samedi 13 février 2010

200. Rocé: "Des problèmes de mémoire" (2006)

Pour fêter les deux ans de l'histgeobox et la 200ème chanson étudiée, nous vous proposons une réflexion collective sur l'histoire.

En effet, à l'heure où l'on débat beaucoup de la place de l'histoire et de son enseignement, il nous est revenu ce petit air lancinant rappé par Rocé en 2006 : "Des problèmes de mémoire" (Identité en crescendo). Nous ne sommes pas toujours d'accord avec Rocé, mais dans sa rage, il touche souvent juste, comme dans ce titre où il évoque les problèmes de mémoire en France.

Le parcours de Rocé est singulier. Singulier par ses origines : il est né José Kaminsky dans le quartier de Bab El-Oued à Alger, d'un père argentin d'origine russe et d'une mère algérienne. Il hérite à la fois de racines juives et musulmanes. Il se revendique donc comme être "multiple". Il grandit à Thiais dans le Val-de-Marne (94). Il a déjà sorti deux albums. Top départ en 2001 et le bien nommé Identité en crescendo en 2006. Dans ce dernier album, il "rassemblait des musiciens de free jazz, du légendaire saxophoniste Archie Shepp au trompettiste et linguiste Jacques Coursil, en passant par Gonzales le pianiste fou, Antoine Paganotti, chanteur et batteur de Magma, ou samplait Tony Hymas, le claviériste de jazz rock qui adore Erik Satie." (Philippe Barbot) La musique de la chanson a été composée par le guitariste Potzi (du Paris Combo). L'album, coécrit avec l'artiste Djohar Sidhoum-Rahal alias Raqal le Requin, est tout entier est traversé par les questions d'identités assignées par les autres et d'identités choisies. Un nouvel album est prévu en mars 2010 (L'être humain et le réverbère).


"Des problèmes de mémoire" nous plonge en pleine "guerre des mémoires". Commençons par écouter Rocé puis revenons sur cette notion et les relations complexes qu'entretiennent mémoire et histoire.





(Si vous souhaitez accéder directement à une des parties, cliquez sur la partie qui vous intéresse)


  • Histoire et mémoire
« Chaque pays a ses victoires, même s'il a eu des défaites
Mais pour cacher les défaites, on nous raconte des histoires »

Chaque époque choisit de se souvenir ou d’oublier des parties de son passé. Les individus, les communautés, les sociétés ont tous une mémoire sélective. Cela est normal et sans doute légitime. Encore faut-il que ces mémoires coïncident. Et c’est là que ça frotte…

[Magritte, La mémoire, 1948]

« l'histoire appartient à la plus grosse gâchette »

Qui doit choisir ce dont il faut se souvenir ? Les acteurs et les témoins qui veillent, parfois jalousement, sur ce passé qu’ils sont les seuls à avoir vécu mais dont ils ne connaissent qu’une partie? Est-ce le pouvoir politique qui ne cesse d’instrumentaliser le passé en y piochant à sa guise ? Est-ce le rôle des historiens qui regardent souvent les autres avec suspicion ? Et d’ailleurs, faut-il absolument se souvenir ?
L’expression « devoir de mémoire » est souvent utilisée de manière abusive, en particulier par les autorités politiques. Les historiens lui préfèrent l’expression « devoir d’histoire ». Il faut bien entendu se souvenir pour construire une société harmonieuse, mais surtout connaître le passé pour ne pas lui faire dire n’importe quoi.

L’historien n’est pas infaillible nous direz-vous. Il travaille toujours « au bord de la falaise » (Roger Chartier), mais on ne peut se passer de lui.
La mémoire qu’un individu a d’un évènement ne suffit pas. Dans le même temps, l’historien ne peut restituer l’évènement sans faire appel aux témoignages. Travailler ensemble pour faire resurgir le passé est donc indispensable.
Et les politiques ? L’histoire a besoin des politiques pour déboucher, au besoin, sur une juste reconnaissance des erreurs du passé, même si les buts de l’histoire ne se résument pas qu’à cet objectif. Ils représentent en effet une certaine légitimité démocratique.

Ainsi, il ne faut pas perdre de vue que mémoire et histoire entretiennent des liaisons dangereuses. Il s'agit de deux notions bien distinctes que les programmes en classe de Terminale ES et L nous invitent à aborder depuis 2004. La mémoire est de l’ordre du souvenir, du témoignage, du vécu, du point de vue, du ressenti — elle présuppose l’oubli. L’histoire, au contraire, se définit par la mise à distance, la reconstruction problématisée du passé.
Dans le langage des médias et des hommes politiques, les termes de mémoire et d’histoire semblent interchangeables. Pourtant, la mémoire renvoie d’abord au souvenir individuel ou à celui construit par des groupes. Mais elle désigne aussi couramment – par exemple, quand on parle de la « mémoire nationale » – l’histoire qu’un pouvoir décide de présenter, commémorer et enseigner en lien avec ses projets politiques. Ainsi, la discipline scolaire d’«Histoire de France » a servi davantage à construire un avenir qu’à enseigner le passé, et relevait d’un des sens du mot « mémoire ». L’histoire, au sens strict, est autre chose. Elle implique le recul et le raisonnement, exclut l’émotion et toute volonté de mobiliser l’opinion. Et pour compliquer encore ce rapport, les historiens se sont emparés de la mémoire comme objet d’histoire : c'est le cas des Les lieux de mémoire publiés entre 1984 et 1992 et dirigés par Pierre Nora.
Depuis une dizaine d’années la vague mémorielle et patrimoniale devient obsessionnelle en Europe, notamment en France comme le souligne l’historien et philosophe Tzvetan Todorov dans son essai, Les abus de la mémoire, paru en 2004. . Associations et élus se livrent à une véritable surenchère mémorielle. Certes, ce phénomène ne constitue pas une nouveauté, mais ce qui paraît changer en revanche c'est la rivalité entre mémoires concurrentes. [Photo : Le "Lavisse" pour Cours moyen, édition de 1917]

  • A chaque époque son histoire

« L'histoire ne nous raconte pas l'histoire, elle nous raconte la moitié des faits L'autre moitié s'est faite coupée la langue, son silence est criard
Dans l'antre du savoir, il manque des pièces
Des vérités, des versions, une comparaison, une mémoire »

Des périodes de refoulement ou d’occultation volontaire pour les besoins de la reconstruction d’un pays finissent toujours par accoucher d’un retour de ce refoulé. Ainsi l’Espagne, si prompt à tirer un trait sur le passé en 1975, débat trente ans plus tard des héritages douloureux de sa Guerre civile (1936-1939). C’est seulement au début du XXIème siècle que des corps sont exhumés, que des statues de Franco sont déboulonnées [Photo ci-contre : la statue de Franco enlevée à Santander en 2008 (Reuters/Nacho Cubero).


« Des questions qui me reviennent, laissées longtemps au placard »

De même, la Seconde Guerre mondiale en France a connu des politiques mémorielles très variées propres à favoriser les objectifs du moment. Au départ, la figure du déporté renvoyait systématiquement à la Résistance, en parallèle avec le « mythe résistancialiste », voulu à la fois par De Gaulle et les communistes (« Tous résistants », pour faire vite). La reconstruction de la France et de ses institutions ont dicté cet impératif. Puis, après quelques décennies, les travaux des historiens (Paxton rappelant le rôle de Vichy), des cinéastes (Ophüls évoquant Clermont-Ferrand sous l’Occupation) ont permis de se débarrasser de certains mythes. Dans le même temps, la meilleure connaissance de la particularité de la Shoah a redonné au déporté juif une place centrale dans la mémoire de la Seconde Guerre.
Ces jeux et rejeux de la mémoires constituent d'ailleurs un sujet d'étude en soit comme le prouve un des chapitres du programme d'histoire en terminale qui porte sur les mémoires de la seconde guerre mondiale. Comme l'a démontré Henry Rousso dans son ouvrage Le Syndrome de Vichy (1997), la perception du conflit n'a cessé d'évoluer depuis la fin de celui-ci. Pour l'auteur, le syndrome se décompose donc en quatre grandes étapes:
  • Le deuil inachevé dans l'immédiat après-guerre (de 1944 à 1954) : la France doit affronter les séquelles de la guerre civile française.
  • Refoulements et rejeux (de 1954 à 1971) : le souvenir de Vichy se fait moins conflictuel (mesures d'aministie) et laisse la place au mythe résistancialiste.
  • Le miroir brisé (de 1971 à 1974). Plusieurs événements (sortie du film Le Chagrin et la pitié, grâce accordée à Paul Touvier par Pompidou) mettent à mal ce mythe résistancialiste.
  • L'obsession (depuis le milieu des années 1970).
La mémoire de la Seconde Guerre mondiale diffère en outre considérablement suivant les individus ou les groupes auxquels ils appartiennent. Ainsi, il apparaît possible de distinguer des mémoires gaulliste, communiste, très différentes de celles des prisonniers de guerre et des déportés. La redécouverte de l'ampleur et de la spécificité de la Shoah s'est faite également très progressivement. On constate donc que la perception et la mémoire d'un événement varient considérablement selon le point de vue. Si les faits historiques sont là, incontestables, leur perception varie, en revanche, considérablement.

« On débat pas mais on fête, et la fête cache les épaves »

Les revendications mémorielles mettent aujourd’hui en avant le statut de victime. L’aspiration des individus et des communautés à voir leur souffrance reconnue à sa juste valeur peut parfois conduire à la négation des souffrances des autres. Il est difficile pour une population d’assumer le fait d’être à la fois victime et coupable de certains crimes. La mémoire devient alors très sélective et l’histoire officielle ne retient que les aspects positifs. Je pense à la difficulté qu’a longtemps eue la Pologne à reconnaître les crimes antisémites commis par des Polonais pendant et après la Seconde Guerre mondiale, (pogrom de Kielce en 1946) en partie du fait de la chape de plomb communiste. Les conflits entre les mémoires viennent donc souvent d’un déni d’histoire.
"Même les défaites ont leur gloire, même la gloire est une défaite
Ça dépend de l'interprète, du pays, du regard"

Le point de vue du pouvoir ou des vainqueurs s'impose souvent, rangeant au placard celui des vaincus ou des minorités. De fait, l'enseignement de l'histoire offrit avant tout une vision européocentrée qui contribua à plonger dans l'oubli, en tout cas l'indifférence, de nombreuses civilisations extra-européennes. Les choses changent, comme le prouvent les nouveaux programmes d'histoire du collège qui font la part belle aux civilisations africaines en cinquième (l'empire mandingue de Soundiata Keita). On ne peut que s'en réjouir. De la même manière de nombreux ouvrages rompent avec les tendances anciennes. Il est ainsi très réjouissant de lire Une histoire populaire des Etats-Unis (édité également sous forme d'une BD) d'Howard Zinn (récemment disparu) puisque ce dernier adopte justement le point de vue des opprimés ou des "oubliés de l'histoire" (indiens, noirs américains, ouvriers...).
Plus récemment, L’histoire du monde au XVème siècle publiée en novembre 2009 et dirigée par Patrick Boucheron est un projet ambitieux réunissant des historiens de tous les continents pour saisir une histoire mondiale en tentant de s’extirper de la vision européocentrée.

Depuis plusieurs décennies, de nouveaux de courants de recherche historiographique ont remis en cause la situation de monopole de sujets considérés comme nobles. Le point de vue adopté ne peut plus être réduit à celui des puissants ou des dirigeants.

- La microstoria en Italie délaisse l'étude des masses pour se consacrer aux individus. Elle prend ainsi le contrepied de l’Ecole des Annales tant par la méthode que par son contexte idéologique. L’étude à partir d’individus permet de restituer la cohérence d’un univers restreint, en faisant varier les angles de vue et les échelles pour saisir une réalité et une logique bien différente de celle des masses si chère aux historiens marxistes.
- En 2005-2006, colloques et livres ont fait découvrir au grand public les post-colonial studies, une approche théorique plutôt développée à partir des cultural studies dans les départements anglo-saxons de littérature comparée depuis une génération. Le post-colonial a annexé les subaltern studies, connues surtout depuis le succès d'une revue lancée en 1983. Ce courant propose une double rupture:
  1. La rupture avec une histoire faite en fonction des Européens colonisateurs et de leurs seules archives,
  2. le refus de l'illusion d'un soutien unanime de ceux qui ont combattu pour l'indépendance.

Au fond, cette démarche vise à déconstruire le discours des dominants. Ces auteurs considèrent que l'empreinte du fait colonial est encore perceptible dans les rapports sociaux d'aujourd'hui (au risque de l'ethnicisation de la lecture des rapports sociaux).


  • Des tabous et silences de l'Histoire.
"L'histoire ne nous raconte pas l'histoire, elle nous raconte la moitié des faits
L'autre moitié s'est faite coupée la langue, son silence est criard
Dans l'antre du savoir, il manque des pièces
Des vérités, des versions, une comparaison, une mémoire"

Au fond, pour Rocé, l'histoire ne proposerait qu'une version aseptisée ou édulcorée du passé, tout en passant sous silence les aspects les plus sombres de notre histoire.

"La France a des problèmes de mémoire
Elle connaît Malcom X,
Mais pas Frantz Fanon, pas le FLN
Connaît les blacks mais pas les noirs
Diffuse les story cow-boys et indiennes
Mais de la tragédie cow-boys et algérienne, faut rien savoir
Il y a des choses indicibles, c'est pas de l'histoire ancienne Les Kanaks, personne l'enseigne, massacres Vendée Bretagne"

Au coeur de ses querelles de mémoires, entre amnésie et surenchère, la guerre d’Algérie tient une place importante.Longtemps, massacres et tortures perpétrés par l’armée française sur les Algériens ont en effet été gommés des discours officiels.
Historien spécialiste de la guerre de l'Algérie contemporaine, Benjamin Stora explique : "Existe-t-il encore des zones d'ombres, des tabous à propos de l'histoire de la guerre d'Algérie? Oui, bien sûr. Si l'on se tient sur le plan de la violence, l'historien doit travailler sur l'utilisation du napalm par l'armée française, les expériences nucléaires au Sahara et les radiations dont ont été victimes les populations civiles, les "disparus" de la bataille d'Alger en 1957 (..)". Pour autant, plus aucun historien sérieux ne conteste aujourd'hui l'utilisation de la torture par l'armée française en Algérie. Désormais, on parle bien de guerre et plus des "événements d'Algérie".
Il s'agit en tout cas d'un sujet "chaud". En parallèle avec le débat sur la torture, relancé notamment par les aveux d'Aussaresses en 2001, des avancées historiographiques majeures ont permis de véritablement renouveler les approches du conflit telles que les thèses de Sylvie Thénaut sur la justice pendant la guerre et celle de Raphaëlle Branche sur la torture. Tout cela est à mettre en relation avec l'ouverture des archives (depuis 1992, même si certaines ont depuis été refermées...) et la volonté aussi pour beaucoup d'acteurs des événements, arrivés au soir de leur vie, de se livrer dans des récits autobiographiques ou des mémoires. Bref, tout cela nous démontre que l'histoire d'un événement ou d'une période n'est jamais figée. De fait, on assiste souvent à des "réveils de mémoire" qui focalisent l'attention sur des faits historiques parfois lointains. Rocé fait référence à Frantz Fanon, (photo ci-contre) un psychiatre originaire de Martinique, à l'origine d'un courant critique et fondateur de la pensée tiersmondiste. Son livre le plus connu est Peaux noires, masques blancs. Pendant la Guerre d'Algérie, il choisit d'aider le FLN.

Finalement, la chanson de Rocé atteint son but puisqu'elle secoue et irrite parfois. On pourra lui reprocher tout de même sa présentation parfois simpliste et caricaturale de la pratique de l'histoire en France. Une histoire qui ne serait qu'apologétique avec des historiens qui se feraient volontiers les relais des pouvoirs politiques pour n'enseigner que les pages glorieuses du passé, restant sourds à la diversité de la société française.
Pour Olivier Pétré-Grenouilleau, "plus de commémoration ne veut pas forcément dire plus d'histoire. Chacun recherche ce qui l'intéresse, et rejette le reste: l'histoire n'est plus conçue que de manière instrumentale, en fonctions des besoins du présent."
En revanche, Stora dénonce le trop plein mémoriel qui pousse certains groupes à ressasser l’histoire sans jamais parvenir à la métaboliser : « On peut étouffer sous le poids de l’histoire, dit-il. La posture victimaire devient un danger quand elle conduit à la passivité et à l’enfermement identitaire ».

"Les humains sont comme des arbres, ils ont des racines aux semelles
Pour certains elles sont lointaines, et ceux-là ont en marre
Que de leur lointaine histoire, plusieurs versions se démêlent
Pour atteindre les deux bouts, ils font tout seul leur grand écart

Système assimilatoire, qui crée des êtres à problèmes
Identité en gruyère, orphelins de leur mémoire
Vu qu'on passe à la passoire, les causes de tous nos mystères
Nos causes partent, restent les problèmes, et tout ça crée des ignares

Intégration à l'entonnoir, qui prône un modèle unique
Et pour ceux qui ont cette saleté de chance d'être multiple, au revoir
Système assimilatoire, amputation des tuniques
Amputation à l'identique, et mise du voile à l'histoire"

Rocé remet ici en cause le système assimilatoire français qui aboutirait à la négation des spécificités culturelles et identitaires des populations issues de l'immigration notamment. Ce débat a rebondi avec les émeutes urbaines de l'automne 2005. Or, dans cette optique, la transmission de la mémoire et de l'histoire nationale constitue un enjeu essentiel.

Tout au long de son morceau, Rocé remet en cause la transmission du savoir historique telle qu'elle se fait traditionnellement.

[Dessin de Yacine]

Certaines périodes et épisodes cristallisent particulièrement les tensions: la guerre d'Algérie, l'histoire de la colonisation, la traite négrière...
Prenons l'exemple de la guerre d'Algérie. Comme le rappelle Bernard Droz, "c'est au seuil des années 1980 que s'est opéré un retour de mémoire, ou plutôt des mémoires catégorielles dont la juxtaposition reproduit assez bien les déchirements qui avaient traversé l'opinion [au cours du conflit]" :
  • De nombreux rapatriés d'Algérie sombrent dans la "nostalgérie", qui "procède d'une reconstruction fantasmatique valorisant à l'excès l'harmonieuse cohabitation franco-musulmane et gommant toutes les aspérités sociales ou racistes de l'Algérie française."
  • Côté algérien, le pouvoir, contrôlé par le FLN depuis l'indépendance s'appuie sur le mythe d'un soulèvement national unanime face au colonisateur. Dans les faits, une guerre civile entre le FLN et le mouvement national algérien (M.N.A. de Messali Hadj) s'est joués au cours de la guerre d'Algérie.
  • Benjamin Stora note en outre que "pour les Algériens , une question reste essentielle, celle du ralliement d'une partie du "monde indigène" à l'Algérie française: pourquoi des milliers de paysans musulmans ont-il choisis de devenir harkis?" Leurs descendants se rappellent à leur tour au souvenir de la nation.
Le débat sur les questions de politique mémorielle n’a cessé de courir, sous différentes formes, depuis la réaction à la loi du 23 février 2005 qui enjoignait aux enseignants de présenter les «aspects positifs » de la colonisation. Au moment où la contestation de cette loi était à son comble, un appel signé de dix-neuf personnalités et intitulé "Liberté pour l’histoire" a cherché à mettre sur le même plan cette loi et trois autres lois récentes : la loi Gayssot (1990) réprimant le négationnisme des crimes nazis, celle reconnaissant le génocide des Arméniens, (2001) et la loi Taubira qualifiant la traite négrière et l’esclavage de crimes contre l’humanité. L’annonce par Jacques Chirac d’une journée de commémoration des « Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions » contribue aussi à remettre à l’ordre du jour les débats sur le passé colonial et les politiques mémorielles. La tenue d’une telle journée vient alors renforcer les discussions publiques sur la mémoire de l’esclavage en France, premier pays à reconnaître l’esclavage et la traite négrière comme crime contre l’humanité par la loi du 10 mai 2001, dont l'article 2 stipule que les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent".

Comme l’a souligné Madeleine Rebérioux, « la loi ne saurait dire le vrai. Non seulement rien n’est plus difficile à constituer en délit qu’un mensonge historique, mais le concept même de vérité historique récuse l’autorité étatique. L’expérience de l’Union soviétique devrait suffire en ce domaine » (L’Histoire, novembre 1990).
Signalons qu'en 2010, de nombreux députés algériens, comme pour montrer qu'ils sont également capables de "dire" l'histoire, ont déposé un projet de loi visant à criminaliser la colonisation et à juger les coupables de ses crimes.

L’émergence de la mémoire du passé colonial et de l’esclavage s'est accompagnée de demandes de réparations matérielles et symboliques. Ces réparations peuvent prendre la forme de demandes de restitutions d’objets d’art ou d’indemnisations financières (l'Italie s'est engagée à dédommager la Libye pour la période coloniale, en contrepartie de juteux contrats), mais principalement par les demandes de reconnaissance des torts du passé et de redressement de la situation présente des descendants des victimes de la traite des esclaves et de la colonisation.

  • Les usages politiques du passé : Quand l'émotion prend le dessus.
"Des questions qui me reviennent, laissées longtemps au placard
Même les défaites ont leur gloire, même la gloire est une défaite

Ça dépend de l'interprète, du pays, du regard
, du pouvoir
L'histoire appartient à la plus grosse gâchette

Et pour celui qui objecte, la sienne est comme un bobard".


Ceci nous conduit aussi à évoquer l'existence d'une histoire officielle. Cette critique reste malheureusement encore parfois d'actualité. La récente proposition de loi du 23 février 2005 portant sur le "rôle positif de la colonisation" le prouve assez. Les historiens dans leur immense majorité se sont néanmoins insurgés contre cette volonté des pouvoirs publics de "faire l'histoire". Les historiens ne sont plus aujourd'hui les serviteurs zélés et consentants du pouvoir politique. Si le reproche vaut pour ceux qui oublient les fondements de leur ancienne formation pour se mettre au service du pouvoir, à l'instar de Max Gallo, il ne tient plus pour la grande majorité des historiens.

[Dali, La persistance de la mémoire, 1931]

Le texte de Rocé a le mérite de soulever les nombreux liens qui unissent la discipline et le pouvoir politique. De fait, l'histoire s'est d'abord développée à l'ombre du pouvoir. Elle fut largement placée au service des régimes en place et ce jusqu'à la période contemporaine. Les historiens des rois de France avaient pour mission d'exalter la puissance de leurs mécènes. Or, sous la troisième République encore, Lavisse ("l'instuteur national") met tout son talent au service d'un régime politique encore menacé. Les instituteurs, véritables "hussards noirs de la République", avaient pour premier objectif de "faire aimer et de faire comprendre la patrie". La dimension politico-civique de la discipline reste encore aujourd'hui importante. Rocé regrette que cette dimension tendent à exclure tout ce qui ne rentre pas dans la vulgate du modèle républicain français ou qui s'en écarte.

"Mais l'histoire n'est pas unique, sacrée pour un pays qui s'dit laïque
Parfaite ! Sainte ! Extrémiste ! Un dieu auquel faut croire
Le pays a du mal, à regarder ses chapitres comme lui-même, pluriels, multiples
Nous laisse frêle et limite, avec des problèmes de mémoire"

Nous touchons là un phénomène assez récent, celui de la pression sociale et culturelle qui joue un rôle très important dans l'appropriation de l'histoire par de nombreux individus et groupes divers. Aujourd'hui, un lien est fait par exemple par les jeunes issus de l'immigration entre un présent vécu avec difficulté (racisme, exclusion sociale...) et l'histoire vécue par les générations précédentes (grand-père) lors de la période coloniale. Une volonté de comprendre les difficultés actuelles (discrimination) en établissant un lien avec la situation de domination du passé dans l'espace colonial, ce qui contribue à faire de ces questions d'histoire des sujets très vivants. De fait, la dernière décennie constitue une période de basculement dans la perception de l'histoire de la question coloniale en France. A la fin des années 1970, il s'agissait encore d'une question tout à fait périphérique. Assez peu de chercheurs se consacraient à ces sujets. Or, à partir de la fin des années 1990, on constate une explosion des publications, recherches, colloques sur la colonisation qui envahit alors le champ politique, culturel et médiatique français.

Que propose Nicolas Sarkozy ?

Déjà la campagne avait donné le ton par de nombreuses références historiques, par des allusions à différents hommes politiques de gauche (Jaurès, Blum), par des critiques portées à Mai 68 conçue comme "évènement bouc-émissaire" (J.-F. Sirinelli), par des appels à la fin de la "repentance" notamment sur le passé colonial. Depuis 2007, les initiatives du Président de la République consacrent le règne de l'émotion, sans rapport direct avec le contexte historique. La lettre de Guy Moquet ou le projet (finalement abandonné) de parrainage des petits disparus de la Shoah vont dans ce sens. Le débat sur l'identité nationale, alors même que l'enseignement de l'histoire est supprimé en teminale scientifique montre que l'histoire n'est là que pour servir des objectifs politiques, non pour développer l'esprit critique et citoyen. L'historien Nicolas Offenstadt analyse cette démarche dans son livre au titre très parlant : L'histoire bling bling. Le retour du roman national (paru chez Stock).


Entre les souvenirs partiels du témoin ou de l’acteur, la volonté politique d’instrumentaliser l’histoire et le souci des historiens de progresser dans la connaissance du passé, l’équilibre est donc toujours difficile à établir. Soyons optimistes et gageons que cela est possible en démocratie.

L'équipe de l'histgeobox : Julien Blottière, Jean-Christophe Diedrich et Etienne Augris



"Des Problèmes de Mémoire"

Je suis aigri par l'histoire, apprendre me fait mal a la tête

J'y arrive pas, ça m'embête, je suis aigri par l'histoire
Chaque pays a ses victoires, même s'il a eu des défaites Mais pour cacher les défaites, on nous raconte des histoires

Je n'ai pas de terroir, j'ai des tiroirs dans ma tête Accrochés comme une casquette, avec des problèmes de mémoire
J'ai des problèmes de mémoire, du coup je me répète
1, 2, 1, 2, microphone check, 1, 2, 1, 2, je pars !

J'ai des problèmes de mémoire, l'école a fait des siennes
Pour que j'apprenne et j'apprenne, mais il ne reste qu'un trou noir
Pourtant j'ai espoir, qu'un jour toutes les choses me reviennent
Et que je puisse être en bon terme, avec ma saleté d'histoire

Mais j'ai des problèmes de mémoire, des problèmes qui font des graines
Des questions qui me reviennent, laissées longtemps au placard
Même les défaites ont leur gloire, même la gloire est une défaite
Ça dépend de l'interprète, du pays, du regard
, du pouvoir

L'histoire appartient à la plus grosse gâchette

Et pour celui qui objecte, la sienne est comme un bobard Un bobard, car dans ce monde qui brade qu'une seule facette
Même l'histoire se veut exclusive, fluette et avare

L'histoire ne nous raconte pas l'histoire, elle nous raconte la moitié des faits
L'autre moitié s'est faite coupée la langue, son silence est criard
Dans l'antre du savoir, il manque des pièces Des vérités, des versions, une comparaison, une mémoire Y a les tortures et les rafles, elles sont ni morales ni saines Mais quand elles se mutent, se taisent, l'histoire a comme une balafre
Je navigue sur cette balafre, hissez haut matelot pêche
Matelot qui de sa pêche, obtient des fossiles sans trace La France a des problèmes de mémoire
Elle connaît Malcom X,
Mais pas Frantz Fanon, pas le FLN
Connaît les blacks mais pas les noirs
Diffuse les story cow-boys et indiennes
Mais de la tragédie cow-boys et algérienne, faut rien savoir Il y a des choses indicibles, c'est pas de l'histoire ancienne
Les Kanaks, personne l'enseigne, massacres Vendée Bretagne Il y a des choses qui datent, sur l'esclavage et son règne
On débat pas mais on fête, et la fête cache les épaves
Tout le monde dit plus jamais ça, mais c'est de la com' malsaine

Les processus restent les mêmes, à l'heure où tout le monde en parle
Tout le monde en parle comme d'un cas, une exception inhumaine
Ça rend les choses comme lointaines, et la mémoire devient fable Les droits de l'homme étaient là, la République était la même

Même si son numéro d'enseigne, change comme on change de façade
Elle n'ose pas gratter en elle, elle refoule et elle s'enchaîne
Et tout ce qu'on nous enseigne, c'est qu'l'époque était malade C'est que l'époque était malade, mais tu parles, quand bien même
La maladie viendrait d'un système, qui encore monte en grade Plus jamais ça, devoir de mémoire, hein ! Et puis quoi ?
Quand on garde intacts les liens, que la gangrène escalade Les humains sont comme des arbres, ils ont des racines aux semelles Pour certains elles sont lointaines, et ceux-là ont en marre
Que de leur lointaine histoire, plusieurs versions se démêlent
Pour atteindre les deux bouts, ils font tout seul leur grand écart

Système assimilatoire, qui crée des êtres à problèmes Identité en gruyère, orphelins de leur mémoire Vu qu'on passe à la passoire, les causes de tous nos mystères Nos causes partent, restent les problèmes, et tout ça crée des ignares

Intégration à l'entonnoir, qui prône un modèle unique
Et pour ceux qui ont cette saleté de chance d'être multiple, au revoir
Système assimilatoire, amputation des tuniques
Amputation à l'identique, et mise du voile à l'histoire

Mais l'histoire n'est pas unique, sacrée pour un pays qui s'dit laïque Parfaite ! Sainte ! Extrémiste ! Un dieu auquel faut croire
Le pays a du mal, à regarder ses chapitres comme lui-même, pluriels, multiples
Nous laisse frêle et limite, avec des problèmes de mémoire



Liens:
Sur les mémoires de la seconde guerre mondiale:

8 commentaires:

vservat a dit…

Bonjour,
merci pour cet article passionnant qui donne à lire, écouter et réfléchir sur les rapports complexes entre histoire et mémoire.
Enseignant au collège auquel vous faite allusion rapidement dans l'article, je crains que les nouveaux programmes de 5° ne fassent pas la part si belle à la découverte de l'histoire de l'Afrique. D'une part ce programme a été abondé de deux chapitres supplémentaires après son élaboration qui se trouvaient auparavant en 6° et 4° sans y retrancher quoique ce soit. D'autre part, l'horaire affecté à ce thème est de 10% du programme soit 3 heures. Il est à craindre qu'entre le peu de temps disponible et au départ conseillé pour découvrir l'Afrique, le prise en compte de la pluralité des histoires et des mémoires ne progresse guère.
Véronique Servat

M.AUGRIS a dit…

Merci beaucoup pour ces précisions concernant le programme du collège que nous connaissons moins.
Dans le même ordre d'idées, le projet de programme de seconde fait disparaître "la Méditerranée au XIIème siècle" au profit de "la civilisation rurale dans l'occident médiéval"... Sujet très intéressant mais là-aussi très européo-centré. Je regretterais beaucoup le thème supprimé, il était vraiment une porte ouverte à cette pluralité des histoires que vous évoquez.
Quant à l'histoire de l'Afrique, le discours de Dakar a malheureusement tracé une voie...
E.A.

Henri a dit…

Très beau site. Je regrette par contre que pour un tel sujet destiné à faire voir les liaisons entre les mémoires et l'histoire, l'historien que vous voulez être ait oublié de citer toutes ses sources et ne fut pas capable de balayer de manière moins orientée et caricaturale certaines mémoires en les stigmatisant et en minimisant leur rapport avec des faits.

Exemple "Pieds-noirs" et Nostalgérie: c'est pathétique.

raoul blottiere a dit…

Nous ne prétendons pas être des historiens, mais des profs d'histoire-géographie, ce qui suffit à notre bonheur.

Deux ans après avoir mis en ligne ce 200ème extrait de l'histgeobox, qui proposait une réflexion entre histoire et mémoire, nous en assumons toujours totalement le contenu.

Quant aux sources non citées, vous serez assez aimable de nous les signaler, ce sera instructif...

Bien à vous.

JB

Henri a dit…

Malgré toute l'érudition dont cet article fait l'étalage vous avez manqué largement de votre devoir d'enseignant, celui de l'impartialité. Vous faites, comme beaucoup d’intellectuels de gauche depuis plus d'un demi siècle, qu'amputer la mémoire historique en masquant des parties de ces mémoires soit à dessein, soit par dogmatisme, soit par ignorance ou bêtise, soit par une incapacité à saisir certaines nuances, soit par un perpétuel "sanglot de l'homme blanc" pétri de remords ou peut-être tout ceci à la fois.

Je reprend l'exemple cité. Réduire la mémoire des Pied-Noirs par rapport à la guerre d'indépendance de l'Algérie à une simple "nostalgérie" c'est tout simplement de pas connaître le sujet dont on parle et à mes yeux c'est retirer à l'article en entier sa valeur.

Leur mémoire est beaucoup plus subtile et complexe que ce simple emporte pièce mémoriel caricatural.
Vous oubliez tout simplement le sens de l'histoire qu'ils ont vécu.Le sentiment d'avoir été trompés, bafoués et pour certains torturés par le pouvoir, ignorés, abandonnés méprisés par leurs compatriotes, menacés d'égorgement par le FLN. Sans parler de l'impression d'avoir eu à faire en la France à une vieille marâtre.
Reste aussi dans la mémoire que la Colonisation a été voulue aussi par la Gauche en son temps et qu'au nom de certains principes de bonté, de civilisation la France a envoyé des populations quelquefois contre leur volonté pour peupler des terres prises à d'autres. Qu'elle a accueilli et francisé des populations méditerranéennes pour peupler d'européens une Algérie qu'elle n'arriver pas à peupler de français de souche. Et qu'elle les a utilisé aussi en temps voulu lors de deux guerres mondiales pour défendre ou libérer son sol.
Ceci votre mémoire sélective a souvent tendance à l'oublier.
Vos valeurs et voltes faces vous permettent à bon compte et sans trop de remords (l'oubli se faisant) de balancer ici et là de la Méditerranée des familles de toutes origines au grès de vos poussées de morale fiévreuses.
Comment faire passer les innocents pour des coupables.


Malheureusement, les lois mémorielles souvent mises en place par la gauche empêchent en France une véritable expression des témoignages et donc des mémoires.

Comment publier au risque d'être attaqué en justice pour dire que l'on ne regrette pas ce que l'on a fait ou ce que l'on pense?

Dans notre beau pays, certains sont capables de poser des plaques à la mémoire de ceux qui ont aidé ou soutenu le FLN (il faisait sa guerre) mais oublient de commémorer ou de regretter les silences d'états à propos des disparus en Algérie après la signature des accords d'Evian et du cessez-le-feu ou pire ils sont capables de s'insurger si une plaque est posée en souvenir des morts et disparus du 5 juillet 1962 à Oran.

Non, votre travail sur les mémoires et l'histoire est celui d'un médecin de guerre qui ampute et pas celui d'un historien. J'ose à peine parler de travail d'enseignant. Faites un vrai travail d'Enseignant neutre et pas de professeur qui professe ses idées d'un parti de gauche.

Cette recommandation vous pourriez arriver à la suivre, Jules Ferry la donnait aux hussards noirs de la République il y a plus de 120 ans en d'autres termes.

Henri a dit…

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/AUREL/47166

Un complément sur la mémoire certains faits qui s'oublient facilement dans les mémoire sélectives.

Quant à la musique et la guerre d'Algérie vous pourriez aussi balayer tous horizon pour représenter effectivement les différentes mémoires de ce conflit et pas seulement celles des militants de gauche:

- "Je ne regrette rien" d'Edit Piaf version 1er REP ou la mémoire des soldats "Perdus" les légionnaires du 1er REP à Zeralda après l’échec du Putsch des généraux
http://youtu.be/RZgT2Sa8VSM
-Sous Les Pins De La B.A. (La mémoire des militaires des troupes d'élites qui se battent contre le FLN, les "fellaghas" comme ils diaient)
http://youtu.be/PeEDJnqMPSw
-Jean Pax Méfret Les Barricades (Pied-Noir engagé Algérie Française)
http://youtu.be/bG893nLz6Mc
-Enrico Macias - J'ai Quitté Mon Pays (mémoire de l'exilé..la douleur)
http://youtu.be/UJYzZSTG_8w
-Brigada Flores Lagon , Octobre 61 (la mémoire engagée à Gauche)
http://youtu.be/BZXhDetHayg
Barbelivien,Harki, mon père, Comédie musicale (le drame des Harkis)http://youtu.be/9AyMJ_lYf6Q
Serge Lama, L'Algérie LIVE, (Mémoire d'un appelé)
http://youtu.be/JW8UGitSw8o

mais aussi des morceaux comme celui d'Hugues Aufray "Fleur d'Oranger" sur le viol d'une jeune fille par des soldats:
"Ils ont surgi soudain tous trois par la porte de sa maison
L'un d'eux lui attacha les bras, un autre arracha son jupon
On l'a trouvée dans son lit bleu, pâle et vidée de tout son sang
Les larmes collaient ses cheveux, le soleil baignait le couchant
On a vite étouffé l'affaire, personne n'a rien su à Paris
Ce ne fut même pas un fait divers, qu'un incident en Algérie"

ou "Il y avait Fanny" et le passage sur la (torture" "gégéne" chanté par Léo Ferré dans les "Les temps difficiles": "Quand on a pas les mêmes idées,
On se les refile, c'est régulier.
File moi ta part, mon petit Youssef,
Sinon je te branche sur le E.D.F.
Les temps sont difficiles!
Réponds, dis-moi où est ton pote,
Sinon tu va être chatouillé.
Dis-moi, réponds, lâche ta camelote:
Quand on questionne y a qu'à causer.
Les temps sont difficiles!"

Voilà, on peut enseigner l'histoire en diffusant des connaissances, les faits, tous et là sur ce sujet: "les mémoires et la chanson" de la Guerre d'Algérie sans chercher la "reconnaissance". Aux élèves à faire leur choix.

raoul blottiere a dit…

Cher Henri

vous n'allez (peut-être) pas être déçu, puisque nous allons consacrer un dossier spécial aux mémoires de la guerre d'Algérie:
http://blogs.mondomix.com/samarra.php/2012/09/17/algerie-dossier

Nous aurons certainement l'occasion d'en rediscuter par messages interposés.
Bien à vous.

Julien

Henri a dit…

Bonjour Monsieur,

Votre lien a attiré aussi mon attention. En humble amateur d'histoire et sensibilisé aux blessures qu'elle porte ou qu'elle entretient je souhaiterai vous suggérer de veiller scrupuleusement au delà des habitudes ancrées à l'impact de l'emploi des mots utilisés pour définir certaines notions et qui sont porteurs de sens donc utilisés pour manipuler.

Je suggère par exemple d'examiner les différents termes employés pour désigner les combattants du FLN selon celui qui les désigne: Fellagha, rebelle, terroriste, résistant, djounoud, martyr, etc...

Employer l'un ou l'autre même entre guillemets c'est déjà faire un choix face à un lecteur et plus ou moins consciemment chercher à l'orienter.

Prenons un mot que vous utilisé dans une phrase sur le blog dont vous m'avez donné le lien:

"Une chanson de Jean-Pax Méfret pour évoquer la mémoire des "ultras" de l'Algérie française"

Contrairement aux autres chanteurs vous n'avez pas nommé la chanson mais en plus vous désignez l'auteur comme un "ultra" mot lourd de signification et porte en lui déjà la sanction comme étant extrémiste et excessif dans ses opinions:

dictionnaire: Définition du mot :
ultra

Adjectif invariant en genre et en nombre
relatif à des opinions extrêmes

Nom singulier invariant en genre
qui se montre excessif dans ses opinions
(politique) partisan de la monarchie absolue
élément, du latin ultra "au-delà", servant à former de nombreux composés (des adjectifs et des noms)

Quoi de plus normal et évident pour un homme de 17 ans vivant sur ces terres en héritier de plusieurs générations d'hommes que de se battre pour y rester?

Une guerre est excessive. Les hommes le sont-ils quand au cour de cette même guerre ne se montrent pas prêts à se laisser manipuler, abandonner et se défendent même avec des moyens violents?