samedi 23 juin 2018

Feu!Chatterton: "Malinche"

Avec quelques centaines d'hommes, Hernan Cortés débarque sur les côtes mexicaines en 1519. L'intrépide conquistador parvient en quelques mois à terrasser un puissant empire peuplé de millions d'habitants. Profitant d'un concours de circonstances favorables, l'intrépide conquistador exploite à merveille la supériorité de l'armement des Européens et les divisions au sein des populations autochtones. La rencontre de Malinche, une jeune esclave parlant à la fois le nahuatl et le maya lui ouvre des perspectives inouïes. 
Nous possédons peu de données biographiques fiables (1) sur cette femme aux noms multiples, aux origines incertaines, aux desseins inconnus. Cinq cent ans après sa disparition, celle qui fut appelée Malintzin, Marina, Malinalli ou Malinche, reste une figure très vivace, une icône, dont la mémoire fut tantôt révérée ou bannie. Qui était-elle ?

Codex Acatitlan: Malinche ouvre la marche (Wiki C.)
* "Une très excellente personne qui était appelée doña Marina".
Malinche naît vers 1500 dans un village du centre de l'isthme de Tehuantepec, à la base de la péninsule du Yucatan. Ce delta de basses terres à la chaleur suffocante est alors contrôlé par des principautés farouchement indépendantes. 
Bernal Díaz, compagnon d'armes de Cortés et principal source d'information concernant Malinche, écrit dans ses mémoires que cette dernière n'est qu'une enfant lorsqu'elle est arrachée à sa terre par « les hommes de Xicalango », un grand comptoir sur la côte du golfe du Mexique. Issue d'une riche famille de la noblesse nahua, la fillette aurait été vendue par son beau-père et sa mère qui souhaitaient transmettre l'intégralité de l'héritage familial à leur fils. Vers 1510, la jeune captive est conduite plus au sud pour être revendue dans la région du Tabasco, elle y apprend le maya.


 
En mars 1519, un an après une première expédition menée par l'Espagnol Grijalva, la flotte conduite par Hernan Cortés (2) atteint Potonchán. De rudes combats opposent aussitôt les expéditionnaires aux populations locales (Chontal-Mayas). L'affrontement se solde finalement par une défaite des autochtones. En signe de reddition, ces derniers apportent des cadeaux propitiatoires aux conquistadores: « quatre diadèmes, (…) également quelques boucles d'oreilles, quelques masques de visages indiens, deux semelles d'or pour sandales», nous apprend Bernal Diáz. Le 15 mars 1519, vingt femmes (3) complètent ce butin. Aussitôt baptisées, "ce furent les premières chrétiennes de la Nouvelle-Espagne. Cortés les répartit en donnant une à chaque capitaine". Parmi elle, Bernal Diaz mentionne une jeune femme alors âgée d'environ 18 ans: « une très excellente personne qui était appelée doña Marina, ceci étant le nom qu'elle reçut après avoir été baptisée. (...) C'était bien réellement une grande dame, fille de grands caciques (...); et certes, on s'en apercevait bien à sa belle prestance. Comme doña Marina était de bel allure, insinuante et fort alerte, [Cortés] la donna à Hernando Alonso Puertocarrero», un de ses principaux lieutenants. Avec Marina/Malinche dans leurs rangs, les Espagnols disposent, sans le savoir encore, d'une pièce maîtresse. 

Le trajet de Cortés. [Par historicair CC BY-SA 2.5-2.0-1.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5-2.0-1.0)], via Wikimedia Commons]
 
Au fur et à mesure de la progression de l'expédition et à la faveur des rencontres avec les caciques locaux ou des envoyés de l'empereur Moctezuma (« seigneur courageux »), Cortés apprend l'existence d'un empire mexica/aztèque, considérable, très organisé, immensément riche et expansionniste dont la capitale se situe à Tenochtitlan. On touche ici un des atouts maîtres de Cortés: l'accès à l'information. Une des clefs de la réussite de l'entreprise cortésienne réside en effet dans la capacité à comprendre ce que disent les "indiens". Le rôle des interprètes est ici fondamental.
L'un d'entre eux se nomme Gerónimo de Aguilar. Espagnol, il est le survivant d'une précédente expédition. Depuis 8 ans, le franciscain était retenu prisonnier d'un cacique du yucatan auprès duquel il avait appris la langue yuvatèque, une variété du maya. Récupéré par la flotte de Cortés, Aguilar annonce aussitôt à ses compatriotes qu'il sera pour eux « un interprète utile et fidèle ».
En juin 1519, lorsque les conquistadores aborde le territoire totonaque, Cortés découvre par l'intermédiaire d'Aguilar que ce groupe de population supporte de plus en plus mal la pression fiscale qui lui est imposée par les « Coluas-Mexicas », connus aujourd'hui sous le nom d'Aztèques. (4) "C'est alors seulement que Cortés a conçu un projet entièrement nouveau et que s'est imposée à lui l'idée de tenter l'aventure, de s'enfoncer dans les terres en direction de la capitale, (...) cité déjà mythique, à l'orient de ses rêves." (Bennassar p 39) 
Cortés comprend très vite le parti qu'il peut tirer de l'animosité entre les Aztèques et les populations indiennes soumises, aussi ordonne-t-il  la capture de cinq collecteurs d'impôts venus réclamer aux Totonaques le tribut de Moctezuma.
L'accès à ces informations cruciales sur les mondes indiens (5 est rendue possible par la présence auprès des conquistadores d'Aguilar et surtout de Malinche. A l'occasion de la première rencontre avec les émissaires de l'empereur Moctezuma, les Espagnols découvrent en effet  que cette femme parle non seulement le maya mais aussi le nahuatl, la langue de l'empire mexica, à laquelle Aguilar n'entend goutte. Comme ce dernier "parlait le maya et l'espagnol, [Marina]  pouvait fournir le lien dont ils avaient absolument besoin dans leurs transactions avec les Mexicas. (…) Dès lors, une curieuse chaîne se mit en place, liant Cortés à Aguilar, Aguilar à Malinche, Malinche aux émissaires de Moctezuma qui faisaient de fréquentes visites au camp des envahisseurs. » (Lanyon p81)
A cette période, Puertocarrero s'en retourne à Cuba en tant qu'émissaire de Cortés. Ce dernier fait alors de doña Marina sa concubine.

Malinche est donc l'interprète capable de comprendre et d'expliquer, celle qui lève pour Cortés le rideau qui lui fera apparaître le nouveau monde qu'il cherche à pénétrer. De son côté, Moctezuma fait surveiller les faits et gestes des conquistadores par ses émissaires ou les marchands qui sillonnent ses terres. De ces observations, il ne peut tirer que des interprétations, sans percer le projet de Cortés. Grâce aux propos rapportés par Malinche, qui manifestement sait intelligemment glaner les informations nécessaires à la réussite de la Conquête, Cortés comprend très vite " que la domination de Moctezuma était imparfaite, redoutée, voire contestée. Il sait déjà qu'il devra travailler à la désunion des peuples du Mexique. » (Bennassar p 40) 
De son côté, Moctezuma perçoit très vite la menace, mais les efforts déployés pour maintenir les conquistadores loin de Tenochtitlan ne font que convaincre Cortés de s'y rendre dans les plus brefs délais. 

* Tenochtitlan.
Pour atteindre Tenochtitlan, l'expédition traverse le territoire des Tlaxcaltèques constitué d'une imposante chaîne de volcans. A l'issue de rudes batailles (du 2 au 5 septembre 1519), Cortés contracte une précieuse alliance avec la cité-Etat de Tlaxcala. « Elle lui permit de grossir ses forces de dizaines de milliers d'hommes. Elle lui apporta des guerriers rompus aux plus durs combats, possédant une connaissance approfondie des Mexicas et nourrissant à leur endroit une haine meurtrière. » (Lanyon p 108) Afin de sceller l'accord, et comme l'avait fait avant eux les Chontals-Mayas, les caciques donnent la main de leurs filles aux principaux capitaines espagnols. (6
Tenochtitlan (Wiki Commons)
 Le 8 novembre 1519, les conquistadores et leurs alliés « indiens » atteignent enfin la principale chaussée menant à la ville au milieu du lac Texcoco : Tenochtitlan. Les populations observent avec intérêt l'étrange procession composée de chevaux, d'effrayants mastiffs et lévriers, et de soldats en armures. Juché sur une litière surmontée d'un dais orné de plumes de quetzal, Moctezuma vient à la rencontre de ceux dont il a tout fait pour empêcher la venue. La tension est palpable lors de ce premier contact. La tentative d'accolade de Cortés est d'emblée considérée par les Mexicas comme un outrage fait à l'empereur. Le calme revenu, « on (…) annonça à Moteucçoma […] qu'une femme, une de nous, gens d'ici, (7) les accompagnait comme interprète. Son nom était Marina», lit-on dans le Codex de Florence, une source indienne. Pour communiquer, le dirigeant dépend donc d'une femme... ce qui doit être difficile à accepter pour le chef d'une société au sein de laquelle ces dernières ne disposent d'aucun droit. L'empereur prononce un discours d'accueil. « Malintzin en rendit compte [à Cortés] en le lui traduisant.» «Et quand le marquis [Cortés] eut entendu ce que Moteucçoma avait dit, il parla en retour à Malintzin en répondant dans son baragouin », poursuit plein de mépris pour la langue des étrangers le rédacteur du Codex de Florence (rédigé en nahuatl). En réponse, Cortés se présente comme le représentant d'un grand roi vivant très loin, de l'autre côté de la mer. 

* La Noche Triste.
Moctezuma reçoit alors les membres de l'expédition comme ses hôtes officiels. Il a alors peu de raison de craindre leur présence dans sa ville, forteresse entourée d'eau de tous côtés. Surveillés en permanence, les Espagnols paraissent alors cernés de toute part. D'emblée, les conquistadores sont subjugués par la beauté et la magnificence de l'endroit. Bernal Díaz admire l'élégant palais où réside Moctezuma dont il décrit avec précision le mode de vie. Le mémorialiste constate, stupéfait, que l'empereur prend un bain quotidien, change de vêtements tous les jours, consomme une grande variété d'aliments, boit du chocolatl et inhale la fumée dégagée par « un liquide ambré mélangé avec des herbes qui sont du tabac. »
Après quelques jours d'échanges courtois, la situation se détériore. Les Européens accompagnés de Malinche assistent avec horreur à des sacrifices rituels au temple de la divinité suprême de la ville, Huitzilopochtli. « Les abattoirs de Castille n'exhalent pas une pareille puanteur », confie Díaz.
Pour se protéger et peut-être dans l'espoir de gouverner par son intermédiaire, les Espagnols décident après une semaine seulement de présence, de prendre Moctezuma en otage.

En mai 1520, l'annonce du débarquement d'une imposante expédition espagnole, venue de Cuba, oblige Cortés à quitter la capitale mexica. Pendant son absence, la situation des conquistadores se dégrade. Le massacre des principaux dignitaires mexica perpétré par Pedro Alvarado dans le Grand Temple, provoque la fureur des populations qui entrent en rébellion. La situation s'aggrave encore avec la mort de l'empereur Moctezuma dans des circonstances obscures. Cloîtrés dans leur quartier, les Espagnols subissent les assauts d'une foule en furie. Dans le plus grand secret, Cortés - qui vient de regagner la ville - comprend que la seule issue pour ses hommes réside dans la fuite. Dans la nuit du 30 juin 1520, connue par les Espagnols sous le nom de Noche Triste, les envahisseurs battent en retraite et s'échappent. Dans ce sauve-qui-peut terrifiant, les conquistadores subissent de lourdes pertes, mais les survivants parviennent néanmoins à se réfugier in extremis chez leurs alliés de Tlaxcala. L'armée de Cortés y restaure ses forces pendant dix mois (du 1er juillet 1520 au 28 avril 1521).

Cortès à l'assaut de Tenochtitlan (anonyme, fin XVII°s) [Wiki C.]
* L'assaut final. 
Le triomphe de Tenochtitlán n'est que de courte durée car Cortés profite d'un allié inespéré, un allié qui avait déjà fait des milliers de victimes dans la ville : la variole. Pendant que la maladie européenne poursuit ses ravages, Cortés prépare méticuleusement l'assaut de la capitale mexica. Il fait couper l'aqueduc de Chapultepec qui alimente la ville en eau potable, prend possession des chaussée d'accès à la ville et ordonne la construction de 13 brigantins afin de prendre le contrôle de la lagune entourant la cité.
Presque un an après avoir fui Tenochtitlan, les troupes de Cortés lancent leurs navires à l'assaut de la ville. On trouve des évocations de la participation active au combat de Malinche dans le Lienzo de Tlaxcala et le Codex de Florence. Le premier nous la montre à bord d'un brigantin, protégée derrière un bouclier. Sur le second, juchée sur le toit d'un palais, elle s'adresse à des guerriers mexicas postés en contrebas : « Mexicains, venez ici ! Les Espagnols se sont fatigués. Apportez-leur de la nourriture, de l'eau fraîche et tout ce qui est nécessaire. Car ils sont las, ils sont épuisés. »
Après trois mois de siège, la cité finit par tomber dans l'escarcelle espagnole comme un fruit mûr. La ville, désespérée, mourante, se rend le 13 août 1521. Selon le Codex de Florence, au moment de la capitulation officielle, Malinche se place à côté de Cortés et traduit les paroles de Cuauhtémoc, le successeur de Moctezuma. Le chef mexica déclare ne pouvoir rien faire de plus pour sa ville et son peuple. 

A l'issue de la prise de la capitale aztèque, Malinche disparaît pour un temps. Elle vit désormais derrière les murs de la maison de Cortés, à Coyoacán, sur les rives du lac Texcoco, hors d'atteinte des chroniqueurs. Nous savons seulement qu'en mai ou juin 1522 naît Martín, fils de Malinche et Hernan Cortés. Ce dernier s'évertue à faire légitimer son fils mestizo par décret papal, puis lui obtient le titre de chevalier de l'ordre de Santiago.
Peu de temps après la naissance de Martin,  Catalina Juárez de Marcaida,  l'épouse officielle de Cortés, quitte Cuba pour rejoindre son époux à Coyoacán. Elle y découvre l'atmosphère de harem que son mari, insatiable coureur de jupons, fait régner dans sa demeure. Outre Malinche, Cortés y vit en effet avec les filles de Moctezuma qu'il est censé protéger. La mort soudaine et mystérieuse de Catalina, très peu de temps après son arrivée, alimente aussitôt les pires suspicions à l'encontre de Cortés.

* L’expédition du Honduras.
En octobre 1524, les talents d'interprète de Malinche sont de nouveau requis par Cortés qui monte une nouvelle expédition en direction du golfe du Honduras, à la poursuite de renégats espagnols. Quelques jours seulement après le départ (le 20 octobre 1524), Cortés fait épouser doña Marina/Malinche par l’un de ses capitaines, Juan Jaramillo. Rapidement, l'expédition tombe dans les pièges des marécages et des sables mouvants. (8) Au terme d'une marche harassante, les aventuriers hagards et affamés atteignent enfin le golfe du Honduras. Ils y constatent que les insurgés mangent déjà les pissenlits par la racine depuis plusieurs mois. Au terme de ce lamentable périple, Cortés regagne Veracruz en longeant la côte. Au cours du voyage par la mer, Malinche donne naissance à une petite fille, María, le seul enfant qu'elle aura avec Juan de Jaramillo.
Malinche, qui n'a désormais plus aucun rôle officiel à jouer, disparaît des chroniques. Si l'on accepte les recherches et recoupements établis par Anna Lanyon, elle serait morte peu de temps après mars 1528, date à laquelle le conseil municipal de Temystitan-Mexico fait une derrière fois référence à elle dans un compte-rendu de délibérations. Peu de temps après, Martin Cortés, alors âgé de 6 ans, s'embarque avec son père pour l'Espagne.

Mémoires et mythologies:
Disparue, le personnage de Malinche n'en fait pas moins l'objet de multiples instrumentalisations. La rareté des sources ou des informations la concernant facilite les extrapolations. Au fil des générations, les auteurs manipulent les sources afin de servir leurs propos en fonction de leur projet politique. Il en résulte la création d'une icône. 
- Malinche est perçue comme la mère du métissage et de la nation mexicaine pendant la période coloniale. 
Au cours de la période coloniale, Marina est considérée comme la mère du métissage et de la nation mexicaine, ainsi que la protectrice des étrangers. Dans sa chronique, Bernal Diáz semble subjugué. Lorsqu'il mentionne Marina, il lui accorde le titre respectueux de doña et multiplie les éloges. Il admire en particulier le courage et le sang-froid dont Malinche fait preuve au cours de la Conquête. « Je dois reconnaître que doña Marina, bien qu'elle fût une indigène, faisait preuve d'une telle bravoure que, quoiqu'elle entendit tous les jours que les Indiens allaient nous tuer et manger notre chair avec des piments, et quoiqu'elle nous eût vus encerclés au cours de batailles récentes et qu'elle sût que nous étions tous blessés ou malades, elle ne laissait paraître aucune faiblesse mais montrait un courage plus grand que celui d'aucune autre femme. »


Lienzo de Tlaxcala [Wiki C.]
Dans le Lienzo de Tlaxcala, qui raconte la Conquête du point de vue des principaux alliés des conquistadores, comme dans les Codex Ramírez et Aubin, qui présentent au contraire la version des vaincus, Malinche est décrite de façon respectueuse et bienveillante. De même, les rédacteurs mexicas du Codex de Florence la présentent comme une ennemie, non comme une traîtresse. Elle y est la plupart du temps nommé Malintzín. Le suffixe -tzín est alors la marque de politesse et d'honneur réservée à la noblesse. 
Les images des codex donnent à voir une Malinche de grande taille, "plus imposante que Cortés, comme pour venir appuyer la centralité de son rôle. (...) Sa position dans les documents visuels est également cruciale: elle est souvent placée entre deux groupes, comme le serait un médiateur." (Marianne Gaudreau p78)

- Après l'indépendance du Mexique, Malinche devient traîtresse.
L'indépendance du Mexique, acquise en 1821, entraîne l'émancipation de presque toute l'Amérique. Or, la toute jeune république choisit de fonder son indépendance sur l'hostilité à l'Espagne. Au sein du mouvement nationaliste (en particulier les criollos, la petite élite blanche d'ascendance espagnole) Malinche est accusée d'avoir pris le parti de l'Espagne. Cortés et sa maîtresse sont désignés comme les symboles de la tutelle honnie, les agents de la colonisation abhorrée. "En ces instants, toute la complexité du conquistador - et de son interprète indienne - se dissout dans les passions. Cortés se réduit à sa figure d'accusé." (Christian Duverger p411)
Le discours développé est débarrassé de toute complexité préhispanique. Le passé mexicain se résume alors à un seul peuple : les Mexicas de Tenochtitlan. Or, comme Malinche « avait été une ennemie des Mexicas, il s’ensuivait donc qu’elle était aussi l’ennemie de la nouvelle nation mexicaine. » (Lanyon p 193) Cette assertion reposait en outre sur la croyance en la perfidie consubstantielle des femmes.
Afin de ruiner la réputation de Malinche, ses détracteurs l'accusent de faire preuve de lascivité, de dépravation et de déviance sexuelle. Elle devient dès lors la traîtresse qui laisse l'étranger pénétrer le monde méso-américain et violer son corps. (9)
« Qu’elle l’ait désiré ou non, le métissage fut le legs de Malinche au Mexique. Mais paradoxalement c’est aussi devenu la raison majeure pour laquelle elle est aujourd’hui vouée aux gémonies et considérée comme une traîtresse. » (Lanyon p 199) 

 En 1950, Octavio Paz publie El laberinto de soledad. Sous sa plume , Malinche incarne la Chingada, la femme passive et violée des origines, emblème du mal être mexicain. Pour l'écrivain, "doña Marina est devenue une figure qui incarne les Indiennes fascinées, violées ou séduites par les Espagnols [...]. Le peuple mexicain ne pardonne pas sa trahison à Malinche..."
Aujourd'hui, le terme malinchista est une insulte qui signifie qu'on est pas un véritable mexicain car on est trop soumis aux influences étrangères, un traître en somme. Pourtant, à l'instar des Tlaxcaltèques, Malinche n'avait prêté aucune allégeance aux Mexicas, et il n'y avait donc aucune traîtrise dans sa conduite. Enfin, il faut garder à l'esprit que la jeunesse de Malinche n'est qu'une suite d'arrachements: à sa famille, à sa terre, à ses droits, à sa culture. Abandonnée par ses parents, réduite en esclavage, acculturée, contrainte de suivre les conquistadores qui la prirent à tour de rôle pour femme ou concubine, de quelle marge de manœuvre disposait-elle vraiment? En se mettant au service des Espagnols, elle s'assurait sans doute davantage de chance de survivre. 

Lienzo de Tlaxcala [Wiki C.]
* Avatars et résurgences.
Que reste-t-il de Malinche dans le Mexique contemporain? Les Tlaxcaltèques ont donné son nom à un volcan, les Mayas firent de même avec un fleuve. A Jaltiplan - son prétendu lieu de naissance - le souvenir de Malinche perdure. Selon une légende locale, le cadavre de cette dernière se trouverait également sous le tumulus, à côté du palais municipal.
Dans le sud du Mexique, les "bals de Malinche" restent très répandus. Les gens organisent ce bal tous les ans, le jour de la fête de Marie-Madeleine, après des semaines de préparation (costumes, fleurs).
Dans la mémoire populaire, Malinche revêt parfois les oripeaux de Cihuacóatl . La nuit, cette divinité sortait et réclamait en pleurs ses enfants perdus, répandant la terreur chez ceux qui l'entendait. Les lamentations de la Llorona, « l 'Eplorée », étaient toujours interprétées comme un signe de malheur à venir.
Devenue archétype, la Malinche est représentée sous différentes formes par les artistes.
L’amérindienne figure ainsi sur de nombreuses fresques murales. José Clemente Orozco l'a peint en compagnie de Cortés sous un escalier du vieux collège jésuite de San Ildefonso. Des auteurs anonymes la représentent sur les parois du palais du gouvernement de Tlaxcala.

Les musiciens ne sont pas en reste. Pour preuve, en 2015, le groupe français Feu Chatterton! intitule un de ses morceaux les plus réussis "Malinche". Arthur Teboul, le chanteur du groupe, explique ce choix:
"J'ai voyagé un peu au Mexique. Je ne sais plus comment, je découvre le personnage de Malinche. Et ça devient pour moi un personnage intéressant, un symbole. Ça raconte l'histoire d'un jeune homme qui aurait vu sa copine partir dans un pays latin. Il l'attend à Paris et il fabule, il a peur qu'elle ait là-bas rencontré quelqu'un d'autre, qu'elle vive des aventures sans lui. Petit à petit, il se met à l'identifier à cette personne qu'est la Malinche, la maîtresse de Cortés, interprète un peu perfide pour les Mexicains parce qu'elle décide de s'allier à Cortés, l'ennemi." (source F)
"Quand Cortès arrive pour conquérir le pays, il est fin stratège. Plutôt que d’aller faire tomber la tête, il décide de lier contre le chef aztèque les différents petits royaumes. Mais pour cela, il a besoin d’un interprète. Et il trouve cette fille qui avait été faite prisonnière (...). Et ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est qu’elle apparaît comme une grande traîtresse qui se met au service des colonisateurs, mais elle est aussi considérée comme la mère du Mexique moderne. Et puis, il y a l’incarnation du mythe…"(source G)


  C°: Femme dans une société misogyne, indienne dans un État longtemps contrôlé par les criollos, ancienne esclave de surcroît, la Malinche partaient avec de sérieux handicaps. Pourtant, elle s'est imposée comme le symbole identitaire mexicain par excellence. Grâce à son don des langues, elle est celle qui offre l'interprétation, l'explication dont Cortés a tant besoin pour comprendre ses interlocuteurs amérindiens.
Cinq cent ans après sa disparition, elle exerce toujours une incroyable fascination.

Notes :
1. Les sources:
- La plupart des informations dont on dispose aujourd’hui au sujet de Malinche repose sur les mémoires de Bernal Díaz del Castillo intitulées Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne (Historia verdadera de la conquista de la Nueva España). L'ancien compagnon d'armes de Cortés rédige son texte dans la seconde moitié du XVI° siècle, donc plusieurs décennies après la Conquête.
- Sous la plume de Francisco López de Gomara, la Conquête semble être l’œuvre d'un seul homme: Cortés dont il est secrétaire et biographe. Quand il mentionne Malinche, il insiste sur sa condition d'esclave et affirme qu'elle s'est vu accorder sa liberté par le conquistador en échange de ses services de traduction.
- Cortés ne fait que deux allusions très brèves à Malinche dans deux lettres (deuxième et cinquième cartas de relación). Pas même nommée (« una india »), la jeune femme y est réduite à un rôle mécanique d'interprète.
- Au Mexique, vers le milieu du XVI° siècle, des histoires indigènes de la Conquête font peu à peu leur apparition. Elles portent les titres merveilleux du nom de leur ville ou de leur Etat d'origine, voire de la cité où le document est conservé : Codex de Florence, Codex de Tepetlán. Le Lienzo de Tlaxcala par exemple représente l'histoire de la Conquête du point de vue des habitants de Tlaxcala. Dans ce recueil illustré des services rendus par les Tlaxcaltèques aux Espagnols pendant et après la Conquête, Malinche apparaît sur près de la moitié des 48 minutieuses illustrations. Sur les dessins qui accompagnent le texte, Malinche est souvent représentée arborant un simple huipil brodé. Parfois, ses cheveux sont rassemblés aux tempes en deux petites cornes, un style de coiffure en usage chez les femmes mayas dans toute la Méso-Amérique. Ailleurs, elle a de longs cheveux flottants sur les épaules et un petit bandeau en forme de langue au dessus de sa tête pour symboliser sa parole. Elle est généralement représentée au centre de l'illustration. Les Espagnols se tiennent d'un côté, les dignitaires et guerriers amérindiens de l'autre. Aux côtés de Cortés, elle est parfois représentée recevant des présents (dindes, couvertures) ou donnant des cours d'instruction religieuse.
2. Cortés naît en 1485 à Medellín, Estrémadure. Le jeune hidalgo étudie pendant quelques temps à l'université de Salamanque. Avant la fin de sa formation, il s'embarque en 1504 pour les Indes occidentales et s'installe à Saint-Domingue, puis Cuba où il exerce pendant 15 ans le métier de notaire. 
3. Le don de femmes à l'ennemi était une coutume amérindienne. Pour les conquistadores, ces femmes représentent de parfaites servantes, susceptibles de fournir également des services sexuels. Pour ces dernières, cela impliquait la séparation forcée d'avec leur environnement et la confrontation brutale avec des inconnus aux mœurs étranges. 
Avec les unions de Tlaxcala, nous voici aux origines de la noblesse "hispano-mexicaine" et au cœur du projet de métissage cortésien.
4. Au XIIème siècle, le « peuple de la héronnière » (Azteca) quitta la ville d'Azlán, dans le nord du Mexique actuel, pour les rives du lac Texcoco où ils construisirent leur capitale : Tenochtitlan.
5. La diversité des peuples de cet ancien monde complexe devait être totalement effacé par le faux qualificatif "d'indiens" que leur attribua Christophe Colomb.
6. Pour cimenter l'alliance avec Tlaxcala, les Espagnols s'abattent ensuite sur la cité voisine de Cholula, un allié important des Mexicas. 
7. Tirée du livre XII du Codex de Florence, rédigé une quarantaine d'années après la Conquête, il s'agirait selon l'historien James Lockhart de la première mention d'une expression assimilable à une prise de conscience collective des "Indiens". Jusque là, trop divisées par le « micropatriotisme », les populations amérindiennes de se désignaient pas collectivement en tant qu' « Indiens ». 
8. Sur les rives du río Candelaria, les Espagnols se débarrassent de Cuauhtémoc et des autres nobles mexicas, contraints de suivre Cortés et ses hommes dans cette abominable aventure. Selon un texte maya anonyme du XVI° siècle, Malinche se trouve aux côtés de l'ex-souverain mexica au moment de son exécution. A Alcalan, le corps du malheureux suspendu à un arbre est laissé à pourrir.  
9. Le mariage entre des Espagnols et des femmes indigènes résultait avant tout du manque de femmes espagnoles dans les premiers temps de la Conquête. La monarchie hispanique encourageait d’ailleurs ce métissage en fournissant des dots confortables à de jeunes métisses pour leur permettre de trouver un mari espagnol. L’expérience mexicaine des mariages mixtes commença avec les femmes indigènes de Potonchán données aux Espagnols. 



Feu! Chatterton: "Malinche"
Madame je jalouse ce vent qui vous caresse
Prestement la joue
Des provinces andalouses et panaméricaines
Ce vent suave est si doux
Madame je jalouse
Madame je jalouse ce vent qui vous caresse la joue
En ces provinces andalouses
Lui vient se poser contre votre peau d'acajou
Lui vient se poser contre votre peau d'acajou
Quand je reste à Paname
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
À chaque missive l'avouerais-je?
À chaque missive l'avouerais-je?
Je crains de vous causer l'ennui
Et cette attente comme un missile
Endolorit ma tête grège, grège
Endolorit ma tête grège, grège
Que deux fois passe le jour et vienne la nuit
Passe le jour et vienne la nuit
Ouais, vienne la nuit
Que tu me reviennes, toi, sur l'autre rive
Es-tu avec un autre?
Allez, les choses nous échappent, pourquoi les retenir
Par le bout de l'écharpe?
Si vite devenir
Étranges, étrangers l'un à l'autre
Au cou, le souvenir étrangle
Et je reste à Paname
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Native des contrées où Cortés est venu
Trouver haine et fortune
Tu sais de mémoire ancienne
Te méfier des braves, de leur soif inopportune
Combien de lâches sont venus ici
Courir chimères à coup de fusils?
Ivres de gloire, ont-ils pensé que ton cœur
Serait conquis, percé de flèches et de rancœur
Comme tes côtes mexicaines, de Malinche
De Malinche
Il n'y en aura qu'une
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
Oh oui
[Paroliers : Clement Doumic / Arthur Teboul / Antoine Wilson / Sebastien Wolf]


Sources:
A. Anna Lanyon, Malinche l'indienne : L'Autre conquête du Mexique, Payot, , 233p.
B. Bartolomé Bennassar: Cortés, Bibliographie Payot, 2001, 357 pages.
C. Christian Duverger: "Cortés", Fayard, 2001. 
D. Marianne Gaudreau: "Les multiples visages de la Malinche ou la manipulation historique d'un personnage féminin", Altérités, vol. 7, n° 1, 2010, pp. 71-87.
E. Histoire globale - le blog:"Enseignement et histoire globale" par Vincent Capdepuy, consulté le 29/3/2018.  
F. Feu! Chatterton:"On a rêvé que ça arrive.
G. "Feu! Chatterton ressuscite le rock à la française"

Liens:
- Le site de Feu! Chatterton
- La Malinche (Wikipedia) 
- Un Monde de Musique: La Malinche.

jeudi 31 mai 2018

"Merde à Vauban". Quand la citadelle de Saint-Martin-de-Ré était l'antichambre du bagne.

Poste avancé du littoral, mais aussi frontière maritime, l'île de Ré occupe une position stratégique et devient à ce titre un enjeu des rivalités franco-anglaises durant la guerre de Cent Ans, puis l'objet d'une lutte sans merci entre catholiques et protestants au cours des guerres de Religion. Aussi, l'implantation protestante en Aunis fait de La Rochelle une puissante place forte huguenote. En 1625, le duc de Soubise, chef du parti protestant, s'empare de l'île de Ré durant quelques mois. Dans ces conditions, Louis XIII chercher à réaffirmer l'autorité royale face à la menace anglaise et la ville rebelle de La Rochelle. Aussi, le roi de France décide-t-il d'intégrer l'île dans une véritable politique de fortification du littoral charentais
En 1626, une citadelle est édifiée à Saint-Martin-de-Ré. Malgré la mise en place de ce système défensif, une force expéditionnaire anglaise débarque sur l'île contraignant les troupes françaises à se réfugier  in extremis dans la citadelle. Elles y subissent trois mois de siège avant d'être secourues par des renforts envoyées par Richelieu. En parallèle, le cardinal décide d'attaquer La Rochelle. Après un long siège, la ville capitule en octobre 1628. Dès lors, Louis XIII et son ministre entendent mettre un terme à la puissance militaire huguenote. Redoutant un nouveau débarquement suivi du retranchement d'un éventuel adversaire, le roi de France ordonne la destruction de toutes les fortifications de l'île de Ré.

* Une place forte insulaire.
Soucieux de développer une politique maritime ambitieuse, Louis XIV décide en 1666 d'installer un arsenal à Rochefort, en bordure de Charente. Au cours de la guerre de Hollande (1672-1679), le roi-soleil organise la défense de l'arsenal dont il redoute qu'il ne tombe entre les mains de l'ennemi néerlandais. Compte tenu de cette menace, l'île de Ré s'impose de nouveau comme un maillon essentiel dans le dispositif défensif royal. Envoyé par Colbert en tournée d'inspection sur les côtes d'Aunis durant l'hiver 1673-1674, Vauban doit fortifier l'île de Ré au plus vite. Le commissaire général des fortifications ordonne alors la construction d'ouvrages de protection: les trois redoutes des Portes, de Sablanceaux et du Martray, ainsi que le renforcement du port de La Prée.
En 1681, Vauban propose de faire de Saint-Martin-de-Ré le centre névralgique de la Défense de l'île. Une enceinte enserre le bourg qui devient dès lors un vaste réduit empêchant une occupation totale de l'île et un refuge potentiel pour toute la population de l'île en cas d'attaque (16 000 personnes et leur bétail). 

Saint-Martin-de-Ré. (photo: jujubloblo)
A cheval sur cette enceinte, Vauban prévoit la construction d'une citadelle commandant le bourg, l'entrée du port et la rade. Le chantier débute en juin 1681. "Fidèle au plan de Vauban, l'ouvrage s'organise autour d'un plan carré renforcé à chaque angle par un bastion à orillons. Le front de mer est pourvu d'un petit port d'échouage, à l'abri entre deux musoirs et défendu par une fausse-braie. L'entrée de la citadelle se fait par une unique porte monumentale."  (source E)
En plus de ces solides protections, les lieux se révèlent particulièrement adaptés au confinement puisque l'espace insulaire constitue un puissant obstacle aux évasions. Aussi, Saint-Martin acquiert-elle très tôt une vocation de pénitencier, jamais remise en cause depuis. En 1688, Louis XIV y fait incarcérer le pape Innocent XI qu'il accuse d'être janséniste. Quatre vingts ans plus tard, à la demande de son père, le jeune Mirabeau y est emprisonné pour manquement à la discipline militaire. Aux lendemains de la Révolution, ce sont plus de mille prêtres réfractaires qui croupissent dans la citadelle surpeuplée. De 1871 à 1873, quatre cents Communards (dont Henri Rochefort) ayant échappé au peloton d’exécution, mais pas à la répression judiciaire, y sont internés avant leur déportation en Nouvelle Calédonie. 
Aussi, lorsque les bagnes portuaires de Rochefort (1854), Brest (1858) et Toulon (1873) ferment leurs portes, la citadelle de Saint-Martin-de-Ré devient assez logiquement le port d'embarquement pour les bagnes de Guyane et de Nouvelle Calédonie. (1)

Wiki C.
* L'antichambre des bagnes coloniaux.
Jusqu'en 1938 la citadelle devient donc le "centre de concentration et d'embarquement des condamnés aux travaux forcés". Mis à disposition du ministère de l'Intérieur en 1873, les puissantes fortifications de Vauban garantissent contre les risques de fuite et font de la citadelle l'endroit idéal pour mettre en œuvre la nouvelle politique pénitentiaire définie dès 1852 par Napoléon III. Dès lors, le pénitencier rétais sert d'interface entre la métropole et les bagnes coloniaux, de sas de sortie à tous ceux dont la France cherche à se débarrasser. "Aux criminels de droit commun condamnés aux travaux forcés pour meurtre, vol à main armée ou haute trahison (les "forçats") s'ajoutent, à partir de 1885, les multirécidivistes condamnés à l'exil pour des délits ben souvent mineurs ("les relégués")." (cf: Mickaël Augeron p 345) Les déportés politiques se retrouvent mêlés aux droits communs, les criminels endurcis aux petits délinquants. Frappé par l'extrême diversité du microcosme carcéral, Alexandre Jacob, "l'honnête cambrioleur", qualifie le dépôt  de Saint-Martin "d'établissement zoologique".
Embarquement des forçats pour l'île de Ré. (Wiki C)

Après le verdict et un séjour variable en maison centrale, les futurs bagnards sont extraits de leurs geôles avant d'être conduits en wagon cellulaires jusqu'à la gare de La Rochelle. Arrivés à destinations, ils se rendent à pieds à la maison d'arrêt de la ville où ils passent la nuit. Le lendemain, un petit vapeur (le Coligny ou l'Express) les attend au port pour les conduire au pénitencier de Saint-Martin-de-Ré.  Sous l’œil des badauds, les forçats prennent place au milieu des marchandises et du bétail. A partir de 1933, des fourgons ou voitures cellulaires amènent les prisonniers directement au port de la Pallice, d'où ils embarquent aussitôt en direction de la citadelle et de ses nombreuses cellules. La traversée, qui dure une heure et demie, marque un premier arrachement: le forçat quitte le continent pour une première île.
Le capitaine de gendarmerie Pyguillem, en garnison à Saint-Martin en 1935, fait le récit de ce premier exil: "Fripés, mal rasés, revêtus à présent de leur hardes personnelles plus ou moins bien réparées, ils offrent à l’œil qui veut les observer les expressions les plus diverses: les uns gouaillent, d'autres, impassibles, semblent de pierre. Certains ferment les yeux ou se voilent le visage de leurs mains, mais presque tous, quand le bateau s'ébranle, ont un furtif regard vers la terre qu'ils quittent.
Mal éduqués, tarés, dégénérés, anormaux, oui, sans doute; mais des hommes quand même et qui se rendent compte à cette minute que le châtiment ne s'évite pas. En moins d'une heure, les deux vapeurs, complètement chargés, ont quitté le port et gagné la passe; puis ils longent les côtes de l'Ile de Ré et touchent enfin Saint-Martin, première étape vers l'expiation." (source D: p26)

Portail du pénitencier de Saint-Martin By Celeda [CC BY-SA 4.0], from Wiki C.

Charles Péan, officier de l'Armée du Salut, revient sur les conditions d'accès à la citadelle:"On y accède par un pont-levis sous un porche monumental, aux effigies du Roi Soleil et, pour ce faire, il faut montrer patte blanche à une sentinelle noire ! [les tirailleurs sénégalais]
Passé le corps de garde, on se trouve dans une vaste cour entourée de bureaux, magasins, entrepôts, etc. de l’administration pénitentiaire. Plus loin, une seconde cour, entourée de
bâtiments importants, séparée de la première par de hauts murs et un chemin de
ronde. C’est le bagne. On y entre par deux portes et une grille.
"


Si le dépôt de Saint-Martin n'est pas le bagne en tant que tel, il en est toutefois l'antichambre. Le détenu devient matricule. Alexandre Jacob, "l'honnête cambrioleur" devient par exemple le transporté n°34 777.
Astreint à une fouille sévère, le détenu doit se soumettre à la discipline de fer, au travail abrutissant dans les ateliers, aux trente minutes de promenade quotidiennes faites au pas cadencé dans la cour, toujours dans le silence absolu. Comme le courrier, les visites, uniquement possibles les jeudis et dimanches, sont extrêmement réglementées. 
En moyenne, les condamnés passent entre une semaines et trois mois au dépôt de Saint-Martin où ils doivent être théoriquement  préparés aux travaux coloniaux. Dans les faits, ils s'occupent tant bien que mal à des besognes débilitantes. Quelques jours avant le grand départ, les forçats entrent dans la "période d'expectative", un régime spécial au cours duquel les condamnés sont mis au repos, les ateliers fermés, le temps des promenades allongé, la nourriture améliorée. Une commission donne alors un  avis sur l'aptitude des futurs bagnards aux travaux coloniaux et se prononce sur leur état de santé. Les autorités du dépôt, qui cherchent à se débarrasser des forçats, déclarent généralement tout le monde apte au voyage. Le journaliste Alexis Danan dénonce ce simulacre d'examen transformant les convois "en cour des miracles flottantes. (...) Est déclaré transportable tout ce qui la veille de l'embarquement se tenait à peu près droit sur ses jambes." Dans ces conditions, infirmes, paralytiques, tuberculeux embarquent aussi pour "la terre de la grande punition". (cf: Michel Pierre)
Porte de la citadelle de Saint-Martin-de-ré. La sortie des condamnés au bagne pour leur embarquement vers Saint-Laurent-du-Maroni. Carte postale ancienne. By The original uploader was Pep.per at French Wikipedia [CC BY-SA 1.0], via Wikimedia Commons

Deux fois par an en moyenne, généralement au début de l'été et de l'hiver, la métropole fournit aux bagnes de Guyane un contingent de 500 à 600 condamnés. Cet apport permet de maintenir l'effectif total du bagne à 4500 - 5000 individus. Compte tenu de la très forte mortalité, "un convoi mange l'autre", constate Alexis Danan.

Réveillés à 4 heures du matin le jour du grand départ, les forçats reçoivent un paquetage toujours composé des mêmes éléments en vertu d'un règlement édicté en 1855: trois pantalons "de fatigue" (pour les travaux), 2 chemises de laine, 3 de coton, une brosse à laver, un peigne, un sac de toile, une paire de soulier et deux paires de sabots. Vers 6 heures du matin, les gardiens regroupent les condamnés dans la cour du dépôt. Des tirailleurs sénégalais et des gendarmes escortent le convoi de la citadelle jusqu'au port. Jusqu'en 1910, l'embarquement a lieu au petit port de la citadelle avant d'être transféré ensuite au port de saint-Martin pour des raisons logistiques.

Le cortège mobilise des centaines d'individus, dans une mise en scène pédagogique. Les autorités préconisent la retenue: interdiction est faite aux Martinais de sortir le jour de l'embarquement, tandis que portes et fenêtres du rez-de-chaussée des maisons longeant les quais doivent rester closes, sous peine d'une amende. En dépit de ces précautions, les autorités peinent souvent à endiguer le flot des curieux venus pour l'occasion. Chaque convoi attire en effet  à Saint-Martin de nombreux badauds informés par la presse de l'imminence d'un départ. C'est un véritable spectacle dont les photographes se délectent, tant pour nourrir les pages d'une presse avide de faits divers que pour immortaliser des scènes ... revendues ensuite sous forme de cartes postales! Dans les années 1930, les départs font le bonheur des trois hôtels, et des deux cafés du port dont les chiffres d'affaires explosent les jours d'embarquement. Lors de la "transportation" de septembre 1935, on estime à 2000 ou 3000 le nombre de personnes massées autour du bassin d'embarquement, ce qui équivaut à plus de 25% de la population insulaire!
Les attitudes de la foule massée le long des quais oscillent entre grand silence, insultes, quolibets, en passant par les commentaires désobligeants, les gestes de provocation ou les menaces. Du côté des détenus, c'est plutôt le silence et la retenue qui l'emportent, la peur , la honte ou l'inquiétude d'un voyage sans retour. Bien que tout contact soit interdit lors de l'embarquement, les familles des réprouvés cherchent à apercevoir et saluer une dernière fois un fils, un frère, un mari...

Le port de la citadelle. (photo perso)

Les spectateurs cherchent du regard les détenus "célèbres", vedettes des assises et personnalités médiatiques en partance pour le bagne. 
- Les anarchistes Clément Duval (1887), Georges Etiévant (1898), Etienne Dieudonné et Jean de Boë  (1913) transitent par Saint-Martin avant d'aller croupir sur les îles du Salut. 
- C'est aussi le cas des "Apaches" Leca et Manda. Chefs de bandes et proxénètes de leur états, les deux hommes se disputent les faveurs de "Casques d'Or" (Amélie Hélie) dans le Paris de la Belle Époque. En 1902, le premier (matricule 32 663) est relégué sur l'île du Diable, quand son rival (matricule 32 776) est conduit sur l'île Royale.
- Injustement condamné « à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée» à l'issue d'une parodie de procès, le capitaine Dreyfus est interné à Saint-Martin-de-Ré pendant 36 jours. Le 21 février 1895, il embarque sur le Ville-de-Saint-Nazaire à destination de l'île Royale.
- Condamné pour un meurtre qu'il a toujours nié, Guillaume Seznec passe lui aussi par Saint-Martin avant d'être déporté en Guyane en 1927. 
Deux ans plus tard, c'est au tour du porcelainier limougeaud Charles Barataud, dépeint comme un "bourgeois dépravé", d'être condamné aux travaux forcés à perpétuité pour le meurtre de son amant et d'un chauffeur de taxi.

Célèbres ou anonymes, les bannis sont conduits sur le quai d'embarquement. Là, de petits bateaux à vapeurs (le Fouras, le Coligny) ou de simples chalands conduisent les forçats sur un "gros "navire-prison" amarré au large, celui-là même qui les mènera en Guyane.
Dans les premiers temps, des vaisseaux de la Marine assurent la traversée. A partir de 1891, l’État passe contrat avec la Compagnie nantaise de navigation à vapeur, adjudicataire du transport des bagnards, à la suite d'un appel d'offre lancé par le ministère de la Marine et des Colonies. Dès lors la Compagnie affecte aux transports des forçats des navires réaménagés: le Ville de Saint-Nazaire, puis de 1900 à 1915 le Loire, enfin le La Martinière de 1922 à 1938.  (3) Long de 120 mètres, large de 16, doté d'un tirant d'eau de 10 m, ce dernier peut accueillir jusqu'à 673 forçats. "Les cales (...) sont réparties en quatre entreponts appelés aussi bagnes. Chaque bagne est divisé en deux compartiments pouvant accueillir entre 62 et 110 forçats."  (source D: p 39) Les captifs dorment sur des hamacs relevés tous les matins et n'ont droit qu'à une promenade quotidienne d'une demi-heure sur le pont, par groupes et sous haute surveillance. 

Porte de la citadelle (aujourd'hui de la prison) de Saint-Martin-de-Ré. (photo perso)


En cas de rixes ou de mutinerie générale, le capitaine dispose de plusieurs moyens de répression. Il peut condamner les réclusionnaires à la barre de justice en fond de cale ou à l'interdiction de promenade, à moins qu'il n'actionne un jet de vapeur brûlante en direction des condamnés. [ce qui ne semble s'être produit qu'en de très rares occasions, mais suffisamment marquantes pour que le souvenir en imprègne plusieurs générations de bagnards] 
Outre le mal de mer, les passagers souffrent de la chaleur, en particulier lors de l'arrivée sous les Tropiques. "On arrive. Il fait une chaleur épouvantable car on a fermé les hublots. A travers eux, on voit la brousse. On est donc dans le Maroni. L'eau est boueuse. Cette forêt vierge est impressionnante. (...) Trois coups de sirène et des bruits d'hélice nous apprennent qu'on arrive, puis tout bruit de machine s'arrête. On entendrait voler une mouche", se souvient Henri Charrière dans son célèbre "Papillon".

Au total, sur l'ensemble de la période, ce sont plusieurs dizaines de milliers d'individus (70 000?) qui transitèrent par la citadelle-prison de Saint-Martin. La très forte médiatisation des départs de forçats pour les colonies pénitentiaires, la production massive de cartes postales ont contribué à l'assimilation abusive de Saint-Martin au bagne.  Pourtant sur l'île de Ré, seuls deux toponymes rappellent le souvenir des convois de futurs bagnards: le célèbre glacier installé sur le port de Saint-Martin se nomme La Martinière, le chemin menant de la citadelle au port est l'"allée de la Guyane". La mémoire de la route du bagne est néanmoins entretenu à saint-Martin par le musée Cognacq dont une des salles retrace l'itinéraire des condamnés et présente les objets dits de la "débrouille" réalisés par les forçats. (source I: p90)
Aujourd’hui, la citadelle renferme la plus grande maison centrale de France pouvant accueillir 485 détenus. Avec 285 employés, elle est aussi le premier  employeur de l'île de Ré.  La prison accueille des détenus condamnés à de longues peines.

By No machine-readable author provided. Arria Belli assumed (based on copyright claims). [CC BY-SA 2.5 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5)], via Wikimedia Commons

Le dernier départ pour le bagne intervient en 1938 en vertu d'un décret-loi abolissant la transportation. Officiellement fermé en 1946, le bagne et ses occupants n'en continuent pas moins de charrier un riche imaginaire construit sur plusieurs siècles par les récits d'anciens forçats ou évadés (3), les reportages poignants des journalistes (4) ou les figures de bagnards imaginées par les écrivains. (5)
Le bagne donne également naissance à des chansons (6), crées par les forçats eux-mêmes (le célèbre chant de l'Orapu) ou jaillies de la plume des poètes à l'instar du titre ici retenu. 
Nous sommes en 1960. Le poète Pierre Seghers apporte à Léo Ferré un texte intitulé "Zut à Vauban". (7)  Le parolier prend quelques libertés avec la réalité, reprenant à son compte un imaginaire collectif erroné. "Serré dans l'île de Ré", le bagnard a "chaîne et boulet". 
Le thème de la chanson est classique. Condamné pour rien, le bagnard a tout perdu: la liberté, l'espoir et surtout la femme aimée qu'il ne reverra plus que dans ses songes. C’est un aller sans retour et le condamné sait qu'il ne sortira de sa geôle que "les pieds devant", dans "un p´tit corbillard tout noir". Dans ces conditions, on comprend mieux la haine qu'il porte à l'architecte des lieux. Ferré décide d'ailleurs de remplacer le "Zut" initial par "Merde", s'attirant du même coup une interdiction d'antenne.





"Merde à Vauban" 
 chanson de Pierre Seghers interprétée par Léo Ferré.
Bagnard, au bagne de Vauban / Dans l´îl´ de Ré / J´mang´ du pain noir et des murs blancs / Dans l´îl´ de Ré / A la vill´ m´attend ma mignonn´ / Mais dans vingt ans / Pour ell´ je n´serai plus personn´/ Merde à Vauban 

Bagnard, je suis, chaîne et boulet / Tout ça pour rien, / Ils m´ont serré dans l´îl´ de Ré / C´est pour mon bien / On y voit passer les nuages / Qui vont crevant / Moi j´vois s´faner la fleur de l´âge / Merde à Vauban

Bagnard, ici les demoiselles / Dans l´îl´ de Ré / S´approch´nt pour voir rogner nos ailes /  Dans l´îl´ de Ré / Ah! Que jamais ne vienne celle / Que j´aimais tant / Pour elle j´ai manqué la belle / Merde à Vauban

Bagnard, la belle elle est là-haut / Dans le ciel gris / Ell´ s´en va derrière les barreaux /Jusqu´à Paris/  Moi j´suis au mitard avec elle / Tout en rêvant / A mon amour qu´est la plus belle / Merde à Vauban

Bagnard, le temps qui tant s´allonge / Dans l´îl´ de Ré / Avec ses poux le temps te ronge / Dans l´îl´ de Ré / Où sont ses yeux où est sa bouche / Avec le vent / On dirait parfois que j´les touche / Merde à Vauban

C´est un p´tit corbillard tout noir / Etroit et vieux / Qui m´sortira d´ici un soir / Et ce s´ra mieux / Je reverrai la route blanche / Les pieds devant / Mais je chant´rai d´en d´ssous mes planch´s / Merde à Vauban

Wiki C
Notes:
1. Jusqu'en 1748, les condamnés aux travaux forcés en France purgent leur peine sur les galères du roi. Avec la dissolution de ces dernières, les condamnés cessent de ramer, mais pas de souffrir puisque des bagnes sont ouverts dans les principales villes-arsenal: Toulon, Brest, Rochefort. Les condamnés doivent y construire les bateaux de la marine royale, puis républicaine et impériale. L'essor de la marine à vapeur, l'industrialisation des chantiers navals rendent bientôt totalement inutile ce travail forcé, entraînant la fermeture des bagnes portuaires. 
Dans le même temps, de nouveaux établissements pénitentiaires s’ouvrent outre-mer avec l’idée saugrenue que ces installations pourront servir au peuplement et à la mise en valeur de ces nouvelles terres françaises. Le bagne de l’Algérie accueille par exemple plus de 9000 républicains opposés au coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte en 1851. Puis, la loi dite de "déportation" adoptée en 1854 institue le transfert des condamnés aux travaux forcés vers les colonies pénitentiaires de Guyane et de Nouvelle Calédonie.
2. A une seule "transportation" près, les "déportations" sont  suspendues au cours de la Grande Guerre pour ne reprendre qu'en 1922. Comme le Loire a été torpillé au cours de la guerre, l’État cède à la Compagnie nantaise le vapeur allemand Duala acquis par la France au titre des dommages de guerre. Rebaptisé La Martinière, il assure désormais la liaison avec la Guyane, une ou deux fois par an. 
3. - Condamné à tort aux travaux forcés, l'anarchiste Eugène Dieudonné parvient à s'évader. Gracié avec l'aide d'Albert Londres, il écrit alors "La vie des forçats". 
- Henri Charrière se fait la belle en 1944. 29 ans plus tard il publie "Papillon", un best-seller rapidement adapté au cinéma  (avec Dustin Hoffman et Steve Mac Queen). Prenant de grandes libertés avec la réalité, l'ancien proxénète se donne le beau rôle, endossant les habits d'Arsène Lupin.
4.   Le reportage à la fois terrible et pittoresque qu'Albert Londres consacre au bagne pour le Petit Parisien, ébranle l'opinion publique sur la réalité du bagne colonial. 
5. Dans les Misérables, Jean Valjean est condamné à 19 ans de bagne pour un pain volé. Balzac donne vie à Vautrin, l'ancien bagnard révolté contre la société de son temps. Le héros des Mystères de Paris fait lui la rencontre de Chourineur. Enfin, Gaston Leroux imagine le personnage de Chéri-Bibi en 1913.
6.  Petit tour d'horizon (n'hésitez pas à compléter en commentaires):
 -"Cayenne": un vieux morceau à l'origine obscur chanté par les bagnards interprété notamment par Parabellum (article sur "les enfants de Cayenne").
- Après son reportage en Guyane, Albert Londres écrit « La Belle ». Le titre sera chanté et enregistré en 1929 par Lucienne Boyer sur une musique de J.Lenoir, puis dans une version rock par Parabellum. "La Loire a quitté la Pallice / maintenant tout est bien fini".
- "Le transporté" illustre les souffrances endurées par les bagnards, dans un mode fataliste.
- La comédie musicale "Irma la douce" créée au Théâtre Gramont en 1956 met en scène le monde interlope des proxénètes et des "filles soumises" de Pigalle. 
- L'amusante interprétation de "la chanson des forçats" par Fernandel et Charpin.
- "chanson du forçat" Pour la Bande originale d'un feuilleton de 1967 retraçant la vie de Eugène-François Vidocq, ancien forçat devenu policier, Michel Colombier fait appel à Serge Gainsbourg.
- En 1995, le groupe breton Tri Yann publie "Portrait", un album retraçant en six morceaux la vie de Guillaume Seznec (matricile 49 302) dont "l'adieu" et "le bagne". "Sept avril, quittant Saint-Martin, /Six cents nous sommes embarqués sur La Martinière, / Fers et cages pour fauves humains, /Dans trois semaines c’est la Guyane et l’oubli."
- Lointain descendant d'Alfred Dreyfus, Yves Duteil rend un hommage musical à son aïeul. 
- Jacques Higelin: "Cayenne c'est fini
7. Le chanteur réside dans un un fort situé sur l'îlot du Guesclin, entre Saint-Malo et Cancale, un lieu dont l'isolement n'est pas sans rappeler la citadelle rétaise.

Sources:
Source A. Michel Pierre: "Le temps des bagnes", Tallandier, 2017.
Source B. Michel Pierre: "Le dernier exil. Histoire des bagnes et des forçats", Découvertes, n°71, Gallimard, 1989.
Source C. Mickaël AUGERON, Jacques BOUCARD et Pascal EVEN, Histoire de l’île de Ré, des origines à nos jours, Paris, Le Croît Vif / GER, 2016, 732 p.
Source D. Catalogue de l'exposition "Itinéraire d'une Utopie", Musée Ernest Cognacq , Saint-Martin-de-Ré, septembre 2006.
Source E. "Saint-Martin-de-Ré, place forte insulaire", Collection les patrimoines, 2015.
Source F. "Saint-Martin de Ré antichambre du bagne" in L'Actualité Poitou-Charentes n°41.
Source G. Jean-Lucien Sanchez: ""Les convois de forçats en direction des bagnes coloniaux : l'exemple du Martinière", Fureur et cruauté des capitaines en mer, sous la direction de P. Prétou (Presses Universitaires de Rennes, pp. 236-251).
Source H. Michel Pierre: "Adieu Cayenne ou l'imaginaire du bagne", Criminocorpus. 
Source I. "Le temps du bagne", les collections de l'histoire n°64, juillet-septembre 2014.

Liens:
- Histoire pénitentiaire et justice militaire: "Saint-Martin-de-Ré: l'embarquement des récidivistes en partance pour l'île des Pins".
- Vacarme: "Le grand secret de l'île de Ré". 
- Criminocorpus: "Entre lieu touristique et prison: la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré en Charente-Maritime".
Culturebox: "Quand Saint-Martin-De-Ré était l'antichambre du bagne".
- "Le bagne de Guyane" par Jean-Lucien Sanchez (la Marche de l'histoire).
- Le musée Cognacq à Saint-Martin-de-Ré. 
- Chansons du bagne.
- Alexandre Jacob, l'honnête cambrioleur: "Le zoo de Ré". Delpech (Jean-Marc), Alexandre Jacob, l’honnête cambrioleur – Jacoblog [En ligne], blog créé le 7 avril 2008.
- "Le rouge et le blanc: les peintres du bagne"