dimanche 11 novembre 2012

266. Médine : "Alger pleure" (2012)

 Médine dans les rues d'Alger tel qu'il apparaît dans le clip

L'année 2012 a vu fleurir les publications et commémorations d'une guerre aux noms différents selon le regard porté : simples "évènements" ou "guerre sans nom" pour les uns, "guerre de libération nationale" ou "d'indépendance", "révolution", "jihad", "guerre d'indépendance des Algériens" pour les autres  ou simplement "guerre d'Algérie". Nous avons voulu revisiter certains évènements de cette guerre tout en réfléchissant aux différentes mémoires qu'elles a engendrées.
De par son histoire personnelle, son goût pour l'histoire et sa rage de la transmettre, le rappeur Médine nous paraît bien placé pour explorer tout cela. D'autant plus qu'en prélude à la sortie de son prochain album, il livre un morceau qui tombe à pic !
Médine, avec ce titre, est à la fois porteur de quelques unes des mémoires de la guerre, en cela il manque parfois d'objectivité. Mais en même temps, il se place au-dessus de la mêlée en faisant se croiser et se côtoyer ces différentes mémoires et d'autres mémoires parfois antagonistes. Son intention d'objectivité est d'autant plus pertinente qu'il dit "d'où il parle" en commençant par rappeler son identité multiple.
L'an dernier, à l'occasion du cinquantième anniversaire du 17 octobre 1961, nous vous proposions d'étudier son titre sur cet évènement tragique. Le texte de la chanson a d'ailleurs fait son entrée dans un manuel scolaire de terminale.
Comme pour ce précédent article, nous avons souhaité, pour vous parler d"Alger pleure", reprendre avec joie nos plumes pour un article à 4 mains ou plutôt à 2 micros... Ainsi, VServat et Aug seront vos guides en fournissant des explications des paroles et des nombreuses références historiques utilisées par Médine.

Côté musique, la tonalité est plutôt grave. La production de Proof (architecte habituel du son chez Din Records, le label indépendant du Havre) rappelle des morceaux s'attaquant à des sujets peu abordés par les rappeurs (notamment "Avec le cœur et la raison" de Kery James et "Arabia" de Sniper). Comme dans ces morceaux, l'instrumental puise son inspiration dans la musique orientale. Le clip a été tourné dans les rues d'Alger. Quelques personnages viennent témoigner, par leur présence dans le clip, de leur soutien à la démarche du MC du Havre :
  • Pascal Boniface est un géopolitologue. Il a fondé et dirige l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) qui publie la Revue internationale et stratégique et l'Année stratégique. Souvent sollicité dans les médias, Pascal Boniface a suscité la polémique pour ses écrits sur le conflit israélo-palestinien et sur les "intellectuels faussaires". Outre son apparition dans le clip de Médine avec le maillot de l'équipe de France de foot (il a écrit plusieurs ouvrages sur la géopolitique du foot), il co-signe avec lui un ouvrage d'entretiens intitulé "Don't Panik", titre d'une mixtape du MC du Havre [Son blog]
  •  Le chanteur Ridan a fait ses premières armes dans le rap avant de le délaisser pour la chanson. Il a sorti 4 albums depuis 2004.
  • Lilou est un danseur Hip-Hop de breakdance originaire de Vaulx-en-Velin (près de Lyon). Il est champion du monde de sa discipline avec les Pockémon Crew et en solo.


Mais place à la musique, voici le clip tourné à Alger. C'est d'ailleurs la première fois que Médine se rendait en Algérie :






Précisons qu'une autre version de la chanson a été enregistrée avec Magyd Cherfi du groupe Zebda. Personnellement, même si le texte est intéressant, le passage scandé par M. Cherfi me semble trop en décalage avec le reste de la chanson.


J’ai le sang mêlé : un peu colon, un peu colonisé
Un peu colombe sombre ou corbeau décolorisé
Médine est métissé : Algérien-Français
Double identité : je suis un schizophrène de l’humanité
De vieux ennemis cohabitent dans mon code génétique
À moi seul j’incarne une histoire sans générique

Dans ces premières lignes, Médine lance quelques punchlines faisant référence à sa double origine algérienne et française. Rappelons que Médine, né en France de parents d'origine algérienne (son père est né en 1959 en Algérie mais vit en France depuis ses 4 ans, sa mère est née en France), a grandi et vit dans la ville du Havre. Dès le départ, le rappel de cette double origine lui permet de désamorcer les critiques souvent formulées de part et d'autre de la Méditerranée. Dans les groupes porteurs de mémoires sur la guerre, certains ont en effet tendance à ne pas considérer comme légitime le point de vue des autres groupes de mémoire s'ils entrent en contradiction avec leur propre point de vue. Médine, même s'il n'hésite pas à prendre parti, se place donc d'emblée en homme-passerelle entre ces mémoires. Ce double regard est permanent tout au long de la chanson.


Malheureusement les douleurs sont rétroactives
Lorsque ma part française s’exprime dans le micro de la vie
Pensiez-vous que nos oreilles étaient aux arrêts ?
Et que nos yeux voyaient l’histoire par l’œil d’Aussaresses ?


Médine commence par faire parler sa "part française" en mettant en avant les Français qui ne se reconnaissaient pas dans cette guerre. En ce sens, il prend parti mais sa volonté de ne pas tracer une ligne claire et manichéenne entre Algériens et Français est en elle-même plutôt courageuse.  Le lieutenant Ausaresses (qui a perdu un oeil) faisait partie des militaires parachutistes ayant combattu sous les ordres du général Massu pendant la bataille d'Alger (1957) Il a à ce titre été chargé de l'interrogatoire et de l'élimination des responsables du FLN à Alger, Larbi Ben Mhidi et Ali Boumenjel. Il est un des rares officiers français qui a reconnu sur le tard l'utilisation de la torture tout en la justifiant. La publication de son livre en 2001 a relancé le débat sur l'ampleur de la torture pendant la guerre. Pour ce livre, il a été condamné pour "apologie de crimes de guerre". Son "savoir-faire" en matière de guerre contre-révolutionnaire en milieu urbain a d'ailleurs constitué le contenu de son enseignement pendant quelques années dans des écoles militaires aux États-Unis puis au Brésil (alors une dictature, voir l'article de Blot sur l'histgeobox) comme attaché militaire.

Pensiez-vous que la mort n’était que Mauresque ?
Que le seul sort des Arabes serait commémoré ?
On ne voulait pas d’une séparation de crise
De ne pouvoir choisir qu’entre un cercueil ou une valise

Médine rappelle ici qu'il n'a pas une vision univoque de cette histoire. Il semble regretter que l'indépendance ait entraîné le départ des Européens d'Algérie, souvent appelés "Pieds-noirs" par la suite. La formule "la valise ou le cercueil" laisse entendre que le choix était entre la fuite ou la mort. Or, si des centaines d'Européens ont bien été massacrés à Oran en juillet 1962, la plupart avaient fui dans la première moitié de l'année (près de 500 000), parfois dès 1961 (150 000) dans le climat tendu et violent entretenu par le FLN mais aussi par l'OAS qui pratiquait une politique de "terre brûlée" en détruisant les infrastructures et en abattant des modérés des deux côtés.Tous ne sont pas partis comme en témoigne l'ouvrage récent de Pierre Daum.Ils sont encore 200 000 en 1963, seulement 50 000 au début des années 1970 et quelques milliers au début des années 1990.

Nous ne voulions pas non plus d€'une Algérie Française
Ni d’une France qui noie ses indigènes dans le fleuve de la Seine

Le statu-quo d'une Algérie française semblait en effet inenvisageable, malgré les tentatives de réforme (années 1930, 1945), le plus souvent inappliquées. Les inégalités, l'arbitraire administratif et les injustices nombreuses dont sont victimes les Algériens musulmans qui représentent les 9/10 de la population n'ont pas disparu.
L'évocation de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961, au cours de laquelle de nombreux Algériens ont été tués et parfois jetés à la Seine par les policiers, permet à Médine de rappeler la brutalité de la répression.[Plus de détails ici]. Le slogan "Algérie française a fédéré les différentes oppositions à l'indépendance.

Pourtant je me souviens ! Du FLN, qu’avec panique et haine
Garant d’une juste cause aux méthodes manichéennes
Tranchait les nez de ceux qui refusaient les tranchées
Dévisagé car la neutralité fait de toi un étranger

Tout en affirmant la justesse de la cause défendue par le FLN (la lutte pour l'indépendance), Médine rappelle que le Front de Libération Nationale, fondé en 1954, s'est toujours proclamé seul représentant légitime du peuple algérien ce qui a constitué le problème principal de l'Algérie nouvelle jusqu'à aujourd'hui : l'incapacité du pouvoir à penser et accepter le pluralisme politique. Rappelons que le FLN devient rapidement le parti unique en Algérie. Pendant la guerre, la stratégie du FLN a consisté à forcer les Algériens musulmans réticents à s'engager, au besoin par l'intimidation et la violence. Les "traîtres" ou ceux considérés comme tels, y compris en métropole, sont ainsi défigurés s'ils refusent de combattre ou de payer l'impôt révolutionnaire. Cette stratégie s'avère payante puisque la population soutient, de gré ou de force, le combat du FLN. Les autres mouvements nationalistes en font les frais en se ralliant (Ferhat Abbas par exemple) ou en étant impitoyablement massacrés (à l'image de la population du village de Melouza, fidèle au MNA de Messali Hadj, grande figure du nationalisme algérien).

Tous les Français n’étaient pas homme de la machine
Praticiens de la mort, revanchards de l’Indochine

Il s'agit ici d'une référence à la frustration ressentie par de nombreux militaires de carrière qui ont combattu en Indochine (1946-1954). La défaite humiliante de Dien Bien Phu (mai 1954) et les accords de Genève qui reconnaissent l'indépendance de l'Indochine sont en effet vécus douloureusement. Bigeard et ses parachutistes, héros de Dien Bien Phu, ont une furieuse envie d'en découdre avec le FLN...

Nous souhaitions aux Algériens ce que nous voulions dix ans plut tôt
Pour nous-mêmes, la libération d’une dignité humaine

Sans doute une référence aux motivations des résistants français et à leurs combats pour libérer le territoire national mais aussi défendre la dignité humaine bafouée par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Certains Français, en particulier à gauche, n'hésitent pas à comparer leur combat pour l'indépendance à celui des Français contre les Nazis. C'est peut être aussi une manière de rappeler le rôle des combattants du Maghreb dans les combats pour la Libération de la France. Signalons qu'un des principaux responsables du FLN, Ahmed Ben Bella (mort en 2012, emprisonné par les Français de 1956 à 1962 avant de devenir le premier président algérien), avait lui-même participé à ces combats et avait été décoré par le Général de Gaulle.


Nous n’étions pas tous des Jean Moulin mais loin d’être je-m’en-foutistes
Proches de Jean-Paul Sartre et des gens jusqu’au-boutistes
Tantôt communiste, traître car porteur de valise
Tantôt simple sympathisant de la cause indépendantiste

Médine poursuit le parallèle entre la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale et la résistance des Algériens. La référence à Jean Moulin est importante car il a symbolisé l’héroïsme et le courage de la Résistance. Beaucoup de Français n'étaient évidemment pas prêts à devenir des Jean Moulin, que ce soit entre 1940 et 1944 ou pendant la Guerre d'Algérie. Mais Médine rappelle que quelques Français se sont engagés directement et activement aux côtés du FLN. Il fait référence notamment aux "porteurs de valise", ces personnes qui transportaient des fonds collectés auprès des Algériens de France qui devaient être acheminés en Suisse ou en Allemagne pour pouvoir être utilisés dans la lutte armée. En utilisant des Européens qui avaient beaucoup moins de chance d'être arrêtés, le FLN prenait moins de risques. Le réseau le plus connu fut celui de Francis Jeanson, philosophe proche de Jean-Paul Sartre. Beaucoup de ces soutiens du FLN étaient des communistes malgré la position ambigüe du PCF (qui a voté les pleins pouvoirs en Algérie au gouvernement Mollet en 1956). Le petit parti communiste algérien a lui choisi le ralliement au FLN, à l'image du journaliste Henri Alleg, arrêté et torturé par l'armée française (cf. le livre La Question, alors interdit).
En dehors de ce nombre restreint, de nombreux Français affirment leur sympathie pour la cause indépendantiste, en particulier chez les intellectuels et dans certaines publications souvent censurées (Témoignage Chrétien, L'Express, France-Observateur,...)

Je refuse qu’on m’associe aux généraux dégénérés
Mes grands parents ne seront jamais responsables du mal généré
Du mal à digérer que l’Histoire en soit à gerber
Que des deux côtés de la Méditerranée tout soit exacerbé

De quels généraux et de quels grands-parents- s'agit-il ? Médine parle-t-il encore ici des Français ? Il est probable qu'il évoque les généraux français responsables des opérations en Algérie et qui se sont vus confier une part grandissante de l'administration de l'Algérie. Certains, à l'image de Massu en 1958 et des généraux putschistes de 1961, ont tenté de changer le cours de la guerre et de la politique française par des tentatives de prise du pouvoir plus ou moins réussies : Massu et Salan font appel à de Gaulle après le 13 mai 1958 avec succès. Le même Salan, associé à Challe, Jouhaud et Zeller, tente le 23 avril 1961 un putsch pour le maintien de l'Algérie française après le virage politique pris par de Gaulle en faveur de l'autodétermination, c'est un échec. Mais peut être fait-il aussi référence aux généraux algériens qui jouent un rôle politique important jusqu'à aujourd'hui en Algérie.
La dernière phrase du paragraphe rappelle que cette histoire fait l'objet d'usages politiques, quitte à en avoir une vision tronquée. Que ce soit la mémoire sélective du pouvoir algérien après l'indépendance ou la volonté d'oubli officiel en France avec les lois d'amnistie.



Alger meurt, Alger vit
Alger dort, Alger crie
Alger peur, Alger prie
Alger pleure, Algérie (Alger rie)

Le refrain nous emmène dans l'Alger d'aujourd'hui qui a ses propres difficultés, bien loin des questions mémorielles qui constituent la trame des couplets.


J’ai le sang mêlé : un peu colon, un peu colonisé
Un peu colombe sombre ou corbeau décolorisé
Médine est métissé : Algérien-Français
Double identité : je suis un schizophrène de l’humanité
De vieux ennemis cohabitent dans mon code génétique
À moi seul j’incarne une histoire sans générique

Malheureusement les douleurs sont rétroactives
Lorsque ma part algérienne s'€™exprime dans le micro d'€™la vie
Pensiez-vous qu’on oublierait la torture ?
Que la vraie nature de l’invasion était l’hydrocarbure ?
Pensaient-ils vraiment que le pétrole était dans nos abdomens ?
Pour labourer nos corps comme on laboure un vaste domaine
On ne peut oublier le code pour indigène

Dans ce deuxième couplet, c'est la "part algérienne" qui s'exprime. Médine fait référence aux hydrocarbures, notamment le pétrole, qui est devenu un enjeu de la guerre et une des raisons de sa prolongation. En 1956, du pétrole est découvert à Hassi Messaoud dans le sud. Dès lors, les Français souhaitent l'exploiter et les négociations entamées avec le FLN au début des années 1960 achoppent longtemps sur la possession du Sahara que la France veut détacher de l'Algérie pour le conserver. Cette question est associée à celle de la torture et du viol des corps qu'elle implique. Comme si contrôler la terre passait par le contrôle des corps.
Le code de l'indigénat symbolise quant à lui l'inégalité et les discriminations dont ont été victimes les musulmans dans l'Algérie coloniale. Établi dès les débuts de la conquête puis adopté dans une version définitive en 1881, il prévoit que les musulmans demeurent des "sujets" de l'Empire régis par le "statut personnel musulman" avec des règles spécifiques qui les sort du droit commun français. Les musulmans ne peuvent devenir citoyens à part entière qu'en perdant leur statut musulman. Le modèle est donc celui de l'assimilation et de l'acculturation. Le musulman qui veut être reconnu comme Français à part entière doit perdre son identité de départ. Ce code prévoit en outre des sanctions collectives. Supprimé en 1944, il a été rétabli de fait pendant la Guerre d'Algérie.

On ne peut masquer sa gêne, au courant de la gégène
Électrocuter des hommes durant six ou sept heures
Des corps nus sur un sommier de fer branché sur le secteur
On n’oublie pas les djellabas de sang immaculées
La dignité masculine ôtée d’un homme émasculé
Les corvées de bois, creuser sa tombe avant d’y prendre emploi
On n'oublie pas les mutilés à plus de trente endroits
Les averses de coup, le supplice de la goutte
Les marques de boots sur l’honneur des djounouds
On n’oublie pas les morsures du peloton cynophile
Et les sexes non circoncis dans les ventres de nos filles

 Dans ce couplet, Médine parle de la torture dont furent victimes les combattants algériens, les "djounouds" pour reprendre le terme utilisé en Algérie, conjointement avec celui de moudjahid qui a davantage une signification religieuse.
La torture a pris,au court du conflit, une ampleur considérable qu'aucun gouvernement n'a voulu ou pu empêcher. Pire, en confiant aux militaires des tâches de maintien de l'ordre, les autorités civiles leur ont donné carte blanche. Ainsi, sous l'autorité de Massu, les parachutistes sont parvenus à démanteler le réseau du FLN à Alger en 1957 en utilisant de manière systématique la torture. Mais, au-delà du rôle discutable dans l'obtention de renseignements, la pratique de la torture a été systématique contre les combattants du FLN comme contre les civils arrêtés, qu'ils soient musulmans ou européens (Audin, Alleg). Elle a donc relevé, comme semble le dire Médine, d'une violence gratuite et symboliquement forte pour renforcer l'humiliation et rappeler l'infériorité, à l'image des viols évoqués dans la dernière phrase. Médine parle aussi de la gégène, générateur électrique de campagne qui servait à torturer les prisonniers en leur faisant passer un courant dans tout le corps. L'émasculation mentionnée pouvait apparaître comme moins courante et justifiée par les militaires comme une réponse à celle pratiquée par le FLN à l'encontre des "traîtres" retrouvés égorgés avec leurs organes génitaux dans la bouche (pratique parfois qualifiée de "sourire kabyle"). Enfin, les "corvées de bois" font référence aux exécutions sommaires de prisonniers, après torture. Il s'agissait de sortir le prisonnier, de lui demander de s'écarter du chemin (pour aller chercher du bois par exemple) et de l'abattre dans le dos pour une tentative présumée d'évasion. Cette méthode était alors courante.

On n’omet pas les lois par la loi de l’omerta
Main de métal nationale écrase les lois Mahométanes
Et les centres de regroupement pour personnes musulmanes
Des camps de concentration au sortir de la seconde mondiale
On n’oublie pas ses ennemis
Les usines de la mort, la villa Sesini
Épaule drapée, vert dominant sur ma banderole
Ma parole de mémoire d’homme : les bourreaux n’auront jamais le bon rôle


La justification par les Français de la torture et des mauvais traitements (donc la mise de côté de la loi française) par la violence déployée par le FLN s'apparente pour Médine à une omerta qui peut signifier à la fois l'idée de vengeance et de silence imposé.
Les camps de regroupement ont été créés très rapidement et généralisés à partir de 1957 par l'armée française. Ils avaient pour but, selon les théories de la lutte anti-subversive (ou contre-insurrection) alors très en vogue, de "vider l'eau du bocal pour attraper le poisson", en l'occurrence les membres du FLN. Pour mieux surveiller la population algérienne et l'empêcher de prêter assistance, notamment la nuit, au FLN, les habitants des villages étaient ainsi déplacés et regroupés dans des camps surveillés jour et nuit. Les habitants pouvaient entrer et sortir mais leur liberté était donc étroitement surveillée. Environ un quart de la population musulmane a ainsi été regroupé et jusqu'à la totalité dans certains arrondissements.Cette situation avait fait l'objet d'un rapport du jeune Michel Rocard en 1959. Précisons ici que le parallèle avec les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale est excessif, mais il permet à Médine de reprendre la comparaison entre les deux situations déjà faite dans le premier couplet.
En parlant de la villa Sesini, Médine fait référence à l'un des lieux emblématiques de la torture. La villa était, à l'écart du centre-ville d'Alger, un lieu propice aux exactions du 1er REP de la Légion.


Refrain

J’ai le sang miellé, aux trois-quarts caramélisé
Naturalisé, identités carbonisées
Médine, mais qui c’est ?
Méditerranée ?
Ou Mer du Nord salée ?
Tamponné "Made in terre damnée"
Le plus dur dans une guerre c’est de la terminer
Que la paix soit une valeur entérinée


"Le plus dur dans une guerre c’est de la terminer". La guerre d’indépendance algérienne est tout sauf un objet d’histoire refroidi. Ses échos se font entendre de part et d’autre de la Méditerranée de façon récurrente et rarement consensuelle. C'est pourquoi on parle de "guerre des mémoires", expression récusée en grande partie par Sylvie Thénault, éminente spécialiste du sujet, qui lui préfère le terme "d'usages politiques de la guerre d'indépendance algérienne et de ses mémoires". 

50 ans après la fin du conflit, les commémorations des deux côtés de la Méditerranée restent très compliquées à mettre en œuvre. Le calendrier électoral a servi de paravent assez pratique mais pas tout à fait convaincant pour contourner l'obstacle ( les élections présidentielles en France et les législatives en Algérie ayant lieu en mai, les campagnes électorales ont constitué un bel écran de fumée). Aucune date réellement consensuelle n’a pu être retenue pour marquer les 50 ans de la fin du conflit et de l'accession à l'indépendance de l'Algérie. Les cérémonies  et les manifestations officielles sont restées  limitées et ce autant au plan national qu'au plan local.


Quel choix de dates s'offrait aux institutions ? Si celui-ci s’avère épineux  ce n'est absolument pas spécifique au cinquantenaire.

Les accords d’Evian résultant de mois de négociations et de pourparlers, ne peuvent pas permettre de dégager une date précise. En outre, durant toute cette période, de mai 61 au 18 mars 1962 (1), on assiste à un déchainement des violences de l’O.A.S. (2) visant à torpiller la route vers l’indépendance par voie référendaire. Difficile de réactiver les souvenirs d'une période aussi sanglante ponctuée d'assassinats et d'attentats aveugles.
C'est aussi le moment pour l’armée française, en vertu du cessez-le-feu, de modérer ses interventions. Elle en garde un certain sentiment de culpabilité, les militaires ayant l'impression d’avoir abandonné les ressortissants français à la vindicte du FLN. Pour les Harkis, supplétifs de l'armée française issus de la population algérienne, la menace est alors double. Abandonnés par les militaires de la puissance coloniale d'une part, et qualifiés de traitres par les partisans de l'indépendance d'autre part, ils sont une des cibles privilégiées  de la violence du FLN à ce moment du conflit.

Cette période de terreur se poursuivant au delà du cessez le feu du 19 mars  1962 (12h), la date à laquelle le bruit des armes devait cesser a longtemps été critiquée, en France notamment, comme possible moment commémoratif pour les raisons déjà évoquées. Il est difficile de se risquer à raviver culpabilités, deuils et traces des violences. Pourtant, tout récemment, le 8 novembre 2012, un vote du Sénat est venu entériner le choix de la date du 19 mars comme "journée officielle consacrée à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie". Ce vote s'est déroulé dix ans après l'approbation du texte par l'Assemblée Nationale qui l'examina en janvier 2002...c'est dire si l'on avance à petits pas.(3)


Reste la date du 5 juillet, qui marque l'accession à l'indépendance de l'Algérie. Fêtée en Algérie, cette date est récusée au nord de la Méditerranée puisque de violents massacres sont alors perpétrés contre les Français à Oran. Par ailleurs, pour l'ancienne puissance coloniale, il s'agirait de commémorer une défaite ce qui n'est pas simple à mettre en oeuvre.



Un des aspects du cinquantenaire de l'indépendance célébré en Algérie
la tenue d'un important colloque en juillet dernier à Alger.


On le voit, trouver une date pour organiser des commémorations bilatérales et même unilatérales relève d’un choix cornélien qui est resté souvent insurmontable sur les deux rives de la Méditerranée. 


Les vieux ennemis nourrissent une rancœur pour l’éternité
Si l'Algérie s'enrhume c'est que la France a éternué
Alors on dialogue en se raclant la gorge
En se rappelant les morts avec le tranchant du bord
On marque le score à chaque nouvelle écorche
Recompte les corps à chaque nouvel effort

Compter les morts de la guerre d'indépendance algérienne est une entreprise difficile. Du bilan global du conflit, au décompte des morts advenues lors d'épisodes plus ciblés comme celui du 17 octobre 1961 (4), la bataille des chiffres accompagne celle des dates, des mots et des mémoires. 
A dire vrai, c'est du côté des pertes militaires que le bilan est le plus aisé à établir. Ainsi, l'armée française déplore la perte d'un peu moins de 25000 morts entre 1954 et 1962 dans le cadre de la guerre d'Algérie (dont presque 8000 suite à des attentats, en 15 000 environ lors d'opérations militaires). L'ALN, branche armée du FLN, avance 132 000 morts. 

Du côté des pertes civiles, l'instrumentalisation des chiffres destinés à venir appuyer un discours politique rend le bilan humain bien plus difficile à établir. Côté Français d’Algérie le chiffre de 2800 français d’Algérie décédés suite aux attentats notamment est proposé. Mais ce bilan s’arrête au cessez le feu du 19 mars 1962. On y ajoute donc les conclusions du recensement de la mission interministérielle Jordi qui avance le chiffre de 1700 Européens d’Algérie victimes d’enlèvements et  disparus, après cette date. (5).

Les fourchettes s'élargissent beaucoup plus côté algérien d'autant que si un recensement de la population a été fait  en 1954, ce n'est pas le cas pour la fin de la guerre. En effet, il n’y a pas de comptage de la population avant 1966. A cette date, la jeune Algérie dont l'identité politique se construit sur les braises de la guerre d'indépendance affiche, par la voie de la presse nationale et des membres  du FLN parvenus au pouvoir, le chiffre symbolique et effrayant d'un million de pertes civiles (6) dans le cadre de la guerre d'indépendance.  Différentes études (7) ont depuis revu ces chiffres à la baisse mais la fourchette reste large : entre 250 000 et 430 000 morts parmi la population algérienne seraient à déplorer, ce qui reste, de toute façon, considérable pour une guerre qui ne fut reconnue comme telle officiellement par la France qu'en 1999.(8


Du martyr au harki, du colon jusqu’au natif
Qui se battirent pour sa patrie ? Et qui pour ses actifs ?
Du pied noir au maquisard, on est tous en mal d’histoire
Alger la blanche, Alger la noire

Médine le dit "du martyr au Harki, du colon jusqu'au natif (...), du pied noir au maquisard, on est tous en mal d'histoire". Pour aller contre une idée reçue, l'histoire de la guerre d'indépendance algérienne y compris son enseignement se fait depuis longtemps en France (9). Plus qu'un mal d'histoire, il semble qu'il y ait davantage un mal de reconnaissance de l'histoire des différents acteurs de la guerre d'indépendance algérienne. En la matière il peut s'agir d'histoire individuelle ou collective, vécue ou héritée.

On peut citer quelques exemples qui illustreraient ce que l'on appelle communément "la guerre des mémoires" et qui correspond à cette quête de reconnaissance officielle. L'exemple  du 17 octobre 1961 et du massacre des Algériens partis défiler dans Paris à la demande du FLN, désarmés, contre le couvre feu instauré par M. Papon est, à ce titre, parlant.
Sur cet évènement dont certaines caractéristiques furent sciemment occultées (le bilan humain officiel de deux morts annoncé après les faits est longtemps resté inchangé), le mal d'histoire se comble peu à peu puisqu'on dispose désormais de suffisamment d'études solides. En effet, depuis le retour de flammes provoqué par les attaques en justice de Papon contre Einaudi sur cette sinistre nuit. (10), les travaux d’historiens en France et à l’étranger se sont multipliés, rendant la connaissance de l’évènement plus fine.   
Toutefois leur travail est loin d’être terminé. En dépit d'un accès aux archives peut être moins difficile depuis 2008 (11) toutes ne sont pas accessibles et toutes ne sont plus disponibles (archives de la brigade fluviale de la Seine notamment).


Mais les historiens ne sont pas les seuls à investir l’espace public pour y discuter de l'évènement,  ils y sont  souvent bien moins voyants que d’autres groupes qui portent une demande sociale sur ces sujets, qu’elle soit de nature judiciaire ou mémorielle.
Ainsi,  les associations comme celles du « 17 octobre 61 : contre l’oubli », « Au nom de la mémoire » , mais aussi la LDH Toulon, le MRAP, ont réussi à faire sortir ce drame de l'oubli et les pouvoirs publics de leur silence en multipliant dans la presse les manifestations, les appels, les pétitions. Certes, le 17 octobre n'est toujours pas reconnu comme un massacre d'état et le souvenir des victimes ainsi que la possibilité d'honorer leur mémoire reste limité (une plaque étant apposée sur un coin du pont Saint-Michel par le maire de Paris en 2011). Mais, le président François Hollande, le 17 octobre 2012, 51 ans après les faits, a reconnu officiellement la responsabilité de la police parisienne dans les atrocités commises ce soir là, sur une population désarmée. En parallèle, symptôme de la reconnaissance de cette demande sociale fictions, chansons, romans, rendent leur place dans le passé et dans le présent petit à petit à l'évènement et ses acteurs.

Plaque du Pont St Michel apposée par B. Delanoé, maire de Paris
en 2001.

On le voit, l'action des groupes sociaux et des associations est souvent déterminante. L'effet inverse existe aussi. Alors que certaines demandes sont progressivement entendues et parfois satisfaites, d'autres évènements disparaissent sous la chape de plomb du silence, du mensonge et de l'oubli. Il en va ainsi de la reconnaissance et de la condamnation des violences commises par la police parisienne au métro Charonne dans la nuit du 8 février 1962 qui provoquèrent la mort de 9 personnes parmi les manifestants. Les proches des victimes ont, après le drame, œuvré pour que les policiers responsables soient reconnus coupables. Les différents procès intentés se sont soldés par un non-lieu.
Longtemps portée par le PCF et la CGT, organisations dans lesquelles la plupart des victimes militaient, la demande de qualification des crimes, la reconnaissance du statut de victimes en justice, ont peu à peu décliné avec le recul de l'influence de ces deux organisations dans l'espace public.  Alain Dewerpe a usé de ses talents d'historien et d'anthropologue pour démontrer magistralement que le drame de Charonne est un massacre d'Etat (12). Pourtant, aux yeux de la société, sa mère Fanny Dewerpe, et ses camarades comme Jean Pierre Bernard, sont morts sans raison, si ce n'est celle d'avoir eu le tort  d'être allés manifester au soir du 8 février 62 contre les violences de l'OAS (13). La discrète plaque apposée au métro Charonne en mémoire des victimes et celle qui rebaptise cet angle du boulevard Voltaire et de la rue de Bagnolet "place du 8 février 1962" ne sauraient remplacer la condamnation par la justice des crimes commis. L'histoire, en ce cas précis est dite et écrite. Reste la qualification  officielle, politique et judiciaire,  du massacre qui seule permettra aux victimes et à leurs proches de faire le deuil et de voir leur douleur s'apaiser. [Voir sur Charonne nos articles sur Samarra]

Un appel à la manifestation diffusé dans l'Humanité.

D'autres groupes revendiquent une reconnaissance de leur parcours particulier à l'intérieur de cette guerre qui  reste une question vive des deux côtés de la Méditerranée. On peut évoquer le sort compliqué des Harkis (14). Algériens enrôlés de gré et de force dans le conflit aux côtés de l'armée française, leur sort devient particulièrement tragique après le 19 mars 1962. Ceux qui restent en Algérie (50 à 75000 personnes), abandonnés par l'armée française, sont victimes de massacres ainsi que leurs familles. 60 000 d'entre eux quittent l'Algérie pour la France. Leur rôle auprès de l'armée n'est ni reconnu ni récompensé. Parqués dans des camps de fortune (Rivesaltes, Saint Laurent), laissés à l'écart, ils subissent une double peine. Étrangers chez eux, ils le sont aussi dans le pays qui les accueille et pour lequel ils ont servi. Le sort des harkis est aujourd'hui mieux connu, leur histoire aussi, mais le travail des associations reste important pour faire connaitre le parcours particulier de ces personnes dans la guerre d'indépendance algérienne et au delà. Depuis 2001, chaque 25 septembre est une journée d'hommage à la mémoire des Harkis.



On le voit dans chacun des exemples évoqués ici chaque acteurs ou groupe d'acteurs qui a participé à la guerre, ou qui en porte un héritage,  cherche à faire reconnaître dans l'espace public, sa souffrance propre, son parcours, sa spécificité. Ces demandes exprimées viennent bousculer un paysage politique un peu figé, stimulent non pas le travail scientifique mais sa diffusion dans l’espace public,  et mettent en exergue un paradoxe : alors que beaucoup se sont plaints de « l’occultation de l’histoire de la guerre d’Algérie », ils rejettent ces demandes « mémorielles » alors qu’elles contribuent bien souvent à mieux faire connaître les aspects du conflit.


Il faut aussi ici faire preuve de nuance et de discernement. Tout d'abord, ces groupes et associations sont porteurs d'une diversité certaine. Il faut donc se garder de toute généralisation sur leur discours et leurs façons de porter leurs revendications. Toutes ne réclament pas la même chose, ni de la même façon. Ensuite, ces associations ne portent pas leurs revendications dans le vide, elles les adressent aux élus et c'est bien là que l'on sort de la "guerre des mémoires" pour entrer dans les usages politiques des mémoires, usages qui ont une tendance nette à s'amplifier en période pré-électorale. En effet, loin de réfléchir à une politique mémorielle cohérente, fédératrice et pacifiante, les représentants politiques, aveuglés par les impératifs électoralistes, répondent souvent dans l'urgence et à courte vue à ces requêtes, favorisant la surenchère. Rappelons à ce propos que l'amendement Vanneste qui devint l'article 4 de la loi du 23 février 2005, prescrivant l'enseignement des effets positifs de la colonisation procédait tout à fait de ce cheminement. (15). La même stratégie est à l'oeuvre autour de l'épineuse question des cendres de Bigeard, des stèles en l'honneur des membres actifs de l'OAS dont l'élévation se monnaye contre les voix d'un hypothétique "vote pied noir", si tant est qu'il existe,  dans le sud-est de la France. On pourrait ainsi multiplier les exemples.
On est bien ici dans le registre des usages publics et politiques de l'histoire et de ses mémoires.


Reste que Médine construit toute sa chanson sur sa double identité. "La guerre des mémoires" ou les usages politiques de la guerre d'indépendance algérienne ne sont pas une spécificité française et ont aussi cours de l'autre côté de la Méditerranée. Le FLN, qui dirige l'Algérie devenue indépendante, a érigé le martyr en figure mémorielle écrasante et légitimante. Elle devient la garante de l'unité nationale, l'écriture de la guerre étant marquée du sceau de l'unanimisme et de l'héroïsme du combattant FLN. Dans cette ré-écriture de l’histoire de la guerre, le peuple algérien est tout entier acquis à une cause (ce qui est loin d’être le cas en Algérie durant le conflit et en France où FLN et MNA se livrent une guerre sanglante pour contrôler les algériens de France), le combattant est sacralisé en moujahidin. Dans le clip de Médine, on aperçoit à plusieurs reprises la façon dont ce discours se traduit dans le paysage : le gigantesque monument qui s'élève vers le ciel et domine les hauteurs de la ville blanche n'est autre que le monument érigé à la gloire des martyrs de la lutte pour l'indépendance algérienne.

Sur cette capture d'écran tirée du clip de Médine, on voit le caractère monumental
mémorial qui domine la ville d'Alger.

On sait également que l'accession aux responsabilités dans l'Algérie post-coloniale a été déterminée par le rôle joué dans les combats pour l'indépendance.
Enfin, dans cette « Made in terre damnée » qu'est l'Algérie, le vocabulaire de la guerre d'indépendance a été réactivé lors des pages les plus sombres de l'histoire du pays devenu indépendant. Lors de la guerre civile des années 1990, les deux leaders du Front Islamique du Salut (FIS) A. Madani et A. Benhadj  n'ont cessé de se réclamer d'une ascendance de combattant pour l'indépendance. Le terme de "harki" a, lui aussi, été largement réemployé au cours de cette période, comme une insulte. Alors qu'en France, la "deuxième génération" des harkis, enfants nés après l'indépendance assumait progressivement l'héritage de l'histoire parentale, le retour de la guerre sur la rive sud de la Méditerranée associait plus que jamais le terme "harki" à l'image stéréotypée du traitre à la nation algérienne. 


La guerre d’indépendance algérienne est bien identifiée comme une question d’histoire vive dont les usages politiques autorisent toutes les instrumentalisations. Même si Médine n’en parle pas, on peut rappeler que tout récemment, le gouvernement turc, lors du débat relatif à la loi pénalisant la négation du génocide arménien, a fait appel à l’histoire coloniale de la France qu’elle accuse d’avoir commis un « génocide » en Algérie. Difficile donc de terminer une guerre quand les usages du passé sont aussi débridés et si souvent réactivés.

VServat et Aug
qui remercient Médine d'être ce rappeur engagé et sans concession qui aime tant l'histoire !
Aug remercie également ses Terminales L2 pour leurs questions et leurs réponses sur ce titre

Notes :
(1) En janvier 1961, le principe de l'autodétermination de l'Algérie est acté par référendum, les négociations qui aboutissent aux accords d'Evian s'ouvrent en mai.
(2) OAS : L'Organisation de l'Armée Secrète est une organisation terroriste responsable de quelques 2200 morts en Algérie durant sa période d'activité qui s'étend de l'été 61 à l'été 62. Elle recrute principalement chez les pieds noirs partisans de l'Algérie Française et chez les militaires.
(4) Le 17 octobre 1961 a lieu à Paris une manifestation d'Algériens à l'appel du FLN contre le couvre feu imposé par les autorités de police parisienne. Déclarée illégale par la préfecture de police aux mains de M. Papon, les policiers se livrent à de nombreuses violences et exactions sur des manifestants désarmés dont certains sont jetés à la Seine.
(5) L'étude chiffré est également consultable dans J.-J. Jordi, "Un silence d'Etat. Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie",  Belin, 2011
(6) Selon les sources, le bilan peut monter à 1,5 million ...
(7) Les études qui avancent ces chiffres sont celles de X. Yacono et celle de C-R Ageron, mentionnées par G. Pervillé dans les collections de l'Histoire n°55.
(8) La France utilise officiellement le terme "guerre" depuis 1999, lui substituant auparavant des termes beaucoup plus obscurs comme "opérations" "évènements" etc...
(9) Voir à ce sujet l'article très éclairant et novateur de L. de Cock pour la revue Histoire@Politique http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=18&rub=pistes&item=24
(10) C'est lors du procès de Maurice Papon pour son rôle dans la déportation des Juifs de Bordeaux que ressurgit l'histoire du 17/10/1961 par la voix de J.L Einaudi qui rappelle le rôle de l'accusé en tant que préfet de police de l'époque. Papon poursuit Einaudi en diffamation démultipliant l'écho médiatique sur les accusations de ce dernier portées conte l'ancien Préfet.
(11) En 2008, une loi a raccourci le délai d'accès aux archives. celles qui sont relatives à la vie privée, à la sureté de l'état sont accessibles après 50 ans au lieu de 60. Autrement dit tous les documents de ce type à partir de 1958 sont désormais consultables.
(12) A. Dewerpe, "Charonne, 8 Février 1962, anthropologie historique d'un massacre d'état", folio histoire n°141, 2006
(13) La veille, un attentat de l'OAS a été perpétré contre le domicile du ministre Malraux. La jeune D. Renard, 4 ans, est défigurée par les éclats de vitre suite à l'explosion. Ses parents propriétaires de l'immeuble où vivait Malraux, logeaient au rez de chaussée. Elle perdit définitivement un œil.
(14) Les Harkis sont des algériens enrôlés dans l'armée française en tant que supplétifs  et combattant à ses côtés. Le terme est dérivé du mot "harka" qui se réfère à un groupe de combattants.
(15) Sur le contexte et le vote de la loi voir cet article de la LDH Toulon : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1476

Bibliographie :
  • S. Thénault : "Histoire de la guerre d'indépendance algérienne", Flammarion, 2005
  • S. Thénault : "Algérie, des évènements à la guerre. Idées reçues sur le conflit franco-algérien", Le Cavalier Bleu, 2011.
  • A. Bouchène, J.-P. Peyroulou, O.S. Tengour et S. Thénault (Dir.), Histoire de l'Algérie à la période coloniale, Barzakh-La Découverte, 2012.
  • R. Branche, "Le guerre d'Algérie, une histoire apaisée ?", Seuil 2005.
  • Les collections de l'Histoire n°55, "L'Algérie et les Algériens des royaumes berbères à l'indépendance", avril 2012.
  • Le Monde, Hors série, "Guerre d'Algérie : Mémoires Parallèles", mars 2012.
  • L'Humanité, Hors série, "Algérie 50 ans d'indépendance", mars 2012.
  • TDC n° 994, "La Guerre d'Algérie", Avril 2010. 


5 commentaires:

LOUANCHI a dit…

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news
En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les
quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi
)Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

véronique servat a dit…

Merci pour cette info. Il est question de cet épisode dans la BD Retour à Saint Laurent des Arabes" dont nous avions parlé sur Samarra ici :http://blogs.mondomix.com/samarra.php/2012/08/11/retour-a-saint-laurent-des-arabes

véronique servat a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

bonjour,

je cherche à savoir qui est le chanteur qui chante en arabe en fond de musique.

merci

E.AUGRIS a dit…

Pas d'info sur le refrain chanté. Signalons qu'une autre version de la chanson a été enregistrée avec Magyd Cherfi du groupe Zebda.