dimanche 26 avril 2009

155. Arthur H: "le chercheur d'or".


Johann Sutter, un ancien capitaine de la garde suisse, obtient une concession de 900 km² ( qu'il baptise la « Nouvelle Helvétie ») dans la vallée du Sacramento à proximité de San Francisco dans une zone presque déserte. Il y bâtit un fortin, Sutter's Fort, pour se protéger des Indiens.

Le 24 janvier 1848, un de ses ouvriers, James Marshall, découvre des pépites d'or dans un gros tas de cailloux alors qu'il répare un moulin à eau. La nouvelle est d'abord tenue secrète. Or, la Californie appartient encore au Mexique.




chercheur dor - Arthur H

Les Etats-Unis cherchent alors à étendre leurs territoires vers l'ouest. Les Américains justifient cette politique d'expansion par la théorie de "la destinée manifeste" qui prétend que la destinée des Etats-Unis est de dominer toute l'Amérique du nord. Ils ne tardent donc pas à se confronter au Mexique, ancienne colonie espagnole devenue indépendante en 1821. Dès 1835, les colons américains présents au Texas proclament leur indépendance vis-à-vis du Mexique. En 1845, le président amércain James Polk annexe le Texas, ce qui accroît les tensions avec le grand voisin du sud et débouche sur une guerre.

Le conflit américano-mexicain débute en mai 1846. Polk envoie des troupes en Californie. Zachary Taylor et Winfield Scott, qui dirigent l'armée, écrasent la résistance mexicaine et s'emparent du Nouveau-Mexique, de la Californie et même de Mexico en 1847. Le traité de Guadalupe Hidalgo du 2 février 1848 entérine la perte de très vastes territoires pour le Mexique en Amérique du Nord. Contre 15 millions de dollars, les Etats-Unis obtiennent les Etats actuels de l'Utah, du Nevada, du Wyoming, du Colorado, de l'Arizona, de la Californie et une partie du Nouveau-Mexique (en 1853, l'achat d'une bande de terre au sud du Nouveau-Mexique achève l'expansion des Etats-Unis). Tous les territoires au Nord du Rio Grande, dont la Californie appartiennent désormais aux Etats-Unis. La découverte de l'or intervient donc un peu tard pour le Mexique...

Les Américains sont vainqueurs en 1848 et, Polk peut, en position de force, négocier avec le gouvernement mexicain l'achat d'un immense territoire. Le Mexique, indépendant depuis 1821, perd ainsi 40 % de son territoire (cf: le dessous des cartes).

Sutter entend garder le secret, mais la presse répand la nouvelle. L'annonce officielle de la présence d'or en Californie entraîne aussitôt la ruée vers l'or. De nombreux aventuriers et des familles entières traversèrent alors toute l'Amérique du Nord avec le secret espoir de devenir milliardaires. L'absence de toute administration sur place explique cet afflux de migrants, conscients que les premiers arrivés seront les premiers servis. A proximité des gisements aurifères, de nombreuses villes champignons sortent alors de terre en quelques semaines (et deviennent des villes-fantômes une fois le filon épuisé). La population de la Californie passe ainsi d'un millier d'habitants en 1846 à 93 000 en 1850.


Les chercheurs d'or déferlent du monde entier vers la Californie (des Polonais, Français dans la chanson). On prend vite l'habitude d'appeler les chercheurs arrivés en 1849 les forty-niners. Tous les moyens sont bons pour rallier ce nouvel eldorado: des files de chariots s'étirent le long des pistes. Des milliers d'Américains n'hésitent pas à traverser tout le continent en direction de l'ouest; d'autres optent pour la mer en passant par le Cap Horn, tandis que certains traversent l'isthme de Panama. Incontestablement cette découverte, tant de fois célébrée dans les westerns, contribue et accélère l'appropriation de leur territoire par les Américains.



Cette carte représente quelques unes des principales mines d'or californiennes (le numéro respecte la date de découverte).

Cette quête effrénée du précieux métal ne doit pas faire oublier les très difficiles conditions d'existence des pionniers qui se lancent dans l'aventure. Pour quelques prospecteurs qui amassent très rapidement de grosses fortunes, on compte une grande majorité de chercheurs misérables. L'extraction devient d'ailleurs de plus en plus difficile. Bien vite, les Américains essaient de chasser les étrangers qui leur font concurrence. Ils doivent désormais s'acquitter d'une taxe. D'autre part, les affrontements sont fréquents avec les indiens qui se sont faits chasser de leurs territoires par les prospecteurs.

Le talentueux Arthur H nous conte ici les mésaventures d'un de ces chercheurs d'or. Il souligne l'espoir immense qui habite ces hommes qui ont souvent tout quitté et son interprétation semble insister sur "la fièvre de l'or" qui brûle l'homme de l'intérieur. Il dépeint aussi les douleurs physiques liées à la quête des précieuses pépites.

Pour Pascal Bagot (voir sources) "Difficile dans Le chercheur d'or de ne pas voir une référence aux problèmes actuels entre les pays du nord et les population du sud. "L’immigration est la véritable aventure, dangereuse par essence. Tout quitter pour vivre ailleurs, dans des conditions précaires, on ne raconte plus ces histoires de pauvres parce qu’elles ne font pas rêver"."



Arthur H: "Le chercheur d'or".

San Francisco , 3 mai 1880
Ton Eugène
Chère Marie ne t’inquiète plus
Le chirurgien a dit hier
Que la gangrène n’a pas pris
Que la chance est avec moi
Certes je perds une jambe
Mais il me reste l’autre
Oh Marie, si tu savais
J’ai creusé le roc
Comme à main nue
Entouré de misérables
De Polonais et aussi quelques français
Oh Marie, nous autres
Les errants, les chercheurs d’or
Si nous ne vivons que par elle
La montagne nous dévore

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est chaud
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Dès l’aurore résonne
Le tonnerre de la dynamite
Des blocs de roches s’affaissent
Dévalent le long des ravines
Oh Marie, à chaque seconde
L’avalanche me désire et me frôle
Ce matin là, elle me prodigue
Ses plus douces caresses
Amoureusement elle m’enlace
Je suis son amant

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est bon
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Oh ma chère Marie
Enfin c’est l’heure du secret
Tu vois sous mes draps
Il y a un petit sac en cuir noir
Ce qui illumine ma main
C’est de la poussière d’or, Marie
Regarde comme je brille
Regarde comme nous sommes riches

Sens sur ton visage
Ce vent qui te lave
Et qui gonfle les voiles
De ce vaisseau qui quitte la rive
Oh Marie, adieu la mort
Adieu l’Amérique

Tout est bon
Ici ça va
Je suis vivant
Ici c’est chaud
Je suis sauvé
Ici ça va
Je suis vivant

Sources:
- Le dessous des cartes: la politique étrangère des Etats-Unis 1.
- Pascal Bagot sur RFI.fr: Arthur H "Adieu tristesse".
- Les docs de l'actu n°10: les grandes dates de l'histoire des Etats-Unis.

A lire:
- "L'or" de Blaise Cendrars consacré à Suter et sa quête (merci Jérôme).
- "L'atlas de la Californie" par Gérard Dorel, éditions Autrement (merci Etienne).
- L'article qu'Etienne Augris consacre à la BD "Chinaman" (l'odyssée d'un Chinois en Amérique).

Liens:
- Le site officiel d'Arthur H.

3 commentaires:

M.AUGRIS a dit…

Belle chanson et bel article sur le Gold Rush de 1849.
Une lecture qui comporte des informations et des cartes sur cette période : L'excellent Atlas de la Californie par Gérard Dorel chez Autrement.
Enfin je signale la série Chinaman en BD qui raconte les aventures d'un Chinois en Californie et dans l'Ouest au moment de la ruée vers l'or.Plus d'info sur cette BD ici

jtrt a dit…

On peut aussi lire L'Or de Blaise Cendrars qui retrace l'histoire d'un certain Suter, avec un seul t celui-ci...

J. Blottiere a dit…

Merci Etienne et Jérôme pour ces conseils de lecture que j'ajoute tout de suite.

J.