dimanche 17 septembre 2017

332. "La complainte de Violette"

Le 21 août 1933 vers une heure du matin, alors qu'elle vient de passer la soirée au bal, la jeune Violette Nozière regagne le modeste deux pièces-cuisine qu'occupe ses parents, rue de Madagascar, dans le XIIème arrondissement de Paris.  Âgée de 18 ans, elle est la fille unique de Baptiste, mécanicien au P .L.M. (Chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée) et de Germaine. Incommodée par une forte odeur de gaz, Violette cherche de l'aide auprès du voisin de palier, M. Mayeul. Ce dernier ferme les robinets de gaz et accompagne Violette dans l'appartement familial: « Mme Nozière gît sur le lit ensanglanté. Sur le lit de Violette, gît son père inanimé. » (Police magazine, 3 septembre 1933 « empoisonneuse »). Mme Nozière respire encore et peut être sauvée, mais son mari n'est plus. Surpris par l'absence d'émotion de la fille du couple, les policiers écartent rapidement la thèse du suicide. Au commissaire qui l'interroge, Germaine Nozière, la mère, déclare ne se souvenir de rien, si ce n'est d'avoir avalé des sachets de poudre blanche donnés par le médecin qui soignait sa fille.
Convoquée au commissariat, Violette se fait porter pale. Cette fuite sonne comme la première preuve de sa culpabilité. Elle ne sera arrêtée qu'une semaine plus tard, le 28 août, alors qu'elle consomme une glace vanille à la terrasse d'un café. Conduite à la Brigade criminelle (quai des orfèvres), la jeune fille passe rapidement aux aveux: « C’est moi qui ai fait avaler à mes parents du Soménal, j’en avais acheté trois tubes… »
 
Pour les besoins de l'enquête, la vie de Violette est passée au crible. Inscrite  au  lycée Fénelon, Violette sèche les cours, profitant des joies du Quartier latin dont elle fréquente les cafés (Palais du café, les Quat’z Arts) avec ses amants. Loin de l'existence étriquée que mène ses parents, Violette s'invente une nouvelle vie, bourgeoise, loin de la promiscuité embarrassante du minuscule appartement familial.
Accusée de parricide avec préméditation et de tentative de meurtre contre sa mère, Violette Nozière encourt une lourde peine.

Violette Nozière en 1933, au cours de l'instruction. Agence de presse Meurisse [Public domain], via Wikimedia Commons


Aussitôt, la France se passionne pour ce feuilleton sordide. La presse tient là un "beau" fait divers. D'une part, le parricide se situe alors au sommet de la hiérarchie pénale. En outre, le crime est commis par une jeune fille.
Les "quatre grands" de la presse du matin (Le Journal, Le Petit Parisien, Le Matin et Le Petit Journal) consacrent leur une à l'affaire. Paris soir, que vient de reprendre en main, Jean Prouvost, accompagne ses articles de nombreuses photographies, alors que les autres titres dédaignent quelque peu le médium. " L'image est devenue la reine de notre temps. Nous ne nous contentons plus de savoir, nous voulons voir", peut-on d'ailleurs lire dans le journal. La dimension voyeuriste du fait-divers joue ici à plein. Pour la première fois, c'est la photographie qui constitue le fait-divers. Ainsi, le récit de l'arrestation de Violette se fait en images et en séquences. Mises en scènes, ces photographies parachèvent l'image ténébreuse de Violette Nozière.
De nouveaux magazines s'emparent à leur tout de l'affaire et consacrent Violette Nozière comme "l'empoisonneuse", une figure archétypale de la femme criminelle (comme la marquise de Brinvilliers ou Henriette-Blanche Canaby avant elle). L'empoisonneuse est l'auteur d'un crime déloyal, sournois, hypocrite. 
En proie à une profonde inquiétude sociale et économique, les Français se passionne pour le feuilleton du "monstre en jupon", quitte à éclipser la récente accession de Hitler à la chancellerie allemande. Violette Nozière monopolise la une. 

Le déroulement de l'instruction permet à la presse d'entretenir l'intérêt pour l'affaire dont elle énumère les moindres éléments.  Les aveux transforment le fait divers sordide en polémique nationale.
Dans le contexte d'un affrontement très virulent entre droite (1) et gauche, l'affaire divise l'opinion. Dans une France en perte de vitesse démographique et qui vieillit, la jeunesse, censée représenter l'avenir de la nation, cristallise toutes les inquiétudes. Les partisans de l'ordre moral font de Violette l'incarnation de la jeunesse dévoyée du Paris décadent et chaotique des années folles, sans valeurs ni moral. Les premiers éléments de l'enquête scandalisent l'opinion. Pour Le Figaro, Violette Nozière n'est "ni laide ni jolie. Le visage est ovale, d'une pâleur mortuaire et impressionnante; le nez trop long, les sourcils sont épais. Les yeux, quand elle ne les tient pas baissés, semblent fuir; si parfois, ils se fixent, on les aperçoit durs et mauvais. [...]" Le Matin, Le Petit Journal, Paris-Soir dressent un portrait épouvantable de la jeune femme, dépeinte comme une créature voleuse, insensible, mythomane, au mœurs légères et dissolues. Sa relation amoureuse avec Jean Dabin, un apprenti maquereau royaliste, passionne la presse et l'opinion. C'est pour fuir avec lui qu'elle aurait décidé de supprimer ses parents. La presse révèle bientôt que Violette Nozière se prostitue par intermittence et a contracté la syphilis; autant d'éléments qui déchaînent les passions. En enfreignant les normes de son temps, l'accusée semble s'affranchir de la moral très stricte qui s'imposent alors aux  jeunes filles, quelque que soit leur milieu social. Aux yeux de l'opinion publique, le fait de sortir avec des garçons dont elle n'est pas fiancée fait d'elle une "vicieuse", qui aime le sexe et les aventures, autant d'éléments considérés comme immoraux. 
La presse populaire s'insurge contre la mollesse de la justice. "Assez de crimes impunis, assez d'indulgence, assez de circonstances atténuantes, assez de ces meurtriers dont on fait des vedettes, assez de ces instructions qui traînent! Il a fallu un an pour faire asseoir cette Violette Nozière sur le banc des accusés. Un an! [...] Cette reine du pavé m'a l'air d'une bonne sans place, même pas: d'une boniche endimanchée qui ne possède dans son sac que de mauvais certificats. Son père a abusé d'elle? Si cela était, elle a tué.", peut-on lire dans Paris-Soir

* La complainte ou le crime chansonné. 
A côté de la presse, un autre support a sans doute permis d'inscrire Violette Nozière dans le paysage sonore des Parisiens: la complainte. Certes, en  1934, les complaintes criminelles ne constituent plus le média puissant qu'elles furent au XIXème siècle. (2) Concurrencées  par l'essor de la presse populaire, puis l'apparition du gramophone et de la radio, elles deviennent de plus en plus rares même s'il s'en produit encore quelques unes.

Composées "sur timbre", les complaintes se chantent sur un air préexistant, connu de l'auditoire, ce qui dispense de joindre une partition au texte. Alors même que le genre semble en voie de disparition, l'empoisonnement de la rue de Madagascar inspire plusieurs complaintes, un indice de l'empreinte profonde laissé par cette affaire dans l'opinion. L'une d'entre-elles se chante sur l’air de la Paimpolaise. (3) "Horrible fille", "lâche rouleuse",  "gueuse", "vraie gigolette", "enfant maudit", Violette en prend pour son grade. Il s'agit ici non seulement de décrire en musique le crime et le châtiment, mais aussi de dénoncer, de conspuer la criminelle. (4) "Violette était aventurière / A Montmartre au quartier Latin / Elle détestait dit-elle son père / Elle avoue cela sans chagrin / Cynisme inconscient / Aplomb dégoûtant / C'était une vraie gigolette / Malgré son p'tit air innocent / Tout le monde courtisait Violette / Elle avait de nombreux amants"
Dans le film de Claude Chabrol, un chanteur ambulant entonne une complainte sur l'air de "Quand on s'aime, on est bien tous les deux", de Vincent Scotto: "Elle empoisonna ses parents / La lâche Violette Nozière / Se riant de leur calvaire / Pour leur soutirer de l'argent / Sans pitié pour les cheveux blancs / De ceux qui la mirent au monde / Cette gueuse vagabonde / A commis ce crime monstrueux". En voici un extrait.
"L'avantage de la complainte par rapport aux journaux et aux images triomphantes, disait Marcel Aymé dans Marianne, est 'd'être toujours présent[e] à la mémoire, plus ou moins disponible', ce qui la rend capable après des années de 'résumer' un crime et d''en restituer l'atmosphère'. Des paroles simples et emphatiques au pouvoir d'émotion décuplé par le chant, un objet d'appropriation individuelle, sensorielle, qui dispense in fine du support lui-même: voilà pourquoi assurément, à côté du flot des photographies et des milliers de pages de journaux et hebdomadaires, il ne faut pas minimiser la part que les supports anciens ont jouée pour inscrire Violette Nozière dans l'imaginaire et la mémoire collectifs.", écrit Anne-Emmanuelle Demartini dans son récent ouvrage.

Germaine Nozière à la barre des témoins lors du procès. Au cours de l'instruction alors que la jeune fille implore le pardon de sa génitrice, cette dernière lance: «  Je te pardonnerai quand tu seras morte. Tue-toi, tue-toi ! » Agence de presse Meurisse [Public domain], via Wikimedia Commons

Le procès s’ouvre en octobre 1934, dans un contexte dramatique (l’assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie et de Louis Barthou à Marseille). La foule se presse, dense, près du palais de justice. Les contemporains s'identifient aux Nozière, cette famille modeste, d'origine rurale, venue tenter sa chance à Paris; les parents, travailleurs, économisent pour  pouvoir donner la meilleure éducation à leur fille unique. Le crime de cette dernière n'en apparaît donc que plus odieux. Violette pleure, s’évanouit à plusieurs reprises, se tient le visage entre les mains, au grand dam des jurés.
Pour maître Henry Géraud et maître de Vésinne-Larue, ses deux avocats, Violette est avant tout une victime. Pour justifier son geste, elle affirme en effet avoir été abusée depuis l'enfance par son père : « Il a abusé de moi lorsque j’avais 12 ans. Depuis, il était terriblement jaloux de mes fréquentations masculines. Il m’a dit qu’il me tuerait si je parlais de la chose à ma mère. » L'accusation portée s'avère très délicate: "c'est à la fois une charge explosive, qui alimente le scandale, mais c'est aussi quelque chose dont on ose pas parler, que les journaux n'évoquent qu'à demi-mot, usant d'expressions détournées comme 'l'odieuse accusation'". (Cf: S. Maza)
En septembre 1933, dans le magazine Vu, Sans même avoir examiné l'inculpée, le professeur Magnus Hirschfeld balaie l'accusation d'inceste d'un revers de la main: "Il serait dangereux d'ajouter foi aux affirmations de Violette Nozière (...). De pareilles accusations d'ordre sexuel surgissent souvent de l'imagination érotico-hystérique des jeunes filles au sortir de la puberté et s'expliquent par le besoin de justifier et de se faire pardonner certaines défaillances. (...) Très souvent, ce sont des caresses tout à fait innocentes prodiguées par des adultes qui se trouvent à l'origine de ces interprétations fantaisistes (...).  Ce sont, dans la plupart des cas, des professeurs qui font l'objet de ce genre d'accusations et parfois même les parents."
Selon cette interprétation, largement partagée à l'époque, l'inceste relève du pur fantasme et la criminelle a commis son geste par défaut de sens moral!
Sujet hautement tabou dans la société patriarcale de l'époque, l'inceste crée une stupeur horrifiée. On ne doit pas en parler ni prononcer le mot. Ceci enferme le discours de la presse. Dans les journaux, aucune condamnation de l'inceste, mais la condamnation de la parole sur l'inceste. D'aucuns s'étonnent que Violette Nozière ne se soit confiée à sa mère ou sa grand-mère, sans comprendre la difficulté de révéler l'inceste. Aussi, à quelques exceptions près (les surréalistes, le commissaire Marcel Guillaume), ni le public ni le jury n'accordent foi aux accusations de Violette contre son père. Au fond, la jeune femme ne peut être entendue/comprise par l'opinion, car sa sexualité déviante - en fonction des normes de l'époque - permet d'évacuer la sexualité déviante du père dont on dresse au contraire un portrait flatteur. Un père respectable, un cheminot méritant, un modèle de vertu républicaine qui se sacrifie pour sa fille. En brisant cette image, Violette "tue" une deuxième fois son père et accuse dans le même temps cette large frange de la population qui s'identifie au couple Nozière.

Violette au cours de son procès. Agence de presse Meurisse [Public domain], via Wikimedia Commons
Lors du procès, les arguments de la défense sont systématiquement balayés. Le commissaire Guillaume, convaincu que l'accusée a donné le vrai mobile de son crime, n'est pas entendu. Les perquisitions effectuées au domicile ont pourtant mis à jour des éléments troublants: un chiffon tâché de sperme dont le père se serait servi pour éviter que Violette ne tombe enceinte, des revues licencieuses dans la table de nuit du couple... Un doute s'insinue sur la moralité du père. Quelques journalistes semblent gagnés par le doute. Un débat s'installe au sein de l'opinion, au cœur même des repas de famille. D'anciennes victimes d'incestes brisent le tabou et prennent la plume pour partager leur expérience avec le juge (dans le dossier d'instruction figurent des plusieurs dizaines de lettres de femmes écrivant au juge).

Dans une France sclérosée par sa morale et ses vieux carcans, des voix commencent à s'élever. Louis Aragon, qui couvre l'affaire pour l'Humanité affirme: "Plus que jamais dans l'affaire de la rue de Madagascar le caractère de classe de la justice bourgeoise, de la police, de la presse apparaît." Dès novembre 1933, dans la Revue anarchiste, Bardamu remarque : « L’inceste est un mot dont on s’effraie, c’est une pratique courante, j’admire les cheminots qui ne croient pas Nozière capable d’avoir troussé sa fille parce qu’il était un bon mécanicien. »
En décembre 1933, les surréalistes ont édité une brochure intitulée Violette Nozière. Ce manifeste paraît aux éditions Nicolas Flamel à Bruxelles afin de contourner la censure. On y trouve des poèmes et dessins d’André Breton, Victor Brauner, Alberto Giacometti, René Char, Paul Eluard, Salvador Dali, Max Ernst, René Magritte. Subjugués par l'image de Violette, dangereuse femme fatale à l'aura sexuelle fascinante, le groupe d'artistes offre une analyse très subversive, dénonçant la collusion entre le père incestueux, les juges, les jurés. Pour ces auteurs, cette affaire permet de fustiger l'hypocrisie d'une société bourgeoise qui vit dans le conformisme et l’étroitesse d’esprit. Pour la gauche et les surréalistes, Violette Nozière est une rebelle contemptrice de l'ordre bourgeois, symbole malgré elle d'une société profondément inégalitaire. Le volume de poèmes et de dessins est explicite. Un poème de Benjamin Perret use du langage le plus cru pour dénoncer l'inceste et parle du "petit papa qui violait". Un dessin de Magritte met en scène, pour mieux le dénoncer, l'inceste paternel commis avec la complicité de la justice. On y voit une jeune fille vêtue de blanc sur les genoux d'un homme vêtu de noir qui passe sa main sous sa jupe devant un homme avec un haut-de-forme et une mallette ( = le juge).L'affaire inspire à Paul Eluard ce poème fameux: 

"Violette rêvait de bains de lait,
De belles robes de pain frais
De belles robes de sang pur
Un jour il n’y aura plus de pères
Dans les jardins de la jeunesse
Il y aura des inconnus
Tous les inconnus
Les hommes pour lesquels on est toujours neuve
Et la première
Les hommes pour lesquels on échappe à soi-même
Les hommes pour lesquels on est la fille de personne
Violette a rêvé de défaire
A défait
L’affreux nœud de serpents des liens du sang."

Mais pour l'avocat général Claudel, l'accusée n'a rien de la "justicière" qu'elle prétend être. Il s'agit au contraire d'une « menteuse, orgueilleuse, perverse, inventive, criminelle… », qui ne mérite aucune pitié. S'adressant aux jurés, il lance: "Quand nous aurons parcouru ensemble le cycle de cette horrible tragédie je vous demanderai, MM. les jurés, de prononcer la peine capitale contre la misérable fille qui non contente de tuer, a déversé sur la tombe de sa victime, de son père, le flot immonde des calomnies et des mensonges créés par sa perverse imagination."
Germaine Nozière, bien que partie civile, a pourtant fini par pardonner sa fille et supplie même le jury: "Pitié, pitié, pour mon enfant!" Peine perdue... Le 12 octobre 1934, après seulement une heure de délibération, Violette Nozière est condamnée à la peine de mort pour parricide et empoisonnement, sans circonstance atténuante. L'accusation d'inceste n'a pas été retenue. Dans leur grande majorité, la presse et l'opinion salue le verdict.
Le 17 octobre 1934, l’écrivain Marcel Aymé écrit au contraire dans « Marianne » : «En condamnant Violette Nozière sans vouloir parler d’inceste le tribunal s’est montré fidèle à l’une de ses plus chères traditions. Il a voulu affirmer le droit du père à disposer absolument de ses enfants, tout compris : droit de vie et de mort, et droit de cuissage aussi. »

Condamnée, Violette Nozière reste au centre de l'attention. Le 24 décembre 1934, le président de la République Albert Lebrun commue sa peine en travaux forcés à perpétuité. La jeune femme quitte la Petite Roquette pour la prison de Fresnes, Haguenau, puis Rennes.

Prisonnière exemplaire, la détenue est touchée par la foi, ce qui incite le père Sertillanges à intercéder en sa faveur auprès du maréchal Pétain, qui réduit sa peine à 12 ans de prison, le 6 août 1942. En détention, elle entre au service du greffier-comptable de la prison ce qui lui permet de rencontrer le fils de ce dernier, un certain Pierre Garnier, dont elle tombe amoureuse. Sa réinsertion réussie entraîne une libération anticipée, le 29 août 1945. Au mois de décembre de cette même année, elle épouse Pierre Garnier. De leur union naitront cinq enfants. Le couple gère des restaurants en région parisienne, puis en Normandie. Voci un étonnant retour à la conformité sociale pour celle qui fut célébrée comme le symbole de la résistance au modèle familial petit bourgeois!
Fidèle à ses convictions, Breton réclame en 1953 la réhabilitation: "Réhabilitez-la! Cachez-vous! De mémoire d'homme, jamais affaire criminelle n'aura fait surgir à la cantonade plus belle collection de crapules que le procès Violette Nozière, il y a vingt ans." "Que cette dernière sache qu'elle n'a pas cessé de grandement nous émouvoir et qu'elle ne compte parmi nous que des amis." Il lui écrit encore: "Tu ne ressembles plus à personne de vivant ni de mort, mythologique jusqu'au bout des ongles."
Le 18 mars 1963, la cour de justice de Rouen exauce le poète en prononçant la réhabilitation, un fait unique dans les annales judiciaires concernant un condamné à mort. « Tout est effacé ! Il n’y a plus de Violette Nozière ! Aux yeux du monde de la justice, elle n’existe plus. Nous avons gagné notre guerre de 30 ans », exulte Maître de Vésinne-Larue, son fidèle avocat.
Atteinte d’un cancer des os, Violette Nozière meurt à Rouen, le 26 novembre 1966.

En 1978, Claude Chabrol met en scène l'affaire Violette Nozière. Le scénario d'Odile Barski dresse le portrait d'une Violette mystérieuse et solitaire. La scénariste sublime le fait-divers pour en faire une tragédie. Isabelle Huppert interprète avec talent l'empoisonneuse. Comme les surréalistes avant lui, le réalisateur fait du parricide un acte de résistance et de contestation.


Notes:

1. Robert Brasillach qui, dans « notre avant-guerre » écrit à propos de Violette Nozière :
« …. Les détails douteux et sales de sa vie navrante, la grise atmosphère de débauche où alternaient les cocktails, la drogue et le café crème, l’argent et la misère…un atroce monde sans Dieu. »

2. Sous l'Ancien régime, les complaintes sont transcrites sur des canards ou des feuilles volantes distribuées par des chanteurs ambulants. Ces derniers apprennent la mélodie à l'auditoire, mais réclament l'achat du "format" pour révéler les paroles au-delà du deuxième couplet. Le canard reprend généralement un titre et un sous-titre circonstancié, les paroles des complaintes, la ligne mélodique, un bref résumé de l'affaire chantée, une illustration façon "imagier" progressivement remplacée par une photographie. A partir du début du XXème siècle, le canard se réduit souvent à la seule complainte, non illustrée et non commentée, ce qui contribue à son rapprochement avec le "petit format".
3. Ce titre, publié en 1895, sur des paroles de Théodore Botrel et une musique d'Eugène Feautrier, connaît un succès prodigieux  jusqu'à la seconde guerre mondiale et sert de ligne musicale à de nombreuses complaintes.
4. La complainte prend souvent la forme d'une confession qui se décompose en trois temps: une formule d'appel suivie d'une longue narration exposant le(s) crime(s), avant l'énoncé puis l'exécution de la sentence, enfin un bref épilogue à visée moralisante. Les refrains n'apparaissent dans les refrains que très progressivement.  


Sources:
- Anne-Emmanuelle Demartini: Une histoire des années 30, Violette Nozière, la fleur du mal, Champ Vallon, 2017.
- "Faits divers, l'histoire à la une: Violette Nozière, l'empoisonneuse parricide", documentaire diffusé sur Arte le 16 septembre 2017.
- Retro News: L'affaire Violette Nozière (1/3); les débuts de l'affaire (2/3),  la condamnation et la réhabilitation (3/3).
- Sarah Maza: "Le cas Violette Nozière", L'Histoire n°368, octobre 2011, p24.
- Jean-François "Maxou" Heintzen: "le canard était toujours vivant! De Troppmann à Weidmann, la fin des complaintes criminelles, 1870-1939" sur Criminocorpus. 
-  Criminocorpus: "Affaire Violette Nozière: journaux de l'époque".

Liens:
- Deux autres complaintes abordées par l'histgeobox: "la complainte de Mandrin", "la complainte de Bouvier".

4 commentaires:

Paul a dit…

Vous dites que "Fidèle à ses convictions", Breton réclame en 1953 la réhabilitation de Violette Nozière mais en fait c'est Violette Nozière elle-même qui demande sa réhabilitation en février 1953, Breton ne faisant ici qu'appuyer cette requête. Cf. « Vingt ans après sa condamnation à mort, Violette Nozières demande sa réhabilitation », article de" Libération" le 23 février 1953 reproduit dans la réédition en fac-similé de "Violette Nozières" (éditions Terrain vague, 1991).

J blot a dit…

Merci Paul pour cette précision.

Armand a dit…

Savoureuse faute de frappe au début de l'article (au demeurant passionnant), en forme de lapsus calami : "Violette se fait porter pal."

Violette clouée au pilori, empalée (par son père, puis par la foule, puis par la justice), crucifiée en quelque sorte. Violette portée par le pal... Vous corrigerez sans doute, mais tout de même : ça m'a bien fait sourire.

J blot a dit…

ooops. Merci Armand. Je viens de corriger, mais pour garder une trace je publie le commentaire qui m'a aussi bien fait sourire.
J.