jeudi 8 janvier 2009

130. Tiken Jah Fakoly:" quitte le pouvoir".


Tiken Jah Fakoly.


Ce morceau de Tiken Jah Fakoly évoque le sort tristement commun à de nombreux pays africains, englués dans des régimes autoritaires, souvent très durs.
Sans nommer quelqu'un en particulier, le chanteur s'adresse aux dictateurs en général. Le message reste malheureusement tristement d'actualité comme le prouve la situation de la Guinée Conakry.



* La période Sékou Touré:

Très peu de temps après l'indépendance, acquise aux dépens de la France, le nouveau chef de l'Etat, Sékou Touré instaure un régime très dur. Il rejoint le camp socialiste et ne cesse de fustiger "l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme". La France a démantelé les infrastructures du pays lors de son départ et refuse toute forme de coopération avec l'ancienne colonie.

Durant la période Touré, on compte pas moins de 17 tentatives de coups d'Etats. Désormais, le dictateur vit dans la hantise du putsch et sombre dans la paranoïa, qui le conduit à massacrer tous ces rivaux potentiels. Il n'hésite pas à faire fusiller la quasi-totalité de son gouvernement en 1964. Ainsi, le coup d'Etat manqué d'exilés guinéens du 22 novembre 1970, appuyé par les Portugais, plonge le pays dans la terreur, marquée par des arrestations et exécutions en série. Cette date devient d'ailleurs symbolique. L'Horoya band adopte d'ailleurs le nom de 22 novembre band.

Billet à l'effigie de Sékou Touré.

Des centaines de milliers de Guinéens fuient alors le pays. Des milliers d'opposants meurent sous la torture dans les sinistres geôles du camp Boiro. On estime que le Président Ahmed Sékou Touré s’est rendu coupable de la mort ou de la disparition de quelque 50000 personnes.

En 1984, la mort de Touré, le colonel Lansana Conté s'empare d'un pouvoir qu'il tient toujours d'une main de fer, utilisant à nouveau la violence et la contrainte. Ce dernier rompt avec la politique culturelle de Touré, abandonnant à leur sort les orchestres nationaux choyés par le régime de Touré.

* Quel bilan après 50 ans d'indépendance?

- Une dictature implacable.
Après 26 ans de pouvoir pour Touré et 24 ans pour Conté, le bilan est catastrophique. Nous avons déjà évoqué l'utilisation de la terreur pour gouverner sous le premier dirigeant guinéen. Or, Conté utilise, lui aussi l'armée et la terreur pour se maintenir au pouvoir. L'opposition fut muselée, voire emprisonnée.

Des émeutes embrasent les quartiers populaires de Conakry en 2008.

- Un scandale économique.
La Guinée est un pays extrêmement riche (Touré parlait de "scandale géologique"), avec des réserves importantes d'or, de diamants, 1/3 des réserves mondiales de bauxite (nécessaire pour l'uranium). Sa forêt est exploitée par des transnationales, tandis que ce "château de l'Afrique" n'exploite guère son immense potentiel hydroélectrique.

La corruption du régime a contribué aussi à détourner les richesses du pays au profit des fidèles de Conté. Les Guinéens disposent d'un pouvoir d'achat très faible et seul le système D permet au plus grand nombre de vivre. On estime que 70% de l'économie est gérée par le secteur informel (petits ateliers de couture, cireurs de chaussures). Dans ces conditions, l'explosion sociale qui embrase les quartiers populaires de Conakry en février 2007 ne saurait surprendre. La répression s'est abbatue aussitôt sur les manifestants, provoquant le décès de certains d'entre-eux.

Lansana Conté (à droite) avec un autre grand démocrate, le colonel Kadhafi.

* Les incertitudes l'après Conté.

Le général Lansana Conté est mort le 22 décembre 2008, après vingt-cinq ans de pouvoir. Le lendemain matin, un groupe de jeunes officiers prend le pouvoir avec à leur tête, le capitaine Dadis Camara. Ce dernier affirme aussitôt: "la Guinée a fêté le cinquantenaire de son indépendance, le 2 octobre dernier, avec un classement dans la catégorie des pays les plus pauvres de la planète. Avec les immenses ressources naturelles dont elle est dotée, la Guinée aurait pu être beaucoup plus prospère, mais l'histoire et les hommes en ont décidé autrement. Le détournement des deniers publics, la corruption généralisée, l'impunité érigée en méthode de gouvernement, l'anarchie dans l'appareil de l'Etat ont fini par plonger notre pays dans une situation économique catastrophique, particulièrement dramatique pour la grande majorité des Guinéens".

Ce constat est juste, mais il n'empêche que des militaires succèdent à un militaire. Or, depuis 50 ans, l'armée guinéenne tient le pays dans sa main. Les officiers ont créé un conseil, promettant de mettre un terme à tous les maux qui gangrènent le pays. Camara promet, en outre, et là encore c'est un grand classique de tout apprenti militaire, de retourner dans sa caserne d'ici 2010. Peut-être est-il de bonne foi, mais l'expérience permet tout de même d'en douter. Les militaires qui prennent le pouvoir ont, en général, bien du mal à le quitter (Lansana Conté l'a prouvé en son temps).

Gage de bonne volonté, un premier ministre civil a été nommé. Camara s'est engagé à organiser des élections démocratiques et transparentes d'ici 2010... A suivre.

* Des précédents fâcheux dans les jeunes Etats indépendants.

Les difficultés économiques et politiques ne tardent pas à s'abattre sur les nouveaux Etats indépendants.
Plusieurs éléments peuvent l'expliquer:

L'empereur Bokassa Ier.

- Les découpages territoriaux sont un héritage colonial : en Afrique, les frontières ont été tracées par les Européens, sans aucun compte de la géographie et des communautés ethniques ou religieuses. On a donc des Etats sans grande identité et souvent petits (« balkanisation » de l’Afrique). Il n’y a guère d’Etats-nations en Afrique.

Idir Amin Dada, le terrifiant dictateur ougandais au cours des années 1970.

Aussi beaucoup de ces nouveaux Etats connaissent très vite une dérive dictatoriale : inexpérience de la démocratie, faible scolarisation, élite réduite, énormes écarts de richesse. De nombreux coup d’Etats militaires ont lieu. Citons, parmi beaucoup d'autres Mobutu au Congo (1966-1997), Amin Dada en Ouganda de 1971 à 1979, Bokassa en "République" centraficaine (Bokassa Ier de 1966 à 1979). De nombreux dirigeants font l’objet d’un culte de la personnalité et s’appuient sur un parti unique. Ils instaurent, pour se maintenir, un régime policier répressif, censé maintenir la cohésion de la nation. Corruption, clientèlisme sont encouragés par les anciennes métropoles qui y voient l’occasion de préserver leurs intérêts.



Bref, le cas guinéen ne constitue pas une exception. Certes la situation a évolué aujourd'hui et il serait aujourd'hui caricatural de résumer la vie politique continent aux seules dictatures. Il n'empêche que la situation actuelle de la Guinée, du Zimbabwe, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, reste bien préoccupante...

Pour terminer, rappelons que lorsque Tiken Jah Fakoly joue dans un pays dirigé par un autocrate, il n'hésite pas à l'interpeller directement sur scène, l'incitant à "lâcher" le pouvoir. Il est ainsi persona non grata dans le Sénégal de Wade, dont le régime peut de moins en moins être considéré comme démocratique (il fut d'ailleurs un des premiers à soutenir la nouvelle junte militaire guinéenne).


"Quitte le pouvoir" Tiken Jah Fakoly.

Refrain :
Quitte le pouvoir
Quitte le pouvoir
Je te dis quitte le pouvoir

Tiken
Ca fait trop longtemps que tu nous fais perdre le temps
Depuis quarante ans tu refuses de foutre le camp
Tu pourrais avoir des emmerdes si tu nous laisses dans la merde
Oh la la, oh la la !

Refrain X 2

Tiken :
Je t’avais prévenu que tu as été mal élu
Mais tu t’es accroché, aujourd’hui tout est gâché
Tu pourrais avoir des ennuis si les choses restent ainsi
Oh la la ! Oh la la !

Refrain X 2

Tiken
Aucun changement dans vos comportements
Malgré différents gouvernements depuis quarante ans
Tu pourrais passer un sale moment si tu nous pourris le temps
Oh la la ! Oh la la !

Refrain X 2

Awadi
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Tu gouvernes mal, ton gouvernement man détourne mal les comptes monumentales
Oui ! Tant de mal ! Tu nous fais tant de mal
Il est donc évident quand nous pêche dans le mental
Pas dévolution, man libère le Peuple
Fais-le vite, fais-le bien
Man libère le Peuple
Et pense à demain, man libère le Peuple
Tu le fais pour de bon, tu le fais pour le Peuple
Rester tout le temps, tu nous pourris le temps
Pas le moindre changement, tu nous pourris le temps
Pas de boulot, pas de job, tu nous pourris le temps
L’avenir fout le camp, tu nous pourris le temps,
Une seconde de plus, c’est une seconde de trop,
Une minute de plus, c’est une minute de trop
Un cadavre de plus, c’est le cadavre de trop
Le mandat de plus, c’es le mandat de trop
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Voilà la porte, et sors dans le calme
Pas de balle, pas de sang, tu sors dans le calme
Voilà la porte, et sors dans le calme

Refrain :

Tiken
Laisse tomber l’histoire, tu sais bien pourquoi
Monsieur le Président, sans incident quitte le pouvoir
Laissez tomber l’histoire, vous savez pourquoi, Messieurs les Présidents
Quittez le Pouvoir Messieurs les Présidents, si vous aimez votre Peuple, quittez le Pouvoir

Refrain

Source:
* Les émissions l'Afrique enchantée des:
- 11 août 2008: la Guinée-Conakry 1.
- 12 août 2008: la Guinée-Conakry 2.
- 4 janvier 2009: Ambiance facile.

Liens:
- Sur le site de RFI: "Lansana Conté et après?".

3 commentaires:

Anonyme a dit…

la vidéo a été supprimée...
sinon, j'ai mis un lien de mon cours vers ce site.. génial.
Merci.
cjl
Blois

Cailleaux a dit…

Merci pour votre blog encore une fois. Je viens de mettre un lien depuis mon site. Bonne continuation !
C. Cailleaux
http://lewebpedagogique.com/cailleaux/2011/02/13/des-dictateurs-fans-de-reggae/

Florian a dit…

Je continue ma chasse aux liens morts en me concentrant sur l'Afrique.
https://www.youtube.com/watch?v=URbArCm1kUA