jeudi 12 février 2009

142. Bob Marley:"War". (1976)

L'empereur éthiopien Haïlé Sélassié prononce une allocution en amharique devant l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, à New York, le 4 octobre 1963, quelques mois seulement après la création de l'Organisation de l'Union Africaine, à Addis-Abeba.





Treize ans plus tard le Jamaïcain Bob Marley met en musique une partie du discours.
Le panafricanisme semble ici le maître mot. En effet, l'empereur éthiopien, lorsqu'il évoque l'Afrique parle du continent comme si il s'agissait d'une entité soudée et unie. Il entend encourager et créer un sentiment de solidarité chez les populations du monde africain (y compris les Afro-Américains). Il rencontre évidemment un grand succès auprès des rastas jamaïcains.

Ces derniers vénèrent Jah, leur Dieu. Pour eux, Hailé Sélassié est un Dieu vivant, le messie, descendant direct du roi Salomon (pour en savoir plus: voir l'article consacré au negus sur ce blog). D'ailleurs, lors d'un voyage en Jamaïque en 1966, le Ras Tafari est impressionné par la masse de rastas prosternés devant lui lors de sa descente d'avion. Gênés par la vénération qu'on lui porte, il n'acceptera d'ailleurs jamais complètement d'être ce Dieu vivant. Cela dit, il donnera tout de même un bout de territoire éthiopien aux rastas qui voudraient se rendre en Ethiopie. A sa mort, en 1975, Marley rendra un ultime hommage au négus en composant son morceau Jah live.


Carte des décolonisations africaines. Source: le site Atlas-historique.net

La chanson war fournit un instantané de la situation du continent africain en 1963. A cette date, le Maghreb, la plupart des pays d'Afrique noire, francophone, anglophone et belge, sont indépendants. L'Afrique australe, en revanche, reste soumise et ferme donc la marche du processus de décolonisation. De fait, les colonies portugaises restent solidement tenues par la dictature de Salazar ("Et en attendant que les régimes ignobles et malheureux Qui tiennent nos frères, en Angola, au Mozambique"), tandis que le régime d'apartheid sévit toujours avec virulence en Afrique du sud et en Rodhésie ["Et en attendant que les régimes ignobles et malheureux Qui tiennent nos frères (...) en Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humain aient été renversés ... "]. Au nom du panafricanisme et de la solidarité entre Etats du Tiers-Monde, Selassie appelle à la lutte contre la colonisation et les régimes racistes. Il prône des valeurs nobles: la non-violence, la tolérance... Les mauvaises langues auront beau jeu de souligner le décalage entre ce catalogue de bonnes intentions et l'autoritarisme dont il continue à faire preuve dans son pays (nous vous en reparlerons très bientôt).

"War"- Bob Marley (1976).

Until the philosophy
Which hold one race
Superior and another, inferior
Is finally, and permanently
Discredited and abandonned
Everywhere is war
Me say war
That until there're no longer
First class and second class
Citizens of any nation
Until the colour of a man's skin
Is of no more significance
Than the colours of his eyes
Me say war
That until the basic human rights
Are equally guaranteed to all
Without regard to race
Dis a war
That until that day
The dream of lasting peace
World citizenship
Rule of international morality
Willl remain in but a fleeting illlusion
To be pursued
But never attained
Now everywhere is war, war
And until the ignoble and unhapppy regimes
That hold our brothers in Angola, in Mozambic,
South Africa, sub-human bondage
Have been toppled
Utterly destroyed
Well everywhere is war
Me say war
War in the east
War in the west
War up north
War down south
War, war
Rumours of war
And until that day
The African continent
Will not know peace
We africans will fight it
We find if necessary
And we know we shall win
As we are confidents
In the victory
Of good over evil, good over evil
Good over evil, good over evil...

.................

En attendant que la philosophie qui tient une race pour Supérieure et une autre comme inférieure

Ne soit, enfin et définitivement, discréditée et abandonnée


Partout c'est la guerre, Je dis : guerre

En attendant qu'il n'y ait plus de citoyens


De première et de deuxième classe, dans chaque nation,


En attendant que la couleur de peau d'un homme

N'ait pas plus de signification que la couleur de ses yeux

Je dis : guerre


En attendant que les droits fondamentaux de l'homme soient justement
Garantis pour tous, sans considération de race

C'est la guerre


Tant que ce jour n'est pas advenu,

Le rêve d'une paix durable, d'une citoyenneté mondiale,


D'un règne de moralité internationale


Ne restera qu'une illusion éphémère

Poursuivie, mais jamais réalisée


Maintenant partout c'est la guerre, la guerre


Et en attendant que les régimes ignobles et malheureux


Qui tiennent nos frères, en Angola,
au Mozambique, en Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humain aient été renversés, complètement détruits

Et bien, partout c'est la guerre, je dis : guerre

Guerre à l'est, guerre à l'ouest

Guerre au nord, guerre au sud


Guerre, guerre, rumeurs de guerre


Et en attendant ce jour, le continent africain


Ne connaitra pas la paix, nous, les Africains, combattrons


Nous pensons que c'est nécessaire et nous savons que nous gagnerons


Puisque nous sommes sûrs de la victoire

Du bien sur le mal, du bien sur le mal, du bien sur le mal
Du bien sur le mal, du bien sur le mal, du bien sur le mal

Liens:

- L'Afrique enchantée du 22 août 2007, sur France inter, consacrée à l'Ethiopie. Cette émission est GENIALE!!!!

- Le discours de Sélassié à la tribune de l'ONU.

- Le morceau Zimbabwe de Bob Marley décortiqué sur L'Histgeobox.

- Le discours du Ras Tafari à la tribune de l'ONU ( mp3: cliquez droit et "enregistrer sous").

1 commentaire:

M.AUGRIS a dit…

Je connaissais ce morceau grâce à la reprise qu'en a fait Alpha Blondy. Je ne savais pas que Marley était le premier.
Merci Julien.
E.A.