mercredi 14 janvier 2009

132. Pierre Jean Béranger:"Les souvenirs du peuple".

Pour son album "1829", Jean-Louis Murat a adapté, en 2005, onze textes du chansonnier Pierre Jean de Béranger (1780-1857), nostalgique des gloires de l’Empire et avide de liberté pour le peuple. Murat a puisé notamment dans les textes révérant Napoléon Ier qui firent une bonne part de la gloire populaire de Béranger (Waterloo, Le 5 Mai, Les Souvenirs du peuple).

Depuis 1815, le régime de la Restauration a rétabli la monarchie. A la chute de l'Empire (1815), le chansonnier Béranger devient le pourfendeur de la Restauration. Pour échapper à la censure, il emploie mille métaphores pour désigner l’empereur déchu et célébrer celui qui fit trembler l’Europe des rois.
Béranger se fait connaître à partir de 1813 dans le cadre du Caveau moderne où il improvise des vers licencieux. Progressivement, il se rapproche de la tradition de la chanson politique. Son titre le roi d'Yvetot, tout en allusion, semble brocarder l'autoritarisme impérial. Pour autant, avec la restauration monarchique, il s'en prend plus ouvertement et plus violemment à la politique réactionnaire des nobles et du clergé.

Pierre-Jean Béranger.

Béranger interprète ses chansons dans les goguettes des faubourgs. Il y célèbre les libertés et l'anticléricalisme, mis à mal par le nouveau régime. Le Marquis de Carabas dénonce ainsi la morgue des nobles de retour d'exil, avides de prendre leur revanche après les troubles révolutionnaires.

Sa chanson le Vieux Drapeau joue sur la nostalgie de l'enthousiasme révolutionnaire et des gloires militaires de l'Empire. Or, ces sentiments sont largement partagés par les milieux populaires, durement éprouvés par les difficultés économiques et le conservatisme politique de la Restauration. En 1821, il publie un recueil de chansons très vite épuisé. Le pouvoir réagit et le poursuit pour outrage aux bonnes mœurs, outrage à la morale publique et religieuse, offense à la personne du roi... Le procès tourne vite au fiasco pour le pouvoir et offre aux chansons de Béranger un écho inespéré. Pour C. Traïni (voir source): "la plaidoirie de l'accusation (...) érige Béranger au rang de dangereux agitateur, de leader d'opinion (...). Sa condamnation lui vaudra d'apparaître désormais comme le porte-parole quasiment officiel des détracteurs de la monarchie (...)."

Condamné à trois mois de prison, cette peine lui vaut aussi le surnom flatteur de "poète national". En 1828, il publie un nouveau recueil de chansons dans lequel il défie ouvertement le pouvoir. Sa chanson Sacre de Charles le Simple lui vaut des poursuites pour délit d'offense envers la personne du roi. Il écope de neuf mois de prisons et dix-mille francs d'amendes.

Logiquement, la révolution de 1830 le comble de joie et il se retire de 1833 à 1841.
La révolution de 1848 renverse la monarchie de Juillet de Louis-Philippe et permet l'avènement de la Seconde République. La popularité de Béranger est telle qu'il est élu député malgré lui. Il démissionne aussitôt. En 1857, sur son lit de mort, il tient à bénir le prêtre venu lui donner l'extrême onction... Ultime pirouette pour celui dont la devise était la suivante:"Ah, pour étouffer, n'étouffons que de rire."

Au cours des années 1820, le souvenir des années impériales reste vivace. Dans les milieux populaires, l'image de Napoléon demeure positive, malgré les milliers de morts causées par les guerres napoléoniennes, les difficultés économiques du temps et la dictature politique ("
Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, / Le peuple encor le révère, / Oui, le révère."). Le souvenir de l'empereur et de l'Empire, en partie revalorisé par la Restauration, se transforme en mythe. La gloire de la conquête et la domination de l'Europe s'imposent dans l'esprit de nombreux Français qui voient aussi en Bonaparte, un des gardiens de l'héritage révolutionnaire.

Le jeune Bonaparte étudiant, image de la fin du XIXème siècle.

La vision que Béranger donne ici de l'empereur déchu s'inscrit dans cette vague de nostalgie des années impériales. Il souligne ici la proximité entre l'empereur et son peuple en mettant en scène l'improbable visite de Napoléon dans un humble logis. Le chansonnier revient aussi sur la naissance réconfortante d'un héritier ("
D'un fils Dieu le rendait père, / Le rendait père. / - Quel beau jour pour vous, grand-mère !"); la bravoure sur le champ de bataille ("Mais, quand la pauvre Champagne / Fut en proie aux étrangers, / Lui, bravant tous les dangers, / Semblait seul tenir la campagne."); les punitions infligées aux ennemis de la France ("Au réveil, voyant mes pleurs, / Il me dit : Bonne espérance ! / Je cours de tous ses malheurs / Sous Paris venger la France.").

L'ultime couplet, pathétique, conte la chute du héros:"
Mais à sa perte / Le héros fut entraîné. / Lui, qu'un pape a couronné, / Est mort dans une île déserte."

Louis Napoléon Bonaparte saura réactiver la nostalgie de l'Empire chez de nombreux Français, en tant que président de la République (1848-1851), puis en tant qu'Empereur sous le titre de Napoléon III. Il utilisera d'ailleurs les chansons de Béranger à des fins de propagande. 




"Les souvenirs du peuple" Pierre-Jean de Béranger. (1828)

On parlera de sa gloire
Sous le chaume bien longtemps.
L'humble toit, dans cinquante ans,
Ne connaîtra plus d'autre histoire.
Là viendront les villageois
Dire alors à quelque vieille
Par des récits d'autrefois,
Mère, abrégez notre veille.
Bien, dit-on, qu'il nous ait nui,
Le peuple encor le révère,
Oui, le révère.
Parlez-nous de lui, grand-mère ;
Parlez-nous de lui. (bis)


Mes enfants, dans ce village,
Suivi de rois, il passa.
Voilà bien longtemps de ça ;
Je venais d'entrer en ménage.
À pied grimpant le coteau
Où pour voir je m'étais mise,
Il avait petit chapeau
Avec redingote grise.
Près de lui je me troublai,
Il me dit :
Bonjour, ma chère,
Bonjour, ma chère.
- Il vous a parlé, grand-mère !
Il vous a parlé !


L'an d'après, moi, pauvre femme,
À Paris étant un jour,
Je le vis avec sa cour
Il se rendait à Notre-Dame.
Tous les coeurs étaient contents ;
On admirait son cortège.
Chacun disait : Quel beau temps !
Le ciel toujours le protège.
Son sourire était bien doux ;
D'un fils Dieu le rendait père,
Le rendait père.
- Quel beau jour pour vous, grand-mère !
Quel beau jour pour vous !


Mais, quand la pauvre Champagne
Fut en proie aux étrangers,
Lui, bravant tous les dangers,
Semblait seul tenir la campagne.
Un soir, tout comme aujourd'hui,
J'entends frapper à la porte ;
J'ouvre, bon Dieu ! c'était lui
Suivi d'une faible escorte.
Il s'asseoit où me voilà,
S'écriant : Oh ! quelle guerre !
Oh ! quelle guerre !
- Il s'est assis là, grand-mère !
Il s'est assis là !


J'ai faim, dit-il ; et bien vite
Je sers piquette et pain bis
Puis il sèche ses habits,
Même à dormir le feu l'invite.
Au réveil, voyant mes pleurs,
Il me dit : Bonne espérance !
Je cours de tous ses malheurs
Sous Paris venger la France.
Il part ; et comme un trésor
J'ai depuis gardé son verre,
Gardé son verre.
- Vous l'avez encor, grand-mère !
Vous l'avez encor !


Le voici. Mais à sa perte
Le héros fut entraîné.
Lui, qu'un pape a couronné,
Est mort dans une île déserte.
Longtemps aucun ne l'a cru ;
On disait : Il va paraître.
Par mer il est accouru ;
L'étranger va voir son maître.
Quand d'erreur on nous tira,
Ma douleur fut bien amère !
Fut bien amère !
- Dieu vous bénira, grand-mère ;
Dieu vous bénira. (bis)

Sources:
- C. Traïni:"La musique en colère", les presses de SicencePo, Paris, 2008, pp 74-78.
- P. et J.P. Saka (dir.):"l'histoire de France en chansons", Larousse, Paris, 2004, pp96-97.

Liens:
* Une biographie de Béranger et quelques-unes de ses chansons.
* L'album 1829 sur le site officiel de Jean-Louis Murat.
* Textes numérisés des chansons de Béranger.
* Murat sur L'Histgeobox:
- "le coup de Jarnac".
- Un autre titre de 1829, dans la sélection musicale du mois: "la petite fée".

dimanche 11 janvier 2009

131. Neil Young:"Cortez the killer". (1975)

Hernan Cortés naît à Medellin (Estrémadure), en 1485, dans une famille de la petite noblesse. A 14 ans, Hernan quitte la maison familiale pour apprendre le droit à l'Université de Salamanque. Mais, au bout de seulement deux ans, il abandonne ses études et mène une vie oisive.
Cortès décide de s'engager dans la Marine et de partir pour les Indes. Il part en 1504 pour Hispaniola (Saint Domingue), il mène une existence décevante. En 1511, devenu secrétaire de Diego Velazquez, il l'accompagne à Cuba en 1511 où il participe à la pacification de l'île. Il se voit attribuer des terres et mène alors une vie de riche colon.
Deux expéditions sont lancées vers le Mexique en 1517-1518 (Nouvelle-Espagne). Velazquez, informé des richesses de ces nouvelles terres, monte une troisième expédition, dont il confie le commandement à Cortés. De plus en plus ambitieux, ce dernier entend en fait mener la conquête des nouvelles terres pour son propre compte. Il s'attache de nombreux fidèles, fascinés par sa personnalité et le luxe dont il s'entoure désormais.


La version déchaînée du morceau sur Le Live Rust.


En avril 1519, il débarque dans la péninsule du Yucatan, en terre maya, avec 600 hommes environ. Là, il s'appuie sur les connaissances des langues indigènes d'un Espagnol rescapé d'un naufrage (et qui a vécu 8 ans au milieu des indigènes) et sur sa jeune maîtresse, une indienne de Tabasco, la Malinche. Cette femme d'une grande finesse d'esprit guide bien souvent l'action de Cortés. En juillet, Cortés et ses hommes fondent une ville sur la côte: Vera Cruz. Le conquérant y laisse une centaine d'hommes et se dirige vers la capitale de l'empire aztèque, Mexico-Tenochtitlan, avec 400 hommes, 15 cavaliers, 15 canons et de nombreux porteurs indigènes.

L'empereur aztèque Moctezuma laisse les conquistadores pénétrer dans son territoire, car il espère les écraser le moment venu, arès avoir endormi leur viligeance. Le 9 novembre 1519, l'empereur accueille Cortés. Ce dernier lui explique qu'il est mandaté par l'empereur Charles Quint pour prendre contact et apporter la vraie foi. Dans le même temps, Cortés apprend que les Espagnols restés sur la côte ont été attaqués. Aussitôt, il prend Moctezuma en otage et l'oblige à jurer obéissance à Charles Quint.


Hernan Cortez menant un groupe d'indiens Tlaxcala vers Tenochtitlan.


Velasquez, le gouverneur de Cuba, n'a toujours pas digérer l'attitude de Cortés. Aussi, il monte une expédition de 1100 hommes dirigés par Narvaez, en avril 1520. Cortés part à la rencontre de cette expédition qu'il bat, malgré son infériorité numérique. Or, à Mexico, un de ses lieutenants a commis un massacre entraînant le soulèvement de la population. Il doit donc se rendre en urgence sur place. Il propose une armistice aux populations et tente de s'appuyer sur Moctezuma, mais ce dernier à perdu tout crédit auprès des Aztèques qui le lapident.

C'est la débandade pour les Espagnols qui doivent fuir en toute hâte Mexico dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520 (la Noche triste). Ils perdent de nombreux hommes, leur artillerie et leur or, mais parviennent tant bien que mal à rallier Tlaxcala. Déterminé, Cortés convainc ses hommes de repartir à la conquête de la capitale aztèque. Il fait ainsi fabriquer 13 brigantins et met en place un blocus de Tenochtitlan. Les Aztèques, emmenés par le nouvel empereur Cuauhtémoc, offrent une résistance acharnée malgré les privations, l'épidémie de variole qui décime la population. Cortés doit donc mener une guerre totale pour venir à bout de cette résistance. Le 13 août, avec la capture de Cuauhtémoc, l'empire aztèque disparaît.

Jusqu'en 1524, Cortés gouverne personnellement le Mexique, après confirmation de ses pouvoirs par Charles Quint. De 1524 à 1526, il tente de mâter la rébellion d'un de ses lieutenants. En 1528, il doit retouner en Espagne pour répondre de ses actes, il ne dirigera plus le Mexique, mais le roi d'Espagne lui donne le titre de marquis de la vallée d'Oaxaca, une des régions les plus riches de la Nouvelle-Espagne. Il termine sa vie en Espagne et meurt à Séville en 1547. Conformément à ses dernières volontés, ses restes seront transportés au Mexique.



Chef charismatique et meneur d'hommes exceptionnel, Cortés reste l'une des figures les plus controversées du Mexique. Il sait tenir ses troupes et évite les pillages systématiques. Si il ne planifie pas la destruction du monde indigène, il n'hésite cependant pas à écraser impitoyablement les indiens assiégés en 1521. Soldat tenace, la grande force de Cortés réside dans l'attachement et le dévouement de ses hommes.

Young propose ici une chanson dans laquelle il oppose la cruauté du conquistador aux munificences de l'empire aztèque (il sera d'ailleurs censuré dans l'Espagne franquiste). Il décrit les sociétés précolombiennes de manière idéalisée et évoque très rapidement Cortés, le présentant comme l'assassin des populations et le fossoyeur de ces civilisations brillantes. Certes, cette vision reste caricaturale, il n'empêche que sa description poétique des sociétés indiennes ne manque pas de souffle. Surtout, sa longue et superbe introduction à la guitare reste un moment très fort.

"Cortez the killer" Neil Young (1975).

He came dancing across the water
With his galleons and guns
Looking for the new world
In that palace in the sun.

On the shore lay montezuma
With his coca leaves and pearls
In his halls he often wondered
With the secrets of the worlds.

And his subjects gathered round him
Like the leaves around a tree
In their clothes of many colors
For the angry gods to see.

And the women all were beautiful
And the men stood straight and strong
They offered life in sacrifice
So that others could go on.

Hate was just a legend
And war was never known
The people worked together
And they lifted many stones.

They carried them to the flatlands
And they died along the way
But they built up with their bare hands
What we still cant do today.

And I know she's living there
And she loves me to this day
I still can't remember when
Or how I lost my way.

He came dancing across the water
Cortez, cortez
What a killer.
________________________________

Il arriva traversant l'océan en dansant
Avec ses galions et ses canons
Cherchant le nouveau monde
Dans ce palais au soleil.

Sur le rivage était étendu Moctezuma
Avec ses feuilles de coca et ses perles
Dans ses halls il avait souvent réfléchi
Aux secrets des mondes.

Et ses sujets se rassemblèrent autour de lui
Comme les feuilles autour d'un arbre
Habillés de leurs vêtements multicolores
Pour que les dieux en colère les voient

Et les femmes étaient toutes belles
Les hommes se dressèrent et déployèrent leur force
Ils offrirent leur vie en sacrifice
Pour que les autres puissent continuer.

La haine n'était qu'une légende
Et la guerre était inconnue
Les gens travaillaient ensemble
Et ils soulevèrent de nombreux rochers.

Ils les portèrent jusqu'aux plaines
Et ils mourûrent en chemin
Mais ils édifièrent de leurs mains nues
Ce que nous sommes encore incapables d'édifier à ce jour.

Et je sais qu'elle habite là
Et qu'elle m'aime jusqu'à ce jour
Je n'arrive toujours pas à me souvenir quand
Ou comment je me suis perdu en chemin.

Il arriva traversant l'océan en dansant
Cortez, Cortez
Quel assassin.

Source:
- Bernard Grunberg: "La folle aventure d'Hernan Cortés", in L'Histoire, n°322, pp22-25.

Liens:
- Le site officiel de l'artiste.
- De nombreuses versions de la chansons sur la Hype machine.
- L'étude de deux autres titres de Neil Young sur le blog:"Alabama" et "Ohio".

jeudi 8 janvier 2009

130. Tiken Jah Fakoly:" quitte le pouvoir".


Tiken Jah Fakoly.

Ce morceau de Tiken Jah Fakoly évoque le sort tristement commun à de nombreux pays africains, englués dans des régimes autoritaires, souvent très durs.
Sans nommer quelqu'un en particulier, le chanteur s'adresse aux dictateurs en général. Le message reste malheureusement tristement d'actualité comme le prouve la situation de la Guinée Conakry.


* La période Sékou Touré:

Très peu de temps après l'indépendance, acquise aux dépens de la France, le nouveau chef de l'Etat, Sékou Touré instaure un régime très dur. Il rejoint le camp socialiste et ne cesse de fustiger "l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme". La France a démantelé les infrastructures du pays lors de son départ et refuse toute forme de coopération avec l'ancienne colonie.

Durant la période Touré, on compte pas moins de 17 tentatives de coups d'Etats. Désormais, le dictateur vit dans la hantise du putsch et sombre dans la paranoïa, qui le conduit à massacrer tous ces rivaux potentiels. Il n'hésite pas à faire fusiller la quasi-totalité de son gouvernement en 1964. Ainsi, le coup d'Etat manqué d'exilés guinéens du 22 novembre 1970, appuyé par les Portugais, plonge le pays dans la terreur, marquée par des arrestations et exécutions en série. Cette date devient d'ailleurs symbolique. L'Horoya band adopte d'ailleurs le nom de 22 novembre band.



Des centaines de milliers de Guinéens fuient alors le pays. Des milliers d'opposants meurent sous la torture dans les sinistres geôles du camp Boiro. On estime que le Président Ahmed Sékou Touré s’est rendu coupable de la mort ou de la disparition de quelque 50000 personnes.
En 1984, la mort de Touré, le colonel Lansana Conté s'empare d'un pouvoir qu'il tient toujours d'une main de fer, utilisant à nouveau la violence et la contrainte. Ce dernier rompt avec la politique culturelle de Touré, abandonnant à leur sort les orchestres nationaux choyés par le régime de Touré.

* Quel bilan après 50 ans d'indépendance?

- Une dictature implacable.
Après 26 ans de pouvoir pour Touré et 24 ans pour Conté, le bilan est catastrophique. Nous avons déjà évoqué l'utilisation de la terreur pour gouverner sous le premier dirigeant guinéen. Or, Conté utilise, lui aussi l'armée et la terreur pour se maintenir au pouvoir. L'opposition fut muselée, voire emprisonnée.
Des émeutes embrasent les quartiers populaires de Conakry en 2008.

- Un scandale économique.
La Guinée est un pays extrêmement riche (Touré parlait de "scandale géologique"), avec des réserves importantes d'or, de diamants, 1/3 des réserves mondiales de bauxite (nécessaire pour l'uranium). Sa forêt est exploitée par des transnationales, tandis que ce "château de l'Afrique" n'exploite guère son immense potentiel hydroélectrique.
La corruption du régime a contribué aussi à détourner les richesses du pays au profit des fidèles de Conté. Les Guinéens disposent d'un pouvoir d'achat très faible et seul le système D permet au plus grand nombre de vivre. On estime que 70% de l'économie est gérée par le secteur informel (petits ateliers de couture, cireurs de chaussures). Dans ces conditions, l'explosion sociale qui embrase les quartiers populaires de Conakry en février 2007 ne saurait surprendre. La répression s'est abbatue aussitôt sur les manifestants, provoquant le décès de certains d'entre-eux.

Lansana Conté (à droite) avec un autre grand démocrate, le colonel Kadhafi.

* Les incertitudes l'après Conté.
Le général Lansana Conté est mort le 22 décembre 2008, après vingt-cinq ans de pouvoir. Le lendemain matin, un groupe de jeunes officiers prend le pouvoir avec à leur tête, le capitaine Dadis Camara. Ce dernier affirme aussitôt: "la Guinée a fêté le cinquantenaire de son indépendance, le 2 octobre dernier, avec un classement dans la catégorie des pays les plus pauvres de la planète. Avec les immenses ressources naturelles dont elle est dotée, la Guinée aurait pu être beaucoup plus prospère, mais l'histoire et les hommes en ont décidé autrement. Le détournement des deniers publics, la corruption généralisée, l'impunité érigée en méthode de gouvernement, l'anarchie dans l'appareil de l'Etat ont fini par plonger notre pays dans une situation économique catastrophique, particulièrement dramatique pour la grande majorité des Guinéens".

Ce constat est juste, mais il n'empêche que des militaires succèdent à un militaire. Or, depuis 50 ans, l'armée guinéenne tient le pays dans sa main. Les officiers ont créé un conseil, promettant de mettre un terme à tous les maux qui gangrènent le pays. Camara promet, en outre, et là encore c'est un grand classique de tout apprenti militaire, de retourner dans sa caserne d'ici 2010. Peut-être est-il de bonne foi, mais l'expérience permet tout de même d'en douter. Les militaires qui prennent le pouvoir ont, en général, bien du mal à le quitter (Lansana Conté l'a prouvé en son temps).
Gage de bonne volonté, un premier ministre civil a été nommé. Camara s'est engagé à organiser des élections démocratiques et transparentes d'ici 2010... A suivre.

* Des précédents fâcheux dans les jeunes Etats indépendants.
Les difficultés économiques et politiques ne tardent pas à s'abattre sur les nouveaux Etats indépendants.
Plusieurs éléments peuvent l'expliquer:

L'empereur Bokassa Ier.

- Les découpages territoriaux sont un héritage colonial : en Afrique, les frontières ont été tracées par les Européens, sans aucun compte de la géographie et des communautés ethniques ou religieuses. On a donc des Etats sans grande identité et souvent petits (« balkanisation » de l’Afrique). Il n’y a guère d’Etats-nations en Afrique.

Idir Amin Dada, le terrifiant dictateur ougandais au cours des années 1970.

Aussi beaucoup de ces nouveaux Etats connaissent très vite une dérive dictatoriale : inexpérience de la démocratie, faible scolarisation, élite réduite, énormes écarts de richesse. De nombreux coup d’Etats militaires ont lieu. Citons, parmi beaucoup d'autres Mobutu au Congo (1966-1997), Amin Dada en Ouganda de 1971 à 1979, Bokassa en "République" centraficaine (Bokassa Ier de 1966 à 1979). De nombreux dirigeants font l’objet d’un culte de la personnalité et s’appuient sur un parti unique. Ils instaurent, pour se maintenir, un régime policier répressif, censé maintenir la cohésion de la nation. Corruption, clientèlisme sont encouragés par les anciennes métropoles qui y voient l’occasion de préserver leurs intérêts.



Bref, le cas guinéen ne constitue pas une exception. Certes la situation a évolué aujourd'hui et il serait aujourd'hui caricatural de résumer la vie politique continent aux seules dictatures. Il n'empêche que la situation actuelle de la Guinée, du Zimbabwe, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, reste bien préoccupante...
Pour terminer, rappelons que lorsque Tiken Jah Fakoly joue dans un pays dirigé par un autocrate, il n'hésite pas à l'interpeller directement sur scène, l'incitant à "lâcher" le pouvoir. Il est ainsi persona non grata dans le Sénégal de Wade, dont le régime peut de moins en moins être considéré comme démocratique (il fut d'ailleurs un des premiers à soutenir la nouvelle junte militaire guinéenne).

"Quitte le pouvoir" Tiken Jah Fakoly.

Refrain :
Quitte le pouvoir
Quitte le pouvoir
Je te dis quitte le pouvoir

Tiken
Ca fait trop longtemps que tu nous fais perdre le temps
Depuis quarante ans tu refuses de foutre le camp
Tu pourrais avoir des emmerdes si tu nous laisses dans la merde
Oh la la, oh la la !

Refrain X 2

Tiken :
Je t’avais prévenu que tu as été mal élu
Mais tu t’es accroché, aujourd’hui tout est gâché
Tu pourrais avoir des ennuis si les choses restent ainsi
Oh la la ! Oh la la !

Refrain X 2

Tiken
Aucun changement dans vos comportements
Malgré différents gouvernements depuis quarante ans
Tu pourrais passer un sale moment si tu nous pourris le temps
Oh la la ! Oh la la !

Refrain X 2

Awadi
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Tu gouvernes mal, ton gouvernement man détourne mal les comptes monumentales
Oui ! Tant de mal ! Tu nous fais tant de mal
Il est donc évident quand nous pêche dans le mental
Pas dévolution, man libère le Peuple
Fais-le vite, fais-le bien
Man libère le Peuple
Et pense à demain, man libère le Peuple
Tu le fais pour de bon, tu le fais pour le Peuple
Rester tout le temps, tu nous pourris le temps
Pas le moindre changement, tu nous pourris le temps
Pas de boulot, pas de job, tu nous pourris le temps
L’avenir fout le camp, tu nous pourris le temps,
Une seconde de plus, c’est une seconde de trop,
Une minute de plus, c’est une minute de trop
Un cadavre de plus, c’est le cadavre de trop
Le mandat de plus, c’es le mandat de trop
On en a marre, on en a marre, on dit qu’on en a marre
On vit dans le stress, on dit qu’on en a marre
On n’a même pas de pain, on dit qu’on en a marre
Tout le Peuple, Tous les gosses, tous les mecs en ont marre
Voilà la porte, et sors dans le calme
Pas de balle, pas de sang, tu sors dans le calme
Voilà la porte, et sors dans le calme

Refrain :

Tiken
Laisse tomber l’histoire, tu sais bien pourquoi
Monsieur le Président, sans incident quitte le pouvoir
Laissez tomber l’histoire, vous savez pourquoi, Messieurs les Présidents
Quittez le Pouvoir Messieurs les Présidents, si vous aimez votre Peuple, quittez le Pouvoir

Refrain

Source:
* Les émissions l'Afrique enchantée des:
- 11 août 2008: la Guinée-Conakry 1.
- 12 août 2008: la Guinée-Conakry 2.
- 4 janvier 2009: Ambiance facile.

Liens:
- Sur le site de RFI: "Lansana Conté et après?".

lundi 5 janvier 2009

Sur la platine: janvier 2009.


Les Heptones.



1. Tindersticks:"Boobar". L'année dernière, la pop baroque des Tindersticks est venue hantée de nouveau nos oreilles. On aime ou pas, mais en tout cas, on ne peut pas reprocher au groupe de ne pas posséder sa propre empreinte sonore...

2. Super Mama Djombo:"Dissan na m'bera". Cet orchestre de Guinée-Bissau fut pendant les dernières années de la colonisation portugaise, l'enseigne musicale du parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). Comme en Guinée-Conakry et au Mali, les gouvernements des nouveaux Etats indépendants entendent s'attacher les services d'orchestres et promouvoir la musique moderne comme facteur important d'identité nationale.

Ce titre est chanté en kriol, synthèse de portugais et des langues locales, par Dulce Neves, seule femme du groupe. Il aborde de manière très critique les développements politiques après l'indépendance. L'orchestre réclame du gouvernement du respect pour ceux qui se sont battus afin d'obtenir la libération du pays. Le groupe reprend en cœur:" Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle." (source: le livret du coffret Golden Afrique N°1 sur lequel se trouve ce titre, ainsi que le suivant).

3. Orchestre de la paillote: "Kadia blues". Ce sublime instrumental est interprété par l'orchestre national de la paillote, avec notamment Djigui Touré à la trompette et Lenké Condé à la guitare. Créé en 1964, le groupe doit son nom à un club de danse aux toits en paille (la paillote). Pour en savoir plus sur la très riche, et méconnue, musique guinéenne, nous vous renvoyons aux 2 articles sur Lire-Ecouter-Voir.

4. The Heptones:"Freedom to the people". Ce classique d'un des groupes phares du reggae (nous vous en reparlons très vite sur le blog), les délicieux Heptones de Leroy Sibbles, remonte à 1971, mais n'a pas pris une ride.

5. Jean-Louis Murat:"la petite fée". Cette pépite de l'ombrageux auvergnat se trouve sur un formidable album qu'il a consacré en 2005 au célèbre chansonnier du XIX° siècle, Béranger (là encore, nous creuserons le sujet dans des articles à venir).

6. Gwen McRae:"90% of me is you". Un classique funk qui s'empare du corps de toute personne normalement constituée et incite à la danse.

7.Mike Pedicin:"Burnt toast and black coffee". Le rythm and blues est une musique brûlante, capable d'enflammer n'importe quelle piste de danse. C'est bien le cas avec cet incendiaire "Burnt toast and black coffee" (qui porte bien son nom).

8. Tommy McCook:"Blazing horns" (extended). Saxophoniste d'exception, Tommy McCook a gravé de très nombreuses faces pour son propre compte ou en accompagnement des groupes ska et rocksteady (avec son groupe les Supersonics). Il donne ici le meilleur de lui-même sur un instrumental envoûtant.

Liens:
- Un portrait de Super Mama Djombo sur Mondomix.com.

samedi 27 décembre 2008

129. Bob Dylan: "Talkin' John Birch Paranoid Blues".

 Une pancarte le long d'une autoroute à Birmingham (Alabama), en juin 1963:"Sauvons notre République, destituons Earl Warren". D'autres pancartes similaires furent érigées par la John Birch Society en réaction à l'action d'Earl Warren, membre de la Cour suprême, favorable à la déségrégation dans le sud des Etats-Unis.

Dylan écrivit ce titre à propos de la John Birch Society, une organisation politique ultra-conservatrice fondée en 1958, pour combattre la "menace communiste" aux Etats-Unis. L'organisation doit son nom à un militaire et missionnaire baptiste d’extrême droite assassiné en 1945 par des communistes.
Le chanteur parodie ici les méthodes de l'organisation, qu'il considérait comme une menace pour la liberté d'expression aux Etats-Unis, car ses membres accusaient tous ceux qu'ils n'appréciaient pas d'être des communistes.



Cette chanson vaudra quelques déboires à Dylan. Ainsi, le 12 mai 1963, le chanteur doit participer au Ed Sullivan Show, le gigantesque show musical télévisé des années 1950 et 1960, dont les audiences atteignaient des records.
Alors que Dylan devait interpréter « Talkin’ John Birch Society Blues », Stove Phelps, le conseiller à la programmation de CBS (chaîne sur laquelle était diffusée l'émission), s'y oppose.
Dylan refuse alors d’interpréter une autre chanson, et s’en va, furieux. Surtout,
le morceau, censé figuré sur le second album de Dylan, the freewheelin' Bob Dylan, est censuré par Columbia qui redoute un procès de la John Birch organisation.



Le titre permet d'illustrer les accès de fièvre qui s'emparent des Etats-Unis à intervalles réguliers. En l'occurrence, il s'inscrit dans le contexte de la guerre froide. Face à la menace que constitue le bloc soviétique, de nombreux Américains versent dans l'anticommunisme viscéral, quitte à voir des communistes partout. Cette red scare, la "peur du rouge", s'était déjà emparée du pays, au début du siècle, frappant impitoyablement tout individu de sympathie anarchiste.


Mais, l'acmé du phénomène reste sans conteste, la période du mccarthysme qui s'abat sur les Etats-Unis de 1947 à 1953.
Cette épisode se caractérisa par une paranoïa aigüe qui s'empara d'une frange très large de la population américaine. McCarthy en vint à suspecter tout le monde, voyant la mainmise des communistes sur l'ensemble des postes de direction aux Etats-Unis, de la Maison Blanche au Pentagone en passant par Hollywood.

Dylan démonte avec beaucoup d'humour ce mode de pensée qui conduit l'individu à suspecter tout le monde (même les présidents américains les lus illustres ne sont pas épargnés: "Prenez Eisenhower, c'est rien qu'un espion russe / Tout comme Lincoln, Jefferson et le nommé Roosevelt") et à voir des complots partout. Il met aussi en évidence les accointances nombreuses entre l'anticommunisme aux Etats-Unis et sympathies néo-nazies. Outre la référence à Hitler, le chanteur mentionne aussi George Lincoln Rockwell, le leader du parti néo-nazi américain au cours des années soixante: "il n'y a qu'un homme qui soit vraiment américain, c'est George Lincoln Rockwell".

George Lincoln Rockwell, parfois appelé l'"Hitler américain".

A d'autres occasions et dans des contextes très différents, l'opinion publique américaine et ses relais médiatiques, ont pris pour cible d'autres populations.
- Ainsi, pendant la seconde guerre mondiale, les Américains d'origine japonaise furent arrêtés et parqués dans des camps d'internement.
- Après les attentats du 11 septembre 2001, les populations originaires du Proche-Orient furent souvent victimes d'amalgames scandaleux.

"Bob Dylan: "Talkin' John Birch Paranoid Blues"

Well, I was feelin' sad and feelin' blue,
I didn't know what in the world I was gonna do,

Them Communists they wus comin' around,
They wus in the air,
They wus on the ground.
They wouldn't gimme no peace. . .


So I run down most hurriedly
And joined up with the John Birch Society,
I got me a secret membership card
And started off a-walkin' down the road.
Yee-hoo, I'm a real John Bircher now!
Look out you Commies!

Now we all agree with Hitlers' views,
Although he killed six million Jews.
It don't matter too much that he was a Fascist,
At least you can't say he was a Communist!
That's to say like if you got a cold you take a shot of malaria.

Well, I wus lookin' everywhere for them gol-darned Reds.
I got up in the mornin' 'n' looked under my bed,
Looked in the sink, behind the door,
Looked in the glove compartment of my car.
Couldn't find 'em . . .

I wus lookin' high an' low for them Reds everywhere,
I wus lookin' in the sink an' underneath the chair.
I looked way up my chimney hole,
I even looked deep inside my toilet bowl.
They got away . . .

Well, I wus sittin' home alone an' started to sweat,
Figured they wus in my T.V. set.
Peeked behind the picture frame,
Got a shock from my feet, hittin' right up in the brain.
Them Reds caused it!
I know they did . . . them hard-core ones.

Well, I quit my job so I could work alone,
Then I changed my name to Sherlock Holmes.
Followed some clues from my detective bag
And discovered they wus red stripes on the American flag!
That ol' Betty Ross . . .

Well, I investigated all the books in the library,
Ninety percent of 'em gotta be burned away.
I investigated all the people that I knowed,
Ninety-eight percent of them gotta go.
The other two percent are fellow Birchers . . . just like me.

Now Eisenhower, he's a Russian spy,
Lincoln, Jefferson and that Roosevelt guy.
To my knowledge there's just one man
That's really a true American: George Lincoln Rockwell.
I know for a fact he hates Commies cus he picketed the movie Exodus.

Well, I fin'ly started thinkin' straight
When I run outa things to investigate.
Couldn't imagine doin' anything else,
So now I'm sittin' home investigatin' myself!
Hope I don't find out anything . . . hmm, great God!

___________

J'étais triste et plein d'idées noires
et sans la moindre idée de ce que j'allais faire
et ces sacrés communistes qui rôdaient
ils étaient sur les ondes et dans l'air
ils étaient sur terre ils n'allaient jamais me ficher la paix

Alors j'ai pris mes jambes à mon cou pour aller
m'inscrire à la John Birch Society
je m'y suis pris une carte de membre secret
et je suis reparti parcourir les rues
Youpi me voilà John Bircher pour de bon!
Garez-vous, les cocos!

On est tous d'accord avec Hitler
bien qu'il est tué six millions de juifs
quelle importance qu'il ait été fasciste
au moins on peut pas dire qu'il était communiste!
C'est comme qui dirait se faire piquer pour le typhus quand on a un rhume

je me suis mis à les chercher partout, ces bon Dieu de rouges
le matin au réveil, un coup d'œil sous mon lit
un coup d'œil dans l'évier, un coup derrière ma porte
et dans la boîte à gants de la voiture
pas moyen de les repérer

je les ai cherchés du sol au plafond, les rouges
je les ai cherchés dans l'évier, sous la chaise
j'ai regardé dans le conduit de la cheminée
et même au fond de ma cuvette de cabinets
ils m'échappaient...

Assis tout seul chez moi, j'avais des sueurs froides
je les croyais dans ma télé
j'ai glissé un œil derrière l'écran
j'ai encaissé le jus, ça m'a secoué des pieds jusqu'au bulbe
C'était un coup des rouges!
C'était bien eux... ils sont coriaces!

J'ai quitté mon boulot pour travailler tout seul
j'ai changé mon nom pour celui de Sherlock Holmes
mon fourre-tout de limier à la main, j'ai suivi des indices
et découvert qu'il y avait des bandes de rouges sur le drapeau américain!
Cette vieille Betsy Ross... [elle fabriqua le 1er drapeau américain tel qu'il fut adopté par le Congrès, en 1977]

J'ai inspecté tous les livres dans la bibliothèque
à quatre-vingt-dix pour cent, ils sont à brûler
j'ai inspecté tous les gens que je connaissais
à quatre-vingt-dix pour cent, faut qu'ils y passent
les deux pour cent restants étaient des John Birchers ... comme moi

Prenez Eisenhower, c'est rien qu'un espion russe
Tout comme Lincoln, Jefferson et le nommé Roosevelt
à ma connaissance, il n'y a qu'un homme
qui soit vraiment américain, c'est George Lincoln Rockwell
c'est la vérité vraie qu'il encaisse pas les communistes: il a fait manifester
devant l'entrée d'Exodus

Pour finir, j'ai commencé à voir juste
quand j'ai plus rien eu sur quoi enquêter
et comme j'imaginais pas pouvoir faire autre chose
je me retrouve assis chez moi à enquêter sur moi!
j'espère que je vais rien trouver ... enfin... bon Dieu!

Sources:
- Extraits de la biographie que François Bon consacre à Dylan.
- "Les conservateurs américains se mobilisent" par Etienne Augris.
- Une courte biographie de Dylan.
- Un article clair et complet sur "la chasse aux sorcières" sur le blog de R. Tribouilloy.
- La red scare ne date de l'après seconde-guerre mondiale, la preuve.