1. "Packed Up And Took My Mind". Little Milton. Le blues gorgé de soul de Little Milton séduisit à de maintes reprises les rappeurs, à l'instar de ce morceau souvent samplé. Le morceau se trouve (entre autres) sur une compilation intitulée "Stax: the soul of hip-hop". Des titres soul du label Stax récupérés par le rap (voir les nombreux articles qu'Etienne Augris consacre à l'histoire du rap sur Samarra).
2. Margie Joseph: "Punish me". Deep soul interprétée par une chanteuse peu connue.
3. Lhasa: "Rising". La Mexicaine prend son temps entre chaque album, mais l'attente des auditeurs est toujours récompensée par des titres impeccables. Seul petit regret sur son dernier disque, l'absence de titres en espagnol.
4. Pauline Croze: "T'es beau". Voix et au phrasé singuliers pour cette chanteuse douée.
5. Sound Dimension: "Baby face". Un instrumental imparable par les as de Sound Dimension, association de musiciens exceptionnels que l'on retrouve par ailleurs sur quelques uns des enregistrements jamaïcains de la période dorée des 1970's.
6. Ferro Gaita: "Bejo batafada". Ce rythme incendiaire est celui du funana, un genre musical typique du Cap-Vert. Le groupe Ferro Gaita en est un des meilleurs représentants: la preuve avec ce morceau enlevé.
7. Lyn Collins: "Mr Big Stuff". Cette grande chanteuse eut pour pygmalion James Brown. Son funk n'a rien à envier à celui de son mentor.
8. Lisa Richards: "Let's take a chance". Le chant plein de gRichards fait merveille sur cette ballade soul. Le titre est issu d'une des quatre compilations "Deep soul treasures". Comme le nom l'indique, ces sélections pointues regorgent de merveilles sélectionnées par le regretté Dave Godin.
Les 15, 16 et 17 août 1969, plus de 500 000 individus participent au festival musical de Woodstock.
A l'origine du projet se trouvent quatre jeunes hommes. John Roberts et Joel Rosenman disposent d'un héritage important à faire fructifier. Ils publient une annonce dans le New York Times: "jeunes hommes avec un capital illimité cherchent des opportunités d'investissement intéressantes et des propositions d'affaires". Artie Kornfeld, le vice-président de Capital Records, et Michael Lang, un hippie, qui vient d'organiser avec succès le Miami pop festival, tombent sur l'annonce et y voient aussitôt la manne nécessaire à l'organisation d'un autre grand festival musical.
Tous les quatre fondent alors Woodstock ventures avec pour objectif d'organiser un festival gigantesque. Ils avancent le chiffre ambitieux de 50 000 personnes (le festival en accueillera près de 10 fois plus!!!).
Des trombes d'eau s'abattent sur le festival transformant le terrain en un vaste bourbier.
Le choix du site de l'événement s'avère ardu.
Les organisateurs optent d'abord pour la ville de Woodstock, où habitent Dylan ainsi que beaucoup d'autres musiciens. Face au refus de la municipalité, ils se rabattent sur un terrain de 60 acres loué 50 000 dollars à un fermier nommé Max Yasgur, sur la commune de Bethel, soit à plus de 100 km de Woodstock. Le festival continuera pourtant à s'appeler "Woodstock", nom plus porteur que celui de Bethel.
Les publicités promettaient de passer du bon temps. "Trois jours de paix et de musique. Des centaines d'hectares à parcourir. Promène toi pendant trois jours sans voir un gratte-ciel ou un feu rouge. Fais voler un cerf-volant. Fais-toi bronzer. Cuisine toi-même tes repas et respire de l'air pur".
Manifestement, le message séduit puisque plus de 500 000 spectateurs assisteront à l'événement. Face à une telle affluence, les difficultés logistiques abondent:
- les axes d'accès aux lieux de concert sont saturés et des embouteillages monstres se forment, obligeant à utiliser des hélicoptères pour amener les artistes de leurs hôtels à la scène de spectacle.
- une très petit nombre de spectateurs acquitte les 18 dollars d'entrée du festival. Par la force des choses, il se transforme en un spectacle gratuit. Les piquets fermant l'accès au site sont arrachés rendant ainsi la billetterie inopérante.
- la pénurie de nourriture est manifeste. D'ailleurs lors de son concert, Janis Joplin lance aux spectateurs:"s'il vous reste quelque chose à manger, le gars à votre droite est votre frère, et la fille à votre gauche est votre sœur, alors partagez en toute fraternité".
Les organisateurs du rassemblement sont très vite totalement dépassés devant l'affluence record. Le système D s'impose.
- les conditions sanitaires s'avèrent catastrophiques. Les toilettes, prévues pour un auditoire dix fois moins important, manquent cruellement. Les ordures s'amoncellent dangereusement.
- Enfin, pour couronner le tout, des trombes d'eau transforment vite le terrain en un gigantesque bourbier.
Or, assez miraculeusement, le festival se déroule de manière plutôt satisfaisante. A l'issue des trois jours, on dénombrera: - trois morts, dus à une overdose, une appendicite mal soignée et un accident de tracteur. -deux naissances - et, selon Tim Leary, "100 000 trips au LSD".
Mais on ne déplore aucune bataille sérieuse, ni viols ni meurtres sur ce site densément occupé. Au contraire les photographies et le film consacré à l'événement montrent une foule hirsute pacifique et heureuse, partageant des valeurs communes: le refus de la guerre du Vietnam, du capitalisme triomphant et de la société de consommation. Cette jeunesse adopte un mode de vie qui choque leurs aînés: avec une liberté sexuelle revendiquée, le port de vêtements bariolés et informes, la consommation de drogues afin d'ouvrir bien grand "les portes de la perception"...
Ce festival constitue bien la manifestation d'une culture (ou plutôt d'une contre-culture), l'expression d'une communauté d'esprit et d'un mode de vie. On appellera d'ailleurs "Woodstock nation", la génération que ce concert gigantesque représenta. Surtout, Woodstock consacre l'avènement d'une musique de masse, savant mélange de folk, folk-rock, rock, psychédélique ou pas. Pour Yves Delmas et Charles Gancel:"Woodstock demeure (...) l'expression d'une volonté de changement, aussi collective qu'utopiste. Derrière la pacifique rébellion contre le racisme et la guerre du Vietnam se dresse l'incroyable capacité de la musique à rassembler la jeunesse et à incarner ses valeurs avec optimisme."
Affiche de l'événement.
En effet, le festival reste avant tout un événement musical. Tout au long des trois jours du festival, 32 artistes se succèdent sur scène. Quelques grands absents peuvent être relevés (Stones trop violents au goût des organisateurs; Beatles qui ne tournent plus; Dylan, qui n'a que mépris pour les hippies, se remet lentement d'un accident de moto; Jim Morrisson, le leader des Doors, craint pour sa vie ...), le festival rassemble néanmoins du beau monde: le meilleur de la scène californienne, ainsi que certaines étoiles montantes de la scène musicale internationale. Voici les groupes et chanteurs à l'affiche de ces trois jours:
- le vendredi 14 août se succèdent sur scène les folkeux Richie Havens, Tim Hardin, Arlo Guthrie, Joan Baez, le sitariste Ravi Shankar.
- le samedi 15 est consacré à la musique rock: folk- rock avec Country Joe McDonald ou John B. Sebastian, rock latino avec Santana, blues-rock avec Canned Heat, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin et son Kozmic blues band, acid-rock avec le Grateful Dead et le Jefferson Airplane, funk psychédélique avec Sly and the Family Stone, enfin le rock brutal et efficace des Who.
Grace Slick du Jefferson Airplane à Woodstock.
- le dimanche 16 voit se succéder sur scène Joe Cocker, Country Joe & The Fish, Ten Years After, The Band sans Dylan (en froid avecle mouvement hippie), le gutariste de blues albinos Johnny Winter, Blood Sweat And Tears, Crosby, Stills, Nash & Young.
- Enfin, le Paul Butterfield Blues Band et Jimi Hendrix clôturent ce festival le lundi 17.
Jimi Hendrix maltraite l'hymne américain et clôt en beauté le festival.
Pour terminer, laissons la parole à Max Yasgur, propriétaire opportuniste du terrain sur lequel se déroule les festival, qui lance à l'auditoire le dimanche 16 dans l'après-midi:"Je crois que vous avez prouvé au monde qu'un demi million de jeunes peuvent se rassembler pendant trois jours pour avoir du bon temps et de la musique. Que Dieu vous bénisse pour cela".
En 1969, Joni Mitchell compose pour son compagnon d'alors, Graham Nash. Elle même n'est pas à Woodstock et suit le festival par écran interposé. Le morceau sera repris par Crosby Stills and Nash
"Woodstock" Joni Mitchell (1969).
I came upon a child of God He was walking along the road And I asked him, where are you going And this he told me I'm going on down to Yasgur's farm I'm going to join in a rock 'n' roll band I'm going to camp out on the land I'm going to try an' get my soul free
Je suis tombé par hasard sur un enfant de Dieu Il cheminait le long de la route Et je lui ai demandé où il allait Et il m'a répondu ceci Je descends à Yasgur's farm Je vais rejoindre un groupe de Rock Je vais camper à la campagne Je vais essayer de libérer mon âme
We are stardust We are golden And we've got to get ourselves Back to the garden
Nous sommes de la poussière d'étoiles Nous sommes de l'or Et il nous faut retourner Au jardin d'Eden
Then can I walk beside you? I have come here to lose the smog And I feel to be a cog in something turning Well maybe it is just the time of year Or maybe it's the time of man I don't know who l am But you know life is for learning
Alors puis-je marcher à tes côtés ? Je suis venu ici pour fuir le brouillard Et j'ai le sentiment d'être un maillon du changement en cours Eh bien c'était peut-être dû à l'époque de l'année Ou peut être à l'époque de l'humanité Je ne sais pas qui je suis Mais tu sais que la vie permet d'apprendre
We are stardust We are golden And we've got to get ourselves Back to the garden
Nous sommes de la poussière d'étoiles Nous sommes de l'or Et il nous faut retourner Au jardin d'Eden
By the time we got to Woodstock We were half a million strong And everywhere there was song and celebration And I dreamed I saw the bombers Riding shotgun in the sky And they were turning into butterflies Above our nation
Quand nous arrivâmes enfin à Woodstock Notre groupe était fort d'un demi-million Et partout on chantait et on commémorait Et je rêvais que je voyais les bombardiers Transportant des armes dans le ciel Et ils se métamorphosaient en papillons En survolant notre nation
We are stardust Billion year old carbon We are golden Caught in the devil's bargain And we've got to get ourselves Back to the garden
Nous sommes de la poussière d'étoiles Du carbone vieux d'un milliard d'années Nous sommes de l'or Empétrés dans des marchandages avec le Diable Et il nous faut retourner Au jardin (d'Eden)
Sources: - Yves Delmas et Charles Gancel:"Protest song. La chanson protestataire dans l'Amérique des sixties", Textuel, 2005.
- Jacques Barsamian et François Jouffa:"L'encyclopédie du rock américain", Michel Lafon, 1996.
Comme nous l'avons vu dans l'article précédent ("Fire in Soweto"), toute tentative de remise en question du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc tout au long des années 1960 et 1970. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont incarcérés,malmenés, voire tués (cf: l'article limpide de R. Tribouilloy sur Steve Biko). Les manifestations sont réprimées avec une brutalité meurtrière. Les manifestations étudiantes de 1976 se soldent par plus de 600 victimes. La répression est systématique et ne laisse que peu d'espoir.
Pourtant à partir des années 1980, le vent tourne et la démocratie tente de terrasser l'apartheid. - Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. Le Zimbabwe accède à l'indépendance en 1980. En exil, les leaders de l'ANC continuent d'ailleurs la lutte depuis ces pays. - Avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, le gouvernement sud-africain ne passe plus comme le dernier rempart contre le communisme en Afrique australe. Ses soutiens occidentaux l'abandonnent. - L'embargo économique décrété par l'ONU se durcit fortement et contribue à l'asphyxie du pays qui avait pu jusque là vivre en relative autarcie. La situation économique est aggravée aussi par de grandes grèves menées par la COSATU, le syndicat des travailleurs noirs.
- Surtout, le régime de l'apartheid renvoie une image déplorable du pays et marginalise les sportifs et artistes du pays qui n'ont d'autre alternative que l'exil ou une carrière réduite à l'échelle nationale. - Enfin, la révolte intérieure se généralise au milieu de la décennie, animée notamment par l'United Democratic Front (sorte de vitrine légale de l'ANC toujours interdit) et sa branche armée, "la lance de la nation". Cette dernière opère depuis des bases arrières implantées dans les pays limitrophes de l'Afrique du sud (Zambie, Angola...). Tous ces éléments expliquent aussi que la campagne internationale en faveur de la libération de Mandela prenne une ampleur sans précédent.
La minorité blanche au pouvoir doit lâcher du lest. Des négociations secrètes s'ouvrent donc à l'initiative de Nelson Mandela (auquel s'associe Oliver Tambo, président de l'ANC en exil en Zambie). L'arrivée au pouvoir de Frederik De Klerk en 1989 accélère le processus de sortie de l'apartheid. Membre du parti national, cet Afrikaner se persuade de mener des réformes indispensables. Il est alors mis sous pression par la poussée électorale de l'extrême droite qui recueille 30% des voix. Par la déclaration de Harare, l'ANC se dit prêt à négocier sous condition: levée de l'état d'urgence, libération des prisonniers politiques, légalisation des organisations dissoutes, suspension de la peine de mort.
Nelson et Winnie Mandela le jour de la libération du grand leader sud-africain.
Après 26 ans d'incarcération, Mandela est libéré le 11 février 1990. L'année 1991 voit l'abrogation de la plupart des lois de l'apartheid. Pour autant, le plus dur reste à faire. La minorité blanche n'entend pas se dessaisir du pouvoir à n'importe quel prix. La transition démocratique s'opère dans un climat de grandes violences politiques:
- les ultanationalistes blancs, favorables au maintien de l'apartheid, multiplient les attentats. - L'Inkhata, une organisation zulu, milite pour une restauration monarchique dans le bantoustan du Kwazulu. Elle enclenche un cycle de violences avec les partisans de l'ANC. Ces derniers redoutent toute forme de séparatisme et restent attachés à une vision unitaire de la future nation. Le pays est au bord de l'explosion, l'état d'urgence est réinstauré. Malgré tout, ces violences n'enrayent pas le processus de négociation en cours.
Un compromis est trouvé et permet l'adoption d'une constitution intérimaire en décembre 1993. Ainsi, les membres du gouvernement sortant restent associés à la gestion des affaires pendant 2 ans à partir des élections. Il convient en effet de ménager les Blancs qui détiennent toujours le pouvoir économique.
Avril 1994, Nelson Mandela vote lors des premières élections démocratiques dans le pays.
Lors des premières élections libres et multiraciales d'avril 1994, l'ANC rassemble 63% des suffrages. Le 10 avril 1994, Nelson Mandela devient le premier président noir du pays. Il choisit aussitôt deux vice-présidents, Thabo Mbeki, issu de son parti, et Frederik De Klerk, issu de la minorité blanche et précédent chef du gouvernement. Enfin, il nomme un gouvernement d'union nationale.
Frederik De Klerk et Nelson Mandela.
De Klerk et Mandela reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix.
Forcément, 50 ans d'un régime aussi terrifiant que celui de l'apartheid laisse des traces profondes dans les esprits, aussi la Commission vérité et réconciliation présidée par l'archevêque anglican Desmond Tutu en 1996-1997 aut pour mission de faire la lumière sur les crimes de l'apartheid.
Conclusion:
Il est assez remarquable de constater qu'après un demi-siècle d'apartheid, régime au combien brutal et destructeur, l'Afrique du sud ait réussi sa transition démocratique. Certes, tout n'est pas rose dans la nation arc-en-ciel. Le pays est ravagé par une insécurité endémique, des inégalités sociales énormes subsistent, des problèmes sanitaires majeurs liés notamment au sida frappent la société sud-africaine. Pour autant, le pays bénéficie d'une certaine stabilité et n'a pas sombré dans le chaos comme tant d'observateurs le redoutaient.
On doit incontestablement cet état de fait à la personnalité exceptionnelle de Mandela.
Fr. X. Fauvelle-Aymar (voir sources) rappelle à ce propos: "Il faut dire (...) ce que ce tour de force doit à la personnalité et à la vision politique de Nelson Mandela, héros de la lutte des Noirs contre l'apartheid durant un quart de siècle, et qui sut acquérir dans les années 1990, auprès de ses concitoyens blancs, une popularité due en partie à sa rhétorique consensuelle et à son action volontariste dans un registre symbolique et identitaire auquel les Afrikaans étaient particulièrement sensibles [...]. De même, le "geste" politique consistant à ne pas briguer de second mandat en 1999 permit à la figure inentamée du père de la nation de conserver un prestige moral sans égal, à l'heure où les chefs d'Etat de certains pays africains avaient sans discontinuer présidé aux destinées de leur pays depuis les années 1970."
Cette libération suscite une allégresse immense dans toute l'Afrique, elle représente un signal fort de liberté et de justice pour tout le continent.
Nelson Mandela et Desmond Tutu
L'apartheid a des répercussions immenses sur la vie quotidienne. Les musiciens et chanteurs furent, comme les autres, victimes de cette politique ségrégationniste. Les musiques jouées par des Noirs furent boudées par les grands médias nationaux. La censure prive aussi de nombreux chanteurs d'une notoriété pourtant méritée. Des circuits commerciaux séparés tentèrent aussi de cloisonner "musiques blanches" et "musiques noires". Pour autant, quelques chanteurs se firent d'inlassables dénonciateurs du régime oppressif.
Johnny Clegg a su exprimer et accompagner les changements majeurs de son pays. Six mois après sa naissance près de Manchester, l'enfant est confié à ses grands parents maternels en Rodhésie. C'est le nouveau mari de sa mère qui lui transmet sa passion de la culture africaine.
Ci-dessus une chanson de Renaud en hommage à Johnny Clegg.
Il fréquente bientôt les ghettos noirs. Il se lie d'amitié avec un balayeur zoulou, Charlie Mzila, danseur et guitariste qui l'initie à la culture des "hostels", où le régime blanc parque les noirs. Avec son alter ego musical, Sipho Mchunu, il fonde le groupe Juluka (sueur en zoulou) composé de trois blancs et trois noirs, et devient le promoteur de la culture zouloue. De 1979 à 1985, leurs sept albums remportent un immense succès, malgré la censure qui les prive de diffusion en radio.Leur style mélange musique pop-rock et musique zouloue traditionnelle.
En 1986, Johnny Clegg fonde le groupe Savuka ("nous nous sommes levés") qui rencontre un succès international, notamment en France, grâce au titre"Asibonanga", un titre hommage à Nelson Mandela, véritable hymne de la génération anti-apartheid. La chanson se voit immédiatement interdite d’antenne dans son pays. Peine perdue. Asimbonanga devient l’hymne de la résistance portée à l’échelle internationale. Condamné à la prison à vie en 1964, le nom de Nelson Mandela doit être oublié. "Nous ne l'avons pas vu" (traduction littérale d'Asimbonanga ), dit le refrain en zoulou. Dans l'un des couplets, écrits, eux, en anglais, Clegg évoque Steve Biko, Victoria Mxgengen, Neil Agget, des militants de la lutte anti-apartheid assassinés.
Johnny Clegg et Sipho Mchunu.
Patrick Labesse, dans un article du Monde (voir lien)écrit: "Johnny Clegg reprend une phrase tirée d'une oeuvre de John Donne, poète et prédicateur anglais (1573-1631). "We are all islands" (nous sommes tous des îles), tous unis, car liés les uns aux autres par une même eau. Une mer que l'on va traverser un jour pour se retrouver, prédit le chanteur qui rêve d'un silence enfin brisé ("Broken silence is what I dream")."
L’album du « zoulou blanc » s’est vendu à plus deux millions d’exemplaires dans le monde entier.En mars 1990, un mois après la libération du "plus vieux prisonnier d'Afrique du sud", il se produit sept soirs de suite dans un Zénith comble.
Nous ne l'avons pas vu / Nous n'avons pas vu Mandela / à l'endroit où il est / à l'endroit où on le retient prisonnier
Oh the sea is cold and the sky is grey / Look accross the island into the bay / We are all islands till comes the day / We cross the burning water
Oh la mer est froide et le ciel est gris / Regardes de l'autre côté de l'île dans la baie / Nous sommes tous des îles jusqu'à ce qu'arrive le jour / Où nous traverserons la mer des flammes
A seagull wings across the sea / Broken silence is what i dream /Who has the words to close the distance / Between you and me ?
Un goéland s'envole de l'autre côté de la mer / Je rêve que se brise le silence / Qui a les mots pour faire tomber la distance / entre toi et moi ?
Steve Biko, Victoria Mxenge, Neil Aggett / Asimbonanga / Asimbonang' umfowethu thina(Asimbonang' umtathiwethu thina) / Laph'ekhona / Laph'wafela khona
Steve Biko, Victoria MxengeNeil Aggett/ Nous nel’avons pas vu/ Nous n’avons pas vu notre frère/ Là où il est / Là où il est mort
Hey wena, hey wena / Hey wena nawe / Siyofika nini la'siyakhana
Hé toi, hé toi / Hé toi, et toi aussi / Quand arriverons-nous à notre vraie destination ?
Sources: - L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006. - E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'histoire contemporaine", Nathan, 2008. - L'Afrique enchantée: "l'Afrique du sud: on dit quoi?". - Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", Point, Le Seuil.
La photo, en noir et blanc, a fait le tour du monde, symbole de la brutalité du régime d'apartheid: Hector Pieterson, écolier abattu par la police le 16 juin 1976, première victime du soulèvement de Soweto, gît dans les bras d'un plus grand que lui, en larmes.
La politique d'Apartheid entraîne une contestation intérieure importante. C'est particulièrement vrai après la nomination de Hendrick Frensch Verwoerd comme premier ministre en 1958. Toute tentative de remise en cause du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc, qui maintient de fait les populations noires dans la misère et la marginalité. Ces injustices contribuent ainsi à gonfler les rangs de l'ANC.
L'African National Congress (créé en 1912) anime la lutte des Noirs depuis soixante ans, or l'organisation se renforce avec l'accession à sa tête d'une génération de jeunes gens déterminés au cours des années 1940, en particulier Oliver Tambo, Nelson Mandela, Walter Sisulu. Il opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire.
Ainsi en 1952, avec le South African Indian Congress (organisation populaire auprès des importantes populations indiennes du pays), l'ANC orchestre la Defiance Campaign against injust Laws. Ce mouvement de désobéissance civile fustige en particulier les Pass Laws. Ces lois interdisent les déplacements des non-Blancs à l'intérieur du pays (ils ne peuvent ainsi quitter les terres appartenant aux Blancs, et sur lesquelles beaucoup travaillent, pour émigrer vers les villes). Le mouvement se prolonge en 1953, mais il est rudement réprimé.
En réaction, l'ANC organise en 1955, à Klipfontein près de Johannesburg, un "congrès du peuple", au cours duquel est adoptée la "Charte de la liberté", qui sert dès lors de plate-forme pour l'ANC. Cette charte repose sur quelques principes intangibles: - égalité raciale, - la démocratie, - nationalisation des grandes entreprises, - réformes agraires, - instauration d'un salaire minimum...
L'influence de l'ANC inquiète bientôt les autorités qui durcissent la répression. Une série de procès intentés aux leaders du mouvement s'engage. Entre-temps, une scission se forme au sein de l'ANC. Un groupe dirigé par Robert Sobukwe s'inquiète de l'influence des "communistes" sur la politique du mouvement. Expulsé de l'ANC en 1958, il fonde le Pan-Africanist Congress (PAC), favorable au nationalisme africain.
Massacre de Sharpeville en mars 1960.
En 1960, le gouvernement prépare un référendum sur la transformation du pays en République et sur la sortie du Commonwealth. L'ANC et le PAC, taisent alors leurs différences, pour organiser d'importantes manifestations pour obtenir la suppression des Pass Laws et des augmentations de salaires. Le 21 mars, alors que 300 000 Africains se dirigent vers le Parlement du Cap, la police ouvre le feu et abat 69 habitants de Sharpeville. Le mouvement de contestation prend une ampleur colossale. Les autorités décident alors d'interdire l'ANC et le PAC. Pour la première fois, la communauté internationale sort de son apathie et condamne le massacre de Sharpeville.
Les leaders de l'ANC, contraints à opérer dans la clandestinité, tirent les enseignements du drame et abandonnent la résistance passive pour la lutte armée. En 1962, la police arrête une partie de la direction clandestine de l'ANC, notamment Nelson Mandela, qui fait désormais figure de dirigeant de l'organisation. Le procès de Rivonia, en 1964, condamne Mandela et 7 autres co-accusés à perpétuité dans la prison de Robben Island, au large du Cap. Les partisans de l'ANC et du PAC qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet s'exilent dans les pays limitrophes, notamment en Zambie, en Tanzanie. L'éloignement limite leur influence sur le plan local. En éliminant la direction de ces organisations, les autorités s'assurent une relative tranquillité pour une dizaine d'années, même si, tout au long de cette période des militants sont constamment arrêtés puis incarcérés sans procès.
En 1966, le premier ministre Hendrik Verwoerd se fait poignarder par un huissier au Parlement. B. J. Vorster lui succède et continue de bâillonner toute forme d'opposition. A partir des années 1970, le gouvernement décide d'accélérer le processus d'"indépendance" des bantoustans. L'objectif est de priver tous leurs habitants de leur citoyenneté sud-africaine.
Steve Biko.
L'annonce que l'afrikaans devient obligatoire dans les écoles suscite une immense colère dans les townships. Soweto s'embrase le 16 juin 1976. En réalité, les causes de ces révoltes sont bien plus profondes. Le Mouvement de la conscience noire animé par Steve Biko semble l'instigateur de cette explosion de colère. Pendant 18 mois, , les lieux publics sont incendiés, les voitures brûlées, les commerces pillés. De proche en proche, la fièvre gagne bientôt les quartiers résidentiels métis et indiens. Une terrible répression s'abat alors sur le pays. Les services de sûreté arrête Steve Biko le 18 août 1977. Il mourra 26 jours plus tard des suites des blessures qui lui sont faites lors de son interrogatoire (voir le bel article de Richard Tribouilloy sur ce blog).
Cette répression policière dans les townships révoltés aura néanmoins de fortes répercussions: - elle frappe le monde entier avec des clichés qui font le tour du monde. On relève entre 600 et 1000 morts. L'opinion internationale prend enfin véritablement conscience de la nature du régime. - De jeunes militants fuient le pays et rejoignent les rangs de l'ANC en exil, ce qui contribue à galvaniser le mouvement après l'atonie de la décennie précédente. L'organisation, désormais dirigé par Oliver Tambo, multiplie les attaques sur le front militaire. Il sabote des installations statégiques. Surtout, elle parvient enfin à obtenir des relais au sein de la communauté internationale qui prend des mesures fortes (sanctions économiques, embargo sur les armes, boycotts des rencontres culturelles et sportives).
Le 21 juin 1976, des émeutiers utilisent des voitures en guise de barricade ( Keystone/Getty Images).
* A l'intérieur du pays, l'opposition noire réapparaît progressivement. - Bien qu'interdits, les syndicats deviennent très puissants à l'instar du Congress of South African Trade Unions (COSATU). - les leaders religieux tels que Allan Boesak ou l'archevêque anglican Desmond Tutu (prix Nobel de la paix 1984) prennent la parole au nom des noirs et se font l'écho de leurs aspirations. - en 1985, une fédération de mouvements anti-apartheid, proches de l'ANC, forment l'United Democratic Front.
Incontestablement à partir des années 1980, si la situation s'est décantée dans le reste de l'Afrique australe, le régime de l'apartheid, bien de fragilisé, semble encore solide. Nous reviendrons sur la transition démocratique dans un prochain article, à suivre donc...
Les émeutes réprimées dans le sang par Pretoria en 1960, 1976 notamment, ne laissent pas indifférents les artistes et de nombreuses chansons ont pour thème ces révoltes. Miriam Makeba consacre ainsi l'émouvant Soweto blues aux conditions d'existence sordides dans les townships. Rage Against the Machine intitule un de ses morceaux Township rebellion. Johnny Okosun décrit les émeutes dans son efficace Fire in Soweto (dès 1977). Enfin, le Gabonais Pierre Akendengue consacre une très belle chanson aux "combattants de la libertés". Il y fait notamment référence aux révoltes qui embrasent Soweto en 1976, mais il revient aussi sur le massacre de Sharpeville, en 1960.
Pochette du disque "Fire in Soweto" de Johnny Okosun, reggaeman nigérian.
"Salut aux combattants de la liberté". Pierre Akendengue (1987).
Salut à vous héros de la première heure combattants de la liberté salut à toi Salomon Mahlangu (...)
Pretoria juin 1976 Pretoria juin 1983 histoire sanglant écrite avec la chair du peuple déchiré déchiré par les années d'oppression, par les années d'humiliation, par les années de lutte lutte pour défendre notre terre terre nourrissante, terre sanglotante, terre berceuse
des jours sans nuits, des nuits convulsives ruisselantes de sang le sang de tes fils tombés sur les champs de bataille têtes chercheuses de liberté et de dignité
Sharpeville 1960 Soweto juin 1976 l'aube crache la fumée un gamin debout sur le portail "maman, j'ai faim, maman pourquoi tu pleures? maman où est parti Jerry? maman où est parti Marcus?"
Silence, silence, encore silence
"maman, des blancs, des fusils, des blancs avec des fusils"
silence
"regarde mon fusil maman"
silence, silence, encore silence
salut à toi combattant de demain salut à toi mère en larmes salut à vous combattants de la liberté il n'y a plus de champ de bataille le champ de bataille est partout car le front est là où est l'ennemi.
Sources: - "Afrique du Sud", Bibliothèque du voyageur, Gallimard, 2006. - L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006. - E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'histoire contemporaine", Nathan, 2008. - L'Afrique enchantée. Liens:
Une des nombreuses plaques apposées sur les lieux publics en Afrique du sud au temps de l'Apartheid.
En 1948, le parti national purifié de Daniel Malan accède au pouvoir. Ce mouvement ultranationaliste impose alors l'apartheid ("séparation" en afrikaans). Ce système politique, et juridique repose sur la stricte séparation des Blancs et des non-Blancs. Surtout, il assure l'hégémonie d'une petite minorité blanche sur le reste de la population.
* Au cours des années 1950, une série de lois et ajustements juridiques permettent de contrôler la population:
Maisons dans le township de Soweto.
- Le population registration act (loi d'enregistrement de la population) de 1950 aboutit à la classification, sur des bases raciales, de la population. Quatre groupes sont ainsi distingués: les Blancs, les métis, les indiens et les Noirs.
- La prohibition of mixed mariagesinterdit les mariages inter-raciaux (1949) , tandis que l'immorality amendment act prohibe aussi les relations sexuelles.
- La reservation of separate amenities act (loi sur la séparation des équipements publics de 1953) aboutit à la ségrégation dans tous les lieux publics (transports, écoles, hôpitaux, cimetières...). On parle de Petty apartheid.
Une corde sépare Blancs et Noirs dans un stade.
- Le Group aeras act conduit à une ségrégation spatiale implacable puisqu'il détermine, pour chaque groupe racial, une zone d'habitation. Pour les Noirs sont ainsi créés 10 homelands ("patries") ou bantoustans, régions rurales bien délimitées qui se transforment en "réserves" indigènes prétendument autonomes. Au travers d'une autonomie fictive, Bernard Droz (voir sources) rappelle que" les Bantoustans répondent à un triple objectif: freiner la mobilité géographique de la main d'oeuvre, et par là son insertion urbaine; atténuer les tensions en permettant à une élite noire d'accéder à des responsabilités, entraver et diviser le nationalisme noir en ranimant la diversité ou les hostilités ethniques". Cette mesure (Grand Apartheid) réserve l'immense majorité du territoire (et les meilleures terres) à la minorité blanche.
L'Afrique du sud au temps de l'apartheid (source: atlas historique).
Il convient d'ajouter à ce dispositif législatif l'apartheid urbain, qui oblige les Noirs à vivre à l'écart des villes, dans des agglomérations de petites habitations, les townships, dont Soweto (acronyme de South West Townships), constitue l'archétype.
A 16 ans, tous les Noirs doivent posséder un pass qui détermine où ils peuvent vivre, travailler. La législation réglemente ou interdit en effet les déplacements intérieurs.
Sous couvert d'anticommunisme, les gouvernements successifs autorisent la répression de toute activité d'opposition. Enfin,la loi sur le terrorisme (1967), terme à la définition particulièrement élastique dans la loi, légalise les mesures d'exception (état d'urgence, couvre-feu...) et conduit le pays dans une dérive totalitaire. De fait, la classification des individus selon des critères raciaux, l'emprise de l'Etat sur l'individu, jusque dans la sphère la plus intime; les déplacements de personnes dans des territoires réservés ne manquent pas de faire songer à l'Allemagne nazie, même si évidemment la comparaison s'arrête là.
Alpha Blondy invite en tout cas, les Etats-Unis à faire pression sur le régime de Pretoria afin qu'ils mettent un terme au système de l'apartheid. De fait, le milieu des années 1980 constitue une période charnière pour les autorités sud-africaines. Désormais, elles doivent compter avec un blocus qui asphyxie l'économie du pays. Ceci prouve aussi que, pendant près de quarante ans, la communauté internationale s'est révélée particulièrement timorée à l'endroit des autorités sud-africaines, se contentant le plus souvent d'une condamnation verbale du régime (c'est particulièrement vrai du Royaume-uni, longtemps très conciliant avec son ancien dominion). La progression de l'influence communiste en Afrique australe avec la décolonisation portugaise explique en partie cette réserve côté occidental, en tout cas jusqu'au milieu des années 1980... mais cela est une autre histoire dont nous vous parlons ici.
Alpha Blondy: "Apartheid is racism". (1985) America, America, America Break the neck of this apartheid America, America, America Break the neck of this apartheid
This apartheid system is nazism, nazism, they are nazi
1939-1945 Nazi war in Europe Today in 1985 Hitler on the rise in South Africa
So America, America, America I say break the neck of this apartheid
You don't have the right to shoot the children You don't have the right to shoot the children, I say 'Cause black and white we are all the same 'Cause black and white we are all the same, I say
We are all the same i say so got to wipe away hatred i say
America, America, America I say break the neck of this apartheid America, America, America You've got to break the neck of this apartheid
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Amérique, Amérique, Amérique, Amérique tord le cou à l'apartheid (2X)
l'apartheid c'est le nazisme ce sont des nazis
1939-1945, la guerre nazie déferle sur Europe Aujourd'hui en 1985, Hitler est de retour en Afrique du sud
Amérique, Amérique, Amérique, Amérique tord le cou à l'apartheid (2X)
vous n'avez pas le droit de tirer sur des enfants (2X) Noirs ou Blancs nous sommes les mêmes (2X)
nous sommes tous les mêmes alors balayons toute cette haine Amérique, Amérique, Amérique, Amérique tord le cou à l'apartheid (2X) Sources: - L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006. - E. Melmoux et D. Mitzinmacker: "Dictionnaire d'histoire contemporaine", Nathan, 2008. - L'Afrique enchantée: "l'Afrique du sud: on dit quoi?". - Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", Point, Le Seuil. Liens:
Nous touchons ici à ce que l'on nomme la Françafrique dont Bongo représente sans doute l'incarnation la plus achevée. Il s'agit d'un système de liens privilégiés et de réseaux tissés entre les élites des anciennes colonies françaises sur le Continent africain et des acteurs économiques et politiques français.
En effet, une fois les indépendances acquises, les autorités françaises n'ont eu de cesse de maintenir des liens forts avec leurs anciennes colonies. Ainsi, de nombreux réseaux se sont tissés entre les présidents français et les nouveaux dirigeants africains. Le fait que ces derniers soient souvent à la tête de dictatures ne constitue pas un problème pour la "cellule africaine" de l'Elysée, tout au contraire. Un accord tacite se dessine alors qui repose sur le soutien de la France au pouvoir en place, tant que celui ci maintient les intérêts économiques français dans le pays, du donnant-donnant en somme.
Pour ce qui concerne le Gabon, c'est bien sûr l'exploitation des riches ressources pétrolières du pays qui retient l'attention et entraîne la création du groupe Elf. Elf, le géant français du pétrole, a su en effet s'assurer l'exploitation des riches gisements pétroliers gabonais avec l'aval d'Omar Bongo.
Ci-dessous un morceau d'un 33 Tours sur lequel on peut lire: "offert gracieusement par Elf Gabon à l'occasion du XXIIème anniversaire de l'Indépendance à Port Gentil le 17 août 1982". Musicalement, le titre n'a à peu près aucun intérêt, en revanche les paroles valent le détour et soulignent les relations incestueuses à l'origine de la compagnie. Extraits:
"Il y a cela plus de trente ans une société est née gabonaise de mère, française de père elle s'appelle Elf-Gabon grâce à Elf-Gabon et à l'or noir, nous avons eu des hôpitaux, des usines, des routes, des maisons modernes," (..) suivent quelques équipements financés par Elf Gabon. " Elf-Gabon à Port-Gentil, ça sent le pétrole."
Revenons sur trois affaires qui éclaboussèrent (de pétrole?) le président gabonais, ainsi qu'une grande partie de la classe politique française.
* L'affaire Elf: l'enquête ouverte en 1994 par la juge d'instruction Eva Joly démontre l'existence d'énormes commissions occultes versées par la compagnie pétrolière française à Omar Bongo (entre autres) afin de sécuriser ses approvisionnements. Elle met aussi à jour des mécanismes de corruption de très grande ampleur. En retour, des caisses noires, financées par Bongo et d'autres responsables africains, assurèrent de coquettes sommes aux dirigeants de la compagnie, des salaires de complaisance versés à des proches des présidents de la République ainsi que des subventions aux partis politiques français de droite comme de gauche. Les réseaux africains d'Elf étaient animés par André Tarallo, le "M. Afrique" de la compagnie pétrolière et conseiller du président Bongo.
Lors du tonitruant procès de 2005, Omar Bongo ne fut pas convoqué_ protégé qu'il était par son immunité_ tandis que les dirigeants d'Elf héritaient de lourdes peines. Pourtant, le président gabonais a régulièrement été cité comme l'un des bénéficiaires des détournements de fonds publics (305 millions d'euros) reprochés aux prévenus.
* L'affaire Francesco Smalto.
En pleine présidentielle 1995, le couturier Francesco Smalto fut jugé à Paris pour avoir procuré à Omar Bongo des call-girls accompagnant la livraison de costumes, pour un montant de 3 millions de francs par an. Selon Smalto, "une présence féminine facilitait les commandes". Dans un livre d'entretiens publié en 2001 (Blanc comme Nègre, Grasset), Omar Bongo affirme que cette affaire, et les fausses rumeurs sur sa séropositivité qui l'avaient accompagnée, avait été montée en épingle par l'"entourage" d'Edouard Balladur. Implicitement, le président suggérait l'hypothèse d'une vengeance de M. Balladur destinée à sanctionner son choix en faveur de Jacques Chirac.
* L'affaire des "biens mal acquis".
En 2007, trois associations (Sherpa et Survie) accusent Bongo et quatre autres chefs d'Etat africains de"recel de détournement d'argent public" [sur la base d'un rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) recensant les avoirs détournés par plusieurs chefs d'Etat].
Le parquet de Paris ne classe pas la plainte et ouvre une enquête préliminaire en juin 2007. En 2008, l'enquête de l'Office central de répression de la grande délinquance financière dresse l'inventaire impressionnant des biens possédés en France par Bongo et ses proches (appartements, maisons, hôtel particulier. Il possède en outre onze comptes et de nombreuses voitures de luxe). Outré, Omar Bongo dénonce alors une "campagne de calomnies" contre le Gabon.
Ces poursuites judiciaires le convainquent en tout cas de ne pas venir se faire soigner en France. Décidément, tout fout le camp.
* La mort de la Françafrique?
Les rapports troubles entre les présidents de la République française et le dirigeant gabonais se sont maintenus tout au long de la cinquième. Rassemblant au delà des clivages politiques, Bongo est resté le "meilleur ami de la France" en Afrique. Après les années de Gaulle / Foccart, ni Valéry Giscard d'Estaing, ni Mitterrand et encore moins Jacques Chirac ne renonceront aux pratiques occultes.
Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, lors du voyage du premier au Gabon.
Nous pouvions espérer que ces comportements fassent partie du passé, or il semble légitime d'émettre quelques doutes lorsqu'on constate que le précédent secrétaire d'Etat à la coopération, Jean-Marie Bockel, a perdu son poste (comme le monsieur à l'échine souple, il a accepté le poste de secrétaire d'Etat aux Anciens combattants) pour avoir critiqué les relations entre Paris et certaines capitales africaines. Bockel avait pris au mot Sarkozy et affirma donc son souhait de "l'acte de décès de la Françafrique". Les propos auraient fort déplu à Bongo qui l'a fait savoir et qui a donc obtenu de Nicolas Sarkoy le scalp du secrétaire d'Etat (Jean-Pierre Cot, secrétaire d’Etat à la coopération et au développement après la victoire de Mitterrand en 1981, fut débarqué pour les mêmes raisons en 1982).
Omar Bongo et Jacques Foccart (chargé des affaires africaines sous de Gaulle).
* Albert Bongo.
Neuvième enfant d'une modeste famille de cultivateurs originaires de la région de Franceville (dans l'est du Gabon), Albert Bongo naquit en 1935. Orphelin à 12 ans, il est placé sous le tutelle d'un oncle qu'il suit au gré de ses mutations. Employé comme auxiliaire à la poste centrale de Brazaville, il réussit le concours d'entrée de l'administration des PTT.
* Albert Bernard Bongo. Entre temps, Albert Bongo, jusque-là animiste, se convertit au catholicisme et adopte pour l'occasion un second prénom: Bernard. Appelé sous les drapeaux en 1958, il fait son service dans l'armée de l'air française et en sort lieutenant en 1960, alors que le Gabon accède à l'indépendance. Le premier chef d'Etat du pays est Léon Mba. Il obtient le soutien du général de Gaulle et de Foccart (le monsieur Afrique du général). Il faut dire que Mba a tout pour rassurer. Depuis plusieurs années, il militait en effet pour que le Gabon soit transformé en un département français et pour qu'un drapeau tricolore figue dans un angle du drapeau gabonais! Entre temps, Albert-Bernard Bongo intègre le ministère des affaires étrangères, où il se fait repérer par le président gabonais.
Albert Bongo et Léon Mba.
En 1962, à 27 ans, Bongo devient son directeur de cabinet. Or, très vite, le président se transforme en autocrate et l'armée le renverse le 17 février 1964 à la faveur d'un coup d'état. Les troupes françaises interviennent aussitôt afin de rétablir le fidèle Mba dans ses fonctions. Mais malade (il a un cancer), Mba tente de se trouver un dauphin potentiel. Bongo semble l'homme de la situation. Après un entretien test avec de Gaulle, il est adoubé comme successeur désigné. En 1966, il devient vice-président et successeur constitutionnel. Ainsi, il devient automatiquement le deuxième président de la République gabonaise à la mort de Mba en 1967.
Bongo et le général de Gaulle, en janvier 1968.
Bongo s'installe donc dans le palais présidentiel, boulevard du bord de mer, à Libreville. Dès le mois de mars 1968, il lance de PDG (Parti démocratique gabonais) et met alors fin au multipartisme, sous le prétexte qu'il risquerait de voir le pays de verser dans le tribalisme (chaque ethnie risquant de voter pour ses membres). Ce virage autoritaire soulève bien peu de contestation, en tout cas surtout pas de la France. Bongo s'affirme en effet comme un soutien indéfectible de l'ancienne métropole dans la zone.
Lors de la guerre du Biafra (à partir de 1967), il met ainsi à disposition l'aéroport de Libreville (De Gaulle et Houphoüet Boigny soutiennent la sécession de cette riche province nigériane). C'est donc par l'aéroport gabonais que transitent les armes à destination des rebelles biafrais (sous couvert de vol humanitaire de la Croix rouge). Les relations franco-gabonaise sont alors très "cordiales", au nom des intérêts bien compris de chacun et une réelle connivence se créée entre les services secrets français et le président gabonais. Bongo doit sa place à la France, celle-ci à besoin de l'appui gabonais pour poursuivre ses interventions plus ou moins discrète en Afrique équatoriale.
Une formule de Bongo résume plutôt bien les rapports franco-gabonais. Pour lui, "l'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant." De fait, les riches ressources en pétrole du pays assurent un décollage économique au pays. Libreville se hérisse alors de haut-buildings ultramodernes. Bongo sait ainsi s'appuyer sur la richesse du pays dont le sous-sol regorge de manganèse, d'uranium et surtout de pétrole. Il se fait alors bâtisseur et construit le chemin de fer Transgabonais, un port en eau profonde, des centrales électriques, des routes, dote le pays d'une compagnie aérienne (air Gabon). Tout semble alors réussir au petit pays et d'aucuns parlent alors de "miracle gabonais". Pourtant, à y regarder de plus près, on constate que son développement est entièrement tributaire du pétrole, tandis que les inégalités sociales deviennent particulièrement criantes.
Le jeune président Bongo (1973).
* El Hadj Omar Bongo. En 1973, Bongo se convertit à l'islam. Là encore, l'opportunisme semble dicter son choix plus qu'une préoccupation spirituelle. La conversion intervient en effet après une visite au colonel Kadhafi. Bongo, qu'il faut désormais appeler Omar, est sans doute motivé par un rapprochement avec les pays du Golfe, riches en pétrole. De fait, le Gabon intègre le Gabon en 1975.
Bongo contrôle son pays fermement et impose ses vues dans un "petit livre vert" qui devient vite le bréviaire de tout Gabonais qui se respecte. Le président y multiplie les maximes lénifiantes. Rien ne semble pouvoir menacer Bongo qui triomphe lors des différentes échéances électorales (il recueille plus de 99% des voix en 1973, 1979 et 1986, faute d'adversaire). Les opposants politiques sont, quant à eux, réduits au silence ou exécutés (tel Germain Mba assassiné en plein Libreville par deux mercenaires français).
Pourtant, au début des années 1980, les signes inquiétants s'accumulent pour le Gabon de Bongo. D'abord, la crise économique frappe le pays de plein fouet et ses relations avec le président François Mitterrand sont d'abord très tendues. Il doit alors s'appuyer sur ses réseaux pour trouver un équilibre dans ses relations avec le président français. En 1983, il obtient en tout cas le scalp du ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot qui entendait mettre un terme aux pratiques les plus troubles de la République française en Afrique subsaharienne. Sur la scène internationale, les critiques commencent à fuser. Le FMI et la Banque mondiale critiquent la gestion des deniers publics.
Dans le contexte de la fin de la guerre froide et avec la chute du mur, les aspirations démocratiques des gabonais se font jour face à un pouvoir usé et corrompu. En janvier 1990, Libreville connaît des manifestations étudiantes impressionnantes, qui s'accompagnent bientôt de grèves et de pillages. Port-Gentil, qui concentre les installations pétrolières du pays, s'enflamme elle aussi. Bongo doit transiger et s'engage à rétablir le multipartisme en mars. La situation s'apaise jusqu'à la mort étrange d'un des meneurs de l'opposition. Port -Gentil est à nouveau en état d'insurrection et il faut l'envoi des paras par la France pour restaurer le calme et restaurer l'exploitation pétrolière (la France est alors dans son rôle traditionnel de maintien au pouvoir des autocrates fidèles).
* Omar Bongo Ondimba (le nom de son père rajouté par décret en novembre 2003).
Après ce premier avertissement, Bongo parvient pourtant à se maintenir au pouvoir. Il remporte 51 % des suffrages lors des premières élections présidentielles pluralistes. La fraude électorale ne fait guère de doute. En 1998 et 2005, Bongo conforte encore ses victoires. L'opposition est rendue atone par la corruption ou grâce aux postes savamment distribués par le président. Par ailleurs, il érige le népotisme en système et place toute sa famille aux postes clefs. Le régime n'a donc que les traits d'une démocratie. La société gabonaise est plus que jamais inégalitaire, la dette extérieure a explosé, tandis que les affaires médiatico-judiciaires entachent durablement l'image de Bongo: affaire Smalto, affaire Elf, affaire des "biens mal acquis" (nous en reparlons trè vite sur le blog).
* Un bilan. Sur la scène nternationale, Bongo multiplie les médiations au cours des années 1990, avec des réussites au Tchad, en Angola,, en Centrafique, mais aussi des échecs au Zaïre ou au Congo. En politique intérieure, il a au moins eu le mérite de maintenir le pays en paix, ce qui n'est pas si mal dans une région où les tensions sont nombreuses, mais la situation reste préoccupante et le président a dilapidé la rente pétrolière. La population gabonaise ne profite guère de ce qui devrait être une manne, mais qui ne profite qu'à l'entourage du président et à ses alliés occidentaux.
Le président gabonais est mort à l'âge de 73 ans ce mois-ci, après moults péripéties autour de l'annonce de sa mort (les autorités gabonaises l'ayant ressuscité après l'annonce espagnole). Il était au pouvoir depuis 41 ans. Avec cette disparition, comme le rappelle Libération, c'est un des piliers du système "Françafrique" qui disparaît. Tous les présidents français sans exception auront choyé et ménagé ce "meilleur ami de la France en Afrique". Comme nous l'avons vu, il doit même son poste et la conservation de celui-ci aux autorités françaises, lesquelles auront bénéficié de l'appui inconditionnel du Gabon en Afrique équatoriale. La classe politique française aura bénéficié quant à elle des largesses de l'autocrate.
Le lieu de décès de Bongo est symptomatique de la gestion politique et sociale de son pays. En effet, conscient des carences du système de santé gabonais, qu'il s'est évertué à ne jamais développer (là n'étaient pas ses priorités), il est parti se faire soigner en Espagne (les récentes poursuites judiciaires ouvertes contre lui l'ont convaincu d'éviter la France)...
Pour illustrer cet article, nous vous proposons deux chansons particulièrement savoureuses: - d'abord un morceau produit à l'occasion du voyage de Valery Giscard d'Estaing au Gabon lors de son mandat (paroles ci-dessous) - et un titre explicite très dansant à la gloire de Bongo.
Refrain — Bongo est l’ami de Giscard Giscard est l’ami de Bongo Bongo est l’ami de Giscard la France est l’amie du Gabon
Le vrai président de tous les français l’ami de Bongo et des Gabonais l’ami de l’Afrique et des Africains ce président-là, c’est Giscard d’Estaing
Pour gouverner la France et les Français la France a dit : « Giscard à la barre !! » pour gouverner le Gabon et les Gabonais nous disons : « Bongo à l’avant du bateau !! »
refrain ... refrain ...
Pour vivre mieux, pour vivre en paix il faut changer bien des orientations Giscard et Bongo, l’un et l’autre l’ont fait le changement c’est la rénovation
Président de la France, président du Gabon notre peuple uni vous salue de la main pour Giscard l’ami et pour nos deux nations Gabonais, mes frères, chantons ce refrain
refrain ... refrain ...
Sources: - L'Afrique enchantée: "Bienvenue à Bongoland". - Jeune Afrique n°2527, 12 juin 2007.
Ce blog se propose de parcourir les programmes d'histoire et de géographie en musique en proposant de courtes notices sur des chansons et morceaux dignes d'intérêt.