vendredi 23 mai 2008

41. Phil Ochs:"Freedom riders". (1962)


Les grandes étapes des Freedom Rides.

A la fin des années 1940, le Congress of Racial Equality (CORE) organise une série d'actions non violentes contre la ségrégation raciale dans les bus inter-Etats. Ces "voyages de la réconciliation rassemblent Blancs et Noirs qui s'assoient ensemble dans les sections des bus réservées aux Blancs.

Quinze ans plus tard, la Cour suprême ayant décidé que la ségrégation dans les bus et les trains étaient anticonstitutionnelle, le CORE, épaulé par le Student Nonviolent Coordinating Commitee (SNCC ou snick), réactive ce type d'actions non violentes avec l'organisation des Voyages de le Liberté (Freedom rides). A partir du 4 mai, des groupes de protestataires noirs et blancs se réunissent et projettent de se rendre de Washington (6) à la Nouvelle Orléans (7), l'arrivée dans la cité du croissant étant prévue pour le 17 mai.

Les transports publics entre Etats restent ségrégués malgré la loi fédérale. Dans les gares routières, Blancs et Noirs ne peuvent attendre dans les mêmes lieux.

Des Blancs s'assoient donc délibérément avec des Noirs dans des salles d'attente et des restaurants réservés aux Blancs, bravant ainsi les codes locaux de ségrégation. Dès lors, les voyageurs de la liberté sont harcelés, arrêtés, battus à plusieurs reprises. A Rock Hill (Caroline du sud, 1), deux voyageurs sont battus, l'un d'entre eux est arrêté pour avoir utilisé des toilettes réservées aux blancs.

Le 14 mai, à Anniston (Alabama), attaque très violente d'un des bus par une foule haineuse de 200 personnes armées de battes, couteaux et barres de fer. Un cocktail molotov est jeté dans le véhicule, tandis que les portes sont délibérément bloquées. A demi asphyxiés, les passagers réussissent à s'échapper par une issue de secours grâce à des membres de la garde nationale de l'Alabama qui tirent en l'air pour éloigner la foule. Douze riders hospitalisés.



Les passagers du second bus (Trailways) sont violemment agressés à leur arrivée à la gare routière de Birmingham (Alabama), le 14 mai 1961, par des membres du Klan. La police de Bull Connor est étrangement absente et n'intervient qu'au bout de quinze minutes. Entre temps, les passagers du Trailways ont été frappés, insultés, meurtris. Aucun des agresseurs n'est arrêté!
Aussi,les freedom riders doivent mettre un terme à leur périple qui devait les conduire à la Nouvelle Orléans. Dans les jours qui suivent, de nouveaux volontaires se présentent pour poursuivre l'initiative.
Les hommes du Klan s'acharnent contre les riders dans la gare routière de Birmingham, le 14 mai 1961.
Le ministre de la justice, Robert Kennedy, le frère du président tente de dissuader les riders. Il entend temporiser et "refroidir les tensions. James Farmer du CORE lui rétorque: "On a refroidi la vapeur pendant cent ans, si on continue, on va geler sur place".

Des bus repartent ainsi de Nashville. La police de Birmingham les arrêtent le 17 mai. les voyageurs sont reconduits dans le Tennessee. Les voyages reprennent néanmoins sous la protection des forces fédérales. Le 20 mai, 21 voyageurs quittent Birmingham en autobus tandis qu'un avion survole la route en permanence. Mais, à Montgomery, la police d'Etat n'est pas autorisé à pénétrer dans la ville. Une foule en colère mutile et blesse les riders. Même John Seigenthaler, un envoyé spécial de Kennedy, reçoit un coup de barre de fer sur le crâne. La police municipale de Montgomery a donc, avec l'accord tacite du gouverneur de l'Alabama, livré les riders aux coups de la populace déchaînée.



Les nombreux blessés sont conduits à l'hôpital de la ville. Robert Kennedy envoie aussitôt 600 marshalls fédéraux pour monter la garde autour de l'établissement. Dans le même temps, Martin Luther King organise à Montgomery un rassemblement de soutien aux Voyages de la Liberté dans l'église baptiste de Ralph Abernathy, son bras droit. Dans la soirée, 1500 personnes se trouvent dans l'église assiégée par une foule particulièrement hostile. Robert Kennedy, joint au téléphone par MLK, exige l'intervention du gouverneur Paterson qui décrète la loi martiale. C'est sous l'escorte de l'armée que les compagnons de King sortent indemnes de l'église.



L'opération non- violente se transforme en véritable opération militaire. Le 24 mai, deux bus occupés par 27 riders quittent Montgomery pour rallier Jackson (Mississippi, 5). Aucune foule hostile n'attend les voyageurs dans la ville, mais la police se charge d'arrêter les manifestants lorsqu'ils pénètrent dans une salle d'attente réservée aux Blancs. Jugés et reconnus coupables de troubles à l'ordre public (sic) par la justice du Mississippi. Ils sont condamnés à 60 jours de détention dans le redoutable pénitencier de Parchman.


John Lewis et James Zwerg, deux Freedom Riders battus par une foule déchaînée à Montgomery, le 20 mai 1961.


Ces voyages ont des conséquences positives, dans la mesure où ils galvanisent les populations noires du sud si isolées jusque là. Surtout, les photographies choquantes des agressions visant les riders révèlent aux Américains la violence des partisans de la ségrégation. Enfin, le gouvernement fédéral se voit contraint d'intervenir. Jusque là J.F. Kennedy ménage autant que possible ses appuis démocrates dans le sud et ne remet pas véritablement en question la ségrégation. Une prise de conscience timide, et non dénuée d'arrière pensées, intervient alors, notamment chez le ministre de la justice, Robert Kennedy.

Le toujours très engagé Phil Ochs dépeint ici la violence qui accompagne ces voyages de la liberté. Il souligne à quel point l'attitude des foules racistes est anachronique. Pour lui, le combat est sur le point d'être gagné et les Etats-Unis pourront alors enfin être considérés comme une grande démocratie.

Phil Ochs:"Freedom riders".

Jackson, mississippi, is a mighty white town,
The white folks they like to keep the black folks down

They think they'll be allright, but there's gonna be a fight
And they'll have to share that freedom crown,

Yes, they'll have to share that freedom crown.

Freedom riders roll along
Freedom riders wont be long
Wont be long.

They boarded a bus in washington d.c.

To enter a state half slave and half free

The wheels hummed a song and they sang along
The song of liberty, the song of liberty.
*chorus*

(...)

*chorus*

One of these days and it wont be long
The solid south is gonna sing another song
They'll understand that a mans not a man til he has all the freedoms of the land.

*chorus*


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Jackson, Mississippi, est une ville blanche puissante /
Les Blancs aiment y dominer les Noirs /
Ils pensent qu'ils seront bien ainsi, mais il va y avoir du grabuge /
Et ils vont avoir à partager cette couronne de liberté /
Oui, ils devront la partager. /
Les Freedom riders arrivent /
Les Freedom riders ne tarderont pas /
ils ne tarderont pas. /
Ils sont montés dans un bus à Washington D. C. /
Pour pénétrer dans un Etat mi-esclave mi-libre /
Des roues montaient un air, elles entonnaient /
la chanson de liberté, la chanson de liberté.

Un de ces jours, sans tarder /
Le profond chantera une nouvelle chanson /
Ils comprendront qu'un homme n'est pas un homme /
tant qu'il ne profite pas de toutes les libertés du pays.

Sources:
- Y. Delmas et C. Gaancel:"Protest song. La chanson contestataire dans l'Amérique des sixties", Textuel, 2005.
- N. Bacharan:"Histoire des Noirs américains au XXème siècle", Complexe, 1994.
- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Phaïdon, 2005.

Liens:
- Un ouvrage de référence sur les Freedom rides (en anglais).

Chapitre d'histoire: les limites du modèle américain.

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