jeudi 24 juillet 2008

70. Freedom singers: "In the Mississippi river".

1964 : pendant « l’été de la liberté » dans le Mississippi, les mouvements des droits civiques demandent à des étudiants volontaires blancs et noirs de mener une campagne massive d’inscriptions d’électeur dans l’Etat.


Andrew Goodman. Source: University of Missouri-Kansas city School of Law.



Michael Schwerner. Source: University of Missouri-Kansas city School of Law.

James Chaney, assassiné par le Ku Klux Klan. Source: University of Missouri-Kansas city School of Law.

Le 21 juin, trois militants du mouvement des droits civiques, James Earl Chaney, Michael Schwerner et Andrew Goodman partent inspecter une église brûlée par les hommes du Klan dans le comté de Neshoba (Mississippi), le 21 juin. Ils sont arrêtés par des policiers pour un prétendu excès de vitesse. Ils passent alors plusieurs heures au commissariat, avant d'être relâchés. Selon plusieurs témoins, le shérif adjoint, Cecil Price, aurait alors averti le Ku Klux Klan de l'arrestation de Michael Schwerner, recherché par l'organisation raciste en raison de son engagement acharné dans la lutte contre la ségrégation. Le chef local du KKK, Sam Bowers, avait d'ailleurs juré sa perte.

Plaque commémorative en hommage aux trois victimes.

Relâchés en pleine nuit, les trois militants sont aussitôt pris en chasse par deux autos remplies de membres du Ku Klux Klan. Ils ont été rattrapés et emmenés dans un endroit isolé. Andrew Goodman et Schwerner reçoivent alors une balle dans la tête, tandis que Chaney est battu à mort.

Après six semaines de recherches intensives dans les marais, forêts et fermes environnantes, les agents du FBI ont finalement retrouvé les corps, enterrés sous une digue. Dix-neuf personnes seront inculpés, dont un officier de police. Le film Mississippi burning d'Alan Parker revient sur ce drame.

Comme l'affirme Christophe Traïni dans son livre "la musique en colère", "au début des années 1960, les dispositifs musicaux du Mouvement pour les droits civiques sont très largement empruntés à la tradition du spiritual et du gospel. Plusieurs membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) s'appliquent à promouvoir la cause et à recueillir des fonds en fondant les Freedom Singers."

SNCC Freedom Singers

Marshall Jones du groupe des SNCC freedom singers écrit cette chanson après la disparition des trois jeunes militants des droits civiques disparus lors de "l'été de la liberté" en 1964. Les rivières environnantes sont alors draguées. Les corps de Chaney, Schwerner et Goodman sont retrouvés, mais à l'occasion des recherches, d'autres corps sont aussi repêchés, ce qui souligne la malheureusement la fréquence des lynchages dans le sud profond.

In the Mississippi River.MP3 -

In the Mississippi River - Mavis Staples

Cette seconde version est due à Mavis Staples, l'extraordinaire chanteuse des Staples Singers, qui a récemment sorti un albumdans lequel elle reprend certains des hymnes pour les droits civiques.

"In the Mississippi river" SNCC Freedom singers (Marshall Jones).


In the Mississippi River,
Lord, Lord, Lord, Lord
In the Mississippi River,
Well, you can count them one by one,
It could be your son,

Well, you can count them two by two,
It could be me or you
Well, you can count them three by three,

Do you wanna see?
Well, you can count-a them four by four,

Oh, well-a into the river they go (2X)

Well, you can count them five by five,
With their hands tied
and they don't come out alive
And their feet tied

Well, you can count them six by six,
Holes throughout the body
In the Mississippi, they got it fixed
Like Goodman

Well, you can count them seven by seven,
Like Schwerner
The Mississippi River sure ain't heaven
And Chaney...

.................
Dans la rivière Mississippi (2X)
Seigneur, Seigneur, Seigneur, Seigneur

Dans la rivière Mississippi
Vous pouvez les compter un par un




Cela pourrait être votre fils

Vous pouvez les compter deux par deux

Cela pourrait être toi ou moi

Vous pouvez les compter trois par trois

Voulez-vous voir?



Vous pouvez les compter quatre par quatre

Le long de la rivière ils glissent (2X)
Vous pouvez les compter cinq par cinq



Avec leurs mains liés

Ils n'en sortiront pas vivants
Et leurs pieds liés

Vous pouvez les compter six par six

Des trous partout sur le corps


Dans le Mississippi, tout s'est terminé,
pour Goodman
Vous pouvez les compter sept par sept

comme Schwerner

Sur que le Mississippi n'est pas le paradis
et Chaney...


Liens:
- Un article de Radio Canada revient sur ce fait-divers.

mercredi 23 juillet 2008

69. J.B. Lenoir:"Vietnam blues (1966).



J. B. Lenoir était guitariste et chanteur de blues éclectiques dans la forme: Chicago blues électrique et saturé au début de sa carrière, puis il se tourne progressivement vers un blues inspiré de la tradition rurale du Delta (lui même est originaire du Mississippi), plus accoustique. Surtout, il possède une voix haut perchée, très facilement identifiable.

Dans les années 1960, J. B. Lenoir, déjà évoqué ici, multiplie les blues poignants et engagés. Il se fait le chroniqueur impitoyable d’une Amérique brutale. Tous les thèmes y passent : dénonciation des guerres menées par son pays (« Korea blues », « Vietnam blues ») ; critiques ouvertes à l’encontre du pouvoir en place (« Eisenhower blues »), le racisme virulent qui sévit dans le vieux sud : Down in Mississippi (1966), Alabama song (1965).

J.B. Lenoir

Avec ce titre puissant, J.B. Lenoir souligne l'hypocrisie des autorités américaines; qui considèrent que les Noirs américains peuvent se faire trouer la peau, comme n'importe quel autre Américain; mais en revanche, restent victimes de très nombreuses discriminations,malgré l'obtention de lois garantissant théoriquement une égalité de droits... Pire, les lynchages restent présents dans le sud profond ("but Lord they're killing down in Mississippi").

Vietnam Blues - J.B. Lenoir


"Vietnam blues" _ J.B. Lenoir. (1966)

Vietnam Vietnam, everybody cryin' about Vietnam
Vietnam Vietnam, everybody cryin' about Vietnam
But Lord they're killing down in Mississippi
And nobody seems to give a damn

Oh God if you can hear my prayer now, please help my brothers over in Vietnam
Oh God if you can hear my prayer now, please help my brothers over in Vietnam
The poor boys fightin', killin' and hidin' all in holes,
Maybe killin' their own brother, they do not know

Mister President you always cry about peace, but you must clean up your house before you leave
Oh how you cry about peace, but you must clean up your house before you leave
How can you tell the world how we need peace, and you still mistreat and killin' poor like me.

.....................

Vietnam, Vietnam, tout le monde pleure à propos du Vietnam (2X)
Mais bon sang, ils tuent dans le Mississippi,
et tout le monde à l'air de s'en foutre.

Oh Dieu si tu m'entends exauce mes prières, aide mes frères là-bas au Vietnam
Les pauvres types qui combattent, meurent et se cachent dans des trous
Peut-être tuent-ils leurs propres frères, ils n'en savent rien

Monsieur le Président, vous évoquez sans cesse la paix, mais vous devriez balayer devant votre porte (2X)
Comment pouvez-vous dire au monde combien il a besoin de paix et continuer à maltraiter et tuer des malheureux comme moi.

Chapitre d'Histoire Terminale: limites du modèle américain.

mardi 22 juillet 2008

68. Altahualpa Yupanqui:"Duerme negrito".



Altahualpa Yupanqui.

Quechua par son père, basque par sa mère, Hector Roberto Chavero adopte vite le nom du dernier empereur inca Altahualpa Yupanqui, afin de marquer son attachement aux civilisations indiennes broyées par les conquistadors espagnols. Sa vocation de poète du peuple s'affirme lors de la longue errance qu'il entreprend à 20 ans à travers l'Argentine. Il y collecte la poésie chantée des civilisations amérindiennes, qui inspireront ses propres créations. Campesino, Punay, Soy Libre, Ya Basta, La del campo, Duerme Negrito...




free music




Dans cette chanson, Yupanqui décrit les dures conditions d'existence des petits cultivateurs indiens ou noirs exploités par les propriétaires blancs dans toute l'Amérique latine.
Pendant des décennies, de très grands propriétaires terriens monopolisaient les terres, à la tête d'immenses exploitations, les latifundia, tandis qu'une masse de paysans devaient se contenter de micro-exploitation, les minifundia. Cette situation trouve son origine dans la captation des terres par les colons espagnols et portugais lors de la conquête.


Manifestation de paysans sans terre brésiliens.

Aujourd'hui, le sous-continent reste confronté au problème de la répartition des terres. Un grand nombre de paysans sans terre doivent toujours louer leur force de travail quotidiennement ou pour une saison. L'absence de réformes agraires ou de réformes incomplètes n'a pas permis de corriger cette répartition foncière particulièrement inégalitaire, rendant les rapports sociaux entre grands propriétaires et paysans sans terre parfois très tendues (assassinat de propriétaires dans le nordeste brésilien par des paysans sans terre désespérés).

DUERME NEGRITO
Arrullo
(Caraibes, arr. Yupanqui)

Duerme, duerme, negrito,
que tu mamá está en el campo,
negrito...

Te va a traer
codornices para ti.
Te va a traer
rica fruta para ti.
Te va a traer
carne de cerdo para ti.
Te va a traer
muchas cosas para ti
Y si el negro no se duerme,
viene el diablo blanco
y ¡zas! Le come la patita,
¡chacapumba!

Duerme, duerme, negrito,
que tu mamá está en el campo,
negrito...

Trabajando,
trabajando duramente,
trabajando sí.
Trabajando y no le pagan,
trabajando sí.
Trabajando y va tosiendo,
trabajando, sí.
Trabajando y va de luto,
trabajando sí.
Para el negrito chiquitito,
trabajando, sí.
Duramente, sí.
Va tosiendo, sí.
Va de luto, sí.
Duramente, sí

Duerme, duerme, negrito,
que tu mama está en el campo,
negrito...

...........................

Dors petit noir.

Dors, dors, mon petit noir,
ta maman est dans les champs,
petit noir...

Elle va t'apporter des petites perdrix.
Elle va t'apporter de bons fruits
Elle va t'aporter de la viande de porc
Elle va t'apprter beaucoup de choses.
Et si le petit noir ne s'endore pas et
le diable blanc et
Crac! Il lui mange sa petite jambe,
chacapumba!

Dors, dors, mon petit noir,
ta maman est dans les champs,
petit noir...

Elle travaille
Elle travaille dur,
oui, elle travaille.
Elle travaille,
elle travaille et ils ne la paient pas.
Elle travaille,
oui elle travaille en toussant.
Elle travaille, oui
elle travaille, endeuillée.
Pour son tout petit, elle travaille.
Très dur, oui.
Elle tousse, oui.
Endeuillée, oui.
Très dur, oui.

Dors, dors, petit noir,
ta maman est aux champs,
petit noir.

Chapitre de géographie Terminale: mondialisation.

lundi 21 juillet 2008

Résultats du sondage.

Voici le résultat du sondage:

Qui est le personnage photographié sur la bannière du site?


Il fallait y reconnaître Al Green au cours des années 1970 (3 bonnes réponses sur 7).

Des années 1950 à la fin des années 1970, Memphis reste l’un des épicentres de la musique populaire américaine, abritant des labels ou des studios « qui scellèrent la rencontre des bluesmen du Mississippi, du gospel local et des jeunes musiciens blancs suburbains », selon Florent Mazzoleni :

- C'est le cas de Hi records de Willie Mitchell qui produit durant toutes les années 1970 une soul particulièrement originale autour de quelques artistes phares : Syl Johnson, Ann Peebles, O.V. Wright. Tous s’appuient sur un groupe de musiciens hors-pairs : le Hi-rythm. Mais la super star de l'écurie Hi reste le sensuel Al Green et sa voix surnaturelle.




Découvrez Al Green!


Au cours de la première partie des années 1970, Al Green enchaîne les succès, toujours d'une très grande qualité ("let's stay together", "Tired of being alone"). Sebastian Danchin écrit au sujet de la voix de Green, dans son "Encyclopédie du Rythm and Blues et de la Soul" (Fayard), "il suffit que le soulman prenne son micro pour que sa voix bouleversante de vérité, avec son falsetto acrobatique, ses cris angoissés et ses murmures à donner le frisson, suggère l'existence de Dieu aux agnostiques les plus endurcis".

En 1974, en plein concert, une admiratrice lui renverse le contenu d'une casserole bouillante sur le chanteur, avant de se tirer une balle dans la tête. Ce drame traumatise Green et l'incite à se tourner vers la religion, déjà omniprésente dans son entourage familial puisque son père était un pasteur traditionaliste (il le surprend en 1964 en train d'écouter Jackie Wilson, ce qui précipite son départ du toit familial).




Découvrez Al Green!


Green se tourne alors de plus en plus vers le gospel. Son chant est désormais consacré à Dieu et plus aux femmes. Dans son "Encyclopédie de la soul et du rythm'n' blues" (chez Fayard), Sebastian Danchin écrit: "Green est l'expression vivante de la schizophrénie qui traverse toute l'histoire et la culture de l'Amérique noire partagée entre entre l'amour du sacré et la tentation profane, entre la glorification de Dieu et la célébration des plaisirs qu'il nous a accordés (...) la musique noire est depuis toujours le fruit d'une fusion indissociable entre entre ses extrêmes, un paradoxe qui n'a pas fini de diviser la société afro-américaine et que Green a poussé à son paroxysme, entretenant une savante confusion entre les genres alors qu'il passait du gospel à la soul, du costume pailleté du chanteur à la robe du pasteur jusqu'à ce qu'il soit virtuellement impossible de savoir si ses suppliques s'adressaient à Dieu ou à la Femme."





Découvrez Al Green!

Il faudra attendre le début des années 2000 pour qu'il s'intéresse de nouveau à la musique profane (voir la chronique qu'E. Augris consacre à son dernier album en lien).

Liens:

- Le dernier album d'Al Green, coup de coeur d'E. Augris sur Lire-Ecouter-Voir.

mardi 15 juillet 2008

67. Dub Incorporation : "Survie"


Le groupe de Reggae stéphanois Dub Incorporation mélange allègrement les influences musicales. Avec pour dénominateur commun le reggae, les huit musiciens aux origines multiples (kabyle, béninois,...) explorent des univers très variés comme en témoigne leur dernier album Afrikya, sorti en 2008. Autre dénominateur commun, l'engagement. Les chansons du groupe abordent sans détour les pages sombres de l'histoire de France, de l'esclavage ("Chaines") à la colonisation. Dans leur précédent album, Dans le décor, sorti en 2005, la chanson "Survie" dénonce la connivence entre la France et les chefs d'État africains.

Derrière cette connivence, les intérêts communs des dirigeants, à commencer par l'argent, au détriment des populations africaines. Cet argent qui est accaparé par les dirigeants africains avec la complicité des multinationales françaises et qui a servi en retour à financer les partis politiques français. Le cas de l'Angola évoqué dans la chanson est ici symbolique puisque les deux protagonistes de la longue guerre civile (1975-2002), l'UNITA de Savimbi et le MPLA du président Dos Santos étaient chacun financés par Elf qui souhaitait poursuivre tranquillement l'exploitation pétrolière. Les exemples sont malheureusement nombreux du rôle trouble de la France dans les conflits en Afrique. Citons simplement la complicité de la France avec ceux qui ont préparé et mis en œuvre le génocide de 1994 au Rwanda. Les multiples "réseaux" (Foccart, Pasqua, Jean-Christophe Mitterrand "papa m'a dit",...) n'ont pas eu d'autre but que de maintenir les pays africains dans le "pré carré" français. C'est donc la dénonciation de la perpétuation de formes de domination héritées de la colonisation, de la logique d'exploitation et de pillage que l'on appelle parfois néocolonialisme.
Précisons que pour tous les pays évoqués dans la chanson (Angola, Côte d'Ivoire, Rwanda, Togo, Gabon, Libéria), la situation est différente et que le rôle de la France n'a pas été le même. Certaines sont d'anciennes colonies françaises, d'autres non. Pour le Gabon et le Togo, il s'agît plutôt du soutien à des régimes dictatoriaux jusqu'à aujourd'hui, celui d'Eyadema (et de son fils actuellement) au Togo et celui de Bongo au Gabon.
Le mot Françafrique aurait été employé pour la première fois par le futur président ivoirien Houphouët-Boigny, mais le terme, dans sa connotation péjorative, est popularisé par le livre de François Xavier-Verschave, récemment disparu. Il est le fondateur de l'association Survie, le titre de la chanson n'est donc pas fortuit.

Quelques uns des dictateurs symbolisant la Françafrique viennent de faire l'objet d'une plainte à Paris, déposée par Transparency International et des citoyens gabonais et congolais. La plainte pour recel de détournements de fonds publics vise le président gabonais Omar Bongo, le président congolais Denis Sassou Nguesso et le président de la Guinée Equatoriale Théodore Obiang Nguemo. Exemple (source : Libé) : "la famille Bongo, selon le Sénat américain, bénéficierait directement de 8,5 % du budget gabonais (110 millions de dollars par an), mais sans que cette «allocation présidentielle» ne figure dans les comptes de l’Etat gabonais. Quinze membres de la famille Bongo détiennent 70 comptes bancaires en France. Omar, le patriarche, possède onze adresses à Paris, dont un hôtel particulier acquis l’an dernier 19 millions d’euros, et cinq à Nice." Pour Survie, il s'agit de "biens mal acquis".

Voici la musique et les paroles :

Découvrez Dub Incorporation!



Mais les mots suffisent-ils, à faire prendre conscience,
faire penser qu'il est temps ;
Car ces fous la surveillent et sont hostiles,
France Afrique sous contrat !
Corruption, meurtre, guérilla !
Mais comment ces hommes peuvent dormir tranquilles

Angola Côte d'Ivoire Rwanda !
Qui vend les armes au peuple et qui arbitre leur combat,
Du Togo au Gabon Liberia !
Le pouvoir est aux fous qui corrompent leurs chefs d'états.
(Et ça fait) diviser pour mieux régner, manipuler pour contrôler,
La France est un empire et elle tient bien à le conserver.
Population ignorée, multiplication des charniers
No no ! Le sang déjà trop coulé
L'esclavage puis les colonies n'ont jamais libéré ces pays
de la main mise du blanc et ce qu'il emmène avec lui !
Car tous ces dirigeants ont tant tué, tellement menti,
Ils organisent leurs plans, la soif d'argent les pourrit.
Tant de larmes et tant de pleurs,
causés par ces pantins, causés par tous ces dictateurs.
Toutes ces armes, mes frères qui meurent
Ils partagent le butin et ne laissent après eux que la douleur.

Hader can assa felèche
Hader can azeka d'eteusse azeka d'eteusse
Hader can assa del heume
Hader can azeka del moth azeka del moth
I tskeeleve eul dravan it's keeleve eul guerant
Frikia, frikia so sweet mama
Si la mort d'un homme est suivie par celle d'un enfant
Si la terre des hommes est occupée par l'occident
Si les larmes et les pleurs condamnaient les gens

On ne parle plus de guerre finalement que d'argent
Et tous les hypocrites en sont bien conscients
et tous les politiques marchent droit devant.
Par la machine à fric ils pompent de l'argent,
Tous les politiques en sont bien conscients.

Car c'est la mascarade de ces politi-chiens !
Français ou Africains, de tous ces grands assassins
Et quand ils paradent tous main dans la main,
Je les mets tous dans le même bain
ces bouchers inhumains.
Regardez l'avance qu'ils ont prise
Car dans la course au rat
Tu vois qu'ici tous les coups sont permis.
Leur conscience ne leur pose aucun souci
Non, ne baisse pas les bras Africa
car c'est une question de survie !

Dans un paragraphe, quelques phrases prononcées dans une langue que je ne connais pas, saurez-vous me dire laquelle et ce que cela signifie ?
Il y a également un extrait d'un discours dont j'ignore l'auteur....

Un entretien avec le batteur dans Nice-matin. Le site du groupe, sa page myspace.

Une fois de plus, merci à Clément pour ce conseil musical !


D'autres chansons sur la Françafrique sur l'histgeobox :
1. Tiken Jah Fakoly:"Françafrique"
60. François Béranger:"Mamadou m'a dit"

vendredi 11 juillet 2008

66. Hocus Pocus : "Quitte à t'aimer"

Le groupe de Rap nantais Hocus Pocus existe, avec des hauts et des bas, depuis 1995. En 2007, dans son album Place 54, il consacrait une chanson à son pays en lui parlant franchement, dans les yeux. Si cette chanson sonne comme une déclaration d'amour, c'est un amour quelque peu désabusé. Désabusé par le peu de considération pour les exclus, notamment les sans-abris.
Dans ce pays, certains ne trouvent pas leur place, parce que leurs mots ne sont pas ceux qu'on attend, parce que leur apparence est différente. Tout le monde ne se reconnaît pas dans les paroles de l'hymne national ("Qu'un sang impur abreuve nos sillons" ?).
Nous tairons le nom de ce pays, mais vous l'aurez sans doute reconnu... Pas besoin non plus de gros dessin pour comprendre les allusions à l'élection présidentielle de 2002, je vous laisse identifier les protagonistes.
Hocus Pocus parle également de l'amnésie sur les erreurs du passé. Cette amnésie concerne ici l'esclavage. Nantes fut en effet le premier port français de la traite et cette histoire a longtemps été occultée ("J'te reconnais pas, qui sont ces hommes enchaînés ?"). Précisons qu'il n'y a probablement pas de cliché sépia de cette période de la traite et que le port de Nantes n'a pas dû voir beaucoup d'esclaves enchaînés. Dans le système du commerce triangulaire, les bateaux de la Traite partaient des ports européens chargés de biens à échanger contre des esclaves sur les côtes africaines puis vendaient ces esclaves aux Antilles ou sur le continent américain d'où ils revenaient avec des produits de ces territoires (voir la carte de ce commerce). A Nantes, l'association "Les anneaux de la mémoire" mène depuis les années 1990 un travail contre cette amnésie. Sur l'histoire et la mémoire de l'esclavage dans les ports de la traite et à La Réunion, consultez le dossier réalisé en octobre.

Je vous laisse apprécier cette chanson, accompagnée par la flûte traversière de Magik Malik. Petite devinette, le refrain contient un sample. Saurez-vous me donnez les noms de l'artiste (facile) et du compositeur (un peu plus dur...) ?


Un grand merci à Clément qui m'a fait découvrir ce groupe !



Découvrez Hocus Pocus!


Petit pays je t'aime beaucoup
Petit pays je l'aime beaucoup

Petit pays j'voulais te dire deux mots,
J'te Parle en ami vu qu'on se connaît depuis l'berceau,
J't'aime bien mais laisse moi juste te dire
Que parfois tu délires, et souvent tu fais pire.
T'as 60 millions d'gosses à assumer,
Des petits anges, de petits diables,
Ça fait un paquet de monde pour dîner,
J'comprends que parfois à table tu pètes un câble.
Petit pays tout le monde te dit que tu déconnes
Quand tu les laisses dormir dehors alors que c'est tes mômes.
La rumeur court sous les ponts et sur les trottoirs,
Il paraît qu'ils portent ton nom et qu'tu ne veux pas les voir.
Ton histoire est bien plus que celle d'une vie,
Tu ne comptes plus les erreurs que t'aimerais oublier,
Alors trop souvent tu simules l'amnésie
Et comme mes frères et sœurs je continue de t'aimer.

Petit pays je t'aime beaucoup
Petit pays je l'aime beaucoup

Petit pays tu m'as vu pousser
Depuis 28 ans, toi t'as pas vraiment changé.
A peu de choses près tu tiens les mêmes propos,
Les mêmes défauts cachés sous le même drapeau,
Tiens regarde, j'ai retrouvé de vieux clichés,
On y voit le port de Nantes en couleurs sépia,
J'te reconnais pas, qui sont ces hommes enchaînés ?
Au dos de l'image cette liste c'est quoi ?
Petit pays pourquoi dans ton journal intime,
Avoir déchiré des pages et effacé des lignes ?
Pourquoi la main sur le cœur, cette étrange chanson
"Qu'un sang impur abreuve nos sillons" ?
Avec ta langue maternelle et celle de tes ancêtres,
Tes enfants n'en font qu'à leurs lettres.
Ils te parlent et tu restes blême
Quand ils disent " J'te kiffe" pour te dire "Je t'aime"

Petit pays je t'aime beaucoup
Petit pays je l'aime beaucoup

Petit pays tu as du caractère,
Tu sais dire "Non" et on ne peut pas te la faire à l'envers,
T'as des valeurs, une culture métissée, et qui sait...
Demain tu mangeras peut-être épicé.
On se lasse au bout d'un moment,
Difficile de partager l'ordinaire,
Alors du coup, toi, tous les 5 ans
Tu dégottes un nouveau partenaire.
Parfois à cette occasion tu bois comme un ivrogne
Et tu te réveilles au lit avec un borgne,
Tu l'mets dehors mais comme t'es accro, tu bois trop
Et finis sous les draps d'un escroc.
Petit pays ne le prend pas mal
Car tu sais qu'au fond je t'apprécie,
Mais il fallait que tout mon sac je te déballe,
S'il te plaît, dis-moi que tu m'aimes aussi.

Petit pays je t'aime beaucoup ...
Petit pays je l'aime beaucoup ...

La page Myspace du groupe. Ils seront en concert à L'autre Canal à Nancy le 5 octobre.


Découvrez Cesária Évora!


[Le graphique vient de l'excellent Atlas des esclavages publié chez Autrement en 2006 par Marcel Dorigny et Bernard Gainot]

mardi 8 juillet 2008

65. Nina Simone:"Backlash blues".

Nina Simone.

L'immense chanteuse Nina Simone possède une voix hors du commun qui lui permet de tout chanter. Il est d'ailleurs impossible de la cantonner dans un genre musical. D'abord plutôt timorée à l'endroit de la lutte pour les droits civiques, elle s'implique de plus en plus dans ce combat comme l'attestent ses nombreux titres engagés ou en tout cas concernés (Mississippi goddam, Young gifted and black, Four women...). Bientôt, elle infléchit sensiblement ses positions. Si elle apprécie le dr King, elle trouve sa démarche naïve, inefficace, trop lente tout au moins. Elle lui préfère les meneurs du Black Power, Stokely Carmichaël ou Malcom X.


Nina Simone chante ici un poème de Langston Hughes (1902-1967), grand poète et militant afro-américain. Elle l'enregistre en 1966 pour son disque "The blues". Le poète explique ici l'usage qui est fais des impôts alors que les Etats-Unis s'engagent toujours plus dans la guerre du Vietnam.
Nina Simone partage manifestement la vision de Hughes et joint le geste au chant puisqu'elle décide d'arrêter de payer ces impôts qui ne servent qu'à financer l'effort de guerre américain au Vietnam.

Le poète Langston Hughes.

Dix ans plus tard, le fisc l'attaque en justice et elle perd sa maison, ce qui la pousse à émigrer vers la France, où elle finira sa vie (en 2003).

La guerre du Vietnam est le premier conflit au cours duquel les Noirs combattent dans les mêmes unités que les Blancs. De très nombreux Noirs, pourtant majoritairement hostiles à ce conflit, y sont envoyés. De nombreuses voix s'élèvent donc contre ce conflit meurtrier: Mohammed Ali qui refuse de servir au Vietnam en 1967, devient objecteur de conscience. Il lance: " ils veulent que j'aille au Vietnam pour tuer des Vietcongs, alors qu'eux, ne m'ont jamais lynché, jamais traité de nègre, n'ont jamais assassiné mes leaders".
Malcolm X, quant à lui, s'étonne de voir " l’homme jaune tué par l’homme noir se battant pour l’homme blanc".

Dr. Martin Luther King, Jr. lors d'une manifestation contre la guerre du Vietnam, le 17 avril 1967.

Comme beaucoup d'Afro-américains, Hughes voit aussi dans cet enlisement au Vietnam, un bon moyen pour faire lanterner les Noirs en pleine lutte pour les droits civiques. M. Luther King, qui soutenait initialement la politique de Johnson, dénonce bientôt sa stratégie belliqueuse et souligne à quel point les sommes engagées pour tuer seraient utiles pour venir en aide aux populations misérables des ghettos.
Surtout, Hughes souligne l'hypocrisie des autorités américaines; qui considèrent que les Noirs américains peuvent se faire trouer la peau, comme n'importe quel autre Américain; mais en revanche, restent victimes de très nombreuses discriminations,malgré l'obtention de lois garantissant théoriquement une égalité de droits...




L'expression backlash signifie retour de bâton

"Backlash blues" Nina Simone (Langston Hughes).


Mr. Backlash, Mr. Backlash
Just who do think I am
You raise my taxes, freeze my wages
And send my son to Vietnam

You give me second class houses
And second class schools
Do you think that alla colored folks
Are just second class fools
Mr. Backlash, I'm gonna leave you
With the backlash blues

When I try to find a job
To earn a little cash
All you got to offer
Is your mean old white backlash
But the world is big
Big and bright and round
And it's full of folks like me
Who are black, yellow, beige and brown
Mr. Backlash, I'm gonna leave you
With the backlash blues

Mr. Backlash, Mr. Backlash
Just what do you think I got to lose
I'm gonna leave you
With the backlash blues
You're the one will have the blues
Not me, just wait and see

.................

Mr Backlash, Mr Backlash
Pour qui me prenez-vous?
Vous augmentez mes impôts, gelez mon salaire
et envoyez mon fils au Vietnam

Vous me donnez des maisons de seconde classe
et des écoles de seconde classe
Pensez-vous que tous les gens de couleur
soient seulement des fous de seconde classe
Mr Backlash, je vous quitte
avec votre backlash blues

Quand j'essaye de trouver un travail
de gagner un pau d'argent
Tout ce que vous avez à m'offrir
est votre méchant retour de bâton
Mais le terre est vaste, ensoleillée et ronde
peuplée de tas de gens comme moi
qui sont noir, jaune, beige et bruns
Mr Backlash, je vous quitte
avec votre backlash blues

Mr backblash, mr backlash
je n'ai rien à perdre
je vais vous laisser
avec votre backlash blues
C'est vous qui aurez le blues,
pas moi, attendez, vous verrez

Programme d'histoire de Terminale: le modèle américain (les limites).