lundi 23 mars 2009

148. Clash : "Washington bullets".





The Clash est un groupe de punk britannique. Le style des Clash ne se cantonne cependant pas au canevas punk classique puisque le groupe se caractérise par
sa capacité à intégrer à sa musique des sonorités différentes telles que le reggae, le ska ou encore le dub. Le groupe soigne aussi particulièrement ses textes, assez souvent engagés. Là où la plupart des autres formations punk explosent après un ou deux albums, les Clash parvinrent à durer tout en maintenant la qualité de leur musique. Le morceau présenté ci-dessous est ainsi issu de leur triple album Sandinista sorti en 1981, soit quatre années après l'explosion punk, alors que la plupart des autres formations de ce genre musical n'existent déjà plus.



Dans le titre Washington bullets, Joe Strummer, le leader du groupe, dénonce l'impérialisme américain, soviétique ou chinois et leurs interventions dans de nombreux pays du Tiers-Monde ou non-alignés.





Un jeune de 14 ans a été tué ici / Les Kokane Guns de Jamdown Town / Les clowns tueurs, les hommes de l'argent sale / Ont tiré ces balles de Washington encore une fois

Le premier couplet évoque la violence endémique des ghettos jamaïcains. A Kingstown, les bandes rivales contrôlent les principaux ghettos comme celui de Trenchtown. Chaque gang tente de s'approprier un territoire qui lui sert ensuite de quartier général. Lors des différentes consultations électorales, les candidats n'hésitent pas à s'appuyer sur ces gangs et leurs affidés. Ces compétitions électorales s'accompagnent ainsi de nombreux assassinats.


Les Clash semblent ici y voir la main des Etats-Unis. En effet, au cours de la législature précédente, le régime de Manley, leader du PNP apparaît comme pro cubain. Les options tiers-mondiste de Manley déplaisent ainsi profondément aux investisseurs américains, nombreux sur l'île.

Le régime de Manley est pourtant loin d'être communiste. La tentative de réforme agraire (Project Land Lease) qu'il lance reste bien timide. Washington voit en tout cas d'un très mauvais œil les accointances de Manley avec le régime castriste. En réaction on assiste à un gel des investissements de la part des compagnies américaines. On assiste également à une fuite des capitaux.

Dans ces conditions, les élections de 1980 se déroulent dans un climat de guerre civile, la violence pré électorale provoque la mort de 700 personnes. Le rival de Manley, E. Seaga, leader du JLP, tenant de la libre entreprise et donc mieux vu par Washington, l'emporte. Les violences cessent juste après les élections ce qui accrédite la thèse de la manipulation.

Deuxième couplet:

"Comme chaque cellule du Chili le dirait / Les pleurs des hommes torturés / Rappelle toi Allende,et les jours d'avant, / Avant que l'armée ne vienne / S'il te plaît, rappelle toi Victor Jara / Dans le Stade de Santiago / C'est la vérité - de nouveau ces balles de Washington"


Les Clash dénonce ici la mainmise des Etats-Unis sur l'Amérique latine. En effet, depuis le XIX ème siècle, l'Amérique latine se trouve sous la tutelle des EU [la doctrine Monroe élaborée dès 1823 fait de l’A.L. la chasse gardée des EU]. La guerre froide accentue encore le phénomène. Les EU soutiennent les régimes dictatoriaux qui font barrage au communisme et garantissent les nombreux intérêts économiques américains en A.L. (grandes firmes agroalimentaires : United fruit).

Les EU, qui considèrent l'Amérique comme leur chasse gardée depuis le XIXème siècle, font tout pour empêcher la diffusion du communisme sur le continent. Si malgré tout, le communisme s'impose, il ne peut le faire que par la force pour Kissinger. Instaurer le socialisme par les urnes, comme le tente Allende au Chili, constitue un très mauvais exemple pour l'Europe selon Kissinger. Ce dernier affirme: "L'élection d'Allende est grave pour les intérêts américains au Chili et pour le gouvernement américain. Allende est probablement un communiste, un communiste de Moscou." Il convient donc de réagir. L'existence du plus grand parti communiste des Amériques au Chili inquiète particulièrement le département d'Etat américain.

Pinochet et Allende, avant la trahison du premier.

La CIA appuie donc les tentatives de putschs, qui échouent, mais préparent le terrain pour le 11 septembre 1973. On peut considérer en effet, que l'ingérence nord-américaine au Chili a permis l'instauration d'une des dictatures les plus dures du continent, celle de Pinochet.

La junte militaire qui s'y impose le 11 septembre 1973, renverse le gouvernement d'unité populaire de Salvador Allende, élu démocratiquement trois années plus tôt. Allende se tue dans le palais présidentiel de la Moneda. Le putsch porte au pouvoir Pinochet, qui met tout en oeuvre pour extirper le marxisme du Chili. La junte militaire procède à une répression sanglante (au moins 3000 morts, des milliers d'internements sans jugement). Le Parlement est dissous, les partis politiques supprimés. Pinochet prend le titre de “chef suprême de la nation”, en 1974.

Les victimes de ces régimes autoritaires sont les opposants de gauche, les communistes en particulier, mais aussi les populations indiennes.

Les Clash évoque ici Victor Jara. Ce musicien chilien compose de nombreuses chansons engagées, dans lesquelles il dénonce la morgue des puissants ("Las casitas del barrio alto"), fustige l'impérialisme américain (El Derecho de Vivir en Paz) rend hommage aux grandes figures révolutionnaires latino-américaines (Corrido De Pancho Villa, Camilo Torres, Zamba del Che). Il narre la vie des petites gens, victimes de toutes les humiliations, notamment les populations indiennes (Vientos del pueblo). Arrêté par les militaires lors du coup d'Etat, il est emprisonné et torturé à l'Estadio Chile (renommé Estadio Víctor Jara depuis 2003) puis à l'Estadio Nacional avec de nombreuses autres victimes de la répression qui s'abat alors sur Santiago.

Troisième couplet:

"Et dans la Baie des Cochons en 1961, / la Havane combattit le playboy sous le soleil cubain / Parce que Castro est d'une couleur, / Plus rouge que le rouge, / Ces balles de Washington / voulaient que Castro meure / Parce que Castro est de la couleur... / ... qui te fera gagner une volée de plomb"

Après une longue guérilla menée dans la sierra Maestra, le Cubain Fidel Castro s'empare du pouvoir le 1er janvier 1959 en renversant la dictateur Batista, homme de paille des Etst-Unis. Le nouveau chef de l'Etat cubain doit aussitôt compter avec l'opposition déterminée des Etats-Unis qui tentent à plusieurs reprises de le renverser ou de l'assassiner. C'est le cas de la vaine tentative de débarquement sur l'île, au niveau de la baie des cochons, en 1961 (opération menée par la CIA avec l'accord de Kennedy). Dans ces conditions, Castro se rapproche de l'URSS et intègre le camp soviétique. Pour les Etats-Unis, la présence d'un Etat communiste à quelques centaines de kilomètres de leurs côtes constitue une véritable défi.

quatrième couplet:
"Pour la toute première fois, / Quand ils eurent une révolution au Nicaragua, / Il n'y eut aucune intervention américaine."

Les Sandinistes accèdent au pouvoir au Nicaragua en 1979.

Carter ambitionne de restaurer l'image de marque des Etats-Unis. Il entend mener une politique respectueuse des droits de l'Homme et du droit international. Cette politique se caractérise, notamment, par l'abandon du soutien systématique des Américain aux dictatures faisant barrage au communisme (notamment en Amérique latine).
Ainsi avec l'arrivée au pouvoir des Sandinistes au Nicaragua, en 1979. Ces derniers chassent le dictateur Somoza, fidèle allié des Etats-Unis, sans que ces derniers ne ripostent. La chanson des Clash date de 1981. Pourtant très vite, les Américains reprennent leurs viennent habitudes. Ainsi, le successeur de Carter, Ronald Reagan prend son contrepied en politique étrangère.

Conscient du recul de l'influence américiane (en Afrique, en Amérique latine notamment), il annonce que l'Amérique est de retour sur le devant de la scène internationale ("America is back"). De nouveau, l'Amérique latine redevient un champ d'intervention privilégié pour la diplomatie américaine.
En 1983, les Etats-Unis interviennent ainsi à la Grenade afin de renverser le régime procubain de Maurice Bishop. En 1986, Reagan obtient du Congrès le vote d'une aide substantielle aux Contras nicaraguayens en lutte contre les sandinistes.

Cinquième couplet:

Moujahiddins afghans lors de la guerre contre les Soviétiques.

"Et si tu peux trouver un rebelle Afghan / Que les balles de Moscou ont loupées / Demande ce qu'il pense de voter communiste"

La guerre d'Afghanistan débute le 24 décembre 1979 avec l'invasion du pays par les troupes soviétiques. L'Afghanistan est alors en proie à une guerre civile qui oppose les partisans de Nur Mohamed Taraqi, le chef de l'Etat communiste tout juste assassiné à ceux d'Hafizullah Amin, le nouveau dirigeant, lui aussi communiste, mais moins soumis à l'URSS. Elle souligne aussi la volonté d'expansion de l'URSS en Asie centrale. Les Etats-Unis ripostent en s'appuyant sur la résistance afghane des moudjahidins. Malgré l'envoi de 100 000 hommes, l'URSS se révèle incapable de pacifier le pays et lorsqu'il accède au pouvoir, en 1985, Gorbatchev doit reconnaître cet échec. Les troupes soviétiques se retirent d'Afghanistan en 1989.

Fuite du dalaï-lama vers l'Inde (1959).


"Demande au Dalai Lama dans les hauteurs du Tibet / Combien de moines les chinois ont-ils eu ?"

Depuis l'invasion du Tibet par la République populaire de Chine en
1949. Les autorités communistes n'ont eu de cesse d'écraser toute forme de résistance. Les spécifictés culturelles tibétaines, notamment religieuses sont bafouées et les moines bouddhistes sévèrement encadrés et exécutés lorsqu'ils protestent.

Chinois, Américains, Soviétiques, Britanniques, pour les Clash, toutes les formes d'impérialisme doivent être dénoncées. Certains trouveront ce message un peu simpliste, en tout cas, il donne lieu à une bonne chanson.

Un très grand merci à Etienne Augris pour sa traduction du morceau.

"Washington bullets" Clash.

Oh! Mama, Mama look there!
Your children are playing in that street again
Don't you know what happened down there?
A youth of fourteen got shot down there
The Kokane guns of Jamdown Town
The killing clowns, the blood money men
Are shooting those Washington bullets again

As every cell in Chile will tell
The cries of the tortured men
Remember Allende, and the days before,
Before the army came
Please remember Victor Jara,
In the Santiago Stadium,
Es verdad - those Washington Bullets again

And in the Bay of Pigs in 1961,
Havana fought the playboy in the Cuban sun,
For Castro is a colour,
Is a redder than red,
Those Washington bullets want Castro dead
For Castro is the colour...
...That will earn you a spray of lead

For the very first time ever,
When they had a revolution in Nicaragua,
There was no interference from America
Human rights in America
Well the people fought the leader,
And up he flew...
With no Washington bullets what else could he do?

'N' if you can find a Afghan rebel
That the Moscow bullets missed
Ask him what he thinks of voting Communist...
...Ask the Dalai Lama in the hills of Tibet,
How many monks did the Chinese get?
In a war-torn swamp stop any mercenary,
'N' check the British bullets in his armoury
Que?
Sandinista!

_____________________________


Oh ! maman, maman, regarde là !
Tes enfants jouent de nouveau dans cette rue
Ne sais-tu pas ce qui s'est passé ici ?
Un jeune de 14 ans a été tué ici
Les Kokane Guns de Jamdown Town
Les clowns tueurs, les hommes de l'argent sale
Ont tiré ces balles de Washington encore une fois

Comme chaque cellule du Chili le dirait
Les pleurs des hommes torturés
Rappelle toi Allende, et les jours d'avant,
Avant que l'armée ne vienne
S'il te plaît, rappelle toi Victor Jara
Dans le Stade de Santiago
C'est la vérité - de nouveau ces balles de Washington

Et dans la Baie des Cochons en 1961,
la Havane combattit le playboy sous le soleil cubain
Parce que Castro est d'une couleur,
Plus rouge que le rouge,
Ces balles de Washington voulaient que Castro meure
Parce que Castro est de la couleur...
... qui te fera gagner une volée de plomb

Pour la toute première fois,
Quand ils eurent une révolution au Nicaragua,
Il n'y eut aucune intervention américaine.
Les droits de l'homme en Amérique
Et bien les gens combattirent le chef
Et le chassèrent... .
Que pouvait-il faire sans les balles de Washington?

Et si tu peux trouver un rebelle Afghan
Que les balles de Moscou ont loupées
Demande ce qu'il pense de voter communiste...
... Demande au Dalai Lama dans les hauteurs du Tibet
Combien de moines les chinois ont-ils eu ? ...
... dans un marais déchiré par la guerre, arrête n'importe quel mercenaire et
Cherche les balles Anglaises dans son arsenal
Quoi ?
Sandinista !



Liens:
- La doctrine Reagan.
- "La politique des bons sentiments" de Carter.
- Retour rapide sur l'histoire du Tibet.
- Les guerres d'Afghanistan.
- la guerre d'Afghanistan, le Vietnam soviétique.

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