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mardi 23 juin 2009

171. Fréquences éphémères: "La grosse commission."

Nous touchons ici à ce que l'on nomme la Françafrique dont Bongo représente sans doute l'incarnation la plus achevée. Il s'agit d'un système de liens privilégiés et de réseaux tissés entre les élites des anciennes colonies françaises sur le Continent africain et des acteurs économiques et politiques français.

En effet, une fois les indépendances acquises, les autorités françaises n'ont eu de cesse de maintenir des liens forts avec leurs anciennes colonies. Ainsi, de nombreux réseaux se sont tissés entre les présidents français et les nouveaux dirigeants africains. Le fait que ces derniers soient souvent à la tête de dictatures ne constitue pas un problème pour la "cellule africaine" de l'Elysée, tout au contraire. Un accord tacite se dessine alors qui repose sur le soutien de la France au pouvoir en place, tant que celui ci maintient les intérêts économiques français dans le pays, du donnant-donnant en somme.

Pour ce qui concerne le Gabon, c'est bien sûr l'exploitation des riches ressources pétrolières du pays qui retient l'attention et entraîne la création du groupe Elf.
Elf, le géant français du pétrole, a su en effet s'assurer l'exploitation des riches gisements pétroliers gabonais avec l'aval d'Omar Bongo.

Ci-dessous un morceau d'un 33 Tours sur lequel on peut lire: "offert gracieusement par Elf Gabon à l'occasion du XXIIème anniversaire de l'Indépendance à Port Gentil le 17 août 1982". Musicalement, le titre n'a à peu près aucun intérêt, en revanche les paroles valent le détour et soulignent les relations incestueuses à l'origine de la compagnie. Extraits:

"Il y a cela plus de trente ans une société est née
gabonaise de mère, française de père
elle s'appelle Elf-Gabon
grâce à Elf-Gabon et à l'or noir, nous avons eu
des hôpitaux, des usines, des routes, des maisons modernes,"
(..) suivent quelques équipements financés par Elf Gabon.
" Elf-Gabon à Port-Gentil, ça sent le pétrole."



Revenons sur trois affaires qui éclaboussèrent (de pétrole?) le président gabonais, ainsi qu'une grande partie de la classe politique française.

* L'affaire Elf:
l'enquête ouverte en 1994 par la juge d'instruction Eva Joly démontre l'existence d'énormes commissions occultes versées par la compagnie pétrolière française à Omar Bongo (entre autres) afin de sécuriser ses approvisionnements. Elle met aussi à jour des mécanismes de corruption de très grande ampleur. En retour, des caisses noires, financées par Bongo et d'autres responsables africains, assurèrent de coquettes sommes aux dirigeants de la compagnie, des salaires de complaisance versés à des proches des présidents de la République ainsi que des subventions aux partis politiques français de droite comme de gauche. Les réseaux africains d'Elf étaient animés par André Tarallo, le "M. Afrique" de la compagnie pétrolière et conseiller du président Bongo.


Lors du tonitruant procès de 2005, Omar Bongo ne fut pas convoqué_ protégé qu'il était par son immunité_ tandis que les dirigeants d'Elf héritaient de lourdes peines. Pourtant, le président gabonais a régulièrement été cité comme l'un des bénéficiaires des détournements de fonds publics (305 millions d'euros) reprochés aux prévenus.

* L'affaire Francesco Smalto.
En pleine présidentielle 1995, le couturier Francesco Smalto fut jugé à Paris pour avoir procuré à Omar Bongo des call-girls accompagnant la livraison de costumes, pour un montant de 3 millions de francs par an. Selon Smalto, "une présence féminine facilitait les commandes". Dans un livre d'entretiens publié en 2001 (Blanc comme Nègre, Grasset), Omar Bongo affirme que cette affaire, et les fausses rumeurs sur sa séropositivité qui l'avaient accompagnée, avait été montée en épingle par l'"entourage" d'Edouard Balladur. Implicitement, le président suggérait l'hypothèse d'une vengeance de M. Balladur destinée à sanctionner son choix en faveur de Jacques Chirac.

* L'affaire des "biens mal acquis".
En 2007, trois associations (Sherpa et Survie) accusent Bongo et quatre autres chefs d'Etat africains de"recel de détournement d'argent public" [sur la base d'un rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) recensant les avoirs détournés par plusieurs chefs d'Etat].
Le parquet de Paris ne classe pas la plainte et ouvre une enquête préliminaire en juin 2007. En 2008, l'enquête de l'Office central de répression de la grande délinquance financière dresse l'inventaire impressionnant des biens possédés en France par Bongo et ses proches (appartements, maisons, hôtel particulier. Il possède en outre onze comptes et de nombreuses voitures de luxe). Outré, Omar Bongo dénonce alors une "campagne de calomnies" contre le Gabon.
Ces poursuites judiciaires le convainquent en tout cas de ne pas venir se faire soigner en France. Décidément, tout fout le camp.

* La mort de la Françafrique?

Les rapports troubles entre les présidents de la République française et le dirigeant gabonais se sont maintenus tout au long de la cinquième. Rassemblant au delà des clivages politiques, Bongo est resté le "meilleur ami de la France" en Afrique. Après les années de Gaulle / Foccart, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Mitterrand et encore moins Jacques Chirac ne renonceront aux pratiques occultes.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, lors du voyage du premier au Gabon.

Nous pouvions espérer que ces comportements fassent partie du passé, or il semble légitime d'émettre quelques doutes lorsqu'on constate que le précédent secrétaire d'Etat à la coopération, Jean-Marie Bockel, a perdu son poste (comme le monsieur à l'échine souple, il a accepté le poste de secrétaire d'Etat aux Anciens combattants) pour avoir critiqué les relations entre Paris et certaines capitales africaines. Bockel avait pris au mot Sarkozy et affirma donc son souhait de "l'acte de décès de la Françafrique". Les propos auraient fort déplu à Bongo qui l'a fait savoir et qui a donc obtenu de Nicolas Sarkoy le scalp du secrétaire d'Etat (Jean-Pierre Cot, secrétaire d’Etat à la coopération et au développement après la victoire de Mitterrand en 1981, fut débarqué pour les mêmes raisons en 1982.

Le morceau la Grosse commission propose un collage étonnant de discours de présidents français (de Gaulle, Chirac, Mitterrand) et d'extraits de la pièce de théâtre "Elf, la pompe Afrique", créée et jouée par Nicolas Lambert, animateur de Fréquence éphémères.
Ce titre est tiré de la compilation Africa wants to be free pilotée par l'association Survie.

Pour ceux qui l'auraient raté, nous publiions hier une "biographie musicale" d'Omar Bongo, lire l'article ici.

Sources:
- L'Afrique enchantée: "Bienvenue à Bongoland".
- Jeune Afrique n°2527, 12 juin 2007.
-Le Monde: "Bongo, une série d'affaires politico-judiciaires".


Liens:
- Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 41 ans et doyen des chefs d'Etat africains en exercice, est mort à l'âge de 73 ans. Avec cette disparition, comme le rappelle Libération, c'est un des piliers du système "Françafrique" qui disparaît. Conscient des carences du système de santé gabonais, qu'il s'est évertué à ne jamais développer (là n'étaient pas ses priorités), il est parti se faire soigner en Espagne il y a à peu près un mois (les récentes poursuites judiciaires ouvertes contre lui l'ont convaincu d'éviter la France).

- "Bongo et la France: quarante ans de mauvais coups" sur Rue 89.

- "Omar Bongo, une vie en image".


* Quelques titres sur l'histgeobox permettent d'aborder le problème de la Françafrique et des dérives dictatoriales de nombreux pays africains:
- Tiken Jah Fakoly: "Quitte le pouvoir".

- Tryo: "Pompafric".

- Dub Incorporation: "Survie".

dimanche 21 juin 2009

170. Gérard La Viny: "Albert Bernard Bongo, le président qu’il nous faut ".

Omar Bongo et Jacques Foccart (chargé des affaires africaines sous de Gaulle).

* Albert Bongo.

Neuvième enfant d'une modeste famille de cultivateurs originaires de la région de Franceville (dans l'est du Gabon), Albert Bongo naquit en 1935. Orphelin à 12 ans, il est placé sous le tutelle d'un oncle qu'il suit au gré de ses mutations. Employé comme auxiliaire à la poste centrale de Brazaville, il réussit le concours d'entrée de l'administration des PTT.


* Albert Bernard Bongo.
Entre temps, Albert Bongo, jusque-là animiste, se convertit au catholicisme et adopte pour l'occasion un second prénom: Bernard. Appelé sous les drapeaux en 1958, il fait son service dans l'armée de l'air française et en sort lieutenant en 1960, alors que le Gabon accède à l'indépendance. Le premier chef d'Etat du pays est Léon Mba. Il obtient le soutien du général de Gaulle et de Foccart (le monsieur Afrique du général). Il faut dire que Mba a tout pour rassurer. Depuis plusieurs années, il militait en effet pour que le Gabon soit transformé en un département français et pour qu'un drapeau tricolore figue dans un angle du drapeau gabonais! Entre temps, Albert-Bernard Bongo intègre le ministère des affaires étrangères, où il se fait repérer par le président gabonais.


Albert Bongo et Léon Mba.

En 1962, à 27 ans, Bongo devient son directeur de cabinet. Or, très vite, le président se transforme en autocrate et l'armée le renverse le 17 février 1964 à la faveur d'un coup d'état. Les troupes françaises interviennent aussitôt afin de rétablir le fidèle Mba dans ses fonctions. Mais malade (il a un cancer), Mba tente de se trouver un dauphin potentiel. Bongo semble l'homme de la situation. Après un entretien test avec de Gaulle, il est adoubé comme successeur désigné. En 1966, il devient vice-président et successeur constitutionnel. Ainsi, il devient automatiquement le deuxième président de la République gabonaise à la mort de Mba en 1967.

Bongo et le général de Gaulle, en janvier 1968.

Bongo s'installe donc dans le palais présidentiel, boulevard du bord de mer, à Libreville. Dès le mois de mars 1968, il lance de PDG (Parti démocratique gabonais) et met alors fin au multipartisme, sous le prétexte qu'il risquerait de voir le pays de verser dans le tribalisme (chaque ethnie risquant de voter pour ses membres). Ce virage autoritaire soulève bien peu de contestation, en tout cas surtout pas de la France. Bongo s'affirme en effet comme un soutien indéfectible de l'ancienne métropole dans la zone.

Lors de la guerre du Biafra (à partir de 1967), il met ainsi à disposition l'aéroport de Libreville (De Gaulle et Houphoüet Boigny soutiennent la sécession de cette riche province nigériane). C'est donc par l'aéroport gabonais que transitent les armes à destination des rebelles biafrais (sous couvert de vol humanitaire de la Croix rouge). Les relations franco-gabonaise sont alors très "cordiales", au nom des intérêts bien compris de chacun et une réelle connivence se créée entre les services secrets français et le président gabonais. Bongo doit sa place à la France, celle-ci à besoin de l'appui gabonais pour poursuivre ses interventions plus ou moins discrète en Afrique équatoriale.

Une formule de Bongo résume plutôt bien les rapports franco-gabonais. Pour lui, "l'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant." De fait, les riches ressources en pétrole du pays assurent un décollage économique au pays. Libreville se hérisse alors de haut-buildings ultramodernes. Bongo sait ainsi s'appuyer sur la richesse du pays dont le sous-sol regorge de manganèse, d'uranium et surtout de pétrole. Il se fait alors bâtisseur et construit le chemin de fer Transgabonais, un port en eau profonde, des centrales électriques, des routes, dote le pays d'une compagnie aérienne (air Gabon). Tout semble alors réussir au petit pays et d'aucuns parlent alors de "miracle gabonais". Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que son développement est entièrement tributaire du pétrole, tandis que les inégalités sociales deviennent particulièrement criantes.

* El Hadj Omar Bongo.
En 1973, Bongo se convertit à l'islam. Là encore, l'opportunisme semble dicter son choix plus qu'une préoccupation spirituelle. La conversion intervient en effet après une visite au colonel Kadhafi. Bongo, qu'il faut désormais appeler Omar, est sans doute motivé par un rapprochement avec les pays du Golfe, riches en pétrole. De fait, le Gabon intègre le Gabon en 1975.



Bongo contrôle son pays fermement et impose ses vues dans un "petit livre vert" qui devient vite le bréviaire de tout Gabonais qui se respecte. Le président y multiplie les maximes lénifiantes. Rien ne semble pouvoir menacer Bongo qui triomphe lors des différentes échéances électorales (il recueille plus de 99% des voix en 1973, 1979 et 1986, faute d'adversaire). Les opposants politiques sont, quant à eux, réduits au silence ou exécutés (tel Germain Mba assassiné en plein Libreville par deux mercenaires français).



Pourtant, au début des années 1980, les signes inquiétants s'accumulent pour le Gabon de Bongo. D'abord, la crise économique frappe le pays de plein fouet et ses relations avec le président François Mitterrand sont d'abord très tendues. Il doit alors s'appuyer sur ses réseaux pour trouver un équilibre dans ses relations avec le président français. En 1983, il obtient en tout cas le scalp du ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot qui entendait mettre un terme aux pratiques les plus troubles de la République française en Afrique subsaharienne.
Sur la scène internationale, les critiques commencent à fuser. Le FMI et la Banque mondiale critiquent la gestion des deniers publics.

Dans le contexte de la fin de la guerre froide et avec la chute du mur, les aspirations démocratiques des gabonais se font jour face à un pouvoir usé et corrompu. En janvier 1990, Libreville connaît des manifestations étudiantes impressionnantes, qui s'accompagnent bientôt de grèves et de pillages. Port-Gentil, qui concentre les installations pétrolières du pays, s'enflamme elle aussi. Bongo doit transiger et s'engage à rétablir le multipartisme en mars. La situation s'apaise jusqu'à la mort étrange d'un des meneurs de l'opposition. Port -Gentil est à nouveau en état d'insurrection et il faut l'envoi des paras par la France pour restaurer le calme et restaurer l'exploitation pétrolière (la France est alors dans son rôle traditionnel de maintien au pouvoir des autocrates fidèles).



* Omar Bongo Ondimba (le nom de son père rajouté par décret en novembre 2003).

Après ce premier avertissement, Bongo parvient pourtant à se maintenir au pouvoir. Il remporte 51 % des suffrages lors des premières élections présidentielles pluralistes. La fraude électorale ne fait guère de doute. En 1998 et 2005, Bongo conforte encore ses victoires. L'opposition est rendue atone par la corruption ou grâce aux postes savamment distribués par le président. Par ailleurs, il érige le népotisme en système et place toute sa famille aux postes clefs. Le régime n'a donc que les traits d'une démocratie. La société gabonaise est plus que jamais inégalitaire, la dette extérieure a explosé, tandis que les affaires médiatico-judiciaires entachent durablement l'image de Bongo: affaire Smalto, affaire Elf, affaire des "biens mal acquis" (nous en reparlons trè vite sur le blog).



* Un bilan.
Sur la scène nternationale, Bongo multiplie les médiations au cours des années 1990, avec des réussites au Tchad, en Angola,, en Centrafique, mais aussi des échecs au Zaïre ou au Congo.
En politique intérieure, il a au moins eu le mérite de maintenir le pays en paix, ce qui n'est pas si mal dans une région où les tensions sont nombreuses, mais la situation reste préoccupante et le président a dilapidé la rente pétrolière. La population gabonaise ne profite guère de ce qui devrait être une manne, mais qui ne profite qu'à l'entourage du président et à ses alliés occidentaux.

Le président gabonais est mort à l'âge de 73 ans ce mois-ci, après moults péripéties autour de l'annonce de sa mort (les autorités gabonaises l'ayant ressuscité après l'annonce espagnole). Il était au pouvoir depuis 41 ans. Avec cette disparition, comme le rappelle Libération, c'est un des piliers du système "Françafrique" qui disparaît. Tous les présidents français sans exception auront choyé et ménagé ce "meilleur ami de la France en Afrique". Comme nous l'avons vu, il doit même son poste et la conservation de celui-ci aux autorités françaises, lesquelles auront bénéficié de l'appui inconditionnel du Gabon en Afrique équatoriale. La classe politique française aura bénéficié quant à elle des largesses de l'autocrate.

Le lieu de décès de Bongo est symptomatique de la gestion politique et sociale de son pays. En effet, conscient des carences du système de santé gabonais, qu'il s'est évertué à ne jamais développer (là n'étaient pas ses priorités), il est parti se faire soigner en Espagne (les récentes poursuites judiciaires ouvertes contre lui l'ont convaincu d'éviter la France)...


Pour illustrer cet article, nous vous proposons un morceau produit à l'occasion du voyage de Valery Giscard d'Estaing au Gabon lors de son mandat (paroles ci-dessous)

Refrain — Bongo est l’ami de Giscard
Giscard est l’ami de Bongo
Bongo est l’ami de Giscard
la France est l’amie du Gabon

Le vrai président de tous les français
l’ami de Bongo et des Gabonais
l’ami de l’Afrique et des Africains
ce président-là, c’est Giscard d’Estaing

Pour gouverner la France et les Français
la France a dit : « Giscard à la barre !! »
pour gouverner le Gabon et les Gabonais
nous disons : « Bongo à l’avant du bateau !! »

refrain ... refrain ...

Pour vivre mieux, pour vivre en paix
il faut changer bien des orientations
Giscard et Bongo, l’un et l’autre l’ont fait
le changement c’est la rénovation

Président de la France, président du Gabon
notre peuple uni vous salue de la main
pour Giscard l’ami et pour nos deux nations
Gabonais, mes frères, chantons ce refrain

refrain ... refrain ...


Sources:
- L'Afrique enchantée: "Bienvenue à Bongoland".
- Jeune Afrique n°2527, 12 juin 2007. 
- Vivonzheureux: "Tchibanga: Giscard Bongo"


Liens:
- Le tigre.
- Le Monde: "Bongo, une série d'affaires politico-judiciaires".
- "Bongo et la France: quarante ans de mauvais coups" sur Rue 89. - "Omar Bongo, une vie en image".
- Bakchich.info: "La France orpheline d'Ormar Bongo".

- Sur le blog de Colette Braekman: "
Omar Bongo, le doyen de la Françafrique s'est éteint en Espagne".

* Quelques titres sur l'histgeobox permettent d'aborder le problème de la Françafrique et des dérives dictatoriales de nombreux pays africains:
- Tiken Jah Fakoly: "Quitte le pouvoir".

- Tryo: "Pompafric".

- Dub Incorporation: "Survie".

mardi 15 juillet 2008

67. Dub Incorporation : "Survie"


Le groupe de Reggae stéphanois Dub Incorporation mélange allègrement les influences musicales. Avec pour dénominateur commun le reggae, les huit musiciens aux origines multiples (kabyle, béninois,...) explorent des univers très variés comme en témoigne leur dernier album Afrikya, sorti en 2008. Autre dénominateur commun, l'engagement. Les chansons du groupe abordent sans détour les pages sombres de l'histoire de France, de l'esclavage ("Chaines") à la colonisation. Dans leur précédent album, Dans le décor, sorti en 2005, la chanson "Survie" dénonce la connivence entre la France et les chefs d'État africains.

Derrière cette connivence, les intérêts communs des dirigeants, à commencer par l'argent, au détriment des populations africaines. Cet argent qui est accaparé par les dirigeants africains avec la complicité des multinationales françaises et qui a servi en retour à financer les partis politiques français. Le cas de l'Angola évoqué dans la chanson est ici symbolique puisque les deux protagonistes de la longue guerre civile (1975-2002), l'UNITA de Savimbi et le MPLA du président Dos Santos étaient chacun financés par Elf qui souhaitait poursuivre tranquillement l'exploitation pétrolière. Les exemples sont malheureusement nombreux du rôle trouble de la France dans les conflits en Afrique. Citons simplement la complicité de la France avec ceux qui ont préparé et mis en œuvre le génocide de 1994 au Rwanda. Les multiples "réseaux" (Foccart, Pasqua, Jean-Christophe Mitterrand "papa m'a dit",...) n'ont pas eu d'autre but que de maintenir les pays africains dans le "pré carré" français. C'est donc la dénonciation de la perpétuation de formes de domination héritées de la colonisation, de la logique d'exploitation et de pillage que l'on appelle parfois néocolonialisme.
Précisons que pour tous les pays évoqués dans la chanson (Angola, Côte d'Ivoire, Rwanda, Togo, Gabon, Libéria), la situation est différente et que le rôle de la France n'a pas été le même. Certaines sont d'anciennes colonies françaises, d'autres non. Pour le Gabon et le Togo, il s'agît plutôt du soutien à des régimes dictatoriaux jusqu'à aujourd'hui, celui d'Eyadema (et de son fils actuellement) au Togo et celui de Bongo au Gabon.
Le mot Françafrique aurait été employé pour la première fois par le futur président ivoirien Houphouët-Boigny, mais le terme, dans sa connotation péjorative, est popularisé par le livre de François Xavier-Verschave, récemment disparu. Il est le fondateur de l'association Survie, le titre de la chanson n'est donc pas fortuit.

Quelques uns des dictateurs symbolisant la Françafrique viennent de faire l'objet d'une plainte à Paris, déposée par Transparency International et des citoyens gabonais et congolais. La plainte pour recel de détournements de fonds publics vise le président gabonais Omar Bongo, le président congolais Denis Sassou Nguesso et le président de la Guinée Equatoriale Théodore Obiang Nguemo. Exemple (source : Libé) : "la famille Bongo, selon le Sénat américain, bénéficierait directement de 8,5 % du budget gabonais (110 millions de dollars par an), mais sans que cette «allocation présidentielle» ne figure dans les comptes de l’Etat gabonais. Quinze membres de la famille Bongo détiennent 70 comptes bancaires en France. Omar, le patriarche, possède onze adresses à Paris, dont un hôtel particulier acquis l’an dernier 19 millions d’euros, et cinq à Nice." Pour Survie, il s'agit de "biens mal acquis".

Voici la musique et les paroles :

Découvrez Dub Incorporation!



Mais les mots suffisent-ils, à faire prendre conscience,
faire penser qu'il est temps ;
Car ces fous la surveillent et sont hostiles,
France Afrique sous contrat !
Corruption, meurtre, guérilla !
Mais comment ces hommes peuvent dormir tranquilles

Angola Côte d'Ivoire Rwanda !
Qui vend les armes au peuple et qui arbitre leur combat,
Du Togo au Gabon Liberia !
Le pouvoir est aux fous qui corrompent leurs chefs d'états.
(Et ça fait) diviser pour mieux régner, manipuler pour contrôler,
La France est un empire et elle tient bien à le conserver.
Population ignorée, multiplication des charniers
No no ! Le sang déjà trop coulé
L'esclavage puis les colonies n'ont jamais libéré ces pays
de la main mise du blanc et ce qu'il emmène avec lui !
Car tous ces dirigeants ont tant tué, tellement menti,
Ils organisent leurs plans, la soif d'argent les pourrit.
Tant de larmes et tant de pleurs,
causés par ces pantins, causés par tous ces dictateurs.
Toutes ces armes, mes frères qui meurent
Ils partagent le butin et ne laissent après eux que la douleur.

Hader can assa felèche
Hader can azeka d'eteusse azeka d'eteusse
Hader can assa del heume
Hader can azeka del moth azeka del moth
I tskeeleve eul dravan it's keeleve eul guerant
Frikia, frikia so sweet mama
Si la mort d'un homme est suivie par celle d'un enfant
Si la terre des hommes est occupée par l'occident
Si les larmes et les pleurs condamnaient les gens

On ne parle plus de guerre finalement que d'argent
Et tous les hypocrites en sont bien conscients
et tous les politiques marchent droit devant.
Par la machine à fric ils pompent de l'argent,
Tous les politiques en sont bien conscients.

Car c'est la mascarade de ces politi-chiens !
Français ou Africains, de tous ces grands assassins
Et quand ils paradent tous main dans la main,
Je les mets tous dans le même bain
ces bouchers inhumains.
Regardez l'avance qu'ils ont prise
Car dans la course au rat
Tu vois qu'ici tous les coups sont permis.
Leur conscience ne leur pose aucun souci
Non, ne baisse pas les bras Africa
car c'est une question de survie !

Dans un paragraphe, quelques phrases prononcées dans une langue que je ne connais pas, saurez-vous me dire laquelle et ce que cela signifie ?
Il y a également un extrait d'un discours dont j'ignore l'auteur....

Un entretien avec le batteur dans Nice-matin. Le site du groupe, sa page myspace.

Une fois de plus, merci à Clément pour ce conseil musical !


D'autres chansons sur la Françafrique sur l'histgeobox :
1. Tiken Jah Fakoly:"Françafrique"
60. François Béranger:"Mamadou m'a dit"