samedi 14 novembre 2009

191. Ouza et ses Ouzettes: "Lat Dior"

Bien que la France se soit installée par la force en Algérie dès 1830, elle ne se soucie guère, pendant presque un demi-siècle, d'acquérir d'autres colonies. C'est seulement après la défaite de 1870 contre les Prussiens que la colonisation apparaît comme un moyen d'affermir sa puissance et de compenser, psychologiquement du moins, la perte de l'Alsace-Lorraine.

Néanmoins, au beau milieu du siècle, la France a vu s'agrandir son ancienne colonie du Sénégal sous l'impulsion de Faidherbe, gouverneur de 1854 à 1861 puis de 1863 à 1865.
Sans politique coloniale bien établie, le gouvernement français laisse alors une importante marge de manœuvre à ses fonctionnaires outre-mer. Faidherbe, particulièrement entreprenant, permet à la France d'accroître ses possessions dans la région.

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Faidherbe.

Saint-Louis, située à l'embouchure du Sénégal, constitue une base idéale pour poursuivre la prospection en Afrique occidentale puisque le fleuve peut servir d'axe privilégié vers le Niger, le principal fleuve d'Afrique occidentale, véritable "autoroute fluviale". Or Faidherbe voit grand: impérialiste avant l'heure, il veut non seulement développer la colonie du Sénégal mais encore imposer la présence française à une grande partie de l'Afrique occidentale. Aussi lance-t-il des expéditions vers l'intérieur, en Mauritanie, en Guinée. Mais, ses ambitieux projets contredisent les intérêts des dirigeants africains qui, dans le même temps, sont en train d'affermir leur puissance autour du Sénégal.

Carte ancienne des "peuples du Sénégal" sur laquelle on distingue le royaume du Cayor.

Au Sénégal, les Français se heurtent surtout à Lat Dior, le damel (roi) du Kayor, royaume situé sur la rive gauche du fleuve. Les affrontements débutent dès 1861 et progressivement les Français entament l'annexion du Kayor. En guise de lot de consolation, ils proposent au souverain déchu le titre de chef de canton! Lat Dior, qui n'entend pas être ainsi ravalé à un rang subalterne, refuse catégoriquement. Les colonisateurs répliquent par une politique promise à un bel avenir dans toute l'Afrique occidentale: ils remplacent le monarque récalcitrant par un parent plus conciliant dans l'espoir de le manipuler plus aisément.

Lat Dior ne désarme pas et poursuit la lutte: commencent 20 années d'échauffourées ponctuées de périodes de paix provisoires (qui ne prennent fin qu'à la mort de l'infatigable souverain, en 1886). Ce dernier entend à tout prix, empêcher l'installation de voies ferrées sur son territoire (craignant que ce ne soit que les prémisses d'une conquête à venir).


Le 17 novembre 1882, il adresse une lettre au gouverneur Servatius dans laquelle il menace: "Tant que je vivrai, sache-le bien, je m'opposerai de toutes mes forces à la construction de ce chemin de fer." Déterminés, les Français envahissent le Kayor dès le mois de décembre.



Conscient de son infériorité militaire, Lat Dior se réfugie au Jolof. La conquête coloniale française s'avère pourtant plutôt lente et ne s'achève qu'en 1886. A cette date, un arrêté d'expulsion fut prononcé contre Lat Dior. Furieux, celui-ci mit ses dernières forces dans la bataille et mobilisa ses fidèles (300 hommes tout au plus). Il lança alors la campagne contre la France et ses alliés, d'anciens sujets de Lat Dior. Le 27 octobre 1886, il infligea de lourdes pertes à ses ennemis au puits de Dekle. Il trouva la mort lors de cette bataille (tout comme ses deux fils et 80 de ses partisans). Sa disparition signa la disparition du royaume du Kayor. Dés lors, les Français pouvaient se consacrer à la conquête du reste du pays.



La résistance de Lat-Dior et celle d'El Hadj Omar, quelques années auparavant, annoncent la résistance africaine qui accompagnera presque partout la pénétration française (voir l'article que nous consacrons à Samori Touré sur le blog).

En tout les cas, Lat Dior est considéré comme un héros national au Sénégal. Aussi, de nombreux artistes du pays lui ont rendu hommage en composant des morceaux à sa mémoire.



Au Sénégal, Ousmane Diallo, alias Ouza, est surtout connu pour ses prises de positions contre l'exploitation coloniale : "Thiaroye 44" dénonce ainsi l'assassinat par l'armée française de tirailleurs sénégalais réclamant leur solde. La chanson "Xeet", qui traite de l'aliénation culturelle, lui causera d'ailleurs des problèmes politiques. En compagnie de ses Ouzettes, il a sillonné l'Afrique de l'Ouest et rencontré un grand succès.



Parmi la jeune génération de chanteuse sénégalaise, Coumba Gawlo y va de son hommage avec ce Kor Dior poignant (ci-dessous). 


Sources:

- Histoire générale de l'Afrique (t. VII): l'Afrique sous domination coloniale (1180-1935). Présence africaine.
- Anne Hugon: "Vers Tombouctou. L'Afrique des explorateurs t.II", découvertes Gallimard, 1994.

Liens:
- "Lat Dior, dernier damel du Cayor".
- Un portrait de Lat Dior sur Tidiane.net

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'ai entrepris de visiter ce blog. J'en profite pour signaler les liens morts dans des commentaires à ne pas publier (sinon j'aurais l'air d'un maniaque !).
Dans la liste des liens en fin d'article : Lat Dior, Kayor, l'impossible défi.
J'en profite pour signaler un nouveau lien vers la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=oFHjNPOXhCk
Superbe découverte. Merci pour votre travail !