dimanche 8 mars 2009

146. Kinks: "Churchill says". (1969)


Après avoir soumis toute l'Europe continentale, Hitler se tourne vers la Grande Bretagne, dernier bastion qui lui résiste encore. Echaudé par les précédents historique (l'échec de l'invincible armada, les velléités napoléoniennes), le führer sait qu'un débarquement sur l'île ne peut réussir sans une préparation très rigoureuse.

Quoi qu'il en soit, il décide néanmoins d'engager massivement l'Allemagne dans une bataille aérienne très dure contre l'Angleterre à partir de juillet 1940. La bataille d'Angleterre débute par l'attaque des convois dans la Manche, le bombardement intensif des ports de la côte sud de la Grande Bretagne. Hermann Goering, qui dirige la Luftwaffe, l'aviation de combat allemande, entend d'abord s'assurer le contrôle des airs. 700 chasseurs allemands sont engagés dans la bataille.

Des milliers de tonnes de bombes s'abattent sur Londres pendant le Blitz.

Très rapidement, ces offensives rencontrent la résistance héroïque des pilotes britanniques du «Fighter Command» (à bord de leurs redoutables Spitfire). Elles se soldent aussi par de très lourdes pertes du côté allemand, en raison de la mise au point d'un nouveau système de défense anglais, le radar, capable d'anticiper les attaques et d'en atténuer les effets.



Une véritable guerre psychologique débute à partir de septembre. Goering entend briser la volonté de résister des Britanniques en ruinant l'économie de l'île et en terrifiant les populations civiles grâce aux raids aériens incessants. Il convainc même Hitler que cette guerre à outrance obligerait la Grande Bretagne à négocier, sans que les troupes allemandes n'aient à débarquer. Le Blitz débute alors. Cette campagne de bombardement intensif vise les villes britanniques et les usines encore debout, à partir du 7 septembre 1940. Pendant 76 nuits, 250 bombardiers allemands en moyenne déversent des tonnes de bombes. Une ville comme Coventry est par exemple presque rayée de la carte. Au bout du compte, le Blitz provoque la mort de 60 000 personnes et endommage deux maisons sur trois!

Coventry pendant le Blitz.

Pour autant, l'attitude des Britanniques dément les prévisions de Goering. Face aux attaques répétées de la Luftwaffe, ils restent solidaires et déterminés à résister. Ils peuvent s'appuyer sur leur nouveau dirigeant, l'intraitable Churchill. Ce dernier, tout au long de ses allocutions au cours de cette bataille martèle toujours les mêmes idées. Il convient de lutter jusqu'au bout sinon les Britanniques seront soumis au joug nazi ("Nous voulons gagner comme le dit M. Churchill / Oh! oh! oh! oh! oh! oh! M. Churchill dit / Qu’il faut que nous levions le menton / Que nous montrions un peu de courage et un peu de discipline"). Seul un effort de la nation toute entière permettra de triompher. Surtout, il tient un discours de vérité à ses concitoyens: "Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la sueur et des larmes" clame-t-il dans un de ses plus fameux discours.



Tous les efforts doivent donc être tendus vers l'objectif final, remporter la bataille d'Angleterre. Une économie de guerre se met en place. Les Kinks font d'ailleurs référence au baron Beaverbrook, le ministre de la production d'aéronefs, puis ministre du ravitaillement lors du conflit. Pour lui, il faut absolument économiser l'acier: "M. Beaverbrook dit, nous devons économiser notre acier / Et toutes les portes de jardin / Et les canettes vides nous feront gagner".

De juillet à octobre 1940, 415 pilotes anglais perdront la vie dans cet affrontement décisif. Le Vieux lion leur rend hommage le 20 août : «Jamais dans l'histoire des guerres un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre» (les Kinks incorporent cette citation dans leur chanson). Devant l'incapacité de vaincre la chasse adverse, Hitler reconnaît son échec et renonce dès le 12 octobre à son projet d'invasion. C'est un premier et immense succès pour Churchill et les Britanniques.





Cette chanson des Kinks est tiré de l'album Arthur (Or The Decline And Fall Of The British Empire). Ce concept album de 1969 narre en une dizaine de chansons la vie d'un certain Arthur, en fait le beau-frère de Ray Davies (leader des Kinks). C'est l'occasion de décrire le déclin et la chute de l’Empire Britannique. Pour Duffman sur Inside-rock.net (voir liens), "cet Arthur sera alors un prétexte pour parler d’empire colonial, de culture anglaise, de guerre, mais aussi pour décrire avec toujours autant de perspicacité les mœurs de la classe moyenne anglo-saxonne."

Au bout du compte, le morceau Chuchill says offre une description ironique, truffée d'allusions à différents discours de Churchill, de l’abnégation anglaise pendant la bataille d'Angleterre. Mais sous l'ironie, on perçoit néanmoins une petite pointe de fierté pour ce peuple et son dirigeant qui ont su résister à l'ennemi.

Spéciale dédicace pour Marie et Fabi. Et vive les Arthur!

Kinks: "Churchill says". (1969)

Well Mr. Churchill says, Mr. Churchill says
We gotta fight the bloody battle to the very end
Mr. Beaverbrook says we gotta save our tin
And all the garden gates
And empty cans are gonna make us win

We shall defend our island
On the land and on the sea
We shall fight them on the beaches
On the hills and in the fields
We shall fight them in the streets
Never in the field of human conflict was so much owed to so few
'Cos they have made our British Empire
A better place for me and you
And this was their finest hour
Well Mr. Montgomery says
And Mr. Mountbatten says
We gotta fight the bloody battle to the very end
As Vera Lynn would say
We'll meet again someday
But all the sacrifices we must make before the end

Did you hear that plane flying overhead
There's a house an fire and there's someone lying dead
We gotta clean up the streets
And get me back on my feet
Because we wanna be free
Do your worst and we'll do our best
We're gonna win the way that Mr. Churchill says
Oh! oh! oh! oh! oh! oh! Well Mr. Churchill says
We gotta hold up our chins
We gotta show some courage and some discipline
We gotta black up the windows and nail up the doors
And keep right on till the end of the war


______________________________________

Hé M. Churchill dit, M. Churchill dit,
Il faut que l’on mène cette fichue bataille jusqu’à sa toute fin

M. Beaverbrook dit, nous devons économiser notre acier

Et toutes les portes de jardin

Et les canettes vides nous feront gagner



Nous défendrons notre île
Sur terre et mer
Nous les combattrons sur les plages

Les collines et les champs

Nous les combattrons dans les rues

Jamais dans l'histoire des conflits, tant de gens n'ont dû autant à si peu.



Car ils ont fait de notre empire Britannique

Un meilleur endroit pour vous et moi

Et ça a été leur plus belle heure

Hé M. Montgomery dit

Et M. Mountbatten dit
Il faut que l’on mène cette fichue bataille jusqu’à sa toute fin

Comme dirait Vera Lynn

On se reverra un jour

Mais nous devons faire tous ces sacrifices jusqu'au bout



As tu entendu cet avion planant au-dessus de nos têtes?

Il y a une maison et quelqu’un est étendu mort

Il faut que nous nettoyons les rues

Et que l’on me remette sur pied

Parce que nous voulons être libres
Faites de votre pire et on fera de notre mieux

Nous voulons gagner comme le dit M. Churchill
Oh! oh! oh! oh! oh! oh! M. Churchill dit

Qu’il faut que nous levions le menton

Que nous montrions un peu de courage et un peu de discipline

Que nous teignions les fenêtres en noir et condamnions les portes
Et que nous tenions bon jusqu’à la fin de la guerre.


Liens:

- Sur Inside Rock, un bon compte rendu sur l'album des Kinks dont est tiré ce morceau: Arthur (Or The Decline And Fall Of The British Empire).

- Une autre critique inspirée de cet album sur Etat-critique.com.

- Une description titre par titre de l'album.

- Un blog francophone consacré aux Kinks: Le déclin et la chute de mon blog.

- Photographies de Coventry pendant la seconde guerre mondiale.

- Quelques grands discours de Churchill (traduits).

6 commentaires:

Emmanuel GRANGE a dit…

Un bon éclairage sur cette chanson des Kinks et un album riche en pépites. Quand les sirènes se font entendre, l'Anglais entre en résistance : "We're gonna win the way that Mr Chruchill says"… Après, l'effort, le réconfort… "Shangri-la", la chanson précédant "Churchill says", reflète la société de consommation née de l'après-guerre et la douillette auto-satisfaction d'un propriétaire vivant des temps heureux.

"Time goes by and he pays off his debts
Got a tv set and a radio
For seven shillings a week
Shangri-la, shangri-la, shangri-la, shangri-la, shangri-la, shangri-la"

J. Blottiere a dit…

Merci pour ce commentaire et ces informations.
En effet, c'est vraiment un bon album, très très riche. Surtout, le groupe parvient à dresser un tableau vivant du pays, sans donner de leçons de moral, toujours avec humour.

J.B.

Emmanuel GRANGE a dit…

En tout cas, j'aime beaucoup l'idée de faire travailler les élèves en lien avec la musique (dont je suis un grand consommateur). Cette année, j'ai connecté une affiche de Moulinex avec "Les arts ménagers" de Boris Vian et l'ensemble fait…bon ménage. Aujourd'hui, la correction sur les Trente Glorieuses sera agrémentée de Shangri-la…

Bravo pour le site
Musicalement

E.G
http://lewebpedagogique.com/lapasserelle/

Dimitri a dit…

Bonjour.

Je suis l'auteur du blog francophone sur les Kinks cité dans l'article ( bien que celui-ci ait migré, avec le même nom, pour Overblog ), et je tiens à vous faire savoir, car le transfert de mes chroniques me l'a rappelé, que d'une part je trouve plutôt flatteur d'être cité en tant que tel et vous en remercie et, d'autre part, que je trouve extrêmement intéressante votre initiative que de mêler histoire et musique - tant et si bien que je me suis permis de vous citer en lien externe dans mon article à mon tour -.

En vous souhaitant une bonne continuation !

J. Blottiere a dit…

merci pour ce commentaire. A moi de vous retourner le compliment. Votre blog est une mine pour tous ceux qui s'intéresse à ce groupe génial!


J.B.

Anonyme a dit…

Bonjour, j'ai choisi cette chanson pour mon oral d'HIDA et j'aimerais savoir dans quel domaine la classer ?