Dans le contexte de la décolonisation,
certains dirigeants des jeunes États africains, tels NKrumah au Ghana, reprirent à leur compte les idées de Garvey. De même, les tenants des thèses afrocentristes tels Cheikh Anta Diop se référèrent largement au message du Jamaïcain. Mais ce sont avant tout les rastafariens qui réhabilitèrent et entretinrent avec ferveur la mémoire de Garvey, au point de l'ériger au rang de prophète. Son rayonnement provient  de propos qu'il aurait tenu dans un discours en 1927. "Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance." Pour les rastas, il s'agissait d'une prophétie annonçant le couronnement en 1930 du prince Ras Tafari Makonnen en tant qu'empereur d’Éthiopie (3) sous le nom d'Hailé Sélassié. De tels propos ne pouvaient qu'avoir une très forte résonance dans un territoire comme la Jamaïque, dans lequel la population était imprégné de millénarisme et de mysticisme. Le message garveyiste suscita un immense espoir auprès des populations noires jamaïcaines prêtes à se lancer dans un rapatriement vers l'Afrique mère. La devise nationaliste de Garvey One Aim, One God, One Destiny ("un Dieu, un but, une destinée") sera d'ailleurs reprise par les rastafariens et les artistes de reggae. La conscience noire portée par le message de Garvey influencera profondément l'univers musical jamaïcain. Ainsi, depuis l'émergence du reggae à la fin des années 1960, les musiciens n'ont cessé de chanter des louanges à la gloire de Garvey. Son plus fameux zélateur, Winston Rodney, lui consacra même deux albums entiers sous le nom de Burning Spear ("javelot enflammé"en kikuyu), un pseudonyme emprunté au grand leader kényan Jomo Kenyatta. Dans sa chanson "Marcus Garvey" sortie en 1974, Spear assimile le leader nationaliste afro-américain à Jésus-Christ, trahi par Juda, et donc par son propre peuple. (4) Dépeint comme un héros et martyre de la cause noire, Garvey ressuscite pour venir combattre et attraper les forces du mal.

"Marcus Garvey's words come to pass, (2X) / 

Can't get no food to eat / 

Can't get no money to spend. / 

Come little ones and let me do what I can for you, /

 And you, and you alone. / 

Who know the right and do it not, / 

Shall be spanked with many stripes. /

 Weeping and wailing, / 

You got yourself to blame. / 

Do right (4X) / Tell you to do right. /

 Beg you uto do right. / Where is Baggawire, / 

He's nowhere around, He can't be found. / 

First betrayer, Who gave away, Marcus Garvey. / 

Son of Satan, first prophecy. / 

Catch them Garvey. / 

Hold them, Marcus, hold them /

 Prophecy a fulfill, / 

Catch them Garvey, catch them."

***

"La prophétie de Garvey se réalise (2X) / 

J'ai rien à manger / 

J'ai pas d'argent à dépenser. /

 Venez, mes petits, laissez-moi vous aider. /

 Laissez-moi vous aidez. / 

Celui qui connaît le Bien et ne le fait pas, /

 Sera flagellé. / 

Il y aura des pleurs et des gémissements. / 

Vous êtes les seuls responsables. Faites le bien (4X) /

 Je vous dis de faire le bien. / 

Je vous supplie de faire le bien. Où est Baggawire? /

 Il n'est pas dans le coin, / 

On ne peut pas le trouver. /

 Le premier traitre, / 

Qui a vendu Marcus Garvey. / 

Fils de Satan, c'est la première prophétie. / 

Attrape-les Garvey. / 

Retiens-les, Marcus, retiens-les. / 

La prophétie se réalise. / 

Attrape-les, Marcus, Attrape-les"




Dans une autre chanson intitulée Old Marcus Garvey, Spear déplore l'ingratitude des Jamaïcains. "Personne ne se souvient de Marcus Garvey / Personne ne se souvient de lui, personne." Au delà de Burning Spear, ce sont des dizaines de musiciens qui rendront hommage à Garvey en chansons, insistant sur tel ou tel aspect de sa personnalité ou de son message. Citons parmi bien d'autres les Skatalites (Marcus Garvey), Big Youth (Mosiah Garvey), Jah Woosh (Marcus say), Johnny Clarke (Poor Marcus), les Gladiators (Marcus Garvey time), Leroy Smart (Oh Marcus), Culture (Black starliner must come, Two Seven Clash), Fred Locks (Black Star Liner), Dennis Brown (Repatriation), Al and The Vibrators (Going back home).



Notes:
1. Depuis plusieurs décennies, la "Great migration" a conduit des milliers d'Afro-américains du Deep South vers les grandes villes industrielles. En quête d'une vie meilleure, débarrassée du racisme endémique, les nouveaux venus s'y installèrent dans de vastes ghettos, reproduisant la ségrégation socio-spatiale du Sud. Les relations interraciales, même limitées, y furent difficiles.
2. Il expliquait par exemple que le lynchage avait réveillé la conscience raciale des Noirs. Il refusait également les mariages mixtes afin de protéger "la pureté de la race noire"...
3. Depuis la fin du XIX° siècle siècle, l’Éthiopie suscite l'admiration des diasporas africaines. Lors de la bataille d'Adoua en 1896, l'armée éthiopienne triompha des troupes italiennes, ce qui permit au pays d'échapper à la colonisation. En outre, l’Éthiopie fait l'objet de nombreuses références élogieuses dans la Bible hébraïque, ce qui contribua à assimiler les Éthiopiens à un peuple élu. L'hymne éthiopien universel devint d'ailleurs celui de l'organisation de Marcus Garvey en 1920.
4. Selon la légende, Garvey aurait été trahi par un vagabond habillé de vieux sacs de toiles (Bag-O-Wire). 
 
Sources:
A. Caroline Rolland Diamond: "Black America. Une histoire des luttes pour l'égalité et la justice (XIX°-XXI° siècle)", La Découverte, 2016. 
B. Pap NDiaye: Les Noirs américains. En marche pour l'égalité, Paris, Gallimard, coll. Découvertes, 2009.
 C. Le Point - hors-série "Les textes fondamentaux de la pensée noire" Le Point Hors-série n°22, avril 2009.
D. Nicole Bacharan: "Les Noirs Américains. Des champs de coton à la Maison Blanche", éditions Panama, 2008.
E. Eric Doumerc: "Le reggae dans le texte. (1967-1988)", Camion Blanc, 2014.
F. Bonacci, Giulia. « Repatriation dub : le retour en Éthiopie et l’Atlantique noir ». Autour de l’« Atlantique noir », édité par Carlos Agudelo et al., Éditions de l’IHEAL, 2009


Liens:
* Les rastas sur L'histgeobox:
- Black Uhuru: "I love King Selassie".
- Serge Gainsbourg: "Negusa Nagast".

* Une sélection de titres ska / reggae / dub consacrés à Marcus Garvey.

mercredi 15 avril 2009

154. Lord Kitchener: "Birth of Ghana".

Sur le Golfe de Guinée, au niveau de l'Equateur, le Ghana est entouré de pays francophones (Côte d'Ivoire, Togo). On peut y distinguer deux grands domaines bioclimatiques: au nord, la savane, au sud, de grandes forêts. 21 millions d'habitants habitent ce petit territoire, riche en gisements aurifères. Aussi, il prend donc le nom de Gold Coast, Côte de l'or. A la fin du XVème siècle, les Portugais y installent des comptoirs commerciaux, avant d'être chassés par les Hollandais, puis les Britanniques qui prennent le contrôle du commerce de l'or. La traite des esclaves constitue l'autre commerce lucratif du pays (jusqu'au milieu du XVIIIème siècle).

Fin XIXe, le pays ashanti (au nord) se rebelle, la couronne britannique envoie alors l'armée. Le territoire ashanti est soumis et les Britanniques fixent les frontières en 1901. Dans les années 1920, la Gold Coast devient la colonie la plus prospère du continent africain grâce au commerce de l'or et du cacao.

En 1925, les colons britanniques organisent des élections pour mettre en place un conseil des chefs indigènes. Pourtant la vie politique ne se développe véritablement qu'au lendemain de la guerre. Face aux troubles et à la montée des nationalismes, les Anglais comprennent qu'il est nécessaire de donner un peu plus d'autonomie au pays. Les partis politiques sont autorisés.


En 1949, le docteur Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à un ancien Empire africain.

Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Durant la nuit du 6 mars 1957, des manifestations de joie et de jubilation ont lieu dans la capitale du Ghana. Elles retentissent à travers l’Afrique et ont un écho dans toute la diaspora noire, aux Caraïbes, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Nkrumah devient le champion du panafricanisme. Il lance par exemple: «L’indépendance du Ghana n’a aucun sens sauf si elle est combinée avec la libération totale de l’Afrique» (dans un prochain article nous nous intéresserons aux tentatives de NKrumah pour faire triompher cette idée).

Nkrumah avec le leader noir américain W.E.B. Dubois, l'organisateur du premier congrès panafricain en 1919, et son épouse.

Lord Kitchener [1922-2000], Aldwyn Roberts pour l’état civil, Afrodescendant de Trinidad, grand maître du Calypso, célèbre ici l'avènement du nouvel Etat, espérant que son exemple soit rapidement suivi par les autres colonies d'Afrique noire. Le chanteur emprunte son nom à un des principaux maréchaux de l'Empire britannique, ministre de la guerre pendant le premier conflit mondial. Cette homonymie a parfois provoqué d'étonnants malentendus. Ainsi lorsque Terror, un autre célèbre calypsonian arrive à Londres et demande au taxi de le conduire chez Lord Kitchener, il s'entend répondre: "Mais enfin, Monsieur, il est mort depuis 50 ans!"

Le calypso est la musique populaire de Trinité et Tobago, un petit pays constitué de deux îles de la mer des Caraïbes. Ce style a connu son âge d’or dans les années 1930-50 et plonge ses racines dans les défilés aux flambeaux (« cannes brûlées » ou « canboulay ») qui avaient lieu la nuit précédant les carnavals du Mardi gras. L'album Calypso (1956) de Harry Belafonte contribua à la popularité et la diffusion de cette musique. L'essor et le triomphe du reggae jamaïcain éclipseront quelque peu le calypso dans les années 1960, 1970.

Lord Kitchener: "Birth of Ghana". Quelques difficultés dans la transcription du morceau, si vous comprenez mieux l'anglais que moi, n'hésitez pas à me corriger en commentaire.


We'll never be forgotten the Six of march 1957
when the Gold Coast successfully
get the independance officialy

Refrain:
Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....
the six of march independance day

Doctor Nkrumah ....
to make the Gold Coast what it is today
he ... to bring us freedom and liberty

refrain

The doctor ... an agitator
then he became popular leader
he continue to go further
and now he's gone prime minister

Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....

the national flag is a lovely sign
with beautiful colors
red gold and green
and a black star in the center
representing the freedom of Africa

Ghana!
Ghana is the name
Ghana
we wish to proclaim
We will ....
the six of march independance day

Congratulations from Haile Selassie
was probably receive proudly by everybody
... particularly
... self-government

____________________
Nous n'oublierons jamais le 6 mars 1957 / lorsque la Côte de l'or obtint / officiellement son indépendance.
refrain: Ghana! / Ghana/ Ghana est le nom que nous voulons proclamer
nous ? le 6 mars jour d'indépendance.

Doteur NKrumah ? / pour faire de la Côte de l'or ce qu'elle est aujourd'hui / il ? / nous apporter la liberté
refrain
le docteur ? un agitateur / puis il devint un leader populaire / poursuivant son activité / jusqu'à devenir le premier ministre.
refrain
le drapeau national est un joli ? / avec de belles couleurs / rouge, or et vert
/ et une étoile noir au milieu / représentant la libération de l'Afrique

refrain
Les félicitations d'Haile Selassie / furent accueillies fièrement par tout le monde / ? particulièrement / ? le gouvernement autonome.

Sources:
- L'émission "L'Afrique enchantée" du 21 août 2007 (sur France Inter) consacrée au Ghana.
- Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation au XXème siècle", le Seuil, 2006.