samedi 26 avril 2008

22. Ruben Blades:"Desapariciones".



Caricature de Plantu, trouvée sur son très beau site.







Ruben Blades est un brillant chanteur et compositeur de salsa. Originaire du Panama, Blades multiplie les textes engagés. De passage à New York, il côtoie la diaspora portoricaine de la ville (Nuyorican) et intègre bientôt la mythique maison de disque Fania, sécialisée dans la salsa. Il rencontre alors Ray Barreto et surtout Willie Collon avec lequel il enregistre un des chef-d'oeuvre de la salsa, l'album Metiendo mano (1977). L'album Siembra (1978) démontre que la salsa peut véhiculer un message social à l'image de son titre phare Pedro Navaja.

La chanson desapariciones est tirée de l'album "Buscando América" (1984), dans lequel les thèmes sociaux et politique dominent.

Avec Hector Lavoe, Willie Colon, Ruben Blades est un des principaux représentants de la Salsa consciente, qui se caractérise par des textes riches, poétiques avec un fort contenu revendicatif, social et politique.

Cet engagement le pousse logiquement vers le monde politique. Ainsi, il se présente aux élections présidentielles panaméennes en 1994 et arrive en troisième position. En 2000 il est nommé ambassadeur aux Nations unies et rencontre des étudiants pour dénoncer le racisme.

Que alguien me diga si ha visto a mi esposo,
preguntaba la doña,
se llama Ernesto y tiene cuarenta años,
trabajaba de peón en un negocio de autos,
llevaba camisa oscura y pantalón claro,
salió de noche y no ha regresado
y no se ya qué pensar
pues esto antes no me había pasado.

"Quelqu'un a t'il vu mon mari?"

demandait la dame

il s'appelle Ernesto, il a 40 ans

il travaille dans un garage

il portait une chemise foncée et un pantalon clair

il est sorti dans la nuit et n'est pas rentré

je ne sais pas quoi penser

car cela ne m'était encore jamais arrivé.



Llevo tres días buscando a mi hermana,
se llama Altagracia igual que la abuela,
salió del trabajo para la escuela,
tenía puestos jeans y una camisa blanca,
no ha sido el novio, el tipo está en su casa,
no saben de ella en la policía
ni en el hospital.



Cela fait 3 jours que je cherche ma soeur

elle s'appelle Altagracia comme sa grand mère,

elle a quitté le travail pour aller à l'école,

elle portait un jean et une chemise blanche,

son fiancé n'y est pour rien, il est chez lui,

la police et l'hopital n'ont pas de nouvelles d'elle



Que alguien me diga si ha visto a mi hijo,
es estudiante de medicina,
se llama Agustín y es un buen muchacho,
es a veces terco cuando opina,
lo han detenido, no sé qué fuerza,
pantalón blanco camisa a rayas, pasó ante ayer.


"Quelqu'un a t'il vu mon fils",

il est étudiant en médecine,

il s'appelle Agustin et c'est un bon garçon,

il est parfois têtu quand il est convaincu,

il a été arrêté ar je ne sas quelle force,

(il portait) un pantalon blanc et une chemise à rayures, c'est arrivé hier.


Clara Quiñones se llama mi madre,
ella es un alma de Dios y no se mete con nadie,
se la han llevado de testigo
por un asunto que es nada más conmigo
y yo fui a entregarme hoy por la tarde
y ahora me dicen que no saben quién se la llevó
del cuartel.


Ma mère s'appelle Clara Quiñones,

c'est une sainte femme et elle ne cherche pas les problèmes,

ils l'ont embarquée en tant que témoin

pour ue affaire qui ne concerne que moi

je suis allé me rendre cette après-midi

et maintenant on me dit que personne ne sait qui l'a embarquée.



Anoche escuché varias explosiones,
tiros de escopeta y de revólver,
autos acelerados, frenos, gritos,
ecos de botas en la calle ,
toques de puerta, quejas por dioses, platos rotos,
estaban dando la telenovela,
por eso nadiemiró pa´fuera.
Avestruz.




Hier soir j'ai entendu plusieurs explosions,

des tirs de fusils et de revolver,

des voitures qui accélèrent, qui freinent, des cris,

le bruit des bottes dans la rue,

des gens qui frappent aux portes, des plaintes, des assiettes cassées,

le feuilleton passait à la télé,

personne n'a donc regardé dehors.

Ils faisaient l' autruche.

Ruben Blades


Adónde van los desaparecidos,
busca en el agua y en los matorrales
y por qué es que desaparecen,
porque no todos somos iguales
y cuándo vuelve el desaparecido
cada vez que lo trae el pensamiento,
cómo se llama al desaparecido,
una emoción apretando por dentro.



Où vont les disparus?


cherche dans l'eau et dans les buissons


et pourquoi disparaissent-ils?


Parce que nous ne sommes pas tous égaux


et quand reviennent-ils?


A chaque fois que l'on pense à eux.


et comment les appelle-t-on?


lorsqu'une émotion nous serre le coeur.



Dans ce titre, Ruben Blades décrit avec brio les conditions d'existence épouvantables des populations civiles dans les sociétés latino américaines sous le joug des dictatures militaires qui s'imposent dans la zone au cours des années 190 et 1970.



Le recours aux enlèvements, à la torture y est systématique.

La dictature militaire argentine qui sévit en Argentine de 1976 à 1983, serait ainsi responsable de la mort de 30 000 personnes. Les opposants politiques (syndicalistes, communistes...) et leurs enfants sont traqués, éliminés. Le régime a recours aux enlèvements. Les Mères de la place de Mai manifestent régulièrement pour exiger du pouvoir en place de rendre des comptes concernant les milliers de personnes disparues sous la dictature.


Cette pratique ne se limite malheureusement pas à la seule Argentine. Le Chili de Pinochet (1973 à 1989) et Manuel Contreras, directeur des services secrets chiliens (la Dina), instigateur principal du plan condor se spécialise aussi dans ces disparitions organisées. C'est aussi le cas du Paraguay de Stroessner (1954-1989), de la Bolivie de Banzer (1971-1978).

Chapitre d'histoire: confrontation Est/Ouest (1947-1991).

1 commentaire:

Henri a dit…

Les disparitions en Amérique Latine peuvent aussi avoir été organisées par des groupes paramilitaires qui éliminent des opposants ou des gêneurs, par des groupes d'opposants ou de guérilla qui kidnappent et séquestrent contre des rançons sans oublier les cartels mafieux qui organisent des disparitions ou des meurtres. Les uns et les autres utilisent des sicaires et tueurs à gages. Il est donc simpliste de réduire la chanson de Ruben Blades à la lutte contre les dictatures de droite pro-americaine