jeudi 19 mars 2026

Présidents en chansons. Sarko 1 : les années Karcher.

Continuons notre exploration des présidents en chansons avec aujourd'hui Nicolas Sarkozy.    

Polémix et la voix Off : "Sarko skanking

א (Aleph), CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

(en version podcast)

Nicolas Sarkozy naît en 1955 à Paris. Peu passionné par les études, il hésite entre une carrière de journaliste ou d'avocat. Après une maîtrise en droit privé, il entre à l'institut d'études politiques, mais en sort non diplômé au début des années 1980. Il n'est pas un héritier, n'appartient pas au sérail politique, mais il intègre tout jeune les mouvements de jeunesses à droite, au sein de l'UDR (l'ancêtre du RPR, de l'UMP, puis des Républicains). Culotté et ambitieux, il tape dans l'oeil de Jacques Chirac, désireux de rajeunir l'électorat vieillissant de son parti. En 1983, Achille Peretti, maire de Neuilly, meurt en cours de mandat. Sarkozy lui succède, après avoir doublé Charles Pasqua, pourtant pressenti comme le successeur de l'édile défunt. L'homme prend du galon, au point de devenir le grand organisateur de la campagne de Chirac lors de la présidentielle 1988. Face au président sortant, ce dernier échoue largement, ce qui convainc son poulain de passer à la concurrence, de trahir son mentor, misant désormais sur celui que l'on appelle pas encore Doudou : Edouard Balladur. 

Avec "Chicken manager", Alexis HK imagine le combat de coq entre Sarkozy et Chirac. Ce dernier gardera une dent contre son poulain. A son entourage, il lancera ainsi "Sarkozy, il faut marcher dessus, et du pied gauche, ça porte bonheur." "Puissant, rapide, fluide et léger / Nick est un véritable enfoiré / Attaquer l'ennemi à terre, par derrière / Fait partie de ses coups de vice préférés"

 En 1993, devenu premier ministre à la faveur d'une deuxième cohabitation, Balladur nomme le jeune ambitieux au ministère du budget. Sarkozy met à profit son nouveau poste pour remplir son carnet d'adresses. La cotte de Balladur est au plus haut, alors que Chirac peine à exister. Cette même année, dans sa ville de Neuilly, il apparaît en héros médiatique après une prise d'otage dans une maternelle. Patatras, lors de la présidentielle de 1995, l'ancien maire de Paris devance son rival au premier tour, avant de l'emporter devant Jospin. Sarko a misé sur le mauvais cheval. Le coup est dur à encaisser. Pour ne rien arranger, aux européennes de 1999, la liste menée par Sarkozy subit un échec cinglant. Or, loin de jouer la carte de la repentance, il assume avoir trahi Chichi et adopte un discours frontal et blessant à l'égard de ses adversaires. 

Nommé ministre de l'intérieur par Chirac en 2002. Premier flic de France, il accourt à la suite des drames. VRP du fait divers, il s'empresse de recevoir les familles et n'hésite pas à commenter à chaud ce qui vient de se produire, quitte à bafouer la présomption d'innocence ou à marcher sur les platebandes de la justice. Il se complaît dans l'urgence médiatique imposée par les nouvelles chaînes d'infos en continu, use et abuse des petites phrases. Le 20 juin 2005, à la Courneuve, alors qu'il se rend au chevet d'une famille dont le fils vient d'être tué en marge d'un règlement de comptes, il promet de "nettoyer au karcher la cité des 4000". Les mots blessent et inspirent de nombreux artistes qui se proposent de retourner le nettoyeur à haute pression en direction du ministre. Voilà l'arroseur arrosé. 

Le 25 octobre 2005, en déplacement sur la dalle d'Argenteuil, il lance à une riveraine qui vient de le saluer: "vous en avez assez, hein ? Vous en avez assez de cette bande de racailles? Ben, on va vous en débarrasser." La encore, les artistes retournent l'insulte. C'est le cas du "Racailles" de Kery James.

Trois jours après avoir insulté les jeunes des quartiers populaires, le ministre de l'intérieur donne une version mensongère au lendemain de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents de Clichy sous Bois électrocutés dans un transformateur EDF, le 27 octobre 2005. Non seulement il accuse les victimes d'avoir voulu commettre un vol, mais il dément également toute course poursuite avec la police. Deux mensonges démontés par l'enquête, mais fidèle à sa stratégie de saturation de l'espace médiatique, Sarkozy n'en a cure. Par ses déclarations, il fait d'une pierre deux coups : couvrir la police - quitte à l'entretenir dans une culture de l'impunité - et flatter les courants les plus réactionnaires de l'opinion publique, pour lesquels ces jeunes l'auraient bien cherché. Sniper propose son bilan de cette séquence dans leur titre "Brûle". "Oui les reufs ont réagi face aux propos outranciers / Un crime impuni d'la gazeuse dans une mosquée / Du Mirail au Bosquet, engrenage dramatique / Effet boule de neige photo-matraquage médiatique / Il parle de Karcher, divise la France en 2 / Sarko t'offre un lavage à l'éléphant Bleu, Mais ce qui est malheureux c'est que l'on brûle le peu qu'on a / Alors qu'il suffirait de voter pour incendier ces connards."

Après deux ans place Beauvau et un passage éclair à l'Economie, Sarkozy prend la tête de l'UMP, qu'il entend mettre en ordre de marche dans l'optique de la présidentielle 2007. Rappelé à l'intérieur, il s'emploie à savonner la planche du premier ministre Dominique de Villepin. Pour le Bhale Bacce Crew, par sa rhétorique brutale et humiliante, le "Petit hommene contribue pas à attiser les tensions. "T'as tout faux, tes raisonnements son mauvais, décalés, t'as pas le niveau / T'as pas le niveau Sarko / T'es pas bien grand, c'est pas nouveau / Droite de la droite, on connaissait, mais là c'est trop / Tu alimentes la haine avec tes mots / Alors donne ton Karcher à toutes les âmes offensées"

Le sarkozysme n'a pas de colonne vertébrale idéologique. S'il est bien de droite dans son approche sociétale et économique, sa pensée est surtout faite d'opportunisme, de sondages, de coups médiatiques, de slogans ou de postulats manichéens. On se souvient du "travailler plus, pour gagner plus", du "vous êtes avec moi ou contre moi", de "la France tu l'aimes ou tu la quittes" ou encore de "La France qui se lève tôt".

Dans son objectif de conquête du pouvoir, le candidat Sarkozy n'hésite pas à marcher sur les platebandes de l'extrême droite. De fait, lors de la campagne présidentielle de 2007, il réussit à "siphonner" les voix du FN, saturant l'espace médiatique, imposant son agenda et dictant les sujets. Le 16 mai 2007, Nicolas Sarkozy, candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP), est élu président de la République avec 53 % des voix, face à la socialiste Ségolène Royal. Pour célébrer la victoire, une grande fête a lieu place de la Concorde. Les soutiens musicaux de l'impétueux Nicolas louent les mérites de leur champion. "Toi Sarko, je suis bien dans tes bras" répète Enrico Macias. Mireille Matthieu lâche les "Mille colombes", en même temps que les roulements de rrrrr. Faudel, le petit prince du raï, ne sait pas encore qu'en ralliant Sarkozy, il plombe une carrière prometteuse.

Devant une foule en liesse, le vainqueur prononce un discours qu'Arman Méliès met en musique, sous le titre de "Mes chers amis". Diffusé en 2012, peu avant la nouvelle élection, me morceau fait office de piqure de rappel pour tous ceux que le mandat présidentiel a hérissé, comme une sorte d'antidote ou de contre poison. "Chacun aura sa chance / Mais cette chance il faudra qu'il la mérite / par son travail, par son engagement personnel / par ce en quoi il croit"

Après la place de la Concorde, Sarkozy se rend au Fouquet's avec ses happy few, membres du show bizz (Clavier, Halliday) et grands patrons (Arnault, Bolloré, Bouygues). Quelques semaines plus tard, le nouveau président kiffe la life sur un yacht prêté  par Bolloré. Il devient alors le président bling bling, dont les premiers actes sont autant de faux pas, qui lui colleront aux basques. 

On mesure alors que ce qui plaît au nouveau chef de l'Etat, c'est la conquête du pouvoir. Une fois à l'Elysée, Sarkozy peine à exercer la fonction présidentielle, se comportant en candidat en campagne permanente, avec tout ce que cela implique de propos violents pour s'imposer, coûte que coûte. Il met en avant sa vie privée, son couple avec Cécilia, puis Carla Bruni. Ce faisant il accentue la tendance à la peopolisation de la vie politique. La Rumeur feat Anfalsh pointe ce travers dans "De la Soufrière à la Montagne Pelée" "Des abus sociaux, des dessous d’table / Président lunettes Rayban, pour un footing pittoresque / Une chanteuse aux poésies fécales et tout le reste / Balade en yacht, et voilà le paquet fiscal / Pour le pauvre, ça fait mal comme une hernie discale"

Parmi les présidents de la cinquième République, Nicolas Sarkozy détient un record : il est le préz auquel ont été consacrées le plus de chansons commercialisées. L'immense majorité d'entre elles sont à charge, au point qu'après les mazarinades, on pourrait presque parler de sarkozynade, comme le propose Michel Kemper. L'auteur de "Si Sarkozy m'était chanté" dénombre plus de deux cents morceaux. Autant en profiter, en scindant ce billet en deux parties. Le prochain s'intéressera donc au mandat présidentiel et ses lendemains carcéraux.  

 Sources:
- Thomas Renard : "Quand les politiques s'en prennent au rap", Booska-P
- Karim Hammou : "La pénalisation politique du rap en France", Les mots sont importants.

jeudi 5 mars 2026

Diffusion et mutations de la Bossa Nova.

Dans un précédent billet, nous nous sommes intéressés à l'apparition de la bossa nova. Ici, voyons comment le genre s'impose hors du Brésil, où le genre décline rapidement.  

Philippe Baden Powell, Attribution, via Wikimedia Commons
Sur le plan politique, tout semble sourire au "président bossa nova". En 1958, le duo Garrincha-Pelé permet à la Seleçao de remporter la coupe du monde de football en Suède. Le 19 avril 1960, quelques mois avant de remettre en jeu son mandat, Kubitschek inaugure en grande pompe Brasilia, la nouvelle capitale fédérale. Cependant, derrière cette apparente baraka, les difficultés subsistent. Malgré les métamorphoses et la disparition des archaïsmes hérités du colonialisme portugais, le pays est encore loin de s'être réformé en profondeur et d'avoir oublié ses préjugés raciaux, sociaux ou sexistes. Le chantier pharaonique de Brasilia s'est éternisé et a coûté une fortune. Les déficits se creusent. Dans ces conditions, le président sortant subit un revers électoral en octobre 1960. Il cède sa place à Jânio Quadros, un populiste, fantasque, qui prône une maîtrise des dépenses et un ordre social plus juste. Mais six mois à peine après son arrivée au pouvoir, lâché par la droite qui l'accuse de préparer un coup d'état communiste, il remet sa démission, que le Congrès s'empresse d'accepter En vertu de la constitution, c'est le vice-président, João Goulart, qui lui succède. Son entrée en fonction  est marquée par une agitation croissante. Le nouveau dirigeant comprend en tout cas l'intérêt qu'il y a à soutenir les musiciens de bossa, afin d'accroître le rayonnement culturel du Brésil au niveau international.  

En 1960 sort le nouveau disque de João Gilberto, intitulé O amor, o sorriso, e a flor, et sur lequel figurent "Corcovado", Samba de Uma Nota So", deux compositions de Jobim et futurs standards internationaux. Le succès remporté ouvre la voie à d'autres musiciens bossas talentueux tels que Paulo Sergio Valle et son frère Marco (Samba de verão, Terra de ninguém) Roberto Menescal (O Barquinho), Jorge Ben (Bom mesmo é amar) ou Edu Lobo ("Canção da Terra", "Reza", "Aleluia").
 
Le succès de la bossa tient aussi aux paroles de chansons, poétiques, mais simples, sans prétention. Quelques grandes thématiques peuvent être identifiées comme l'évocation de l'incontournable saudade, comme sur le morceau A felicidade. Moares écrit : "La tristesse n'a pas de fin / Mais le bonheur en a une / Le bonheur est comme une plume / Que le vent emporte dans l'air / Elle vole si légère / Mais a la vie si brève / Qu'il lui faut du vent sans cesse".
L'image des femmes et leurs corps sublimés constituent un autre sujet de prédilection. Ainsi, en 1962, Jobim et Moraes composent "Garota de Ipanema", la fille d'Ipanema, en référence au quartier huppé au sud de Rio. "Tous les après-midi, Jobim et moi, nous allions prendre quelques verres dans un café [Veloso, désormais Garota Ipanema], un petit bar qui était là, à Ipanema, et qui s’appelait le café Veloso. Et, elle allait vers la plage, tous les jours, vers trois heures ou quelque chose comme ça […] Et je pense que Jobim, a essayé de mettre dans le rythme de cette bossa nova sa façon de bouger, sa façon de marcher", se souvient Moraes. Le 2 août 1962, les deux compères, accompagnés par João Gilberto et l'ensemble Os Cariocas,  interprètent le titre sur la scène d'un restaurant musical de Copacabana. Le morceau s'imposera bientôt comme un tube mondial. 

L'exaltation de l'environnement carioca, la mer (Wave), les plages, l'eau représentent une autre source d'inspiration récurrente des auteurs de bossas. Aguas de março, une des plus belles chansons de Jobim, propose une évocation poétique de la nature, sous la forme d'une suite d'images, sans couplets ni refrains, mêlant la tristesse à l'espoir. L'auteur trouve l'inspiration au moins de mars 1972, alors que des trombes d'eau s'abattent sur Rio. Pour rendre compte de la saudade qui l'étreint, il utilise d'une boucle musicale, un flux ininterrompu, renforcé par l'utilisation de l'anaphore É - le groupe verbal "c'est" - répété 44 fois au cours du morceau.


En 1962, le guitariste compositeur Baden Powell (son père adepte du scoutisme lui a donné le nom du fondateur du mouvement) rencontre Vinicius de Moraes. Ensemble, ils écrivent des afro-sambas (BerimbauConsolaçaoCanto de Xangô), des bossas sur des thèmes chers à la culture bahianaise, en particulier les religions afro-brésiliennes (candombléumbanda). Ainsi, ils consacrent Canto de Ossanha à l'orixa de la forêt. 

Alors que la bossa semblait s'être enfin imposée dans le pays, ses fondateurs se dispersent. De Moraes rejoint l'ambassade brésilienne à Paris, tandis que Jobim et Gilberto se rendent aux Etats-Unis. Alors que le moment bossa semble se clore au Brésil, le genre s'exporte et connaît un essor prodigieux à l'échelle internationale. 
Ainsi, le public américain s'entiche du genre après que certains musiciens de jazz américains (Dizzy Gillespie, Lena Horn, Charlie Byrd) ce soient rendus dans les boîtes de nuits cariocas, puis aient incorporé ce qu'il nomme brazilian jazz à leur répertoire (Kenny Dorham). D'aucuns en reviennent avec des morceaux à adapter plein les valises. D'autre part, le chargé de la culture dans le gouvernement Goulart a été approché par un producteur de Manhattan, qui lui propose d'organiser un concert au Carnegie Hall de New York, en guise d'intronisation de la bossa aux Etats-Unis. Le 21 novembre 1962, Jobim, Gilberto, Carlos Lyra, Roberto Menescal, Sergio Mendes montent sur scène, pour un succès en demi teinte, en raison de problèmes d'organisation. Il n'empêche, comme l'écrivait Lucien Malson, "la mode prend comme le feu dans l'étoupe: en quelques mois, nombres d'artistes célèbres du jazz (...) enregistreront leur disque de «bossa nova»" : Duke Ellington ("Afro bossa" en 1963), Quincy Jones ("Big Band Bossa Nova" en 1962), Coleman Hawkins ("Desafinado" en 1962), parmi d'autres. En 1962, le saxophoniste Stan Getz et le guitariste  Charlie Byrd publient Jazz Samba, un disque exclusivement instrumental, dans lequel ils reprennent des œuvres de Jobim ou Baden Powell. 

En mars 1963, en association avec Tom Jobim, Gilberto et sa femme Astrud, Stan Getz enregistre "Getz Gilberto". João peine à enregistrer la version anglaise de Garota de Ipanema. Qu'à cela ne tienne, Astrud s'y colle et propose une version qui propulsera le disque aux premières places des hits parades mondiaux. Non contente de lui souffler la vedette, elle le plante pour Getz. C'est ballot. En 1967, Jobim enregistre un album avec Sinatra (Guys and Dolls), ce qui accroît encore la popularité de la bossa aux Etats-Unis, quitte à édulcorer le genre. Ainsi, le crooner américain jazzifie la mélodie et utilise sa puissance vocale, les trémolos, une manière de chanter aux antipodes du canto falado

* Une déferlante.
En France aussi, la bossa fait des émules. Les musiciens s'approprient des dizaines de morceaux brésiliens qu'ils reprennent à leur goût. En 1962, Sacha Distel reprend façon crooner la Samba de Uma Nota So. La même année, Dario Moreno reprend une chanson de Gilberto intitulée Doralice, dans laquelle il imagine la jeune fille en train de danser la bossa, alors même que le genre ne se danse pas. 
A la suite d'un voyage au Brésil, ou au contact de musiciens cariocas, quelques artistes français entament de véritables collaborations. Ainsi, Baden Powell et Vinicius de Moraes, exilés dans l'hexagone après l'arrivée au pouvoir des militaires, subjuguent des musiciens tels que Pierre Barouh ou Moustaki. En 1965, le premier adapte en français la Samba de benção. Sa traduction tient de la déclaration d'amour à la musique populaire brésilienne et ses auteurs·rices.
Par l'intermédiaire de Barouh, Nougaro rencontre Baden Powell et Vinicius de Moraes et se rend en 1963 au Brésil. Il s'y marie avec une Brésilienne dont il a un enfant. Dès lors, il enregistrera plusieurs morceaux en lien avec le Brésil: en 1966, Bidonville est une reprise musicale de Berimbau  (une calebasse reliée à un fil métallique sur laquelle on fait teinter une baguette) par Baden Powell et Vinicius de Moraes. Le morceau original évoque le candomblé, Nougaro, lui, décrit la misère urbaine.
Mais la plus grande réussite de bossa en français reste peut-être "Les eaux de Mars" de Georges Moustaki, fruit d'une grande complicité amicale et musicale avec Antonio Carlos Jobim, qui est présenté au premier par Nara Leão. Le musicien carioca propose au Français de traduire Aguas de março déjà mentionnée. Ce dernier trouve les mots justes, parvenant à conserver le sens et la poésie jobiemme. 

Peu après l'accession au pouvoir des militaires (1), la bossa cesse d'occuper le devant de la scène, supplantée par la Joven Garda, la chanson engagée, puis le tropicalisme. Les principaux bossanovistes quittent le Brésil. D'autres infléchissent leurs parcours vers une chanson plus engagée, moins sophistiquée. C'est le cas de Nara Leão ou de Carlos Lyra, dont les textes se font de plus en plus politiques. 
 
C° : Au Brésil, la bossa n'a fait que passer. Comme le rappelle Christian Pouillaude sur son site dictionnaire amical du jardin océanique - dont je ne saurais trop vous recommander la fréquentation - : "ce fut la musique d'une courte période (entre 1958 et 1966) et d'un mouvement musical passablement élitiste, celui de la jeunesse dorée (...) des beaux quartiers de la zone sud de Rio. Au Brésil, la bossa est définitivement liée à cette époque et ce milieu. Elle n'y a évidemment jamais été considérée comme une musique populaire (...). Voilà, l'instant bossa nova du Brésil est passé!
Hors des frontière brésiliennes, en revanche, le genre musical s'est installé durablement, influençant plusieurs générations d'artistes qu'il s'agisse de musiciens jazz contemporains (Diana Krall, Pat Metheny), du beige sound britannique (Everything but the girlStyle Council, Sade) ou dans une version électronique (BossacucanovaThievery Corporation, Bebel Gilberto)...

Notes:
1. Pris entre l'opposition des conservateurs et sa volonté de réforme - Goulart entend nationaliser les raffineries de pétrole et exproprier les exploitations agricoles de plus de 100 hectares - , or le nouveau chef d’État dispose d'une faible marge de manœuvre. Certains redoutent déjà une contamination cubaine au Brésil. Aussi, les États-Unis s'emploient à renverser le président en appuyant le coup d'état militaire du 31 mars 1964. Ce putsch entraîne aussitôt une chasse aux sorcières et l'arrestation de plusieurs milliers de personnes, l'annulation des mesures sociales envisagées. Le maréchal Castelo Branco accède à la présidence. 

Sources:
A. "Brésil : émergence de la bossa", épisode de l'émission Musicopolis sur France Musique.
B. Tárik de Sousa : "Bossa-nova : les accords de la démocratie", in "MPB. Musique populaire brésilienne", Réunion des musées nationaux - Cité de la Musique, Paris, 2005. 
C. Jean-Paul Delfino: "Brasil a música", éditions Parenthèses, Marseille, 1998.
D. Métronomique: "Brésil 1957-1964: la vague moderniste", 24/6/2017.
E. "La bossa nova, la musique d'un Brésil démocratique", épisode de l'émission Pop n'Co sur France Inter.
F. "La mort de Villa-Lobos et les débuts de la Bossa Nova", "Les années Bossa Nova", "1960 : le président Bossa-Nova et Brasilia", des épisodes de l'émission Carrefour des Amériques sur France musique.
G. "Bossa Nova as melhores", émission consacrée au genre sur France musique.
H. Nicolas Marchial. "La bossa nova, élément central du renouveau artistique brésilien de 1958 à la findes années 1960.", Musique, musicologie et arts de la scène. 2012.
I. De nombreuses ressources sur le blog Mediamus animé par Nicolas Blondeau. 
J. Anaïs Fléchet« La bossa nova en France : un modèle musical ? »Cahiers des Amériques latines, 48-49 | 2005, 58-73.