mardi 3 juin 2008

48. Gil Scott Heron:"Klan".

Le Ku Klux Klan est une société secrète secrète fondée par des milices blanches dans le sud des États-Unis, au lendemain de la guerre de Sécession, en 1866. Son objectif principal est la lutte contre les Noirs, que venait d’émanciper (en 1865) le XIIIe amendement à la Constitution, et leurs alliés du Nord (carpet-baggers, membres du gouvernement fédéral en poste dans les anciens États sécessionnistes).

L’abolition de l’esclavage qui succède à la défaite des sudistes ne saurait être acceptée. L’occupation militaire de l'ancienne Confédération par les troupes de l’Union (les nordistes) est, elle aussi, très mal vécue. Le Klan utilise la violence, principalement contre les Noirs. Les klansmen cachent leur identité sous de longues robes blanches et des masques coniques. Sur leurs chevaux, torches à la main, ils multiplient les virées nocturnes tapageuses, dans le but de terroriser les communautés noires du sud. Leur symbole est une croix qui brûle. Des lois ont immédiatement combattu le Klan, que ses propres excès discréditaient auprès de la plupart des Sudistes; il fut officiellement dissous en 1869.



La sortie du film Birth of a nation, en 1915, marque aussi la renaissance du Ku Klux Klan, qui se développe très rapidement et étend son audience vers l'Ouest et le Middle West. Au début des années 1920, il revendique 2 à 3 millions de membres. Surtout, l'organisation est devenue une institution respectable dans le sud, où elle sait pouvoir compter sur le soutien de nombreuses personnalités.

De fait, les auteurs de meurtres, lynchages et autres actes de terreur avérés (incendies, croix enflammés devant les maisons de leurs "ennemis", tabassages) sont rarement poursuivis ou condamnés. Bientôt, le Klan élargit sa cible à tous ceux qui ne sont pas des White Anglo Saxon Protestant: juifs, catholiques, "rouges", immigrants slaves ou latins...

 
"Il y avait trois croix sur la colline / Chacune avait un chapeau de feu."

L'audience du Klan décline fortement avec la crise de 1929.

Avec ce titre, Gil Scott Heron (GSH) décrit avec brio la terreur que faisaient régner les hommes du Klan au sein des communautés noires du Sud des Etats-Unis. Elevé dans le vieux sud par sa grand mère, GSH gagne le nord du pays et poursuit ses études à la Fieldston School du Bronx grâce à une bourse d'étude. Il écrit bientôt deux romans, qui passent inaperçus. Avec un ancien camarade, Brian Jackson, il se lance dans la musique.

Il développe un style hybride, à la croisée du jazz, de la soul et du funk. Ses chants scandés - spoken word - annoncent l'émergence du rap. Ses textes, souvent véhéments, décrivent le sinistre quotidien des ghettos noirs des Etats-Unis des années 1970. Ses titres deviennent de véritables chroniques des problèmes politiques et sociaux dont lui-même souffre au quotidien. Il s’impose comme un défenseur inlassable de la cause noire américaine. Il dépeint une Amérique malade. Misère, violences, racisme, drogues gangrènent un pays alors en plein doute. La présidence Nixon, la politique d'apartheid en Afrique du sud, les dérives médiatiques, GSH ne s'interdit aucun thème et gratte là où ça fait mal.


Incarcéré à plusieurs repises pour des problèmes liés à la drogue, GSH n'est plus que l'ombre de lui même, mais ses compositions restent d'actualité et son oeuvre exigeante mérite l'attention.


Emblème du KKK



"The Klan" G. Scott Heron.


Countryside was cold and still
There were three crosses on the hill
Each one wore a burning hood
To hide its rotten core of wood
And I say father, father


I hear an iron sound
Hoof beats on the frozen ground
And downhill the riders came
Lord it was a cryin' shame
To see the blood upon their whips
To hear the snarlin' from their lips


And I cried mother, mother
I feel a stabbing pain
Blood runs down like summers rain
And each one wore a mask of white
To hide his cruel face from sight


And each one sucked a hungry breath
Out of the empty lungs of death
And I say sister, sister,
I need you to take my hand
It's always lonely when it's time to stand


He who rides with the klan
Is a devil and not a man
For underneath his white disguise
I have looked into his eyes


And I say brother, brother, stand by me
It's not so easy to be free
Father, mother, sister, brother, stand by me
It's not so easy to be free
It's not so easy to be free
It's not so easy to be free


Nobody ever said it would be easy
Nobody ever said it would be easy
It's not so easy, no it's not so easy


.............................



Le paysage était froid et figé
Il y avait trois croix sur la colline
Chacune avait un chapeau de feu
Pour cacher son coeur de bois pourri



Et j'ai dit:
Père! Père, j'entends un bruit de fers
Le rythme des sabots sur le sol gelé
Et les cavaliers sont descendus de la colline
Mon dieu, c'etait horrible
De voir le sang sur leurs fouets
D'entendre leurs grognements



Et j'ai hurlé: Mère!
Mère, je sens une douleur perçante
Le sang coule comme une pluie d'été
Et chacun d'un portait un masque blanc
Pour cacher son visage haineux à nos vues
Et chacun aspira le souffle affamé
Sortant des poumons vides de la mort



Et j'ai dit: Soeur!
Soeur, prends-moi la main
La solitude est toujours là lorsqu'il faut résister
Celui qui chevauche avec le Klan
Est un démon, pas un homme
A travers son déguisement blanc
J'ai regardé droit dans ses yeux



Et j'ai dit: Mon frère!
Mon frère, tiens-toi à mes côtés
Ce n'est pas si facile d'être libre
Père, Mère, ma soeur, mon frère, tiens-toi à mes côtés
Ce n'est pas si facile d'être libre
Ce n'est pas si facile d'être libre
Ce n'est pas si facile d'être libre
Ce n'est pas si facile d'être libre



Personne n'a jamais dit que ce serait facile
Personne n'a jamais dit que ce serait facile
Ce n'est pas si facile, pas si facile

Liens: 

- un très bon site avec des extraits de titres de Gil Scott Heron, les paroles de nombreux morceaux...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour à vous. Je découvre ce blog grâce à Gil... J'aime le concept de ce blog. Etant enseignant de français, je fais aussi intervenir la musique dans mes cours. Et Gil Scott Heron est un poète engagé que j'apprécie au même titre que Jackson Browne et d'autres. Je vais feuilleter ce blog qui est une mine pour moi. Merci pour tout votre formidable travail. Cela donne des idées.
Garrincha

J. Blottiere a dit…

Merci pour ton commentaire sympa. J'adore moi aussi utilisé la musique en classe lorsque cela s'y prête.
N'hésite pas à me proposer des titres ou même rédiger un article si cela te tente (voici mon mail: blottiere@gmail.com).

A bientôt.
J.B.