mardi 9 septembre 2008

85. "Russians" de Sting et .... un peu de Prokofiev

Ah, voici une chanson qui peut illustrer les derniers avatars de la guerre froide. Ecrite en 1985, elle a marqué ma génération car elle fut un tube au moment où les Russes étaient encore les "méchants" de la guerre froide. La même année sortait d'ailleurs Rocky IV, où le gentil Rocky Balboa devait avoir à faire au monstrueux Ivan Drago...mais heureusement, tout finit bien, Rocky gagne son combat et prononce un beau discours de concorde et de tolérance, plein de bons sentiments sucrés....Beurk, ça colle !
Cette chanson quoique moins naïve est inspirée de la même veine...Elle est un point de vue occidental sur la guerre froide du milieu des années 80. L'opinion publique est fatiguée de cette guerre si singulière et devine inconsciemment que le système soviétique n'en pas plus pour longtemps...sa dangerosité s'effrite surtout depuis que le réformateur Gorbatchev est arrivé au pouvoir en mars 1985. L'anticommunisme est donc moins virulent ou tout au moins, plus ciblé. A la sortie de l'album, la Perestroïka et le rapprochement Est-Ouest transforme immédiatement Russians en objet d'histoire puisque les dirigeants ont changé. Certes, la méfiance vis-à-vis de Gorbatchev va quelque peu perdurer. Tout cela n'empêche pas la chanson de rencontrer un franc succès, particulièrement en France.

Sting, ancien chanteur de The Police (formé en 1977) débute donc sa carrière solo par cet album. Il aurait selon lui, fait un rêve de tortues bleues ce qui lui aurait donné l'idée du titre. Quant à la chanson, elle-même, Sting a utilisé un vieux truc de musicien, il a emprunté la mélodie à un air de musique classique. Il n'est pas le premier, on se souvient par exemple de Gainsbourg qui emprunta un air de Chopin pour écrire sa chanson Lemon Incest....
Sting s'est ainsi très largement inspiré d'un thème de Prokofiev, Le Lieutenant Kijé écrit en 1933 pour la bande son d'un film de propagande qui dénigrait un empereur russe, Paul Ier.


Si on revient, enfin aux paroles de la chanson, on aime la phrase pleine d'humanisme : I hope the russians love their childrens too.
Il évoque également entre les lignes, la crise des euromissiles : Mister Reagan says, "He will protect you" c'est-à-dire, le regain de tension entre les deux Grands au début des années 80 à l'occasion de l'installation en Europe de missiles SS20 soviétiques et Pershing II américains. Cette phrase évoque sans doute également le programme IDS : initiative de défense stratégique appelé aussi Guerre des étoiles qui prévoyait de mettre en place un bouclier anti-missile à partir de satellites dans l'espace.

From Oppenheimer's deadly toy?
Le physicien américain, Robert Oppenheimer (1904-1967) est considéré comme le père de la bombe nucléaire. La chanson n'évoque cependant pas ces sympathies communistes et son limogeage qui en découle en 1953.


POur conclure, je constate que cette chanson est aujourd'hui encore un témoignage de l'importance de la guerre froide dans la plupart des arts de cette époque : musique, cinéma, peinture, littérature etc.... Les exemples fourmillent, nous aurons sans doute l'occasion de nous pencher à nouveau dessus.

JC Diedrich



Quelques mots sur le clip, il est sans conteste inspiré du cinéma expressionniste allemand : noir et blanc, gros plan sur les visages, machineries, villes monstrueuses...On retrouve un peu tout cela dans ce clip.... Il me fait finalement également penser, au clip de Queen datant de 1984 : Radio Gaga où le réalisateur avait intégré des images du célèbre film expressionniste de Fritz Lang : Metropolis


Ici, le morceau de Prokofiev, c'est le même thème, sans aucun doute !
Découvrez Michael Tilson Thomas;Los Angeles Philharmonic!




Voici les paroles en anglais et une traduction presque fidèle...
In Europe and America
There's a growing feeling of hysteria
Conditioned to respond to all the threats
In the rhetorical speeches of the Soviets

Mister Krushchev said, "We will bury you"
I don't subscribe to his point of view
It'd be such an ignorant thing to do
If the Russians love their children too

How can I save my little boy
From Oppenheimer's deadly toy?
There is no monopoly of common sense
On either side of the political fence

We share the same biology
Regardless of ideology
Believe me when I say to you
I hope the Russians love their children too

There is no historical precedent
To put the words in the mouth of the president?
There's no such thing as a winnable war,
It's a lie we don't believe anymore

Mister Reagan says, "He will protect you"
I don't subscribe to his point of view
Believe me when I say to you
I hope the Russians love their children too

We share the same biology
Regardless of ideology
What might save us, me and you,
Is if the Russians love their children too



En Europe et Amérique
Il y a un sentiment croissant d'hystérie
Conditionné pour répondre à toutes les menaces
Dans les discours rhétoriques des Soviétiques

Monsieur Kroutchev a dit, nous vous enterrerons
Je ne souscris pas à son point de vue
Ce serait une chose si ignorante à faire
Si les Russes aussi aiment leurs enfants.

Comment est-ce que je peux sauver mon petit garçon
Du jouet mortel d'Oppenheimer ?
Il n'y a aucun monopole de bon sens
De chaque côté de la barrière politique

Nous partageons la même biologie
Indépendamment de l'idéologie
Croyez moi quand je vous dis
J'espère que les Russes aiment leurs enfants aussi

Il n'y a aucun précédent historique
Pour mettre les mots dans la bouche du président ?
Il n'y a aucune telle chose comme une guerre gagnable,
C'est un mensonge que nous ne croirons plus

Monsieur Reagan dit : Nous vous protégerons
Je n'adhère pas à son point de vue
Croyez-moi quand je vous dis
J'espère que les russes aiment leurs enfants aussi

Nous partageons la même biologie
Indépendamment de l'idéologie
Ce qui pourrait nous sauver, moi et vous,
Est si les Russes aussi aiment leurs enfants

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci d'avoir posté cet article car j'ai un exposé d'anglais à faire sur la chanson Russians de Sting et c'est exactement toutes les informations dont j'avais besoin !!! Merci Caroline, élève de première.

Anonyme a dit…

Très bonne analyse. On pourrait ajouter qu'il y a un jeu de mots dans "little boy" : c'est certes "petit garçon", mais aussi le nom de la première bombe atomique (à uranium) larguée le 6 août 1945 sur Hiroshima.

Bernard_Marx a dit…

Trés bon choix et bonne analyse. Ton blog est trés bien fait.
Par contre je ne suis pas d'accord avec ta présentation de la chanson : "Les "méchants" soviétiques tels que Sting les perçoit."
Effectivement, il s'adresse principalement aux occidentaux et, comme sont titre l'indique, la chanson parle principalement de la riposte russe mais les phrases "There is no monopoly of common sense on either side of the political fence.", "Mr. Reagan says, "He will protect you". I don't subscribe to this point of view." et "There's no such thing as a winnable war, it's a lie we don't believe anymore" montrent bien que cette chanson à aussi une porté plus large avec un message anti-guerre pour les deux camps, critiquant aussi la bêtise de Reagan.

Anonyme a dit…

Je vous remercie pour cette analyse de Russians, je devais justement faire un exposé un Anglais sur une musique engagée et j'ai choisi celle-ci a la demande de mon père. J'avais besoin de ces informations. Merci encore.

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour cette analyse. Enormément d'information necessaire pour mon oral d'histoire des arts !

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour cette analyse !
Je vais passer l'oral d'histoire des arts et j'analyse justement la chanson et il me manquait quelques renseignements... je suis maintenant bien informée !

Anonyme a dit…

Merci !

Desman a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec B Marx, les paroles sont assez transparentes. Il n'y a pas de méchants et de gentils, Sting renvoie dos à dos Américains et Soviets.

Anonyme a dit…

merci beaucoup toutes les informations m'ont était très utiles pour mes fiches d'histoire des arts. J'ai conseillé cette page à des amis.