mardi 18 novembre 2008

117. Bob Dylan: "Only a pawn in their game". (1963)

 Ci-dessus, le frêle Bob Dylan interprète Only the pawn in their game, le 28 août 1963, lors de la marche sur Washington. Devant une foule immense réunie devant le Lincolm memorial.

Medgar Evers devient en 1954 le secrétaire de terrain de la NAACP du Mississippi. Il multiplie les enquêtes sur des violences racistes. Après la campagne menée par Martin Luther King à Birmingham début 1963, le gouvernement fédéral se doit de réagir.
Le 11 juin 1963, lors d'une conférence de presse télévisée, le président J.F. Kennedy annonce que "le temps est désormais venu pour cette nation de rempli ses promesses. Les événements de Birmingham et d'ailleurs ont augmenté les cris en faveur de l'égalité, si bien qu'aucune ville, aucun Etat, aucun corps législatif ne peut choisir prudemment de les ignorer (...) Nous affrontons une crise morale en tant que pays, en tant que peuple". Il annonce ainsi la loi sur les doits civiques en gestation (que portera son vice-président Johnson).

Les tenants de la suprématie blanche dans le vieux Sud rejettent avec violence cette évolution. Ils se vengent alors sur les membres les plus actifs du mouvement des droits civiques.



Le 12 juin 1963, le lendemain du discours présidentiel, Medgar Evers est tué d’une balle dans le dos alors qu’il sort de sa voiture. Deux jurys composés de blancs refusent de condamner son assassin, malgré les preuves accablantes qui pèsent sur lui. Il faudra attendre 1994 pour que Byron de la Beckwith soit condamné et emprisonné. Sitôt l'événement connu, Dylan consacre une chanson au drame, qui choqua profondément l'opinion publique américaine.
Le morceau s'avère très réaliste, cependant le chanteur ne se contente pas de décrire l'assassinat. Il s'intéresse ici aux racines du mal et démontre que le meurtrier devient un instrument entre les mains des institutions racistes du sud des Etats-Unis. Adeptes du "diviser pour régner", les élites du sud, adeptes de la ségrégation, comprennent qu'elles doivent s'appuyer sur les petits blancs, dont les conditions de vie sont souvent très proches de celles de leurs voisins noirs. Finalement, le seul signe distinctif reste la couleur de peau et pour les élites blanches du sud , une des solutions de facilité consistait à désigner les populations noires à la vindicte publique. Les petits blancs, constamment humiliés, firent donc de leurs voisins noirs des parias, adversaires absolus, par delà la misère commune. Au fond, l'assassin est un pion dans le jeu des puissants, ce qui ne retire rien à la gravité de son acte et à sa responsabilité personnelle.


Cette video est tirée du film de Pennebaker consacré à Dylan, Don't look back. On y voit le chanteur en bras de chemise en train d'interpréter le morceau. Nous sommes en 1963, dans un champ, à Greenwood (Mississippi), où le SDS et le SNCC (deux organisations des droits civiques) organisent une campagne de soutien à l'inscription des noirs sur les listes électorales.


Ci-dessous: la pierre tombale de Medgar Evers.

Il semblerait que ce soit l'assassinat d'Evers qui décide King à annoncer officiellement le projet d'une marche sur Washington. Le leader noir voulait "faire une démonstration de force de la non-violence t mobiliser la population bien au-delà de la seule communauté noire". La marche du 28 août 1963 sera un immense succès, auquel Dylan participa à son niveau.

"Only a pawn in their game" Bob Dylan (1963)

A bullet from the back of a bush took Medgar Evers'blood.
A finger fired the trigger to his name.
A handle hid out in the dark
A hand set the spark
Two eyes took the aim
Behind a man's brain
But he can't be blamed
He's only a pawn in their game.

Une balle tirée d'un buisson répandit le sang de Medgar Evers.
Un doigt appuya sur la gâchette à son nom.
Un poing caché dans l'obscurité
Une main arma le fusil
Deux yeux le prirent comme objectif
Guidés par le cerveau d'un homme
Mais on ne peut pas lui reprocher
Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.

A South politician preaches to the poor white man,
"You got more than the blacks, don't complain.
You're better than them, you been born with white skin," they explain.
And the Negro's name
Is used it is plain
For the politician's gain
As he rises to fame
And the poor white remains
On the caboose of the train
But it ain't him to blame
He's only a pawn in their game.

Un politicien du sud a dit au pauvre blanc,
"On t'a donné plus qu'aux noirs, te plains pas.
Tu es meilleur qu'eux, tu es né avec la peau blanche", on t’apprend.
Et le nom du noir
Est employé c'est clair
Au profit du politicien
Pour accroître sa renommée
Et le pauvre blanc est laissé
A la queue du train
Mais on ne peut pas lui reprocher
Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.

The deputy sheriffs, the soldiers, the governors get paid,
And the marshals and cops get the same,
But the poor white man's used in the hands of them all like a tool.
He's taught in his school
From the start by the rule
That the laws are with him
To protect his white skin
To keep up his hate
So he never thinks straight
'Bout the shape that he's in
But it ain't him to blame
He's only a pawn in their game.

Les shérifs, les soldats et les gouverneurs ont été payés,
Les inspecteurs et les flics aussi,
Mais ils se servent du pauvre blanc comme d'un outil entre leurs mains.
Dans son école on lui apprend
Depuis le début et dans les règles
Que les lois sont avec lui
Pour protéger sa peau blanche
Qu’il faut garder beaucoup de haine
Alors il ne doute jamais
Du moule qu'on lui a coulé
Mais on ne peut pas lui reprocher
Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.

From the poverty shacks, he looks from the cracks to the tracks,
And the hoof beats pound in his brain.
And he's taught how to walk in a pack
Shoot in the back
With his fist in a clinch
To hang and to lynch
To hide 'neath the hood
To kill with no pain
Like a dog on a chain
He ain't got no name
But it ain't him to blame
He's only a pawn in their game.

Du fond de sa pauvre baraque, des fêlures il regarde les rails,
Et de ses sabots il bat le pavé dans sa tête.
Et on lui apprend comment marcher en bande
A tirer dans le dos
Avec les poings serrés
A pendre et à lyncher
A se cacher derrière la cagoule
A tuer sans remords
Comme un chien enchaîné
Il n'a pas de nom
Mais on ne peut pas lui reprocher
Il n'est rien qu'un pion dans leur jeu.

Today, Medgar Evers was buried from the bullet he caught.
They lowered him down as a king.
But when the shadowy sun sets on the one
That fired the gun
He'll see by his grave
On the stone that remains
Carved next to his name
His epitaph plain:
Only a pawn in their game.

Aujourd'hui, Medgar Evers est mort de la balle qui l'a frappé.
Ils l'ont fait descendre comme un roi.
Mais quand l'ombre tombera sur celui
Qui tira le coup de feu
Il verra près de sa tombe
Sur la pierre qui restera
Gravé à côté de son nom
Cette simple épitaphe :
Rien qu'un pion dans leur jeu.

Sources:

- Y.Delmas et C. Gancel:"Protest song", textuel, 2005, p62.
- D. Brun-Lambert:"Nina Simone", Flammarion, p 126.

Liens:
- Le musée Edgar Evers et son site.
* D'autres titres consacrés à l'assassinat de Medgar Evers sur L'Histgeobox:
- l'histgeobox: 112. Phil Ochs:"Too many martyrs".
- l'histgeobox: 24. Nina Simone: "Mississippi goddam".

Aucun commentaire: