mardi 17 mai 2011

235. Dixie Nightingales: "Assassination".

Le 22 novembre 1963 au matin, le président des Etats-Unis, John F. Kennedy, se rend à Dallas dans le cadre d'une visite officielle au Texas. Le cortège présidentiel sillonne la ville à bord d'une Cadillac décapotable. Le président doit se rendre dans un centre commercial, le Dallas Trade Mart, où il est censé prononcer un discours. Un cinéaste amateur, Abraham Zapruder filme la scène avec sa caméra 8 mm (voir ci-dessous). A 12h30, alors que la voiture présidentielle se trouve à peu près au milieu d'Elm Street, il voit Kennedy porter brusquement la main à sa poitrine. Au même moment, un journaliste, dont le micro était ouvert, enregistre des coups de feu. On vient de tirer sur le président! Dans la confusion, la limousine ralentit, le président reçoit de nouveau une ou des balles qui lui pulvérisent le crâne.
Paniquée, Jackie Kennedy, assise à ses côtés, rampe sur le capot vers l'arrière du véhicule avant d'être repoussée sur son siège par un agent des services de sécurité. La Cadillac accélère et fonce vers le Parkland Memorial Hospital.

Vue aérienne de Dealey Plazza, le lieu du crime.

L'attentat provoque le décès de JFK.
Très vite, des témoins orientent les recherches vers l'immeuble du Texas School Book Depository, d'où ont été tirés des coups de feu. On y retrouve un fusil, des douilles; de plus, on y signale un employé absent.
Simultanément, et sans que l'on n'ait encore compris qu'il s'agissait du même homme, des policiers appréhendent un individu dans un cinéma de quartier dans le cadre de l'assassinat de l'agent de police Tippit. Le jeune homme arrêté a 24 ans et travaille comme employé de bureau au 6ème étage du Texas School Book Depository. Il se nomme Lee Harvey Oswald. Après recoupement des informlations, ce dernier fait figure de suspect principal dans l'assassinat de JFK. Il reste aujourd'hui officiellement considéré comme le responsable de l'attentat.
Pourtant, très vite, une question se pose: Oswald a-t-il agi seul ou le président est-il la victime d'un complot plus vaste?

Tous les éléments semblent réunis pour que l'affaire soit rapidement résolue: de nombreux témoins, une scène de crime filmée et photographiée, un suspect rapidement arrêté. Or, en dépit des enquêtes officielles ou officieuses, de nombreuses zones d'ombre subsistent.

* "Welcome M Kennedy"
Parmi les rares certitudes de ce drame, il en est une qui ne souffre aucune contestation: la police du Texas a failli à sa tâche. En 1963, Dallas reste un des bastions ségrégationnistes. Le président y est détesté. On y tue alors chaque année davantage d'individus que dans toute l'Europe de l'ouest. Des groupes d'extrême droite très actifs ont pignon sur rue dans la ville et reprochent à Kennedy sa politique d'apaisement avec l'URSS depuis la crise de Cuba. Les autorités municipales reçoivent d'ailleurs des menaces contre le président dans les jours qui précèdent sa mort. Le matin même de sa visite, le Dallas Morning news publie un pamphlet contre le "traître" sous un titre trompeur: "Bienvenue à Dallas, M. Kennedy". Pourtant, en dépit de ce contexte dangereux, le parcours du cortège n'a pas été visité. Aucune disposition particulière n'est prise dans les endroits sensibles, en particulier au niveau du Dealey Plazza où deux virages successifs obligent les voitures à ralentir.

Le président John F. Kennedy et Jackie Kennedy viennent d’atterrir à l'aéroport Love Field de Dallas.

* Le complot?
Sitôt l'assassinat perpétré, une controverse s'ouvre. Elle dure toujours. Un faisceau d'éléments troublants accréditent auprès d'une frange importante de l'opinion américaine l'hypothèse d'un complot dirigé par une équipe de professionnels. La curieuse autopsie du président, la disparition de son assassin deux jours seulement après les faits, la commission d'enquête censée faire toute la lumière sur le drame et pourtant entachée de nombreuses zones d'ombre, constituent autant d'arguments avancés par les tenants de la thèse du complot.

* L'autopsie.
Les médecins texans de l'hôpital de Dallas chargés des premières constatations sont rapidement écartés par le secret service, le service de sécurité de la présidence qui récupère le corps de Kennedy afin de le transférer en urgence à Washington. L'autopsie s'y déroule dans un hôpital de la Marine. Les résultats suscitent très vite la controverse dans la mesure où les constatations officielles diffèrent des relevés effectués dans l'urgence par les médecins texans.

Lee Harvey Oswald pose avec un exemplaire du manifeste du parti communiste et le fusil Mannlicher-Carcano qui lui aurait permis d'abattre JFK. La photo, divulguée par la police de Dallas quelques jours après le meurtre, est considérée comme truquée par les partisans du complot.

* "je suis un pigeon."
Sitôt l'attentat commis, une véritable chasse à l'homme s'engage. L'arrestation se déroule dans un cinéma, 1h30 après l'attentat contre JFK. Transféré dans un commissariat, Oswald nie être responsable de la mort du président et réclame un avocat. Hagard, le visage tuméfié, il clame à l'adresse des nombreux journalistes présents sur place: "J'aimerai voir mon avocat, mais la police me refuse ce droit. Je ne comprends pas. On m'accuse, mais on ne me dit rien."
Pendant près de 12 heures, les interrogatoires semblent menés par des amateurs qui font preuve d'une grande légèreté. La police ne prend pas la peine d'enregistrer les déclarations de l'accusé (il n'existe pas de procès-verbal!). On refuse à ce dernier un avocat en violation de la loi américaine, au motif qu'il ne l'aurait pas demandé (ce que contredisent les enregistrements de la presse). Oswald est baladé dans les couloirs du commissariat, ce qui permet aux journalistes de l'interroger, le photographier, jusqu'à assister à sa mort en direct. Le 24 novembre, lors du transfert du détenu de la prison municipale vers celle du comté, Jack Ruby l'abat froidement dans les sous-sol du commissariat.

Un patron d'une boîte de nuit locale, Jack Ruby, s'extrait de la foule et tire sur Oswald, pourtant escorté par deux policiers. Le meurtrier affirme avoir agi pour venger le président et surtout afin d'épargner un procès éprouvant à Jackie Kennedy. L'événement est diffusé en direct à la télévision.

Ce meurtre, qui intervient deux jours après celui du président, instille un peu plus le doute. D'aucuns considèrent qu'on a voulu faire taire celui qui se présentait comme un bouc-émissaire ("je suis un pigeon"). En outre, son assassin tient un club de strip tease très fréquenté, notamment par le crime organisé et les policiers de Dallas.

* Lee Harvey Oswald.
La personnalité d'Oswald ne laisse pas de surprendre. Inconnu du grand public, les autorités le connaissent en revanche très bien. En 1959, donc en pleine guerre froide, cet ancien des marines, émigre en ... URSS! Bien accueilli par les autorités soviétiques, il s'installe à Minsk où il mène une vie paisible et fonde une famille. En 1962, il rentre aux Etats-Unis sans la moindre difficulté. Les agents de l'immigration, d'habitude si sourcilleux, ne croient pas utile d'interroger cet ancien marine de retour de chez l'ennemi. Dès lors, Oswald milite pour des organisations pro-castristes. Des enquêtes postérieures à l'assassinat affirment qu'il entretenait aussi des amitiés et des activités anti-castristes.
Le rapport Warren (cf: ci-dessous) dépeint Oswald sous les traits d'un loser, un marginal insatisfait. Ce portrait sera remis en cause par tous ceux qui n'admettent pas qu'un être si insignifiant ait pu assassiner quelqu'un d'aussi important que JFK. Pour Norman Mailer qui lui a consacré une enquête, Oswald n'a rien du pauvre type analphabète, inadapté et solitaire.

L'enquête révélera que, peu de temps avant le meurtre du président, il avait tenté d'exécuter Edwin Walker, un fervent partisan de la ségrégation raciale, à la tête de la John Birch Society. Cet élément tendrait à prouver sa ferme intention de tuer quelqu'un. Pour Mailer, Oswald se serait dit que s'il parvenait à éliminer JFK sans se faire arrêter, il en retirerait un sentiment de toute puissance délectable. Si il était pris, il aurait droit à un procès qui lui permettrait d'exposer ses conceptions politiques. Il deviendrait célèbre dans le monde entier et marquerait l'histoire à jamais, même si on l'exécutait. Le fait que Kennedy passe devant son lieu de travail constituait une occasion en or.
Mailer conclut: "Que l'on ait fomenté des complots, ou même qu'on ait tenté de les mener à bien ce jour là, je suis tout à fait disposé à l'admette. Mais la conclusion à laquelle je suis arrivé [Oswald comme unique coupable] est la seule qui me paraisse rationnelle, parce qu'il avait un mobile pour agir, qu'il en avait la capacité et la volonté. (...) Oswald est un fantôme qui plane sur la vie des Etats-Unis, un fantôme qui a donné lieu à maintes discussions sur les origines de l'histoire américaine. Ce qui est abominable et désespérant avec les fantômes, c'est que l'on n'obtient jamais de réponses." (cf: source 3)

Photo anthropométrique de Lee Harvey Oswald.

* La commission Warren.
L'assassinat de Kennedy place sous les feux de la rampe son vice-président: Lyndon B. Johnson. Ce dernier tient à faire taire les rumeurs les plus folles qui courent déjà. Dans l'optique de la présidentielle de 1964, il doit agir vite afin de livrer aux citoyens américains les noms du ou des coupables et lever les derniers soupçons. Dès le 29 novembre 1963, il convoque une commission d'enquête impartiale placée sous la présidence d'Earl Warren, le président de la Cour Suprême et composée de 7 sommités à la réputation irréprochable.
Sous la pression de la CIA, du FBI et du président, la commission travaille dans l'urgence et rend ses conclusions en septembre 1964. Le rapport final conclut à la culpabilité du seul Oswald, écartant du même coup toute idée de conspiration.
Très rapidement, des voix remettent pourtant en cause les conclusions de la commission: tous les témoins n'auraient pas été entendus, le CIA et le FBI auraient caché des informations aux enquêteurs afin de dissimuler leurs responsabilités, enfin l'enquête scientifique aurait été bâclée et orientée.


JFK est déclaré mort à 13 heures. Juste avant de rentrer à Washington avec le corps du président défunt, Lyndon B. Johnson prête le serment présidentiel à bord de l'un des avions d'Air Force One. Jackie Kennedy se tient à sa gauche et sa femme, Lady Bird Johnson, à sa droite.

Les détracteurs de la commission rejettent en particulier les conclusions des analyses balistiques et tournent en dérision la théorie de la "balle unique" qui aurait traversé la tête, puis la gorge du président, avant de frapper le gouverneur du Texas, John Connally, installé devant lui (théorie de la "balle magique").
D'autre part, toutes les informations concernant Oswald sont savamment sélectionnées. De même, les éléments mettant en évidence les liens de Ruby avec le crime organisé sont évacués. En outre, le fonctionnement de la commission s'avère chaotique. Ses membres laissent faire le travail par leurs conseilleurs et brillent surtout par leurs absences. Enfin, l'analyse du film de Zapruder par la commission est également remise en cause par les sceptiques qui accordent une grande importance aux mouvements de la tête de JFK lors de l'impact des balles. Ceux qui décèlent une brusque projection vers l'arrière affirme qu'il y aurait eu un tireur posté face à la voiture, caché derrière une palissade. Oswald se trouvant derrière la Cadillac, il y aurait donc au moins deux tireurs... et donc conspiration.

* House Select Committee on Assassination.
Ces différents éléments alimentent les doutes et nourrissent plusieurs contre-enquêtes. Par exemple, Jim Garrison, le procureur de la Nouvelle Orléans, soutient que la CIA serait responsable de l'assassinat.
Aussi les autorités décident de convoquer en 1976 une seconde commission officielle, la House Select Committee on Assassination, comité restreint de la Chambre des représentants. En 1979, l'enquête livre des conclusions assez semblables à celles du rapport Warren, mais qui diffèrent néanmoins sur certains points. JFK aurait été victime d'un complot ourdi par une conspiration. En se fondant sur l'analyse d'un enregistrement effectué à partir du microphone d'une moto de la police présente sur les lieux du crime, la commission conclut a la présence deux tireurs, ruinant la thèse du tireur isolé. Oswald aurait tiré trois coups de feu, tandis qu'un quatrième tir serait venu de l'avant du véhicule. Le comité confirme que les services secrets à Dallas n'ont pas suffisamment protégé le président, tandis que la CIA a mal utilisé les renseignements à sa disposition.
La commission valide la thèse d'une conspiration, mais dédouane tour à tour les régimes soviétique et cubain, le Secret Service, le FBI, la CIA, les mouvements anti-castristes, le crime organisé. Dans le même temps, le rapport concède que les preuves disponibles ne permettent pas d'exclure la participation individuelle des membres des acteurs précédemment citées .
L'exécutif, malgré les demandes insistantes, ne rouvre pas d'enquête, ce qui aurait peut-être permis de lever les soupçons insistants, de tordre le coup définitivement aux thèses conspirationnistes. Le contexte politique n'est pas favorable à ces investigations. Ronald Reagan vient de triompher aux élections (1980). Celui qui clame haut et fort que "l'Amérique est de retour" ne souhaite pas sortir les cadavres du placard. Au bout du compte, le doute plane pour une majorité d'Américains qui récuse la thèse officielle.

* On nous cache tout, on nous dit rien.
Le refus de croire en la seule responsabilité d'Oswald se combine avec une méfiance à l'égard des autorités en général. Dès le lendemain de l'assassinat, l'idée d'un complot fomenté par les plus hautes sphères de l'Etat voit le jour. 29% des Américains considèrent alors qu'Oswald a agi seul. Pourtant, la publication du rapport Warren convainc, puisque 87% de la population accepte un temps la thèse du "tireur isolé". Mais, les assassinats de Martin Luther King, de Bobby Kennedy en 1968, le scandale du Watergate en 1974, réactivent le doute et assurent la résurgence des thèses conspirationnistes. Le niveau de confiance dans les autorités se situe alors au plus bas. En mêlant habilement fiction et réalité, le film JFK d'Oliver Stone (1991) accrédite l'idée de complot auprès d'un large public (il reprend à son compte les conclusions de Jim Garrison). Loin de décliner, cette croyance semble se renforcer à mesure qu'on s'éloigne du 22 octobre 1963. L'idée que ce sont des cabales qui tirent les ficelles s'enracine dans l'imaginaire des Américains.
A posteriori
, la présidence Kennedy apparaît comme un âge d'or.



Bande annonce du film américain 'JFK' réalisé par Oliver Stone.

* Le poids des images.
L'écho médiatique de l'assassinat du président est colossal. Sitôt les coups de feu tirés, le drame pénètre dans tous les foyers américains par le biais de la radio et de la télévision. Les grands réseaux enchaînent flashs et reportages spéciaux.
Le court film amateur d'Abraham Zapruder (26,6 secondes),
enregistre l'instant où les projectiles atteignent leur cible et présente, en dépit de la qualité des images, la meilleure vision directe de l'événement. Le film, considéré comme trop choquant pour être montré en public au lendemain du drame, ne sera diffusé dans son intégralité à la télévision qu'en 1975. Mais le magazine Life signe un contrat d'exclusivité avec le cinéaste amateur et reproduit 31 des 486 images du film dans une édition spéciale consacrée au meurtre du président. Dès lors, beaucoup d'Américains s'érigent en expert de l'analyse d'images et pensent y trouver les clefs de l'énigme.
Cette séquence constitue d'ailleurs la clef de voûte des tenants de la conspiration.
Richard Stolley, éditeur de Life, rappelle néanmoins que, "selon votre point de vue, [ces images] peuvent prouver à peu près tout ce que vous voulez qu'elles prouvent."



le film d'Abraham Zapruder.

* Du côté des conspirationnistes.
Qui sont les instigateurs du complot, si complot il y a?
Au cours de sa présidence, JFK s'est fait beaucoup d'ennemis:
- l'extrême droite lui reproche sa politique en faveur des Noirs;
- les magnats du pétrole redoutent l'instauration d'une fiscalité ui leur soit défavorable;
- la guerre menée par le ministre de la justice, Bobby Kennedy, contre le crime organisé irrite les pontes de la mafia;
- une partie du complexe militaro-industriel récuse son indécision au Vietnam et la baisse des commandes militaires,
- des membres de la CIA n'ont pas oublié la "trahison" de la baie des cochons. [la CIA en accord avec Eisenhower avait préparé un débarquement d'exilés cubains visant à renverser Fidel Castro. Hésitant, JFK donne finalement son accord. Le débarquement, lancé à la mi-avril 1961, tourne rapidement au fiasco. Aussi, le président refuse une intervention de l'aviation américaine en soutien aux troupes anti-castristes débarquées. Cent jours seulement après sa prise de fonction, l'administration Kennedy est ridiculisée. JFK sanctionne aussitôt l'agence en débarquant Allen Dulles. Au sein de la CIA, "on commença à murmurer que le président avait lâchement abandonné les "combattants de la Liberté" sur la plage de la Baie des Cochons (...)." (cf: 1 p 381) ]
- Le vice-président Lyndon Johnson, qui déteste autant JFK que celui-ci le hait, est loin d'être assuré de conserver sa fonction dans l'option d'une réélection de Kennedy en 1964;
- J.Edgard Hoover, l'inamovible directeur du FBI, entend éviter à tout prix une mise à la retraite que souhaite le président (Hoover prend alors l'habitude de collecter des dossiers compromettants sur les responsables politiques et les utilise ensuite comme moyen de chantage);
- Richard Nixon, ancien vice-président d'Eisenhower et malheureux candidat républicain aux élections de 1960, a besoin d'un retrait des Kennedy pour réussir son retour.

Tous ces acteurs ont donc été placé sur la sellette à un moment ou un autre. Thierry Lentz (cf: source 1), dans une synthèse solidement étayée, évoque chacune de ces pistes. Pour lui, "Johnson, Nixon, les grands industriels ou la tête de l'armée ne donnèrent pas l'ordre d'exécuter qui un rival, qui un adversaire supposé du libéralisme, qui un empêcheur de tourner en rond." (cf 1 p 427)
L'auteur considère plutôt "qu'il faut regarder vers des groupes et des individus d'un niveau inférieur. Reliés à la CIA, aux anticastristes et à la pègre, leurs cercles n'étaient pas séparés. Mieux, leurs rapports et le maillage de leurs réseaux rendaient leurs interconnections fréquentes." (cf 1 p 427). Un groupe de barbouzes du sud (Texas, Louisiane) travaillant à la fois pour la mafia et la CIA, auraient cherché à se débarrasser de JFK auquel on reprochait les reculades face au lider maximo. Pour Lentz, c'est un véritable guet-apens qui paraît avoir été organisé sur Dealey Plaza. Deux équipes, installées respectivement dans le dépôt de livres et derrière une palissade de bois située sur la place, mènent l'exécution sommaire du président. Oswald n'est qu'un pion dans leur jeu, un bouc-émissaire idéal, "un 'pigeon' facile à manœuvrer."
C'est donc la compromission de brebis égarées de la CIA avec le crime organisé qui aurait décidé les milieux officiels à verrouiller au maximum l'enquête afin de ne pas discréditer un peu plus l'agence fédérale. Dans ces conditions, elles ont tout intérêt, elles aussi, à accréditer la thèse de l'assassin isolé.

Jusqu'à sa mort, Lyndon Jonson reste d'ailleurs convaincu que son prédécesseur est une victime collatérale des projets secrets de la CIA visant à éliminer des dirigeants étrangers...
De retour des obsèques de Kennedy, de Gaulle aurait également confié à Peyrefitte, : "Toute cette histoire là, c'est une histoire de barbouze. On a trouvé un minus habens, qui est Oswald, mais vous savez très bien que les services secrets sont derrière tout ça. On ne saura jamais la vérité, car si un jour on apprend la vérité, il n'y a plus d'Etats-Unis."


* Les arguments en faveur de la thèse officielle.
Les partisans de la thèse officielle attribuent les incohérences initiales de l'enquête au choc provoqué par ce drame. Un véritable chaos règne par exemple dans le poste de police de Dallas où est retenu Oswald. Ceci expliquerait le manque de précaution qui conduit à son assassinat. Par ailleurs, les preuves à charge contre lui abondent. Il a été vu entrer dans le dépôt de livres, puis en sortir. Un fusil portant ses empreintes y a été retrouvé, il a abattu un policier et les douilles retrouvées près du corps correspondent à son arme. Au fond, c'est avant tout la mort d'Oswald qui relance les supputations et accrédite l'idée chez certains qu'il n'a été que la victime d'un coup monté.

Complot ou pas? Il est bien difficile de trancher. Remarquons cependant que, presque cinquante ans après les faits, et malgré l'activisme des partisans du complot, aucun élément absolument incontestable n'est parvenu à ruiner la thèse officielle. Norman Mailer le dit ainsi: "Comme la plupart des théoriciens du complot, je voulais que ce soit une conspiration, mais j'ai retourné la chose dans tous les sens et je dois dire que je n'ai pas trouvé. Il manquait des preuves, il y avait trop d'éléments qui ne collaient pas."
De même, Edward Epstein, auteur d'un classique sur le sujet, concède: "Si je crois de moins en moins à un complot, ce n'est pas parce que l'idée est infondée, c'est à cause du temps qui passe. (...) On a enquêté pendant des décennies et on a toujours rien de concret sur cette éventuelle conspiration. Au bout des quarante ans [lors de l'entretien] aucune des hypothèses ne s'est confirmée."

* "He was a man of honor"
Le décès du président américain suscite un immense émoi, en particulier chez les Afro-américains. En dépit de nombreux atermoiements, Kennedy apparaît comme celui qui fera enfin avancer les choses. Aussi, de nombreux musiciens noirs lui rendent hommage en chanson. C'est le cas du groupe de gospel des Dixie Nightingales mené par Ollie Hoskins. Le label Stax, qui souhaite ouvrir ses catalogues au gospel, signe le groupe et sort le titre "the Assassination", ballade crève-coeur narrant l'attentat contre JFK.




Dixie Nightingale: "Assassination".

Assassin in the window, down in a Texas town,
(Lord have mercy)
He waited till he saw him, he shot the president down.

L'assassin à la fenêtre, dans une ville du Texas,
(Seigneur ait pitié)
attendit jusqu'à ce qu'il l'aperçoive, il tira sur le président.

Oh, oh, what a shame it was! (3X)
He shot the president down.

Oh, oh, quel honte ça a été!
Il tira sur le président.

The world became a sphere of solitude and sadness,
rich men and poor men cried,
When the news came on the radio,
that president Kennedy had died.

Le monde devint une sphère de solitude et de tristesse,
riches et pauvres crièrent,
à la nouvelle la mort du le président Kennedy.

He was a man of honor, a man who had pride,
a man who faced responsibility, had equality in his eye.

Il était un homme d'honneur, un homme qui avait de la fierté,
un homme qui assuma ses responsabilités, et avait l'équité au fond du regard.

Sources:
1. Thierry Lentz: "L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'Etat", Nouveau Monde Editions, Juin 2010. Excellente synthèse en français sur le sujet. L'historien, spécialiste de l'Empire, s'autorise ici un détour par l'histoire contemporaine. Il présente les différentes thèses en présence et récuse la thèse officielle.
2. 2000 ans d'histoire du 2 septembre 2010 avec Thierry Lentz comme invité: "qui a tué John F. Kennedy?"
3. Le documentaire de Robert Stone: "Kennedy-Oswald : le fantôme d'un assassinat",(2007, 82mn)
4. Lindsay Porter: "Assassinat. Une histoire du meurtre politique", Actes Sud, 2010.


Lien:
- "1963: KENNEDY, controverse pour un assassinat" (sur l'excellent blog La plume et le rouleau).

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bon la vidéo est éloquente, c'est un complot : la cadillac n'est pas rose.

J. Blottiere a dit…

Si vous le dites... Ce qui est sûr, c'est que la décapotable n'est pas rose, le tailleur de Jackie si (désolé pour ce bug).

JB